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Date: Friday, 20 Nov 2009 18:26

L’autre jour il y avait du foot à la télé. D’ordinaire, j’aurais bien passé ma soirée devant le match mais j’ai beaucoup de travail en ce moment, et j’ai choisi de rester tard au bureau pour traiter quelques sujets importants au calme.

Vers 22h, j’ai fini. Mon bureau n’est pas très loin des Champs Elysées, et ça fait bientôt 2h que j’entends des klaxons endiablés dans la rue. Avant d’éteindre le PC, je regarde les news. Les Algériens ont gagné et sont qualifiés pour la coupe du monde. Bravo à eux, ça explique les klaxons. Les Français sont menés 1-0, apparemment ils jouent mal, tout reste à faire. Merde.

J’arrive dans la rue. L’ambiance rappelle un peu juillet 98. « One, two, three, viva l’Algérie ». Des jeunes en voitures brandissent des drapeaux verts et blancs. Ils sont heureux. Je décide d’aller voir sur les Champs, par curiosité.

En marchant, je prends peu à peu conscience que ce n’est pas 1998. L’ambiance me paraît moins festive, moins joyeuse. Au début, je m’explique ça en me disant que je me sens forcément moins concerné ; ce n’est pas mon pays qui a gagné.

Mais assez vite, je sens que c’est plus profond que ça. Les voitures sont au pas. Plusieurs personnes me hélent, je ne comprends pas toujours ce qu’ils disent, c’est sans doute de l’arabe. Certains visages ne semblent pas du tout joyeux mais plutôt fermés, durs. J’ai le sentiment que certains me toisent ou m’insultent. De la parano ? Pas complètement, les occupants de cette voiture me font un doigt. Bon, il y a toujours des connards dans ce genre de manifestations, mais ils se manifestent plus tard généralement.

Mon esprit s’est assombri. J’arrive sur les Champs. Beaucoup de voitures qui klaxonnent et des drapeaux algériens partout. Ca fait bizarre de voir tant de drapeaux étrangers et aucun drapeau français. Je crois que c’est la première fois que je vois ça. Je passe devant le magasin Virgin, il est ouvert mais il y a une dizaine de flics en armure devant.

Un rugissement de moteur me fait tourner la tête. Une voiture remonte l’avenue en trombe, un jeune homme est allongé sur le capot. Soudain, un crissement de pneus, la voiture pile. Je vois mal, il y a des arbres, des gens. Mais l’espace d’une fraction de seconde, mon ventre s’est noué. La voiture freine-t-elle pour éviter un autre véhicule à l’arrêt et le malheureux sur le capot risque-t-il d’avoir les jambes broyées dans le choc ? Ou peut-il rouler au sol et être happé par les roues de sa propre voiture ? Le crissement de pneus s’interrompt, pas de choc, pas de hurlement. Je respire, il n’y a pas eu de drame.

Mais cet incident a définitivement douché mon enthousiasme. Je ne trouve plus ça sympa du tout, mais plutôt un peu oppressant. Je n’ai toujours rien mangé, j’achète un sandwich au Pomme de Pain en dessous du Virgin. Je reviens sur l’avenue en mâchouillant. Un peu plus de voitures, un peu plus de gens à pied. Un groupe de jeunes harangue les flics. Il est 22h30, deux jeunes brandissent un drapeau algérien triomphalement sous mon nez. Je sens une hostilité diffuse. Cette célébration n’est plus sportive mais identitaire. Je regarde autour de moi, je suis tout seul. Je décide de rentrer.

Je quitte les Champs par une rue transversale. Je passe devant un bar qui retransmet le match de la France. Toujours 1-0 pour les Irlandais. Merde. Une idée me traverse l’esprit. Si la France perd, ces gars-là dehors vont hurler de joie, ça va mal finir. Il ne faut pas rester là.

Je commence à être inquiet. En m’éloignant des Champs, je quitte la zone « sécurisée » par la police. Je marche plus vite, je regarde mes pieds. Une camionnette descend la rue dans ma direction en klaxonnant. Tiens, il y a un mec sur le toit, ça attire mon attention. Nos regards se croisent une fraction de seconde.

Il me crache dessus. La camionnette passe devant moi.

Je ne réagis pas, je ne me retourne pas, je presse le pas.

Rentrer chez moi.

* * *

Arrivé à la maison, j’allume la télé pour voir où en est la France et me changer les idées. Je vois le but égalisateur et la main de Thierry Henry. Quelle soirée de merde. Les victoires sont poisseuses, grinçantes.

Ca y est. On a gagné. On est qualifié. De la pire des façons. Un commentaire de Jean-Michel Larqué retient mon attention : « il n'est pas interdit de se dénoncer à l’arbitre ». Il a raison Jean-Michel Larqué. Il a mille fois raison.

Le foot est un sport de tricheurs, il ne faut pas se leurrer. Tous ces joueurs qui simulent des fautes dans la surface ou qui essaient de faire revenir l’arbitre sur une décision parfaitement légitime trichent.

Il n’y a quasiment pas de précédent pour l’attitude inverse : le joueur qui demande à l’arbitre de revenir sur une décision favorable. Qui refuse son penalty ou accorde un but à l'adversaire. Ca n’est jamais arrivé à ma connaissance.

Difficile donc de reprocher à Thierry Henry d’avoir fait comme tout le monde. Mais ça n’empêche pas de regretter qu’il n’ait pas agi différemment.

Il est le capitaine et représente à ce titre l’équipe et donc aussi la France. Imaginez si, après que l’arbitre a déclaré sa décision irrévocable, Thierry Henry s’était approché de lui pour lui dire « Non, M. l’arbitre, mon but n’est pas valable, j’ai touché le ballon de la main, nous ne voulons pas gagner comme ça ». C’aurait été grandiose, ç’aurait été unique. Ca m’aurait empli de fierté pour mon pays.

Mais il ne l’a pas fait. Encore une fois, je ne le lui reproche pas, qui suis-je pour exiger l’exception ? Mais c'est dommage. La presse internationale ne parlera pas d’honneur mais de tricheur. Plus grave, un doute m’assaille. Si Henry s’était dénoncé, les Français l’auraient-ils hué ou acclamé ?

* * *

Il est minuit et demi. J’ai éteint la télé, j’ai éteint les lumières. Je regarde par la fenêtre les voitures aux couleurs de l’Algérie qui passent dans la rue. Toujours aucun drapeau français. Je me dis que la vie est bien étrange. Je m’attendais à la joie et à la fierté et j’ai eu la peur et le dégoût. Je me dis que le foot est une institution bien étonnante pour susciter de telles émotions. Je me dis que la soirée a posé 2 questions importantes qu’elle a finalement laissées sans réponse :

Comment auraient réagi les Français si Thierry Henry avait renoncé à son but ?

Comment auraient réagi ces jeunes Français qui fêtaient la victoire de l’Algérie si notre pays avait perdu ?

* * *

Une alarme de voiture se déclenche non loin. J’espère qu’elle ne réveillera pas les enfants. Une alarme fait-elle plus ou moins de bruit que des klaxons? J'entends une sirène au loin. Je me dis qu'à l'heure qu'il est, ça doit commencer à bastonner sur les Champs. Ca finit toujours par bastonner sur les Champs. De quand date la dernière fois où une manifestation populaire n’a pas dégénéré sur les Champs ? Déjà en 98, ça avait commencé à craindre vers 2h-3h.

J’ai une dernière pensée pour les flics, les CRS ou les gendarmes mobiles qui se coltinent les casseurs ce soir. Merde, je ne suis même pas capable de savoir qui je dois remercier.

Il est tard, je vais me coucher.

Demain sera un autre jour.

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Author: "Liberal" Tags: "Société, Algérie, foot, France, manif..."
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Date: Sunday, 15 Nov 2009 17:40

pano

A droite, une madrague, que l'on atteint après avoir passé la calanque de la Redonne. Marseille est sur votre gauche. A mes pieds et jusqu'à l'horizon, la mer. Les vagues éclatent à 15 mètres de moi, 30 mètres en contrebas. La nuit, un phare éclaire un îlot et me fait irrésistiblement penser à Gilles. J'y suis pour une semaine et mets donc le holà sur le blog1. A très bientôt.

*

Notes

  1. même si je mets la dernière main à une publication pour Slate, et qu'il y a le wifi dans le gîte
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Author: "Koz" Tags: "Non classé, vacances"
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Date: Tuesday, 10 Nov 2009 10:34

seringueQuel que soit le sentiment d'avoir dit tout ce que l'on pouvait en dire, il faut reprendre. Inlassablement, malgré la lassitude. Et ce, même si l'on a tenu ce débat une fois, deux fois, dix fois, et si rien n'a pu changer dans ce débat essentiel. Un débat solennel a déjà eu lieu, et il a donné lieu à un vote unanime. La proposition de loi qui vient en débat le 19 novembre rappelle cette unanimité, mais elle invoque une prétendue nécessité de "franchir un nouveau pas au regard des souffrances subies par certains malades, et au nom de l’égalité".

Ce débat parlementaire est-il donc si ancien que ses données fondamentales aient changé ? Non : la loi est du 22 avril 2005 et rien depuis ne justifie d'adopter une solution différente, bien au contraire.

Ainsi, pour que le débat reprenne, sans cesse, lorsqu'un nouveau cas n'est pas instrumentalisé, ce sont des députés qui déposent une proposition de loi. La proposition de loi qui sera débattue est signée par près de 130 députés socialistes (soit plus des deux tiers du groupe socialiste). Les députés socialistes, en panne de projet commun, referaient-ils leur unité sur le dos des malades en fin de vie ?

Cette mobilisation est justifiée. Il y a certes des raisons de rester serein : d'une part, Nicolas Sarkozy a affirmé à plusieurs reprises son opposition à la légalisation de l'euthanasie et l'on peut imaginer, d'autre part, que si une telle loi devait être adoptée, le pouvoir actuel n'entendrait pas qu'elle le soit à l'origine du parti socialiste. Il y a des raisons de s'inquiéter : le pouvoir actuel fait aussi preuve d'une certaine inconstance éthique, les cafouillages parlementaires ne sont pas si rares, et des députés de la majorité ont annoncé leur intention de rallier la proposition socialiste. Et il y a des raisons de redire, toujours, sa conviction profonde.

Celle que l'euthanasie est, au niveau politique, et souvent aussi au niveau individuel, de ces solutions de facilité qui piétinent notre humanité. De celles qui effacent l'homme avec sa souffrance, avec sa difficulté, plutôt que de mobiliser notre humanité personnelle et collective à son service.

On ne peut que rejeter de toutes ses forces un texte qui inscrit en creux l'indignité d'une personne humaine dans la loi. Oui, c'est un credo : personne n'est, jamais, indigne.

Il faut redire encore sa conviction qu'une société ne peut pas effacer ainsi la souffrance, la vieillesse, la mort, quelle que soit sa bien compréhensible mais très inopportune1 terreur. Et la conviction que la terreur nourrit l'effacement, qui entretient la terreur.

Si certains ont côtoyé la fin de vie, combien de français réagissent d'abord par la peur légitime de l'impotence, de la dépendance, de la souffrance, de l'indignité ? Pourtant, ma conviction est qu'une société qui ne mettrait pas toutes ses forces, son énergie et ses moyens à assurer la dignité de la personne jusque dans ses derniers moments serait une société qui renoncerait à elle-même - c'est-à-dire à être une communauté fraternelle - et une société mortifère. Avec Axel Khan2, je suis convaincu qu'un tel choix serait lourd de sens quant à notre accueil de la maladie, de la faiblesse, de la fragilité, de la vieillesse, du handicap. On n'efface pas ces épreuves, on les traverse, ensemble.

Avec lui, je crois qu'il est extrêmement significatif que les derniers cas odieusement instrumentalisés par l'ADMD soient de tels contre-exemples. Avant d'être un jeune homme qui demande qu'on l'aide à se suicider3, Rémy Salvat fut un enfant dont la propre mère a nié la valeur de la vie. Chantal Sébire est une femme que la médecine pouvait traiter mais qui a refusé toute médication. Le docteur Tranois a enfreint les règles de déontologie élémentaires de sa profession, en prescrivant la mort d'une proche, sans en avertir la famille et en déléguant le geste ultime à un tiers, en son absence. Même l'affaire Vincent Humbert, qui a suscité la loi de 2005, laisse un goût amer de promotion commerciale et de mépris de sa volonté profonde. Ces cas, dont s'est servie l'ADMD, illustrent certaines des dérives inévitables auxquelles mènerait la légalisation de l'euthanasie (on en connaît d'autres, bien réelles, en Suisse, aux Etats-Unis , en Hollande, en Belgique).

Ne croyez donc pas ce que l'on vous exhibe, ne croyez pas ce que l'on vous jette aux yeux : non, la réalité n'est pas celle-là. La réalité, je l'ai entendue de la part de ces soignants qui ne croisent pas la fin de vie incidemment au détour d'autres débats, mais chaque jour, chaque nuit. La réalité, je l'ai lue chez Marie de Hennezel, dans toute sa complexité, dans toute son humanité, témoignant magistralement que la fin de vie est encore la vie, qu'il peut s'y produire des choses insoupçonnées.

L'Alliance pour les Droits de la Vie, à laquelle il revient d'avoir alerté l'opinion sur cette proposition, propose, outre une pétition4, dix idées solidaires contre l'euthanasie5. Elles pourront sembler dérisoires à ceux qui n'imaginent que de grands et définitifs mouvements législatifs, des légalisations, des abrogations. Comprenez que, précisément, des gestes aussi simples peuvent écarter la demande de mort.

Il reste à savoir si nous avons encore collectivement l'ambition d'éviter qu'une personne préfère la mort à l'indignité qu'il lit dans notre regard.

*

Notes

  1. quant à la décision collective à prendre
  2. la formulation est très prétentieuse, mais je me la permets
  3. alors même qu'il n'était pas dans l'incapacité de le faire
  4. et un quatre pages utile
  5. Donner et prendre des nouvelles, visiter les personnes malades, écouter, écouter et écouter, ne pas cacher la vérité, ne jamais cesser de considérer chaque personne comme vivante, oser le mélange des générations, vivre les rites de deuil, évoquer les disparus, soutenir les aidants, devenir volontaire en soins palliatifs
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Author: "Koz" Tags: "Société, Belgique, dignité, euthanasi..."
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Date: Thursday, 05 Nov 2009 09:51

Oh je ne suis pas fou. Je sais bien que mon analyse sera combattue, moquée, outragée. Je sais que mes compétences sont limitées et que je devrais me couvrir la tête de cendres à la seule idée d'oser ce commentaire. Mais, si elle semble en affliger certains, cette étude réalisée par l'institut TNS-Sofres ravive mon optimisme. Et ce, même si je prends dûment en considération l'impact du biais de confirmation, autant que l'adage bien connu : quand on n'a qu'un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous.

Trêve de précaution : la période de crise que nous traversons peut-elle susciter une prise de conscience, une remise en cause ? Comme d'autres1, NKM me laissait dubitatif, quant au "plus rien ne sera comme avant", trop entendu pour convaincre sans preuves. Les entreprises n'attendent-elles pas simplement que les affaires reprennent pour reprendre leurs habitudes ? On citera, encore, les banques mais on n'oubliera pas de nous regarder aussi. Alors, une telle étude peut-elle être l'indice, certes léger, d'un changement ? Bien sûr, il ne s'agit que d'aspirations, mais je vais tout de même vous raconter ce que j'ai envie d'y voir. Oui : envie.

Les marques n'attirent plus2, la publicité indiffère, et l'envie d'acheter n'est pas là, alors que les moyens de le faire le sont. 63% des sondés voient dans les courses une corvée (soit 10 points de plus qu'il y a trois ans). Mieux que ça : si les sondés ne sont que 24% à considérer que la crise actuelle est une crise de notre système de consommation et de notre mode de vie, contre 42% à y voir avant tout une crise du système économique en général, ils sont 78% à penser que cette crise "remet aussi en cause nos valeurs et nos façons de vivre". Je ne vous dis pas 10, je ne de vous pas 15, je ne vous dis pas 30. Non, mesdames et messieurs, je vous dis : 78%.

Les consommateurs attendent de la publicité un discours plus responsable, un discours de proximité. En page 28, l'étude affirme que la crise aurait "cristallisé des prises de distance" existantes avec le modèle consommatoire, comme "l'intégration de l'éthique dans la consommation" Et la diapo 29 se fait carrément prophétique :

"Il n'est pas question de revenir à la situation d'avant, mais d'inventer le changement pour demain. Un demain où l'argent n'est plus seul au centre de tout. Un demain où la valeur des choses n'est plus appréciée de la même façon"

Certes, dire que "ce n'est pas parce qu'on est positif qu'on va avoir envie de consommer"3 peut certes de quoi désespérer l'avenue Bosquet , mais allons bon, moi, j'y hume le fumet léger de la sobriété. On peut donc avoir le moral, être d'un surprenant optimisme, et ne pas entendre transformer directement cela en seul acte : la consommation ?! Alors, il y aurait de la marge pour autre chose, un autre modèle ?

Bien sûr, vous allez doucher mon enthousiasme. Je vous connais. Ceci n'est qu'une étude, et ce que les consommateurs ont ainsi avancé, ce ne sont que des aspirations. Peut-être ne s'agit-il encore là que d'une de ces vertueuses pétitions de principes destinées avant tout à valoriser celui qui les affirme - quoique je doute que cette considération puisse valoir à l'échelle d'un "échantillon représentatif" ? Et peut-être chacun n'attend-il qu'une chose, à l'image des financiers décriés : que les affaires reprennent pour reprendre comme avant. Soit dit en passant, il ne m'a pas semblé que le débat sur le travail dominical manifeste chez une majorité de français une vraie prise de distance vis-à-vis du modèle consommatoire.

Par ailleurs, un document plus substantiel, le rapport Cohen, rendu à Nathalie Kosciusko-Morizet le 19 octobre dernier4 et dont j'ai pour le moment parcouru quelques pages, vient tempérer une partie enthousiasme, comme le souligne NKM :

"Les Français ont bien le souci de consommer de manière plus responsable et plus respectueuse des équilibres de la planète. Mais un fil rouge traverse cette étude, celui du pouvoir d’achat qui reste trop limité pour permettre aux Français de passer des bonnes résolutions aux actes."

mais elle précise également que ce rapport :

"montre clairement que de nouveaux modes de consommation sont en germe, notamment chez les plus jeunes. Une consommation dans laquelle le statut social et le standing sont bien moins prisés que la réalisation de soi et le lien avec les autres."

Alors, cette étude n'est probablement pas la preuve d'un changement effectif mais elle peut être l'indice d'une évolution potentielle, qui pourrait s'auto-entretenir : admettons que les publicitaires (clients de cette étude) convainquent les annonceurs qu'un discours de proximité, un discours d'accomplissement de soi, soit désormais tendance, celui-ci pourrait le devenir effectivement. Bien sûr, cela passerait par un discours à visée commerciale - avec le risque qu'à l'image du green-washing, on ne redouble d'ethics-washing - et je préférerais qu'on écoute le prêtre en chaire, le politique ou le philosophe. Mais ceci reste bon à prendre. Et c'est peut-être le bon moment, le créneau, la fenêtre de tir, pour un discours éthique, un discours de sobriété. Et de fraternité5.

*

Notes

  1. je pense à Christine Boutin en janvier
  2. j'exagère : moins
  3. Carrefour, avec son "retour du positif" peut commencer à y réfléchir
  4. pour faire taire les mauvaises langues, je rappelle que je m'étais également intéressé à la Prospective lorsque le titulaire du maroquin avait les cheveux plus courts
  5. je vous expliquerai, s'il le faut
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Author: "Koz" Tags: "Economie, Société, analyse, boutin, cr..."
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Date: Monday, 02 Nov 2009 09:04

Comme une variante de la défense Mitterrand : visé par une réplique outrancière, le bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris s'offre le luxe d'une posture outragée. Mais à côté du sujet.

Christian Charrière-Bournazel, bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris pour quelques semaines encore, a adressé le 21 octobre dernier une lettre à l'ensemble des élèves avocats de l'Ecole de formation des barreaux du ressort de la cour d'appel de Paris (aka l'EFB). Son propos ? Des affiches auraient été apposées dans l'enceinte de l'école "dans l'espace réservé aux communications pour annoncer la création d'une aumônerie catholique".

Imaginez l'offense : sur les espaces réservés à la communication - pas un affichage sauvage, donc - des affiches ont été apposées. Et elles annonçaient la création de quoi ? D'une aumônerie catholique ! Diantre. Voilà l'espace public profané. Imaginez la fébrilité qui s'est emparée de l'école : l'EFB sous la menace du fondamentalisme ! L'hôtesse du rez-de-chaussée jaillit de sa borne. Gravit les étages. Essoufflée, elle rend compte au directeur de l'Ecole. Il prend un instant de réflexion, saisit son téléphone, alerte le bâtonnier. Cessant là toute occupation, le bâtonnier convoque sa secrétaire. D'un pas lent et concerné, il s'approche de la fenêtre de son bureau. De là, il n'aperçoit pas la Sainte Chapelle, à quelques pas de lui seulement, dans l'enceinte du Palais de Justice, au centre de l'Ile de la Cité. Mais en contrebas coule la Seine. Le soleil se couche. Il est là, en plein cœur de Paris. Il est le Bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris. Il a une mission. C'est décidé : il sera grandiose et péremptoire.

La secrétaire entre. Mademoiselle, prenez note !

"Je désapprouve cette initiative : il n'est pas question de faire entrer le religieux dans l'espace laïc, quelles que soient les légitimes convictions de chacun et de chacune. Il n'y aura pas davantage d'aumônerie catholique que musulmane, juive ou bouddhiste. La laïcité est la condition du respect par chacun de l'intimité spirituelle de l'autre. Je n'entends pas qu'il soit dérogé à cette tradition républicaine essentielle à l'harmonie des rapports entre les citoyens de France"

Sublime. Comme tout est dit, en quelques phrases... "Il n'y aura pas d'aumônerie"... "La tradition républicaine essentielle"... "L'harmonie des rapports entre les citoyens de France"... Cette harmonie que la France n'a certainement jamais connu en près de vingt siècles d'existence, et qu'elle aura soudainement découverte en 1905, grâce à la République.

Un instant, il semble que Monsieur le Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Paris1, qui n'est ni député ni Président, ait oublié que son mandat lui permet tout juste de parler pour les avocats de ce barreau, et non pour les "citoyens de France". "Il n'y aura pas d'aumônerie" écrit-il : quel droit, quel pouvoir, lui permet de se montrer si catégorique ? Lui qui entend se porter garant d'une tradition républicaine a-t-il oublié qu'il n'est pas de son ressort d'interdire à des catholiques qui le souhaiteraient de constituer une aumônerie ?

Et puis, de quelle "tradition républicaine essentielle" se prévaut donc si pompeusement Monsieur le Bâtonnier ?

Existe-t-il une tradition qui s'opposerait à l'existence d'une aumônerie dans un établissement d'enseignement public ? Si tel est le cas, il s'agirait d'une tradition républicaine contraire aux lois de la République, ce qui ne manquerait pas d'interpeller le républicain, et le juriste.

Car notre Etat républicain n'adopte pas la position négatrice prise par le bâtonnier. Un chapitre entier du code de l'Education est consacré à la laïcité de l'enseignement public, et il tient pour principe général, à l'article L.141-2 du Code de l'éducation, que :

"L'Etat prend toutes dispositions utiles pour assurer aux élèves de l'enseignement public la liberté des cultes et de l'instruction religieuse."

En ce qui concerne plus spécialement l'enseignement supérieur, la pratique religieuse est libre. Pas plus que le Bâtonnier ne peut interdire l'activité de l'association des avocats catholiques il ne peut empêcher celle d'une aumônerie des élèves avocats, dont on rappellera si nécessaire qu'ils ne sont ni des enfants ni des incapables, mais des adultes.

Le code de l'éducation pour sa part ne comporte qu'un seul article concernant l'enseignement supérieur, réaffirmant le principe de laïcité :

"Le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l’objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l’enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique".

Le Code de l'éducation est plus disert à l'égard de l'enseignement primaire et secondaire, et la circulaire n°28-112 du 22 avril 1988, toujours applicable, adopte une position bien différente de celle de notre bâtonnier, en prévoyant que :

"Le recteur peut demander les éléments d’information complémentaires et s’entourer des avis qu’il juge nécessaires. L’appréciation du recteur porte sur deux points distincts : - sur l’opportunité de la création d’une aumônerie. La règle générale doit être d’accorder satisfaction aux vœux des demandeurs, même si ceux-ci ne représentent qu’un très faible pourcentage de l’effectif total de l’établissement. Un refus, en effet, leur porte préjudice alors que la création du service de l’aumônerie ne nuit en rien aux convictions ni à la liberté de conscience des autres membres de la communauté scolaire ; - sur l’opportunité d’organiser l’enseignement à l’intérieur de l’établissement. Le recteur dispose à cet égard de la liberté d’appréciation la plus large."

Ce qui est vrai pour les enfants l'est certainement a fortiori pour les élèves avocats. Et si tradition républicaine il y a, c'est bien dans les textes de la République qu'on la trouvera, et non dans la décision autoritaire du Bâtonnier.2

Faut-il encore rappeler que les Armées comptent des aumôneries - catholique, protestante, israélite ou musulmane, de même que les Hôpitaux, sans que "l'harmonie des rapports entre les citoyens de France" ne paraisse affectée ?

C'est à cet égard que l'on aurait aimé le lire, plutôt que le voir reprendre la posture emphatique qu'il a privilégiée, bien à l'abri derrière la réponse excessive qui lui avait été faite. A la lumière de ce qui précède, son propos initial et sa réplique prêtent à sourire. Pourtant, en lieu et place d'une réponse sur le fond, on lira ceci :

"Dans les espaces publics partagés, aucune famille de pensée ne peut prendre le pas sur une autre. Si chacun a le droit de recourir à l'espace réservé à l'information sur ce qui se passe à l'extérieur, en revanche, le prosélytisme ou l'excès de publicité sont malvenus"

Où l'on voit que l'homme de paille est une technique largement prisée. Quelques phrases péremptoires pour une décision arbitraire... et inefficace. Mais en quoi le fait d'annoncer la création d'une aumônerie impliquerait que la "famille de pensée" catholique "prendrait le pas sur une autre" ?  Si "chacun a le droit de recourir à l'espace réservé à l'information sur ce qui se passe à l'extérieur", pourquoi une aumônerie catholique n'en aurait-elle pas le droit ? Et en quoi la simple annonce de la création d'une aumônerie constitue-t-elle un "excès de publicité" ?

Dans ces conditions, les élèves-avocats, qui s'apprêtent à exercer un métier exigeant, qui justifie bien de cultiver de solides bases éthiques et/ou spiritiuelles, ne rencontreront aucune difficulté à constituer cette aumônerie, dont le Bâtonnier n'a pas le pouvoir de restreindre l'activité.

Voilà à tout le moins qui illustre le glissement laïciste, plus que laïc, de certains, y compris au sein d'instances qui devraient accorder plus d'attention aux textes. Un glissement qui conduit à privilégier une vision négatrice des aspirations religieuses, pourtant constitutives de l'humanité et à ce titre irréductibles, au lieu de s'en tenir à une neutralité bienvenue, à forger de toutes pièces une prétendue tradition républicaine en ce sens et, sous l'effet de la peur du fondamentalisme musulman, à entraver la légitime liberté religieuse de chacun et notamment de citoyens bien inoffensifs pour la République.

*

Notes

  1. le même qui a transformé la lettre du bâtonnier en tribune politique personnelle, au risque de compromettre l'harmonie des rapports entre les avocats du barreau de Paris, les seuls dont il ait la charge
  2. Mise à jour : contre toute attente, il apparaît que Monsieur le Bâtonnier n'ignorait pas le droit positif lorsqu'il était encore candidat au Bâtonnat. C'est ainsi que, lors d'une intervention sur "la liberté d'expression et ses limites ", il développait ceci : "le principe de laïcité qui en découle, lequel n’interdit pas l’enseignement privé confessionnel mais impose à l’école la neutralité, tout en aménageant des espaces d’aumônerie, sorte d’inclusion de la religion au sein de l’établissement scolaire public, laïque et obligatoire." La tradition républicaine a-t-elle tant changé en trois ans ?
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Author: "Koz" Tags: "Eglise, Société, religion, catholique,..."
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Date: Friday, 30 Oct 2009 09:57

tuviensLe saviez-vous ? IL y a de mauvaises langues en politique. Si vous imaginiez - comme certains ont pu le dire après que NKM ait dévissé la tronche de collègues par trop timorés dans un combat difficile - qu'elle avait été rétrogradée en se voyant confier le Secrétariat d'Etat à l'Economie Numérique et à la Prospective, vous vous fourvoyiez. Jusqu'au coude.

L'espiègle amazone ajoute une corde d'avenir à l'arc de ses compétences. En la plaçant à la Numérique et à la Prospective, Nicolas Sarkozy lui a offert un merveilleux poste d'observation. Que rêver de mieux, pour un politique, que d'être chargé d'envisager l'avenir ? Comment être mieux de son temps, lorsque le temps viendra, qu'en ayant eu pour tâche de le voir venir ?

Avec Tu viens ? (oui, madame), Nathalie Kosciusko-Morizet produit un livre décalé - il y a des mots comme hypermnésie, affèterie ou entropie, et des "crapauds fous" - et revendiqué comme tel.

Décalé car,  à l'inverse des livres politiques habituels qui y semblent encalminés, il s'agit d'un livre qui fréquente assez peu le présent. On y côtoie le passé, et on y appréhende l'avenir. Et je repense à ce proverbe juif, qui ne cesse de m'inspirer, et qui s'applique si bien à l'ambiance de Tu viens ? (oui, madame) :

"On ne peut donner que deux choses à un enfant : des racines et des ailes"

*

Des racines... parce qu'assurément, nkm n'en manque pas. Elle va les puiser jusque chez Antigone, car "les voix qui résonnent dans le Palais de Thèbes nous parlent encore", avec une analyse qui dépasse un peu la seule invocation de la loi naturelle. Lorsqu'elle y revient, ce n'est pas pour s'identifier pleinement à Antigone : avouez que ce serait trop simple. Mais la raison de cet écart dépasse un peu un trop quelconque snobisme intellectuel. Nathalie Kosciusko-Moricet évoque avant tout le conflit avec Créon :

"Lorsqu'on gouverne et qu'on doit faire des choix, que faut-il protéger et préserver ? Ces questions, que porte le dialogue d'Antigone et de Créon, l'on ne peut les saisir qu'à la condition d'entendre toujours leurs deux voix, jamais l'une sans l'autre, au risque sinon de n'écouter qu'Antigone et de tout perdre, simplement parce qu'on voulait avoir raison"

C'est vrai qu'Antigone, elle est sympa, mais on n'aurait pas envie de se la coltiner à tous les repas. Et il est vrai que, si elle est douce, l'invocation de la loi naturelle, si elle est prisée, cette référence à Antigone, elle est aussi la facile justification des "indignés permanents" et autres "insurgés perpétuels".

Va petite mousse, le vent te pousse : NKM, cultive aussi sa singularité en revendiquant "un juste équilibre entre pensée contemplative et pensée agissante". C'est ainsi qu'elle réclame

"du temps long, de la réflexion, une forme de recul, ne serait-ce que pour insérer l'action dans un récit. Sinon l'action elle-même devient contingente, et l'on se voue à ne plus agir que sur les marges, à aménager la fatalité"

Honni soit donc qui mal y penserait.

A cet égard, elle manifeste une attention toute particulière aux "prophètes", un titre dont aiment à se parer les acteurs de ses domaines d'action, écologie et numérique. Les prophètes agacent souvent, par leur alarmisme éternel ou leur fol optimisme, le prophète de malheur, qui prédit l'extinction de toute civilisation sous 20 ans, comme celui qui annonce le monde qui vient.

Mais NKM a une référence qui me rassérène : Emmanuel Mounier, Le Personnalisme, PUF, 1949, p. 96.

"Cependant, si le prophète n'a pas de mépris pour l'efficacité (différant en cela de l'émigré spirituel), il ne calcule pas l'efficacité comme le politique, il lance en avant de lui la force invincible de sa foi, aussré que s'il n'atteint pas quelque but immédiat, il réussira du moins à maintenir la force vive de l'homme au seul niveau où se font jamais les percées de l'histoire"

Moi, je dis : Mounier, respect. Parce que Mounier, si NKM me permet l'expression, c'est pas une gonzesse de la pensée. S'ils m'irritent, je dois aussi concéder que brusquer nos lâches habitudes et annoncer un monde à venir est bien de la nature même du prophète.

On pressent toutefois qu'il pourrait y avoir là une synthèse à faire, car ces prophètes me paraissent un peu unijambistes : l'écolo annonce-t-il jamais un monde meilleur ? Et le prophète numérique secoue-t-il vraiment quelque habitude1 ?

Il faut écouter le prophète, nous dit-elle. Soit.

... et des ailes. Pour ce qui est de l'avenir, il faut avouer que "Tu viens ?" (oui, madame) ne s'ouvre pas sur une riante perspective. Et j'ai bien peur que le "royaume" de NKM ne soit pas non plus de ce monde :

"Nous sommes entrés dans ce que l'on appelle souvent une "période de transition", mais l'expression est bien trop faible : le monde qui vient est un crépuscule, une nuit qui tombe. Nous aurons à la traverser avant que le jour se lève."

J'aurais préféré lire : "on va bien se marrer", mais je crains que le tableau ne soit juste. C'est à cet égard aussi qu'il faut écouter les prophètes. Nathalie Kosciusko-Morizet est de celles et ceux qui tablent sur cette crise pour changer notre modèle :

"Certains acteurs ont pu penser que la sortie de crise se ferait en reconduisant à l'identique le modèle de croissance qui vient d'être frappé de plein fouet. Ils ont tort : la croissance ne sera plus jamais la même."

Comme j'aimerais la croire, Nathalie. Mais je crains que le propos ne soit trop volontariste. Et d'ailleurs, Nathalie, vous qui nous dîtes guetter les points d'interrogation dans les rapports des prospectivistes, n'est-ce pas à cette page que vous nous en offrez la plus grande concentration de tout votre livre ?

Je le crains : le jamais plus comme avant se heurtera au conservatisme, aux intérêts financiers. Déjà les banques ont reconduit les pratiques antérieures, regardant avec une morgue cynique ceux qui s'agitent vainement en contrebas. Il se heurtera plus simplement l'inertie. Les prophètes auront intérêt à être fougueux.

Quel monde, alors, pour demain ? Pour demain, NKM en appelle à la sobriété.

"La sobriété et la culture du goût, en tout chose sont une objection à la consommation et à la dépense éperdues"

Selon elle, une "exigence profonde de mesure [appelerait]  la sobriété de demain". Je le voudrais bien. Je ne m'y sentirais pas mal. Mais existe-t-elle vraiment cette recherche de mesure ? Est-elle vraiment portée ? Par qui ? J'en entends bien quelques-uns, à droite comme à gauche. Et puis j'entends une longue tradition qui m'est chère, dans laquelle je puise mes racines, et mes ailes. Mais cette exigence de mesure est-elle durablement et profondément ancrée ? NKM cite un transfert récent dans le monde du football, un transfert valorisé à 5.000 ans de salaire médian. Si exigence de mesure il y a, a-t-elle atteint cette sphère-là ? On s'horrifie quelques jours, et on oublie, jusqu'au prochain mercato.

Mais allons donc, voilà que j'en oublie les ailes d'NKM. Elle qui invoque le monde 2.0. Monde de participativité, monde d'implication citoyenne. Ce monde-là, l'invoque-t-on pour son influence réelle, ou pour le show ? Monde dans lequel on publie un livre pour, ensuite, ouvrir un site, ici tuviens.fr2, et faire peut-être remonter le down au top3. Parce que l'avenir serait là également, dans la participation du citoyen dans l'agora, dont NKM a précise à raison qu'elle "n'est certes pas une assemblée".

La participation du citoyen... Serait-ce délibéré si je reste un peu sur ma faim pour les réponses, après la lecture de Tu viens ? (oui, madame) ? tuvienskozNKM nous dit croire

"finalement assez peu aux avant-gardes. Il [lui] semble d'ailleurs que l'Histoire n'a pas réservé la meilleure place aux systèmes de pensée qui les avaient par trop cultivées. C'est ensemble que nous relèverons les défis de demain"

"Ensemble"' : mode, ou sincérité ? Les mois qui viennent nous en diront davantage sur l'approche réelle de NKM.

"Tu viens ?". Oui, possible. Tout dépend pour quoi. Pour un avenir de sobriété, de sens, oui, possible. Un avenir écologique, numérique ? Possible. Pour essayer de le penser "ensemble". Possible, aussi.

Mais il faudra m'en dire davantage, tout de même. Parce qu'une agora n'est pas une assemblée.

*

* *

*

Notes

  1. un peu plus, peut-être
  2. en ligne depuis hier
  3. la publication d'un nouvel opus, sur la base des contributions des internautes est prévue. On lui souhaite un meilleur avenir qu'à son prédécesseur royaliste, mais il va y falloir de l'implication
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Author: "Koz" Tags: "Société, UMP, croissance, écologie, M..."
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Date: Friday, 23 Oct 2009 13:30

shooting_dogsEn fin de semaine, on découvrait qu'un médecin rwandais exerçait, sans être inquiété, à Maubeuge, alors qu'il aurait pris part à la planification du génocide des tutsis. Et, en fin de semaine, j'ai vu "Shooting dogs", qui raconte les jours d'un jeune homme catholique et d'un prêtre au Rwanda durant le génocide d'avril 1994. 800.000 personnes massacrées. A la machette. C'est dire le temps. C'est dire l'ampleur. C'est dire le nombre de bourreaux.

On peut détourner le regard et continuer. Parce qu'on ne peut pas se charger du malheur du monde. Parce que, comme le dit à son propos, amère, une journaliste dans le film, ce n'est pas comme si cela pouvait nous arriver à nous : ce sont des africains morts.

Nous pouvons détourner le regard mais pouvons-nous, dans notre questionnement de croyant, écarter le Rwanda ? La question est au cœur de Shooting Dogs1 : où donc était Dieu ?



Exceptionnellement, je vous invite à poursuivre sur Sacristains.

*

Notes

  1. même s'il n'est qu'un point de départ à la réflexion, qui aurait pu mériter un peu d'approfondissement
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Author: "Koz" Tags: "religion, catholique, Dieu, foi, génoci..."
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Date: Wednesday, 21 Oct 2009 15:36
quicheOu : exposition publique de délibérations internes. Ou encore : ça pisse pas loin mais vous aurez pas mieux pour aujourd'hui.

Prenez Christophe Ginisty. Christophe Ginisty s'est fait connaître sur le Net, avec des aventures telles que Pointblog et Netizen. Durant la campagne présidentielle dernière, après avoir montré une inclination grandissante pour François Bayrou, il le rallie avec force éclat et annonce sur son blog. Probablement déçu de constater que le grand soir démocratique et parlementariste ne commençait même pas par une joyeuse veillée en interne, il l'a annoncé : exit le Modem, en toute amitié bien sûr.

"Ce qui s'est passé en 2007 était incroyable et stimulant. (...) Le principe de réalité a eu raison de cet espoir. Point de politique autrement mais une bonne vieille série de recettes et de combines d'autrefois maladroitement dissimulées derrière des discours qui deviennent pathétiques à force de se répéter. Des dirigeants qui ne respectent pas leurs propres cadres, une structure qui ne respecte pas ses propres statuts, qui se moque du fait démocratique comme de sa première chemise, qui recrée un système oligarchique fait de complaisance et de courtisanerie. Des nominations à la tête du client et des abus de pouvoir en pagaille au service d'un seul et unique objectif."

Cette dernière déclaration, récente puisqu'elle ne date que de la semaine dernière, m'en a rappelé d'autres...

Voyez Quitterie Delmas. Forte de l'effet qu'elle faisait aux hommes, cette jeune femme dynamique était l'égérie de François Bayrou sur le Net. Avec moultes hyperboles et le soutien putatif de quelque substance hilarante, elle décrivait, enthousiaste, un avenir meilleur : les hommes un jour sauraient la vérité, le lion s'étendrait près de l'agneau, nous fondrions les perches pour des faux, les sabres pour des herses et voterions pour François Bayrou. Las, la vérité était ailleurs, et elle l'annonçait publiquement sur son blog. Il y eut des pleurs et des grincements de dent.

"Je refuse de porter sur mes épaules l'image d'une classe politique dont je n’attends plus rien moi-même. Pas tous évidemment, mais ce que le système en a fait. Je ne veux pas devenir comme eux. Je ne veux pas cautionner leur système, je ne veux pas être un alibi jeune dans un milieu qui méprise, depuis 30 ans, notre génération et celles qui arrivent. Eux qui décident à notre place, à qui nous avons délégué bien trop, et qui fatalement nous déçoivent tellement."

Prenez Dagrouik. On connut d'abord Dagrouik comme un troll d'Embruns. Mais il s'accrocha, guerroya, et mis sur pied l'un des sites soutiens à Ségolène Royal les plus visibles. Il pourfendait vaillamment le sarkozyste, ne reculant pas devant la violence de l'attaque. Mais l'homme avait un coeur, il découvrait sa part féminine en soutenant les fumisteries participatives. Eh bien, il ne s'est pas dérobé : paf, Royal, un coup de pelle, il l'a enterrée d'un billet au titre explicite, "DA 2006-2009 RIP".

"Voici en une capture d'écran un bilan, d'un truc qui a donné de l'espoir et fait croire en l'avenir à des milliers de militants. Nous avons été l'objet de quolibets de la part de pénibles, et désormais cela s'accentue. Il parait aussi qu'il faut que je m'achète une éthique. J'en ai gros sur la patate."

Voyez Thomas Lecourbe. Ancien militant de Désirs d'Avenir, salarié de la Netscouade, qui a géré la stratégie Internet de Ségolène Royal, Thomas Lecourbe, a connu récemment une petite renommée, et la home du figaro.fr, en mettant publiquement sa flamme sous le boisseau. C'en était fini de Ségolène. Le désamour. "Un beau gâchis".

"Incapable de se créer des loyautés, car peu loyale elle même, elle se retrouve isolée assez justement par tous ceux qui un jour ont cru en elle. Il s’agit de ses soutiens politiques certes, volages, mais surtout de son entourage proche. Ce second entourage est plus révélateur, car on ne saurait suspectés ceux là d’être attirés par la lumière à laquelle ils n’ont d’ailleurs jamais prétendu. Cette distance, au delà d’une attitude parfois ingrate, est surtout provoquée par un autre facteur : depuis deux ans, elle ne travaille pas."

Vous me direz qu'il en manque...

Des blogueurs sarkozystes, peut-être ? Eh bien, c'est que ça ne se bousculait pas au portillon, à l'époque de la campagne. Ce fut un inconvénient, non dirimant1, c'est aujourd'hui un avantage : il n'y en a pas 12 pour claquer la porte. Moi ? Je n'oublie pas mon soutien, ni ne le renie, pas plus que je ne contesterais ma tiédeur actuelle sans concéder pour autant une désaffection véritable. Certains sauront, d'ailleurs, se souvenir de quelques billets critiques. Mais là n'est pas le propos.

Notez tout de même que, s'il est dans la nature des choses que les rangs des soutiens au pouvoir se clairsèment au fur et à mesure de l'accumulation inéluctable des difficultés, il est tout de même plus original que des opposants, dans la posture facile qui est la leur, suscitent la déception.

*

Du coup, ça m'a interpellé : est-ce que, par hasard, nous ne serions pas fiables ?

L'idée m'est venue, sous la douche, que l'"opération blogueur" pourrait paraître trop risquée et la matière, instable. Oui, j'ai pensé à Christophe Ginisty sous ma douche. A Quitterie Delmas, aussi. Je me suis figuré les politiques, échaudés par ces défections bruyantes.  Et je me suis laissé aller à quelques généralités. Tant pis pour les singularités de chacun : j'ai pas que ça à foutre.

Ces blogueurs n'ont-ils simplement pas obtenu les postes qu'ils espéraient ? Se sont-ils tout bonnement cassés les dents sur le principe de réalité ? On ne peut pas ignorer la fraîcheur ou la naïveté, réelle ou affectée, qu'ils mettaient en avant pour expliquer leur engagement. François, Ségolène, étaient le "renouveau", ils "cassaient les codes". On allait instaurer une nouvelle démocratie. "Plus rien ne sera comme avant" pouvait-on même lire, textuellement, chez certains. Et ouais, on allait "changer le monde". Alors que tous les gens raisonnables savent que, pour ça, il faut voir  Obama.2

Alors, pourquoi ces reflux bravaches ? Serait-ce le lot de tout engagement en politique, l'exaltation, figure imposée du jeune militant, ou serait-ce propre au militant numérique venant insuffler un peu du vent de folie et de l'imagination impétueuse du web dans un monde politique figé ? Ou est-ce que leur enthousiasme leur a masqué la réalité de deux apparatchiks simulant la puberté politique ? Ces défections ne sont-elles que la marque d'un reflux classique post-présidentielles ? La partie visible d'un phénomène plus large mais habituellement anonyme ?

Tiens, ça me souvient3 de cette vieille polémique : août 2006, l'UMP invitait des blogueurs politiques à son Université d'Eté. Parce que les blogs se nourrissent de polémiques, ils se sont agités longuement sur cette OPA présumée. Je note déjà que bien peu d'entre eux ont effectivement succombé à la gratitude servile en faisant ensuite une bruyante retape pour Nicolas Sarkozy. Voilà qui invaliderait les critiques sur l'absence d'indépendance, de distanciation des blogueurs.

Tant que j'y pense, je pense aussi aux blogueurs marketing, business. Finalement, tout ce que les agences de com' expliquent aux marques sur l'instabilité - au sens explosif - du blogueur, pourquoi ne s'appliquerait-il pas aussi aux blogueurs politiques ? A plus long terme, peut-être, parce qu'on s'attache plus à un politique qu'à un téléphone. Tiens, d'ailleurs, au moment où les blogueurs marketo-geeks s'affolent sur leur pratique du billet sponsorisé, on notera qu'il est plus malaisé de s'attacher un blogueur politique.

Et puis tiens, je me dis aussi que le blogueur politique, s'il a une audience, a goûté d'une autre agora. Et comme il s'est créé seul, qu'il a patiemment monté son blog avec force bouts de codes et réflexions personnelles, il se trouve bien moins dépendant, dans son appétit de politique, d'un parti.

Peut-être, alors, le blogueur politique n'est-il pas versatile. Comme ça, là, vite vu, il pourrait paraître un poil changeant. Mais il serait fidèle à sa nature profonde. Celle d'une personne singulière, éprise de débat public, mais qui a fait le choix d'une prise de parole en dehors des appareils. Alors, si sa nature le porte à l'orée de l'engagement politique, ce ne sera qu'avec, en lui-même, la nostalgie de sa parfaite indépendance.

Peut-être. Ou pas.

Ce qui ne l'empêche pas, le cas échéant, d'être une quiche.

*

Notes

  1. "dirimant"", c'est pour enrichir le vocabulaire des gauchistes
  2. Ceci étant écrit, je me précipite sur mes archives pour vérifier dans quelle mesure je n'ai pas proclamé que nous allions passé de l'ombre à la lumière, comme un certain Laignel, en votant Sarko. Mais non.
  3. si je veux
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Author: "Koz" Tags: "Media, blog(s), Bayrou, Modem, Politique..."
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Date: Friday, 16 Oct 2009 16:06

Le-FigaroEtienne Mougeotte est épatant ! D'un édito fébrile, il parvient à brouiller le message délivré par Nicolas Sarkozy dans ses propres colonnes.

Croyant le servir, il ravive la polémique et rajoute la colère au scandale. A-t-il seulement compris, Monsieur Mougeotte, que les trois plus importantes polémiques de ces derniers jours - Polanski, Mitterrand, et Jean Sarkozy - tiennent à un sentiment de déconnexion des élites vis-à-vis du peuple ? Le dirigeant pluri-décennal de TF1 est-il seulement en état, en position de le comprendre ?

Il démontre le contraire dans un éditorial dont il faut bien dire qu'il se distingue surtout par son affligeante bêtise, sa pauvreté d'analyse et de style, et son incroyable maladresse stratégique.

Peut-on faire plus paternaliste que ce titre : "la fin de la récré" ? Peut-on montrer plus de mépris pour les français qu'en se gaussant de ce qui les fait réagir ? C'est fini les enfants, "il est temps de passer aux choses sérieuses" ?! Il ne s'est rien passé ? Tout ceci n'est que l'"écume des jours" ? A-t-il seulement imaginé que cette posture n'était certainement pas la plus habile de sa part, lui qui fait incontestablement partie de ce que les français peuvent percevoir comme une caste politico-artistico-médiatique ? Et s'est-il seulement avisé que le directeur de la rédaction qu'il est a un choix : concentrer son journal sur les seuls "vrais problèmes du moment" ?

Et Dieu, que le propos est laborieux. "Le président de la République s'efforce (...) de siffler la fin de la récréation". Il s'y efforce, ou il y parvient ? Si le président a de l'autorité, il la siffle, la fin de la récré, il ne "s'efforce" pas de le faire.

L'incroyable maladresse se découvre dès les premières lignes.

"Pendant que Vladimir Poutine négocie pour 100 milliards de dollars de contrat avec la Chine. Pendant que Barack Obama mêle de front une réforme historique du système de santé américain et la redéfinition du rôle de l'Amérique dans le monde. Pendant que Lula conjugue le développement accéléré du Brésil et l'entrée de son pays dans le concert des nations (...) nos sympathiques compatriotes se délectent d'un petit jeu de massacre aux cibles tournantes."

Pendant que Vladimir Poutine, Barack Obama et Lula s'occupent de l'avenir du monde, notre président à nous s'occupe de l'avenir de son fils. Est-ce cela qu'il veut s'entendre répondre ? Parce qu'avec une telle maladresse, c'est sur un plateau qu'il les sert, les répliques, Monsieur Mougeotte. Comprenez-moi bien - car j'en vois s'agiter, là-bas, au fond - je ne dis pas que tel est le cas, et je ne voudrais pas être un citoyen russe : c'est la maladresse du propos qui m'afflige.

La suite fait preuve d'une connivence et d'une pauvreté d'analyse stupéfiantes. "Il est bien normal que l'opposition, sans projet, sans programme, sans leader, fasse ses choux gras de chaque couac de l'exécutif" : Etienne Mougeotte a-t-il bien réalisé qu'il écrit dans les colonnes de l'un des plus grands quotidiens français ou s'est-il cru soudain sur l'estrade d'un quelconque meeting ? "Encore que si le Parti socialiste veut espérer reconquérir l'Élysée..." Encore que ? On espèrerait une autre langue lorsque le directeur de la rédaction de l'auguste Figaro prend la plume.

Après avoir rappelé les "fondamentaux du sarkozysme" en omettant, l'étourdi, la république irréprochable, voilà pour finir qu'il se montre menaçant à l'encontre des ministres et des parlementaires !

"À ce propos, si certains ou certaines ministres se sentent mal à l'aise au gouvernement, la porte est grande ouverte. On ne les retiendra pas. Quant à la majorité parlementaire, députés et sénateurs confondus, on lui recommande la lecture de l'interview du président."

Ces propos sont simplement scandaleux. La tête lui a-t-elle tourné depuis qu'il a cessé de se consacrer à Secret Story ? De quel droit et en quelle qualité Monsieur Mougeotte se permet-il de proférer de tels conseils ? Il faudrait rappeler à Etienne Mougeotte que ministres1 et parlementaires ont, eux, la légitimité de l'élection.

figEtienne Mougeotte réussit là la performance rare de montrer sa totale incompréhension des français et de sabrer le positionnement de son journal. Il y a quelques jours seulement, Le Figaro lançait cette campagne en vantant son grand équilibre pour élargir son audience. Voilà qui confirmait l'idée que Le Figaro s'est doté d'un manager apte à doper ses ventes, au détriment de sa ligne éditoriale.

En publiant un tel éditorial, en le rabaissant au niveau d'un écho complaisant de la parole présidentielle, Etienne Mougeotte donne une image malheureusement servile du Figaro. Le Figaro affirmait que "sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur". L'aurez-vous remarqué ? Sur la Une de ce jour,  la tête du président occulte la citation.

*

Notes

  1. sauf certains...
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Author: "Koz" Tags: "Media, figaro, medias, Mitterrand, polan..."
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Date: Wednesday, 14 Oct 2009 09:28

C'est mon anniversaire, à la fin de la semaine1. Je suis désolé de couper l'herbe sous le pied de ceux qui voulaient me montrer leur affection en me le souhaitant sans que je n'en ai rien dit. Mais le fait est que dimanche, je vais déjeuner avec mon père et ma mère, ce qui me rend terriblement mal à l'aise. Comprenez : je me suis déjà fait sévèrement gourmander par ma mère pour mon précédent billet et, à l'heure où j'écris ces lignes, je crains que celui-ci n'arrange pas mes affaires. Remarquez, je ne sais pas ce qu'il en sera à l'heure où j'écrirai les dernières et puis, je ne suis pas si inquiet que j'en ai l'air.

Je ne vous ai jamais parlé de ma mère. Pourtant, ça en vaut la peine, vous pensez bien. D'elle, je tiens ma foi. Et peut-être aussi une part de mon intérêt pour la chose publique2. Je me souviens que la lettre associative qu'elle publie a porté pendant un temps comme exergue : "celui qui ne s'intéresse pas à la politique mérite d'être traitée en esclave"3. Et paf dans ta gueule. Il paraît que c'est d'un auteur grec. Faut vraiment être grec pour écrire des trucs pareils. Depuis, je me suis marié à une femme formidable que la politique indifférait et pourtant il m'arrive de débarrasser la table.4

La liberté, la liberté ! Ah, la liberté. N'était-ce pas pour cela que je devais m'intéresser à la politique ? Pour exercer ma liberté ? Pour être informé, vigilant et actif ? Alors, pourquoi, fort de cet héritage familial, devrais-je abdiquer cet espoir pour soutenir, non pas l'insoutenable, mais le risible ? Ne me suis-je donc tant extrait des chaines de l'ignorance que pour me lier d'une autre servitude ? Ah mère, entend-tu ce râle filial, long comme un vol noir de corbeaux sur la plaine ? Le saisis-tu, ce déchirement intime qui taraude mon esprit ? Car enfin, mère, tu n'as que ce que tu mérites : il ne fallait pas me le donner, le goût de la permanence, le goût de l'immanence. Il ne fallait pas me l'indiquer, la voie de l'intangible et cet horizon, là, pour viser plus haut5. Maintenant, c'est comme ça : j'ai d'autres fidélités, qui me porteront plus loin que des amours quinquennales.

Pourquoi soutenir, quand il n'y a, de surcroît, pas d'autre enjeu, des arguments impossibles ? Faire comme Villiers, payer son écot, et feindre de croire que Jean Sarkozy ne doit son ascension qu'à la seule force de son talent ? Faire comme Karoutchi et prétendre qu'il s'agit de donner leur chance aux jeunes ?

"C'est à 24 ans que Hoche et Marceau ont été nommés généraux". Je l'ai souvent pensé, ça : à un âge où je ne travaillais pas encore, Bonaparte mettait fin au siège de Toulon. Mais, si Nicolas Sarkozy a mené victorieusement l'assaut de la mairie de Neuilly, Hoche et Marceau n'étaient pas les fils de Napoléon.

On nous soutient aussi que Jean Sarkozy a la légitimité de l'élection. Faut voir. Il a été élu conseiller général d'un canton Neuilléen, soit, et formellement, rien ne permet de contester cette légitimité. Mais c'était la ville de Papa et, faute d'adversaire véritable, il a vaincu sans péril. Depuis, il ne doit ses élections qu'à l'empressement des obligés de son père. Et la charge qu'il vise, pas celle-ci (mais celle-ci aussi), celle d'après, celle de président du Conseil Général, n'est toujours pas une élection directe : il sera élu dans un canton imperdable, puis adoubé par ceux qui ne peuvent faire autrement. Toute son ascension se fera ainsi sous l'aile de son père.

Alors, bien sûr, il y a ce moment charnière, ce moment où la contestation légitime prend l'apparence du lynchage. Un moment qu'il faut savoir attendre, quand on est le mis en cause. Comme le dit le président, "tout ce qui donne en pâture une personne, sans fondement, de façon excessive, ce n'est jamais bien"6, ce que d'autres disent autrement : « ça suffit ! Taisez-vous ! Ne voyez-vous pas dans quel état se trouve le condamné ? ne voyez-vous pas qu’il souffre mille morts ? ».

A cet égard, l'edito d'Eric Fottorino m'a fait sourire. "Laisser Jean Sarkozy, 23 ans, toujours étudiant en droit, briguer la présidence de l'Etablissement public de la Défense, voilà de quoi douter de l'impartialité du pouvoir en place", voilà ce qu'affichait Le Monde, en première page. On voit qu'Eric Fottorino ne sait pas trop, mais qu'il cherche à parer l'objection : en fin de compte, que Nicolas Sarkozy soit à l'origine de cette candidature, ou qu'il ne fasse que laisser faire, voilà qui est condamnable. Ironiquement, le laisser être candidat, ce serait manquer à l'impartialité ? Fallait-il donc l'en empêcher et cette intervention du pouvoir en place dans les affaires internes d'un département, cela aurait donc été une marque d'impartialité ?

L'erreur vient plus tôt. L'erreur, dans cette affaire comme dans l'affaire Mitterrand, est de s'exposer au soupçon. En connaissance de cause, pour ne rien arranger. Oh bien sûr, un politique n'écartera jamais tout soupçon. Mais il lui appartient de ne pas lui donner prise. On dit que l'Elysée s'inquiète des turbulences actuelles. Ignorent-ils, à l'Elysée, que la droite admire toujours un Charles De Gaulle, qui n'a rien fait pour aider son fils Philippe ? Un De Gaulle dont on dit qu'il payait même sa note de téléphone à l'Elysée, pour ne donner prise à aucun soupçon ? Non, Jean Sarkozy n'est pas "un élu comme un autre" et, s'il a ses racines dans les Hauts-de-Seine, pour esquiver le soupçon, il eût pu choisir d'autres cantons. Personne n'aurait songé à lui reprocher un "parachutage" à Nanterre, Gennevilliers ou encore Montrouge. On aurait loué le courage de la démarche et, s'il avait enlevé le bastion, sa légitimité eût été incontestable. Las...

Alors, voilà, Jean7, c'est un autre fils qui te parle : pour gagner l'estime de ton père, tu devrais lui dire qu'au-delà de lui-même, c'est à son parcours, à son histoire, à ses valeurs, que tu veux être fidèle. Que tu veux enlever une mairie dans l'adversité, que tu veux une république irréprochable. Et tu seras un homme, son fils.

*

Notes

  1. j'aurai onze ans de plus que Jean Sarkozy
  2. soyons justes toutefois : cela, elle le partage avec mon père
  3. et on lui pèlera le jonc comme au bailli du limousin, on le pendera avec ses tripes
  4. Vous ai-je déjà dit qu'il y a près d'un quart de siècle - en 1988 - j'avais "le courage, oui, c'est Chirac" dans ma chambre ? En pleine puberté, c'était une complaisance risquée. Ou une mise à l'épreuve, je ne sais pas. Enfin, de toutes façons, depuis, on ne l'aime plus.
  5. viser plus hauuuut, et croire encore à l'avenir
  6. il faut dire qu'ajouter à la pâture l'excès et l'absence de fondement, c'est un peu chercher les emmerdes
  7. tu permets que je t'appelle Jean ? Même moi, je suis de dix ans ton aîné
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Author: "Koz" Tags: "UMP, chirac, De Gaulle, droit, élection..."
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Date: Thursday, 08 Oct 2009 11:32

Marine Le Pen a rendu le meilleur des services à Frédéric Mitterrand. Et Frédéric Mitterrand a rendu le meilleur des services à Marine Le Pen. Ces deux-là, qui se détestent certainement, sont pourtant débiteurs l'un envers l'autre.

Car, de la part de tout autre que Marine Le Pen, l'attaque aurait été dévastatrice. Et elle serait venue, un jour ou l'autre. Qu'elle vienne d'elle est donc probablement ce qui pouvait arriver de mieux à Frédéric Mitterrand. S'il démissionne, ce serait une victoire du Front National : impensable. Il faut donc tous nous liguer pour que ceci n'arrive pas.

Frédéric Mitterrand pouvait ainsi se contenter de jouer l'indignation et la victime du Front National. Voilà "un honneur" qui laverait tous les déshonneurs. Et inévitablement, voilà qu'on ne se positionne plus en fonction des faits reprochés à Frédéric Mitterrand, mais en fonction du Front National. Même Benoît Hamon se voit taxer de complaisance fasciste au prix d'insondables sophismes.

N'ayant pas attendu le FN (1, 2), je m'autorise à ne pas me sentir concerné.

Que penser des passages incriminés du livre de Frédéric Mitterrand ?

Rue89 reprend de façon large les extraits de son livre. Les quelques pages qu'il consacre à ses divertissements en Thaïlande sont-elles une apologie de la pédophilie ? Il y écrit que les "gosses" concernés auraient 20 ans. On peut l'admettre, mais comment chasser le soupçon, alors que la Thaïlande n'est pas réputée pour produire un extrait d'acte de naissance à l'entrée de ses bordels ? Si l'on écarte la question de l'âge, fait-il l'apologie du tourisme sexuel ? Pas au sens "défense", certainement. Au sens de "justification", indirectement, c'est à voir. Non, son propos, ce sont ses seuls errements égotiques.

La souffrance d'un homme, la complexité d'un parcours, le rejet qui peut entraîner une dérive auto-destructrice, je peux l'entendre. Mais elle ne peut pas tout justifier. Et elle ne peut pas tout justifier de la part d'un ministre.

Frédéric Mitterrand est lucide. Il sait qu'il est "lâche". Les ravages de ses pratiques, il les connaît :

"Evidemment j'ai lu ce qu'on a pu écrire sur le commerce des garçons d'ici et vu quantité de films et de reportages ; malgré ma méfiance à l'égard de la duplicité des médias je sais ce qu'il y a de vrai dans leurs enquêtes à sensation ; l'inconscience ou l'âpreté de la plupart des familles, la misère ambiante, le maquereautage généralisé ou crapahutent la pègre et les ripoux, les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n'en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages et les enchaîne, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic."

Lui-même écrit qu'il endort sa conscience par le fric, en "cassant le marché". Devons-nous, nous-mêmes, sans l'excuse de la souffrance, relativiser ses actes pour lui ? La souffrance d'un homme peut-elle justifier d'infliger cela à des "garçons" ? Ma souffrance m'autorise-t-elle à en infliger une ? Pas plus que pour Roman Polanski, le talent n'est une excuse. Certes, il l'écrit bien, qu'il a un comportement de salopard. Mais il a un comportement de salopard. Et nous n'avons pas, nous, ses raisons d'endormir nos consciences.

Ne nous trompons pas, je ne souhaite pas que l'on pende Frédéric Mitterrand, haut et court. A la différence de Marine Le Pen, je ne suis pas un acharné des procédures judiciaires. Je pense en revanche que Frédéric Mitterrand n'aurait jamais dû être nommé ministre, et qu'il ne peut pas le rester.

Car il ne s'agit pas, il ne s'agit plus, du parcours d'un citoyen ordinaire : il s'agit du parcours d'un homme, dont rien ne dit au demeurant qu'il ait rompu avec ses pratiques, que l'on a nommé ministre, et ministre de l'un des ministères les plus emblématiques d'un gouvernement, et il s'agit de la France. Quelle est aujourd'hui l'image de la France, défenseure de Polanski, et doté d'un tel ministre ? Que pourra-t-il dire aujourd'hui, sans que plane sur ses déclarations le soupçon d'un certain relativisme moral ? Et peut-on seulement encore lancer une quelconque campagne contre le tourisme sexuel sans que cela prête à rire, tristement ?

Il y a, là encore, le même parfum détestable de justice relative que dans l'affaire Polanski. Frédéric Mitterrand est-il le seul homme qui souffre ? Que penser de tous les touristes sexuels ? Ne doit-on pas alors cesser de les "stigmatiser", puisqu'ils souffrent, eux aussi, certainement ? Et si la souffrance doit être prise en compte, j'aurais d'autres priorités. Pardonnez-moi ce parallèle audacieux mais si la souffrance d'un homme doit atténuer la rigueur de la loi, alors je pense d'abord aux immigrés clandestins. Je pense d'abord au visage de ce sénégalais en larmes à Ceuta ou Melilla, les mains en sang d'avoir voulu passer des barrières barbelées. Je pense à ceux qui prennent la mer en pleine nuit sur des barques minables, sachant très bien combien sont morts avant eux.

Car c'est bien dans cette impasse que s'enferme le pouvoir : celle d'être, ou de paraître, rude avec les faibles et complaisant avec les puissants. N'est-ce pas Nicolas Sarkozy qui, en 2003, instaurait un nouveau délit de racolage passif ? N'est-ce pas lui qui voulait que soit davantage sanctionné le client ? La prostitution peut-elle seulement apparaître moins dramatique parce qu'elle est lointaine ? Et Roger, au bois de Boulogne, c'est pas aussi un homme qui souffre ?

Au-delà encore de cela, il y a l'amertume de voir que Nicolas Sarkozy, tout à son opération de conquête de la gauche est prêt à se renier pour une prise. Que les convictions économiques soient réversibles, c'est imaginable. Que les convictions morales le soient, en revanche...

Car la faute est sienne, d'abord sienne. Si Brice Hortefeux prétend avoir ignoré l'existence du livre, je n'en crois pas un mot, pas plus que je n'imagine que Nicolas Sarkozy l'ait ignoré. On fait mine de s'interroger aujourd'hui sur l'opportunisme des réactions, alors que le milieu est resté silencieux durant quatre ans. On oublie que Frédéric Mitterrand ne faisait alors que prendre la pose de l'écrivain sulfureux, un de plus. Et l'on oublie que l'indulgence d'alors ne justifierait pas la complaisance aujourd'hui. Cette affaire devait éclater, un jour ou l'autre, et c'est une autre faute de l'avoir négligé.

Frédéric Mitterrand s'expliquera ce soir. Il est peu probable qu'il démissionne. Si tant est qu'il le fasse, cela ne touchera que la surface du problème.

*

Ah oui, je disais que Marine Le Pen avait rendu le meilleur service possible à Frédéric Mitterrand.

Est-ce une fatalité, ou un clin d'oeil de l'Histoire ? Il se trouve qu'un autre Mitterrand fera le lit du FN. Il lui a offert, avec l'assistance de Nicolas Sarkozy, l'occasion de paraître la seule à défendre une morale de base, une... décence ordinaire. La droite, elle, donne le sentiment de perdre ce qu'elle pouvait encore espérer revendiquer : une certaine rigueur morale. Ce soupçon de favoritisme, ajouté à des "craintes" de népotisme, devrait assurer une bonne santé au Front National dans les années à venir. Nicolas Sarkozy voulait siphonner le Front National ? Gare au reflux.

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Author: "Koz" Tags: "Société, décence, FN, Hamon, Hortefeu..."
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Date: Tuesday, 06 Oct 2009 14:15

ftIl y a une quinzaine d’année, dans un magazine consacré au paranormal et diffusé sur TF1, un gourou quelconque prétendit avoir le pouvoir de griller les ampoules électriques à distance chez les téléspectateurs par la simple puissance de sa volonté. Il demanda aux téléspectateurs d’allumer une lampe et d’appeler TF1 s’il se passait quelque chose. Bien évidemment, le standard fut immédiatement assailli par des centaines de bipèdes surexcités confirmant qu’une ampoule avait bel et bien grillé sous leurs yeux pendant l’émission, que c’était extraordinaire et que grand mage bidule était effectivement doté de pouvoirs surnaturels.

Bien entendu, tout était parfaitement banal. C’est simplement que même un événement très improbable finit toujours par arriver si on l’applique à une population suffisamment grande. Dans notre exemple, il devait bien y avoir 10 millions d’ampoules allumées chez des gens qui regardaient l’émission. Comme une ampoule à incandescence a une durée de vie de 1000 heures, ça fait 10 000 ampoules qui crament pendant l’heure de l’émission. Ca fait 10 000 quidams qui se retrouvent dans le noir en plein milieu de leur temps de cerveau disponible et qui crient au prodige.

On appelle ça la loi des très grands nombres. Le grand public n’est généralement pas très familier avec les probabilités et se fait avoir très facilement. Les gens qui ont reçu une éducation scientifique sont normalement conscients du phénomène et ne commettent pas habituellement ces erreurs de raisonnement.

*

Il se passe quelque chose de très similaire dans cette histoire de « vague de suicides » chez France Télécom. Le suicide est un phénomène très rare qui frappe en moyenne 16 personnes sur 100 000 tous les ans en France. A l’échelle de l’individu, c’est très peu fréquent. La plupart des gens n’auront la douleur de connaître le suicide d’un proche qu’au maximum une ou deux fois dans leur vie. Alors dès qu’on entend parler de 23 puis 24 suicidés chez France Télécom, on sursaute. Mais France Télécom est une grande entreprise qui emploie plus de 100 000 personnes. Et on parle d’une période courant sur 21 mois, depuis début 2008. Une population de 100 000 Français connaît en moyenne 28 suicides sur une période de 21 mois (16x21/12). A première vue on ne se suicide donc pas plus chez France Télécom que dans la population française. Mais peut-on en avoir le cœur net ? Peut-on raffiner un peu l’analyse ?

Avant toute chose, il faut rappeler que le suicide est un phénomène complexe, intime. Vouloir expliquer un suicide est au mieux hasardeux, au pire obscène. Ce sujet invite à la mesure, à la prudence. Il faut lire à ce propos le remarquable billet d’Alexandre Delaigue d’Econoclaste et celui de François Miclo sur Causeur.

C’est pourquoi je ne vais pas essayer de répondre à la question « Pourquoi ces salariés de France Télécom se sont-ils suicidés ? », je laisse cette question à des gens moins scrupuleux. Non, la question à laquelle je vais essayer de répondre est : « Se suicide-t-on plus chez France Télécom qu’ailleurs ? »

Eco89 a tenté l’exercice. Le résultat est partiellement satisfaisant pour des raisons sur lesquelles je reviendrai plus bas. Alors je vais vous proposer ma propre analyse un peu plus précise.

Un rapport de l’Inserm sur la mortalité par suicide en France vient de sortir donnant les chiffres pour 2008. On y apprend qu’il y a 2 grands facteurs démographiques influant sur le taux de suicide. Le sexe : les hommes se suicident 3 fois plus que les femmes. L’âge : plus on vieillit, plus on se suicide.

Il y a un troisième grand facteur influant sur le taux de suicide que ne traite pas l’Inserm et sur le quel on a peu de données. C’est le chômage. Alexandre Delaigue dans son billet mentionne un taux de suicide de 50/100 000 pour les chômeurs. Je ne sais pas d’où il le sort mais il ne paraît pas absurde (3 fois le taux de la moyenne de la population) et faute de mieux, je le retiendrai.

Tout le principe de mon raisonnement va être de calculer, à partir des données statistiques, quel est le taux de suicide moyen d’une population comparable à celle des salariés de FT en termes de pyramide des âges, répartition entre les sexes et emploi. On comparera ensuite avec le taux de suicide effectivement mesuré chez FT pour savoir si on s’y suicide plus qu’ailleurs.

Ceux qui sont allergiques aux calculs peuvent directement aller au résultat.

*

Quelles données démographiques a-t-on sur les personnels de FT ? Le rapport 2008 de Responsabilité Sociale d’Entreprise fournit page 85 les informations suivantes pour la France : Effectifs (2008) 104 232 ; répartition hommes-femmes : 66 371 hommes et 37 861 femmes soit 36,3% de femmes ; âge moyen : 45,3 ans.

Bon, ce n’est pas la panacée, on n’a pas la pyramide précise des âges pour chaque sexe mais on a les informations essentielles à partir desquelles on peut extrapoler. En tablant sur une répartition régulière et en supposant qu’il n’y a pas de salarié en dessous de 20 ans ou au dessus de 60 ans, je construis une pyramide des âges compatible à la fois avec la répartition hommes-femmes et l’âge moyen :

20-24 ans : 2 456 hommes et 1 401 femmes

25-34 ans : 10 752 hommes et 6 134 femmes

35-44 ans : 16 593 hommes et 9 465 femmes

45-54 ans : 22 433 hommes et 12 797 femmes

55-59 ans : 14 137 hommes et 8 064 femmes

Total : 66 371 hommes et 37 861 femmes

Maintenant, on applique à cette pyramide des âges les taux de suicides mesurés par l’Inserm et retranscrits dans le tableau ci-dessous, on calcule le nombre de suicides moyens sur un an d’une population ayant le même effectif, la même répartition hommes-femmes et le même âge moyen que FT : 24.

inserm

(cliquer pour agrandir)

Première réaction : On est très supérieur au taux moyen dans la population générale car la démographie des employés de France Télécom n’est pas favorable. Ils sont plutôt âgés et très masculins, deux facteurs augmentant fortement les risques de suicide. Ces deux facteurs n’ont pas été pris en compte dans l’article d’Eco89.

Il nous reste à tenir compte d’un facteur qui joue dans l’autre sens. Les salariés de FT par définition ne sont pas chômeurs. Or on sait que les chômeurs sont plus susceptibles de se suicider que les personnes qui occupent un emploi. Le taux de suicide des chômeurs est de 50 pour 100 000 quand celui de la moyenne de la population active est 21,6 pour 100 000. Si on estime que les chômeurs représentent 10% de la population active, cela veut dire que le taux de suicide des non-chômeurs est de 18,4 pour 100 000 soit 85% du taux moyen.

En appliquant ce taux de 85% aux 24 trouvés plus haut on aboutit au chiffre final de 20,5.

* * *

Une population quelconque ayant le même effectif, la même répartition hommes-femmes, le même âge moyen que France Télécom et composée exclusivement de personnes ayant un emploi connaît en moyenne 20 suicides par an. France Télécom en a déploré 24 en 21 mois soit 14 par an.

Résumons-nous.

Il n’y a pas de vague de suicides, d’épidémie de suicides, de mode des suicides chez France Télécom. Les gens ne se suicident pas plus chez France Télécom qu’ailleurs, mais moins. Significativement moins. Toutes choses égales par ailleurs, la fréquence des suicides est supérieure de 50% si on travaille ailleurs que chez France Télécom.

En revanche, il y a quelque chose qui existe vraiment, c’est l’effet Werther. Le fait de médiatiser le suicide, de l’inclure dans le champs des possibles, de le présenter comme une option envisageable, voire de l’habiller d’atours positifs, en faire quelque chose de romantique, un élément d’un combat idéaliste ou idéologique, tout cela entraîne une augmentations des suicides.

*

Alors pourquoi ? Pourquoi un tel emballement médiatique ? Les syndicalistes, journalistes et politiques qui ont successivement surenchéri sur l’inexistante vague de suicides chez France Télécom sont-ils cyniques à ce point ? Leurs objectifs politiques et idéologiques justifient-ils d’encourager quelques malheureux de plus à se suicider ?

Je ne le pense pas. Je pense que nous sommes en présence d’une autre faiblesse cognitive bien connue : le biais de confirmation. Nous avons tendance à filtrer l’information, à ne retenir que les éléments qui confirment nos a priori et à évacuer les informations contraires en doutant de leur véracité ou en les considérant comme une anecdote non-significative.

Les syndicalistes, journalistes et politiques qui médiatisent la prétendue vague de suicides chez France Télécom sont intimement convaincus (je force le trait) que le monde de l’entreprise est intrinsèquement pervers et inhumain. Pour eux, profitabilité et humanité sont des valeurs contraires. Une entreprise privée a donc fondamentalement pour objet de nuire à ses salariés.

Une vague de suicides chez France Télécom est donc une véritable aubaine idéologique. Enfin un constat objectif établissant qu’une entreprise publique harmonieuse s’est transformée en cauchemar après sa privatisation ! Sauf que le constat objectif prouve exactement le contraire. Peu importe, le biais de confirmation joue à plein. On ne garde que ce qui nous intéresse (des suicides) et on ignore ce qui contredit la démonstration (un taux de suicides très inférieur à la moyenne).

L’article d’Eco89 est une magnifique illustration de ce phénomène. Après une analyse rapide établissant qu’il n’y a pas plus de suicides chez FT qu’ailleurs ou qu’avant, il conclut :

« Comme le montrent les témoignages que nous adressent des salariés de France Télécom, la crise est réelle : le taux de suicide a peut-être diminué, mais la tension, elle, a augmenté. »

Dit autrement,

« l’argument objectif principal est faux, mais comme on a envie d’y croire, on va se raccrocher aux témoignages subjectifs ».

*

Je ne sais pas si les relations sociales chez FT sont particulièrement mauvaises. Au cas où elles le seraient, je ne sais pas à cause de quoi ou de qui. Ce qu’on sait, c’est que les relations sociales sont exécrables en France, comparé aux autres pays. Ce qu’on sait, c’est que la France a un taux de suicides élevé, comparé aux autres pays occidentaux.

C’est là tout l’effet pervers de cette triste polémique : elle pollue toute réflexion sereine sur ces questions essentielles.

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Author: "Liberal" Tags: "Economie, Société, entreprise, France ..."
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Date: Sunday, 04 Oct 2009 13:16

Je leur ai pardonné à cause de l'hymne à la joie. Oui, bien sûr, j'ai toujours en mémoire ce soir de mai 2005 durant lequel l'hymne à la joie sembla définitivement endeuillé par une coalition incongrue d'intérêts hétéroclites. Et puis, dans les jours qui suivirent, non seulement j'ouvrais ce blog mais je réalisais que ce "non" tragique devait rester comme une semonce adressée à l'Union, adressée aux européens. Ma seule crainte est qu'aujourd'hui, l'Europe ne se rendorme sur le Oui irlandais. On ne devrait jamais oublier, en France d'abord, dans le reste de l'Union aussi, le 29 mai 2005.

Et puis, hier, grâce à l'Europe, j'ai rajeuni de quatre ans. Si ce n'est que c'était un Oui. Et sur twitter, les arguments rageurs des nonistes fleuraient bon son débat référendaire. La démocratie a sombré nous disent les uns et les autres, à ma droite, à ma gauche, en stéréo donc, et parmi eux un certain nombre n'accordent pourtant usuellement qu'une valeur relative à la démocratie.

Je reconnais certes sans peine la nature un peu hétérodoxe de ce deuxième référendum, mais je m'en accommode fort bien parce qu'il est davantage conforme à la volonté populaire majoritaire. Le reste n'est qu'une coalition opportuniste d'oppositions minoritaires. Ceci dit en toute amitié, bien sûr.

L'argument mélencho-villieriste selon lequel on organiserait autant de référendums que nécessaire pour que le peuple dise oui ne tient pas. Il ne tient pas, parce qu'on n'imagine pas un troisième vote. Un troisième vote après deux "non" populaires, et malgré les concessions faites, n'aurait pas été politiquement envisageable. L'argument cède, surtout, face au vote massif des irlandais : avec une participation de 59%, les irlandais ont voté oui à 67,5%. Ils l'ont clamé, leur Oui. Pas un petit oui du bout des dents, réticent, gagné de guerre lasse. C'est un plébiscite, selon les critères démocratiques.

Et puis, je ne peux m'empêcher de rire tout spécialement face au non de gauche. Face à tous les gauchisants de twitter qui plaçaient leurs espoirs dans le peuple irlandais. Comment manifester plus évidemment l'absence de projet alternatif majoritaire ?

Car, dîtes-moi, qu'est-ce qui a bien pu changer pour les irlandais pour qu'ils opèrent un tel revirement ? Eh bien, entre juin 2008 et octobre 2009, ils ont obtenu des garanties sur ce qui leur semblait ambigu : garantie sur l'absence de remise en cause de leurs "spécificités celtiques", à savoir la neutralité militaire ainsi que... l'interdiction de l'avortement et un taux d'imposition réduit. Des combats de gauche, assurément. Comprenez qu'il soit poilant, cocasse et risible, d'avoir ainsi vu les nonistes de gauche placer tous leurs espoirs dans le peuple irlandais ! Autre chose ? Oui, la crise. Et les électeurs irlandais ont manifestement plus confiance dans l'Union Européenne pour les protéger que dans les solutions mélencho-besancenotistes locales (au passage, vous demanderez aux islandais leur avis sur l'Europe qui protège).

Et vers qui tournent-ils leur regard, nos nonistes de gauche, aujourd'hui ? Vers Vaclav Klaus et David Cameron. Vaclav Klaus, l'ultra-libéral. Vaclav Klaus, l' autoritaire qui refuse, contre les usages politiques du pays, de signer le traité pourtant largement voté par le Parlement tchèque et validé par la Cour constitutionnelle. Et David Cameron, libéral également et atlantiste. Si vous ajoutez Declan Galey, voilà les alliés objectifs de nos nonistes de gauche : des libéraux qui voient leur salut dans les Etats-Unis.

Il n'y a, en Europe, aucun projet alternatif majoritaire. Face aux oppositions minoritaires coalisées, il n'y a qu'un projet majoritaire cohérent, le projet européen. L'accepter, c'est s'engager. Et, comme le disait Paul-Louis Landsberg, "s'engager, c'est adhérer à une cause imparfaite". irelandyesDire Oui, malgré d'inévitables réserves qu'il convient ensuite de faire entendre, c'est aussi prendre ses responsabilités. Face à quelques non structurés, face aux non amalgamés par des slogans-balais - l'irlandais "If you don't know, vote no" répondant au français "on a tous une bonne raison de dire non" - dire Oui est un engagement, une exigence.

Tiens, on devrait même donner un prime aux Oui, dans un référendum.

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Author: "Koz" Tags: "International, Besancenot, Cameron, Cons..."
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Date: Thursday, 01 Oct 2009 12:37

ligne jauneNicolas Sarkozy semble ne rien aimer tant que brouiller les repères, faire bouger les lignes. Cela le rendrait imprévisible, unique. Et, reconnaissons-le, cela peut-être réjouissant : lorsque, par antisarkozysme, certains en oublient leurs fondamentaux, les loups sortent du bois. Mais il vient un moment où bouger les lignes, brouiller les repères, cela finit par... bouger les lignes, et brouiller les repères. D'imprévisible, il deviendrait incohérent. Or l'électeur a besoin de visibilité.

Deux débats récents l'illustrent.

Taxer le malheur ? Comment peut-on, politiquement, proposer de fiscaliser les indemnités versées aux accidentés du travail ? Peu importe que, sur le fond, il puisse y avoir des raisons objectives de le faire. C'est bien Franck Louvrier qui répétait l'adage selon lequel ce n'est pas tant "la réalité qui compte, c'est sa perception". Cela avait déclenché les cris d'orfraie convenus de l'antisarkozysme et, pourtant, c'est exact. Or quelle image le pouvoir donne-t-il, avec une telle proposition ? Pour jeter une maigre pelletée de terre au fond du trou abyssal du déficit public, on s'en prend aux handicapés ? Avec, toujours, le boulet du bouclier fiscal1, après le travail dominical, après la retraite des mères - certes rattrapées sur le fil - n'a-t-on pas d'autres priorités ?  Bien sûr, je force le trait mais comprenez que l'idée m'étonne, de la part d'un animal politique.

Qu'on ne se méprenne pas. Je ne nierai pas le courage politique qu'il y a à prendre des mesures impopulaires. Mais encore faut-il que l'impopularité en vaille la chandelle. Je ne dis pas encore, non plus, que Nicolas Sarkozy soit vendu aux patrons : je n'oublie pas le rSa, et son extension aux jeunes, sous condition. A sujet, je me trouve surtout une ligne Fillon/Accoyer, allant de l'expression de "réserves" au regret d'une "connerie".

Implacable avec les anonymes, complaisant avec les puissants ? Quelle est la logique, où est la cohérence ? Comment peut-on comprendre cette soudaine mansuétude d'un pouvoir qui a instauré les peines-plancher, voté de nombreuses lois sur la sécurité,cette indulgence d'un président qui s'est toujours affirmé "du côté de la victime" ? Certes, il s'est bien gardé de prendre personnellement position sur cette affaire Polanski. Mais les déclarations conjointes des portes-parole de l'UMP que sont Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, venus en renfort de Frédéric Mitterrand et Bernard Kouchner, laissent peu de doute sur sa propre position. Alors quoi, lorsque le criminel est puissant, on néglige la victime ? Comprenez que je n'affirme pas que tel soit le cas, mais c'est à tout le moins l'image que donne inévitablement ce positionnement malheureux. Fort heureusement, une autre ligne s'est manifestée et Marc Laffineur, vice-président UMP de l'Assemblée Nationale a donné le ton d'une tentative de redressement de la barre par une droite plus... historique ?2

Alors que la gauche est unanimement muette sur cette affaire, craignant probablement trop de paraître moralement rigoriste3 ou de s'aliéner les artistes, il a fallu que ce soutien vienne du gouvernement ? Bien sûr, ce soutien n'est pas venu de n'importe qui, au gouvernement, mais on n'a tout de même pas élu Nicolas Sarkozy pour qu'il relance la vieille garde mitterrandienne, de Kouchner à Lang, en passant par le neveu ! Faut-il payer ce prix pour un hypothétique soutien des artistes ?

Dimanche a eu lieu une législative partielle, à Rambouillet. Dans la circonscription "tenue" par Christine Boutin durant 22 ans, son successeur n'a été élu qu'avec cinq maigres voix d'avance. Plus révélateur encore, seuls 26% des électeurs se sont déplacés. Il y a certes nécessairement des facteurs multiples à une si faible participation - le moindre n'étant pas qu'il s'agissait d'une législative anticipée - mais comment ne pas y voir une manifestation de mauvaise humeur des électeurs de droite ? Jean-Frédéric Poisson, le député élu, a expliqué sa courte élection par l'affaire Clearstream, la taxe carbone, l'ouverture à gauche, et Christine Boutin a complété par un point qu'il ne pouvait pas citer : le travail dominical.

L'ouverture, ce doit être l'alliance du meilleur de chaque camp. Pas la coalition du pire des deux.

*

Nicolas Sarkozy devrait se méfier. On néglige souvent l'électorat que l'on se croit attaché. Mais, si cette droite n'ira probablement pas voter socialiste, elle peut faire preuve d'une mauvaise volonté manifeste, comme à Rambouillet, et rester chez elle le jour de l'élection. Il se pourrait aussi qu'elle ne se montre pas insensible à une éventuelle proposition alternative à droite, le moment venu, ce qui lui compliquerait notablement la tâche.

Je serais toutefois gré de ceci à Nicolas Sarkozy : à faire ainsi bouger les lignes, jusqu'à l'étourdissement, à pratiquer ces ouvertures impromptues, à ne pas imprimer de direction, il nous incite, et c'est salutaire, à penser par nous-mêmes.

On en vient alors à ceci que je suis d'accord avec Birenbaum, Birenbaum qui me cite4 et moi qui cite Birenbaum. C'est ma façon à moi... de faire bouger les lignes.

*

Notes

  1. aussi injuste cela soit-il
  2. Je n'ignore pas l'aspect caricatural de mon propos : la sévérité affichée de Nicolas Sarkozy à l'encontre de la délinquance et de la criminalité a aussi pour objet la protection des anonymes et notamment de ceux qui vivent dans les quartiers les plus exposés à la violence
  3. tu parles, réprouver le viol de mineurs, c'est une sacrée décision à prendre
  4. ce qui n'est pas pour rien dans mon accord
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Author: "Koz" Tags: "Société, UMP, Accoyer, boutin, clearst..."
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Date: Monday, 28 Sep 2009 08:01

samanthaRoman Polanski a été arrêté dimanche, à Zurich, dans le cadre d'une procédure d'extradition lancée par les Etats-Unis. Pour quels faits ? Ne tergiversons pas : pour viol sur mineure. Avoir des relations sexuelles avec une personne à laquelle on a préalablement fait ingérer de l'alcool et des sédatifs, c'est un viol. Et la jeune fille avait treize ans. On ne parlera même pas de ce que peut entraîner un cocktail d'alcool et de somnifère sur une enfant de treize ans.

Pour ces faits, Roman Polanski a plaidé coupable. Pour ces faits, il a passé un peu moins de 50 jours de prison, et c'est en apprenant qu'il devrait probablement passer 50 jours de plus qu'il a fui la justice américaine.

Depuis, l'homme a connu le succès international, la gloire, les récompenses les plus prestigieuses. Les ministres des plus grands Etats, parmi la France, lui ont réservé le plus déférent accueil. La France, qui aurait pu le poursuivre, puisqu'il est français, ne s'en est pas souciée. Non, pour lui, ce fut tapis rouge.

Notez que je ne néglige pas son talent artistique. Le Pianiste, pour ne citer que ce film, est probablement à classer dans les grandes œuvres. Simplement, ni dans le code pénal ni dans mon échelle de valeurs personnelle le talent artistique n'est une cause exonératoire. Pas plus que toute autre renommée. Pas plus que la richesse.

Mais, pour Roman Polanski, les ministres s'épanchent, larmoient, se frappent de stupeur.

Ce fut tout d'abord Frédéric Mitterrand, qui fit part de sa "stupeur". Si Orelsan est un peu Rimbaud, Polanski doit bien avoir un précédent illustre, notez. Hier soir, encore, la mine déconfite, Mitterrand brodait, sur une arrestation "épouvantable", "pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens". On aimerait comprendre en quoi un viol sur mineur n'aurait "pas de sens". Ne reculant pas devant l'audace, Frédéric Mitterrand poursuivait :

"On sait les conditions dans lesquelles c'est arrivé, et de la même manière qu'il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c'est cette Amérique là qui vient de nous présenter son visage"

On aurait préféré que Frédéric Mitterrand choisisse la discrétion. Car, c'est évident, il n'aurait pas bénéficié aux Etats-Unis de la "générosité", de la complaisance qui l'a fait nommer ministre1. Surtout, en l'occurrence, les circonstances connues des faits2 ne devraient motiver aucune coupable indulgence.

Et pourtant, ce matin, sur France Inter, après la Culture, ce sont les Affaires Etrangères qui étaient mobilisées. Est-ce un signe ?, il n'y a encore que la Justice qui reste muette.

Il ne s'agit pas de souhaiter que Roman Polanski finisse ses jours en prison. Au demeurant, son avocat, Maître Kiejman disait hier sur France Info qu'il n'était pas impossible que la justice américaine se contente de constater une prescription. Et selon certains, son arrestation pourrait être "his path for freedom"3.

Il s'agit simplement de réclamer un minimum de mesure dans le soutien qui lui est accordé, si tant est qu'il faille lui accorder un tel soutien. La stupeur et l'émotion invoquées sont indécentes. Il reste un homme qui a violé une fillette de treize ans. S'il avait seulement assumé les conséquences de son acte, l'appréciation aurait pu être différente. Il a fui la justice et goûté aux plus grands honneurs. Alors, la protection consulaire semble suffisante, et la grandiloquence ministérielle, malvenue.

*

Notes

  1. n'oublions pas que Dominique Ambiel, pour des faits similaires à ceux qu'assument Frédéric Mitterrand, ayant chargé une prostituée mineure dans sa voiture, avait dû démissionner. Les temps ont changé : désormais, on vous offre un maroquin
  2. "A son arrivée, il l'abreuve de champagne et de drogues, prend des photos d'elle nue dans un bain, puis, malgré la résistance qu'elle lui oppose, réussit à la forcer à avoir une relation sexuelle. "Je disais : Non, non. Je ne veux pas aller (dans la chambre). Non, je ne veux pas faire ça. Non"
  3. et rappellent qu'il encourrait à l'époque entre seize mois et trois ans de prison
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Author: "Koz" Tags: "International, Société, Etats-Unis, ju..."
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Date: Wednesday, 23 Sep 2009 10:39

Raccourci de l'Histoire, hier sur France 2, qui proposait une soirée exceptionnelle. Au programme, interview de Mahmoud Ahmadinejad puis Apocalypse. Très grande soirée.

Parce que rien ne serait vraiment français s'il n'y avait une polémique à la clé, on a discuté le principe de la colorisation. Georges Dibi-Huberman ne dit pas que des choses fausses. Le choix de ne pas coloriser les images de la Shoah reste surprenant malgré les explications données. Il donne à penser que les images colorisées pourraient être, de ce seul fait, sujettes à caution. En revanche, lorsqu'il considère que la série Apocalypse "a pensé que nous étions trop stupides pour accepter de voir des bribes blêmes, des lacunes, des bouts de pellicule rayés à mort", c'est lui qui nous prend pour des imbéciles.

S'il pense à ceux qui ont une exigence historique, alors il doit se rassurer : ceux-là ont déjà visionné, de Nuit et Brouillard à de Nuremberg à Nuremberg, pour ne citer que ceux-là, des dizaines d'heures de documentaire en noir et blanc. La seule présence de la couleur ne modifiera pas leur vision de l'Histoire. S'il pense à ceux qui n'ont guère de recul, qu'il réalise que ce documentaire est peut-être le premier qu'ils regardent. Et l'on se moque bien de l'immodestie des auteurs, on se moque bien que le berger allemand dans les rues de Berlin soit associé au nom de Blondie, le chien d'Hitler. A toutes fins utiles, je précise que je me fous royalement du clébard en question. Faut-il regretter qu'Apocalypse, documentaire éventuellement immodeste, aux couleurs harmonisées, soit le premier documentaire que certains auront vu ?

Il faut au contraire se réjouir qu'ils aient vu un documentaire. Ceux que seule la couleur aura retenu n'aurait pas visionné un autre documentaire en noir et blanc, simplement parce que le noir et blanc, "c'est chiant", aussi rigoureux eût-il été sur le plan historique. Certes, Apocalypse mélange un peu les genres, dans sa volonté de rendre attirant un documentaire historique. Mais, quelles que soient ses éventuelles imprécisions historiques - et l'on aura en revanche relevé des précisions rarement évoquées - Apocalypse entretient la mémoire. Se situe-t-il sur le plan de l'étude historique ? Il en a peut-être l'ambition, en grande partie justifiée, mais il entretient surtout la mémoire et, par la proximité que suscite la couleur, il rend hommage.

Et puis, il faut aussi se réjouir du message donné par le succès d'audience d'Apocalypse. Les français ne sont pas des veaux, et Apocalypse a presque fait jeu égal avec TF1 la semaine dernière, et a foutu la pilée aux Experts hier soir. Voilà qui est... ragaillardissant.

*

Il faut évidemment se méfier d'un rapprochement facile. Comparer un dictateur à Hitler est d'une facilité qui confine souvent à la bêtise. Nous ne le ferons donc pas. Mais comment ne pas être frappé par la collision entre l'entretien accordé à France2 par Mahmoud Ahmadinejad, le cynisme du dictateur, et le documentaire diffusé ensuite ?

"Si l'Holocauste est un fait historique, alors il faut qu'ils autorisent la recherche à ce sujet"1

Ahmadinejad, sur France2 hier soir, employait la dialectique habituelle des révisionnistes et négationnistes. "Si" c'est un fait historique ? Mais il n'y a pas de doutes. "Il faut qu'ils autorisent la recherche" : la seule recherche que l'on pourrait considérer comme restreinte, c'est la recherche visant à nier la Shoah.

Quelques minutes plus tard, les images de la Shoah passeront à l'écran. On verra aussi le Mufti de Jérusalem passer en revue les troupes de la division SS Handschar, des troupes arabes, ce qui devrait dissuader Ahmadinejad de penser que la Shoah est un drame européen auquel le Proche-Orient ne serait pas mêlé.

Mahmoud Ahmadinejad lui, continue, placidement. Il ose affirmer qu'"en Iran, il y a liberté, les gens peuvent s'exprimer", alors que nous avons tous vus les images de ces défilés pacifiques réprimés avec violence, alors que nous avons tous vus que la liberté d'expression, en Iran, conduit à l'organisation de procès staliniens, selon l'expression, et en tout état de cause totalitaires. Il ose prétendre avoir saisi la justice sur les cas de torture et de viol dans les prisons iraniennes, alors que leur ampleur témoigne assez de ce qu'il s'agit de comportements concertés.

Il ose enfin mettre sur un pied d'égalité Clotilde Reiss et l'assassin de Chapour Bakthiar, se contentant d'affirmer que la France aussi détient des prisonniers iraniens. Interrogé sur le fait qu'il s'agisse d'un chantage, il répond encore que, "s'il s'agissait d'un chantage, il y aurait des méthodes plus faciles". Ces paroles lourdes de sous-entendus ne manquent pas d'écho historique.

Comment ne pas rapprocher le froid cynisme de ce dictateur et les mensonges auxquels les régimes totalitaires recourent de façon systématique ?

Ce matin, de façon surprenante, ni Libération, ni Le Figaro, ni Le Monde, ni L'Express, ni Le Point, ni L'Obs2 n'accordent une seule ligne au négationnisme de Mahmoud Ahmadinejad. Pour quelle raison ? Serait-il devenu banal qu'un dirigeant étranger propage son négationnisme dans un journal télévisé français3 ? Etait-il plus croustillant, plus intéressant, de repasser les propos dérisoires d'Ahmadinejad sur Nicolas Sarkozy ? Son "c'est celui qui dit qu'y est" mérite-t-il réellement cette attention ? Mérite-t-il vraiment une réponse de Nicolas Sarkozy ? Doit-on seulement entendre les leçons de démocratie d'un despote ?

Par la même occasion, je trouve particulièrement déplacées les réactions, lues ça et là, de ceux qui, protestant de leur absence de complaisance à l'égard du dictateur iranien, concèdent toutefois leur accord sur son appréciation de Nicolas Sarkozy. Un minimum d'honneur et de dignité4 imposerait au moins le silence, à défaut d'un front commun.

*

Notes

  1. env. à 7'10
  2. tout le monde brodant plus ou moins sur une dépêche de l'AFP
  3. je ne mets pas France2 en cause, ici, je relève juste l'écho de son propos
  4. oui, je sais, c'est grandiloquent, mais il se trouve qu'en Iran, on rigole beaucoup avec les questions de démocratie
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Author: "Koz" Tags: "Histoire, International"
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Date: Sunday, 20 Sep 2009 19:35

Il a raison de donner dans ce combat d'arrière-garde, assumé. Les combats d'arrière-garde, magnifiquement romantiques, ont parfois l'écho délicieux de la fessée appliquée à la modernité revendiquée. Oui, Duhamel sait qu'il ne terrassera pas le dragon, qu'il disparaîtra sans victoire. Et pourtant, il y va. Jusqu'au bout. Du bout.

Mais non. Je plaisante évidemment. Les combats d'arrière-garde ne sont pas fondés de par cette seule qualité. Et Duhamel a tort, pleinement tort. Quant à moi, j'aurais au moins fait des clics sur un billet lâché un dimanche soir, ce qui n'est pas malin. Et puis, je me demandais ce qui pourrait être pire : soutenir la Fondation Lejeune, ou Alain Duhamel.

Mais Duhamel s'égare.

Dans son edito du 17 septembre dernier, il fait fausse route, de l'introduction à la conclusion, du prétexte au principe. Il se montre d'ailleurs incapable de justifier son propos dans cet entretien sur France Inter. Alain Duhamel est, donc, de ceux qui dénoncent un internet totalitaire, un épanchement d'informations sans recul, une transparence viciée, imposée. Je ne suis pas un ravi du web, et ses prophètes me lassent souvent : mais si le web est une affaire humaine et, par là-même, porteur de menaces comme de potentialités, je crois que ces dernières supplantent largement les premières.

Internet agit comme un révélateur.

Le web, un marqueur ? On pourrait s'étonner que les français soient si sensibles à la vidéosurveillance mais indifférents à la multiplication des moyens dont chacun dispose de filmer son voisin de table, en oubliant que l'anonyme s'inquiète évidemment moins de ce dernier risque. Mais surtout, et Pascal Riché pose cette question à Alain Duhamel sans obtenir de réponse : depuis que les portables permettent de filmer facilement les personnages publics, combien de ces videos ont eu des conséquences ?

On se souvient pourtant, en début de campagne présidentielle, de ces avertissements : après Allen et son "macaca"1, internet et le portable allaient changer la politique, figer son expression... Et puis, globalement, rien. Et il faut bien confronter l'inquiétude de principe à la réalité factuelle : la quasi-totalité des videos qui ont marqué la politique ont été tournées non par des citoyens sur leur portable, mais par des professionnels. Pourtant, l'excuse est systématique : ce sont des "images volées" ! Prises sur un portable !

Et tenez, sur le deux fois pathétique coup d'Hortefeux2, il a fallu que Jean-François Copé incrimine Internet, le qualifiant ni plus ni moins de "danger pour la démocratie", plus ou moins rejoint en cela par Henri Guaino qui invoque une "transparence totalitaire". Et pourtant, pourtant : la vidéo a bel et bien été prise par des caméras de Public Sénat. Et je doute qu'Hortefeux ait pu ignorer la présence, plus ou moins proche, de journalistes. Pour Le Monde, donc, cette affaire "illustre la méfiance de l'UMP à l'égard d'Internet". Pour Libération, Internet serait l'"objet des fantasme de l'UMP". Internet serait-il un marqueur politique ?

Jeté en vrac, on peut souligner les points suivants : le web est un contre-pouvoir et, pour le moment, la droite est au pouvoir; le web est un espace spontané, et la droite traditionnelle apprécie un certain ordre; et puis, de fait, le web est majoritairement à gauche, à tout le moins dans sa dimension militante.Voilà des facteurs en partie structurels, en partie conjoncturels.

Mais, si l'on sait que le libéralisme est un trompe-l'œil du sarkozysme, on pourrait s'étonner que la droite ne voit pas davantage en internet la marque de l'initiative individuelle, de la responsabilité personnelle. Il y aurait, pourtant, matière à s'approprier "idéologiquement" internet. Et puis, faire d'internet un bouc-émissaire est franchement de mauvaise politique. Ce n'est pas un bon bouc-émissaire, comme la Commission Européenne, car le web, c'est nous, ce sont vos électeurs, Jean-François. @nk_m, de grâce, secouez-les !

Le web, mise en lumière ? La semaine a été incroyablement riche en actualité internet. Et, depuis mardi, c'est Ségolène Royal qui assure le spectacle. Annonçant pompeusement une "déclaration solennelle" - ce que c'est, tout de même, d'avoir raté l'Elysée - sur son site, Ségolène Royal en a profité pour lancer un site burlesque, suscitant une unanime hilarité.

ddaLes ratés en sont innombrables, et injustifiables. Pourtant, sur l'un de ses nouveaux sites, au nom évocateur, Rétablir la vérité, Ségolène Royal lance une pique aux internautes. Elle aurait voulu faire "une nouvelle maquette accessible à tous (et pas seulement aux internautes confirmés)". En somme, les critiques reçues seraient le fait d'internautes snobinards. La réflexion est à vrai dire aussi dénigrante à l'égard de ses visiteurs habituels : faut-il vraiment descendre aussi bas pour qu'ils parviennent à se saisir du site ?

Il paraît qu'"à les regarder, [nous nous] habituerons". Ce n'est pas dit. Parce qu'après, cette page d'accueil incroyable, Désirs d'Avenir nous en a infligé une nouvelle, dont j'ai cru tout d'abord qu'il s'agissait d'une des innombrables parodies qui ont circulé sur le Net. dda2Ségolène Royal a ainsi réussi à torpiller son précédent site, presqu'exemplaire, pour un Désirs-d'Avenirs-des-temps-anciens.

Je ne referai pas la liste des incroyables erreurs de ce site - dont la moindre n'était pas d'annoncer une "déclaration solennelle" sur un site non finalisé hébergé sur une offre manifestement sous-dimensionnée. La longue liste de ces erreurs est abondamment diffusée sur internet. Il y a, aussi, le résultat lourd de sens d'un clic sur "Jeunes d'avenir" : "Unable to connect to the database".

L'essentiel tient dans ce que la sortie de ce site tend à démontrer, sur Ségolène Royal :

  • Son absence totale de culture web. Ségolène Royal peut invoquer toutes les conspirations organisées, un tel site n'aurait jamais du voir le jour si elle avait la moindre connaissance personnelle du web. C'est banal, c'est générationnel, mais c'est ainsi : le web, c'était son entourage. Et le web est généralement spontané, notamment dans l'hilarité.
  • Sa totale perméabilité à une mauvaise influence. De nombreux twitterers l'ont rappelé malicieusement, même exagérément optimiste, l'adage montebourgeois est intemporal, "Ségolène Royal a un seul défaut, c'est son compagnon". Voilà qui est éclairant pour une candidate à la présidence.
  • La vacuité de la participativité royaliste, pour ceux qui y avaient cru. La vidéo n'est pas exportable. Et, pour les sites accessibles ((c'est-à-dire ni "Ségolène Royal" qui ne se connecte pas plus à sa database que Jeunes d'avenir, ni Les vidéos)), ils ne sont pas ouverts aux commentaires.
  • l'exercice solitaire du pouvoir : la championne de la participativité n'a manifestement pas associé les "personnes ressources" de son entourage.

Et puis, l'isolement. Elle s'en défend. Mais à part l'inquiétante Bouchet-Petersen et le durable Bianco, on n'a guère entendu de soutiens.

C'est que le web commande la transparence. Alain Duhamel a raison. Sans le savoir.


Bonus track record du 20.09 : Ségolène Royal ne veut pas "un site avec des traits" et s'en prend au "puissant lobby d'interner"

*

Notes

  1. Allen avait appelé un homme à la peau sombre "macaca". Il trouvera ensuite une excuse originale en affirmant qu'il ignorait qu'il y avait une race de singe qui s'appelait comme ça. Là-dessus, internet aurait pu l'aider
  2. deux fois parce que son cabinet est vraiment à la masse dans ses explications, alors qu'il aurait pu invoquer une remarque acide à l'intention de la madame au "notre petit arabe"
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Author: "Koz" Tags: "PS, Société, UMP"
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Date: Wednesday, 16 Sep 2009 09:12

usineLes vacances sont finies. On oublie la plage, le soleil et les filles légèrement vêtues et on retourne au boulot. Allez, je vous aide à vous remettre dans le bain avec un traitement de choc. Aujourd’hui, on va parler d’un sujet incroyablement chiant : la comptabilité.

Il n’a pas dû vous échapper que le monde traversait une crise économique sévère, laquelle entraîne des conséquences déplaisantes pour beaucoup d’entreprises et leurs salariés. Vous avez peut-être souvenir d’un débat avorté sur le partage de la valeur ajoutée il y a quelques mois. Je connais assez bien le monde des PME, et je suis souvent abasourdi de découvrir dans la presse des affirmations ou des présupposés totalement erronés sur les profits des entreprises.

Le truc dingue

Alors j’ai fait un truc complètement inouï, impensable. Je suis allé sur www.bilansgratuits.fr et j’ai regardé les comptes de quelques une de ces entreprises dont on parle beaucoup. J’en ai choisi 4, un peu au pif. Les Chantiers Gamelin dont Koz a déjà parlé ici la triste histoire, New Fabris, Scapa, et Aubade. J’ai choisi de m’intéresser aux résultats de ces entreprises avant la crise. La récession a commencé au 2e trimestre 2008, je me suis donc arrêté à 2007. Pour Gamelin, ce sont les comptes au 30 juin 2007 (ie la période de 12 mois se terminant à cette date) ; pour Scapa et Aubade, c’est à fin décembre 2007. Pour New Fabris, apparemment ils n’ont pas publié leurs comptes depuis 2005, j’ai donc pris les comptes à fin décembre 2004. Ce n’est pas très grave ; mon objectif n’est pas de parler de la situation financière de ces entreprises à une date précise, mais de montrer ce qu’est la réalité économique en général d’un échantillon assez représentatif de PME industrielles françaises. Ce qu’elle était avant que la crise ne les frappe.

Ces entreprises agissent sur des secteurs d’activité divers. Gamelin est un chantier naval. New Fabris est un sous-traitant pour l’automobile. Aubade est dans la lingerie. Scapa fournit des adhésifs pour de nombreux marchés incluant mais ne se limitant pas à l’automobile.

Il s’agit de petites entreprises (moins de 500 employés). Gamelin était indépendante, les 3 autres appartiennent à des petits groupes européens ne dépassant pas quelques milliers de salariés. On est donc très loin du CAC40.

Quelques définitions

Je ne souhaite pas vous assommer avec des notions ésotériques de comptabilité, mais pour la clarté de ce qui suit, je vais être obligé de préciser un peu quelques termes techniques. Rassurez-vous, c’est très simple. C’est très similaire à la façon dont vous gérez (ou devriez gérer) votre budget : on part des revenus et on déduit toutes les dépenses, en les rangeant par catégorie.

Chiffre d’affaires : C’est le total des ventes de l’entreprise, la somme de ce qu’ont payé les clients pour acheter les biens et services qu’elle fournit. Par convention, le chiffre d’affaires est exprimé hors TVA.

Valeur ajoutée (VA) : C’est ce qui reste du chiffre d’affaires une fois qu’on a déduit tout ce que l’entreprise a dû acheter (matières premières, marchandises, prestations de service, loyers…) C’est ce que l’entreprise a reçu des clients moins ce qu’elle a payé aux fournisseurs. C’est grosso modo l’assiette de la TVA, on en reparlera plus tard.

Salaires : Sans surprise, il s’agit des sommes versées aux employés en rémunération de leur travail. Petite précision importante, il s’agit du salaire brut. J’ai également intégré là-dedans la participation des employés aux bénéfices, quand il y en a.

Charges sociales : C’est la part patronale des charges sociales. C’est versé aux organismes sociaux et ça finance essentiellement le chômage, la retraite et la sécu.

Impôts et taxes : On retrouve ici taxe professionnelle, taxe d’apprentissage, TVTS, impôt sur les résultats… bref tout ce qui est payé à l’Etat au titre d’une fiscalité quelconque, sauf la TVA.

Autres : J’ai réuni là-dedans tout le reste. Ca n’est pas orthodoxe, mais ça simplifie. On va surtout y retrouver les amortissements (ie. étalement sur plusieurs années des dépenses d’investissement), les intérêts d’emprunts, les éléments exceptionnels (qui peuvent être positifs ou négatifs)…

Résultat net : C’est ce qui reste de la VA une fois qu’on a déduit les salaires, les charges, les impôts et les autres éléments. C’est parfois négatif (on parle alors de perte) et souvent positif (c’est ce qu’on appelle le profit). Dans ce dernier cas, les actionnaires pourront, sous certaines conditions, décider de se verser tout ou partie du profit sous forme de dividende.

Les chiffres

tableau1

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le tableau 1 synthétise les données que j’ai réunies. Oui, il est très moche, mais (i) j’ai fait ça rapidement sous Excel et (ii) je ne suis pas vraiment un artiste. Les chiffres sont exprimés en millions d’euros. La façon dont il faut lire ce tableau est la suivante : En 2007, Scapa a dégagé 18 millions d’euros de valeur ajoutée. De cette VA, 9 millions ont été déduits pour payer les salariés, 4 millions pour les charges sociales, 2 millions pour les impôts, 1 million en autres produits et charges et il restait donc 2 millions de profit.

Quelques subtilités

Si vous avez suivi jusque là, vous devez commencer à avoir une petite idée de là où je veux en venir. Mais je vais vous demander encore un peu de patience et d’effort car il y a 2 subtilités importantes qu’il faut prendre en compte avant de commenter ces chiffres.

Les charges salariales

En France, les charges sociales sont séparées entre cotisations patronales et cotisations salariales. Concrètement quand votre employeur vous verse un salaire brut de 100€, il paye sur ces 100€ environ 48€ de charges patronales, puis il paye (pour votre compte) environ 22€ de charges salariales et vous verse 78€ de salaire net. Tout le monde est d’accord pour dire que la distinction entre charges patronales et salariales est essentiellement théorique : l’employeur paye en tout 148€ (le salaire super-brut), dont 70€ vont dans les caisses des organismes sociaux et 78€ dans la poche de l’employé. Peu de gens réalisent que les charges sociales représentent des montants très importants, presque autant que le salaire net. Si vous ne me croyez pas, regardez votre feuille de paye.

Mais la comptabilité est respectueuse des formes. On n’inscrit en charges sociales que la part patronale. Et les charges salariales sont comptabilisées comme des salaires. Bref, si on veut distinguer entre les sommes payées aux salariés et celles payées aux organismes sociaux, il faut reclasser les charges salariales en charges et non en salaires.

La TVA

La TVA représente la moitié des ressources de l’Etat, 175 milliards d’euros par an. Eh bien, ça va peut être vous surprendre, mais la comptabilité l’ignore totalement. Imaginez que vous achetiez dans un magasin une paire de chaussures à 120 € TTC soit 100€ HT. Notre commerçant l’a lui-même achetée 72€ TTC, soit 60€ HT. On pourrait s’attendre à ce que le commerçant comptabilise des ventes de 120€, des achats de 72€, soit une VA (TTC) de 48€, et une charge de TVA de 8€. Ben non. Il comptabilise des ventes de 100€, des achats de 60€ et point barre. La TVA n’apparaît pas, jamais. Tout le monde raisonne comme si la TVA était neutre, sans impact, transparente pour les entreprises. 175 milliards qui apparaissent dans les caisses de l’Etat par transparence… C’est l’impôt invisible ! Pour la petite histoire, la TVA est une invention française, on l’aurait deviné1.

Bref, la TVA n’est absolument pas prise en compte dans les chiffres que je vous ai présentés plus haut. Mais moi je veux la prendre en compte. Les entreprises dont nous parlons ont dégagé une valeur ajoutée, laquelle a donné lieu à une ponction de TVA. Si on veut savoir où finit la valeur ajoutée créée par nos entreprises, on ne peut pas faire comme si la TVA n’existait pas.

J’ai donc corrigé les chiffres ci-dessus pour tenir compte de ces éléments. Concrètement, j’ai exprimé la VA en TTC et intégré la TVA au montant des impôts et taxes. Et j’ai retiré les charges salariales des salaires pour les mettre dans les charges sociales.

On obtient les résultats suivants :

tableau2

Principaux enseignements

Après l’effort, le réconfort. Il est temps de tirer quelques conclusions de tout ce qui précède.

Le premier enseignement et le plus important est que les PME françaises sont très peu profitables. Bien sûr, un échantillon de 4 entreprises ne peut pas être représentatif, mais ce taux de profit net à 5% de la valeur ajoutée n’est pas déconnant, s’agissant de PME industrielles. Cela correspond à une réalité qu’on observe au niveau macroéconomique.

D’abord, les entreprises françaises sont nettement moins profitables que leurs voisines européennes. Ensuite, les PME sont moins profitables que les grandes entreprises . Et les PME industrielles sont en moyenne moins profitables que les PME de services. Oh, vous trouverez toujours des boîtes très rentables où le profit représente 15%, 20% de la VA ou même plus. Mais ce sont des exceptions.

Pour info, les entreprises de moins de 500 salariés représentent en France 60% de l’emploi et plus de 100% des créations d’emplois, les grands groupes étant destructeurs nets d’emploi en France.

Allez, devoir à la maison pour la semaine prochaine : la faible profitabilité des PME françaises est elle un facteur favorable ou défavorable pour l’emploi ? Argumentez.

Deuxième enseignement. Quiconque parle de partage de la valeur ajoutée sans mentionner les impôts et les charges sociales passe (volontairement ou non) complètement à coté du sujet. Malheureusement, c’est ce que font 99% des gens. La présentation habituelle du partage de la valeur ajoutée est que cela se joue uniquement entre les salaires et les profits. Les impôts et charges sociales qui reçoivent 54% du gâteau dans mon échantillon (sans doute un peu moins au niveau national) sont escamotés. La vision orthodoxe considère que les charges sociales sont du salaire (différé), la TVA est simplement ignorée ainsi que je l’explique plus haut, et les autres impôts sont comptés comme… du profit. Ne riez pas.

Troisième enseignement. Quitte à imposer à nos entreprises et leurs salariés des prélèvements obligatoires record, on aurait pu essayer de choisir un mode de prélèvement qui soit le moins nuisible possible à l’emploi. Raté. On a mis le plus gros sur les charges sociales. Si vous vous demandiez pourquoi, dans la compétition internationale, les salariés français semblent à la fois trop chers et mal payés, vous avez la réponse. A chaque fois qu’un employeur verse un euro à un salarié, il donne 90 centimes2 de plus aux organismes sociaux. Difficile de trouver un moyen plus performant de lutter contre l’emploi. Aucun pays du monde n’a des charges sociales aussi élevées que la France.

Quatrième enseignement. Rappelons que ces chiffres datent d’avant la crise. Cette crise s’est traduite pour beaucoup d’entreprises industrielles par une baisse brutale de l’activité, souvent de l’ordre de 30% ou plus. Dans un tel contexte, nos entreprises qui partaient avec de faibles profits se sont vite retrouvées avec des pertes massives. Face à de telles situations, les entreprises sont confrontées à une alternative très simple : soit licencier massivement si c’est possible et sauver ce qui peut l’être, soit faire faillite et tout perdre.

Dernier enseignement. Il faut arrêter avec cette idée selon laquelle on aide les salariés en tapant sur leurs employeurs. Si on veut aider les salariés, on les aide. En créant des emplois par exemple. Les employés et leurs employeurs ont beaucoup plus d’intérêts convergents que divergents. Taper sur les employeurs ne fait que décourager l’emploi, ce qui revient dans la figure des salariés sous forme de chômage et de pression sur les salaires.

Au fait, quand avez-vous pour la dernière fois entendu parler de la création en France d’une entreprise de chantier naval, équipement auto, adhésifs industriels ou lingerie ?

*

Notes

  1. Notons quand même que le choix de procéder comme cela ne provient pas uniquement d’une volonté de planquer la TVA sous le tapis. Il y a quelques avantages objectifs comme le fait que c’est un peu plus facile à gérer et à contrôler.
  2. Seulement 56 centimes pour un smicard depuis les lois Fillon de 2003
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Author: "Liberal" Tags: "Economie, Société, comptabilité, éco..."
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Date: Monday, 14 Sep 2009 06:30

Cette fois, c'est parti : nous sonnons. Sacristains est sorti. Avec une certaine appréhension de ses fondateurs, au vu de la réaction suscitée. Après La Croix, au programme, c'est France Bleu Orléans, Radio Vatican, Zenit, RCF... et demain matin, en direct, je serai sur Radio Notre-Dame à 10 h45.

L'accueil ainsi réservé nous étonne, mais souligne l'existence d'une attente dont nous ne soupçonnions pas l'ampleur. Nous nous souhaitons longue vie, et espérons répondre à cette attente.

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Author: "Koz" Tags: "Non classé"
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Date: Sunday, 13 Sep 2009 08:19

jeromelejeuneInternet, "les blogs", twitter, sont fréquemment la cible de caricatures rapides, souvent du fait de ceux qui craignent de voir ébranler leur statut. C'est, par exemple, Denis Olivennes, qui qualifie Internet de "tout-à-l'égoût de la démocratie", oubliant au passage que son hebdo ne s'est pas distingué par sa rigueur1. C'est encore l'AFP qui voit dans les mésaventures d'Hortefeux un coup d'Internet, oubliant quant à elle que les images sont de Public Sénat et qu'elles n'ont pu être diffusées sur lemonde.fr sans l'accord de Fottorino.

Mais alors, qu'"internet" s'applique à ne pas ressembler à sa caricature. Qu'"internet" s'applique à ne pas être cet outil de meute, prompt au lynchage, reproduisant les travers de ceux qu'il condamne. Qu'"internet" ne mesure pas son influence à son pouvoir de nuisance. Nuisance sommaire, sans vérification, faite de titres qui claquent pour attirer le lecteur.

Ces jours-ci, le sectarisme a remporté une victoire sur le Net. Oh, petite victoire, encore : ce n'est qu'un évènement web qui en a fait les frais.

Twitter connait, donc, un évènement : le twestival. De ce que j'en ai saisi, il s'agit de réunir les twitterers durant une soirée au profit d'une association caritative, humanitaire... Après quelques billets expéditifs et péremptoires empreints d'une intolérance manifeste et d'une mauvaise foi assumée2, le twestival a été annulé.

La Fondation Jérôme Lejeune, son action

Cette année, le vainqueur du vote était la Fondation Jérôme Lejeune. Pour les moins informés, les peu curieux, pour ceux qui n'auraient pas Google, la Fondation Jérôme Lejeune est le premier financeur en France de la recheche sur la trisomie 21. Elle finance ainsi 100 programmes de recherche dans le monde pour près de 2 millions d’euros, pour trouver un traitement permettant de "normaliser les fonctions intellectuelles des malades".

Elle a ouvert le premier centre médical de soin spécialisé en France, qui a été labellisé « centre de référence » par le ministère de la santé dès 1998. Elle reçoit 4.000 patients dans ses consultations médicales spécialisées3 destinées à aider les enfants atteints de ces maladies, ainsi que leurs familles, avec des orthophoniste, psychologues, infirmières, assistante sociale, diététicien... Inutile de préciser que ces familles sont isolées, et souvent désemparées.

La Fondation Jérôme Lejeune est une fondation reconnue d'utilité publique depuis 1996, et l'on relèvera notamment que son président a été auditionné à l'Assemblée Nationale dans le cadre de la révision des lois bioéthique.

Comme c'est, naturellement, expliqué sur son site, La Fondation Jérôme Lejeune défend aussi la dignité de toute vie humaine. De la conception à la mort. Selon le mot de son Président Jean-Marie Le Méné,

"Défendre la vie sans soigner ni chercher serait mentir. Soigner sans défendre la vie ni chercher serait trahir. Chercher sans défendre la vie ni soigner serait faillir."

Une fondation médicale qui considère que le soin comporte la défense de la vie, voilà bien là quelque chose d'étonnant, non ?

Quant à Jérôme Lejeune, ceux qui se donnent la moindre peine de taper son nom dans Google et de cliquer sur la première page disponible, savent qu'il est connu pour deux choses : la découverte de l'anomalie chromosomique responsable de la trisomie 21, et pour son opposition à l'avortement. Ceux qui prétendent l'avoir ignoré sont, au mieux, inconséquents.

Les griefs : valeurs pro-vie, instrumentalisation, favoritisme... fascisme.

Les valeurs pro-vie

Pour préciser, laissez-moi reprendre un passage à charge, présent sur les blogs qui ont obtenu l'annulation du twestival. Son énoncé est censé se suffire à lui-même pour vous expliquer leur opposition. Voyons si ça marche avec vous. Voici ce qui est qualifié de "souci de taille (...) comme le soulignent Charles Liebert (clic) et Jordi Mir (clic) (...) :

"La Fondation Lejeune défend des valeurs revendiquées par les mouvements pro-vie (luttes contre l’avortement, l’euthanasie, la FIV, l’eugénisme, etc). Enfin, elle considère que les embryons sont des êtres humains dès leur conception. Elle prend donc fermement parti contre l’avortement, relayant en cela la lutte de son fondateur, membre de l’Académie pontificale pour la vie. La fondation est ainsi, en 2006, à l’origine de la polémique autour du Téléthon, dont une partie des fonds servent à des recherches sur des embryons humains, causant leur destruction."

Significativement, le billet à l'origine de la cabale ne comporte que deux autres paragraphes, de pur contexte. Le seul énoncé de ces valeurs est jugé suffisant pour boycotter un évènement. Considérer que la vie commence dès la conception - comme Simone Veil, soit dit en passant - n'est tout simplement pas une opinion acceptable.

Au bout du compte, j'ai donc, moi-même, un "souci de taille".

Instrumentalisation des trisomiques

D'autres ignorants volontaires n'hésitent pas à affirmer que la Fondation Jérôme Lejeune se servirait des enfants trisomiques dans sa lutte contre l'avortement. Rassurons-les : elle prend soin aussi des adultes trisomiques. Mais, en soi, c'est une bonne nouvelle : cela voudrait dire que ceux-là se soucieraient enfin des enfants trisomiques, autrement que pour savoir si leur vie vaut vraiment d'être vécue, et à quel stade de la grossesse il faut l'"interrompre".

Se servir des enfants trisomiques ? D'un point de vue dialectique, et pour étayer encore leur opposition viscérale, le grief est utile.

Sans le Professeur Jérôme Lejeune, on appellerait la trisomie 21 "mongolisme", et l'on croirait encore que c'est une dégénérescence raciale. Leurs parents croiraient encore qu'ils ont "fait un dégénéré". La génétique est née avec le Professeur Lejeune. Ses travaux ont été récompensés de multiples fois (encore en 2008). Sa découverte devait amener à soigner les enfants trisomiques. Il n'avait pas envisagé que les hommes auraient une meilleure solution à proposer : supprimer, plutôt que soigner. C'est bien ce détournement de sa découverte qui l'a amené à défendre la dignité de toute vie. Ceux qui voient là une instrumentalisation des trisomiques - qui ne sont pas ceux qui s'en occupent quotidiennement - n'ont rien compris, pour tant qu'ils aient essayé, ce que leurs préjugés hystériques leur interdit probablement. Pas compris que la recherche et le soin sont le premier combat de Jérôme Lejeune. Pas compris que la défense de la vie, l'opposition à l'avortement et l'aide aux enfants trisomiques ne sont pas deux causes indépendantes, mais profondément cohérentes.

Ils ne comprennent pas que l'on ne donne pas de fonds à la recherche sur une maladie qui disparaît... par suppression des malades. Ils ne comprennent pas que la société ne se soucie plus de ceux qu'il serait tellement plus raisonnable de ne pas mettre au monde. Qu'une société qui ne soigne plus le faible mais le supprime - même si dans le sein de la mère, c'est plus soutenable - ne choisit pas la bonne voie et renie son humanité. Que dans quelques années peut-être, si malgré eux, des chercheurs soignent la trisomie, on regardera notre époque avec un sentiment d'effroi, à l'idée qu'on avortait ces enfants. Mais ces gens-là ne croient même pas que la trisomie puisse être soignée.

Favoritisme

Dans l'espoir d'enfoncer le clou, les contempteurs de la Fondation ont invoqué un "financement déguisé". Nicolas Lépissier, fondateur de l'agence qui a organisé le Twestival ayant été directeur de la Fondation Lejeune. Tristan Mendès-France veut pour preuve du "forfait" de la Fondation qu'il figurait encore sur le site de la Fondation en tant que directeur de la publication à la fin du mois d'août. Il évoque une "promotion flash".

S'est-il seulement renseigné sur son successeur, Thierry de la Villejégu ? Il apparaît en tant que membre du Conseil d'administration du Centre français des fondations. Thierry Mendès-France imagine-t-il que la Fondation Jérôme Lejeune a la main sur le site du CFF ? Que prouve sa copie d'écran ? Que le site de la Fondation n'était pas à jour ? La belle affaire ! On aurait aimé plus de rigueur de la part de quelqu'un qui affirme vouloir lutter contre tout conspirationnisme, tout on nous cache tout on nous dit rien.

Quand à Nicolas Lépissier, qu'il ait mobilisé ses amis pour soutenir la Fondation est une possibilité. Est-ce coupable ? La désignation du vainqueur se faisait par un vote des internautes. La régularité du vote est-elle seulement remise en cause ? Au fait, ceux qui contestent le résultat du vote aujourd'hui se sont-ils seulement souciés de voter hier ?! Ou, arrivés après la bataille et simplement soucieux de polir une image déjà lisse à une soirée mondaine, ils ne s'en sont préoccupés que jeudi dernier ?

Fascisme

Parce qu'un billet de plus ne sert à rien sans une accusation supplémentaire, Mry, "blogueur influent" en matière de nanas à poil, dénonce, péremptoire, une "gangrène par l'extrème-droite"4. Jérôme Lejeune serait "adepte de l'église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet". Il y a certes là un indice5 quant aux idées de la personne mais d'où sort-il cela ? Mystère. Peut-être de l'article de Tristan Mendès-France, en pointe dans le lynchage de ces derniers jours, et qui écrivait pourtant à l'époque :

"Personne ne souhaite bafouer la mémoire de Jérôme Lejeune, personne ne peut remettre en question sa contribution à la science ni même revenir sur ce que furent ses convictions personnelles."

Il n'y est pourtant fait mention que d'associations que Jérôme Lejeune aurait inspiré, et qui seraient "liées de près ou de loin, à l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet". En tout état de cause, les temps ont apparemment changé, pour ce qui est de bafouer la mémoire de Jérôme Lejeune.

La seule chose que l'on pourrait mettre à son passif pourrait être sa participation à l'association "laissez-les vivre", qui organisa des "commandos anti-IVG", dont je désapprouve certes les méthodes, qui ont contribué à faire d'une cause légitime une cause de fafs. Mais enfin, ont-ils jamais blessé quelqu'un ? Et s'est-on vraiment enquis du soutien effectif de Jérôme Lejeune à ces pratiques ?

Intéressons-nous donc à ces fascistes. La Fondation Jérôme Lejeune est une fondation reconnu d'utilité publique. Pense-t-on qu'une telle reconnaissance serait accordée à des "fascistes" ? Son président, Jean-Marie Le Méné, a été auditionné à l'Assemblée Nationale, dans le cadre de la révision des lois bioéthique. L'Assemblée Nationale ferait-elle appel à l'expertise d'une organisation d'extrême-droite ?

La Fondation est aujourd'hui dirigée par Thierry de la Villejégu. Mry a-t-il seulement tenté de se renseigner sur lui ? On ne trouve pas beaucoup d'informations sur Thierry de la Villejégu, qui n'est probablement pas de la génération qui collectionne les pages sur Internet. Mais on apprend au moins deux choses.

On l'a vu, Thierry de la Villejégu est membre du Conseil d'administration du Centre Français des Fondations, en tant que représentant de la Fondation Jérôme Lejeune. A ses côtés, la Fondation pour la Mémoire pour la Shoah. Siègerait-elle aux côtés d'une fondation de fascistes ? Vous préférez vous fier au jugement de qui ? Au sien, ou à celui d'Mry ?

Thierry de la Villejégu est également membre de l'association Un coeur pour la paix. L'objet de cette association ? Il s'agit de soigner des enfants palestiniens atteintes de maladies cardiaques à l'hôpital israélien Hadassah, connu pour soigner les malades quels que soient leur origine ou religion. Avec lui, au comité d'honneur : Jacques Attali, François Bayrou, Philippe Douste-Blazy, Bernard Kouchner, Dalil Boubakeur, Elie Wiesel...

Décidément, ce Villejégu a d'étonnantes fréquentations, pour un fasciste ! Mais on peut bien se payer un homme comme lui, hein, pour le prix d'un billet, quand on a tant réalisé soi-même.

*

Mise au ban, au nom de la tolérance

Mon billet est long. J'espère que vous m'en excuserez. Il est toujours plus long de défendre que d'instiller le soupçon, sous des formes pseudo interrogatives de surcroît (pour ne pas trop assumer).

Notre société revendique haut son attachement à la liberté d'expression, à la liberté d'opinion. Elle se complait à citer, le menton en avant et la voix tremblante, les mots attribués à Voltaire et s'admire beaucoup pour cela. Mais la liberté qu'elle proclame, c'est la liberté d'expression conforme, la liberté d'opinion convenue.

Dans cette société, Jérôme Lejeune a été "mis au ban" de la recherche publique pour ses convictions anti-avortement6. Le "père de la génétique" mondiale était français mais, il a été mis au ban de la recherche française pour un délit d'opinion.

Pour ne pas se priver d'une réplique au petit bras, nos twitterers et blogueurs ont récidivé, et mis cette fois au ban la Fondation Lejeune. Parce qu'il y a une conviction obligatoire, une conviction nécessaire en France. Il faut être pour l'avortement, le célébrer. C'est une conquête pour la femme, un droit fondamental, une liberté capitale, un accomplissement, un épanouissement que de ne pas donner la vie. Ne pas partager cette conviction suffit à vous mettre au ban, et en l'occurrence à obtenir l'annulation d'un évènement caritatif.

La Fondation Jérôme Lejeune a donc été privée de cette soirée caritative.

29051661Alors, que faire, sinon donner ? Parce qu'il serait un peu facile de vous y inviter sans l'avoir fait moi-même, j'ai donc, pour la première fois, donné à la Fondation Jérôme Lejeune... et je peux donc vous inviter maintenant. Figurez-vous qu'en outre, puisque la Fondation Jérôme Lejeune est reconnue d'utilité publique, votre don est déductible à hauteur de 66%.

En prime, ce sera un message utile et concret adressé à l'intolérance ordinaire.

*

Notes

  1. entre le sms de Routier et les "connards" de Sarkozy
  2. Ron - William - m'ayant affirmé qu'il assumait la mauvaise foi de son billet, je présume qu'il n'a pas l'intention de la renier
  3. voir ici, en bas de page
  4. il fustigera probablement dans un billet futur les journalistes qui ne font pas leur travail
  5. pas une certitude
  6. c'est pas moi qui le dit, c'est Libé
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Author: "Koz" Tags: "Société, bioéthique, conspirationnism..."
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