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Date: Saturday, 25 Apr 2009 15:53

Un guide des bonnes manières sur Facebook - Nouvel Obs
Une vidéo réalisée par l’équipe de YourTango résumant les principales règles de savoir-vivre à respecter sur Facebook.
Author: "Equipe2" Tags: "Actualités, étiquette, bonnes manière..."
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Date: Monday, 01 Dec 2008 00:27

Blog de la Bibliothèque nationale de France / Babar, Harry Potter et cie / 400e néthique

Le 400e néthiquétés, c’est le premier blog de la Bibliothèque nationale de France : “Babar, Harry Potter et cie” (charte adaptée).

Voir la liste complète des blogs, sites adoptant la néthique.

Author: "Les Humains Associés" Tags: "Actualités, 400e néthique, Babar, Bibl..."
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Date: Tuesday, 13 May 2008 23:18

Le Social Media Club rassemble 60 membres en France et environ 800 dans le monde, tous acteurs du monde économique qui se penchent sur les médias sociaux. En France, ce groupe est animé par Alban Martin, Antonin Torikian, Pierre-Yves Platini.

La conversation sur la “labellisation et certification des réseaux sociaux“* qui a eu lieu à la Cantine était animée par Amaury de Buchet (Fabernovel) et réunissait Fred Cavazza, Gwandal Le Grand (CNIL), Arnaud Belleil (co-animateur du groupe identités actives de la FING / Cecurity.com), et Natacha Quester-Séméon et Tatiana F-Salomon (Les Humains Associés / Néthique). La présentation d’Arnaud Belleil expliquant le schéma fondateur d’un label était passionnante, la slide très dense de Fred Cavazza sur l’écosystème social actuel fort instructif. Le débat, autour du rôle (et des pouvoirs réels) de la CNIL, entre son représentant et les participants, a été très animé. Merci aux intervenants pour ces échanges de qualité.

Cette première réunion se place dans une logique de projets et une réflexion sur la création d’un label éthique des réseaux sociaux.

*Titre : Identité numérique et confiance dans les médias sociaux : la labellisation est-elle une approche qui peut renforcer la participation ?

Notre présentation :

Author: "Natacha QS" Tags: "Pistes, éthique, CNIL, confiance, label..."
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Date: Thursday, 17 Apr 2008 18:53

L’histoire de Néthique des années 80 à… demain !
(des groupes de nouvelles jusqu’aux Metavers et à l’Internet des objets)

Je suis néthique et toi ? campagne dans Second Life

Sur le Net, il est banal de le dire, nous passons de la position de consommateur à celle de participant, grâce à un moyen de communication puissant, à la portée de chacun. Avant de parler du Web contributif, social, vivant d’aujourd’hui, celui qui relie les personnes les unes aux autres (et qu’on appelle le Web 2.0), revenons un peu en arrière.

En 1981, Internet était réservé aux chercheurs et universitaires. Un code de conduite — la nétiquette — a été créé et rédigé par des contributeurs à ce qu’on appelait alors des newgroups, ou “groupes de discussion”, qui étaient les ancêtres des forums. Cette nétiquette comportait plusieurs conseils sur la façon de se comporter dans un newsgroup et faire preuve de politesse dans les discussions. Chaque nouvel arrivant devait lire ces conseils avant de participer à l’espace social proposé. Quand l’association Les Humains Associés (résumé ici), fondée en 1984 par Tatiana F, a découvert le Web en 1994, elle s’est naturellement intéressée à la communauté des internautes, à sa culture, ses usages, son histoire. Depuis lors, elle n’a jamais cessé d’encourager l’essor de la nétiquette.

Une association humaniste, mélangeant elle-même les communautés et réunissant à la fois des artistes, journalistes, philosophes et scientifiques, ne pouvait manquer de s’interroger sur la place de l’homme dans le monde technologique qui s’ouvrait. Il était clair que l’Internet, le réseau des réseaux comme on l’appelait à l’époque, allait soulever de nouvelles questions éthiques, liées au développement de l’informatique, à la gestion du bien commun, à la création d’un fossé numérique. Cela s’inscrivait dans une réflexion plus large que nous menions déjà, avec d’autres, sur les enjeux de la techno-science, avec notamment le développement des biotechnologies, des technologies de l’information et des nanotechnologies. Nous percevions clairement que l’Internet était sur le point d’engendrer une révolution sociale, en transformant notre façon d’accéder à la connaissance, à la culture et à l’information, et en modifiant notre manière de travailler, d’apprendre, et finalement de vivre.

Journée Néthique à la Cité des Sciences

Plongés dès les années 90 dans l’océan numérique et assimilant l’un après l’autre les nouveaux usages d’un Internet en constante évolution, nous avons lancé de multiples réflexions, notamment avec Philippe Quéau, créateur du mythique salon Imagina de l’Ina, des Congrès internationaux INFOethics de l’UNESCO (sur les défis éthiques, juridiques et de société du cyberespace), et aujourd’hui directeur du bureau de l’Unesco au Maghreb. En particulier, l’accès à la connaissance et à l’information (info-riches et info-pauvres, surinformation, désinformation), l’adaptation du droit d’auteur, la défense de la diversité culturelle, la sécurité numérique, la question des libertés individuelles, les enjeux économiques et la formation aux nouveaux métiers, etc. Toutes ces questions étaient et demeurent passionnantes. Elles concernent l’ensemble de la société, même si ce fait n’était pas toujours reconnu à l’époque. Nous avons tenté d’alerter, pas toujours avec succès : il est toujours difficile d’anticiper les mutations et de s’investir de problématiques qui ne sont pas encore explicitement d’actualité. Mais nous n’avons jamais cessé d’expérimenter par nous-mêmes et de travailler sur le terrain numérique avec nos sites Web et nos forums, sans négliger le terrain analogique (la « vraie vie »).

Ces expérimentations nous ont conduit à prendre au sérieux les quelques règles élémentaires de savoir-vivre numérique élaborées par les pionniers, et à élargir la réflexion sur les comportements en ligne et la façon de gérer des communautés toujours plus larges et plus diverses, en interaction grâce à de nouveaux outils. La nétiquette originelle s’est ainsi enrichie en mettant en lumière l’importance (pour tous comme pour chacun) d’une autorégulation des comportements et d’une responsabilisation individuelle, bref, d’une véritable éthique du net, autrement dit, d’une “néthique”.

Première journée néthique au coeur de la campagne présidentielle de 2007

Un beau jour des années 2000, l’association a ouvert un blog. Naturellement, comme nous le faisions pour tous nos espaces de dialogue (forums, liste de discussion, etc.), nous avons décliné cette néthique pour le blog, en incluant quelques idées avancées déjà ici ou là. À notre grande surprise, nous avions constaté que les blogueurs ne disposaient pas encore véritablement d’une nétiquette adaptée à cette nouvelle application, pourtant fort populaire. La notion en était pour beaucoup tombée dans l’oubli.

Par ailleurs, à un an et demi des présidentielles, il apparaissait urgent d’inviter à réfléchir sur les modes de communication en ligne, dans un environnement qui promettait déjà de devenir de plus en plus tendu. La promotion d’un esprit républicain, respectueux des sensibilités de chacun, allait dans le même sens.

Quand on a observé l’Internet et administré un forum dans la durée, on peut percevoir qu’en une quinzaine d’années, la société a changé : dégradation des rapports, banalisation de la violence et des incivilités, accroissement de l’incommunicabilité, montée des extrémismes, distension des liens sociaux et renforcement de l’individualisme. L’Internet est une fenêtre sur cette société. La parole y est libérée, chacun peut la prendre à sa guise. Or c’est une situation tout à fait inédite : chacun derrière son écran, chez soi, dans l’intimité, peut partager ses pensées ou ses frustrations avec des centaines parfois des milliers ou des dizaines de milliers de personnes, d’un seul clic. Mais l’internaute laisse aussi des traces, parfois indélébiles, pouvant se retourner, même des années plus tard, contre lui-même ou ses proches (commentaires, photos, vidéos). Chacun de nous fabrique aussi sans le savoir une identité numérique, assortie d’une réputation virtuelle qui pèsera tôt ou tard sur sa réputation réelle (les deux se confondant de plus en plus, et devant à terme ne faire plus qu’une).

Journée Néthique #2 / Cité des Sciences, Les Humains Associés (Benoît Thieulin, Thierry Maillet, Tatiana, Tristan Mendès France, Sylvain Attal, Sacha QS, Natacha QS, Vincent Ducrey)

Dans sa philosophie, comme son nom l’indique, la néthique (voir charte) est une forme de la nétiquette plaçant l’éthique en son centre. C’est donc un code de conduite (ou de savoir-vivre), un appel à un comportement éthique et responsable en ligne, une incitation à une certaine forme de civisme. C’est aujourd’hui une charte, dont le contenu est volontairement simple, à des fins essentiellement pédagogiques, qui se veut proche des usages quotidiens des internautes. Elle véhicule un certain nombre de valeurs, correspondant à un engagement personnel non imposé. Libre à chacun de les appliquer ou non sur son blog, sur son site ou sur son territoire dans Second Life, voire de les améliorer (la charte est modifiable et adaptable sur le Wiki.nethique.info). Le blogueur néthique est responsable de son espace et choisit d’y appliquer, et d’y faire suivre dans les commentaires, des principes qui reposent sur une autorégulation citoyenne. Du simple point de vue des consonances, le mot “néthique” évoque beaucoup plus cette notion d’éthique individuelle et volontaire que le mot “nétiquette” (on _se plie_ à une étiquette, alors qu’on _adopte_ une éthique). Et de fait, aujourd’hui, on se préoccupe de plus en plus, à titre personnel, de sa relation avec autrui, de son impact écologique ou encore de son modèle de consommation, participant d’un développement durable, équitable et éthique.

Journée Néthique #2 - Vers une déontologie des nouveaux médias / In Second Life

Samuel Laurent, Alice Antheaume, Benoît Raphaël, Néthique 2

Comment mieux vivre ensemble ? Comment devenir un citoyen-internaute responsable ? Comment les plus jeunes appréhenderont-ils la technologie et comment protégeront-ils leur identité numérique ? Aujourd’hui, 80 % des recruteurs googolisent les noms des candidats à l’embauche avant d’examiner leur profil. Mieux vaut savoir quelles traces on laisse derrière soi !

Journée Néthique à la Cité des Sciences

Thierry Maillet et Tristan MF, néthique 1

Après deux ans de campagne néthique, 360 blogs, territoires sur Second Life, sites politiques officiels (desirsdavenir.org, bayrou.fr, umpnet.org) et blogs institutionnels (Cité des Sciences et Conseil économique et social) ont adopté la Charte Néthique. Nous avons organisé trois journées de débats sur l’éthique et le Net, à la Cité des Sciences et au Collège de France / Institut Pierre Mendès France (et l’Ile Verte sur SecondlIfe), avec des spécialistes de l’Internet, des enseignants, des entrepreneurs, des blogueurs, des journalistes et des représentants des partis politiques.

Journée Néthique #2 / Cité des Sciences, Les Humains Associés (Benoit Thieulin, Thierry Solère)

Benoît Thieulin et Thierry Solère au colloque Néthique 2

Avec les partis politiques, nous avons initié depuis 2006 une collaboration intéressante (Benoît Thieulin au PS, Thierry Solère et Vincent Ducrey à l’UMP…). Nous avons participé à des rencontres et des conférences, rappelant des choses simples, notamment qu’une éducation aux nouveaux médias est indispensable. Nous devons tous nous former, apprendre à nous repérer dans ce monde vaste et complexe, à trier l’information, à l’évaluer. Nous devons aussi apprendre à nous respecter en ligne, à nous responsabiliser, et acquérir les outils permettant d’être plus libres et indépendants. La question de l’éthique de l’information prend aussi de l’importance, qu’il s’agisse des contenus générés par les utilisateurs (c’est-à-dire nous tous), dits parfois “contenus amateurs”, ou de ceux produits par des professionnels (journalistes, scientifiques, institutions…).

Journée Néthique #2 / Cité des Sciences, Les Humains Associés (Vincent Ducrey)

Vincent Ducrey, Néthique 2

Au passage, l’Internet a aussi révélé la difficulté qu’il peut y avoir dans notre société à être bien informé. On se rend compte à quel point l’information est importante pour la démocratie, au moment où le journalisme vit une crise, accélérée probablement par l’arrivée des nouveaux médias. On voit aussi qu’un projet aussi vaste que l’Encyclopédie Wikipédia est difficile à appréhender dans son ensemble, dans la mesure où son contenu peut être tantôt d’une grande précision, tantôt largement inexact. On évite bien plus facilement les pièges de la désinformation et de la violence (car le Net peut aussi être un espace de rumeur et de dénigrement, un défouloir pour toutes les frustrations) quand on a de solides points de repère sur le Net, des relations pour nous guider, des réseaux de recommandation. Ceux qui auront été éduqués à ces modes d’interactions sociales auront mis plus de chance de leur côté ; les autres seront à terme écartés du monde de l’information et des échanges, voire exclus de toute une partie de la société. Car l’informatique et l’Internet se glissent partout, même dans des métiers apparemment sans lien avec ces technologies. Demain, ne pas bien savoir se servir d’un ordinateur et d’Internet sera un véritable handicap.

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Tatiana, Benoît Thieulin, Christophe Grébert, Natacha Quester-Séméon, Amaury de Buchet, Frédéric Chevalier, à l'Institut Pierre Mendès France

Tatiana, Natacha et les intervenants de Néthique 3

L’idée de ce mouvement Néthique n’est pas d’imposer quoi que ce soit. Nous avons beaucoup d’interrogations et bien peu de réponses; un questionnement à renouveler sans cesse dans un contexte d’évolution permanente des technologies et des usages. Comment aborder, par exemple, l’arrivée des objets intelligents interconnectés et intrusifs (environnement ubiquitaire ou Internet des objets) ? Comment mieux gérer les réseaux sociaux (FaceBook et autres) et les données personnelles ? Faudra-t-il une CNIL à l’échelle de la planète ? Mais nous savons aussi qu’aujourd’hui, les discours qui “viennent d’en haut” passent mal. Les internautes sont plus sensibles aux propositions qui émanent de la communauté elle-même, et c’est à nous de nous organiser. Dans bien des contextes, il ne peut d’ailleurs s’agir de la loi. Même si, en théorie, le droit national s’applique sur l’Internet, il est en réalité difficilement applicable en raison de la nature planétaire du réseau. Cela pose une multitude de problèmes, comme celui de l’incompatibilité des droits américain et européen ou français. Et si l’on va plus loin, on peut s’interroger sur la nécessité d’une gouvernance mondiale.

Mais ces questions sont bien trop vastes. À l’échelle des internautes et de leurs usages quotidiens, nous avons déjà souhaité proposer un nouveau civisme, adapté à ce contexte particulier. Les humanistes que nous sommes sont bien sûr attachés à la dignité humaine et à la place de l’homme. Cette année célèbre justement le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Sur l’Ile Verte, dans Second Life, notre île de 65 000 m2, grand jardin zen et vivant qui rappelle la Toscane et les Alpilles, “l’îlot des droits de l’homme” propose une exposition réalisée en partenariat avec le Haut commissariat aux Droits de l’Homme (ONU). Peut-être la boucle se boucle-t-elle en partie. Les prémices d’une néthique des droits et devoirs de l’être humain du 3e millénaire ?

Concert pour les Droits de l'Homme / ONU / Ile Verte Les Humains Associés

Concert pour le Jour des Droits de l’Homme sur l’Ile Verte (10 décembre).
La communauté néthique :

À ce jour plus de 350 blogs francophones sont néthiques (voir le wiki). Des blogs de cuisine jusqu’aux blogs politiques. Une charte a été adaptée pour Second Life et est utilisée sur plusieurs territoires (Île Verte, Île Neutrino, UMP, Jardin Verts, Modem). Des blogs d’institutions françaises, comme le Conseil économique et social ou la Cité des Sciences, ont également adopté la charte, tout comme des sites politiques qui en appliquent les principes, desirsdavenir.org, bayrou.fr, UMP Net. Il existe plusieurs déclinaisons de cette charte, une utilisée notamment chez les socialistes (e-militants, chatteurs, etc.), et la néthique figurait dans le programme de Ségolène Royal en 2007.

Trois journées néthiques ont eu lieu en mars et novembre 2007, au Carrefour Numérique de la Cité des Sciences, et en février 2008 au Collège de France organisées par Les Humains Associés en partenariat avec l’Institut Pierre Mendès France. Ces colloques ont réuni des acteurs de l’Internet, des journalistes, des blogueurs, des enseignants et des politiques.

Intervenants de la première journée Néthique : “Comment être un internaute-citoyen responsable ?”, 10 mars 2007 (dossier ici. Les débats sont disponibles sous forme de comptes rendu et podcast audio) : Tatiana F-Salomon, Natacha Quester-Séméon, Tristan Mendès France, Carlo Revelli, Thierry Crouzet, Julien Pain,Thierry Maillet, Eric Walter, Quitterie Delmas, Benoît Thieulin.

2e journée néthique : nouveaux médias et politique (blogueurs, journalistes, politiques) - carrefour numérique, cité des sciences et l'Ile Verte / Second Life (organisée par Les Humains Associés)

Nouveaux médias et politique, deuxième journée néthique, novembre 2007

Intervenants de la deuxième journée Néthique : “Médias amateurs ou professionnels, vers une déontologie des nouveaux médias ?” du 17 novembre 2007 (dossier ici) :
Tatiana F-Salomon, Natacha Quester-Séméon, Tristan Mendès France.
Sylvain Attal, Benoît Raphaël, Samuel Laurent, Alice Antheaume, Nicolas Voisin, Christophe Grébert, Mry, Thierry Solère, Benoît Thieulin,Thierry Maillet.

Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? (FaceBook et l'identité numérique), Les Humains Associés à l'Institut Pierre Mendès France 02/02/08

Vers une néthique des réseaux sociaux (facebook, identité numérique et l’Internet des objets), mars 2008

La troisième journée Néthique :
Facebook, les réseaux sociaux et l’identité numérique
(2 février 2008) à l’Institut Pierre Mendès France.
Tatiana F-Salomon, Natacha Quester-Séméon, Tristan Mendès France.
Amaury De Buchet, Thierry Maillet, Benoît Thieulin, Frédéric Chevalier, Vincent Ducrey.

La Revue de presse (une centaine de références)

Revue de presse : néthique

Author: "Les Humains Associés" Tags: "Pistes, éducation, éthique, civisme, c..."
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Date: Tuesday, 18 Mar 2008 23:05

D’après une traduction de l’article de Bob Tedeschi, publié le 3 mars 2008 dans The New York Times.

C’est sur les blogs des agences de pub que l’on trouve les insultes parmi les plus agressives du Web. Mais la semaine dernière, ce sont ces mêmes blogueurs qui, eux aussi, ont reçu des coups.

Des visiteurs sur les blogs d’AgencySpy et d’AdScam, deux blogs particulièrement virulents — tenus par deux publicitaires — ont posté des commentaires accusant ces deux sites d’avoir poussé au suicide le mois dernier, Paul Tilley, 40 ans, directeur artistique de DDB Chicago.

Ainsi, des blogueurs et leurs lecteurs ont ajouté un nouveau chapitre au long débat sur la manière de modérer ou pas les commentaires anonymes qui semblent destinés à détruire une réputation.

“Nous avons l’habitude des critiques dans le monde de la pub” a dit Nina DiSesa, présidente du conseil d’administration de la division new-yorkaise de McCann Erickson Worldwide, dans les commentaires qu’elle a postés sur AgencySpy, prenant la défense de M. Tilley, qu’elle considérait comme un ami. “Mais quand les blogs font des attaques personnelles, sans justification et de façon anonyme en plus, c’est injuste.”

M. Tilley qui supervisait les équipes des campagnes publicitaires de McDonald’s (”I’m Lovin’ it”) et de Dell (”Dell Dude”), sans parler d’autres campagnes tout aussi importantes, se serait défenestré à l’hôtel Fairmont, Chicago, le 22 février.

Le médecin qui l’a examiné à l’hôpital Cook County a décrété une mort par suicide. Une porte-parole de DDB s’est refusée à tout commentaire, de même que Christina, la femme de M. Tilley.

Il est mort quelques mois après le suicide en 2006 de Megan Meier, une jeune fille de 13 ans du Missouri, qui a mis fin à ses jours après avoir été la cible d’insultes postées sur MySpace.

Gregory K. Brown, un spécialiste du suicide à l’université de Pennsylvanie, dit que l’humiliation publique jouerait éventuellement un rôle dans le suicide, car “le désespoir est souvent un facteur majeur de risque, et si vous avez été humilié publiquement, que votre réputation a été salie de façon irrémédiable, vous comprenez bien qu’on perde tout espoir.” De telles situations, rajouta- t-il, pourraient donner le sentiment que la vie est insoutenable.

Et contrairement à d’autres formes d’humiliation publique, les insultes en ligne peuvent perdurer sans fin. Savoir si cela augmente les risques de suicide demeure une question ouverte. “ Bien que ce soit plausible,” dit-il, “nous connaissons très peu de choses sur le rôle que joue l’Internet.”

Avant sa mort, M. Tilley avait été la cible de critiques particulièrement dures sur les blogs des publicitaires. AgencySpy, tenu par un employé anonyme d’une agence de pub, serait le plus mordant.

Dans un commentaire posté le 19 février sur le site, on trouvait des extraits d’un email interne envoyé par M. Tilley à ses subordonnés et dans lequel il écrivait : “Trop parmi vous ne font que du bon travail et les autres font un travail qui n’est pas assez bon.”

AgencySpy écrivait que M. Tilley “a besoin de réviser ses cours de première année de gestion,” et de poursuivre. Il fut un temps où Paul pensait avoir ce qu’il faut pour devenir animateur de jeu télévisé. Mais il faut être charmant pour faire cela, non ?”

C’est alors que le site a publié 12 commentaires d’insultes visant personnellement M. Tilley — dont un signé de George Parker, l’auteur du blog AdScam.

Un collègue et ami de M. Tilley, qui dit sous couvert de l’anonymat : “Il est impossible de savoir pourquoi il a fait cela, mais ce n’est sûrement pas à cause des blogs. Je sais que cela le dérangeait,” poursuit-il, en faisant allusion aux critiques publiques, “mais il était très intelligent, doué de talents et de capacités, et sa vie ne se limitait pas à cela. Pointer du doigt les blogs et les médias banalise un homme dont la vie n’était pas banale.”

Après l’annonce du décès de M. Tilley, les commentaires sur le blog de AgencySpy se sont transformés en protestations, postées par ceux qui se disaient les amis, les collègues ou les parents du cadre supérieur de DDB. “Une personne qui signait signant LSA a dit : “Vous devriez avoir honte de vous-mêmes parce c’est vous qui l’avez poussé à la mort.”

Un commentaire semblable disait : “Je le connaissais et je sais que les attaques ignobles que vous lui avez portées lui ont fait énormément de mal. Il me l’a dit.”

Les blogs des publicitaires ont la réputation d’être particulièrement blessants, même parmi les blogueurs eux-mêmes — en partie à cause des conditions de travail dans ce secteur, a précisé M. Parker, un ancien cadre de la pub qui travaille actuellement comme consultant,.

D’après lui, “ils ont tendance à être plus acerbes que les blogs d’informations générales. Étant donné que beaucoup d’agences font partie de sociétés anonymes aujourd’hui, les employés sont de plus en plus contraints de produire des résultats à court terme, alors que par le passé ils avaient presque un an pour monter une campagne réussie.”

Lorsqu’on lui a demandé si les blogs des publicitaires cherchaient à avoir l’avantage sur leurs concurrents, il a répondu : “C’est très probable. Cela ne me surprendrait pas du tout.”

La blogueuse d’AgencySpy, qui se présente comme une femme de 29 ans, a été d’accord pour répondre aux questions à condition de pouvoir garder l’anonymat. Elle a dit que M. Tilley était une personnalité publique en raison de la haute fonction qu’il occupait au sein de l’industrie.

Et de remarquer : “Peut-être que la définition (de personnalité publique) a changé au fur et à mesure que les informations deviennent de plus en plus accessibles. Ce nouveau moyen de communication a des règles différentes et cela change la notion de qui est et qui n’est pas une “personnalité publique” aux yeux du grand public. Certaines personnes adhèrent à ces nouvelles notions, d’autres pas.”

“Je suis attristée par la mort de Paul Tilley, mais je ne crois pas que les commentaires que j’ai postés sur le blog ont contribué à ce qui s’est passé.”

AgencySpy est la propriété de Mediabistro.com qui a été achété par Jupitermedia, une société de recherches portant sur l’Internet.

Après la mort de M. Tilley plusieurs commentateurs ont exprimé leur désaccord par rapport aux insultes postées sur AdScam et AgencySpy. L’un d’eux, qui a posté sur AgencySpy sous le nom de Brian Stallings s’est présenté comme l’oncle de Paul Tilley. Il a écrit ceci : “C’est un monde bien triste que le nôtre où quelqu’un peut s’exprimer sur un blog de façon anonyme (l’anonymat qui était considéré comme un acte de lâcheté à mon époque), sans une seule pensée pour son semblable. S’il vous plaît, réfléchissez à la peine provoquée par les mots que vous employez la prochaine fois que vous avez du temps à perdre sur un blog pareil.”

Un autre commentateur qui prénommé Michael écrit : “Est-ce que l’éthique existe sur les blogs ? Faudrait-il laisser le droit aux gens de critiquer et attaquer publiquement et anonymement les vies privées de personnes privées juste pour s’amuser ? Cet homme n’était pas un homme politique ou une vedette de cinéma — il ne s’est pas jeté de façon opportune dans la sphère publique. Il travaillait dans la pub, c’est tout.”

Malgré ces vives réactions, la blogueuse de AgencySpy dit qu’elle n’a pas changé son avis sur l’anonymat des commentaires, lequel, dit-elle, “permet la création d’un contenu beaucoup plus intéressant, car ceux qui écrivent ne craignent pas la vengeance”. Ajoutant qu’elle supprimait “les commentaires menaçants, ou extrêmement violents, tels ceux à caractère raciste, par exemple”.

M. Parker dit que cela ‘”vaut la peine de réfléchir sur” une réglementation qui obligerait ceux qui laissent des commentaires injurieux et font des attaques personnelles sur son site, à signer de leur vrai nom.

Selon Laurel Touby, directeur adjoint et fondateur de Mediabistro, les réflexions faites par la blogueuse de AgencySpy sur son site “n’étaient pas si méchantes”.

Elle a ajouté qu’en revanche, les commentaires anonymes postés par d’autres personnes l’ont amenée à repenser la politique de la société quant à la publication des commentaires et éventuellement à obliger ceux qui “disent des méchancetés” à mettre leur nom. Précisant également que le fait de tout passer au crible pour détecter du contenu déplacé et vérifier les identités, représenteraient trop de travail pour une petite société. “Nous n’avons pas de relecteurs.”

Entre-temps, cet incident a, en quelque sorte, re-boosté les deux sites. D’après M. Parker, son site a d’habitude 4 000 à 5 000 visites par jour. La semaine dernière, en revanche, il y a eu plus de 12 000 visites par jour. La blogueuse d’AgencySpy a dit que le trafic a clairement augmenté et que les annonceurs présents sur le site — entre autres IAC, InterActiveCorp et The Wall Street Journal — ne s’en sont pas plaints.

(Traduction équipe collaborative des Humains Associés)

Author: "Les Humains Associés" Tags: "Actualités, Advertising-blogs, anonymat..."
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Date: Tuesday, 04 Mar 2008 23:10

Compte rendu de la deuxième table ronde
Quelle éthique pour les réseaux sociaux ?
« Notre identité numérique sur les réseaux sociaux : quels enjeux ? »

nethique.info - humains-associes.org

Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? (FaceBook et l'identité numérique), Les Humains Associés à l'Institut Pierre Mendès France 02/02/08
La troisième journée Néthique, Vivre ensemble sur le Net, vers une néthique des réseaux sociaux ? (Facebook, les réseaux sociaux et l’identité numérique) a eu lieu, le 2 février 2008 à l’Institut Pierre Mendès France (Collège de France), organisée par Les Humains Associés.

Organisée par

Les Humains Associés


Avec l’Institut Pierre Mendès France

Néthique 3 était diffusé en direct sur l’Ile Verte sur Second Life

Second Life : Map of Ile Verte (Green Island)

Voici le compte rendu textuel de la deuxième table ronde de cette troisième journée Néthique

Débats animés par :
Tatiana F.-Salomon, présidente des Humains Associés
Natacha Quester-Séméon, secrétaire générale des Humains Associés
Tristan Mendès France, secrétaire général de l’Institut Pierre Mendès France

Intervenants :
Thierry Maillet, auteur de Génération Participation, enseignant et chercheur
Amaury de Buchet, co-fondateur de faberNovel Consulting, enseignant et blogueur
Benoît Thieulin, directeur de l’agence la NetScouade et responsable de Desirsdavenir.org (PS)
Frédéric Chevalier, co-animateur de Marketing Perso, responsable du nouveau pôle web du Medef
Vincent Ducrey, consultant Internet et politique (UMP)
Christophe Grébert, candidat aux municipales, journaliste et blogueur (monputeaux.com)

Deuxième Table Ronde
Quelle éthique pour les réseaux sociaux ?
« Notre identité numérique sur les réseaux sociaux : quels enjeux ? »


Deuxième Table Ronde
Quelle éthique pour les réseaux sociaux ?
« Notre identité numérique sur les réseaux sociaux : quels enjeux ? »

Natacha Quester-Séméon présente le sujet de la seconde table ronde : « Quelle éthique pour les réseaux sociaux ? » Il sera question à la fois de l’identité numérique, des problèmes de réputation et de confiance, des avatars et de la gestion des données personnelles.

Elle présente ensuite les intervenants : Thierry Maillet, spécialiste du marketing, chercheur et auteur du livre « Génération participation » et blogueur. Amaury de Buchet, cofondateur de Fabernovel consulting, blogueur, enseignant également et qui s’intéresse à l’innovation et l’entreprenariat. Frédéric Chevalier, co-animateur de Marketingperso.net, responsable du nouveau pôle Web du Medef. Benoît Thieulin, directeur de l’agence Netscouade, responsable de Désirs d’Avenir/PS.

Pour introduire la première question, l’identité numérique sur les réseaux sociaux et ses enjeux, Natacha Quester-Séméon lit une citation du créateur et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg. Pour lui, « sa plateforme fonctionne selon le principe du graphe social, qu’il définit comme l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte (to mirror the real world by mapping it out) » (source TransNets). Elle ajoute qu’il parle en fait d’un miroir des relations sociales du monde réel. On peut donc dire que Facebook ambitionne de nous cartographier….

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Thierry Maillet, Benoît Thieulin à l'IPMF

Thierry Maillet dit, en souriant, que cela lui rappelle une des grandes phrases de Jean-Paul Sartre dans les années 50, « tout le monde, un seul homme etc. » On est toujours dans ce même questionnement. Cela rejoint ce qu’il disait tout à l’heure à propos de l’opposition démocratie représentative, démocratie participative. Ne nous faisons pas trop d’illusions, précise-t-il, Benoît Thieulin en a parlé compte tenu de son expérience, ce n’est pas parce qu’on a des ordinateurs sur la table, parce qu’on est tous connectés, que nous allons foncièrement changer. Il y a d’autres éléments et notamment des éléments politiques, des enjeux sociaux importants et c’est cela, et avant tout, dont il faut toujours prendre conscience. Il se dit intimement convaincu que si le début de la campagne de Ségolène Royale a été exceptionnel, elle a perdu parce qu’à un moment elle était pauvre en idées, donc en contenu et quel que soit le participatif, il ne pouvait pas tout faire, ne pouvez plus tout faire. Désirs d’Avenir avait produit énormément de contenu, les « Cahiers d’Espérance » ont été un travail formidable, mais ils ont été très mal utilisés par la suite par le parti socialiste. « Ne nous faisons pas d’illusions, on est toujours sur des questions qui restent les mêmes et qui sont transcendantales », dit-il pour conclure.

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Benoît Thieulin, Christophe Grébert, Frédéric Chevalier

Benoît Thieulin se propose de répondre, en faisant en sorte que le débat ne tourne pas autour de Ségolène Royale (rires), et précise que ce n’est pas à cause de lui ! (Rires.) Il pense que les débats participatifs ont été plutôt bien exploités, en tout cas pour les travaux qui en sont issus et les « cahiers d’Espérance » se sont retrouvés dans le programme. Tout en précisant qu’il ne veut pas faire de la politique là-dessus, il ajoute que cela pose en revanche une question intéressante : dans une élection présidentielle, y a cette fameuse posture présidentielle qui est une posture d’autorité, quelque chose d’extrêmement compliqué, une équation impossible, en particulier pour des gens de gauche. (Il ajoute que lui-même n’est pas fanatique de la Ve République et qu’à l’Institut PMF, ce n’est peut-être pas complètement ridicule de le dire.) Il n’est pas évident de remporter une présidentielle et il est compliqué de passer tout d’un coup d’une démarche participative, d’une posture d’écoute à une posture d’autorité pour faire présidentielle. On touche à une contradiction qui est forte et qu’on retrouve un peu, à un moindre niveau, pour les municipales, où un maire peut se dire qu’il n’a pas envie non plus simplement de répercuter la libre parole des gens, mais qu’il doit avoir une autorité. Ce n’est pas simplement de perdre leur pouvoir qu’ils craignent, c’est aussi tout simplement que leur symbolique d’autorité soit atteinte et évidemment dans un régime comme la Ve République, c’est très compliqué. Le passage d’une posture d’écoute, qu’avait Ségolène Royale, à une posture d’autorité où elle dit : « je vous présente un programme qui s’est nourri de vos débats, mais qui n’est pas mécaniquement la reproduction de vos débats, c’est mon interprétation », et bien, ce basculement-là s’est mal fait. Non pas simplement parce qu’elle l’aurait mal fait, mais parce que structurellement, c’est très compliqué à faire. Cela pose des questions de fond sur ce que c’est que le participatif, ce qu’est la démocratie, ce qu’est la Ve République et en particulier la présidentialité.

Pour revenir à la citation du créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, Benoît Thieulin dit qu’il n’est pas du tout d’accord parce qu’il pense que Facebook est un phénomène prodigieusement intéressant, comme la face immergée de l’iceberg de cette tendance de fond à multiplier les réseaux sociaux sur Internet. Il se pose des questions sur l’espèce d’aspiration du Web qui est à l’œuvre en regardant ce qu’il se passe sur Facebook. Il pense que Mark Zuckerberg se trompe et ce n’est pas du tout pour minorer, étant lui-même un utilisateur forcené. Il y a une unification à l’œuvre dans Facebook, c’est une espèce d’inter-connexion des annuaires dans un réseau social qui est le plus généraliste qui soit. Effectivement, c’est un rouleau compresseur qui va certainement continuer, ça double tous les jours, 15 000 Français tous les jours qui y vont, donc c’est une vraie tendance de fond. Là où il n’est pas d’accord, c’est sur le fait que ça va être l’annuaire unique, là où va se retrouver le reflet de toutes nos pratiques sociales. Benoît est profondément en désaccord avec ça, parce que Facebook est un réseau social particulier, identifié, c’est-à-dire qui se rapproche le plus de l’identité réelle. La particularité de Facebook, c’est que l’identité virtuelle et l’identité réelle sont confondues, quasiment. Ses amis vont certifier qu’il est bien Benoît Thieulin et au bout de quelques échanges, si quelqu’un usurpait son identité, assez rapidement les gens pourraient s’en rendre compte. Donc au fond, l’identité virtuelle égale, à peu de choses près, notamment pour quelques hommes politiques parfois, à l’identité réelle. Cela étant dit, ce qui est à l’œuvre dans les réseaux sociaux, et qui est passionnant, c’est l’explosion des identités que l’on se construit dans un réseau social, identité qui n’est pas forcément liée à l’identité réelle.

Benoît Thieulin ne croît pas trop à l’idée que tout basculerait sur Facebook. Ce n’est pas souhaitable et la pratique n’est pas celle-là, les gens ont envie d’avoir une existence qui soit liée à un débat, à une communauté. Des personnes fans de bagnoles dans un réseau où on discute d’automobiles et qui ont comme pseudo Peugeot, n’ont pas forcement envie que les discussions qu’ils peuvent avoir sur leurs préférences en matière automobile puissent un jour être tracées, reliées avec les discussions politiques qu’ils peuvent avoir sur Désirs d’avenir, par exemple. Ce morcellement des réseaux sociaux, et donc la possibilité d’avoir virtuellement des entités multiples est quelque chose de beaucoup plus profond que la tendance à l’unification sur un seul réseau social de toutes nos activités sociales. Non seulement, il n’y croit pas, mais pense aussi que ce n’est pas souhaitable, voire extrêmement dangereux…

Pour revenir sur les questions néthiques et les ramener dans son idée de réseau social, un des enjeux les plus forts vraisemblablement est le lien qui est fait, dans tous ces réseaux, entre identité réelle et identité virtuelle. Pourquoi ? Parce qu’on peut échanger dans un petit réseau des tas d’informations qui ne prêtent pas forcement à conséquence d’une part si elles restent dans ce cercle et d’autre part si elles ne sont pas liées à la vraie identité. Mais à partir du moment où elles sont liées à la vraie identité, où elles sont traçables, car le Web a une mémoire éternelle et ce qui a été posté il y a dix ans, si on arrive à tracer l’identité réelle nous suivra toute notre vie, cela pose des questions. Des questions telles que le droit à l’oubli, par exemple, le droit à la préservation d’une information, qui, certes, est publique puisqu’elle n’est pas simplement une relation interpersonnelle comme un échange par mel par exemple, mais qui, pour autant, doit être circonscrite dans un réseau plus limité. Cela est un vrai sujet dans les réseaux sociaux et en fait, le système est complètement manichéen. Soit on est dans une relation interpersonnelle, comme l’envoi d’un mel et en principe cette relation doit être circonscrite à cet échange-là et dans ce cas-là, c’est très bien. Soit on est sur du réseau social, sur le Web et dans ce cas-là, c’est du public, ce qui signifie potentiellement la Terre entière, et là se pose vraiment une question très importante, on a vu ce que cela donne à l’œuvre, avant même l’existence des réseaux sociaux. Il dit qu’il y a plein d’exemples inquiétants et renvoie aux propos de Tatiana Faria lorsqu’elle parlait du suicide. Il ajoute que l’on peut imaginer que des réputations liées à la réalité, à l’identité réelle soient brisées et que cela puisse déboucher sur des drames humains. Il donne le fameux exemple de la vidéo de Star Wars Kid qui a fait le tour de la Terre, ce qui a conduit ce garçon à faire une dépression et il a failli se suicider. Dans cet exemple, la personne a été une victime et il y a d’autres cas atroces. Celui aussi d’une femme en Corée qui avait laissé son chien déféquer dans le métro. Quelqu’un l’interpelle pour son manque de civisme, la propriétaire du chien s’énerve, l’envoie balader, quelque chose en soi de tout à fait anecdotique, sauf qu’une personne a filmé toute la scène avec un petit téléphone et a balancé la vidéo sur Internet…. Objectivement, on peut dire que la propriétaire du chien a fait une chose pas géniale, pas très éthique, mais en même temps elle est devenue la risée de son pays tout entier. Au bout d’un moment, ça a même fait la une des journaux parce que c’était devenu un phénomène complètement dingue. Benoît Thieulin s’interroge en prenant lui-même comme exemple : « Quand je suis dans un réseau social et que je parle à dix personnes, si je m’engueule de manière pas éthique avec des gens et que cela se retrouve à la fin au journal de 20H, ça pose de vraies questions. Même si je suis responsable et qu’on a le droit de me dire que ce que j’ai dit n’était pas bien, est-ce que vraiment, au moment où je le disais, je pouvais imaginer que ça allait se répercuter ainsi ? »

Il conclut en disant qu’il y a des niveaux de réseaux et des strates de ce qui a trait au public qu’il va falloir inventer. Que de la sphère purement privée à la sphère publique il y a tout une gamme de grilles à construire que les réseaux sociaux aujourd’hui ne construisent pas et cela représente un champ entier de la réflexion éthique sur ce que sont les réseaux sociaux.

Néthique 3 sur l'Ile Verte (Second Life) / Amaury de Buchet

Amaury de Buchet prend la parole en disant qu’il y a pas mal de points sur lesquels il est tout à fait d’accord. Cet été quand il a fait son étude [NDLR : cf. étude de Fabernovel Consulting, la révolution du « média social » pour une vraie conversation sur Internet], et puis même un peu par la suite, quelque chose l’a surpris avec Facebook, c’est que les gens sont effectivement là sous leur propre identité et cela entraîne une réflexion sur ce que c’est que l’identité numérique.

Jusqu’à maintenant, la plupart des gens qui utilisent Internet avaient une identité uniquement pour leurs cookies, pour les robots publicitaires etc. Finalement ainsi, il n’y avait pas véritablement d’identité puisqu’ils ne laissaient leur nom publiquement nulle part, qu’ils n’étaient inscrits dans aucun réseau social, qu’ils n’avaient pas leur blog, leur site Internet, qu’ils ne commentaient pas sur d’autres blogs etc.

Mais il faut qu’on fasse vraiment attention et qu’on prenne conscience du fait qu’on voit arriver sur Facebook pas mal de personnes qui commencent à être présentes publiquement sur Internet et se construisent une véritable identité numérique. Donc il y a un enjeu pour les accompagner, afin que cela se passe le mieux possible.

S’il regarde un peu vers le futur, il n’est pas inquiet concernant Facebook etc. car pas mal de choses laissent penser que finalement Facebook ne sera qu’un passage. Il y a quelque chose qui se développe extrêmement rapidement, c’est le phénomène qu’on appelle le « scraping » (des détails sur Affordance et TransNets), pour ceux qui connaissent un peu : vous pouvez, quand vous voulez, vous inscrire dans un réseau social et celui-ci vous propose alors d’aspirer tout votre carnet d’adresses, Gmail, Hotmail etc. ou d’aspirer d’un coup tout votre profil sur Myspace, sur Linkedin etc. Il propose de vous recréer un compte dans un autre réseau social, cela se fait en un clic, c’est instantané.

Donc, on voit vraiment une courbe d’apprentissage. Il prend comme exemple Meetic où les gens au début ont créé un compte pour commencer à draguer un petit peu et puis finalement, ils se sont rendu compte que ça ne leur apportait pas grand-chose, parce qu’il y avait un petit peu de tout et de n’importe quoi. Puis l’exemple d’un nouveau site qui s’appelle Attractive World et qui propose un cran un petit peu au-dessus… et il va y avoir comme ça des strates qui vont se créer les unes après les autres…

Amaury répète qu’il n’a pas du tout d’inquiétude si ce n’est dans l’accompagnement des personnes qui prennent pied (sur Internet) pour la première fois, car ils risquent d’apprendre comme les enfants, c’est-à-dire en se brûlant : comme par exemple les gens qui retrouvent des photos privées que leur petite nièce, qui est leur copine sur leur profil, a postées d’eux lors d’une réunion de famille. Ces gens-là vont apprendre qu’il faut décocher une case et c’est fini, pas de problème. Il faut apprendre aux gens à utiliser ces outils-là, il faut leur dire attention, il y a des choses plus délicates, les photos véhiculent beaucoup plus d’informations que les quelques mots que vous allez pouvoir laisser etc.

Tristan Mendès France réagit sur les propos de Benoît Thieulin à propos de Facebook. Il explique que concrètement, s’il prend son cas, il a une centaine de « friends » dans Facebook, mais qu’il n’en connaît que 50. Quand on ne connaît pas bien l’outil, ce qui était son cas quand il a commencé avec Facebook, et que des gens font la démarche de venir vers lui en disant : « j’ai lu votre blog, j’aime bien ce que vous faites… », il est difficile de leur refuser de devenir ami (« friend »). La nature du réseau social qu’il avait créé et qui était à la base un réseau strictement amical a été, avec le temps, complètement déformée par la masse de gens qui sont arrivés. Maintenant, il compte environ 200 à 300 « friends » et il n’ose plus communiquer publiquement à travers Facebook comme il le faisait il y a 6 mois ou 1 an, où il pouvait véritablement envoyer un petit message assez personnel, assez intimiste sans que cela ne prête à conséquence. Un gradient s’est donc fait, dont il ne pourra jamais tracer la limite exacte, entre cette masse de gens qu’il ne connaît pas et qui pourtant figure dans son réseau social. Il termine en disant qu’il craint que beaucoup de gens suivent son exemple, que de façon naturelle ils agrègent d’abord un réel réseau social d’amis proches et que très doucement ils glissent vers une masse de gens qu’ils ne connaissent pas et que là, ils rentrent effectivement dans l’inconnu, avec toutes les problématiques qui ont été soulevées tout à l’heure.

Tatiana dit que, même si elle partage avec Tristan ces préoccupations, il est possible de choisir ses “friends”, de régler les “privacies” sur Facebook, de bloquer le partage de certaines informations, c’est d’ailleurs ce qu’elle a fait. Elle ajoute que l’on apprend avec l’expérience, rappelant les propos d’Amaury de Buchet qui disait que l’on apprenait en se brûlant.

Il y a aussi un autre problème qu’il faut prendre en considération, concernant les jeunes notamment, c’est le fait que nous vivons dans une société libérale-libertaire. Elle nous rappelle une expérience qu’elle a faite avec Natacha, il y a quelques mois. Elles ont été invitées par des enseignants-chercheurs de l’École des Mines de Saint-Étienne pour une conférence “Web éthique”, pour parler des préoccupations liées à la Néthique dans le cadre du projet “Web Intelligence” regroupant quatre-vingt enseignants-chercheurs en informatique (projet de recherche financé par la région Rhône-Alpes au sein du cluster de recherche “Informatique Signal Logiciel Embarqué”). Tatiana dit que les personnes rencontrées ces derniers mois, en particulier les professeurs, étaient inquiètes. Elle ajoute qu’elle était surprise de voir des professeurs d’informatique rappeler cette citation de Rabelais : « Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme. » Ils sont préoccupés et disent que les jeunes ne les écoutent pas suffisamment. Aujourd’hui, pour les jeunes et les ados, l’Internet, c’est la transparence, c’est l’espace de liberté, on y fait ce qu’on veut, on y dit ce qu’on veut.

Alors, comment faire pour dialoguer avec eux ? demande-t-elle. Il y a toute une génération pour laquelle “tout est permis”, qui n’accepte pas de tels propos et qui tout de suite les considère comme un “discours moralisateur”. Or, elle explique que lorsque l’on pousse à bout la logique de la transparence, c’est bien connu, on en arrive au fascisme, c’est-à-dire que la prochaine étape serait que chacun sera suivi partout et en permanence et qu’il n’y aura plus aucune intimité…

Thierry Maillet : L’éducation ! Pour lui, l’intéressant est que cela pose la question de savoir si nous sommes tous notre propre média et si oui, si nous devons apprendre à l’être. Nous ne sommes clairement pas formés à le devenir. Il rappelle l’excellent exemple de Tristan et se demande si Tristan Mendès France, Benoît Thieulin, Frédéric Chevalier, Amaury, Vincent, Natacha ou lui-même étaient tous leurs propres médias. À partir du moment où ils se mettent, sur Facebook, sur Meetic ou sur un autre site, ne deviennent-ils pas en quelque sorte porteurs d’un certain message ? Ce qui est certain, c’est qu’aucun d’entre eux à table ne s’est rendu compte réellement il y a deux-trois ans de ce que cela voulait dire d’être un média, d’avoir un blog, d’être sur Facebook, etc. À partir de là, il y a une courbe d’apprentissage comme le disait Amaury, qui doit se mettre en place aujourd’hui.

C’est évident que l’éthique est foncièrement importante parce que si on n’entame pas cette courbe d’apprentissage avec de l’éthique, cela ne fonctionnera pas et on devra faire face à de grands risques. D’une certaine façon, ce n’est pas normal que Tristan se sente moins à l’aise sur sa page Facebook qu’il y a six mois ou un an pour communiquer, et pourtant, sans s’en rendre compte, sa page Facebook est devenue plus proche d’un blog, d’un journal, d’un média, que d’un carnet d’adresses. Savoir si c’est ce qu’il voulait faire ou pas est un autre sujet. Mais il est évident qu’en termes d’éducation, personne aujourd’hui ne le présente de la sorte. Cela rejoint l’idée de règles. Pour Thierry il est évident qu’il faut des règles, légiférer et organiser.

Natacha Quester Séméon dit qu’étant sur Facebook depuis un certain temps (où elle a plus de 500 amis sélectionnés) et à l’occasion de dialogues dans le cadre de la Néthique avec beaucoup de personnes, elle réalise que l’un des problèmes majeurs qui se posent, ce n’est pas tellement d’accepter ou de refuser des “amis” — et d’ailleurs, on peut les supprimer s’ils nous gênent; enfin, elle veut dire sur Facebook (rires) — mais celui du rapport à l’autorité. Elle avoue qu’elle est un peu coupable d’avoir elle-même propagé des usages auprès de son entourage. Or, quand dans un média ou dans une société, un journaliste ou un employé qui ouvre un compte en premier, se retrouve rapidement rejoint par toute sa rédaction ou son bureau, ce n’est pas toujours facile à gérer. Il y a de plus en plus de cas où les gens, des étudiants par exemple, vont innocemment au début sur Facebook, et puis une fois dans le monde du travail, doivent faire du ménage sur leur page et demander à leurs amis d’enlever des photos de certaines situations qui ne sont pas forcément à leur avantage, etc.

Elle dit qu’une des questions qui se pose de façon individuelle, est : « qu’est-ce que je fais quand mon chef me demande d’être mon ami, quand j’ai un collègue de bureau que je n’aime pas trop, qui me demande d’être ami. » Là, on voit qu’on est dans un apprentissage des relations et on a besoin de l’expérimenter. C’est du moins ce que font eux les Humains Associés en gérant des communautés et en gérant sur Facebook un certain nombre de groupes. Ils voient quels sont les problèmes qui se posent pour adapter ces questions de comportements et d’éthique aux nouveaux usages.

Néthique 3 sur l'Ile Verte (Second Life) / Frédéric Chevalier

Frédéric Chevalier dit que c’est justement à partir de ces questions-là qu’ils ont créé la dynamique “Marketing perso” à la fin de l’année dernière. C’est à partir de la réflexion que le Web 2.0 amène une réorganisation au niveau des relations sociales entre les individus. Il croit que la première question à se poser quand on arrive sur Internet, c’est ce qu’on vient y faire. La réponse n’est pas simple, parce qu’on peut avoir envie d’y faire de multiples choses, et surtout avec le temps, les motivations peuvent changer. Il comprend qu’un adolescent ait envie d’échanger, d’avoir des photos un peu sympas, d’être en mode convivial et détendu, et puis que quelques années plus tard, quand il cherche du travail, il n’apprécie pas forcément qu’un recruteur ayant tapé son nom dans Google, ce qui arrive maintenant dans 80 % des cas, lui sorte quelques photos de soirées de potaches ou d’enterrement de vie de garçon ou de vie de jeune fille. C’est un vrai problème et cela ramène à la question qu’ils ont posée tout à l’heure : quand on a laissé des traces sur Internet, elles sont quasi indélébiles. On a là clairement une limite à notre vie privée, à notre sphère d’intimité. C’est à prendre en compte quand on parle de Néthique au niveau des réseaux sociaux et du Web 2.0 d’une manière plus générale. C’est certainement là qu’il y a des choses à creuser, parce que c’est un problème auquel il n’y a aujourd’hui pas véritablement de solution.

En revanche, quand ils ont pris ce concept de marketing personnel, de “marketing perso”, l’idée était de se dire que si on parle d’identité numérique, on parle de quelque chose qui est subi. On le voit bien dans le débat que l’on commence à avoir. Il dit qu’il faut prendre acte du fait que nous laissons des traces sur Internet, bonnes ou mauvaises. La problématique est que le monde virtuel et le monde réel se rejoignent. Facebook pose cette question parce que c’est un peu le phénomène à la mode, c’est le réseau du moment qui prend des proportions énormes, comme le phénomène des blogs a pris des proportions importantes en France. Mais la question se posait déjà avec les services comme Viadeo, Linkedin, avec les blogs, avec les commentaires que l’on laissait, etc. : est-ce que quand on agit sur la Toile, on agit avec son nom ou avec un pseudo ? Et est-ce qu’il est tolérable, voire éthique d’avoir une identité multiple ? Après tout, dans le monde réel on est un individu, il est Frédéric Chevalier, et s’il commence à avoir de multiples facettes, on va le traiter de schizophrène. C’est une vraie question de savoir si on peut avoir x pseudos et x identités virtuelles. Dans Second Life, c’est toute la question des gens qui projettent la vie qu’ils n’auraient pas pu avoir derrière leur avatar.

En termes de réseaux sociaux, Facebook clarifie un peu les choses. On a dans cet univers Web 2.0 une organisation en forme d’étoile et nous “devenons” effectivement un média, nous devons en prendre conscience, parce que quand on poste une vidéo sur Dailymotion ou sur YouTube, que l’on contribue à travers un blog, que l’on participe à un travail collaboratif au travers d’un wiki, oui, on devient un média. On est alors dans une organisation où l’on a complètement aboli le top-down, ou tout au moins on le bouscule et on vient dans un système en étoile. Le cœur de ce système ou de cette étoile est notre présence dans un réseau numérique, un ou plusieurs, Facebook, Viadeo ou autres. Là, on relie ses blogs, ses comptes Flickr et les photos que l’on poste et tout le reste. C’est une traçabilité, mais qui donne aussi une visibilité. Donc si on a un objectif de promouvoir des compétences professionnelles, une expertise, des idées, d’alimenter un débat ou autres, il faut le faire clairement. Mais d’un autre côté, plus on le fait à visage découvert, plus on gagne en crédibilité. C’est rassurant de savoir que c’est bien telle personne qui est derrière tel propos, telle idée ou telle cause, qu’on va adopter sur Internet, avec tous les dangers que ça peut comporter.

Vincent Ducrey relate qu’ils ont eu la chance de recevoir Bill Gates il y a deux jours à Paris et de discuter un peu avec lui. Ce qui était intéressant, ce sont les propos qu’il a tenus par rapport à Facebook. Bill Gates a dit que c’est sympa, « mais que les copains de mes copains qui voient mes collègues, qui voient mon vélo, qui voient le vélo que mon voisin a mis en photo et ainsi de suite, ça devient vite un peu le bordel ». Donc qu’il y a un moment où il va falloir un peu structurer par réseau personnel les identités des amis qu’on a dans son propre réseau. Il disait que c’est un début et qu’il devenait fortement nécessaire de faire évoluer la chose pour qu’on puisse l’utiliser dans la durée et pas être totalement submergé par l’information. Parce que trop d’information tue l’information, et que c’est un peu le mot qui est en train de ressortir sur Facebook.

Natacha dit qu’elles ont effectivement assisté à cette conférence de Bill Gates, et que Tatiana a quelques avis sur la question.

Tatiana répond qu’en effet, elle était sidérée. Elle était venue écouter Bill Gates d’une façon très naïve, car elle s’intéresse au travail de la Fondation Bill et Melinda Gates. D’ailleurs, Laurence Parisot lui a posé à un moment une question sur le travail de sa fondation qui est resté sans réponse. Donc, Bill Gates, lors de sa démonstration, a annoncé d’une voix très monocorde et posée, très habituelle, un peu comme si de rien n’était, qu’avec les univers intelligents et les objets intelligents du futur (Tatiana pense qu’ils existent déjà aujourd’hui), nous n’aurons plus besoin d’utiliser notre mémoire. Il montrait comment tous les numéros de téléphone sont contenus dans les téléphones mobiles, qui de plus en plus vont devenir des objets intelligents, et tous ces appareils seront interconnectés. Cela fera-t-il de nous des “robots”, manipulables à 110 % ? Tatiana nous informe donc que Bill Gates nous annonce la fin de la mémoire. Exit la mémoire humaine, vive la mémoire informatique des réseaux, la mémoire technologique. C’est ce qu’elle a compris implicitement de son discours et cela fait peur.

Un intervenant dans la salle dit que Microsoft n’a pas aujourd’hui de réseau social, ou plutôt un réseau social qui n’a jamais fonctionné, ils n’ont donc pas trop de leçons à donner sur le domaine. Natacha répond qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot… L’intervenant acquiesce : « surtout avec ce qu’on a entendu aujourd’hui au niveau de Yahoo et les 44 milliards. Ça fait une somme… » (rires). Il ajoute que Facebook est une véritable évolution en matière de réseaux sociaux par rapport à “Netframes” qui a été un peu son ancêtre historique de manière structurelle et qu’il y a donc une véritable évolution en termes de choix ce que l’on veut afficher ou pas. À son avis, c’est un épisode supplémentaire par rapport à Viadeo et Linkedin qui étaient beaucoup moins riches en contenu. De surcroît, il n’y a pas seulement la dimension d’afficher, mais aussi la dimension de pouvoir diffuser une variété de contenus et d’ouvrir sur d’autres fenêtres et d’autres territoires d’Internet. Il pense que c’est, malgré des erreurs liées à l’enthousiasme des débuts, un réseau assez responsable, et qu’il faut donc aussi prendre en compte que c’est un épisode supplémentaire par rapport à d’autres, notamment parce que les gens affichent leur nom et prénom sans y être forcé, et qu’il faut se dire que ça fait partie du phénomène. Il dit aussi qu’il voit là-dedans quelque chose de positif au niveau des évolutions participatives, dans le sens où c’est à la fois structurel et phénoménal. C’est un mariage entre des gens qui proposent des outils qui sont finalement beaucoup plus organisés; et une adéquation, apparemment, avec la demande. Il pense que c’est intéressant et qu’on ira en effet vers des réseaux qui sont plus verticaux, professionnels, d’opinions, etc.

Tatiana dit qu’effectivement, personne ne nous force, c’est orwellien, une sorte de « 1984 ». C’est chacun qui diffuse de son plein gré toutes les informations sur lui-même. Chacun est ravi de dire : « J’ai 400 friends dans Facebook, j’ai un blog qui est lu par 5 000 visiteurs réguliers ». Pour alimenter tout cela, on raconte ou l’on donne des détails sur sa vie privée. C’est là que précisément réside le danger : chacun y va absolument de son libre-arbitre, mais sans éducation, sans réflexion, on ignore ce qui nous attend.

Vincent Ducrey intervient très rapidement sur l’UMPnet, les identités et la notion de groupes qui étaient abordés en amont. Il dit que leur idée est de libérer progressivement les droits, et qu’ils apprennent au fur et à mesure de l’utilisation de la plateforme les attentes des gens. Lors de la campagne présidentielle, c’était assez facile parce qu’il n’y avait qu’un candidat pour l’UMP, et donc qu’il ne pouvait pas y avoir de problème de dissidence, etc. L’idée est de donner de plus en plus de droits aux gens au fur et à mesure des mois, et de ne pas faire comme sur Facebook, où vous arrivez et vous avez tous les droits, vous créez 20 groupes dans la journée, envoyez 50 invitations et voilà… Au final, c’est du spam, qui tue l’information et empêche les messages de passer. C’est pour ça qu’ils sont en phase d’apprentissage, leurs internautes comme eux-mêmes, pour pouvoir appréhender vraiment l’utilisation qui en est faite et de pouvoir mettre en place des blocs qui correspondent aux attentes.

Benoît Thieulin revient sur deux ou trois points qu’il souhaite compléter ou avec lesquels il n’est pas forcément d’accord. Pour lui, la courbe d’apprentissage sur Facebook est assez conviviale. Il demande si nous sommes allés voir l’outil de gestion de ce qu’ils appellent les “privacies” , qu’il trouve assez intéressant. Pourtant, Facebook a un côté un peu 1984, orwellien. Il remarque qu’on nous aurait tous dit, il y a quinze ans, « un jour vous verrez, il y aura des millions de gens, ils iront sur un site pour balancer toutes leurs données personnelles et ils seront super contents de le faire », on se serait tous dit : « ce jour n’arrivera pas, qu’est-ce que c’est ce truc ? ». Et pourtant, c’est ce qu’on fait sur Facebook. Des vraies questions se posent sur ce que l’on donne dans un certain cadre, cadre qui évolue socialement, mais sans évolution technique majeure — c’est bien là le problème. On partageait ses données personnelles avec 50 personnes qui sont des amis et puis progressivement, le cercle s’élargit et on se retrouve à gérer autre chose, mais avec les mêmes outils. Il trouve que c’est un problème que Facebook n’aille pas assez vite sur l’adaptation aux pratiques sociales. Pourtant, ça doit être compliqué pour eux que le site dérive complètement de son objectif initial, puisque c’était un trombinoscope. La capacité de créer du relief, de créer des sous-groupes, d’organiser davantage, etc., c’est quelque chose qui manque complètement dans Facebook, mais c’est apparemment en projet.

Amaury de Buchet répond que c’est effectivement un projet en cours et qu’au niveau technique, les API [Interface de programmation qui permet de définir la manière dont un composant informatique peut communiquer avec un autre] sont en place depuis début septembre, mais que depuis rien n’a absolument bougé. Il y a de petites applications ici et là qui permettent de gérer des groupes d’amis, mais uniquement pour leur envoyer des messages, et non pour limiter, au contraire, la “privacy”. Si vous avez 500 amis, vous êtes obligés de gérer un par un ce qu’untel a le droit de voir ou ne pas voir, application par application, et que cela peut prendre beaucoup de temps. Il ajoute qu’en ce qui concerne la stratégie d’usage des réseaux sociaux, elle diffère de façon assez importante aux États unis de la manière dont on l’utilise ici en France. La France est un peu particulière, c’est la patrie du Web 2.0, des blogs etc. Il y a beaucoup beaucoup de gens qui font du blog mais ils le font surtout pour parler, pour communiquer, se faire connaître, et on en vient finalement à la vision du Français qui est le coq debout sur un tas de fumier le matin (rires).

Il répète que les Américains ont une vision qui est un peu différente. Il dit que par rapport à ce qui était dit plus tôt, que tout est indélébile sur Internet, les Américains eux ne s’en inquiètent pas, car ils sont habitués au spam, et ils spamment dans l’autre sens. « Moi je suis sur Internet, eh bien je balance un paquet d’informations tous les jours, alors si vous voulez trouver la petite information qui m’embête, et bien, vous pouvez y passer du temps ! » Par exemple les photos un petit peu délicates, si le copain qui les a posté ne veut pas les enlever, au bout d’un moment, elles seront sur une page parmi 500 000 autres, et que si quelqu’un veut vraiment les chercher jusqu’au bout, cela lui sera très difficile. C’est cela, selon lui, la stratégie américaine et on commence un petit peu à voir ça en France, (c’est en cela que l’initiative de Frédéric est très intéressante). Les gens comprennent que si on veut faire son marketing personnel sur Internet, il faut créer non pas une mais plusieurs identités ou facettes d’identités. Parce que si on n’en a qu’une seule, les gens vont se dire : « il est en train de cacher tout le reste ». Une seule, c’est difficile à mouvoir, à changer, si jamais on change de profession, de métier, de lieu, d’amis, etc., alors que si on crée différentes facettes et qu’on joue en mettant un petit plus celle-ci ou celle-là en avant, on commence à avoir des stratégies un petit peu plus élaborées. Il conclut en disant qu’en France, c’est, selon lui, quelque chose qui commence un tout petit peu à apparaître.

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Benoît Thieulin, Christophe Grébert, Natacha Quester-Séméon, Frédéric Chevalier, à l'Institut Pierre Mendès France

Benoît Thieulin revient ensuite sur la question de l’identité. Il n’est pas tout à fait d’accord avec ce que Frédéric Chevalier disait précédemment. Il ne croit pas que le fait d’avoir plusieurs identités numériques, voir d’utiliser — les termes sont peut-être à préciser — plusieurs pseudos, derrière lesquels on a l’idée que c’est de l’anonymat, soit quelque chose de très négatif et de schizophrène et de peu responsabilisant. On a de multiples manières aujourd’hui dans les débats, dans les réseaux sociaux, d’avoir une identité, qui n’est pas son identité réelle, sans être pour autant schizophrène. Un schizophrène est à la limite quelqu’un qui aurait quinze comptes Facebook, dix comptes différents dans les réseaux sociaux liés à l’automobile, pour parler un moment d’une Ferrari qu’il adore et pour dire le contraire ailleurs. Mais le fait d’avoir une identité numérique liée à l’univers de la voiture sur un réseau social lié à la voiture et d’avoir une autre identité numérique politique dans un réseau social politique, ce n’est pas de la schizophrénie. Ce point lui semble vraiment très important. La deuxième chose est que pour lui, ce n’est pas de l’anonymat. Le pseudo qu’il utilise a en réalité un certain nombre d’activités, des commentaires à travers lesquels il s’est construit dans ce débat et cela n’est pas de l’anonymat.

Selon Benoît, Facebook a un intérêt extraordinaire, parce que c’est un réseau social qui s’approche de notre identité réelle. Mais il ne faut certainement pas imaginer que notre existence sociale doit forcément être identifiée pour être éthique et constructive. Si on allait jusqu’au bout en disant que finalement ça nous rassure, parce que c’est quelque chose qui au fond reflète la vraie vie, lui, il pense que c’est le contraire, que dans cette salle par exemple, la majorité des gens ne se connaissent pas. Il ne sait pas qui nous sommes, ne connaît pas notre identité et dit que nous allons partir en connaissant son identité à lui mais pas celle de la moitié des gens ici, et que ce n’est pas pour autant que les gens ne sont pas responsables, qu’ils se lèvent, en balançant des choses, ni que l’on va tous s’insulter. Quand il marche dans la rue, il croise plein de gens, il n’est pas identifié, eux ne le sont pas non plus, et ça se passe très bien. Il dit qu’il y a là un mythe, qu’il trouve très effrayant d’imaginer que les gens sont responsables à partir du moment où ils sont identifiés. Il ne le croit pas. Mais en revanche, on se crée des identités, on a des apparences, et pour un certain nombre de raisons, on se construit des identités virtuelles, et ce sont celles-là qui nous responsabilisent. On le voit dans les débats, en tout cas ceux qu’il a eu la chance d’animer, la question du temps passé dans un réseau est directement liée à la qualité des contributions qui sont produites. Quelqu’un qui vient de débarquer et qui repartira, il y a de très fortes chances que les trois posts qu’il va laisser en nomade soient de très mauvaise qualité.

Mais qu’une personne qui s’appelle Toto et qui poste depuis six mois, plus elle va poster longtemps, plus elle sera responsable, tout simplement parce que l’identité qu’elle se sera créé dans cet environnement à un moment donné, elle y sera extrêmement attachée, même si sa réputation ne sera peut-être pas celle de son identité réelle. Benoît revient sur les 43 % de l’étude californienne qui dit que les gens sont attachés à leur identité numérique parce que ça a une vraie réalité, même si c’est virtuel, et c’est cette réalité-là qui est au fond responsabilisante. Nous n’avons pas besoin d’avoir une carte d’identité qui s’affiche pour qu’on soit responsabilisé.

Frédéric Chevalier le rejoint sur ce point-là : on peut donner du contenu à une identité virtuelle. Mais pour lui, ce n’est pas là le problème, c’est de s’interroger sur ce qu’on fait de cette identité et de comment on peut se promouvoir à travers elle. Effectivement, si on est simplement dans des participations, dans des forums, des débats, des commentaires, dans des sujets de passionnés, ça ne pose pas de gros problèmes. Il dit que ce que Benoît Thieulin dit des voitures n’influe pas forcément ou probablement pas sur ses débats politiques ou autres. En revanche, dans la démarche de “marketing personnel”, ils étaient vraiment dans l’idée d’accompagner des gens — ils sont aussi sur la courbe d’apprentissage — pour les aider à projeter ou à contrôler l’image d’eux-mêmes qu’ils ont envie de projeter sur Internet. Il dit que “Marketing perso” s’adresse évidemment à tous, mais plus particulièrement à des personnes qui sont chefs d’entreprise ou porteuses d’un projet, et qui quelque part, tout en étant un média, incarnent l’entreprise (le chef d’entreprise va incarner l’image de son entreprise et de son produit). C’est vrai quand on est en PME ou pour le cadre qui va devoir gérer sa carrière et va aussi pouvoir évoluer grâce à ce qu’il va pouvoir projeter. C’est ce qui nous conduit à aller sur des réseaux comme Viadeo et Linkedin et d’y mettre notre CV. Ils sont en effet moins riches en termes de contenu, moins spectaculaire que ce que nous pouvons mettre dans Facebook, mais on en met beaucoup plus en termes d’informations personnelles. On peut retrouver tout sur le pedigree de quelqu’un sur un Viadeo ou sur un Linkedin. En effet, plus il est complet, plus il ouvre d’opportunités de contacts, plus il génère de résultats, de synergies, et que moins on en met, moins on a envie d’aller au-devant des gens.

Frédéric ajoute qu’à partir de là, ils étaient vraiment dans une notion de cohérence, et qu’il s’est posé cette même question quand il a commencé à bloguer. La première question était : « est-ce que je vais agir dans cet univers Web 2.0 sous mon propre nom ou sous un pseudo ou en construisant une identité numérique ? ». La deuxième question qu’il s’est posée, c’est : « quelles sont les limites que je dois me fixer ? ». Il dit que travaillant au Medef, au service web marketing, en responsabilité des systèmes d’informations, des systèmes web et des blogs qu’émet le Medef, il a une fonction qui de ce fait, implique un certain nombre de devoirs pour l’organisme pour lequel il travaille. À côté de ça, demain, s’il ouvre un blog, par exemple sur les réformes ou sur des questions sociales, la personne qui lit est légitimement en droit de se poser la question de savoir qui s’exprime, si c’est le représentant du Medef, avec tout ce que l’on peut diaboliser autour de ça, ou si c’est Frédéric Chevalier en tant qu’individu. À titre personnel, il n’est pas forcément en adéquation, en harmonie parfaite, en tant que citoyen, avec toutes les positions prises par le Medef, notamment sur le contrat de travail, et qu’il pourrait avoir des positions différentes. Donc, s’il les exprime, ça pose un réel problème. Pour autant, il se demande, si, à côté de ça, il crée l’identité numérique d’un citoyen lambda qui n’est pas Frédéric Chevalier, quel peut être l’intérêt de gérer cette double identité, puisque justement il va dans la sphère politique, où il va agir à visage découvert, d’autant qu’à un moment, on passe dans la vraie vie, comme c’est le cas avec Christophe Grébert. Il dit que c’est ça le problème du virtuel aujourd’hui — que ce soit sur Meetic, quand c’est pour les rencontres amoureuses, où le but n’est pas de fantasmer à travers des messages, mais de finir par se rencontrer; ou sur Viadeo, où le but est de trouver du boulot, de recruter un collaborateur, de faire du business; ou encore sur Facebook, où les gens dégagent des synergies — c’est de passer dans le réel. Quand on part d’une identité virtuelle, au moment du passage dans le réel, c’est là que l’on a un problème ou alors qu’il y a reconnexion de l’identité “génétique” et de l’identité virtuelle derrière. Ce n’est pas évident. Mais il est tout à fait d’accord avec le fait que l’on peut donner un contenu et même un contenu très riche à une identité virtuelle.

Thierry Maillet fait un petit retour en arrière historique, à propos de Bill Gates. Il dit qu’il faut bien savoir que depuis 40 ans et depuis que la société Microsoft a été créée, l’objectif de Bill Gates a toujours été d’enfermer et de protéger, que ce soit d’abord avec MS-DOS ou ensuite avec Office. Le but a toujours été de fermer et de vendre ce qu’il appelle une protection. Il se souvient qu’il avait écrit un papier le 6 février 2007 où le même jour, Bill Gates annonçait un nouveau système informatique de sécurité de Microsoft absolument fabuleux, et Steve Jobs, dans la Silicon Valley, annonçait qu’il ouvrait les DRM [la gestion numérique des droits] sur i-Pod. Il veut dire par là qu’on a toujours eu, et qu’on aura toujours cette opposition quant à l’utilisation de l’outil informatique : est-ce un outil de protection ou un outil de connexion ? Il conseille à ceux que ça intéresse, le livre “Darknet” qui le montre bien. Il ne faut pas se leurrer, Bill Gates a toujours une grille de lecture de l’informatique protectrice, sécuritaire. Ce n’est pas systématiquement mal, mais il faut le savoir. À l’inverse, il y a toute la mouvance, qu’on appelle l’Open Source et la connexion au sens large — de laquelle est née, du moins en partie, Steve Jobs — avec l’idée de porter des messages grâce à l’outil informatique.

Il veut dire deux choses par là : d’une part à propos de la question de l’identité, il y a évidemment le fameux mythe de l’homme-machine : Est-ce que la machine modifie l’homme ou est-ce que c’est au contraire l’homme qui agit sur la machine ? Il penche pour la 2e hypothèse et pense que c’est toujours l’homme qui finira par prendre le dessus, mais à condition d’imposer des règles. Et puis d’autre part, à propos de ce que disait Amaury, tant mieux si la France est à part, parce qu’il pense qu’il ne faut jamais oublier que si on utilise des réseaux sociaux et notamment le Web 2.0 (il repense aussi à la campagne électorale de Ségolène Royal), c’est qu’il y a toujours derrière l’idée qu’« on le fait parce qu’on pense universel ». En France, on est toujours dans cette idée, parfois cette illusion : on pense toujours universel, on pense toujours faire ça pour les autres. C’est pour ça que les Français étaient tellement fous et sont toujours amoureux du Web 2.0, parce qu’ils ont le sentiment, chevillé au corps, que grâce à l’outil, ils vont pouvoir propager la bonne parole au plus grand nombre et pour eux-mêmes. Ils en sont très fiers et très contents. Mais Thierry ne croit pas que ce soit en tant que tel une mauvaise chose. Il rappelle que les réseaux sociaux, type Facebook notamment et d’autres, ont été créés parce qu’il y avait tellement d’étudiants sur un campus, en l’occurrence Harvard, qu’ils ne se connaissaient plus.

Thierry Maillet se demande si à un moment donné — et l’on rejoint l’idée de l’homme et de la machine — si c’est la machine qui est à son service ou si c’est l’homme qui est au service de la machine ? Il ajoute qu’il en va de même pour la question de l’identité. Donc, sans vouloir pontifier, il estime que ce n’est peut-être pas une mauvaise chose si en France, nos idées et notre comportement face au réseau, sont un peu différents dans le sens où nous souhaitons utiliser la machine et les réseaux sociaux, l’Internet au sens large, pour porter un message (encore faut-il qu’il soit bon). Il estime que dans cette perspective, la question de l’identité se pose beaucoup moins à partir du moment où l’on est porteur d’un message. Si par exemple Toto sur Agoravox dit des choses intéressantes et si c’est Toto qui revient tous les jours en disant des choses intéressantes, on se souviendra plus de ce qu’il aura dit, que du fait que c’est Toto, et de savoir qui est derrière Toto.Il pense cependant que ce n’est pas encore gagné, parce qu’il y a ces deux interprétations, et elles se posent aujourd’hui avec Facebook : est-ce que la machine est au service de l’homme ? Il croit tout simplement que demain, si les gens en ont marre de Facebook, un autre réseau social sera créé, tout simplement, suivant l’idée américaine qui consiste à changer de réseau si on n’est pas satisfait. Il rappelle qu’il ne faut pas oublier que Netscape est mort, qu’Altavista, qui, paraît-il, était le meilleur moteur de recherche d’après les informaticiens, a aussi disparu. Donc, rien ne dit que Facebook va perdurer pendant 50 ans, loin de là. Il ne faut pas non plus avoir peur en la matière ou s’effrayer, car il peut chuter aussi vite qu’il est né.

Il souligne que ce qui est important autour de l’identité, c’est premièrement la question du message, et deuxièmement la question de l’ouverture, avec, dans l’informatique, les deux interprétations possibles : celle de Microsoft, « j’enferme et j’accapare »; et celle de l’Open Source, souvent représentée par Steve Jobs, qui est : « j’ouvre pour délivrer un message ». Et de rappeler la pub fondatrice d’Apple autour de “1984″ justement. Tout en se gardant d’être naïf (Steve Jobs adore vendre ses produits), il termine en disant que nous sommes face à ces deux grilles d’interprétation : connexion ou protection.

Tristan Mendès France fait une petite remarque sur la question des pseudos et de l’anonymat. Personnellement, et il ne sait pas ce que les intervenants en pensent, mais il a l’impression que le droit à l’anonymat et au pseudo est un droit fondamental à protéger pour chaque individu — même s’il se crée 100 pseudos par jour. Il estime que même s’il y a certainement des dérives, des schizophrènes, s’exprimer tout en cachant son identité est, en démocratie, quelque chose de vraiment fondamental.

Thierry Maillet acquiesce, et dit que le premier exemple ce sont les manifestations. La manifestation dans la rue commence à dégénérer quand les flics en civil viennent demander leurs papiers aux manifestants ! Par essence, une manifestation est la préservation de l’anonymat.

Amaury de Buchet intervient juste pour rebondir très rapidement sur l’anonymat, en disant que l’anonymat n’existe pas sur Internet… (ce que confirme Natacha)… car c’est assez facile, même sans commission rogatoire parfois, d’obtenir l’identité de quelqu’un. Avec quelques petits logiciels bien utilisés, on peut faire pas mal de choses. Tous les réseaux véritablement anonymes — il en existe quelques-uns, tels free.net et autres — sont finalement condamnés un peu à la délinquance et à fonctionner sur des choses qui sont immorales, illégales. Quelque part, il trouve que c’est un peu dommage, mais on ne va pas changer le monde.

Il ajoute aussi qu’on a beaucoup parlé des réseaux sociaux sur Internet, finalement en oubliant un peu ce qu’est un réseau social. Il pense que c’est un domaine où pas mal de recherches ont été faites, pas forcément les plus abouties, mais où il y a encore beaucoup de choses à faire. Il dit qu’on estime — d’après des études de nombres, qui n’ont peut-être pas encore toute la rigueur scientifique, celle de Régis Dunbar par exemple — qu’un humain peut avoir environ 150 amis, mais qu’au-delà, il faut trouver un moyen technique de le gérer, car la taille de son néocortex ne le lui permet pas [le nombre de Dunbar est le nombre d'amis avec lesquels une personne peut entretenir une relation stable à un moment donné de sa vie, NDLR]. Il ajoute que ça semble indiquer que quelque part il y a une limite, qu’on ne peut pas entretenir des relations avec plus d’un certain nombre de personnes, mais qu’avec des outils comme Facebook, on peut démultiplier ce genre de choses. Car avec Facebook, nous sommes capables d’entretenir des liens faibles avec beaucoup plus que 150 personnes. Si on voit par exemple l’anniversaire de quelqu’un (si ce n’est pas l’un de nos amis proches, on ne le saurait pas), nous pouvons lui envoyer un petit mot, et hop, ça nous a quelque part sauvé notre relation avec cette personne pour l’année qui vient.

Il estime que les réseaux sociaux sont des outils qui ont un côté démultiplicateur assez intéressant, même si nous ne pouvons pas être dans trop de réseaux sociaux en même temps. Car si nous voulons que ce réseau social nous apporte quelque chose, il nous faut avant tout y apporter des choses, s’y investir, y passer du temps, etc. Il précise que cela se fait sous des formes différentes, par exemple sous forme de commentaires. Quand on fait un commentaire intelligent ou pas sur un blog, on apporte quelque chose au débat, même si parfois, c’est jugé d’une valeur nulle par les lecteurs. Il rappelle qu’il en était question à la précédente journée néthique [2ème journée Néthique, à la Cité des sciences, Nouveaux médias et politique, 17 novembre 2007], et que d’une façon ou d’une autre, c’est quelque chose qui permet de construire un réseau social, de le valoriser, etc. Mais de toute façon, nous n’avons chacun pas plus de 24h pour le faire, car les machines n’ont pas encore réussi à nous faire participer à plus d’un certain nombre de réseaux sociaux à la fois. Il pense donc que nous allons arriver rapidement à une meilleure compréhension, que ce soit via des réseaux sociaux verticaux, dont les intervenants parlaient en amont, ou autres, de la question du sens d’entretenir un réseau social, des outils qui sont les plus adaptés, etc. Il conclut en disant que nous n’en sommes qu’au début pour l’instant.

Natacha Quester-Séméon prend l’exemple de Puff Daddy, le chanteur et producteur américain de Hip-hop qui utilise Myspace et a un million d’amis et une équipe qui s’occupe de gérer son propre profil. Dans ce cas-là, cela devient un média à part entière et une façon de bloguer différemment. Elle remarque qu’ils n’ont pas beaucoup parlé de la confiance jusqu’à maintenant. Ni de la définition, des usages, et notamment de l’idée que, finalement, nous sommes tous en train de nous “googliser”, par exemple, avant nos rendez-vous professionnels, voire personnels, en tapant sur Internet le nom de la personne qu’on va rencontrer.

Amaury de Buchet ajoute que c’est même plus efficace probablement dans Facebook, car on y voit plus de photos et qu’il y a quand même plus d’informations que ce qu’on voit sur Google.

Natacha Quester-Séméon demande alors aux participants ce que ça leur inspire.

Amaury de Buchet répond qu’il va donner un exemple vécu, d’une amie qu’il avait invitée à dîner. Il espère qu’elle n’écoutera pas ça, mais que de toute façon, elle est déjà au courant. Il dit qu’il a un autre ami qui était célibataire. Elle, à sa connaissance, l’était aussi. Il s’est dit, « tiens, je vais les inviter tous les deux au dîner ». Puis il fait un tour sur Facebook pour voir et il tombe sur une photo qui avait été postée par son copain, avec elle. Il constate qu’elle n’était plus célibataire, qu’il le savait directement. Il a fait une petite capture d’écran, lui a envoyé pour qu’elle soit au courant que, quand même, si elle voulait le cacher, il fallait le faire plus discrètement. Ce récit lui permet de dire que la confiance sur Internet est quelque chose qui, là encore, s’apprend, sur le long terme, et que finalement, elle est beaucoup plus basée sur de la vie réelle que virtuelle. Il ajoute qu’en fin de compte, la confiance qu’il peut avoir avec une personne s’établit principalement à partir du moment où il l’a rencontrée. Il rappelle aux autres intervenants ce qu’ils disaient en amont des groupes sur Facebook, notamment quand Christophe témoignait pour MonPuteaux, que le vrai contact, la vraie confiance avait été établie à partir du moment où la personne avec laquelle il était rentré en contact sur Facebook, était venue lors d’une réunion à Puteaux. Il pense que de ce point de vue, cela ne changera pas beaucoup.

Natacha Quester-Séméon acquiesce et dit qu’elle pense que Benoît pourrait également leur parler de la réputation et de la crédibilité. Parce que si l’on a un pseudonyme dans un forum ou dans une communauté, on se crée une forme de crédit qui donne aussi confiance, sans savoir nécessairement l’identité de la personne.

Benoît Thieulin est d’accord et pense que c’est d’ailleurs ce qui fait que les espaces de débats qui étaient “ouverts”, c’est-à-dire sans accès logué il y a encore quelque temps, ont tous progressivement basculé sur des systèmes d’inscription en ligne. Parce qu’encore une fois, il s’agit d’obliger ou d’inciter fortement les gens — on ne va pas se recréer un pseudo chaque fois qu’on va se loguer — à conserver le pseudo avec lequel ils communiquent sur un forum, en l’occurrence sur lequel ils viennent débattre, et de manière justement à ce qu’il y ait une trace — éventuellement liée à une “identité”, même si elle est anonyme — mais une trace de l’ensemble des contributions et qui oblige progressivement la personne à savoir faire attention à ce qu’elle a dit la veille pour ne pas se contredire le lendemain. C’est selon lui un levier de constructivité des débats et une façon un peu vertueuse de relever le niveau des contributions. Il ajoute qu’il y a une loi qui semble encore se vérifier, à savoir que plus les personnes contribuent, plus elles font très attention, parce qu’elles acquièrent une existence sociale à laquelle, encore une fois, elles sont très attachées. Là où ça ne pose pas de problème, c’est que c’est nous-mêmes qui nous construisons, dans un cadre que nous avons choisi, une entité, que d’ailleurs nous pouvons abandonner si éventuellement nous n’avons pas fait le lien avec notre identité réelle dans l’espace où l’on discute.

Il ajoute que la question est quand même plus compliquée dès lorsque la googlisation met au jour des billets d’un blog très négatifs, très méchants, très diffamatoires, sur soi ou sur quelqu’un d’autre. Cela pose de vraies questions sur ce que c’est que la diffamation et sur la réputation que l’on peut avoir virtuellement sur Google ou sur Facebook. Et qu’au-delà de ça, cela pose quantité de questions sur la pertinence des informations, la manière dont on les manie sur Google.

Il pense qu’on peut imaginer qu’à un moment donné, de la même manière qu’il peut y avoir du “farming” pour ces entités que nous n’avons pas assez le temps à gérer dans les réseaux sociaux ; de la même manière, on peut imaginer qu’à un moment donné, nous irons voir des gens en leur disant : « j’ai un problème de réputation sur Google, parce qu’il y a trois blogueurs qui ont un “ranking” incroyable et qui ont posté des trucs dégueulasses sur moi. Et que moi, petit blogueur inconnu, à chaque fois que je veux me faire embaucher, mon employeur potentiel tombe dessus en googolisant mon nom ». Benoît estime que ce sont de vraies questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponse aujourd’hui. Et que même s’il y a des techniques, s’il est possible de bricoler un peu, ces questions sans réponses sont assez préoccupantes.

Benoît poursuit avec une anecdote sur Facebook qui montre qu’il va y avoir une courbe d’apprentissage qu’il pense être utile. Il connaît quelqu’un qui s’est fait tromper, et a découvert avec qui sa copine était partie. Il ajoute que ce qu’il a fait — tout en lui concédant qu’on pouvait comprendre qu’il était malheureux — n’est pas très éthique. Il a réussi à se faire “ami” du gars, sans doute parce qu’il est tombé sur quelqu’un comme Tristan qui est sympa et que le mec qui ne le connaît pas, lui a dit : « je voudrais devenir ton ami, j’ai lu ton blog qui est génial ! » (rires), et que l’autre lui a répondu : « ben ouais, ok très bien ! » et l’a accepté comme ami. Et dans son cercle d’amis, le type mélange tout en fait ! Parce que “friends” dans Facebook, cela ne veut plus rien dire. C’est à la fois les vrais amis, les connaissances éloignées, les relations virtuelles, et le réseau professionnel, très souvent quand même. Bref, s’étant infiltré parmi ses amis, il a envoyé un message à tout le carnet d’adresses du gars pour dire : « tu m’as piqué ma meuf, c’est dégueulasse, tu es un gros porc, etc. ». Sauf que ce message, tout son carnet d’adresses personnel l’a reçu aussi. C’est-à-dire, sa femme déjà pour commencer, qui du coup s’est barrée. Et tous ses collègues au boulot l’ont reçue aussi. Vu qu’il bosse dans une boîte de 500 personnes, le lendemain matin quand il est arrivé, tout le monde s’est marré en disant : « et bien dit donc ! ». Il ajoute qu’on en rigole, c’est drôle, mais qu’au fond, ça pose la question de l’interconnexion des mails et donc souligne un problème de fonctionnalité sur Facebook. Il y a un décalage fonctionnel entre l’usage et les fonctionnalités offertes, qui fait qu’ouvrir ainsi son carnet d’adresses n’est pas quelque chose d’anodin. Il pense que ces problèmes vont se régler en partie par la masse, que parmi 3 000 contacts, de toute façon, ce sera un peu noyé, que si vous avez 250 photos, celle où nous sommes un peu saouls ne sera pas facile à trouver. Néanmoins, le fait de ne pas pouvoir hiérarchiser et cloisonner, est un peu problématique sur Facebook.

Thierry Maillet est tout à fait d’accord avec Benoît, et dit que surtout, cela rejoint un problème plus général ou du moins, simultané, qui est la confusion entre vie publique et vie privée. Il note qu’aujourd’hui, nous bossons tous à la maison et que rares sont ceux qui ont encore les moyens, non pas financiers, mais la force d’accepter de ne réellement pas travailler un week-end ou un soir, par exemple. Il trouve ce phénomène impressionnant, accentué par l’utilisation des Blackberry, constatant le nombre incroyable de mails professionnels que nous pouvons recevoir pendant le week-end. Ce qui prouve bien que les gens travaillent. Nous vivons la fusion entre vie publique et vie privée, entre carnet d’adresses professionnel et carnet d’adresses privé. Nous avons considéré cette fusion comme une forme de libération il y a une dizaine d’années, en disant : « génial, on est libéré du fameux métro-boulot-dodo, du carcan du bureau qui se termine à 6 heures du soir ». Mais nous n’avons pas fini d’apprendre que ce n’était peut-être pas une libération, peut-être ce que certains appellent une aliénation… Thierry ne va pas employer ce terme, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a une réelle courbe d’apprentissage, et que peut-être, tout simplement, on a trop utilisé dans notre vie privée des outils qui étaient plus liés à une utilisation professionnelle.

À ce sujet, il croit que nous sommes encore en phase d’apprentissage, que nous avons peut-être trop tendance à mélanger le professionnel et le privé, et qu’il y aura peut-être beaucoup d’autres retours de bâton, du type de ceux qui viennent d’être décrits. Il croit que c’est un vrai sujet et qu’il faut se demander si finalement, on n’a pas trop tendance à faire cette confusion, qui mène évidemment à de la schizophrénie, mais qui pose d’abord la question d’un envahissement de la sphère professionnelle dans la sphère privée. Situation que nous ne savons pas toujours réguler aujourd’hui, faute d’outils, de textes de loi. Et que surtout, c’est difficile à vivre à titre personnel.

Thierry se demande si on n’est pas allé trop loin, et si Internet, en ce moment, n’est pas un révélateur du fait que la vie professionnelle, qui hier était très segmentée comme celle qu’ont connu nos parents — est aujourd’hui beaucoup plus poreuse. Quand nos parents rentraient à la maison, a priori, ils avaient des difficultés à se connecter à quoi que ce soit, puisqu’il n’y avait rien. Ils répondaient exceptionnellement au téléphone, dans les grands cas d’urgence, mais c’était vraiment ce qu’on appelait une urgence. Nous avons complètement oublié cette séparation. Il y a une porosité absolue aujourd’hui, étant donné que notre téléphone privé, notre mobile, Internet, sont évidemment pour les deux, professionnel et privé, et que rares sont les personnes qui aujourd’hui ont une adresse mail privée et une adresse mail professionnelle ou publique. Il remarque qu’il est encore très fréquent que nos interlocuteurs nous donnent comme adresse privée, leur adresse professionnelle. Ce qui veut dire que les mails qui arrivent peuvent être lus dans leur entreprise, alors que cela ne concerne pas l’entreprise et que ce n’est pas le sujet. Il estime que nous avons tous été un peu pris au piège de cette forme de libération, qui finalement peut parfois se révéler un asservissement, ou pour employer un terme plus provocateur, une aliénation.

Natacha Quester-Séméon pense qu’il y a encore une petite application toute simple dans Facebook qui pose beaucoup de questions, celle du changement de statut, qui revient un peu à Twitter, et dont on peut voir l’historique. Il y a déjà eu des cas, notamment celui d’une personne qui a été licenciée aux USA parce qu’elle utilisait trop Facebook et que son patron a vu les horaires auxquels elle changeait ses statuts. C’est aussi révélateur de ce que nous faisons dans la journée et le soir. Elle donne un exemple, similaire au cas cité par Amaury à propos des photos. Natacha a écrit à Thomas Hollande dans Facebook, avec lequel elle n’est pas “amie”, après l’avoir vu en photo dans une soirée, et en le prévenant : « Vous devriez faire attention, parce que vous avez vu ce qui est arrivé au fils de François Fillon… » [Le fils du Premier ministre avait parlé imprudemment sur Facebook de ses "soirées arrosées", tout en adhérant au groupe de l'Amicale de la cuite.] Elle ajoute qu’en fonction des groupes auxquels nous appartenons, vous donnons des informations sur nos centres d’intérêt, renseignant tout le monde, sans bien le percevoir, sur nos préférences sexuelles, politiques, etc. Elle constate qu’ainsi, on “s’autotague”. Effectivement, il est nécessaire d’alerter sur les usages du mail, mais si c’est nous-mêmes qui dévoilons ce que nous faisons dans les statuts de Facebook, cela pose un autre problème !

Elle propose ensuite de passer, à la question suivante, qu’ils ont déjà commencé à aborder : « Réputation et confiance en ligne : définition, usages et contre-usages — Changements radicaux ». Natacha cite la phrase de Tim Berners-Lee, co-inventeur du World Wide Web, et chercheur au MIT : « Les changements technologiques causés par l’Internet pouvaient mener à une transformation radicale de la société. Des phénomènes non démocratiques pourraient apparaître et les fausses informations se répandront sur le Web (…) Si nous n’avons pas la capacité de comprendre le Web comme il devient aujourd’hui, nous finirons avec des choses très mauvaises. Étudier ces forces et la manière dont elles sont affectées par la technologie sous-jacente nous semble réellement important. »

Thierry Maillet confirme qu’il faut toujours faire attention, mais que le Web n’y est pour rien, et qu’il faut aussi relativiser, car à un moment donné, ce genre de préoccupations sont des préoccupations de pays riches, par rapport à ce qui se passe dans des pays comme le Rwanda, le Kenya ou autre.

Tatiana F. lui fait remarquer que nous y sommes, dans les pays riches…

Thierry Maillet est d’accord, mais dit qu’il ne faut pas craindre la technique et le Web qui nous ont apporté beaucoup de choses, et qu’à la limite, il aimerait bien qu’au Kenya, ils aient ce genre de débats et de problèmes. Car il estime qu’on demande encore une fois à la technique, à la machine, d’en faire trop, alors que pour lui tout simplement, il faut avoir une certaine distance avec la machine. Les réseaux sociaux sont un bon exemple : il ne faut pas livrer toute sa personne sur un réseau social, ou en tout cas après ne pas s’étonner que d’autres puissent l’utiliser, même sans s’en rendre compte et inconsciemment. Reprenant l’exemple de la femme qui a été mise au courant des aventures de son mari, il dit qu’elle a été ce qu’on appelle un “dommage collatéral”, parce qu’elle n’avait absolument pas, en s’inscrivant sur Facebook, supposé ni recevoir ça, ni s’y attendre, et qu’elle l’avait fait de façon totalement benoîte sans escompter quoi que ce soit. Il pense donc que la phrase de Tim Berners-Lee est juste, mais ne croit pas que ce soit la machine en tant que telle qui puisse être responsable de mauvais comportements, que ce seront toujours et encore les hommes qui ont et qui auront ces mauvais comportements, et cela, depuis que le monde est monde. Et qu’il ne faut pas voir, dans Internet, la raison d’être de nos difficultés actuelles.

Natacha Quester-Séméon lui répond qu’elle ne croit pas que c’est le sens de la citation du co-inventeur du Net !

Tatiana Faria dit aussi que ce n’est pas du tout cela qu’elle a compris. Et que de toute façon l’humain s’appelle contradiction. Elle fait remarquer à Thierry qu’il dit lui-même justement que c’est un apprentissage et que nous sommes tous en train d’apprendre.

Après avoir participé à trois colloques sur la Néthique, elle voit bien, à travers les témoignages qu’elle reçoit, que les gens prennent très vite conscience des dangers. On peut penser au début que « ce n’est pas grave, ça ne m’arrivera jamais », mais quand on fait l’expérience, on comprend très vite et on voit les limites de la chose.

Elle précise que c’est là le problème, c’est une question d’apprentissage et que nous sommes en train d’apprendre sur le tas. Nous vivons dans un monde “d’adulescents” — les gens qui à 40 ans font comme s’ils en avaient 20, ils sont transgressifs, adeptes du « je le veux, parce que je le vaux bien ». Chacun veut vivre ses pulsions d’adolescent, sans vouloir réfléchir aux conséquences que cela peut avoir pour soi-même. On se met ainsi dans une situation ubuesque qui consiste à informer, à tirer la sonnette d’alarme en disant : « Voilà ce qui peut vous arriver, si vous ne faites pas attention à vous-mêmes », et s’entendre dire : « mais je m’en fiche, etc. » Cela signifie que les gens ne se rendent pas compte, mais il sera trop tard après pour venir pleurer.

Tatiana précise qu’elle est très contente d’être à cheval entre toutes ces époques, elle est issue de la contre-culture américaine, car elle est sans doute la plus ancienne de cette table. Elle a suivi et participé à cette mutation du monde. De la révolution culturelle et sociale des années 70, en passant par l’émergence du Web en 1994, jusqu’à Second Life aujourd’hui, où elle est architecte de mondes virtuels.

Et au vu des expériences passées, elle estime que le problème est la perte de la notion d’intime donc de la liberté individuelle. Chacun livre absolument tout sur lui-même sous prétexte que « moi, je veux faire ce que je veux ». Elle-même issue d’une génération du tout permissif où il était d’ailleurs « interdit d’interdire », précise que ce n’est donc pas elle qui va faire la morale, mais rappelle qu’il existe la liberté individuelle et une éthique dans la vie. La notion d’intime est très importante pour la liberté de l’être et pour sa propre liberté. À partir du moment où la notion d’intime n’existe plus — il suffit pour s’en rendre compte d’aller échanger avec des jeunes entre 15 et 25 ans — elle se demande ce que l’on pourra faire. Elle conclut en disant que c’est là-dedans qu’il faut insister et lourdement, même si on n’aime que la poésie…
Tristan Mendès France rebondit sur la définition que Natacha a donnée en disant que le mot “fausse information”, qu’apparemment Tim Berners-Lee craignait, a attiré son attention. Et il en vient à la rumeur, disant qu’il a la sensation, comme il suppose que tous l’ont à cette table, que tout ce qui est Web 2.0 et des réseaux sociaux est vraiment le terreau, peut-être privilégié, de la rumeur. Que c’est là où elle est la plus dangereuse, la plus efficace. Il se demande si, dans ceux-ci, la question de la rumeur n’est pas d’une acuité encore plus importante…

Benoît Thieulin revient à son tour sur la phrase de Tim Berners-Lee et dit qu’au fond, il a une réaction, un rapport assez ambivalent vis-à-vis du phénomène qui y est décrit, tout en étant assez d’accord avec lui. Parce que d’un certain côté, il pense que c’est assez génial dans le sens que cela nous oblige à une très grande responsabilisation. C’est-à-dire que la désintermédiation de l’ensemble de la production d’informations etc., nous oblige à être en fait des citoyens responsables, à se méfier des informations. Il raconte que l’autre jour, il était à un débat où il y avait des profs. Il parlait de Wikipédia en disant qu’il trouvait cela extrêmement intéressant, etc. Un prof l’a interpellé en lui disant : « quand même, il y a des âneries dans Wikipédia, et du coup, mes élèves recopient ces âneries. Comme quoi le collaboratif peut donner des trucs nuls, etc. ». En soi, il dit qu’il n’avait pas tort, que le collaboratif pouvait donner des trucs nuls. Sauf qu’au fond — et c’est très paradoxal de sa part — il trouvait justement très bien qu’il y ait des choses fausses dans Wikipédia ! Car ce qu’il faisait dans les années 80 où il allait recopier l’Encyclopédia Universalis — il la recopiait bêtement, donc ne pouvait pas écrire de conneries — était idiot comme démarche ! Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, les étudiants, s’ils veulent faire du copier-coller sur Internet, sont obligés d’apprendre à leurs dépens assez rapidement qu’ils doivent avoir un rapport responsable à l’information. C’est-à-dire qu’ils vont devoir en faire le tri, faire leurs expériences, croiser les sources, et se comporter au fond, comme des élèves beaucoup plus intelligents face à cette contrainte, qu’il ne l’était lui, face à des informations validées.

Et là où il trouve qu’il y a un très bon côté face à ces rumeurs, à ces fausses informations, c’est que cela nous oblige à être des citoyens responsables et à faire extrêmement attention. Son rapport ambivalent à ce phénomène se situe dans le fait que, pour lui, cette démarche est profondément élitiste, et que pour des gens comme lui ou d’autres probablement qui sont dans cette salle, cela ne pose pas de problème, mais qu’avant que cet usage et cette prise de conscience se diffusent, effectivement, il faut faire beaucoup d’éducation, et faire preuve de beaucoup de pédagogie. Il trouve ce phénomène à la fois très prometteur et à la fois très inquiétant pour des gens qui ne seraient pas armés, comme ceux ici présents en ont la chance.

Natacha Quester-Séméon acquiesce et dit qu’effectivement le problème, c’est le fossé qu’il y a entre ceux qui savent utiliser les outils, gérer leur réputation, leur image, ne serait-ce que dans le monde du travail, et ceux qui ne le savent pas, qui ne connaissent pas les petites astuces. Pour illustrer le propos de Benoît, elle dit qu’il faut savoir que l’article Néthique, qui a été créé dans Wikipédia France (pas par les Humains Associés bien sûr), a été supprimé par la communauté il y a peu de temps (comme l’article sur l’association qui selon eux « n’existe pas »). Apparemment, la communauté wikipédienne française n’appréciait ni leur association, ni leur action. Ce qui est intéressant là aussi, c’est de voir ce qui a le droit d’être traité et ce qui ne l’a pas, et selon quels critères ? Parce qu’elle y voit un lien avec l’autorité, même si c’est peut-être un autre débat. Elle dit que ce que l’on voit aujourd’hui dans Google en général, pour des raisons techniques et politiques, c’est que Wikipédia arrive en première position dans les réponses. Ceci alors que de fausses informations sont effectivement ajoutées des personnes malveillantes dans les articles nominatifs de Wikipédia France et que cela a un impact sur la vie réelle des personnes visées. En même temps, la communauté peut, dans certains cas, décider qu’un sujet n’aura pas le droit de cité dans Wikipédia. Tout cela pose beaucoup de problèmes éthiques.

Amaury de Buchet répond à la question de Natacha en disant que c’est du simple bon sens publicitaire de la part de Google, puisqu’ils se sont rendu compte que la plupart des gens qui utilisaient Google venaient pour chercher quelque chose qui se trouvait au final dans Wikipédia. Et que donc c’était dommage que les gens n’aillent pas directement sur Wikipédia pour faire ce genre de choses. C’est un des inconvénients du couteau suisse qu’on utilise pour tout faire. Il dit qu’ils ont simplement surpondéré Wikipédia pour permettre aux gens d’accéder plus rapidement à ce qu’ils cherchaient.

Natacha Quester-Séméon : c’est intéressant… c’est aussi le cas pour les blogueurs.

Amaury de Buchet : exactement.

Thierry Maillet répond à Natacha en disant que cela rejoint son observation initiale. Selon lui, ce qui est important, c’est qu’effectivement, les textes de loi, les réglementations qui s’appliquent à la vraie vie s’appliquent aussi à la vie sur l’Internet. Il rappelle que des responsables de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) avaient été invités aujourd’hui et qu’il est dommage qu’ils n’aient pas pu se libérer. C’est évident que les responsables politiques ne peuvent pas faire l’économie de ces enjeux et que s’il y a un rôle très clair pour l’association des Humains Associés, c’est celui de continuer à intéresser et à solliciter de plus en plus les administrations politiques, pour qu’elles se rendent compte que leurs textes de loi s’appliquent aussi sur le réseau, à partir du moment où ce réseau représente la vie de tout le monde et touche tout le monde. Il n’y a pas de frontières, mais encore trop souvent les administrations sont mal à l’aise avec ce qui se passe sur Internet, elles ont le sentiment que c’est un monde à part, différent, que ce n’est pas la vraie vie, et ainsi les textes de loi, les textes réglementaires, pour le moment, ont beaucoup de mal à s’appliquer sur l’Internet.

Tatiana Faria prend la parole pour rebondir sur ce que disait Thierry Maillet à propos des expériences passées de démocratie participative, et parle à ce propos de Wikipédia France, en tout cas, dont le fonctionnement soulève beaucoup de questions sur les limites du participatif ou du collaboratif. Car manifestement, sur Wikipédia France, il y a un groupe de gens qui ont du pouvoir et ce sont eux qui décident qui a le droit ou pas d’y figurer, selon des critères élastiques.

C’est dangereux, non pas parce qu’ils ont supprimé de Wikipédia France les pages consacrées aux Humains Associés et à la Néthique, prétextant que l’association n’avait jamais existé (probablement, parce que nombre de contributeurs étaient à peine nés en 1984, année de la création de l’association), non pas parce qu’ils ont inventé, au fur et à mesure, des critères et des exigences de parution spécialement pour les Humains Associés, mais parce qu’ils ont exclu les Humains Associés, car ils ne font pas partie, semble-t-il, de leur camp politique, celui des “Alters”.

C’est un fait : voilà un groupe, soi-disant complètement ouvert, collaboratif et libre — ce qui est une excellente idée au départ —, mais qui, en réalité aurait été pris en main, voire même en otage, par un groupe de personnes qui décide selon ses opinions qui va être dans Wikipédia et qui ne va pas y être. C’est une vraie question qu’il faut oser poser, parce qu’elle est très mal venue quand on la pose. Aussitôt, on vous répond : « ça, ce sont des questions de réacs ou de conservateurs», parce qu’il semblerait que Wikipédia soit à l’opposé. Elle termine en disant qu’il y a des personnes qui parfois les interrogent sur Wikipédia, parce qu’eux aussi ont subi ce genre de choses, mais qu’ils n’osent pas réagir, de peur que sur le Net on ne leur tombe dessus (campagne de dénigrement). Elle considère cependant qu’il faut poser la question du mode de fonctionnement de Wikipédia en France.

Thierry Maillet réagit en disant qu’au-delà d’un site, c’est la question du participatif, qui selon lui ne peut survivre à une auto-organisation. Le participatif, c’est une exigence, ce n’est pas une facilité, loin de là, et il faut le nourrir encore plus. Il dit qu’en la matière, il y a un procédé qui à son avis reste le meilleur, Internet ou pas Internet, qui est celui de la revue universitaire, le fait de soumettre les papiers à un comité de lecture.

Amaury de Buchet répond que c’est un procédé qui a quand même ses limites, très conservateur, très élitiste, cela peut prendre un an et demi avant qu’un article paraisse, ce n’est pas tout à fait adapté.

Thierry Maillet répond qu’on s’aperçoit que ça reste quand même un très bon procédé. Qu’effectivement le fonctionnement est très, trop lent, mais que l’idée de faire valider des propos par des pairs qualifiés, lui parait quand même être une bonne démarche. Tout en rappelant que ce n’est pas sa spécialité et qu’il s’adresse à un universitaire, à un professeur.

Dans la salle, Étienne Parizot, enseignant-chercheur en astrophysique, dit que les chercheurs qui ont l’habitude de faire face au jugement de leurs pairs considèrent cela comme quelque chose d’extrêmement important, mais que la rapidité de publication est effectivement un vrai problème.

Il existe un chemin alternatif, parallèle à Wikipédia, qui est en train de se développer aux États-Unis qui s’appelle Citizendium. C’est une sorte de Wikipédia constitué de comités d’experts, reconnus pour leur impartialité, leur pertinence et pour ce qu’ils ont déjà fait dans leur domaine respectif. On y trouve évidemment tous les domaines, comme dans Wikipédia. Cela revient à un système de “referee” (expert d’un comité de lecture) comme pour les articles scientifiques et il encourage tout le monde à aller jeter un coup d’oeil à cette entreprise encyclopédique en développement.

Des erreurs de Wikipédia, des leçons ont été tirées, par exemple l’idée qu’il suffit qu’un grand nombre de gens ou qu’une majorité de gens pense quelque chose pour que cela devienne la vérité. Le recours, non pas à un comité d’autorité, mais à un comité d’experts et d’expertise, sujet par sujet, est certainement quelque chose d’important.

Amaury de Buchet dit qu’il faut remettre les choses dans leur contexte, que la communauté scientifique, au sens large, a été assez négative, et est toujours critique vis-à-vis de Wikipédia, comme Benoît Thieulin en témoignait tout à l’heure. À partir du moment où ils se sont rendu compte qu’il y avait quand même une certaine valeur, des initiatives similaires se sont mises en place, mais sur des modèles un petit peu plus qualitatifs.

On pourrait imaginer que les articles, selon certains critères, telle que la visibilité par exemple, ceux qui sont les plus consultés, au-delà d’un certain seuil, doivent passer par un comité de pairs, ce qui permettrait d’éviter des problèmes de désinformation et autres. On y viendra. Le créateur de Wikipédia, Jimmy Wales est quelqu’un qui a les pieds sur terre, qui a su le montrer, et qui bien sûr essaie de développer par ailleurs des activités professionnelles “for profit”. Mais Amaury ajoute que l’ayant rencontré une fois et pour avoir souvent entendu parler de lui, il a plutôt tendance à lui faire confiance pour ce genre de démarches.

Natacha Quester-Séméon passe au point suivant et revient sur la question des règles : « Faut-il définir aujourd’hui les droits et devoirs des plateformes et des utilisateurs » — c’est peut-être une question un peu plus concrète ?

Elle propose une citation de John Perry Barlow, le co-fondateur de l’Electronic Frontier Fondation, et qui déjà en 1996, invité à Davos, disait : « Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale, est la règle d’or, la Netiquette ». [Déclaration d'indépendance du Cyberespace, Davos (Suisse) 8 février 1996, Texte original, en anglais] Natacha demande ce qu’en pense l’auditoire.

Benoît Thieulin répond en revenant sur la question de l’application du droit. Pour lui, au fond, il y a un empilement concentrique, dans la vraie vie, avec l’éthique et la morale. Et là où la morale commence à épuiser son action, on passe au droit. Nos règles sociales se fondent sur une articulation entre la morale ou l’éthique et le droit.

Sur Internet il y a autre chose qui vient se mettre entre la morale, l’éthique et le droit, c’est le code, c’est-à-dire en gros les fonctionnalités. Dans toute la première partie de la conférence, on a vu qu’il y a beaucoup de choses qui sont réglables ou préjudiciables liées uniquement aux fonctionnalités d’un site. Comme le fait de ne pas pouvoir créer de hiérarchie dans ses amis sur Facebook est un problème. C’est du code, et on ne va pas le régler par du droit, par de la réglementation. Cela montre donc bien qu’il faut agir à chacun des niveaux de manière idoine.

Il y a probablement d’abord un besoin d’auto-organisation avec des chartes qui sont de la responsabilité des éditeurs d’une plateforme, qui auront intérêt à les faire respecter, qui sont en général des engagements qu’ils prennent d’ailleurs devant leurs utilisateurs.

Il peut y avoir des chartes de modération, des chartes éthiques, que les contributeurs sont invités à respecter. D’ailleurs, en cas de non-respect des règles, il y a un système d’alerte et cela se passe plutôt pas trop mal en général. C’est un premier niveau, on ne règle pas tous les problèmes grâce à ça, mais on en règle un grand nombre, et il note d’ailleurs que depuis quelque temps, le langage utilisé sur Internet aujourd’hui, est justement très emprunt de tout ce vocabulaire de contrat social, de construction de règles communes, etc.

Cela prouve donc bien que l’on est en ce moment en plein dans cette problématique, sur ces plateformes-là.

Il y a ensuite un deuxième enjeu, un deuxième cercle : celui lié au code, aux fonctionnalités mêmes des plateformes sur lesquelles on se trouve et qui ont un certain nombre d’encadrements fonctionnels grâce auxquels par exemple, on ne va pas pouvoir se faire voler son adresse de courriel, etc. et sur ce sujet on valide et bétonne un certain nombre d’autres choses.

Enfin, il y a le droit qui doit s’appliquer de manière beaucoup plus macro, qui ne va pas régler les petits problèmes, du style : « Je vais t’attaquer en diffamation parce que tu as sali ma réputation sur un feeds dans Facebook ». On peut toujours le fantasmer, mais il n’y croit pas du tout, parce que ce serait extrêmement difficile d’adapter la loi à Facebook. En revanche, on peut faire en sorte que Facebook puisse être traîné devant les tribunaux s’il y a des manquements. Il faut que cela ne soit résolu ni par l’éthique, ni éventuellement par du code, car les enjeux sont beaucoup plus importants. Il faut avoir à chaque fois sur ce sujet le niveau de réponse approprié.

Frédéric Chevalier est d’accord avec ce qui vient d’être dit et selon lui, il y a un cadre législatif qui s’applique de toute façon aux sites et qui est suffisant. D’une manière générale, ce sont les mêmes qui d’un côté vont dénoncer les dangers et demander à ce qu’on mette des garde-fous et d’un autre côté, vont s’élever contre toute tentative du législateur de réglementer quoi que ce soit. Au bout du compte, plus on met de couches de textes législatifs, plus on complique les choses et parfois on les paralyse. Le vrai problème qui va se poser, selon lui, c’est surtout qu’on ne peut pas envisager Internet dans une optique nationale. On peut avoir une grosse communauté française sur Facebook, ou sur d’autres plateformes, mais la question est : « Quel est le droit, la loi qui s’applique ? », car tous les pays du monde n’ont pas forcément les mêmes réglementations sur la protection des données personnelles.

À partir du moment où ces données ne sont pas volées, que nous les mettons nous-mêmes, de notre propre gré, on accepte aussi, quelque part, de se voir appliquer la législation du pays du site ou de l’hébergeur.

C’est d’ailleurs un des problèmes qu’il y avait, en dehors d’Internet, quand les gens achetaient du time-share. On a établi la loi Neiertz qui prévoit que les gens ont huit jours pour se rétracter en cas de signature de vente sollicitée. Quand cette loi est passée en France, les sociétés de time-share se sont empressées d’aller en Espagne, en Belgique où la loi n’était pas encore adoptée au niveau européen. Elles organisaient des jeux où les gens gagnaient une semaine, sauf transport, bien entendu, dans des installations vides, tout cela pour les faire venir sur place et là, leur faire signer des contrats avec un droit applicable qui était le droit local, et ils perdaient ainsi la protection de la loi française.

Pour lui, aujourd’hui sur l’Internet, c’est ça. Au-delà de l’autorégulation qui ne résout pas tout, la vraie question de la Néthique va être : « Comment est-ce qu’on peut penser un certain nombre de règles, de comportements, au niveau mondial ? ». C’est très difficile et il ne pense pas qu’on en soit vraiment à la veille.

Amaury de Buchet, tout en disant qu’il n’est pas un spécialiste, expose un cas concret. Celui de Yahoo et des objets nazis, qui étaient mis en vente en France, il y a quelques années. À cette occasion, la justice française avait été saisie et s’était révélée capable de juger. Il ne faut pas non plus attendre une éventuelle loi mondiale pour agir, les textes de loi de chaque pays, et notamment la France, qui a une des lois les plus protectrices de la vie privée, fonctionnent et s’appliquent.

Il est donc d’accord avec Frédéric Chevalier, il faut aller vers une harmonisation, mais ne on peut aussi agir dès aujourd’hui, car les textes de loi s’appliquent.

Tristan Mendès France intervient à propos des questions législatives et prend l’exemple de l’usurpation de l’identité numérique, dont il a été question plus tôt, pour rappeler la nécessité d’une loi, nationale en l’occurrence.

Il explique qu’aujourd’hui, nous sommes protégés dans notre identité sur la base de l’état civil et c’est tout. Si on veut se défendre parce que quelqu’un a usurpé notre identité et que l’on s’adresse au juge, cela ne peut se faire que dans le cas d’usurpation de notre identité civile. Si quelqu’un usurpe votre identité numérique, le juge ne peut pas le condamner pour usurpation d’identité numérique, il est contraint d’utiliser des artifices, d’utiliser d’autres textes de loi, comme l’intrusion dans des systèmes de données qui ne seraient pas les vôtres, etc., tout simplement parce cela n’existe pas en droit français.

Tristan Mendès France dit qu’il a rédigé une proposition de loi il y a 3 ans sur la pénalisation de l’usurpation de l’identité numérique. Qu’est-ce qu’une identité numérique ? Ce sont simplement tous les identifiants, tout ce qui permet de vous identifier, comme un mot de passe ou un pseudo, en somme de tout ce qui peut ramener à votre identité réelle.

Il donne un exemple d’usurpation sur Internet. Si quelqu’un utilise votre carte bleue aujourd’hui, pour acheter sur Internet des objets sexuels ou autres, le juge va uniquement constater que les données personnelles de votre carte bleue ont été utilisées, qu’il y a eu intrusion dans un système de données. Mais jamais on ne pourra revendiquer ou demander au juge réparation pour le fait que quelqu’un a acheté des objets sexuels sur Internet en se faisant passer pour vous. Il conclut donc en disant que la loi est extrêmement importante, elle a un rôle à jouer et notamment dans les cas d’usurpations numériques.

Amaury de Buchet, qui n’est pas juriste, demande comment ont réagi les juristes, les avocats et les personnes consultées au moment du dépôt de ce projet de loi ?

Tristan Mendès France répond que les réactions ont été assez bonnes en général, même si la loi n’a pas été suivie. Si les politiques n’ont pas donné suite, c’est plus pour une question de principe. Quand on veut préserver l’identité numérique de quelqu’un, c’est mieux d’opposer une question de principe de droit que d’installer des dispositifs d’identification, par exemple en utilisant les systèmes biométriques ou autres, qui ont eux une tendance à être dangereux et liberticides. La réponse de principe du droit qui est de dire : « vous faites ce que vous voulez, mais si vous le faites, vous serez condamné », est une bonne réponse. Les réactions ont donc été assez mitigées. Dans le milieu Internet, on était plutôt inquiet, même s’il a essayé d’expliquer aux différents intervenants rencontrés à l’occasion de cette proposition de loi que c’était le meilleur moyen de les protéger, alors qu’eux y voyaient quelque chose de liberticide.

Pour lui, si ce n’est pas la loi qui pose le principe d’une défense de la violation de notre identité, le seul moyen de se protéger est d’aller dans une direction liberticide, qui est au préalable d’identifier chacun par des systèmes biométriques, par exemple.

Vincent Ducrey parle alors du retour d’expérience par rapport à tous les problèmes juridiques d’identité qu’ils ont pu avoir à la création de l’UMPnet. Ils ont dû travailler avec le service juridique de l’UMP, qui n’avait d’ailleurs jamais été confronté à ce genre de problématique, étant plutôt dans des logiques de code électoral, comptes de campagne, etc. Quand ils sont arrivés avec leurs questions, ça paraissait un peu extra-terrestre, mais au final, ils ont pu se mettre d’accord. Effectivement, on rentre dans une nouvelle problématique de droit qui n’a jamais été abordée, et quand on parle de plusieurs centaines de milliers de personnes qui vont être concernées par la direction juridique qui est prise, ce n’est pas neutre.

C’est justement aussi un des axes qu’il est en train d’étudier, à savoir l’implication de cette nouvelle identité qu’on donne aux gens, un bout d’eux-mêmes, sur la plateforme et aussi sur Facebook puisqu’ils ont aussi une application Facebook. Il finit en disant qu’ils vont voir comment cela va évoluer et faire très attention.

Natacha Quester-Séméon rebondit à propos de l’usurpation d’identité. Elle trouve intéressant de voir comment on identifie un vrai profil sur Facebook, par exemple. Elle prend un cas très concret : pour regarder quel était le vrai profil de Ségolène Royale, elle a regardé de quels noms elle était amie (donc par exemple Benoît Thieulin). Mais il y a eu aussi des cas d’usurpation d’identité de ministres, où en fait, certains UMP figuraient en tant qu’amis alors que c’étaient des faux. Elle donne aussi le cas du profil de Rama Yade qui était un faux ainsi qu’un certain nombre d’autres. Selon elle, c’est « un petit peu compliqué ».

Vincent Ducrey reconnaît que ce n’est pas évident, qu’ils régulaient un peu au fil du temps, aussi pour le Président. Il ajoute que c’était juste des gens qui voulaient qu’on les contacte, qui n’attendaient que ça pour nous expliquer qu’ils avaient un problème personnel… Et tout de suite, ils rendaient le compte et tout est à peu près rentré dans l’ordre.

Natacha Quester-Séméon dit que pour Bordeaux, dans le cas du faux profil d’Alain Juppé et du candidat PS Alain Roussel, c’était deux faux comptes ouverts par un jeune homme, qui voulait justement montrer à quel point il était facile de créer un compte dans Facebook et se faire passer pour un autre. Elle rappelle le cas de cette fausse journaliste du Monde qui a créé un groupe dédié aux journalistes sur Facebook, qui a eu 1200 “amis”, dont des blogueurs et des journalistes connus, cas pour lequel Yves Eudes a écrit un article dans Le Monde. Cette fausse journaliste a réussi à berner tout le monde, en faisant croire qu’elle travaillait au Monde Interactif (distant du journal Le Monde) et à berner des journalistes du Monde même. Aujourd’hui elle continue, elle s’appelle Rachel Bekerman. Natacha Quester-Séméon souligne avec humour qu’elle doit être contente, puisqu’elle a même un papier dans Le Monde papier, et que cet exemple montre bien le problème de l’identification et de l’identité.

Vincent Ducrey souligne que tant que des gens sont “amis” de faux ministres, ce n’est pas grave, mais que le problème surgit quand le faux ministre en question commence à parler, car là, ça devient problématique. Il dit qu’il y a eu ce genre de problèmes avec quelques 30 ou 40 faux profils de faux Président de la République, les gens s’exprimaient avec des « je suis ami avec untel, etc. », adhéraient à des “causes” (auxquelles on peut adhérer dans Facebook) et cela devenait vraiment compliqué et problématique

Natacha Quester-Séméon demande à Benoît Thieulin, comment ils ont fait pour reconnaître, par exemple, le profil de Ségolène Royale.

Benoît Thieulin répond que, comme le disait Natacha, l’identification sur Facebook se fait par le réseau. Ce qui fait que c’est bien la vraie Ségolène Royale, c’est qu’elle va être amie avec Julien Dray, par exemple.

Natacha Quester-Séméon demande si c’était le vrai Julien Dray ? (Rires dans la salle.)

Benoît Thieulin dit qu’on peut effectivement créer un faux réseau, mais qu’il y a un moment donné où cela ne marche plus. Cela a été possible au début, parce Julien Dray ou Ségolène Royale n’étaient effectivement pas sur Facebook. Mais demain, ce sont des choses qui ne seront plus possibles.

Natacha Quester-Séméon demande ce qu’il en a été à ce sujet du côté de la plateforme (Facebook), et que ce sont des questions qui leur sont souvent posées.

Benoît Thieulin répond que oui, ils ont signalé les fausses Ségolène Royale. Mais il n’est pas sûr que ce soit de la vraie usurpation d’identité. Il y a sûrement des cas de vraies usurpations d’identités sur Facebook, mais maintenant, les fausses Ségolène Royale, ça ne trompe personne, et c’est plutôt humoristique. Ce n’est pas un vrai problème, car les gens peuvent assez rapidement retrouver quelle est la vraie et il se demande s’ils doivent passer leur temps à aller dénoncer ces faits. Il prend l’exemple des faux Jérôme Kerviel qui ont été créés en nombre sur Facebook. Il a trouvé cela plutôt amusant et le rire aussi est quelque chose qui est permis dans les réseaux sociaux. Personne ne se dit, quand on voit un imitateur à la télévision qui caricature le Président de la République, que c’est de l’usurpation d’identité. Il s’interroge de savoir si de faux profils sont effectivement de l’usurpation d’identité, que ce n’est pas tranché. Par exemple, Nicolas Sarkozy, est ami avec Vincent Ducrey, ce qui est pour lui la meilleure garantie qu’effectivement, c’est le vrai, et qu’il y avait un petit message de félicitation pour son mariage d’aujourd’hui, qui doit prouver que c’est le bon. (Rires dans la salle, le 2 février était le jour du mariage.)

Tatiana Faria leur souhaite d’être heureux.

Tristan Mendès France dit qu’il y a effectivement un côté amusant, mais il y a aussi des chiffres : en 2004, 10 millions d’Américains ont été usurpés et la commission fédérale du commerce aux États-Unis estime à plus de 50 milliards de dollars les contre-coûts. Ils estiment aussi que sur les 10 millions d’Américains qui ont été usurpés, il y a beaucoup de vies brisées et qu’on est là sur une autre échelle.

Benoît Thieulin demande quels sont les faits marquants de l’usurpation d’identité sur Internet, parce qu’il ne connaît pas le sujet.

Amaury de Buchet témoigne à propos de la situation aux États-Unis, qui est différente de la France. Aux États-Unis, avec un numéro de permis de conduire et finalement assez peu d’informations, on peut se faire passer pour quelqu’un d’autre et ouvrir un compte bancaire, faire un déficit, fermer et partir et c’est la personne dont on a usurpé l’identité qui se fait arnaquer. En fait, ces informations qui permettent de se faire passer pour quelqu’un d’autre sont relativement faciles à obtenir parce qu’il y a pas mal de gens sur Myspace qui mettent une photo de leur permis de conduire et ainsi n’importe qui peut se faire passer pour eux, ouvrir un compte, etc. En France, pour le numéro de sécurité sociale par exemple, les gens font vraiment attention, les identifiants sont beaucoup mieux gérés par les gens et ces problèmes sont beaucoup moins importants ici.

Thierry Maillet dit pour répondre à Amaury de Buchet et Tristan Mendès France qu’effectivement, ce sont les lois qui doivent s’appliquer, comme pour la protection de la vie privée, la protection de l’emprunteur en termes de crédit à la consommation, l’usurpation d’identité. Quand il y a usurpation d’identité pour souscrire à un crédit, pour ouvrir un compte en banque, pour prendre une carte de crédit, est-ce que l’enjeu, c’est l’usurpation de l’identité, ou un défaut de protection de l’emprunteur, avec la loi Nieretz en France par exemple et d’autres ? Il est d’accord avec Benoît Thieulin et se demande si on ne confond pas usurpation d’identité avec insuffisante protection de la vie privée, notamment aux États-Unis.

Un intervenant dans la salle demande si le même problème existe en Angleterre.

Thierry Maillet dit que oui, mais qu’on reproche aussi à l’Angleterre une déficience en matière de protection du consommateur et on le voit en ce moment sur les marchés hypothécaires. Est-ce que l’on ne demande pas trop à Internet aujourd’hui et est-ce que l’on ne va pas mettre sous l’appellation “usurpation d’identité numérique”, des problèmes très concrets, actuels qu’on sait résoudre, qui sont des enjeux de crédits à la consommation, de vols tout simplement ? Problèmes qu’on a su résoudre dans d’autres états où des lois ont été votées bien avant Internet et qui s’appliquent aujourd’hui. Sans être spécialiste du sujet, il se pose la question.

Tristan Mendès France dit qu’il ferait le parallèle avec une sorte de violence avec viol ou sans viol. Et qu’il a fallu attendre beaucoup d’années pour qu’une femme violée puisse aller devant le juge, revendiquer, parler de son cas, que la société le reconnaisse. Pour lui, l’usurpation d’identité, c’est la même chose : si on vous vole votre identité avec votre carte d’identité, évidemment votre premier grief est financier, mais si on achète des objets sexuels et que vous recevez les factures chez vous et que c’est votre femme qui les voit, il y a plus que ça. Et peut-être que devant le juge vous souhaiteriez que la société le reconnaisse.

Thierry Maillet rétorque que ce n’est pas à la société…

Tristan Mendès France répond que c’est au procureur et qu’il parlait là dans le sens de la justice en général, en qui il a très confiance. Il aimerait que ce soit le juge au final, qui fasse le tri entre quelqu’un qui crée un pseudo et se fait passer pour Jacques Chirac dans un petit forum, alors qu’il est évident que ce n’est pas Jacques Chirac, et des cas de vraies usurpations d’identités. C’est au juge de faire l’appréciation, c’est au juge de trancher, parce que le juge est humain et c’est l’humain qui doit, à la fin des fins, pouvoir faire le tri. Il ne faut surtout pas qu’il y ait des choses trop techniques.

Thierry Maillet dit que bien que n’étant pas juriste, il existe un texte de loi en France qui s’appelle le préjudice d’ordre moral et se demande s’il y a déjà eu des actions en justice de la part d’une personne qui se serait plainte, qui aurait déposé en justice, pour usurpation d’identité. Il poursuit en disant que c’est une fois qu’un juge aura à se prononcer que ça pourra être intéressant.

Tristan Mendès France dit qu’à sa connaissance, ce ne peut pas être pour usurpation d’identité sur Internet, le juge ne peut pas l’entendre puisque ce n’est pas dans le Code pénal.

Thierry Maillet rétorque qu’on peut l’entendre sous la forme de préjudice d’ordre moral.

Tristan Mendès France répond que oui, mais que s’il était une femme violée, il serait assez dépité qu’on passe un viol sous préjudice moral, alors qu’un viol, c’est bien autre chose, c’est une infraction en tant que telle. Il poursuit en disant que c’était un peu l’objectif de cette proposition de loi qui n’est jamais passée.

Tatiana Faria ajoute, sans penser qu’il y a des personnes moins intelligentes que d’autres, que l’écrasante majorité des gens croient vraiment à ce qu’ils lisent, à ce qu’ils voient. L’accroche “Vu à la télé”, ça marche pour la majorité, les témoignages le montrent. Il faut donc prendre cela en considération aussi. Tatiana Faria conclut en disant que, selon elle, concernant l’identité numérique et les faux profils par exemple, beaucoup de personnes y croient (pourquoi douter de ce qui est écrit ou dit ?). Il suffit de faire un petit sondage dans la rue, pour s’en rendre compte, car tout le monde ne fait pas partie d’une élite qui a appris à réfléchir, à prendre des distances et à maîtriser tous les outils numériques.

Natacha Quester-Séméon précise que Tatiana parle notamment dans ce cas-là de Facebook. S’adressant à Benoît, elle ajoute que par rapport aux identités, il est vrai que les gens se laissent confondre beaucoup plus facilement qu’on ne le croit.

Elle aborde alors le dernier point concernant la question de la protection des données personnelles aujourd’hui et dans un futur assez proche.

D’une part, il y a le fait que la CNIL ne peut pas vraiment faire grand-chose concernant les données personnelles dans Facebook, Meetic ou d’autres plateformes, car ces informations sont stockées aux USA et que là-bas, la loi française et les règles de la CNIL ne s’appliquent pas du tout. D’ailleurs, si nous lisions plus attentivement les termes des contrats que nous remplissons, nous ne les signerions pas.

Et d’autre part, Natacha aborde la question des réseaux pervasifs (cf. note ci-dessous), terme encore peu connu. Elle indique la définition des “environnements ubiquitaires”, c’est-à-dire tous les objets intelligents dotés de puces RFID, Bluetooth, WiFi, infrarouges, qui permettent aux objets de communiquer et échanger des informations, de façon quasi autonome parfois…

Elle se demande s’il ne serait pas nécessaire d’avoir un nouveau pacte de la vie privée, sachant que demain nous aurons tous ce type d’appareils sur nous. Elle donne des exemples concrets, tel son téléphone qui fait GPS ou l’iPhone qui “sait” ce qu’on fait avec, grâce à un accéléromètre et un capteur de proximité… Natacha demande alors aux intervenants ce que leur inspire, au-delà de l’identité numérique, l’idée d’avoir des données personnelles interconnectées avec des objets qui nous tracent ?

Amaury de Buchet rappelle avec humour qu’il n’est pas juriste et il le regrette, car il estime que pour l’identité et les données personnelles, ce qui est finalement le plus important, c’est de savoir qui est propriétaire de ces données ? Ce à quoi il répond que le propriétaire des données, c’est l’individu lui-même, et cela est plus ou moins valable partout. On voit apparaître un certain nombre d’initiatives d’ordre technique, comme l’Open ID [système d'authentification décentralisé qui permet permet à un utilisateur de s'authentifier avec un unique identifiant auprès de divers sites Web, NDLR] ou autres, qui permettent non seulement de rester propriétaire, mais aussi de contrôler cette identité et de permettre la portabilité des données.

Ainsi, quand on se connecte à AgoraVox par exemple, nous ne sommes pas obligés de recréer un compte, nous sommes automatiquement reconnus et du coup nos données nous suivent. Il ajoute aussi que, du jour au lendemain, on peut décider de tout effacer, comme on peut décider d’effacer tous les cookies qui se trouvent sur son ordinateur. Finalement, techniquement parlant, des solutions sont en train de se mettre en place, et ensuite il faut que cela rentre dans les usages.

Il rappelle une histoire qui a fait scandale et provoqué tout un débat, justement sur la portabilité des données, concernant un blogueur américain assez influent, Robert Scoble. Ce blogueur, avec en arrière plan des motivations personnelles particulières, a fait un usage de Facebook contraire aux règles de la plateforme et s’est vu pour cela fermer son compte sur Facebook du jour au lendemain. Il a perdu tout le contenu qu’il y avait mis, ses amis, etc. Si l’on fait un peu le parallèle, ce n’est plus de l’usurpation d’identité, mais de la confiscation d’identité.

Natacha Quester-Séméon précise que le blogueur en question aurait cherché à récupérer ses données personnelles à partir de son carnet d’adresses sur Facebook, en les aspirant avec l’application Plaxo. Un point important à souligner.

Amaury de Buchet confirme et explique que techniquement la chose est assez complexe et sans trop entrer dans les détails, il précise que ce blogueur a utilisé un robot pour récupérer toutes les informations, ce qui est interdit par le code d’usage de Facebook et que son intérêt personnel était effectivement plutôt tourné vers Plaxo. Cette manipulation a été repérée techniquement et extrêmement rapidement. Le blogueur a, quelque part, tenté de faire pression sur Facebook pour que Facebook ouvre ses données et qu’on puisse finalement les récupérer, ce qui pour l’instant n’est pas le cas.

Facebook c’est un peu un trou noir qui aspire toutes les données de l’extérieur, mais qui ne vous permet pas jusqu’à maintenant de les sortir, alors que beaucoup d’autres comme GMail, Hotmail, Linkedin, etc. permettent d’exporter des données et de les importer ailleurs. Ce blogueur a essayé de faire une sorte de mini coup d’État. Il a profité du fait que Facebook était un peu sous les projecteurs justement sur cette problématique de gestion des données personnelles, pour appuyer là où ça faisait mal et pour l’instant, ça à l’air de ne pas trop mal se passer, on va voir ce que ça va donner…

Tout cela pour dire que finalement on peut trouver des solutions qui ne passent pas par le droit, mais qui passent par une utilisation de la technique et des usages. Ce qu’Amaury de Buchet qualifie d’habile : déployer une certaine forme d’autorité pour essayer finalement de faire plier des plateformes comme Facebook.

Thierry Maillet dit que selon lui, en ce qui concerne l’ubiquité, ceux qui sont le plus en avance ne sont pas à l’ouest, les Américains, mais à l’est, les Japonais. Pour les personnes que ça intéresse, c’est vraiment de ce côté-là qu’il faut regarder. Ils sont en plein dans l’idée des “autoroutes de l’information”, terminologie qui a un peu disparu, mais qui était assez juste. Ils continuent à penser qu’on peut créer des autoroutes de l’information, câbler l’ensemble du Japon, pour permettre cette interconnexion permanente des données, et permettre à chaque Japonais d’être en permanence sur plusieurs réseaux, tant physiques que virtuels, quand ils se déplacent. Il ajoute que l’on va aussi peut-être buter sur des questions de propriété à propos de Facebook, de Google ou d’AgoraVox, qui est devenu une fondation en France…

Natacha Quester-Séméon souligne que ce n’est pas encore tout à fait le cas.

Thierry Maillet confirme, mais pour lui, peut-être que finalement l’accès à Internet et ce qui s’y passe deviendra un enjeu collectif, comme cela a été le cas pour la santé et la sécurité sociale. À son avis, une des questions qui va peut-être être envisagée plus tard est : « Est-ce qu’il ne faudra pas un droit de regard supplémentaire des autorités publiques, à partir du moment où une application privée concerne autant de personnes dans un pays donné ? »

Natacha Quester-Séméon se demande si cela ne relance pas le débat sur la gouvernance.

Benoît Thieulin acquiesce et se demande même s’il n’y a pas, au bout d’un moment, des services qui sont devenus quasiment des services publics, dont il faut déterminer la position. Il prend l’exemple de Google qui est pour lui quasiment un service public d’accès à l’information. S’il y avait des dérogations fortes, par exemple commerciales, aux fonctions de l’algorithme de Google, nous serions les premiers à nous en scandaliser, à poser des questions, parce qu’au fond, Google rend un service public, c’est-à-dire qu’il objective la manière dont il traite les requêtes pour amener à un certain nombre de réponses pertinentes.

Si tout à coup, cette objectivation était détournée, ce serait scandaleux, alors que nous ne sommes pas très loin, selon lui, d’un monopole de service public. La question de la gouvernance se pose donc, sans qu’il ne se fasse trop d’illusion sur notre capacité à la réguler par du droit pur. En revanche, Google ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi, par exemple surpondérer Wikipédia dans les résultats de recherche. Il explique alors la raison pour laquelle le site Wikipédia arrive effectivement bien placé dans les résultats de recherche sur Google : c’est l’une des plus grosses plateformes de contenu au monde, elle a donc forcément une autorité sur Internet très forte, et c’est ce que privilégie l’algorithme de Google.

Amaury de Buchet rebondit sur la surpondération. Il dit qu’il a volontairement utilisé ce terme-là, car c’est effectivement cet algorithme qui va calculer le “ranking” de Google, basé sur de nombreux critères différents tels que la pertinence, le trafic qui est généré, etc. Mais pour lui, Google est là pour rendre un service aux gens, pour permettre d’accéder à l’information de la façon la plus rapide possible et s’ils se rendent compte par exemple que sur les quatre premiers liens de résultats, les gens ne cliquent jamais sur les trois premiers, mais cliquent toujours sur le quatrième et que le quatrième c’est Wikipédia, il leur semble normal que l’encyclopédie passe en première position. Il n’y a donc pas pour lui de côté pernicieux à surpondérer Wikipédia, mais simplement une amélioration de l’efficacité.

Benoît Thieulin dit qu’il est d’accord, et que pour lui, ce n’est pas de la surpondération. Google se fixe une règle, en réintégrant un critère dans leur algorithme comme faire remonter une requête parce que c’est celle qui est la plus cliquée de manière massive et que c’est une règle relativement objectivée.

Natacha Quester-Séméon dit que pour les blogs, c’est la même chose.

Benoît Thieulin dit que ce n’est pas parce qu’ils sont blogueurs qu’ils sont traités différemment, ou que Wikipédia l’est différemment. Google fait simplement remonter mécaniquement la requête qui est la plus cliquée. Ce qui au fond, dit-il, ne lui pose pas de problème éthique sur la manière dont est traitée la pertinence de la réponse par rapport à la requête formulée.

En revanche, ce qui lui poserait un problème, c’est si on lui disait : « on s’est rendu compte que c’était plus intéressant pour nous que ce soit Wikipédia qui soit affiché en premier », et que la première place de Wikipédia ne soit pas due aux règles en vigueur, mais à une pression. Il pense que Google ne peut pas se permettre de faire une chose pareille. Il dit enfin que pour lui, au-delà des questions de droit, il y a des effets d’éviction, et que Google a, en quelques mois, supplanté d’autres moteurs de recherche. Il est vrai qu’ils ont une position ultra-dominante, mais on peut imaginer, comme pour Facebook, que le jour où il y aura un nouveau réseau social plus puissant, et/ou parce que Facebook fera une utilisation des données personnelles qui, à l’usage, choquera de plus en plus les gens — on se rendra compte que ce n’est pas normal, qu’il n’y a pas de portabilité des données sur Facebook, alors que d’autres réseaux sociaux le permettent, etc. — à ce moment-là, il est probable qu’il y aura un effet d’éviction très important et que l’on passera à un autre moteur de recherche. Il conclut en disant que ce n’est pas le seul, mais qu’en tout cas, c’est un des critères de protection de ces usages.

Dans la salle, un intervenant pose une question pour les experts : « Qu’en est-il du Google européen, “Quaero” ? C’était une superbe idée. Qu’est-elle devenue ? »

Amaury de Buchet répond que c’est effectivement un projet dont on a beaucoup parlé au moment où il a été lancé, mais que lui-même n’a pas vraiment suivi ce qui s’est passé derrière. Il y avait une start-up française, Exalead, impliquée dans le projet, mais il n’a pas vu beaucoup de choses en sortir non plus. Il précise qu’il n’a pas plus d’infos à ce sujet.

L’intervenant demande s’il n’y a pas alors un autre projet, un Google européen ou français un peu sérieux.

Amaury de Buchet précise que les Allemands comptaient sortir du projet Quaero et que du coup, l’équilibre financier du projet en pâtit. Il ajoute que les Européens ont déjà beaucoup de mal à s’entendre sur des projets comme le futur système de positionnement par satellites européen Galileo, alors que c’est un projet stratégique à plusieurs titres, s’affranchir notamment des données GPS contrôlées par les Américains. Il conclut en disant que l’Europe est quelque chose qui avance…

Benoît Thieulin pense que Quaero [90 millions d'euros de budget programmé, ndlr] a rejoint le plan “Calcul”, qui fait partie de ces énormes projets technologiques à la française, qui ne comprennent pas que toutes les créations d’envergure peuvent ne pas forcément venir du centre et en particulier de l’État. Pour lui, des millions ont été engouffrés, sans qu’il en soit sorti grand-chose, et trouve cela assez dommage.

Natacha Quester-Séméon propose le petit mot de la fin à Thierry Maillet, au sujet de projets à venir, dont un en commun avec les Humains Associés.

Thierry Maillet dit qu’au moment du conflit social de cet automne, il a pensé que ce qui manquait véritablement le plus dans ce pays, c’était le dialogue social. Et surtout, il se demandait comment mettre à profit Internet pour améliorer, fluidifier, qualifier ce dialogue.

Natacha, Tatiana et lui-même ont eu l’idée d’organiser alors ce qu’ils appellent le Dialogue Social 2.0, pour essayer de montrer qu’Internet peut être un des outils, sinon le meilleur, pour impulser, nourrir et faire en sorte que le dialogue social, qui est si important, trouve une nouvelle vitesse de croisière. Parce qu’en France, l’encéphalogramme est assez bas, voire beaucoup trop bas.

Natacha Quester-Séméon demande si quelqu’un veut ajouter quelque chose, et s’il y a encore des questions.

Jean-Rémi Deléage, qui centralise et sélectionne les questions posées par les Internautes et les Slifers [résidents de Second Life, ndlr] pour la conférence, dit qu’il y en a beaucoup et il en choisit une : « Vous avez insisté sur l’importance de la courbe d’apprentissage et de l’éducation, quels moyens peut-on alors proposer pour que cette prise de conscience se fasse, notamment dans les jeunes générations, sachant qu’il n’y a peu de possibilités à l’école ? »

Tatiana Faria dit que jusqu’ici, en tant qu’association, ils font tout leur possible (impossible même) à ce sujet, mais n’ont pas encore réussi à ce que les choses bougent au niveau national. Et qu’en dehors des échanges qu’ils ont eus avec des universitaires et de grandes écoles, cela n’intéresse pas grand monde.

Amaury de Buchet pense qu’il y a eu des éléments de réponse tout à l’heure. Vincent Ducrey en parlait, avec notamment les Quartiers Numériques et ce qu’il était possible faire au niveau local. Au niveau local, il y a justement quantité de choses à faire à ce sujet, car c’est là que se situent les problèmes d’identité, l’apprentissage, ainsi que l’entraide. Il y a déjà, à Paris en tout cas, peut-être une dizaine ou plus d’espaces numériques qui dispensent plusieurs formations, les gens peuvent se tourner vers ces personnes-là. Il y a aussi pas mal d’autres possibilités. Il dit que l’information est disponible sur Internet, tout en soulignant qu’il faut encore trouver quelqu’un qui soit capable de l’absorber et de la redistribuer en dehors d’Internet.

Thierry Maillet précise que depuis une trentaine d’années, il demande aux écoles d’ouvrir leurs portes aux ordinateurs et rappelle qu’il y avait déjà eu des projets du temps de François Mitterrand. Pour lui, c’est évident qu’aujourd’hui l’Education nationale ne peut plus reculer sur le fait d’installer des ordinateurs dans les écoles, et que cela pose d’énormes problèmes pratiques. Il donne un cas concret, celui de la maîtresse d’un de ses fils.

Voilà le discours qu’elle tient : « je sais qu’il faut que j’apprenne à utiliser un ordinateur. Je ne vous cache pas que moi, je sais à peine m’en servir et donc si, vous parents, vous savez l’utiliser et pouvez aider vos enfants, cela m’arrangerait beaucoup. Et de toute façon dans la classe, il n’y a qu’un seul ordinateur. Donc, je vais essayer de donner la priorité, dans la mesure de mes faibles moyens qui sont ceux d’un professeur de 55 ans qui n’a jamais été tellement branché ordinateur, d’apprendre à ceux qui n’ont peut-être pas la chance d’en avoir un à la maison. »

Il y a donc d’énormes enjeux : faire entrer les ordinateurs dans les écoles, former les professeurs ou de nouvelles personnes dédiées à cette tâche. Il rappelle qu’à la dernière conférence néthique, il avait dit qu’il fallait créer la Maison des réseaux après les Maisons de la Culture. On est effectivement là sur de vraies questions importantes, qui ne sont pas résolues et qui demandent des moyens en temps et en argent. Il ne faut pas se leurrer, ces questions restent très largement en suspens. L’ordinateur à l’école, cela fait 30 ans qu’on en parle ici, mais cela n’arrive toujours pas, alors qu’aux USA, il y a de plus en plus d’exemples réussis d’intégration des populations les plus en difficulté, de resocialisation à travers les réseaux sociaux.

Amaury de Buchet ajoute un point rapide sur l’école. Il dit qu’il existe deux choses : la direction des étudiants, ou des écoliers et la direction des profs, cela s’appelle le B2i et le C2i [B2i - Une attestation de compétences pour les élèves. C2i - Certificat informatique et internet]. Ce sont des crédits qui vont être validés et étalés sur plusieurs années, qui justement serviront à apprendre à chercher des informations sur Internet, entre autres, etc. Il y a donc déjà un cursus qui ne demande qu’à évoluer bien sûr et à intégrer d’autres éléments.

Jean-Rémi Deléage précise qu’ils ont eu des expériences et discuté avec des responsables de Cyberbases, le réseau des espaces publics numériques géré par la Caisse des Dépôts et Consignations, qui est en association avec les municipalités. Ils disent que le B2i ne marche pas très bien, qu’ils ne finissent pas les cours, etc. Donc cela reste, dans certains cas, lettre morte et le travail n’est pas fait. On est encore dans le cas de la fracture numérique avec d’un côté les enfants dont les parents ont un ordinateur à la maison et qui connaissent l’informatique, et de l’autre les enfants qui n’en ont pas.

Un auditeur dans la salle ajoute qu’il existe des initiatives et que lui-même par exemple anime un atelier d’initiation à Internet et à l’utilisation du Web et recherche de vidéos, pour des travailleurs émigrants qui suivent des cours d’alphabétisation par ailleurs, dans une Maison de Quartiers. Cette population, qui ne connaît pas du tout l’ordinateur au départ, en a quand même une grande utilité parce que cela lui permet de rester en contact avec le pays d’origine, en passant, par exemple, par la recherche de vidéos sur le Mali ou de son village natal sur Google Earth, etc.

Thierry Maillet dit que c’est formidable, mais que cela reste des initiatives privées ou semi-privées. Et d’après lui, on a sûrement besoin d’un coup d’impulsion un peu plus fort.

Natacha Quester-Séméon et Tatiana Faria demandent à Vincent Ducrey s’il va transmettre le message.

Vincent Ducrey confirme.

Natacha Quester-Séméon annonce la fin de cette journée, remercie les intervenants d’avoir participé et passe la parole à Tatiana Faria.

Tatiana Faria remercie chaleureusement tout le monde. Et ajoute, dans une semi-boutade, ne pas faire trop confiance à Facebook parce que si on devait croire à toutes les réponses positives aux invitations dans Facebook, il y aurait pour cette conférence des gens dehors pour écouter par manque de place dans la salle. (Rires.) Elle précise même ne pas avoir activé les forums et réseaux des Humains Associés pour annoncer la journée Néthique en pensant qu’il n’y aurait pas assez de place. Elle conclut en souriant qu’il faut donc se méfier des réponses sur Facebook. (Rires.)
Tristan Mendès France remercie tout le monde d’être venu à l’Institut Pierre Mendès France et signale qu’en bout de table, on peut trouver des informations pour s’abonner à l’association, pour ceux qui s’intéressent à Pierre Mendès France, à son oeuvre et à son actualité.

Tatiana Faria rappelle qu’il existe un Wiki collaboratif pour la Néthique et invite cordialement et chaleureusement l’auditoire à y participer.

Applaudissements.

Notes :
Réseaux pervasif :

Un environnement pervasif (ou environnement ubiquitaire) est un espace dans lequel des objets dotés de technologies de communication (puces RFID, Bluetooth, WiFi, infrarouges), se reconnaissent, se localisent et interagissent automatiquement entre eux. Ces réseaux contribuent au développement d’un écosystème informationnel d’interactions homme/homme, homme/machine et machine/machine. À terme, les technologies embarquées dans ces objets pourraient leur conférer une forme rudimentaire d’intelligence voire une complète autonomie, avec les avantages et les risques qu’on imagine. Voir aussi : Intelligence Ambiante

La 4e Révolution selon Mike L. Dertouzos, directeur du laboratoire d’informatique du Massachusetts Institute of Technology (USA) : “Les trois premières révolutions socio-économiques ont été fondées sur des objets : la charrue pour l’agriculture, le moteur pour l’industrie et l’ordinateur pour l’information. Peut-être le temps est-il venu pour une quatrième révolution, dirigée non plus vers des objets mais vers la compréhension de la plus précieuse ressource sur Terre : nous-mêmes.” (A lire aussi Comment protéger notre vie privée dans un monde où la traçabilité explose ?, article de Hubert Guillaud dans InternetActu, décembre 2007)

Date: Tuesday, 04 Mar 2008 22:59

Compte rendu de la première table ronde.

La Néthique et les usages politiques : « Dialogue citoyen, pourquoi se créer une charte ? »

nethique.info - humains-associes.org

Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? (FaceBook et l'identité numérique), Les Humains Associés à l'Institut Pierre Mendès France 02/02/08

La troisième journée Néthique, Vivre ensemble sur le Net, vers une néthique des réseaux sociaux ? (Facebook, les réseaux sociaux et l’identité numérique) a eu lieu, le 2 février 2008 à l’Institut Pierre Mendès France (Collège de France).

Organisée par

Les Humains Associés


Avec l’Institut Pierre Mendès France

Néthique 3 était diffusé en direct sur l’Ile Verte sur Second Life
Second Life : Map of Ile Verte (Green Island)

Voici le compte rendu textuel de la première table ronde de cette troisième journée.
La Néthique et les usages politiques : « Dialogue citoyen, pourquoi se créer une charte ? »

Débats animés par :
Tatiana F.-Salomon, présidente des Humains Associés
Natacha Quester-Séméon, secrétaire générale des Humains Associés
Tristan Mendès France, secrétaire général de l’Institut Pierre Mendès France

Intervenants :
Thierry Maillet, auteur de Génération Participation, enseignant et chercheur
Amaury de Buchet, co-fondateur de faberNovel Consulting, enseignant et blogueur
Benoît Thieulin, directeur de l’agence la NetScouade et responsable de Desirsdavenir.org (PS)
Frédéric Chevalier, co-animateur de Marketing Perso, responsable du nouveau pôle web du Medef
Vincent Ducrey, consultant Internet et politique (UMP)
Christophe Grébert, candidat aux municipales, journaliste et blogueur (monputeaux.com)

Néthique 3

INTRODUCTION

Tristan Mendès France, Secrétaire général de l’Institut Pierre Mendès France, prend la parole en premier et présente, au sein du Collège de France, l’Institut Pierre Mendès France où se déroule la conférence, au 3 rue d’Ulm à Paris dans le 5e arrondissement. L’institut PMF existe depuis 1985, son rôle essentiel est de s’occuper de la conservation des archives de Pierre Mendès France et aussi de s’attacher à sa mémoire. Tristan se dit absolument ravi d’être partenaire de cette troisième journée néthique, cela permet à l’IPMF d’élargir ses centres d’intérêt et aussi de trouver un autre public que son public habituel. Il précise que ce genre de manifestation amène à des réflexions très intéressantes sur des problématiques très contemporaines. Il remercie tous les participants d’être venus et passe la parole à Tatiana Faria, Présidente des Humains Associés et Natacha Quester-Séméon, Secrétaire générale, pour l’introduction.

Tatiana Faria, Présidente des Humains Associés, prend la parole et remercie le public d’être venu ainsi que les intervenants de cette troisième rencontre Néthique, Benoît Thieulin, Vincent Ducrey, Thierry Maillet, Amaury de Buchet, Christophe Grébert et Frédéric Chevalier. Elle rappelle l’importance de la Néthique pour les Humains Associés, dont la préoccupation depuis toujours est l’humain et notamment, depuis 14 ans, la place de l’humain dans les nouvelles technologies et le numérique.

En 1994, Les Humains Associés ont lancé des études avec l’Unesco, notamment avec Ettoré Gelpi qui n’est plus parmi nous et qui était alors responsable de l’Éducation permanente, et Philippe Quéau, qui dirige aujourd’hui le bureau du Maghreb de l’Unesco. En mars 1997 à Monaco, l’Unesco avait organisé avec Philippe Quéau le premier grand colloque international, Info-Ethics, sur l’éthique de l’informatique et de l’information. Très en amont déjà, la fracture numérique préoccupait l’association, fracture qui est toujours là aujourd’hui. Les inquiétudes des Humains Associés portaient notamment sur les enjeux de ce nouvel Eldorado, dont ils voyaient le côté exceptionnel, mais dont ils percevaient aussi déjà les dangers. De ce point de vue, ils étaient tous extrêmement mal compris.

À la même époque, Tatiana s’était entretenue avec Jean Daniel, du Nouvel Observateur, à propos du fossé numérique, de l’éthique et l’humanisme à l’ère de l’Internet : « Vous êtes trop en avance », lui avait-il dit alors. Plusieurs années plus tard, avec la Néthique, cela a continué de la même manière. Tatiana ajoute qu’ils avaient perçu le danger, mais que l’on a toujours tort d’avoir raison trop tôt.

Avec la Néthique, ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont rencontré les mêmes incompréhensions, même si, petit à petit, cela s’est amélioré grâce à l’expérience. Dans un premier temps, quand ils ont proposé la Néthique, proposé de parler d’éthique en en appelant à la notion de responsabilité individuelle, dans un pays libéral-libertaire comme le nôtre, cela évoquait aussitôt la morale, voire la morale religieuse. Un certain nombre de personnes ont eu du mal à comprendre que la Néthique était une proposition pour se responsabiliser, pour que, justement, il n’y ait pas de loi. Ce n’est donc pas du tout une morale quelconque qui dicterait ce que l’on doit faire ou ne pas faire.

C’est donc la troisième journée Néthique organisée en un peu moins d’un an. Entre temps, les choses ont évolué très vite. Comme toujours, l’expérience venant avant la compréhension, ce sont ceux qui étaient plongés dans les débats politiques qui ont compris le plus vite la nécessité de proposer un code de conduite, en particulier les partis politiques, qui, dès le début de la campagne présidentielle de 2007, ont vu l’agressivité et la brutalité sur Internet. Benoît Thieulin, responsable de la netcampagne de Ségolène Royal en 2007, pourrait en parler mieux qu’elle.

Depuis quatorze ans, avec l’expérience des espaces d’échanges sur les forums des Humains Associés, Tatiana a vu la dégradation des rapports humains et la montée de la transgression. « Sur le Net, on peut tout dire, donc on y va. » Elle dit que cela a atteint son paroxysme la semaine dernière [fin janvier 2008], lorsqu’un blogueur connu a écrit sur son blog que : « La Shoah est la plus grande oeuvre de l’humanité. Dommage qu’elle fut si imparfaite. » [Voir ici et ici où il publie des excuses]. Tatiana précise qu’il s’agit peut-être d’un moment d’égarement de sa part. Mais le fait est que la blogosphère influente — cette même blogosphère que la presse utilise pour aller chercher des infos et dire, « la blogosphère a dit… » (mais cela est un autre débat) — n’a rien relevé. La ligne rouge a été dépassée et rien n’a été dit.

Tatiana poursuit en disant que sa préoccupation, notamment avec les jeunes, c’est d’informer des dangers, tout en précisant qu’après, bien évidemment, chacun fait ce qu’il veut. Internet est effectivement un outil merveilleux, c’est un outil qui permet tout, le meilleur et le pire, mais c’est aussi un outil qui peut être dangereux. On le voit notamment avec Facebook. Les jeunes ne réalisent pas qu’il y a une identité numérique et que maintenant, sans s’en rendre compte, tout le monde s’est transformé en policiers ou en agents du KGB. « Vous discutez avec quelqu’un, il cherche votre nom tout de suite dans Google et il vous répond : Ah, je sais qui vous êtes, vous êtes Untel, vous faites ceci, vous avez dit cela, etc. » Il y a des gens qui perdent ainsi des boulots et Tatiana pense que cela provoquera des suicides.

Donc, c’est une question d’éducation. Les Humains Associés sont pour l’éducation et pour la responsabilisation. La Néthique est ouverte et imparfaite bien évidemment, puisqu’en cours d’élaboration. Les Humains Associés ont créé un wiki où ils demandent à ceux qui le veulent bien, aux gens de bonne volonté, de participer avec eux, de réfléchir, de proposer et de la faire avancer. Tatiana conclut en remerciant le public et les participants.

Natacha Quester-Séméon poursuit en présentant le thème principal de la journée : « Quelle identité numérique voulons-nous pour demain ? », avec deux tables rondes, une première sur « La Néthique et les usages politiques » et une seconde autour de la question de « L’éthique pour les réseaux sociaux ».

Natacha déroule rapidement un diaporama sur le travail des Humains Associés, un réseau citoyen et humaniste qui a été fondé il y a près de 25 ans et qui est présent sur Internet depuis le début avec des sites web, blogs et forums, des wikis, Facebook ainsi qu’une Ile sur Second Life. Cela leur a permis d’avoir une expérience pratique de la militance en ligne et de la réflexion politique et de faire des constats sur les usages et également sur les dérives. Natacha retrace ensuite l’histoire de la Néthique qui est une déclinaison de la « netiquette » fondée par les universitaires qui ont créé l’Internet, il y a près de 25-30 ans. Dans les années 80, ces universitaires ont créé ce document, largement connu sur le Net, qui propose des codes de conduite et de courtoisie du réseau. Les Humains Associés, présents depuis 1995 sur le Web, l’ont adaptée au fur et à mesure à leurs usages et pratiques pour leurs forums, listes de discussion etc. Aujourd’hui, on compte plus de 350 blogs, sites et territoires dans Second Life néthiques, qui vont de sites de partis politiques à des blogs de cuisine. Ils arborent le petit logo de la Néthique et s’appliquent à eux-mêmes ses principes. Certains ont adapté la Charte à leurs propres usages, ils ont donc une Charte spécifique que l’on peut retrouver dans le Wiki, et d’autres, la majorité, utilisent la Charte commune. Elle donne un cadre pour la modération. L’idée est que l’on choisit d’appliquer à soi-même les principes de la Néthique, avec les membres de sa propre communauté. Effectivement, il n’y a que soi-même qui puisse voir si on applique ses idées…

Natacha présente quelques points de la Charte et précise que par rapport à la netiquette, les Humains Associés ont ajouté une réflexion sur l’éthique sur le Web en général, une réflexion sur une forme de déontologie de l’information et des comportements, sur le fait de diffuser des informations, de colporter des rumeurs par exemple, mais aussi sur la façon d’enrichir la communauté. Il y a également beaucoup de conseils pratiques dans la Charte. L’idée est, comme l’a rappelé Tatiana, d’appuyer sur l’éducation et le civisme en ligne.

Parmi les sites Néthiques aujourd’hui, il y a des sites politiques, Désirs d’avenir, Bayrou.fr, ainsi qu’une application de l’UMP, avec leur réseau social facebook-like, l’UMPnet (dont parlera Vincent Ducrey). Sur Second Life, il y a les territoires des partis politiques pendant la campagne présidentielle. Depuis un an, la Néthique est référencée dans une centaine de médias, il y a des études universitaires, des livres etc. qui citent la Néthique, des personnes qui collaborent et qui participent à la réflexion. En effet, la Néthique se nourrit de toutes ces remarques, parfois critiques (sourires).

Natacha rappelle qu’il y a déjà eu deux colloques : Un premier en mars 2007, auquel avaient déjà participé Benoît Thieulin et Thierry Maillet, sur la « Politique et l’Internet » et sur « L’impact du journalisme citoyen ». Un second, au mois de novembre 2007, sur « La déontologie des nouveaux médias », sur la question de la qualité de l’information sur le Web, sur le rapport entre blogueurs et journalisme, sur la question de savoir s’il faut une déontologie des journalistes, des blogueurs et plus largement des Internautes, bref une Néthique des nouveaux médias. Pendant la campagne présidentielle, il y a eu un cycle de conférences néthiques sur l’Île Verte des Humains Associés sur Second Life : les représentants des net-campagnes des trois principaux partis politiques sont venus parler de la Néthique (Benoît Thieulin/PS, Eric Walter/UMP et Quitterie Delmas/UDF-Modem), répondre aux Internautes et aux résidents de Second Life, ce qui fut l’occasion de plus de trois heures de débats en ligne.

Natacha ajoute que la conférence de ce jour est retransmise en direct sur Internet et que les débats seront entièrement podcastés et disponibles pour tous.

Première Table Ronde :
La Néthique et les usages politiques :
« Dialogue citoyen, pourquoi se créer une charte ? »


Première Table Ronde :
La Néthique et les usages politiques :
« Dialogue citoyen, pourquoi se créer une charte ? »

Natacha Quester-Séméon introduit les deux intervenants de la première table ronde en précisant qu’ils ont tous les deux une démarche éthique et néthique : Vincent Ducrey, consultant Internet et politique, est candidat dans le 16e arrondissement de Paris pour les municipales (blog). Récemment, il a travaillé au sein de l’UMP pour décliner la Charte Néthique pour les usages de l’UMPnet. Christophe Grébert, journaliste, blogueur, (monputeaux.com un blog « pour le moment encore d’opposition politique… »), ancien PS, conduit une liste sans étiquette pour les municipales à Puteaux. Il a également une Charte Néthique pour sa communauté participative qui crée leur programme municipal sur Internet.

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Christophe Grébert, Vincent Ducrey, Amaury de Buchet

Christophe Grébert présente pour commencer son projet municipal, lancé à partir d’une situation locale de blocage politique dans une ville de 40 000 habitants à l’ouest de Paris, Puteaux, au pied des tours de la Défense. Depuis 40 ans, c’est la même famille qui règne sur cette ville avec des pratiques népotistes, un clientélisme très poussé, un manque de démocratie et une absence totale de transparence dans les décisions municipales. Il est donc parti de l’expérience qu’il avait à travers le site monputeaux.com pour essayer de proposer autre chose aux élections municipales de mars prochain, pour tourner la page et présenter une équipe crédible face à cette situation de blocage entre une famille en place et une opposition quasiment absente de Puteaux. (L’opposition se résume selon Christophe à un parti socialiste très minoritaire avec un rapport de l’ordre de 70% de voix pour le système en place, contre un peu moins de 30% pour l’opposition.)

Il précise qu’il a fait un projet de rassemblement pour cette élection municipale pour aller au-delà des frontières traditionnelles partisanes. L’idée a été lancée sur Internet, sur son site monputeaux.com, avec une déclaration de candidature sur Dailymotion, où il a déclaré se présenter en mars prochain sur un projet de rassemblement et un projet de démocratie participative. C’est donc un peu à l’image de ce qu’avait proposé Ségolène Royale au niveau national, mais au niveau local. L’appel a été lancé à ceux qui pouvaient être intéressés par le projet. Et c’est ainsi que plusieurs Internautes locaux, visiteurs de son site, ont rejoint ce projet, dont parmi d’autres, Frédéric Chevalier, habitant de Puteaux et également blogueur (qui fait partie des intervenants de cette table ronde).

Christophe Grébert explique que quand on est un parti politique, on a une histoire, on a un passé, on a des valeurs dont certaines sont reconnues comme des valeurs de droite, sur le thème de la liberté en particulier, et puis d’autres valeurs qui sont plutôt reconnues comme des valeurs de gauche, où l’on met en avant plutôt l’égalité – « la liberté et l’égalité ne faisant plus qu’un à la condition qu’il y ait un peu de fraternité dans tout ça ». N’étant d’aucun parti, ils n’avaient pas ces valeurs de droite ou de gauche et il a donc fallu qu’ils se construisent une identité, des valeurs. En ce sens, tout le travail fait par Néthique les a intéressés. Comme dans son équipe, il y a vraiment toutes les tendances, des gens de droite, de gauche, des apolitiques, des écolos, des anars, il a donc fallu qu’ils se créent leur propre identité, leurs propres marques, leurs propres valeurs, autour de la solidarité, de la volonté de transparence et cette idée d’éthique. Leur groupe a donc créé un blog, dans lequel ils ont demandé aux gens de contribuer, de participer à la création du programme et qui évidemment repose sur une charte éthique, de bonne conduite, d’écoute, de dialogue, l’idée étant d’essayer de trouver un consensus au-delà de certaines divergences.

Dans un deuxième temps, ils ont créé une charte éthique de l’élu, élaborée de manière collective. Ils se sont projetés dans l’étape suivante : « Une fois élus, quelles seront nos actions au sein du conseil municipal et dans notre travail quotidien de maire adjoint et de conseillers municipaux ? » Cette charte, dont il a apporté quelques exemplaires, est disponible sur le site. Il précise que ce sont des choses très simples, très basiques, sur le comportement et l’attitude d’un élu municipal dans sa mairie. « Quand vous la lirez, vous vous direz : bien sûr, c’est évident ! » Il y est question notamment du fait que le conseiller municipal doit donner de son temps au bon fonctionnement de sa commune, qu’il doit être présent, prendre part régulièrement au conseil municipal ou aux conseils de quartiers, s’impliquer dans la vie locale, être à l’écoute des gens. Selon Christophe Grébert, ce sont des choses très basiques, mais quand on s’intéresse un peu à la vie locale, à la vie de son conseil municipal et à l’action de ses conseillers municipaux, on se rend compte que ce n’est pas si évident que ça. Il donne l’exemple de Puteaux où « on voit bien qu’on a des maires adjoints qui ne connaissent absolument pas leurs dossiers et qui ne s’y intéressent pas du tout, qui sont là juste pour occuper la place, lever la main quand on leur demande de lever la main au sein du conseil et éventuellement toucher leurs 1500 euros d’indemnités ».

Dans la charte de l’élu, il y a quatre parties : 1. L’engagement de présence. 2. L’engagement d’écoute, qui dit notamment que l’élu doit favoriser la consultation et la concertation à chaque étape du processus municipal de décision, c’est donc l’idée de démocratie de proximité. 3. L’engagement de transparence, l’élu s’engage à rendre compte de son travail mené aussi bien collectivement qu’individuellement dans ses délégations et cela permet l’évaluation permanente du travail effectué. 4. L’engagement de respect, donc un appel aux valeurs de dignité, d’équité et de lutte contre les discriminations.

Christophe dit que toutes ces valeurs éthiques sont évidentes, mais qu’il faut les rappeler. Et il ajoute qu’on peut s’apercevoir finalement que toutes ces valeurs qu’ils développent sont des valeurs qui correspondent bien à ce que l’on fait sur Internet, à la réalité du Net. Sur le Net, quand on blogue, quand on publie, on est effectivement sans arrêt dans un état de consultation, d’évaluation permanente, on écrit et aussitôt, via les blogs, via les commentaires, on est évalué par les lecteurs, le travail évolue en toute transparence. Il donne l’exemple des étudiants qui publient en direct leur travail et on peut le voir évoluer, les lecteurs peuvent le corriger et compléter. Cette idée-là, d’évaluation permanente, de travail collaboratif, correspond bien à ce qui se fait sur Internet et cela se retrouve dans leur programme, leur action, leur manière de faire cette campagne. Il pense que c’est une vraie campagne d’Internautes et de blogueurs, où l’on retrouve un peu les mêmes méthodes et le même état d’esprit.

Cela se traduit aussi concrètement dans le contenu du programme, puisque, à côté des thématiques traditionnelles d’un programme municipal, telles que la solidarité, la jeunesse, la petite enfance, le sport, la culture, l’urbanisme, la voirie, le cadre de vie, le développement économique, on va retrouver dans ce programme, en cours de finalisation, deux grands axes : Le premier axe est la démocratie de proximité. Son équipe, si elle est élue, va essayer d’appliquer cette idée de transparence, d’évaluation, de consultation, de démocratie participative, à la fois dans la commune, en direction des citoyens, mais également en interne, en direction des employés municipaux. Le deuxième axe fort est de faire de Puteaux une ville numérique, de vraiment développer sur Puteaux des outils et des méthodes qui favorisent ce comportement numérique. La ville sera équipée en très haut débit et il sera installé dans les écoles. Ils mettront à disposition des réseaux pour tous les citoyens ; notamment dans les HLM, sachant qu’il y a 30% d’HLM à Puteaux, ce qui permettra à une personne qui a peu de moyens d’avoir accès au très haut débit, au téléphone, à la télé, pour 5 euros par mois. Christophe rappelle les expériences déjà menées à Dunkerque de développements d’outils de télé-opération, d’assistance à domicile pour les personnes âgées grâce au très haut débit et toute une série de choses de ce type-là. Christophe Grébert conclut en disant que pour lui, les nouveaux outils qui existent aujourd’hui permettront de développer la participation, la transparence, l’évaluation, l’accès aux documents, à travers un vrai site Internet, qui favorise la compréhension et l’information du citoyen sur la chose publique.

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Vincent Ducrey, Christophe Grébert (politique, municipales et néthique), à l'Institut Pierre Mendès France

Vincent Ducrey salut à son tour l’auditoire et se propose de présenter deux points : Le pourquoi du comment de l’UMPnet, puis, dit-il en plaisantant, il en profitera pour dérouler son programme municipal (rires dans la salle), c’est-à-dire juste les quatre ou cinq points stratégiques qu’il mettra en oeuvre s’il est élu adjoint au maire en charge de la vie locale numérique.

La campagne présidentielle a été très active et au lendemain des présidentielles et des législatives, l’UMP a souhaité mettre en place une fédération numérique pour faire perdurer pendant les quatre ans du mandat présidentiel une relation pérenne entre d’un côté les Internautes, sympathisants, militants ou ceux qui sont intéressés à débattre et l’UMP et les différents développements politiques qu’ils ont à mettre en avant ou sur lesquels ils souhaitent débattre ensemble. L’UMPnet a été lancé il y a à peu près trois semaines maintenant [en janvier 2008]. Aujourd’hui les attentes des gens qui sont sur cette plateforme sont de deux types : d’une part, l’action vraiment locale, dans le cadre de la campagne municipale, il y a les 36 000 pages des villes sur lesquelles on peut venir débattre des enjeux locaux et où l’on va retrouver les militants de la ville, le candidat, son actualité etc. D’autre part, il y a une partie qui porte sur les thématiques nationales, l’Europe, le pouvoir d’achat, les retraites, le développement durable, sur lequel des gens de toute la France viennent débattre et répondre aux sujets que l’UMPnet a mis en ligne. Cela leur permet de sentir, d’écouter, d’essayer d’analyser les attentes des gens et de nourrir le débat interne ainsi que les travaux sur lesquels ils avancent à l’UMP.

C’est une première expérience et c’est le premier parti qui met en ligne, sur la durée, les militants. C’est quelque chose de beaucoup plus difficile que ce qui a pu être fait pendant la campagne, où il s’agissait alors de mobiliser en trois mois un maximum de personnes pour montrer qu’il y avait énormément de gens en ligne réunis derrière un candidat. Là, c’est une démarche sur quatre ans et il doit vraiment y avoir du fond pour que les gens soient satisfaits par ce qu’ils y trouvent. C’est donc un challenge sur lequel ils s’investissent à fond.

Pour Vincent, il était totalement logique, dans ce cadre-là, d’essayer de mettre en place une Charte Néthique (NDLR : voir cette charte sur UMPnet et sur le Wiki de Néthique, et podcast de MemoireVive.Tv avec Thierry Solère) et de l’adapter aux comportements des militants, sympathisants et simples citoyens souhaitant participer aux débats, pour essayer de qualifier un peu les gens en ligne et de leur expliquer qu’on ne peut pas faire tout et n’importe quoi. C’est un espace de discussion ouvert, mais en même temps, les règles de bon usage, écrites et mises en place par les Humains Associés, semblaient un point de départ assez intéressant pour essayer de former les gens qui, du jour au lendemain, passent de débats où ils sont physiquement présents, dans les permanences ou au café, à des débats en ligne. Le meilleur moyen de les accompagner – et cela a été validé politiquement en interne - était de mettre en place une charte et tant qu’à faire, de partir sur les points de la Charte Néthique des Humains Associés.

La vitesse de croisière de l’UMPnet n’est pas celle des sites participatifs que l’on a pu voir pendant la campagne, elle a vraiment pour vocation de croître et de se développer. L’idée est d’avoir une plateforme centrale où il y aura sur la durée l’ensemble des militants et des sympathisants et de pouvoir agréger, au fur et à mesure, des blocs. Là, il y a en ligne une partie sur les municipales, et après, sur la durée, il y aura d’autres thématiques et d’autres élections qui seront mises en ligne progressivement. C’est le contraire des plateformes jetables, où l’on mobilise des gens, où l’on « markete » une adresse et où après, au lendemain de l’élection, plus rien ne se passe, tout est mort. Les gens ont mis trois mois pour mettre l’adresse sur leur blog ou autre, et à la fin de l’élection, on leur dit, « ça y est, vous pouvez l’enlever ». Donc, l’idée est de concentrer les débats, d’encourager les gens qui souhaitent débattre à le faire. Chacun ayant une page personnelle un peu comme sur Facebook, dès qu’ils participent aux débats, cela apparaît aussi sur leur page. Il y a donc un côté « réputation politique en ligne » qui est développée pour permettre à ceux qui le souhaitent de sortir un peu du lot.

Natacha Quester-Séméon demande à Vincent Ducrey et Christophe Grébert si l’on pourrait dire que leur pratique de militance en ligne a influé leur façon de faire de la politique dans la « vraie vie » - dans la mesure où l’on opposerait encore ces termes de « vie virtuelle et vie réelle » ?

Christophe Grébert dit qu’en effet, sa pratique du Net est celle du débat permanent, de la discussion permanente. Sur le Net, dès que l’on écrit, si l’on raconte n’importe quoi ou que l’on est approximatif, on est tout de suite face aux critiques sévères des commentaires. Donc forcément, il n’aura pas la même attitude ni en tant que candidat qui forme une liste et un programme, qui sera fait de manière transparente et collaborative, ni en tant qu’élu, puisqu’il sera habitué à ce débat, cette évaluation et cette critique permanente.

Aujourd’hui avec des partis et des hommes politiques qui appartiennent aux précédentes générations, on a une situation qui va à l’encontre de ces deux principes. Pour la création d’un programme politique, à part l’expérience de Ségolène Royal qui, on s’en souvient, a été très critiquée, on voit bien aujourd’hui que les partis attendent le dernier moment pour révéler leur programme - Christophe nous invite à bien regarder ce qui se passe dans notre localité pour ces élections municipales. Il y a très peu de débats, ou s’il y en a, c’est en interne, dans les sections politiques. Ayant fait partie pendant six ans d’un parti politique, Christophe a observé que le programme local était discuté par des commissions qui regroupent deux ou trois personnes sur chaque thématique, mais qu’il n’était jamais discuté par l’ensemble des militants de la section locale, qui représentent 20, 30 ou 50 000 électeurs. Démocratiquement, cela pose problème, d’une part au niveau des projets locaux présentés aux élections municipales qui ne sont préparés que par 10 ou 15 personnes dans leur coin, et d’autre part, parce qu’on attend le dernier moment pour les révéler, par peur que le concurrent, l’adversaire, ne pique une bonne idée. L’élection municipale, qui devrait être l’occasion d’un débat démocratique intense, de rencontres, d’échanges entre les gens des différents camps, des différentes listes, n’aboutit finalement qu’à un non-débat et à deux semaines de campagne officielle, où l’on va lancer comme ça quelques idées aux citoyens.

Ensuite, une fois élu, une fois que le meilleur des différents challengers est désigné, on a une démocratie représentative où le maire, élu avec une très large majorité (le système le veut ainsi), organise de temps en temps une réunion publique pour vous annoncer un grand projet, mais sinon il fait à peu près ce qu’il veut au conseil municipal pendant six ans, disposant en gros de trois quarts des sièges… C’est vraiment de la démocratie représentative où il ne vous consulte pratiquement jamais et ne fait jamais d’évaluation. Le citoyen n’est pratiquement pas impliqué dans les décisions locales, seulement une fois tous les six ans, quand on lui demande de voter, de sanctionner ou bien de confirmer un élu.

Pour Christophe, c’est la situation actuelle, mais il pense que les prochaines générations d’élus iront vers une pratique du Net qui est une pratique de participation, de consultation, d’évaluation et de transparence.

Vincent Ducrey précise, à propos de l’expérience de campagne, que la politique sur Internet, au niveau des partis, fonctionne de façon totalement empirique, car il n’y a pas d’expérience passée. À chaque fois qu’il y a une nouvelle technologie, il y a une nouvelle approche, on est donc obligé de partir de là et tout est basé sur la confiance : la confiance dans les technologies que l’on va utiliser et plus globalement la confiance dans les hommes qui vont être derrière ces technologies. C’est surtout cela, qui est en jeu à chaque fois : un mixte entre confiance technologique et confiance humaine.

Vincent Ducrey présente ensuite son programme en cinq points. Il s’agit d’un programme local numérique, il précise qu’il y a un autre programme numérique pour Paris dans son ensemble, avec du wifi etc. Lui s’est concentré uniquement sur cinq points qui peuvent être gérés au niveau de l’arrondissement.

Le premier point est le développement du concept de quartier, de village numérique. Il a mis en place depuis deux ans déjà des « apéros villages » dans l’arrondissement, pour recréer une ambiance village. Il y en a sept dans le 16e. L’idée étant d’utiliser les réseaux sociaux existants ou à développer, pour favoriser une relation intergénérationnelle et créer du lien social.

Le deuxième point, c’est la solidarité numérique. Il a créé une association, il y a six mois avec Basile Boli qui s’appelle « Un ordi pour tous ». Il récupère les PC usagés du 16e et les envoie dans des associations qu’ils sont en train de définir, en Ile de France et d’autres directement en Afrique. La solidarité numérique lui tient à cœur.

Le troisième point, c’est de réfléchir au concept de microjumelage qu’il a mis au point. L’idée est très simple : il y a de grandes mégalopoles qui deviennent jumelles, comme Shanghai, New York, Paris, mais en fait, ce sont 18 millions d’habitants d’un côté et 10 millions de l’autre, cela ne veut plus dire grand-chose… L’idée est donc de jumeler des quartiers entre eux, ce qui est beaucoup plus logique, la sociologie des gens étant à peu près la même et ainsi cela encourage des échanges culturels, scolaires, artistiques beaucoup plus riches. Il souhaite donc mettre en place des jumelages entre le 16e et certains arrondissements de grandes capitales mondiales, et faire des choses concrètes. Le Maire actuel de Paris est allé signer un accord de jumelage à San Francisco, mais pour l’instant, on ne voit pas ce que cela a apporté comme avancée concrète, hormis le côté high-tech. L’idée, pour les grandes villes et grandes capitales du monde, est de faire du jumelage, mais au niveau des quartiers pour que les gens échangent vraiment entre eux. C’est nouveau, ils vont voir ce qu’ils peuvent faire et Vincent travaille là-dessus.

Le quatrième point, c’est la mise en valeur de l’histoire et du patrimoine du 16e, de manière participative. Ils ont avancé sur un wiki du 16e, et l’idée est que chaque immeuble, place, lieu, puisse faire l’objet de fiches historiques et que les collégiens, écoliers et personnes de l’arrondissement puissent enrichir cette grande encyclopédie de l’ensemble de nos rues et des lieux publics de l’arrondissement. Cela pourrait faire l’objet, une fois par an, lors de la Journée du patrimoine, d’une visite des lieux les plus enrichis grâce au travail en ligne, pour récompenser les gens qui y auraient passé le plus de temps.

Cinquième et dernier point : créer des plateformes, des outils en ligne ou autres, c’est bien, mais l’idée est de les rendre accessibles et de former les gens. Donc il va mettre en place une demi-journée par semaine des ateliers de formation et d’explication pour pouvoir apprendre à se servir de l’ensemble des outils qui seront mis à disposition pour son arrondissement.

Néthique 3 sur l'Ile Verte/Second Life (éthique, FaceBook, réseaux sociaux et identité numérique) : Benoît Thieulin

Benoît Thieulin intervient et dit que c’est un sujet qu’il connaît un peu puisqu’’il a l’honneur d’être co-secrétaire de la section Internet du PS, ce qui l’autorise à dire deux ou trois choses là-dessus. Il revient sur l’idée de faire du participatif à l’occasion des municipales. Lors d’un précédent débat néthique qui avait eu lieu en novembre 2007 à la Cité des Sciences (NDLR : 2ème journée Néthique du 17 novembre 2007, Nouveaux médias et politique, à la Cité des Sciences), ils avaient abordé ce point en se disant qu’organiser des débats participatifs, faire participer les citoyens à l’échelle d’un pays, ce n’était pas quelque chose d’évident, on a pu le voir pendant la campagne présidentielle. Cela posait quantité de questions, pas faciles à résoudre, y compris politiquement, mais c’était quelque chose de très intéressant et passionnant à faire. Ils avaient conclu à l’époque que finalement, l’échelle naturelle pour faire de la démocratie participative, était forcément locale.

Ce qui est très paradoxal aujourd’hui, c’est qu’à même pas six semaines des municipales, il y a très peu d’initiatives et après avoir fait le tour de beaucoup de sites, de gauche comme de droite, il se dit un peu déçu. Il ne fait pas de politique politicienne en disant cela - même s’il y a un peu plus d’initiatives à gauche sur le mode participatif, ce qui est normal car idéologiquement la droite s’est quand même souvent prononcée de manière très réticente face à cette démarche-là (on sent de petits changements dont il se félicite). Il partage l’avis de Christophe Grébert, il pense que de gauche comme de droite, les sortants tardent à dévoiler leur programme et le font assez peu débattre.

Il a donc changé son avis par rapport aux conclusions de l’époque et pense qu’il faut se poser des questions sur la pérennité et la durabilité des outils participatifs. Ce sont des démarches qui doivent s’inscrire dans le temps. Au fond, c’est peut-être plus facile de mobiliser les citoyens à l’occasion d’une élection présidentielle, parce qu’ils se focalisent là-dessus, cela occupe la scène médiatique pendant plusieurs mois et les gens peuvent faire du participatif à cette occasion. Même si cela pose des problèmes pour l’organiser, la prise de conscience est facile. En revanche, au niveau local, paradoxalement, c’est beaucoup plus difficile de faire venir les gens pour les faire débattre. C’est donc bien un problème de gestion municipale plus que d’élection sur lequel il faut se pencher. Il faut être extrêmement attentif au fait qu’il y ait, dans les programmes, des engagements de la part des futurs maires. Benoît rappelle les fameux Conseils de Quartiers, mais pour ceux qui y sont un peu allés, comme lui, ils savent que cela pourrait se moderniser un peu, cela manque d’outils, de Web, de réseaux sociaux, pour que justement il y ait dans la durée, des citoyens qui soient mobilisés et qui puissent, par affinités, s’intéresser aux questions scolaires, aux crèches, à la propreté, à la sécurité ou autre, en fonction de leur centre d’intérêt et de leur localisation. (Il y a des phénomènes de micro-localisation à l’intérieur des enjeux municipaux, du style « moi ce qui m’intéresse, ce sont les poubelles en bas de chez moi et pas celles du quartier qui est plus éloigné ».)

Benoît s’occupe de la campagne de Jean-Noël Guérini à Marseille et dit qu’ils ont lancé une cartosphère qu’ils vont essayer d’une part de généraliser dans les municipales et d’autre part d’en faire, précisément à l’occasion de ces élections, un outil durable. Si Jean-Noël Guérini a la chance d’être élu à Marseille, il lui a fortement conseillé de multiplier ce genre d’outils. Mais c’est une suggestion qu’il fait un peu à tout le monde (Christophe Grébert serait évidemment le premier à le faire) et qui consiste à populariser et inaugurer un certain nombre d’outils et de démarches à l’occasion des élections, mais d’en faire quelque chose de durable.

Benoît intervient ensuite sur un deuxième point, le réseau social UMPnet. Bien que très agacé et déplorant que le PS ne l’ai pas fait alors qu’ils avaient cette idée dans les cartons depuis des mois, beau joueur, il salue l’initiative de l’UMP, tout en ajoutant quand même quelques petits bémols et en dégageant quelques critiques, « car il n’est pas possible d’être simplement positif sur l’UMP ! » (rires).

Tout d’abord, ce n’est pas parce qu’on fait une plateforme de réseau social qu’on n’a pas découvert ce qu’étaient les réseaux sociaux politiques préalablement. Il signale que Désirs d’Avenir est probablement le premier réseau social politique de France, avec des outils qui aujourd’hui ne sont pas à la hauteur de ce réseau. Au fond, ce sont des organisations de communautés virtuelles qui se retrouvent et qui sont extrêmement vivantes. Sur Désirs d’Avenir aujourd’hui, 500 à 1000 messages sont postés quotidiennement, que Ségolène Royal ait fait un discours la veille ou pas. Et cette autonomie-là est extrêmement intéressante.

Ensuite il trouve que l’outil est intéressant, un peu comme une sorte de victoire posthume de Ségolène Royal, en tout cas pour les présidentielles, puisque au fond, même l’UMP se met à faire du participatif. Car si on fait du réseau social, si on met en place un outil de réseau social, c’est pour faire quoi, si ce n’est pour que les gens discutent, échangent, créent des groupes de travail, c’est-à-dire fassent du participatif ? Ils se sont faits beaucoup taper dessus pendant très longtemps sur le fait qu’au PS, et en particulier Ségolène Royal, ils faisaient du participatif et qu’ils étaient à l’écoute de l’opinion. Mais finalement, il voit qu’il y a une lame de fond très forte en France, en Occident pour multiplier ce genre de démarches. Il pense que Ségolène l’a probablement un peu senti avant les autres et constate qu’à l’UMP, on s’y met également.

Benoît confesse qu’il s’est inscrit sur UMPnet - et uniquement là, nous rassure-t-il - pour essayer de tester. Effectivement, il trouve ça bien, mais en même temps, il en voit bien les limites, probablement idéologiques. C’est une plateforme, un réseau social, mais qui est très contrôlé, très fermé. On ne peut pas créer de groupes, ou en tout cas pas lui, ils l’ont peut-être repéré et bloqué ses accès pour l’empêcher de le faire, il ne sait pas (rires). Mais il pense qu’en fait, c’est plus général. On sent, et c’est normal, que les partis politiques ont une réticence naturelle, car ce sont des structures pyramidales, hiérarchiques. Ils ont du mal à franchir le pas et à mettre en place un réseau social dont on devrait finalement laisser une partie des clés aux citoyens pour la création de groupes, les innovations ascendantes etc., avec éventuellement un système de filtrage pour savoir s’ils sont membres ou pas.

Thierry Maillet répond à son tour, d’abord à Christophe Grébert à propos du participatif dans la cité. Il dit qu’il faut se souvenir que dans les années 60, il y a eu plusieurs expériences, notamment à Caen et Grenoble, pour ceux que cela intéresse. Cela avait démarré aux États-Unis au moment où les universitaires américains se posaient la question de la reconversion des centres-villes délabrés, mais ça n’avait pas perduré. Il est intéressant pour eux aujourd’hui au niveau local, d’aller voir pourquoi dans les années 70, cela avait échoué dans deux villes universitaires et « cols blancs », à Hérouville Saint-Clair, banlieue de Caen et à Grenoble. Dans les deux cas, cela avait échoué parce que finalement le participatif n’avait pas perduré. Des groupes avaient fini par prendre le pouvoir, et finalement un seul contre-pouvoir d’opposition à la municipalité en place s’était installé.

Cela pose des questions qui rejoignent ce que disait Benoît Thieulin, à savoir : « Est-ce que les personnes présentes dans la salle qui sont plutôt des fanas d’Internet, ne préfèrent-elles pas agir finalement au niveau national sur des questions intellectuelles relativement porteuses et intéressantes, plutôt que sur les poubelles ou la propreté dans la rue - parce que cela ne les intéresse tout simplement pas ? » Ce sera certainement une tâche très difficile que de maintenir le vrai participatif au-delà du marché - car le premier participatif, c’est quand même la visite des marchés et les hommes et femmes politiques traditionnels le font très bien finalement. Il propose de regarder les exemples d’Hérouville Saint-Clair et de Grenoble pour voir pourquoi cela a échoué, comment se sont constitués systématiquement des contre-pouvoirs, des mini-groupes, des personnalités locales qui prennent un ascendant relativement fort et qui deviennent tout simplement des hommes politiques parmi d’autres dans le cadre de la démocratie représentative.

Christophe Grébert lui répond que des personnalités fortes, il en existe aussi sur le net, les blogueurs qu’on appelle influents. Natacha : « Ah bon !? Ca existe ? » (Rires.) Christophe : « Paraît-il. Enfin, c’est comme cela qu’on les appelle… » Pour Christophe, il y a évidemment des leaders, des opposants qui se créent et se développent, et lui-même en est un exemple : Un simple blogueur qui à un moment donné s’est intéressé à sa ville, a ouvert un blog sur sa ville et qui aujourd’hui se présente à l’élection municipale et espère être maire de Puteaux dans un ou deux mois. Il ne fait donc pas cela pour s’amuser, il fait les marchés, a des réunions d’appartement, a distribué 70 000 tracts en six mois, fait la visite des quartiers, va faire du porte-à-porte. Il est donc un vrai candidat et pas un candidat virtuel, du Net.

Ce qu’il voulait dire à ce propos, pour répondre à Benoît Thieulin, Natacha Quester-Séméon et Vincent Ducrey, c’est qu’il manque la volonté politique des élus, car ils baignent dans la démocratie représentative et que la démocratie participative est, pour beaucoup d’entre eux un gros mot, quelque chose de dangereux qui s’oppose à la première. Ce n’est pas le cas pour lui. Christophe pense que les démocraties participative et représentative se complètent naturellement et qu’il manque une volonté politique pour faire fonctionner le participatif, responsabiliser les gens, leur donner des projets à mener de A à Z, et des budgets - car quel est le sens de la démocratie participative sans budget participatif ? Un conseil de quartier qui n’a pas de moyens pour financer les projets micro-locaux qu’il voudrait mener à bien, les gens y viennent une, deux, trois fois, mais ils ne reviennent plus ensuite, car ils se disent que finalement leur travail sert au maire éventuellement pour un compte-rendu et qu’après, il en fait ce qu’il veut. Christophe conclut en disant qu’il faut bien sûr déléguer, diffuser au maximum les moyens et les informations.

Tristan Mendès France demande à ceux autour la table qui sont en campagne comment les électeurs à qui ils s’adressent perçoivent leur engagement néthique ? S’ils communiquent dessus, comment cela est-il perçu, plutôt bien ou pas par l’électeur « lambda » en général ? Et d’ailleurs, communiquent-ils vraiment dessus ?

Vincent Ducrey répond que pour l’instant, ils communiquent dans le cadre du programme. L’idée est de dire que la Néthique a été, pour le moment, pas mal utilisée par les partis et les campagnes politiques, mais que l’on peut aussi l’appliquer dans la vie citoyenne. Ce sera la prochaine étape de la Néthique, à partir du 16 mars pour certains. Mais pour l’instant, ils sensibilisent dans le cadre de la participation en ligne pour la campagne, ils ne sont pas encore dans l’application au niveau local de la Charte Néthique. Mais cela va venir naturellement et d’ailleurs c’est évidemment pour l’appliquer par la suite qu’ils l’ont sélectionnée pour les municipales.

Un intervenant dans la salle remarque qu’ils ont bien montré comment ils disposent d’outils pour favoriser le dialogue citoyen etc., mais qu’ils n’ont pas abordé la question des règles. Il leur demande quels étaient les obstacles au dialogue qu’ils ont rencontrés, en termes de règles justement, de régulation de ces échanges. Il constate qu’ils ont bien expliqué ce que sont ces outils, que c’est assez convaincant de se dire que maintenant, on est dans une ère où les gens doivent participer sur le long terme, interagir à toutes les échelles etc., mais une fois le dialogue rendu possible, comment va-t-il se mettre en place au niveau des règles, qu’est-ce qui leur paraît être capable de favoriser ce dialogue ? Il est toujours difficile de discuter à plusieurs sur des sujets qui peuvent être conflictuels par exemple.

Vincent Ducrey répond que ce qu’ils ont pu noter, c’est que cela fonctionne le plus souvent avec une auto-régulation. Aujourd’hui, il y a des gens actifs soit sur les débats locaux, soit sur les débats thématiques qui sont mis en place, et qui sont fidèles à ces débats, qui les suivent et les qualifient. Et dès qu’il y a des choses un peu hors sujet qui arrivent, il y a un signalement. Pour lui, de toute façon, l’avenir n’est qu’à l’auto-modération puisqu’il y a des communautés en ligne de plus en plus nombreuses.

Thierry Maillet pense que c’est la convergence, ou en tout cas l’habileté à faire travailler ensemble la démocratie participative et la démocratie représentative comme Christophe Grébert l’a pointé du doigt. Elles doivent se compléter et non pas s’opposer.

En la matière, Benoît Thieulin le lui confirmera peut-être, cela a bien fonctionné au parti socialiste en 2006, mais il y a eu clairement par la suite une opposition entre l’appareil du parti, issu d’une démocratie représentative, et l’organisation Désirs d’Avenir, issue d’une démarche participative. Ce qui est très difficile, c’est d’arriver à faire travailler les deux ensemble, sans se combattre en aucune manière, sur la légitimité plus ou moins grande de l’une ou de l’autre. C’est exactement à la même chose qu’est confronté le monde de l’entreprise aujourd’hui, les univers dits de la société civile, type ONG par exemple etc., et les représentants traditionnels des administrations, en tant qu’interlocuteurs des entreprises. C’est de la capacité à faire, ou pas, travailler ensemble les représentants de la démocratie participative et ceux de la démocratie représentative, que pourra naître quelque chose de nouveau, différent et intéressant.

Il remarque que l’auto-émulation, ou l’auto-contrôle, cela ne fonctionne pas ad vitam aeternam. Cela fonctionne deux-trois ans, mais si derrière il n’y a pas de budgets et de vraies règles structurantes, cela ne perdure pas, c’est justement ce qu’on a vu avec l’expérience historique de Grenoble ou d’Hérouville Saint Clair.

Natacha Quester-Séméon demande ensuite s’il y a des questions pour Christophe Grébert qui ne peut pas rester très longtemps.

Thierry Maillet l’interroge alors sur la façon dont ont été intégrés les réseaux sociaux, Facebook, Viadeo etc. dans le cadre de la campagne électorale et ce que cela a entraîné comme changements éventuels.

Christophe Grébert répond qu’ils ont créé non pas un compte Facebook, mais un groupe Facebook qui s’appelle « Puteaux 2008 » et il invite l’assistance à s’y inscrire. Il y a à peu près 140 abonnés, dont environ une soixantaine de Putéoliens (les gens de Puteaux). Cela leur a apporté quelques contacts intéressants, souvent des jeunes travaillant dans l’informatique, Puteaux étant assez bien fourni de ce côté-là… Le groupe est néanmoins peu actif, ils y diffusent l’information, relaient leurs vidéos, leurs tracts et textes. Cela leur a apporté quelques contacts, des gens qui sont venus aux réunions qu’ils organisent chaque semaine dans un bar à Puteaux (ils ne sont pas uniquement dans le virtuel !). Des gens ont effectivement pris contact avec eux sur Internet et ont ensuite fait la démarche de se déplacer. Selon Christophe, la rencontre physique, réelle, reste indispensable dans le cadre de campagne locale.

Natacha Quester-Séméon cite les chiffres d’une étude qui parle de l’implication des communautés virtuelles dans le monde réel. Selon cette étude du programme « Digital Future Project » du Centre Annenberg de l’Université de Californie du Sud, 43% des Américains appartenant à des communautés en ligne, se sentent aussi attachés à leur monde virtuel qu’à leur monde réel. Selon Natacha, on peut donc de moins en moins parler d’une séparation entre sa pratique associative, engagée ou militante en ligne et la vraie vie.

Un auditeur fait une remarque sur ce qui a pu être dit des expériences passées participatives, juste pour les replacer dans leur contexte, car il pense qu’il y a une approche assez différente aujourd’hui, avec tout le respect pour ce retour historique de Thierry Maillet qui est très intéressant. Il pense que ça se développe autrement aujourd’hui. Il y a, pour lui, deux étapes. Aux présidentielles, il y a eu beaucoup de buzz autour du participatif, notamment grâce à la campagne de Ségolène Royale, avec un thème autour duquel on pouvait se mobiliser et qui se communiquait facilement. En revanche, concernant les municipales, on sent bien qu’il y a des envies, mais aussi beaucoup plus de difficultés et de freins. L’intervenant pense que Christophe Grébert, et d’autres (Christophe Ginisty) sont exemplaires en tant que candidats issus de la blogosphère. Le cas de la plateforme de l’UMP est aussi intéressant parce qu’il va jusqu’au bout. Il y a donc des cas pratiques, des démonstrations réelles et il ajoute que si nous sommes là aussi, c’est que tous nous nous intéressons à la question. Mais les médias se saisissent assez peu du sujet, ou de manière timide, et pour les appareils, c’est bien pire. C’est plus que de la prudence, c’est une grande défiance et il faut, à son avis, ne pas hésiter à la combattre. Il pense, sans être activiste, que l’on peut observer que le participatif a du mal à passer, malgré ses aspects positifs et malgré le fait qu’il soit réclamé par les électeurs de base, sur les blogs, les forums, à travers les outils sociaux qui parlent positivement de ces expériences. Pour lui, il faut ouvrir des voies et aujourd’hui, il est intéressant de les défendre un peu plus. Finalement, le participatif ne doit pas être un « délire participatif », mais une voix comme une autre. Il observe une plus grande ouverture et pense que derrière le participatif, il y a de l’avenir parce qu’il y a une demande. Si on ne va pas sur cette voie démocratique là, on risque de se la prendre en revers. C’est aussi de l’ordre de la sagesse d’être participatif. Christophe Grébert, ainsi que Vincent Ducrey dans son domaine, sont les candidats les plus participatifs, et à ce titre exemplaires, et il souhaite que cela soit dit.

Thierry Maillet propose de « revenir sur terre » (rires dans la salle). Il ajoute que si Christophe Grébert est élu, in fine, il sera quand même jugé par ses électeurs, qui seront demain ses administrés, sur ses résultats. Ce ne sera ni sur son blog, ni sur l’importance de la participation qu’il aura donnée.

L’intervenant reprend la parole en proposant, lui aussi, de « revenir sur terre » et rappelle qu’il a parlé lui aussi de « délire participatif ». Il voulait justement peser les choses et voir les coûts que cela a, les coûts positifs et négatifs et il constate qu’actuellement il y a du buzz positif et du buzz négatif. Il y a une demande de participation, c’est aussi simple que ça. Il demande pourquoi aujourd’hui il y a t-il un tel succès sur Facebook ? C’est un fait démocratique, un fait d’expression. C’est une mode… ? Alors on doit se protéger des modes, de ce à quoi les gens aspirent… ? C’est ça la vie démocratique… ? Non, pour lui, c’est un tout. Le mariage du représentatif et du participatif est très important et actuellement, il y a un peu de défiance par rapport au participatif et il faut aussi le mettre en lumière. Car si ce ne sont pas les gens qui prennent une part active à la vie démocratique qui le font, alors à un moment ou à un autre, ce seront des individus sur toutes sortes de plateformes qui feront, dans l’ombre, passer des messages plus que douteux et il rappelle l’exemple de blogueurs qui le font déjà actuellement. On peut se retrouver avec une vie participative qui se réduira à des messages très extrêmes contre d’autres messages très extrêmes sur des plateformes qui seront finalement discréditées, du fait qu’on n’aura pas pris nos responsabilités par rapport à une bonne conduite.

Pour lui, c’est la question du débat d’aujourd’hui au niveau du participatif. Il faut replacer le participatif là où il est. Il y a des élans, des mouvements, on vit quelque chose de neuf et les élections municipales sont particulièrement intéressantes pour ça. Il y a des cas pratiques que l’on doit un peu plus mettre en lumière, à son avis, il y a de bonnes pratiques qui méritent d’être éclairées, mises en avant et il conclut à l’adresse de Thierry Maillet qu’en effet, le reste ce n’est peut-être pas super intéressant, mais il pense être sur terre en disant cela.

Tatiana Faria reprend en disant qu’elle le pense aussi, mais qu’elle doit l’interrompre, car Christophe Grébert doit partir. Elle ajoute que ce dont parle l’intervenant peut arriver, que c’est déjà arrivé, c’est déjà sur Internet, mais que, comme toujours, regarder la vérité, la réalité en face, ça fait peur, alors on préfère fermer les yeux… Sur Internet, il existe des organisations qu’il faut prendre au sérieux, dont une qui s’appelle Les Ogres. Leurs sites sont même délocalisés aux USA et ils ont des sites miroir. Il ne s’agit pas de les diaboliser, mais de prendre conscience de leur méthode. Ces extrémistes sont bien organisés, ils savent très bien comment fonctionne l’Internet. Ils sont écoutés, il ne faut pas minimiser la chose, ils ont des milliers de gens qui les suivent. Sur leur site, il y a facilement deux, trois mille personnes qui viennent et parfois bien plus (de 5 000 à 15 000 visiteurs par jour). Il ne s’agit pas de faire une chasse aux sorcières, ni de les accabler, — car dans ce cas, quelle différence y aurait-il entre eux et nous ? —, mais de bien signifier notre désaccord profond avec leurs idées.

Tatiana ajoute qu’ils prononcent des « arrêts de mort » contre des personnes et donne l’exemple de Tristan Mendès France et sa famille à qui cela arrive très souvent et de fort nombreuses personnalités, journalistes, intellectuels, artistes du show-business, etc. Quand on parle de politique en ligne, il faut observer que ce n’est pas seulement celle des partis républicains comme l’UMP ou le PS — nous avons tous bénéficié de l’approche et de la méthode élaborées par Benoît Thieulin avec desirsdavenir.org et de la notion de “démocratie participative” utilisant l’Internet ; même si l’UMP a été meilleur dans l’intelligence de sa communication politique en ligne. Il y a également la netpolitique des extrémistes, qui ont bien compris les rouages de l’Internet et ce que cela pouvait leur apporter. En ce sens, Les Ogres ont eux aussi étudié et assimilé la méthode Thieulin. Tatiana conclut en disant qu’on ne peut pas approfondir la question maintenant parce que Christophe Grébert va partir, mais qu’elle aimerait bien un jour participer à une discussion sur le sujet. (Applaudissements.)

Après le départ de Christophe Grébert, Tristan Mendès France intervient pour compléter les propos de Tatiana et précise pour ceux qui ne connaîtraient pas bien le site ou les forums des Ogres, que c’est une mouvance politique extrémiste, qui est apparue dans la «tambouille » de Dieudonné. C’est Dieudonné, qui, quand il a commencé à faire de la politique, a donné une certaine audience à ce réseau, un réseau ultra-communautariste, antisémite… C’est un réseau politique et qui a énormément soutenu Dieudonné à son époque, qui a une certaine marginalité, mais qui malheureusement a une certaine audience.

Frédéric Chevalier intervient pour répondre à Thierry Maillet sur le fait « d’avoir les pieds sur Terre » et précise qu’il faut voir ce que le participatif peut apporter aussi. Bien sûr, Christophe Grébert une fois élu sera jugé sur sa gestion municipale et non pas sur son site Internet. Il ajoute que le participatif a permis à Puteaux de transcender les clivages, c’est-à-dire, très concrètement, s’il n’y avait pas eu cette démarche participative, lui-même ne se serait jamais retrouvé aux côtés de Christophe et jamais en 5ième position sur sa liste. Et d’ajouter qu’il est quelqu’un de sensibilité UMP, qu’il a des convictions, qu’il a voté pour Nicolas Sarkozy et qu’il ne le regrette pas, il ne fait pas partie des déçus. Il ajoute qu’il est clair qu’en ouvrant ce débat à Puteaux, Christophe a permis à des gens complètement différents, avec des pensées et des parcours différents de se retrouver autour de l’essence même des débats, de se réunir autour de l’essentiel, c’est-à-dire comment gérer son cadre de vie, comment s’épanouir, vivre bien dans une cité et comment gérer le bien commun. Tout cela dans une ville où les choses sont un peu particulières, un peu à cause de la main mise d’un système… Sans ce participatif, toute une partie des gens seraient restés chez eux, donc dans l’abstentionnisme, ou auraient suivi, par discipline d’appareil, des étiquettes, en votant qui pour la municipalité en place, qui pour la liste d’opposition socialiste, mais par réflexe partisan. Ainsi, le participatif a apporté des choses très concrètes et au-delà, cela permettra aussi, une fois élu, de rendre le pouvoir aux citoyens, par la capacité de contrôler, d’intervenir, à travers toutes les possibilités de concertation. Il conclut en disant qu’à son avis, au contraire, c’est vraiment très concret.

Compte rendu, lu et corrigé.

Suite deuxième table ronde : Journée Néthique 3 : Vers une Néthique des réseaux sociaux ?

Author: "Les Humains Associés" Tags: "Journée Néthique #3 Facebook, Synthès..."
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Date: Thursday, 21 Feb 2008 00:24

En attendant la publication du compte rendu textuel de la troisième journée de débats de néthique (identité numérique, facebook et vie privée), voici un entretien de Howard Rheingold paru dans Le Monde intitulé : “Dans dix ans, la vie privée telle qu’on la définit n’existera plus
Extraits :   “L’accélération des innovations technologiques va accroître, dans dix à quinze ans, le fossé entre générations. Actuellement, coexistent déjà cinq générations dont chacune a une approche différente des nouvelles technologies et des objets informatiques et électroniques. Grâce à ces nouveaux outils, les jeunes qui ont entre 15 et 20 ans peuvent pour la première fois échanger avec leurs pairs — chercher ou propager de l’information, tisser des relations sociales — sans que leurs aînés aient la moindre connaissance de ce qu’ils font. A l’avenir, tout cela va changer profondément les relations entre générations dans la société”. Il ajoute : “Cependant, je reste persuadé que les citoyens découvriront de nouvelles façons de se réunir et de résister”.

Author: "Natacha QS" Tags: "Pistes, Howard-Rheingold, néthique, vie..."
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Date: Wednesday, 06 Feb 2008 14:53

Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? (FaceBook et l'identité numérique), Les Humains Associés à l'Institut Pierre Mendès France 02/02/08

La troisième journée néthique sur les réseaux sociaux et l’identité numérique a eu lieu, le 2 février 2008 à l’Institut Pierre Mendès France (Collège de France) organisée par Les Humains Associés. Avec Thierry Maillet, Benoît Thieulin, Amaury de Buchet, Vincent Ducrey, Christophe Grébert, Frédéric Chevalier, Tatiana F-Salomon, Natacha Quester-Séméon et Tristan Mendès France.
Prochainement, les débats seront intégralement disponibles en podcast-vidéo.

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Tatiana, Benoît Thieulin, Christophe Grébert, Natacha Quester-Séméon, Amaury de Buchet, Frédéric Chevalier, à l'Institut Pierre Mendès France

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Benoît Thieulin, Christophe Grébert, Natacha Quester-Séméon, Tristan Mendès France, Frédéric Chevalier,

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Benoît Thieulin, Christophe Grébert, Frédéric Chevalier

Journée Néthique 3, Vers une néthique des réseaux sociaux  ? : Vincent Ducrey, Christophe Grébert (politique, municipales et néthique), à l'Institut Pierre Mendès France


Néthique 3 sur l'Ile Verte (Second Life) / Amaury de Buchet

Album photo au Collège de France et sur l’Ile Verte (Second Life) :

Author: "Les Humains Associés" Tags: "Journée Néthique #3 Facebook, Amaury-d..."
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Date: Wednesday, 06 Feb 2008 01:11

Sur son blog, Thierry Maillet publie une note après le colloque néthique 3 : “C’est sûrement un des rôles potentiels les plus intéressants des réseaux sociaux d’activer la participation effective des citoyens.” Lire la suite ici.

Author: "Natacha QS" Tags: "Journée Néthique #3 Facebook, citoyen,..."
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