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Il y eut un temps où quand on partait
pour les grandes vacances, il n'y avait pas tellement à se soucier de ce qui pouvait se passer au bureau : le plus souvent, il était fermé pour cause de congés payés et les notes de services
dactylographiées par des pools de dactylos elles aussi en vacances, attendraient sagement le retour de leur destinataire au début du mois suivant.
Aujourd'hui il est de plus en plus difficile de déconnecter l'été : les entreprises restent le plus souvent ouvertes et les merveilleux outils nomades mis à notre disposition nous permettent
d'emmener notre bureau tout entier dans la poche du maillot de bain et d'interagir avec le monde en surveillant d'un oeil distrait la construction du château de sable du petit dernier.
Quelques astuces simples peuvent néanmoins faciliter une nécessaire déconnection estivale : se faire envoyer par son prestataire préféré une énorme pièce jointe la veille du départ, oublier le
chargeur de son blackberry, ou renvoyer fixe et portable sur le fax du service et invoquer à son retour un bug de l'informatique.
A moins que la méthode la plus efficace pour déconnecter soit justement de rester au bureau au mois d'août : on n'y porte plus de cravate, on y reçoit très peu de mails (le plus souvent des
messages d'absences) et à l'heure du déjeuner il y a moins d'attente au restaurant d'entreprise qu'au self de n'importe quel club de vacances à la même période.
Je souffre pour ma part de deux ou trois anomalies psychomotrices assez personnelles dont j'ai parfois parlé ici : je suis à peu près incapable de réussir un clin d'œil qui se tienne, incapable également je suis de dessiner un huit correctement : depuis tout petit mes huit à l'envers je fais (parfois j'ai tendance à ranger mes phrases à l'envers également).
Avec le temps j'ai appris à vivre avec ces infirmités : je préfère le sourire au clin d'oeil et quand j'ai besoin de faire un chèque pour acheter de l'essence (ce qui est somme toute assez rare) je fais attention de ne pas tomber sur un multiple de huit (et accessoirement je fais en sorte d'atteindre un chiffre rond).
Je suis également porteur d'une tare terriblement handicapante en cette période de fêtes : je suis incapable de faire un paquet cadeau qui ressemble à quelque-chose. Chaque étape du calvaire que constitue la confection d'un paquet cadeau me rappelle le cauchemar qu'était la couverture des livres de classe quand j'étais petit : les dents qui apparaissent sur le bord du papier parce qu'on a voulu le couper trop vite, l'horrible dissymétrie de chaque bord, l'impossible cornage des coins ou le scotch dont on a perdu le bout qui finit par se coller au mauvais endroit et qui arrache le décor du papier.
Je suis malgré tout à chaque fois émerveillé par ce phénomène mystérieux observé chaque année qui fait que quelle que soit la taille du dernier cadeau que l'on cherche à emballer, le morceau de papier qui reste est toujours trop petit d'environ un centimètre.
Je suis toujours intrigué de
ces réactions parfois étonnantes que peut avoir le corps humain dans certaines circonstances. Cette veine qui bat au coin de l'œil sans que l'on sache forcément pourquoi, ces yeux qui se mettent
à couler au milieu d'un fou rire. A chaque fois je me demande ce qui se passe et je m'interroge sur la nature du court-circuit interne qui à mené à cette manifestation incongrue. L'une des plus
étonnantes est certainement la chair de poule. Hier en rentrant du travail j'ai été saisi par ce phénomène suite à l'action conjuguée d'une température inférieure aux normales saisonnière et de
l'écoute fortuite d'une chanson sublime. En traversant l'avenue, je n'ai pas pu m'empêcher de m'interroger sur ce qu'aurait été la réaction d'un poulet dans pareilles circonstances.
Je discutais l'autre jour
avec un collègue fraîchement débarqué à Paris après une vie en province qui m'avouait qu'il trouvait effrayant de se voir adopter des comportements dont il avait jadis coutume de se moquer. Parmi
eux se mettre à courir après des trains ou calculer son heure de départ du bureau dans le but d'optimiser la chaîne de correspondances menant à son domicile.Habiter à Paris, entraîne en effet quelques évolutions physiologiques : la cadence du pas et la fréquence cardiaque s'accélèrent, l'humeur et le teint s'assombrissent et l'esprit est à chaque instant à la recherche de solutions permettant de gagner quelques minutes ou de procurer la satisfaction d'avoir optimisé son itinéraire.
Dans le métro on effectue de savants calculs dans le but de décider dans quel wagon on va tenter de prendre place. On hésite entre la voiture de queue qui en général est moins bondée que les autres quand le métro arrive sur le quai, la voiture de tête qui permet une correspondance parfaite à Champs-Elysées Clémenceau ou la seconde voiture qui, en général, voit l'immense majorité de ses passagers descendre à la station Saint-Lazare (eux aussi ont optimisé leur trajet).
On se surprend parfois à remonter le quai à toute allure pour se retrouver dans le wagon de tête qui sera plus près de la sortie de la station de destination alors même que cela ne réduit en rien la distance parcourue. Et puis on se moque de tout comme par exemple de ces provinciaux leur plan de métro à la main qui restent coincés au milieu de la voiture 4 pour n'avoir pas anticipé le flot de voyageur fréquemment observé en montée dans la voiture 4 à la station Saint Lazare et qui , c'est certain, devront remonter tout le quai une fois arrivés à leur station.
Un réveil si tôt que le chat ne
sait pas s'il faut demander des croquettes / quelques rares passants titubants et avinés qui déambulent dans les rues désertes à la recherche d'un impossible nouvel endroit où étancher leur
soif / des travelos à talon cassé qui fendent l'avenue de Clichy d'une démarche précipitée et maladroite / repérer dans la nuit les marques de craie qui délimitent l'emplacement où l'on va
pouvoir à la hâte décharger une voiture vraiment très mal garée / faire face à l'assaut matinal des "professionnels", ils sont le plus souvent en couple, elle est blonde, grosse et moche, lui a
la cinquantaine, les cheveux gris et la chemise ouverte sur un gros bide. Ils vous menacent de leur lampe de poche, ils sont désagréables, ils fouillent dans vos caisses, vous engueulent car vous
ne vendez pas les bons livres, ou que vous ne les déchargez pas assez vite / des mamies levées très tôt qui achèteront une vieille bouteille d'eau de cologne entamée / un blouson ami pour se
protéger du froid / une boulangère à peine réveillée qui par opportunisme à décidé d'ouvrir beaucoup plus tôt que d'habitude / des gens vraiment gentils marchandant pour la forme une babiole
inutile / voir passer un visage connu du quartier et discuter de tout et de rien / des voisins expansionnistes anschlussant très surs d'eux près d'un demi mètre de trottoir / une dame à la
recherche d'obus de la guerre de 14 pour son beau frère qui les collectionne / des freaks édentés sortis d'on ne sait où / un monsieur un peu timide qui achètera finalement une vieille
perruque blonde platine / des enfants qui vendent des jouets kinder après les avoir vernis, finançant ainsi un achat massif de bonbons / des râleurs qui trouvent tout trop chers / une boite en
métal ayant jadis servi à transporter une bobine de film 35 mm qui fera un parfait moule à tarte / des passants à l'allure improbable qu'on avait jamais vu dans le quartier / un stock de
trousses Air France ayant échappé de justesse à la poubelle après un séjour de plusieurs années à la cave qui de façon surprenante a parfois intéressé "je vais vous en prendre deux car il y a
masque pour dormir à l'intérieur et c'est très pratique quand on va dormir chez des gens" , parfois surpris : "oh il y a une paire de chaussette à l'intérieur ça alors", et
même parfois révolté "ces petites trousses c'est pour ces salauds de nantis qui non content d'avoir le privilège de voyager aux frais de la princesse en business class et de s'y empifrer de
foie gras en veux tu en voilà éprouvent le besoin de le faire savoir en pavanant avec leur petite trousse de merde" / un casse croûte englouti à la hâte dix fois interrompu par une vente /
des objets d'une rare laideur qui trouveront preneur pour quelques euros alors même qu'on avait même pas osé mettre à la poubelle de peur de donner la nausée aux éboueurs / des regards inquiets
qui vous questionnent pour savoir si cette cafetière vendu 7 euros est vraiment en état de marche et qui repasseront vous voir dans l'après midi pour vous confirmer qu'elle fonctionne
correctement et que vous n'êtes finalement pas un voleur / des histoires inventées autour de certains objets car tout le monde vous le dira un objet sans intérêt se vend toujours mieux s'il a une
histoire / baisser tous les prix parce que la fin de l'après midi approche / voir revenir cette dame qui n'a semble t'il toujours pas trouvé d'obus de la guerre de 14 / ranger ces objets
qui n'ont pas trouvé preneur et les informer qu'ils vont passer un an à la cave avant d'avoir une nouvelle chance l'année prochaine / recharger à la hâte une voiture toujours mal garée / se
retrouver plus tard pour dîner, évaluer sa recette et évoquer ensemble ces objets étranges, ces gens bizarres ou sympathiques et penser déjà à ce que l'on pourra mettre en vente l'année
prochaine.
Il arrive parfois que tombe sur
vos épaules une responsabilité inattendue, pour laquelle vous ne vous étiez pas du tout préparé. C'est par exemple le cas au G20 quand la caissière au bout de la file d'attente dans laquelle vous
vous trouvez décide de prendre sa pause et vous confie la lourde tâche d'en informer le reste du magasin. Le plus souvent on se livre à cette tâche avec un enthousiasme plutôt mesuré.La lâcheté conduit même parfois à faire comme si de rien n'était jusqu'à ce que la caissière aboie un rappel à l'ordre à votre voisin de derrière qui depuis une dizaine de minutes se réjouissait intérieurement d'avoir fait un choix de caisse parfait tant la longueur de la file dans laquelle il s'est engagée est infiniment plus courte que les autres.
L'autre jour dans le TGV une dame a commencé à faire des bruits très bizarres, le wagon entier à envisagé une crise d'épilepsie avant de se rendre compte qu'ayant avalé un truc de travers elle était en train de s'étouffer. C'est pendant que j'étais en train d'essayer de me remémorer cette demi-journée de formation aux gestes qui sauvent, organisée il y a quelques mois au bureau, pendant laquelle on avait bien rigolé avec les collègues qu'un monsieur juste en face de moi (il devait être médecin) s'est levé pour se précipiter vers la dame et d'un geste précis lui a fait expulser ce qui était en train de devenir son dernier m&m.
A ce moment là j'ai ressenti comme une espèce d'humiliation voisine de celle que l'on éprouve quand une dame de la file d'attente d'à coté s'adresse à celui qui s'apprête à faire la queue derrière vous et lui lance un sévère "c'est fermé derrière le monsieur, pourquoi croyez vous qu'il y ait aussi peu de monde à cette caisse ?"
L'autre jour je me suis retrouvé
dans un avion au fauteuil 9B. Dans cet avion, la lettre B était arrivée ex aequo avec la lettre E au concours de la lettre la moins confortable.Au début tout allait bien, l'appareil était encore vide et mon coude droit avait préempté l'accoudoir droit sans même que j'y pense. Quelques minutes plus tard une grosse dame vraisemblablement de nationalité américaine est venue s'asseoir à coté de moi (au siège 9C donc) interposant son quintal entre moi et la possibilité d'une évacuation en un temps raisonnable en cas de besoin.
Au moment précis où je me saisissais du journal de la compagnie aérienne propriétaire de l'avion qui nous envolait, j'ai réalisé que je venais de commettre une erreur irréparable. Quelques secondes plus tard alors que mon coude était en train de regagner sa juste place j'ai senti comme une présence flasque compromettant mon projet de colonisation de l'accoudoir mitoyen.
Alors que je commençais à me résoudre à l'idée inconfortable de voyager avec un coude dans le vide, la distribution des plateaux repas m'a ouvert une opportunité en or de reconquête de ce territoire dont j'avais été injustement spolié. Ni une ni deux, j'ai abaissé ma tablette pour que l'hôtesse puisse y déposer un plateau repas et au moment même où ma voisine a attaqué sa salade de céleri, mon coude droit a pris une position solide et indéboulonnable sur l'accoudoir. Je me suis alors juré de ne plus baisser la garde quitte à mourir de faim en contemplant mon plateau repas s'il le fallait.
Cette technique a été relativement efficace jusqu'à ce qu'au début de la descente l'hôtesse me demande gentiment de remonter ma tablette, activité impossible à réaliser de la seule main gauche.
Il y a une règle d’or chez le traiteur chinois c’est que quand la somme
des achats dépasse un montant que j’estime à 12 ou 13 euros on a droit à un cadeau, un petit supplément qui fidélise, rajouté en cachette dans le sac un peu à la manière de la vendeuse en
parfumerie qui profite du moment d’inattention généré par la rangement de la carte bleue pour glisser dans le sac une ou deux mignonnettes de sent-bon supplémentaires.Si on a repéré que la vendeuse a manigancé quelque chose au moment de l’encaissement, on ouvrira son sac plastique dans un mélange d’enthousiasme et de crainte. L’enthousiasme d’avoir gagné quelque chose de gratuit mais aussi la crainte de s’être fait refilé un paquet de vielles chips de crevette éventées ou un petit flacon d’eau de cologne de mamie.
Je me suis toujours demandé d’où provenait cette habitude et pourquoi cette pratique commerciale n’était pas utilisée par d’autres commerçants.
Ainsi le dentiste pourrait profiter d’un manque de vigilence provoqué par l’angoisse de l’extraction d’une dent de sagesse pour poser discrètement une couronne gratuite sur une prémolaire dans un but de fidélisation.
Encore plus étrange, dans les concerts, un artiste inconnu pourrait se produire avant l’entrée en scène de la vedette, laquelle pourrait à la fin de son spectacle faire semblant de partir avant de revenir chanter un peu.
Mickey 3D – Ma grand mère
Il y a quelques jours la
communauté scientifique nous a gratifié d’une seconde supplémentaire.Je n’ai pas compris toutes les raisons qui ont motivé cet ajustement, mais j’aime assez ce coté joueur qu’ont les scientifiques qui les pousse à glisser, ici ou là, une seconde voire une heure supplémentaire pendant que les gens dorment.
Ce que je trouve assez effrayant par contre, c’est que si les médias ne s’étaient pas largement fait écho de cet évènement dans une période à l’actualité un peu creuse, on ne se serait sans doute aperçu de rien et on aurait négligemment remis sa montre à l’heure, un peu par hasard un dimanche de février, en constatant qu’il est quand même étrange que le journal de vingt heures commence une seconde trop tôt.
Ce que je trouve encore plus effrayant c’est que si ça se trouve, la communauté scientifique, quand elle s’ennuie, s’amuse peut être à ajouter ou enlever des minutes suite à des paris stupides à la machine à café.
Cette théorie pourrait expliquer un certain nombre de phénomènes assez étranges :
Ainsi, le train de la garenne colombes de 19h08 qui arrive à 19h22 pourrait être la conséquence de l’intercalage entre 19h07 et 19h08 d’une tranche de 14 minutes par un fonctionnaire du ministère du temps (organisation souterraine dont l’existence est tenue secrète pour des raisons évidentes)
De la même façon, le train de 19h28 qu’on pensait pouvoir attraper sans aucun problème tant on avait méticuleusement choisi l’heure de son départ du bureau dans un but de synchronisation ferroviaire parfaite et que l’on voit partir alors qu’il est seulement 19h25 et qu’on est encore à 100 mètres de la gare est probablement l’œuvre d’un autre fonctionnaire qui après un pot de départ exagérément alcoolisé a décidé, en revenant à son poste de travail vers 19h25, de supprimer une petite dizaine de minutes pour rigoler.
Les exemples sont nombreux, comme cette réunion qui empiète sur l’heure du déjeuner alors qu’on est en pleine hypoglycémie pendant laquelle chaque minute semble durer un éternité également imputable à un fonctionnaire un peu tire au flanc qui fait durer sa pause déjeuner en intercalant une tranche d’un quart d’heure toutes les cinq minutes.
Pour revenir à cet ajustement, je trouve ça un peu idiot de rajouter une seconde qui ne sert à rien au milieu de la nuit, on devrait permettre à chacun d’en disposer comme bon lui semble, ou alors mettre de coté toutes ces secondes jusqu'à disposer d’une journée complète, si possible un dimanche.
Le samedi avant Noël est un jour idéal pour acheter des chaussures. Pour des raisons qui m’échappent, personne n’offre de chaussures pour Noël, du coup les magasins de chaussure deviennent des îlots de calme desquels on peut observer la foire d’empoigne du dernier samedi avant les fêtes, quand dans la rue du havre le flot des piétons agglutinés dans l’attente d’un feu rouge se discernent à peine du flot des voitures agglutinées dans l’attente d’un feu vert vers l’espoir ténu de pouvoir s’engouffrer dans les allées exagérément embouteillées du Parking Haussman. Il n’y avait donc pas foule aujourd’hui dans ce magasin de chaussures : pas de clients, deux vendeuses de chaussures de sexe féminin et le patron du magasin qui avait décidé de jouer au client et de s'acheter lui aussi des chaussures (étant un professionnel il doit savoir comme moi que le samedi avant Noël est un jour idéal pour acheter des chaussures). Les conditions étaient donc idéales pour assister à un magnifique concours de fayotage. Les concours de fayotage sont des moment rares et certaines situations sont propices à leur déclenchement : l’arrivée d’un nouveau chef, un déplacement professionnel en train ou en avion, un pot de départ à la retraite, le vestiaire de la salle de sport de l’entreprise ou bien un magasin de chaussure un samedi avant Noël quand le chef essaie des chaussures. D’abord il y eut la course entre les deux employées pour aller chercher la boite avec la seconde chaussure de taille 42. Un peu plus tard deux chausse-pieds se sont tendus quasiment en même temps vers la chaussure patronale avant que ne fusent des compliments sur le porté de chaussure du chef : "ça vous affine vraiment le pied chef " ou son bon goût évident "elles sont vraiment jolies les chaussures que vous avez choisies chef ". Il y a un signe qui ne trompe pas qui permet d’être certain que l’on se trouve au beau milieu d’un concours de fayotage : c’est quand le chef fait une blague vraiment pourrie et que chaque sous-fifre essaie de rire plus fort que l’autre à la blague hiérarchique : "Il est vraiment drôle le chef : s'il existait pas il faudrait l'inventer" . C’est exactement ce qui s’est produit pendant que j’attendais moi aussi une seconde chaussure de taille 42 avec l’impression très nette de ne pas exister. Zézé mago - Et si tu n'existais pas
Chaque année la période de Noël me rappelle tristement l’une des quelques incapacités chroniques dont je suis victime. J’ai déjà exposé ici l’une de ces infirmités qui fait que je suis incapable de réussir un clin d’œil mais ce handicap n’est rien à coté de ce mal dont je prend conscience à chaque Noël (et aux anniversaires aussi) : je suis physiologique incapable de réussir un paquet cadeau. Quand on est atteint de cette infirmité, le plus simple est de déléguer la tâche à une vendeuse cinquantenaires endimanchée et acariâtre qui empaquette à la hâte tout le samedi en attendant la pause. Je suis à chaque fois admiratif de la précision chirurgicale avec laquelle le prix est enlevé d’un coup de ciseau à bouts ronds (je me suis toujours demandé pourquoi on enlevait le prix des cadeaux : "j’ai fait enlever le prix de ce dvd, du coup jamais tu ne pourras retrouver combien je l’ai payé AH AH AH AH" (rire grave genre fantomas suivi du lancement d'une boule de fumée). Je suis également toujours émerveillé de cette capacité qu’elles ont à découper, apparemment au pif, un morceau de papier cadeau qui à chaque fois possède des dimensions en adéquation exacte avec les proportions du cadeau. Seulement voilà je n’ai pas toujours le temps ni la patience de rester une bonne demi-heure dans une file d’attente ronchonneuse et impatiente. Du coup, le plus souvent, je me retrouve au pied du mur devant un rouleau de papier cadeau, une paire de ciseau à bouts pointus, et un rouleau de scotch. Le cauchemar commence toujours de la même façon : le bout du rouleau de scotch a été perdu et la transparence absolue de ce produit diabolique fait qu’à un moment donné on est même convaincu qu’il n’a pas d’extrémité. Au bout d’une bonne vingtaine de minutes on se décide à tenter de faire une entaille pour fabriquer soi-même une amorce puisque l’extrémité naturelle a décidé de se tapir dans la profondeur du rouleau. Le résultat est en général assez décevant : soit la blessure est trop profonde, soit elle ne couvre pas toute la largeur du ruban et on a vite dépiauté la quasi-totalité du rouleau et on décide finalement d’entamer un ruban neuf à l’amorce écossaise encore intacte. Ensuite les contrariétés s’accumulent, les dents sur le bord du papier, stigmates d’une découpe approximative, le constat trop tard que le morceau de papier est trop petit pour les dimensions du cadeau, les plis sur les bords qu’on arrive pas à dompter et, à la fin, un résultat à la vue duquel on a peine à croire qu’il représente une session de travail manuel laborieuse d’une bonne demi-heure et surtout la honte au moment où l’on dépose, le plus vite possible, le paquet au pied du sapin pour ne pas être identifié comme l'handicapé à l’origine de la confection du paquet cadeau, honte voisine de celle que l’on ressentait la semaine de la rentrée des classes quand on sortait son livre de Maths avec lequel on s’était battu toute la soirée de la veille dans le but de le recouvrir d’un film plastique pour le moins récalcitrant. Brenda Lee - Jingle bell rock
Je suis assez consterné par les gens qui continuent à raconter des blagues de toto à l’age adulte. Entendons nous bien j’adorais les blagues de toto quand j’étais en CM1 mais aujourd’hui j’ai du mal à les trouver désopilantes à la machine à café et même à d’autres endroits d’ailleurs. Cela dit je me demande souvent qui est l’inventeur des blagues de toto. A l’évidence, il s’agit probablement d’un rédacteur de blagues carambar qui avait un fils particulièrement turbulent et qui a voulu laisser une trace dans l’inconscient collectif des cours de récréation. J’ai découvert un jour par hasard et à mon plus grand desespoir que ce concept existait aussi en Suisse : il a quelques années un vendeur suisse avait tenté, des centaines de kilomètres à travers la suisse durant, de m’initier aux blagues de jean li et dorli (équivalent suisse allemand des blagues de toto) qu’il traduisait au fur et à mesure. Cette expérience encore douloureuse m’a fait prendre conscience que ce genre d’humour perd énormément à la traduction et aussi qu’un voyage sur une autoroute suisse peut être interminable même s’il ne prend pas beaucoup de place sur une carte routière. Alain Souchon - Toto 30 ans
Les travaux étant presque finis, on a rebranché la vieille platine vinyle et ressorti nos collections de 45 tours. C’est vraiment chouette les 45 tours, ça craque, ça vit et il faut se lever du canapé toutes les 4 minutes pour en changer alors qu’avec i-tunes, on peut rester assis sur la canapé 12,7 jours sans avoir besoin de se lever pour changer la musique. Redécouvrir une collection de 45 tours, c’est aussi redécouvrir les faces B. Ca doit être un peu ingrat d’être une face B, la face B c’est pas vraiment le truc dont on avait envie au départ et ça se trouve par hasard, un peu comme le court métrage avant le film au cinéma ou la mignonnette d’assouplissant attachée au baril de lessive. De nos jours il y a de moins en moins de faces B : on va à l’essentiel, on consomme le plus rapidement possible ce que l’on a choisi, on télécharge avec précision le morceau convoité, il n’y a plus de court métrage au cinéma, plus de mignonnette attachée aux barils de lessives. Le monde moderne a donc décidé d’éradiquer les produits de face B avec cependant deux exceptions que sont la première partie dans les concert et les yaourts à la cerise imposés aux amateurs de yaourts à la framboise qui ,s’ils venaient à disparaître, me manqueraient infiniment moins que les faces B des 45 tours. Jean Jacques Goldman – Etre le premier
L’être humain est une machine fascinante tout à la fois complexe et fragile. Je suis à chaque fois émerveillé de tous les phénomènes qui se mettent en branle dans le corps humain à partir du moment où on a truc qui nous gratte l’oreille pour aboutir en quelques fractions de secondes à prendre la décision de se gratter l’oreille puis contracter les muscles qu’il faut dans l'ordre qu'il faut pour atteindre avec une précision diabolique et sans même y penser le lobe irrité, tout en continuant de regarder le journal télévisé de David Pujadas. Les phénomènes selon lesquels le corps humain se construit ou se régénère sont tout simplement fascinants et constituent selon moi une merveille d’horlogerie. Tout aussi fascinante est l’absolue instabilité de tout cela : augmentez ou diminuez la température ambiante d’une petite vingtaine de degrés, et les gestes se font plus gauches, la pensée plus lente. Augmentez la température ambiante d’une petite centaine de degrés et personne n’arrivera plus à se gratter l’oreille devant le journal télévisé de David Pujadas. Le corps humain arrive le plus souvent à se maintenir dans un équilibre instable mais il arrive qu’un influx nerveux mal aiguillé, un chromosome farceur installe le désordre dans cette mécanique et génère ici ou là un spasme incontrôlé dans le pied, une couleur de cheveux étrange, un cancer généralisé ou un comportement de tueur psychopathe. Un dérèglement finalement assez anodin bien que très désagréable consiste pour certaines personnes à s’approcher exagérément de vous lorsqu’elles vous parlent. Je n’ai pour ma part jamais su si ce comportement mystérieux était dû à une altération de la perception de la distance, à la nécessité de compenser une baisse d’audition passagère, à un problème de vertèbres ou au sex-appeal débordant de l’interlocuteur. The kinky boyz featuring Kia - sexy boy
Je ne sais pas par quel mécanisme, mais il y a des restaurants qui, le dimanche midi, attirent les familles. C’est le cas de la Gioconda, chouette restaurant italien qui donne sur le jardin des batignolles où l’on est certain, le dimanche midi, de trouver pèle mêle, des petits couples très amoureux, des petits qui courent partout en attendant leur énorme coupe de glace avec des jolis parasols en papier de toutes les couleurs plantés dedans, des ados blasés qui donnent l’impression d’être en train de préparer un plan d’évasion, des couples plus très amoureux qui n’ont rien à se dire, des mamies en famille qui sont prêtes à tout pour attraper l’addition avant leur gendre ou des mamies entre copines qui se lèchent les babines quand on leur amène leur énorme coupe de glace avec les jolis parasols en papier de toutes les couleurs plantés dedans. Le restaurant le dimanche midi, c’est comme une fenêtre sur la vie, comme un film des grandes étapes de la vie qui défilerait en accéléré. Ricchi e poveri - Sarà perché ti amo
Dans la vie il y a les trucs
qui reviennent et les trucs qui passent.
Les baleines dans la baie du Saint-Laurent, la rentrée des classes, la pluie, les feuilles d’impôt, les quantités excessives de mûres accrochées aux branches épineuses des ronces au bord des
chemins en septembre, Noël ou le chien à qui on a lancé un bâton sont des trucs qui reviennent.
Une mauvaise bosse, le temps, les coups de soleil, la vie ou les couleurs de ce tee-shirt qu’on aime bien sont des trucs qui passent.
Le plus souvent un truc qui passe, ça fait comme un petit pincement au cœur et un truc qui revient c’est plutôt chouette (à l’exception peut être de la rage de dent).
Mais ce qui est vraiment intéressant dans la vie c’est les trucs dont on ne sait pas à l’avance s’ils vont revenir.
C’est par exemple ce chat appartenant sans doute à un voisin qui, sans raison, prend l’habitude de venir faire chaque jour chez vous un repas supplémentaire avant de décider sans prévenir de
sortir de votre vie comme il y était entré.
C’est aussi le cas quand on est au feu d’artifice, vers la fin, au moment où on ne sait pas trop si c’est le bouquet final ou si ça va continuer encore.
Mais ce qui est vraiment épatant dans la vie, ce sont ces trucs dont on a la quasi certitude qu’ils sont passés et qui reviennent sans crier gare : Ulysse 31 à la télé, les espadrilles, le succès
d’Indochine et aussi et peut être surtout un ami perdu de vue depuis longtemps retrouvé par hasard.
Daho - Dani - Comme un boomerang
Il y a un mois ils
étaient nerveux, pressés, agacés, parisiens, et poussaient à toute vitesse leur caddie dans les allées du G20.
Il y a trois semaines, ils arrivaient enfin à la mer, la mine défaite, après avoir eu trop chaud dans des embouteillages trop nombreux.
A peine la valise défaite (elle aussi), ils allaient prendre leurs premiers coups de soleil.
C’est un peu comme si à ce moment précis, une force contre laquelle il était inutile de lutter avait décidé de freiner le cours du temps. Dès lors chaque geste se faisait plus lent. Chaque jour
était rythmé par des occupations semblables : vérifier les horaires de marées, se mettre en route pour la plage, ne pas oublier de mettre de la crème, penser à acheter du rosé pour l’apéro.
Il y a deux semaines et trois jours, ils ont commencé à peler. On n’est pas vraiment en vacances tant que l’on ne pèle pas un peu.
Il y a trois jours, ils s’étaient fait la remarque qu’il faisait déjà nuit alors qu’il n’était même pas neuf heures.
Le lendemain ils s’étaient étonnés qu’une feuille se détache nonchalamment sur leur route avant de venir mourir devant leurs espadrilles.
Il y a deux jours, ils avaient ressenti comme un léger pincement au cœur à l’idée qu’il fallait se mettre à faire les valises.
Il y a un jour, ils arrivaient enfin au péage de Saint-Arnoult, après avoir eu trop chaud dans des embouteillages trop nombreux. C’est à ce moment précis, qu’ils ont eu cette sensation étrange
que le temps était de nouveau pris dans une espèce d’accélération dans laquelle il fallait se fondre pour ne pas se faire klaxonner parce qu’on a mis trop longtemps à avancer après que la
barrière se soit ouverte.
Il y a une heure, ils étaient au supermarché pour remplir leur frigo. Curieusement, malgré le repos, malgré le sel sur la peau, ils étaient nerveux, pressés, agacés parisiens et poussaient, à
toute vitesse leur caddie dans les allées du G20.
Jean Louis Aubert - Les plages
De mon point de vue,
l’utilisation d’un photomaton s'apparente à une espèce de torture.
D’abord se rappeler dans quelle station de métro il y a une cabine, pester de ce que la machine est en panne, marcher, en trouver une autre, s’énerver de la présence d’un énorme tag sur le fond
blanc plus très blanc du coup. Trouver enfin un automate photographique disponible, constater avec désarroi que l’on a pas de monnaie, aller acheter un paquet de tic tac au bureau de tabac pour
faire de la monnaie, perdre son tour, attendre la fin de la séance photo de trois lolitas compactées ayant décidé d’immortaliser leur amitié préadolescente.
Vérifier que l’on a pas été suivi, s’engouffrer dans la machine, s’étonner de ce que le rideau soit désespérément trop court, tourner le tabouret, mettre les pièces, appuyer sur le gros bouton,
se concentrer, sentir le nez qui gratte, ne pas se gratter, surtout ne pas se gratter le nez. Et puis si, se gratter le nez quand même, on doit avoir le temps, clic clac. Ne pas garder
la photo, recommencer, se rappeler des photomatons de son enfance et du flash qui résonnait dans toute la gare (y a-t-il un équivalent de raisonner pour la lumière ?), se concentrer de nouveau,
et puis sans raison sur un coup de tête, défier l’objectif d’une grimace de dernière minute, clic clac. Dernière chance, se concentrer vraiment, pas bouger, clic clac.
Sortir de la machine, attendre une éternité en se donnant une contenance, s’emparer de la bandelette et partir en courant.
Quelques années plus tard mettre la main sur son stock de photomatons ratés en triant des vieux papiers, se moquer.
Etienne Daho – Tombé pour la France
PS : c’est sans doute une coïncidence, mais il se trouve que je commence juste un projet inutile (http://www.photomaton-moche.com) en lien avec
billet. N’hésitez pas à contribuer à cette oeuvre.









