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C'est une première mi-temps. Et ses résultats confirment les anticipations : le taux des abstentions, le score du Modem, celui du FN, peut-être plus surprenant toutefois. On pourrait se méfier de toute leçon générale tirée du résultat du premier tour d'un scrutin régional marqué par une si forte abstention. Quelques réactions, toutefois, placées sous la question du temps.Quatrième scrutin en quatre ans
On peut broder sur la signification exacte de l'abstention. Désengagement, absence de perception des enjeux, rejet des orientations de l'exécutif, absence d'adhésion au bilan des régions. Et la lassitude des citoyens ? Les régionales sont le quatrième scrutin en quatre ans (si l'on excepte les législatives, qui se sont tenues de façon quasi-concomitante à la présidentielle). Les citoyens français développent-ils un intérêt suffisant pour la politique pour se mobiliser ainsi chaque année ? L'hystérisation de la politique, faite d'évocations répétées des heures sombres et d'appels à la résistance en détachent d'autres encore.
Du court-termisme en politique
La multiplicité des consultations pose une autre question : celle du court-termisme en politique et du rapport au temps. On connaissait le fameux "il faut laisser le temps au temps" de Mitterrand. On le jugeait anesthésiant. Depuis, le temps n'a plus le temps.
La politique a été frappée par son accélération comme tout autre domaine mais elle y a aussi mis sa touche propre : le passage au quinquennat a abrégé le temps politique et il faut ajouter, à ce raccourcissement du temps politique, cette succession de scrutins qui empêchent l'exécutif de développer son action sur un temps long, puisqu'il doit toujours prendre un scrutin qui s'annonce.
Par-dessus tout cela, on ajoutera les sondages, dont l'exécutif actuel est friand. Faut-il d'ailleurs s'étonner, dans ces conditions, que les sujets de la dette et des retraites ne soient envisagés que maintenant, alors qu'il n'y a pas de scrutins majeurs avant la prochaine présidentielle ? Cette situation est-elle bien saine, pour la conduite politique d'un pays ?
Le Modem paye le prix de sa contradiction ontologique
Retour aux régionales : ce scrutin aura vu le Modem payer le prix de sa contradiction ontologique. Girondin, parlementariste, le Modem n'est in fine qu'une écurie présidentielle. François Bayrou confirme qu'il ne vise que ce scrutin. Et ce soir a vu la réitération du scenario des municipales, quand les candidats Modem tentaient de valoriser leur apport de voix auprès du PS, qui n'avait pas besoin d'eux pour l'emporter. Ce soir, on n'entendait guère d'orateurs du PS vanter les vertus d'une stratégie d'alliance avec le Modem.
On aura une pensée particulière, également, pour Yann Werhling et Jean-Luc Benhamias, qui doivent regretter amèrement leur choix stratégique, lorsqu'ils se sont empressés de sauter sur un nouveau cheval, abandonnant les Verts à la veille de leurs plus gros succès électoraux.
Le PS relancé, mais jusqu'où ?
A gauche, le PS s'est également relancé. Certes, il ne s'agit que d'un scrutin, à la portée relative. Mais il s'agit du dernier scrutin avant les présidentielles, de la dernière consultation, figeant les rapports de forces avant les grandes manoeuvres de 2011-2012.
Au sein même du PS, les choses se sont peut-être encore compliquées. Martine Aubry sort confortée, mais Ségolène Royal peut se targuer d'un très beau score. La rivalité va perdurer, illustrée de façon un peu cocasse par cette volonté de Ségolène Royal d'enregistrer sa réaction au moment même où Martine Aubry s'exprimait.
FN : échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy
La bonne santé du Front National est une autre leçon de ce scrutin. On entendait Luc Chatel rappeler que le Front National n'était en fin de compte qu'à son niveau des dernières régionales. Mais c'est aussi souligner que la stratégie de Nicolas Sarkozy, déployée entretemps, n'aura eu aucun effet. Plus encore, on a la confirmation que ce débat sur l'identité nationale, lancé aussi pour contrer un FN ravigoté par les errements de la majorité de cet automne, n'aura pas permis de le contenir.
Aurait-il été plus haut encore ? Nul ne le sait. Mais il est, cette fois encore, en position de faire barrage à l'UMP. Comment ne pas y voir un échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy à son égard ?
Bientôt, la deuxième mi-temps... pour ouvrir sur une autre ère
On voit mal ce qui pourrait modifier ces constats d'ici la semaine prochaine. De retour aux vestiaires, les équipes vont se recomposer. Des tractations qui s'y dérouleront, entre Parti Socialiste et Europe Ecologie, qui devront céder sur des points essentiels (Iter en PACA, la LGV en Aquitaine), les électeurs ne sauront rien. Après la deuxième mi-temps de dimanche prochain, s'engagera un nouveau temps pour l'exécutif.
Le temps, peut-être, des réformes de fond. À autre temps, autres moeurs peut-être : Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il jouerait la partition de l'«apaisement pour pouvoir réformer».
également publié sur LeFigaro.fr 
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Géraldine, Philippe, Manuel, Nicolas, Françoise se sont abstenus aujourd'hui. Hier soir, à table, Claire, Benoît, Ariane s'interrogeaient encore sur leur vote comme, semble-t-il, 5 à 10% des Français, pendant que d'autres semblaient se résigner à voter. Et le sondage qui soulignait que les électeurs étaient avant tout préoccupés par les enjeux régionaux laisse dubitatif : est-ce une heureuse coïncidence de leurs préoccupations personnelles et des vrais enjeux, ou une inhabituelle extra-lucidité parmi les électeurs ? Car qui, dans votre entourage saurait citer les compétences régionales (sans les googler) ? Qui peut véritablement citer les actions précises de sa Région ?
Celui qui habite à côté du lycée rénové l'an dernier, peut-être. Celle dont la vue est bouchée par un panneau indique que «votre région finance l'aménagement de ce rond-point», aussi. Mais qui, pour donner la liste complète des compétences de la région ? Et quand bien même vous connaitriez cette liste, seriez-vous capable de dire si c'est la commune, le département, la région, ou l'État (sans évoquer l'Union européenne) qui a sauvé l'entreprise Dubois, fabricant de palettes à Saint-Truc-la-Forêt et les 50 emplois qui lui étaient attachés ? Le théâtre des Amandiers, à Nanterre : qui le finance ? La culture, c'est l'État. Oui, mais c'est la région aussi. Et la municipalité, la culture, c'est pas la municipalité ?
La région est donc une autre de ces strates de décisions méconnues, «souffrant d'un déficit de visibilité», selon l'expression consacrée. Et notre État jacobin l'entend peut-être d'ailleurs ainsi : les doter de compétences concurrentes à celles de l'État n'est pas la meilleure façon d'assurer la juste perception de leur action ? Au-delà, combien de régions peuvent se targuer de susciter un sentiment spontané d'adhésion ?
Alors oui, cette campagne aura été peu mobilisatrice. Et l'on s'en étonnerait ? Au-delà encore des raisons structurelles, elle ne s'est réveillée, tristement, que sous l'effet de polémiques parasites, qui ont couvert de leur relatif fracas tout débat sur les enjeux régionaux. Dans une heure, nous saurons probablement que la majorité présidentielle en paiera le prix. Mais l'exécutif n'est-il pas puni par où il a pêché ? Souvenons-nous qu'il a anticipé ces régionales par un pari risqué, en passe d'être perdu : le débat sur l'identité nationale. Débat de mauvais augure, mal lancé, mal mené, occultant les sujets de fond, nationaux comme régionaux, et qui n'aura peut-être même pas permis de contenir le Front national.
Pour finir : les médias... Les articles pédagogiques sur les compétences régionales et les enjeux du scrutin n'ont éclos que dans ces tous derniers jours. Pas de quoi recadrer le débat, alors qu'on pourrait rêver de médias volontaristes, créant l'intérêt des électeurs au lieu de le suivre. D'autant que les surprises ne sont pas exclues : les citoyens présumés désabusés ont déjà détrompé les prévisionnistes de l'audimat.
Compétences ignorées, enjeux méconnus, polémiques parasites, information déficiente, on ne fera pas grief aux citoyens de s'être détournés du scrutin. Et l'on ne pleurera pas ces régionales, débat amputé. On ne pleurera pas non plus les scrutins régionaux si, une fois la réforme des collectivités territoriales adoptée, on devait désormais voter pour des «territoriales» aux enjeux clarifiés. Si seulement ils l'étaient...
également publié sur LeFigaro.fr 
Crédit photo : jean_baptiste soufron sur Flick'r
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Camarades lecteurs, permettez-moi d'interrompre le cours habituel de ce blog pour vous communiquer deux éléments d'information. Tout d'abord, pour vous informer de mon programme dominical. Oui, bien sûr, tout d'abord, messe à Saint-Pierre Saint-Paul, mais ce n'est pas de cela que je voulais vous entretenir.
Le soir, j'irai communier à la grande ferveur citoyenne qui nous a tous étreints durant cette campagne régionale acharnée et pleine d'enseignements. Cette fois, je rebats un peu les cartes : je serai donc en direct du Figaro, sur le site duquel je devrais publier au minimum deux billets. Pourquoi Le Figaro et pas Libération ? Ne croyez pas que je sois sectaire, mais Libé ne m'a rien demandé. Et le bleu va mieux avec ma chemise.
Il s'agira donc dans un premier temps de publier un billet sur mon ressenti de la campagne avec, éventuellement, une légère anticipation, puis un billet sur la soirée électorale. A ce jour, il reste au moins une incertitude : les appels insistants d'Aubry et de Royal au vote sanction seront-ils entendus... et les présidents de région sortants, sortis ? Je confesse un doute même si je ne peux m'empêcher de relever leur surprenant fair-play. Je devrais également faire un tour sur la péniche de Valérie Pécresse, sur laquelle on m'a promis un accès à l'équipe de campagne. L'occasion, peut-être, de recueillir des informations utiles, avant de revenir éventuellement dans les locaux du Figaro finaliser mon dernier billet.
Je ne manquerai pas de vous indiquer, ici ou autrement, les billets que je publierai là-bas et vous y donne d'ores et déjà rendez-vous.
Deuxième information : puisque certains m'en ont fait la demande, à genoux, et en se lacérant la poitrine, arrêtez c'est gênant, vous trouverez ci-dessous ma chronique sur Hans Kung, pour RCF.
wp-content/uploads/2010/03/kozkingkung.mp3
Vous pouvez poursuivre votre parcours en allant visiter Nystagmus, qui a creusé la question en apportant des éléments de réponse factuels, réfutant notamment le c'est-un-faitisme sommaire de Frédéric Lenoir.
Mises à jour :
1er billet sur LeFigaro.fr : On ne pleurera pas ces régionales 2ème billet : Questions de mi-temps
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Quelle tristesse, n'est-ce pas, de voir l'intelligence présumée d'un homme se noyer dans l'amertume et se perdre dans la plus simpliste, quoique véhémente critique... Mais loué sois-Tu en revanche Seigneur pour Leclerc et Trouiller !
Le premier cite un Ratzinger taquin qui, pour qualifier les écrits de Küng, trouva ce mot : "des courbettes !". Courbettes à qui ? Mais à l'opinion ! Mais aux medias ! Les interventions d'Hans Küng répondent à une figure médiatique si classique qu'elle en est tuante : l'insider, l'initié, le traître, peut-être. En politique, vous avez eu un temps Besson, aujourd'hui dévalorisé. Mais vous avez encore Villepin. Pour l'Eglise, les specimens sont identifiés de longue date et font d'ailleurs une belle carrière : c'est Christian Terras et Hans Küng. L'un et l'autre continuant à se dire catholiques malgré des désaccords majeurs et des comportements peu empreints de la fraternité qu'on attend, ils font le miel des journaux télévisés et de la presse.
Hans Küng s'offre ainsi une belle séquence médiatique, avec ce pontificat de Benoît XVI. L'Express, Le Monde (par trois fois - je ne reviendrai pas sur son article d'octobre dernier, ni sur son précédent), La Vie : les kungeries se vendent bien. Le Cardinal Sodano regrettait déjà l'an dernier une "critique amère" quand au contraire,"une critique fraternelle est toujours possible dans l'Eglise, depuis l'époque de saint Pierre et de saint Paul". Et l'on connaît d'ailleurs de grands saints qui avaient surtout fraternellement admonesté l'Eglise. Mais lorsque la critique se fait systématique, fielleuse, pernicieuse et même, nous le verrons, malhonnête, comment l'homme peut-il prétendre incarner une vérité de l'Eglise que trahiraient successivement tous les papes ?
Dans La Vie, qui lui offrait une tribune regrettable il y a moins d'un mois, tout y passait. L'énumération est d'ailleurs telle qu'elle en devient cocasse. Évidemment, il ne faut pas canoniser Pie XII. Mais, encore, Jean-Paul II - qu'il n'appelle que Wojtyla - ne serait pas un saint (il ne l'est d'ailleurs pas encore, mon hansichou). Benoît XVI ? C'est simple, "en Allemagne, on est désormais gêné qu'il soit allemand" et, "comme pape, il a raté tous les tournants". On appréciera l'humilité de Küng qui, lui, les aurait discernés. Il faut dire que Benoît l'aurait "déçu". Quelle blague, quand il est si évident qu'il veut sa peau. C'est excessif ? Alors que nombreux sont ceux, et pas parmi les plus indulgents, à reconnaître l'intransigeance notable de Benoît XVI à l'égard des scandales de pédophilie, Hans Küng se démène comme un vilain diable pour le mouiller. La vengeance est un plat qui se mange froid - c'est à Josef Ratzinger qu'il devrait son interdiction d'enseigner, en 1979 - mais l'esprit de vengeance, là encore, ne le qualifie guère en catholicisme.
Et le voilà qui profite de la sortie du deuxième tome de son autobiographie (on n'est jamais si bien servi que par soi-même, en toute humilité) pour marteler cette idée que Benoît XVI serait spécialement impliqué dans le scandale des prêtres pédophiles. Bien évidemment, L'Express ne pouvait que tendre une oreille complaisante et frétillante à "cette grande figure du catholicisme"1. Il faut croire qu'une fois ne suffisait pas. Dans Le Monde, ces derniers jours, au terme d'un article un brin simpliste et confus, il récidivait :
"Jusqu'à présent, presque aucun évêque n'a reconnu sa complicité2. Pourtant, chacun pourrait arguer qu'il n'a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements ("Epistula de delictis gravioribus"). Les cas d'abus sexuels y étaient placés sous "secret pontifical" ("Secretum pontificium") et classés comme offense relevant d'une punition ecclésiastique."
C'est là qu'intervient Natalia pour débusquer la malhonnêteté qui préside aux propos de Küng. Car le procédé est aisé : voyez comme déjà, d'ordinaire, dans tous domaines, on se reporte peu aux textes évoqués, même lorsqu'ils sont en français. Mais usez de votre autorité et renvoyez à un texte en latin, et vous pourrez sereinement lui faire dire ce qu'il ne dit pas.
Natalia souligne déjà l'incongruité de cette traduction : ainsi "de delictis gravioribus" se traduirait par "pénibles manquements" ? On peut être un calot en latin, et deviner malgré tout que "delictis" a un air de famille avec le bien connu "délit", et que "gravioribus" renvoie à "gravior" (grave) suivi du suffixe "ibus" (vachement). En l'espèce, il apparaît qu'il n'existe pas, en droit canon, de fautes plus graves.
Mais elle est allée plus loin, la coquine, et elle nous livre en exclusivité mondiale sur le web la traduction de ladite lettre solennelle en français. Il en ressort que, loin de prôner un étouffement des affaires, la Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge personnellement ces cas, traduisant ainsi l'importance qu'elle leur portait, qu'elle n'a d'ailleurs pas fait preuve de complaisance à leur égard, que le secret invoqué n'est que le pendant devant les tribunaux ecclésiastiques du "secret de l'instruction" et qu'il n'interdit en rien la saisine des tribunaux pénaux.
Enfin, il est prévu un report spécial de la prescription jusqu'à la majorité, en cas d'abus sur un mineur : en règle générale, pourtant, pour étouffer des affaires, on est plutôt porté à abréger les délais de prescription.
Ce bon Hans ne recule donc devant rien pour discréditer l'Eglise, impliquer à toutes forces Benoît XVI et Rome en général, alors que d'autres ont relevé comme Benoît XVI avait déjà montré sa détermination contre la pédophilie avant même d'être élu pape3.
*
Ce passage n'est qu'un acte de plus dans un article ambigu, par lequel Hans Küng affirme son goût prononcé pour le sens du vent, et du courant, en avançant : "pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres". Ah, on reste sur le cul : Dieu, quelle impertinence (à l'égard du monde) ! Quelle originalité dans le propos ! Il nous fallait bien un Hans Küng pour oser une explication aussi inconoclaste ! Au répertoire des küngeries, elle occupera une belle place.
Il est pourtant vraiment regrettable d'aborder cette question effectivement pénible et douloureuse - et dans la gestion de laquelle l'Eglise a, effectivement, lourdement fauté - par une telle platitude, énoncée de surcroît de façon bien obscure. Car Hans Küng affirme dans le même temps qu'il sait que la pédophilie frappe également dans les milieux exempts de célibat et qu'il faudrait l'abolir, parce qu'elle serait la racine de tous les maux.
Nous sommes d'accord sur le premier point et, comme je l'ai souvent dit, à eux l'honneur : on abolira le célibat des prêtres le jour où le célibat des professeurs aura été aboli ! Parce qu'une simple recherche internet souligne que les occurrences médiatiques de cas de pédophilies par des enseignants sont au moins comparables aux cas impliquant des prêtres. Tenez, le célèbre Vico (pas la purée, le pédophile), était enseignant.
Tant qu'on y sera, on abolira l'obligation du célibat des hommes mariés. Puisque l'abolition du célibat est une telle solution, et dans la mesure où 80% des actes pédophiles sont commis dans le cercle familial, il y a nécessairement quelque chose à faire de ce côté-là.
Mais Hans Küng me laisse perplexe4 car son article part sur des prémisses dont la logique m'échappe. Je vous le fais en quatre temps.
- le célibat est à la source : il faut l'abolir.
- certes, la corrélation entre pédophilie et célibat n'existe pas.
- mais comment expliquer que le problème soit "si massif" dans l'Église ?
- il faut abolir le célibat : il est à la source.
Vous l'aurez compris : Küng énonce manifestement un présupposé personnel, voire un dada - il faut abolir le célibat - en se saisissant de la pédophilie, avant de constater que la solution n'en est pas une et de s'en retourner vers la solution qui a le mérite de conforter son présupposé. A croire que l'essentiel serait d'abolir le célibat des prêtres plutôt que de lutter contre la pédophilie.
Reprenons sa question : "Mais pourquoi le phénomène est-il à ce point massif justement dans les Eglises catholiques dirigées par des hommes non mariés ?".
On peut déjà douter de cette affirmation péremptoire. Bien sûr, il ne nous a pas échappé que de nombreux cas se sont présentés. Mais, faute de statistiques fiables, cette spécificité de l'Église catholique reste à démontrer5. Surtout, lorsque Küng s'interroge sur les explications à donner au nombre de cas de pédophilie dans l'Église, on aimerait qu'il fasse un petit effort d'imagination (osons le dire : de réflexion). Au lieu de cela, Küng souligne la difficulté puis s'empresse de faire demi-tour devant l'obstacle, et de revenir à la seule solution qui lui convienne.
Nous poursuivrons, pour notre part. Une première possibilité : si la corrélation entre pédophilie et célibat n'est pas établie, faudrait-il imaginer qu'il y ait, dans la doctrine catholique, un enseignement à ce point pervers qu'il entraîne irrésistiblement certains à faire des trucs aux petits garçons6 ? Ne m'en veuillez pas de ne pas développer : rendez-vous au bistrot, pour ceux que ça motive.
Une autre explication tiendrait dans la nature institutionnelle de l'Église, comme le souligne d'ailleurs Gérard Leclerc. Bien sûr, cela embarrasserait moins l'Église et, pour Hans, c'est fâcheux, mais cela pourrait englober aussi les cas dans l'Éducation Nationale.
On pourrait alors suggérer de dynamiter l'institution. Certains le feront. Mais là encore, je serai taquin : on la dynamitera le jour où l'on aura considéré que la seule solution à la pédophilie dans l'Education Nationale serait de dynamiter l'administration - si ce n'est l'Etat. D'ici là, on se permettra de penser que l'Eglise doit surtout s'organiser pour faire face aux travers de toute institution, dont elle n'a pas su se préserver alors même que l'on attend légitimement davantage d'elle que de l'Education Nationale.
Bien sûr, cette conclusion est moins révolutionnaire. Elle refuse de mettre à profit la souffrance des victimes pour faire avancer son agenda personnel. Elle se défie des courbettes aux medias et des diagnostics expéditifs de l'opinion publique. Elle a le défaut, pour Küng, de correspondre aux efforts que déploie Benoît XVI. Mais si par miracle, elle était juste, on aurait tort de s'en priver.
Notes
- j'ignorais. Mais on ne peut pas tout savoir
- Hans Küng semble oublier les démissions fracassantes en Irlande
- voir à cet égard, pour un début, les deux références mentionnées plus haut
- si je puis dire
- ce qui ne signifie évidemment pas que les cas existants, même s'ils ne sont pas spécifiques à l'Église, ne soient pas tristes, douloureux et scandaleux
- entre autres, certes
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Si vous en êtes d'accord, vous serez les arbitres. J'ai un léger différend familial avec mon père qui, s'il n'en est pas moins mon père pour autant, a parfois tort. En l'occurrence, il s'évertue à trouver intéressants les plats propos de Claude Allègre. Je crains pour ma part d'y avoir déclaré une allergie.
Bien sûr, cela m'emmerde un peu. Parce que ça me classe notamment avec les écolos et avec un paquet de gens qui croient tenir là, et ailleurs, leur brevet de rectitude morale. Ca me met du côté du Monde, ou de Libération. Contre Valeurs Actuelles. Ca, c'est un peu la honte. Fort heureusement, il reste Marianne, qui me permet de me réconcilier avec l'idée que Allègre, c'est bien de la fumisterie, du poujadisme climatique. Et de me sermonner, vertement : être minoritaire n'est pas nécessairement le gage que l'on a raison. La majorité a parfois raison. Notamment quand j'en fais partie.
Et sur le réchauffement climatique, il faut dire qu'Allègre me brise les noix.
Remarquez, je n'y connais rien en réchauffement climatique. Comme Allègre, apparemment. Comme l'ensemble des personnes avec lesquelles je m'en entretiens soit dit en passant. Comme mon père. Oui, même mon père. Qui n'en est pas moins mon père, notez bien. C'est que, j'ai beau retourner le truc dans tous les sens1, j'ai la grosse impression que tout ceci est affaire de présupposés. Comme tout, me direz-vous. Mais plus que tout, vous répondrai-je. Fermez la parenthèse merde à la fin.
Bon, prenez les libéraux. Ok, Allègre a rejoint Sarkozy. Et l'on se souvient de sa sortie du QG de Sarko, à la dérobée. De son ample et chaloupée démarche, empruntant au Mammouth sa grâce printanière. Mais tout de même, voir Valeurs Actuelles chérir ainsi un ancien ministre de Lionel Jospin, ça vous laisse comme deux ronds de flan. Y'a anguille. Moi, qui ne suis que moi - certes, mais c'est déjà ça2 - je ne peux pas m'empêcher que si les libéraux chérissent Allègre, c'est moins par souci de vérité scientifique, que par allergie à la règlementation. Or voilà, si on laisse l'homme entièrement libre de déterminer son comportement, et si l'origine humaine du réchauffement climatique est avérée, il est probable qu'un jour il jure, mais un peu tard, qu'on ne l'y reprendra plus. Alors de fait, on l'encadre un peu.
Vous me direz : de l'autre côté, c'est le goût de l'Etat, c'est le collectivisme, c'est l'intervention dans ma vie et celle du voisin. Ce serait un méfiance à l'égard de l'Homme. Sans aller, jusque-là, possible, ouais, qu'il y ait une méfiance vis-à-vis de la société de consommation. Un certain goût pour la sobriété.
Alors voilà, sur le climat, malheureusement, on part tous de quelques présupposés. Et, sauf surprise, l'immense majorité d'entre nous est incapable d'appuyer son avis sur une connaissance personnelle. Cela dit, tout de même...
Tout de même, il y a des petites choses, des indices, des éléments infimes mais qui suscitent ma méfiance. Il y a ce ton, cette mise en avant personnelle, mise en scène, auto-représentation en chevalier blanc pourfendant la pensée forcément unique, mise en scène qui dérive lorsque, comme le souligne Jade Lindgaard3, l'homme ne craint pas d'entamer son propos : "nous, les résistants". Et de faire un parallèle avec la résistance au nazisme ou au pouvoir soviétique. Faut-il aimer le burlesque ou n'avoir pas le sens du ridicule pour en arriver là !
Il y a dans tout ce scénario la marque habituelle du complotiste, fier de se draper dans le costume du martyre. Et "l'imposture climatique" de faire écho à "l'effroyable imposture". De renvoyer à ces diatribes contre ceux qui vous cachent tout, ne vous disent rien mais qui, c'est certain, s'organisent dans l'ombre.
Ridicule encore lorsque Dominique de Montvalon lui adresse ces questions empressées :
«Pourquoi? Parce que vous êtes foncièrement rebelle?», «Vous, ils n’ont pas réussi à vous “normaliser”!», «Vous êtes devenu un véritable “expert” en climat, ne vous en déplaise!», «Vous êtes décidément l’apôtre de la complexité»…
Faut-il que l'esprit fin soit embrumé pour ne pas discerner là la complaisance et la flagornerie de son intervieweur.
Ridicule encore lorsque celui qui veut incarner la rigueur scientifique définit le GIEC, sa cible directe, l'instrument du grand complot, comme le "Groupement international pour l'étude du climat", alors qu'il s'agit du "Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat" (cf Le Monde). Moins amusante, et révélatrice d'un esprit plus petit qu'il ne voudrait le faire croire, cette pique inutile, déplacée, incongrue et puérile, lorsqu'il évoque
l'"incapacité (congénitale ?) des climatologues à maîtriser certaines méthodes statistiques"
On reprochait à l'article du Monde, le cent-fautes de Claude Allègre, de faire son marché dans les erreurs qui parsèmeraient le livre de Claude Allègre. Mais n'est-ce pas précisément ainsi que procède Claude Allègre avec les travaux de la communauté scientifique ? Pour celui qui veut se parer des vertus scientifiques, n'est-il pas gênant par exemple de présenter comme le résultat d'un vote de "spécialistes américains du climat" celui de présentateurs météos des chaînes de télévision américaines ?
On s'amusera encore de l'aversion proclamée pour le principe de précaution de celui qui déclame définitivement : "un pays qui n'assume pas l'idée du risque n'avance plus. Le risque, c'est la vie", mais qui, lorsqu'il fut décisionnaire et non pas simple commentateur4, provoqua l'évacuation de 76.000 personnes autour de la Soufrière, contre l'avis d'Haroun Tazieff, qui soutenait que l'éruption serait sans danger... ce qui se confirma.
Mais il y a plus substantiel. On pourrait s'étonner que "l'apôtre de la complexité" emploie force comparaisons vulgarisatrices pour faire triompher son point de vue. Comme si finalement, il ne fallait qu'un peu de bon sens dans tout ça. D'ailleurs, il le soutient. Tant qu'à faire. C'est Jean-Louis Fellous (ancien responsable des programmes d'observation de la Terre du CNES et ancien directeur des recherches océaniques de l'Ifremer) qui lui répond :
"Imposture que d'affirmer qu'on peut prévoir, qu'on sait prévoir le climat qu'il fera dans un siècle. (…) On sait, au contraire, que la météo est imprévisible à plus de quatre jours, et parfois moins." Elève Allègre, vous êtes recalé ! Vous confondez (mais vous le faites exprès, je n'en doute pas) la prévision météorologique et la projection climatique. Un médecin serait imprudent de prévoir votre disparition à court terme. Mais il lui est facile d'affirmer que dans un siècle vous ne serez plus des nôtres (moi non plus, d'ailleurs). De même, la prévision déterministe du temps météorologique trouve ses limites dans une fourchette de 4 à 15 jours, selon la latitude. Mais on peut prédire la prochaine glaciation, rythmée par les oscillations de l'orbite terrestre sous l'influence des autres astres du système solaire. (...).
Autres erreurs relevées, lorsque Claude Allègre affirme que les climatologues attribueraient à un critère unique le réchauffement climatique, ou que le changement climatique serait le seul problème auquel l'humanité ait à faire face5.
D'ailleurs, on ne sait plus bien si c'est l'origine humaine ou carrément le réchauffement climatique que conteste Allègre, puisqu'il soutient que "l'on ne sait dans quel sens, finalement [le changement climatique] aura lieu". Mais comme le lui rappelle entre autres Jean-Louis Fellous,
"N'en déplaise à Claude Allègre, il n'y a pas de satellite climato-sceptique"
C'est que contrairement à ce que soutient Claude Allègre, il semblerait bien que le changement climatique soit mesuré, observé et quantifié. Et modélisé, en prenant compte, comme le souligne realclimate parmi d'autres points de divergences, d'éléments dont Claude Allègre affirme pourtant qu'ils seraient négligés :
"Mais il y a mieux : « Comme on ne sait pas bien comment se forment les nuages, on les néglige ! Comme on maîtrise mal le rôle des aérosols et des poussières, on les néglige ! » (p.104) C’est complètement faux. Nuages, aérosols et poussières (comme variations de l’irradiance solaire et éruptions volcaniques) sont tous pris en compte par les modèles actuels. Les modèles qui négligent l’influence de l’augmentation du CO2 n’arrivent pas à reproduire le réchauffement des derniers trente ans, et c’est précisément pour cette raison que le CO2 a été confirmé comme le responsable principal du réchauffement global."
Vous me le direz, pourtant je le sais : je n'ai guère de points d'appui évidents pour justifier ma position - même mon radiateur est un mauvais indicateur - mais au pif, là, je le sens pas. A cause d'une foultitude de trucs qui coincent. A cause d'un boniment qui m'en rappellent bien d'autres, de ces bonimenteurs simplificateurs qui profitent de la complexité du sujet d'étude6 pour fourguer des idées simplistes et fausses. Et mon pif, d'après ma mère, est fiable. Pour sentir les gens, voyez. Alors, d'accord, c'est ma mère. Mais de la même manière qu'une idée n'est pas forcément fausse parce qu'elle est partagée par la majorité, ma mère a parfois raison en ce qui concerne mes grandes qualités. Et pour ce qui est de l'allègre imposteur, j'emprunterai sa conclusion à Jade Lingaard
"Si Claude Allègre a raison, rien de tout cela n’est très grave. Et la postérité lui reconnaîtra peut-être son mérite. Mais s’il a tort ? Il nous fait perdre un temps précieux. En retardant la mise en place de mesures qui permettraient dès aujourd’hui de réduire les gaz à effet de serre, il prend la responsabilité de mettre des vies humaines en péril."
Notes
- je parle du réchauffement climatique, donc, et plus de mon père
- pour les incultes, ça commence comme ça : "et moi, moi qui ne suis que moi / entre mendiant et roi / quand je rentre chez moi / je deviens comédien, mes espoirs, mes chagrins / je les laisse en chemin"
- attention, vous aboutissez sur le site de la section du Parti Socialiste de l'Île de Ré
- oui, oui, comme d'autres
- en oubliant l'eau, donc, puisque Claude Allègre aime à se faire passer pour l'un des rares lucides à en percevoir l'enjeu. Et pourtant
- comme, tiens, Etienne Chouard et la Constitution européenne
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Waterloo, morne plaine, il paraît. Je n'ai jamais foutu les pieds à Waterloo (Station exceptée). En revanche, j'ai tendance à anticiper la teneur de la soirée électorale du 20 mars prochain. L'objectif était pourtant atteignable : ne pas faire pire que la dernière fois.
Souvenez-vous du 28 mars 2004 : les régions françaises deviennent toutes roses, à l'exception de l'Alsace et de la Corse. 20 des 22 régions métropolitaines (24 des 26 régions françaises) passent ou restent à gauche ! La débâcle, la bérézina.
Partant presque de zéro, pour ces régionales, l'UMP devait pouvoir progresser. Eh ben non. C'est pas gagné. Car oui, elle peut le faire, elle peut perdre les deux régions restantes. Et, donc, ne plus gérer une seule région. C'est en tout cas ce qu'annoncent, de façon assez crédible, les derniers sondages publiés (ici pour l'Alsace, là pour le Centre). Et l'on voit mal quelle dynamique pourrait faire basculer les régions du rose au bleu (quoique tous les sondages ne soient, évidemment, pas si univoques).
Ceux-là sont d'ailleurs parmi les rares sondages que l'on voit poindre dans cette campagne1. Ah ça, nous qui protestons véhémentement contre la dictature des sondages, les bidonnages, leur sortie à un rythme effrénée durant les présidentielles, nous sommes sevrés ! Comme le notait Marianne2, à l'exception de l'Île-de-France et de sondages nationaux sans portée effective, c'est le blackout complet. Pourquoi cette omerta ? Le résultat pourrait-il être pire qu'un 26-0 si les électeurs de droite se démotivaient, abattus devant la sinistre issue qui s'avancent vers eux ?
En Île-de-France, Valérie Pécresse est certes donnée en tête au premier tout, mais la campagne patine tout spécialement. A supposer qu'elle ait jamais pris. Toujours est-il que, lorsque l'on sait que, pour ce scrutin comme pour les autres, il y a une prime aux sortants - même condamnés pour prise illégale d'intérêts - et que l'exécutif ne surfe pas actuellement sur une quelconque vague de popularité, même les plus optimistes voient mal ce qui pourrait motiver un basculement de la région.
Surtout lorsque le sortant refuse le débat. Quoi qu'il en soit, Valérie Pécresse est probablement trop techno, trop polie, pas assez catcheuse ni tribunitienne pour imprimer le mouvement nécessaire. Ce serait d'ailleurs une autre occasion de s'interroger sur la pertinence de la désignation des candidats par des primaires3.
Aujourd'hui, la déroute présumée vire même pathétique : on apprend que l'enjeu, désormais, pour Pécresse et Karoutchi, seraient la présidence du groupe d'opposition au Conseil Régional. C'est dire le niveau de confiance de la droite. Pire encore, le directeur de campagne de Valérie Pécresse aurait décidé de porter plainte contre un site qui s'acharnerait contre Valérie Pécresse4, et qui serait alimenté par... Roger Karoutchi. Enfin, sourions avec l'AFP... Ce dimanche soir, une dépêche annonçait cette information renversante, avant la séance de team-rebuilding de demain : "Sarkozy soutient Pécresse (UMP)". A croire, donc, qu'il était nécessaire de le réaffirmer.
La gauche, elle, est très mobilisée. Elle s'inquiètera, pour la forme, sur les derniers jours, que l'annonce d'une victoire évidente ne démobilise son électorat mais, bah, rien n'y fera. De l'autre côté, à droite, même si c'est une analyse au doigt mouillé, je ne sens pas l'électorat se déplacer avec un grand enthousiasme. C'est pas la grosse patate, et Nicolas Sarkozy en a tout de même fait quelques-unes dernièrement pour que son électorat ne se déplace que par devoir et conscience citoyenne.
Faut-il se plaindre de la déroute annoncée - à supposer qu'on ne soit pas de gauche ? L'ampleur possible est regrettable. De façon générale, on peut aussi se demander comment piloter un pays dans lequel l'Etat est d'un bord et l'ensemble des régions, du bord opposé, et avec la ferme intention d'user de ce levier. Pour autant, y-a-t-il réellement lieu de s'étonner - sans même compter l'effet de la crise - que l'électorat de droite ne soit pas spécialement primesautier et enthousiaste ?
*
Enfin... On nous dit, de toutes façons, que "les régionales ne passionnent pas les foules". Je ne dirai pas le contraire. D'ailleurs, nous étions quelques-uns, interviewés mercredi dernier à la République des Blogs, à délivrer ce même constat un rien ingénu : "les régionales ? Sur les blogs ? Comment dire ? Ca n'intéresse personne". Constat un brin ingénu parce qu'après tout, les blogueurs se font souvent forts d'éclairer le débat, et qu'il faut bien en donner quelques gages.
Alors, même si le suspense n'est pas à son comble pour ces régionales, jouons un peu et, pour commencer, une question préliminaire : qui connaît les compétences régionales ?
Eh oui, parce qu'il n'est pas très surprenant que les français s'intéressent peu aux régionales s'ils ne savent pas clairement ce que font les régions. Notez qu'au niveau supra-étatique, pour les européennes, on faisait le même constat de désintérêt. Il ne serait pas aberrant de considérer que cette faible lisibilité est un facteur de désintérêt.
Pour les régionales, cela devrait être plus évident, puisque la Région intervient à un niveau plus local, plus proche des citoyens. Pourtant, une rapide introspection révèle en moi l'étendue de mon ignorance. Et figurez-vous que j'ai la prétention de croire que, si je suis dans cet état lamentable, d'autres, peut-être... Alors voilà, aussi inintéressant cela soit-il, je me disais que, éventuellement...
Seulement voyez, ce n'est pas si simple (et ça ne va pas s'arranger). D'après le site vie-publique.fr, elles sont au nombre de cinq :
- Développement économique;
- Aménagement du territoire et planification;
- Education, formation professionnelle;
- Culture;
- Santé.
Le site de la Région Paca se montre un peu plus détaillé et didactique. Il précise le fondement légal:
"L'article 59 de la Loi de 1982 définit strictement les champs d'intervention des conseils régionaux : "l'institution régionale a compétence pour promouvoir le développement économique et social, sanitaire, culturel et scientifique de son territoire et pour assurer la préservation de son identité, dans le respect de l'intégralité, de l'autonomie et des attributions des Départements et des Communes""
Il détaille également les chefs de compétence évoqués plus haut. Ainsi, la Région :
- a une compétence connue sur les lycées. Elle en assure la construction et la rénovation, ainsi que l'équipement et l'entretien;
- est compétente en matière de formation professionnelle et d'apprentissage;
- participe au développement économique par l'attribution, notamment, d'aides aux TPE et PME;
- file du blé et donne des conseils pour la culture;
- fait des choses en matière environnementale;
- et puis aussi dans les transports (sujet ô combien sensible pour l'Île-de-France);
Je commence à comprendre pourquoi les medias ne se battent pas pour nous faire de jolies infographies résumant les compétences de la Région, avec la finesse et le souci esthétique qui les caractérisent. Moi-même, là, j'ai failli me lasser.
Parce que, manifestement, il y a des compétences exclusives (les lycées) et nombre de compétences concurrentes, ce qui ne facilite pas, par définition, une vision claire des compétences respectives. Seule idée claire à laquelle se raccrocher : la Région a une compétence large et transversale. Oui, je sais, c'est maigre.
Mais allons bon, maintenant qu'on a vu ça, on peut commencer à rigoler. Avec L'Expansion, un peu. Avec Roger, surtout.5
Notes
- si l'on s'éloigne de l'Île-de-France
- ouais, bon, hein
- et je le dis tout en ayant eu une préférence pour sa candidature
- ce qui semble se vérifier aisément
- l'illustration de l'article est de moi. Je tiens à le préciser, en vue de l'exploitation des droits
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Cette question a l'air d'importuner tout le monde. Huchon "s'interroge", Pécresse ne commente pas. Et les accusés se font accusateurs. De surcroît, au vu de mes échanges sur twitter, je crains qu'un certain sens commun ne s'évanouisse. Sens commun ou décence ordinaire, pour prendre une expression popularisée dernièrement par Martine Aubry.
Quels sont les faits de cette polémique ? Francis Delattre et Axel Poniatowski affirment que Ali Soumaré, tête de liste PS dans le Val d'Oise, seraient un "délinquant multirécidiviste". Ils citent, à l'appui de cette accusation, plusieurs condamnations. Ali Soumaré aurait ainsi été condamné en 1999 à six mois de prison ferme, une procédure serait en cours pour des "violences ayant entraîné une ITT de moins de huit jours" commises en mai 2008. Deux autres faits dateraient de 2009 et concerneraient des faits de « conduite sans permis de conduire malgré injonction de restituer le permis de conduire » et « rébellion à agents de la force publique ».
Ali Soumaré a déclaré qu'il porterait plainte pour diffamation1, tout comme Jean-Paul Huchon.
Plus précis, L'Express.fr fait état d'un jugement du 13 octobre 2009 du Tribunal de Grande Instance de Pontoise, dont il a pris connaissance, ayant condamné Ali Soumaré pour rébellion à agents de la force publique à deux mois de prison ferme "compte tenu des condamnations déjà prononcées". Deux faits semblent donc établis, sauf à ce qu'on ne sache pas lire à L'Express : la condamnation du 13 octobre 2009, et l'existence d'autres condamnations.
Au demeurant, la défense plus que pusillanime du PS et de l'équipe Huchon laisse transparaître le malaise. Les voilà qui, soutenus par certains medias, mettent en cause la façon dont Delattre et Poniatowski ont pu avoir connaissance de ces condamnations. Diantre, quelle brillante défense ! Non seulement ils sont incapables d'affirmer simplement que ces accusations sont fausses (on ne leur demande même pas encore de le prouver), mais ils soulignent magistralement que ce n'est effectivement pas grâce à eux que les électeurs seront correctement informés sur ce candidat.
Même Ali Soumaré, sur son blog, ne parvient pas à affirmer que ces accusations seraient fausses. Et les réponses de son équipe de campagne sonnent même comme un aveu de leur véracité. C'est ainsi que, le 20 février au soir, son équipe écrit :
"Permettez enfin que l’on s’étonne des libertés prises avec la présomption d’innoncence quant au dernier fait reproché"2
Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre non seulement qu'une procédure est en cours et que, pour les autres faits reprochés, il n'y a plus de "présomption d'innocence" qui vaille. Soit Ali Soumaré a été condamné pour ces autres faits, soit il a été acquitté. Bon, moi, à leur place, dans ce dernier cas, je ne pourrais pas m'empêcher de le dire.
Il est alors étonnant de lire dans la presse que c'est l'équipe de Valérie Pécresse qui serait "embarrassée".
Outre le seul fait que l'on puisse présenter au suffrage un candidat apparemment condamné pour des faits graves, je suis sidéré par le traitement de cette affaire, et par la confusion morale dans laquelle se noient nombre de mes petits camarades.
1. Bien évidemment, au-dessus de tout cela plane le spectre du racisme, ce qui explique peut-être en partie le silence des medias et la discrétion de Valérie Pécresse. Delattre est en effet l'auteur d'une phrase d'une ambiguïté condamnable3 sur Ali Soumaré qui est, donc, Noir. Et ce seul fait devrait commander une appréciation différente de la situation. Ainsi, un Pierre Kanuty peut expliquer que l'on s'en prend à un homme qui symbolise la "gauche populaire des faubourgs". Si Kanuty peut difficilement être accusé de racisme, sa présentation n'en est pas moins stigmatisante : la "gauche populaire des faubourgs" sera probablement ravie de constater qu'on ne peut pas lui trouver de meilleur représentant. Quant aux habitants des cités, à ceux qui consentent les efforts nécessaires pour jouer le jeu de la République, ils seront ravis de voir que, lorsque le parti socialiste veut représenter "les quartiers", il ne parvient pas à trouver une "personne issue de la diversité" qui n'ait pas été condamnée à plusieurs reprises. On sortira de la ghettoïsation une autre fois.
2. On m'oppose aussi le cas de Balkany, condamné, condamné à une peine d'inéligibilité, puis réinvesti et réélu. Je peine à comprendre l'utilité de ce qui devrait être un contre-exemple. Si l'élection de Balkany est moralement choquante - ce qui est le cas - celle de Soumaré4 doit l'être tout autant. J'ai également exprimé ici ma satisfaction de voir Alain Carignon battu aux législatives. Donc, non seulement je ne crois pas être comptable de l'élection de Balkany mais le fait qu'"en face" ils ne soient pas clean ne m'a jamais paru être une raison suffisante pour s'autoriser des dérives.
Ainsi, les condamnations de chacun doivent légitimement être prises en compte, que ce soit les condamnations de Monsieur Balkany à quinze mois avec sursis, 200.000 francs d'amende, assorties d'inéligibilité et pour diffamation, ainsi que les vicissitudes morales de son retour à Levallois, ou que ce soit la condamnation à six mois de prison avec sursis de Monsieur Huchon et 60.000 € d'amende pour prise illégale d'intérêt, dans ses fonctions de Président du Conseil Régional5ou encore celles d'Ali Soumaré.
3.Vient ensuite la question de l'inéligibilité. Ali Soumaré n'aurait pas été condamné à une peine d'inéligibilité : que viendrait-on donc lui reprocher ? La réflexion me laisse pantois. Personne n'interdit à Monsieur Soumaré de se présenter - même s'il serait bien inspiré, si les faits sont confirmés, de se retirer. Mais le fait qu'il puisse se présenter à une élection n'enlève rien au fait qu'il ait été condamné. Et surtout, les électeurs ont le droit d'être informé d'un trait marquant de la personnalité du candidat. Libre à eux, ensuite, de voter néanmoins pour lui.
Dans d'autres pays, on tombe dans cet excès qu'un homme qui a trompé sa femme ne pourrait être candidat à une élection. On pourrait éviter, en France, de verser dans l'excès inverse, et considérer que des faits de vol aggravé et de violences ne devraient même pas être portés à la connaissance des électeurs... et qu'il serait plus grave, à en lire la presse et mes petits camarades, de les révéler que de les commettre.
Il faut dire aussi que, manifestement, il ne faut pas faire confiance à la presse pour nous informer sur ce coup-là. On l'a pourtant connue plus curieuse, et plus friande lorsqu'un début de polémique éventuelle concernant un membre de la majorité apparaît. Diffuser les informations nécessaires pour que les citoyens puissent voter en connaissance de cause, voilà qui semble pourtant entrer dans sa mission.
4. On m'avance enfin qu'évoquer ces condamnations, ce serait "salir l'honneur d'un homme" et faire peu de cas de la rédemption possible pour tout homme. Mais - si, encore une fois, les faits sont confirmés - Ali Soumaré n'a-t-il pas sali son honneur tout seul comme un grand ? Quant à la rédemption, il ne faut pas la confondre avec le laxisme et la permissivité. Si rédemption il y a, il faut à tout le moins que la personne montre qu'elle en emprunte le chemin. Or certains des faits qui lui sont reprochés sont récents, ce qui semble mal augurer d'une volonté fermement établie de modifier son comportement. Et la rédemption ne signifie pas que l'on passe d'emblée de "l'opprobre" à l'exemplarité que l'on doit attendre d'un élu6.
*
A la fin de ce billet, je m'étonne encore des circonvolutions nécessaires pour affirmer une idée simple : le droit évident pour les électeurs d'être informés sur des faits marquants de la personnalité d'un candidat, afin de voter en toute connaissance de cause. Sans compter le fait qu'une personne encore récemment condamnée "au nom de la République Française" ne serait guère qualifiée pour en devenir un élu.
Egalement publié sur
Notes
- rappelons que le fait, dans une campagne électorale, de mentionner une condamnation, même avérée, peut constituer une diffamation, dans l'hypothèse où les faits rapportés relèveraient de la vie privée - voir par exemple PARIS, corr. 11,section B, 13 Février 2003, n° 01/02967. Tout pourrait dépendre, ici, de l'appréciation qui serait portée de la nature privée ou publique des faits commis
- je souligne
- même si l'on s'amuse d'entendre des critiques émaner de ceux qui volent au secours de Georges Frêche
- si les faits sont bien confirmés
- confirmée en appel
- et que l'on soit trop souvent déçu n'y change rien
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En décembre 2007, au Latran, Nicolas Sarkozy flattait des catholiques qui n'en demandaient pas tant. Avec surprise et perplexité, ils l'entendaient vanter, dans un univers lexical de début de (XXème) siècle, le curé que ne pourrait jamais remplacer l'instituteur.
Depuis, si l'on ne prenait garde à ne pas se faire trop sévère, on pourrait penser que Nicolas Sarkozy s'efforce d'illustrer les travers du laïcisme et du pharisianisme tout ensemble. Les signes extérieurs de spiritualité restent cantonnés dans un espace bien séparé du temporel. On peut ainsi exposer de grands élans d'affection (pour l'Eglise), de spiritualité (pour ne pas dire de foi) et n'en tirer aucune conséquence.
En un peu plus de six mois, les illustrations furent nombreuses1 et la perplexité s'est dissipée pour laisser place à l'inquiétude : tout ceci ne traduirait donc que la distance qu'il y a des grands discours aux actes ? De la coupe aux lèvres mais, peut-être, du capitole à la roche tarpéienne ?
Car ces derniers temps, l'Etat semble les négliger un peu, ces catholiques un temps vanté, ces catholiques au vote captif et qui feraient peut-être mieux de se montrer plus regardants.
Deux faits, ces derniers jours.
Prenez le débat sur la burqa. Il n'est tout de même pas anodin que l'épiscopat français, par le biais du Président du Conseil pour les relations interreligieuses, ait jugé nécessaire de préciser, par écrit, que :
il "regrette que la Mission n'ait pas cru bon entendre l'avis des responsables religieux chrétiens et juifs, alors qu'elle a reçu d'autres courants de pensée. La lettre qu' [il a] écrite au Président de la Mission aurait, au moins, mérité une réponse."
Personne n'en doute, j'en suis certain : sa position valait pourtant la peine d'être envisagée.
"Les citoyens français, et parmi eux les catholiques, ne doivent pas se laisser envahir par la peur et la théorie du choc des civilisations. Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l'islam, cherche à déstabiliser les démocraties"
Et puis prenez l'identité nationale. Si François Fillon affirme que, "si c'était à refaire, ils referaient les choses exactement de la même manière", Eric Besson se montre moins sûr de lui et concède - ce qui a été avancé depuis des semaines - qu'il aurait dû créer un "comité des sages" pour orienter le débat. Alors voilà, on s'est soudain avisés, après quatre mois de débats, de recevoir les représentants des diverses religions, dont Monseigneur Vingt-Trois. Il était bien temps...
Or, en sus de ces oublis pas forcément involontaires, il faut aussi noter les mesures proposées. On a l'organisation d'un autre débat autour de personnalités qualifiées, et puis on a des mesures dites symboliques. Disons-le, même si ce n'est pas vraiment le point, elles sont d'une effroyable banalité - on croyait même que certaines étaient déjà effectives - et l'on aimerait comprendre pourquoi il a fallu endurer ce débat pour décider : de hisser le drapeau sur chaque école, d'apprendre la Marseillaise à l'école2, afficher la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen dans toutes les classes...
Il est frappant de constater que l'horizon unique de ces mesures, c'est 1789. Une fois encore, il faut comprendre que la France n'a pas existé pendant les huit-neuf siècles précédents. Certes, nous parlons d'identité nationale et l'on vous citera spontanément et systématiquement Valmy comme étant la naissance de la Nation. Mais d'autres feront remonter bien avant la naissance d'un sentiment national. Ainsi l'éminente médiéviste Colette Beaune qui, dans Naissance de la nation France, voit dans la guerre de cent ans l'émergence de ce sentiment national. Il est saisissant de constater que, pour évoquer l'identité nationale, nous en soyons encore à borner notre horizon historique à quelques 200 ans. Comment peut-on prétendre construire ou plutôt révéler une identité nationale en en tronquant d'emblée une partie ?
N'est-ce pas, en fin de compte, vouloir ramener l'identité nationale à quelques grands principes, certes louables, mais si généraux et communément partagés3 qu'ils sont évidemment impuissants à caractériser une quelconque identité française ?
En fin de compte, après avoir imposé un débat mal ficelé, bouclé et bâclé dans l'urgence, source de trop nombreux dérapages et d'un climat délétère, l'exécutif n'assume pas ses conclusions et se rabat sur un consensus mou qui prévalait en fait avant même l'organisation du débat. Faudra-t-il s'étonner encore que l'on ne perçoive pas d'identité nationale française ?
L'identité française aujourd'hui, c'est aussi cette pathologie française : la division, et l'incapacité à porter un regard pacifié sur notre Histoire.
Qu'est-ce qui coince, au-delà de 1789 ? Il y a, bien sûr, la monarchie. Il y a aussi la religion catholique de cette France, fille aînée de l'Eglise... La crainte est trop grande que la reconnaissance de ces racines aboutissent à une volonté de prééminence. Alors on évoque une certaine identité nationale, qu'on ne pourra confondre avec l'identité française, et l'on ampute l'identité française de siècles d'Histoire, de siècles d'héritage, de siècles de racines.
Faut-il s'étonner qu'un pays incapable de vivre en paix avec son passé, d'assumer son héritage, dans ses pages nobles, comme dans ses pages obscures, abordent avec hargne et maladresse tant de débats actuels ? La France n'a pas fait son analyse, et ce n'est pas ce débat national travesti qui y contribuera.
Pourtant, avant d'être frappé d'oubli, qui avait déclaré :
"C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique."
Et, plus loin,
Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem." ?
Notes
- de Christine Boutin remplacée par Nadine Morano, au travail dominical désormais appliqué à la sauvette dans de nombreuses communes - dont la mienne - au choix conscient de Frédéric Mitterrand, à ses errements moraux (de son soutien à Polanski à son comportement personnel), jusqu'à l'ouverture d'un débat aux relents "pas très catholiques"
- je l'ai apprise en CM2 il y a maintenant 25 ans...
- dans les pays occidentaux à tout le moins
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Un "kiss-in" est organisé dimanche 14 février sur le parvis de Notre-Dame. Le principe du "kiss-in" ? Des personnes homosexuelles de tous sexes se réunissent et s'embrassent pendant cinq minutes dans le froid. L'idée ? Banaliser le fait que des personnes homosexuelles s'embrassent en public.
Et sur le parvis de Notre-Dame pour « interpeller l’Église, de questionner la religion sur la question de l’amour et du mariage entre gays et entre lesbiennes ». On ajoutera que c'est évidemment plus vendeur que le précédent kiss-in, organisé sur l'esplanade du Trocadéro, qui n'avait réuni que 20 personnes et était passé totalement inaperçu. Là, Eglise + homosexualité, à coup sûr, les caméras se déplaceront : ça fait déjà un sujet mais alors, avec un poil de chance, en plus, ça va castagner. On en frétille déjà.
On pourrait discuter de la pertinence du message : rouler des palots sur le parvis de Notre-Dame va-t-il vraiment contribuer à banaliser ce geste, ou va-t-il être plutôt perçu comme une provocation inutile ? Mais ce n'est pas ce qui m'amène à vous.
Figurez-vous que j'avais eu vent de cette manifestation, avant de passer à autre chose. Et puis, j'ai reçu un e-mail m'invitant à relayer autour de moi un appel à "défendre Notre-Dame". Le courriel est accompagné d'un joli visuel mêlant photo de l'île de la Cité et de la Vierge, frappé d'un "défendons Notre-Dame", qui me donnerait bien envie de botter le cul de ceux qui oseraient s'en prendre à elle. C'est d'ailleurs l'un des problèmes : résister à la tentation. Bref. Cet appel est porté par les principaux blogueurs d'une certaine tendance de l'Eglise, et de la politique française. Je ne les nommerai pas : à vous de bosser, un peu.
Dans ce mail, les organisateurs indiquent ceci :
"L’Eglise n’approuve pas les relations homosexuelles (qu’elle juge « désordonnées » et contraires au plan de Dieu pour l’homme) mais respecte et accueille toutes les personnes quel que soit leur comportement. Autant dire que ce « kiss in » contre l’homophobie devant la cathédrale de Paris est particulièrement malvenu"
Ceci est exact, à tout le moins pour la première phrase. L'Eglise porte en effet un message complexe, difficile à appréhender, désapprouvant le comportement tout en accueillant la personne.
Peut-on accueillir vraiment la personne tout en désapprouvant une des composantes essentielles de sa... personnalité ? Peut-on exiger d'une personne qui n'en fait pas le vœu qu'elle soit abstinente toute sa vie ? Et soit dit en passant, même si la facilité de ce genre de questions m'agace habituellement : qui sommes-nous pour le faire ? Peut-on en somme condamner aux tourments moraux éternels une personne qui ne fait pas le choix de son comportement ? Et puis aussi : l'homosexualité est-elle affaire de volonté ? Et encore : l'homosexualité est-elle vraiment un risque, risque-t-elle vraiment de se "répandre" ?
Voilà, pour moi, un simple aperçu des questions que soulève le rapport de la religion catholique à l'homosexualité1, si l'on n'estime pas suffisant de se retrancher derrière la position du Magistère.
Et puis, il me semble aberrant d'organiser une telle contre-manifestation. C'est tomber dans un panneau plus grand que nature, malgré les néons, les avertisseurs et les pancartes annonçant en couleurs vives : "ceci est un panneau". Cette contre-manif', les organisateurs du kiss-in l'attendent, ils l'espèrent.
Nos blogueurs pensent-ils vraiment qu'une contre-manifestation puisse être le lieu pour présenter une position nuancée ? Les organisateurs appellent à "répondre avec fermeté et courtoisie aux provocateurs !". Ah bah ? Parce qu'il faudrait, donc, "répondre à la provocation" ? C'est pas un synonyme de "tomber dans le panneau", ça ?
Et "répondre avec fermeté et courtoisie"... Sur le papier, sur l'email, je veux bien. D'autant que les organisateurs donnent rendez-vous préalablement à la messe, de sorte que l'on peut espérer que cela calme les esprits. Sauf à y voir une grande bénédiction avant de partir purifier le parvis. Mais surtout, en pratique ? En pratique, les esprits vont s'échauffer. En pratique, quelques jeunes bien coiffés vont vouloir donner de la voix. Ils vont nous trouver quelques slogans à crier. Les cameras vont s'approcher, isoler le groupe le plus vindicatif, pour faire de l'image. A trois mètres, quelques jeunes filles égrèneront leur chapelet, chanteront quelques "Je vous salue Marie" ou deux-trois de ces magnifiques "Chez nous soyez reine". On filmera, là encore, celles qui donneront le plus le sentiment de vouloir écarter le démon du parvis Jean-Paul II. Et, avec un peu de chance, quelques identitaires pour qui le christianisme est un patrimoine, pas une foi, tenteront de séparer des couples homosexuels, à supposer encore que leurs copains néo-païens ne se soient pas carrément donnés rendez-vous pour "casser du pédé".
Les images montreront des couples qui s'embrassent sans agresser personne, et des cathos nécessairement coincés, et/ou des jeunes pas nécessairement cathos mais que l'on prendra comme tel, tentant de bordéliser tout ça. L'impact médiatique sera désastreux et les catholiques paieront tous les pots cassés d'une initiative minoritaire, isolée et au déroulement ultra-prévisible.
Les organisateurs soutiennent également :
"Ne laissons pas certains groupuscules prendre la mauvaise habitude de venir nous insulter devant nos églises. Ils seraient tentés de le faire ensuite dedans comme l’a déjà fait Act up."
Si je puis me permettre cette observation : justement, ce n'est pas une dérive à craindre, c'est déjà fait. Et puis, deux choses : d'une part, les églises peuvent aussi fermer leurs portes le temps des manifestations2, d'autre part, que des groupes d'excités (au demeurant minoritaires) viennent donc de nouveau perturber une messe ou manifester dans une église, pour le coup, je suis loin d'être certain que la société leur sera favorable.
Seulement voilà, il faut résister à l'argument du "bon catholique" : celui qui ne laisserait pas Notre-Dame sans défense. Celui qui assumerait ses convictions. Qui défendrait le terrain. Mais bon, pour commencer là-dessus, je ne suis pas certain que le "bon catholique" doive participer de l'obsession ambiante sur la sexualité. Je ne suis pas certain non plus qu'il lui faille consacrer tant d'énergie à la question de l'homosexualité, pas foncièrement centrale dans la foi. Et puis, j'ai aussi un doute sur ce que serait fondamentalement un bon catholique. Ok, c'est casse-bonbons, mais il faut tout de même revenir au texte. Si l'on ne se réfugie pas derrière l'exemple unique et pratique des marchands du Temple pour s'accorder le droit de coller des bourre-pifs, il faut considérer ce passage-ci :
"Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers."
Ou encore, si l'on aime les grands moments, on pourrait penser à la Passion du Christ. Tiens, par exemple, Pierre avait de bonnes raisons d'être colère et pourtant Jésus lui a demandé d'arrêter de couper les oreilles des gardes. Quant au Christ, on le flagellait, on l'insultait, on lui crachait dessus, et lui ne répondait pas. Tout bien pesé, on pourrait carrément s'aventurer à imaginer que le bon catholique est celui qui imite le Christ, non ? Et je ne suis pas persuadé que "répondre à la provocation" soit vraiment au programme.
Bref, à supposer que l'on ressente autre chose que de l'indifférence polie envers l'agitation de dimanche prochain, que l'on veuille véritablement protester contre cette initiative, le mieux est encore l'ignorance, l'absence de réaction. En tout cas, n'y allez pas en pensant défendre l'Eglise.
Notes
- dont je ne suis, pas plus que sur d'autres sujets, un spécialiste mais un observateur ordinaire
- lorsqu'elles sont annoncées
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Ce sont mes meilleurs clients. Je les aime, je les choierais volontiers. Ils s'étaient illustrés à mon égard d'une plaisante manière, pour ceux qui goûtent ironie, paradoxe et bouffonnerie. Souvenez-vous, se proclamant "voltairiens" sans rire un instant, même par courtoisie, ils refusaient fort dogmatiquement de lire mon billet sur l'euthanasie, accusé de dogmatisme.
C'est que nos parangons de liberté, nos amis libertaires, sont avant tout les champions de la liberté de penser... comme eux.
Quand les hérauts de la liberté du web appellent à "se débarrasser" d'un site...
Cette fois, c'est sur l'avortement que nos présomptueux camarades se sont illustrés. Faut-il y voir un effet de la Marche pour la Vie, qui a rencontré cette année un succès particulier ? En tout cas, les oppositions s'affolent. Et c'est par eux que j'ai découvert l'existence d'un site, IVG.net, anti-avortement ou pro-vie, c'est selon. L'adresse de ce site s'est mise à circuler, en même temps que les commentaires outrés. Sur ReadWriteWeb, un site vraiment très très attaché à la liberté, Fabrice Epelboin y consacrait un article. Il ne commençait pas si mal, en parlant d' :
"un pays où affirmer clairement que l’on est contre l’avortement suscite – au mieux – les railleries de (presque) tout le monde, au pire, un lynchage par une meute en colère."
Le tableau est lucide. Il est dommage que Fabrice n'en tire pas mieux les conséquences. Au lieu de cela, mes aïeux, tenez-vous bien au dentier, Fabrice poursuit en évoquant la manière sournoise dont le "mouvement pro-life" referait surface en France et en indiquant, sans lien aucun, que l'on y apprendrait que...
"si les aiguilles à tricoter et les opérations improvisées sur une table de cuisine n’ont plus cours, comme au bon vieux temps,"
on mourrait toutefois davantage dans l'année qui suit une IVG que la moyenne. Bon, puisqu'on a dit qu'on goûtait l'ironie, on ne pourra s'arrêter au sarcasme. Mais bref. Bref, il a été fait bruyamment grief à ce site de se présenter comme une émanation institutionnelle et de présenter un discours partial. Du gros, du lourd, ouh, du qui fait mal. Et moi, tel que je suis, j'adhère pleinement : présenter une association qui diffuse un message éminemment partial comme une émanation des institutions du pays, ça me défrise.
Parce que, dans ce milieu-là, on a des principes, et qu'on est farouchement attaché à la liberté, on a accumulé les reproches. Ce site abuserait du référencement. Ca, c'est du grief qui décoiffe : ivg.net aurait l'outrecuidance de savoir se servir du Net. Face à cette situation inacceptable, une opposition s'est dressée, fière et parée. Ainsi, sur le site zonezerogene.com, une blogueuse s'est enhardie. Alors qu'ailleurs, on vous présente le site comme ambigu, la dame vous explique que "le contenu tout entier de ce site témoignait d’un positionnement très clair « contre » l’IVG". S'il n'y a ni ambiguïté ni confusion, où donc est le problème ?
A la suite de sa zélée indignation, la blogueuse a entrepris de contrer l'usage du référencement fait par ce site, et d'acheter des noms de domaine proches (sos-ivg.fr et sos-ivg.net). Démarches amusantes mais inefficaces : il suffit de chercher "IVG" dans Google pour trouver ce site sans trouver ceux qui sont censés réinformer les malheureuses qui se seraient égarées sur un site qui leur déconseille l'avortement.
Mais ne badinons pas sur des sujets graves. Oui, ce site ne devrait pas utiliser l"intitulé ambigu de "centre national d'écoute". Mais au-delà... ? Le numéro vert, nous dit-on ? Il serait fastidieux de dresser la liste des entreprises commerciales qui l'utilisent. Et puis, et puis, surtout, c'est oublier qu'une autre association, aux visées militantes et partiales, est en permanence soutenue par les pouvoirs publics. La promotion du planning familial est telle que nombreux sont ceux qui croient qu'il est une sous-direction du ministère de la Santé. Nous parlions de Fabrice. Il a eu, à tout le moins, la franchise de reconnaître qu'il
"pensai[t] sincèrement que le planning familial était un bureau des hôpitaux publics et rien de plus, au même titre que les services d’accueils en cancérologie"1
Or, de la même manière qu'un court passage sur Ivg.net permet de comprendre que ce site est opposé à l'avortement, un bref passage sur le site du Planning Familial permet de comprendre que cette association militante privée est de celles et ceux qui considèrent qu'un avortement n'est que la libre disposition de leur corps par les femmes.
"La contraception et l'avortement sont des moyens indispensables aux femmes pour la libre disposition de leur corps et le libre choix de leur maternité. Le MFPF lutte pour que ces droits fondamentaux ne soient pas entamés par des pouvoirs masculins et sexistes."
Quoi que l'on me soutienne, je crois que je resterai de ceux qui refuseront de considérer qu'un fœtus est l'égal d'un rein et qu'en en disposant, les femmes ne fassent que disposer de leur corps.
Mais goûtons les paradoxes... Nous apprécierons donc en amateurs que Fabrice le héraut de liberté du Net, lui qui a l'oreille des réseaux "pirates" et hackers, Fabrice, le pourfendeur des "lois liberticides" Hadopi et Loppsi qui veulent encadrer le web, lance ni plus ni moins dans son billet un appel à "se débarrasser de ces sites". La liberté repassera.
Auparavant, il entendait rendre hommage à Simone Veil. Pourquoi pas. Dans ce cas, allons jusqu'au bout, et rendons hommage à celle qui, malgré le combat qu'elle a mené de bonne foi en 1975, a déclaré récemment :
"Il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s'agit d'un être vivant"
Que l'on revienne me dire que son élimination n'est que le strict usage par les femmes de leur liberté à disposer de leur corps...
Et pourtant, cette association du Planning Familial, qui tient bien un discours idéologique, est constamment soutenue par les pouvoirs publics, qui vont jusqu'à subventionner ses campagnes de publicité,2 sans que cela suscite la moindre réticence chez nos hérauts de la liberté et du pluralisme. Alors, certes, par un mot, Ivg.net introduit une confusion regrettable, et ses animateurs gagneraient à l'ôter. Mais cette confusion incidente est-elle à la hauteur de celle qu'entretiennent volontairement le Planning Familial et les pouvoirs publics eux-mêmes quant à la mission exacte de cette association ?
... les petits marquis médiatiques en appellent à la démocratie contre les "gros cons"
L'actualité étant riche, du fait du dépôt du rapport de l'IGAS, il s'est trouvé également qu'Eric Zemmour a consacré une chronique explosive à ce rapport et à l'évolution de l'IVG. Certes, Eric Zemmour a probablement le défaut d'être trop systématiquement polémique. Mais ne l'est-il pas surtout parce qu'il se permet de remettre en cause les nouveaux tabous ?
Mon sujet n'est pas tant de reprendre ses propos. Armagilus le fait bien. J'ai plutôt été amusé et édifié par les réactions que sa chronique a provoquées, chez les bien-pensants. Prenez Bruno-Roger Petit, ancien intervieweur télé, désormais chroniqueur du Post. Sa question est directement de s'interroger sur la pertinence de permettre à Eric Zemmour de tenir une chronique sur RTL. Le pluralisme repassera.
Et voilà Bruno Roger-Petit qui verse dans la plus réjouissante bouffonnerie en affirmant :
"On peut cependant estimer que lorsqu'une radio grand public, même privée, n'offre que le seul point de vue de Zemmour sur des sujets extrêmement sensibles, [permettez que j'ajoute quelques roulements de tambour pour que l'on prenne bien conscience de l'enjeu, tous ensemble]... c'est démocratiquement préoccupant."
Voyez-vous cela. Par inadvertance peut-être, un grand media français donne pour une fois la parole à un journaliste qui s'écarte de la doxa sur l'avortement, et voilà que cela serait "démocratiquement préoccupant". N'allez donc pas dire que vous trouvez démocratiquement préoccupant que les medias français n'offrent jamais sur ce sujet extrêmement sensible que le point de vue du Planning Familial, vous feriez semble-t-il une erreur de raisonnement.
Incidemment, on fera remarquer à M. Roger-Petit que cette rare et brève incursion médiatique hors du sentier balisé des raisonnements convenus a justifié qu'RTL accorde immédiatement un droit de réponse au Planning Familial. C'était le 4 février, Bruno Roger-Petit écrit le 5. Si quelqu'un peut lui passer le message que la démocratie est sauve, qu'il démonte les barricades...
Enfin, la fine fleur du journalisme français, celle qui occupe le poste de directeur de la rédaction de L'Express.fr, celle qui dénonce les "anathèmes" des autres, complète le tableau par une saillie drolatique de préau de collège.
*
Rendons, donc, cette grâce à Fabrice Epelboin. Il avait vu juste. La France est un pays dans lequel "affirmer clairement que l’on est contre l’avortement suscite – au mieux – les railleries de (presque) tout le monde, au pire, un lynchage par une meute en colère".
La chronique d'Eric Zemmour n'est d'ailleurs polémique que parce que le "droit à l'avortement" est devenu chose tabou. Le droit d'interrompre une grossesse est la nouvelle vache sacrée de notre société. Défense d'en rire.
Mais n'est-ce pas frappant de constater à quel point le seul fait d'émettre une opinion contraire justifie tous les emballements, jusqu'à oublier tous ses principes, jusqu'à appeler à une vigilance dont on ne comprend pas la nécessité, dans ce pays dans lequel s'affirmer contre l'avortement suscite au mieux les railleries de presque tout le monde, jusqu'à en appeler à la démocratie, à se vautrer dans une fangieuse injure publique ?!
On vous rappellera que "l'avortement est un droit", jetant sur vous le soupçon du scandale. Pour un peu, on vous jugerait totalitaire, antidémocratique, en oubliant que les plus belles saloperies ont revêtu les atours de la légalité, en oubliant que le droit n'est pas forcément juste, qu'il n'est pas forcément bon. Et l'on ira ensuite, bien légitimement, contester d'autres lois.
Il faut avoir le goût du burlesque, pour apprécier.
Notes
- notons aussi qu'il m'avait proposé de publier un billet sur ReadWriteWeb mais en fait, non, faut que je nourrisse ce blog
- en Île-de-France, par exemple
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Le blog a aussi cet intérêt : pouvoir y écrire ce que je n'ai pas réussi à dire. Il y a seulement quelques soir, je participais, à l'invitation de Jean- Christophe Fromantin et de Mgr Nicolas Brouwez, à une rencontre sur le don et la gratuité dans l'encyclique Caritas in Veritate. Or, j'étais en trop bonne compagnie 1 pour couper abruptement la parole de quiconque sans ajouter au risque habituel de dire une ânerie en public, celui d'empêcher plus malin que moi de parler.
Denis Sureau a introduit la soirée en soulignant notamment l'insistance de Benoît XVI sur l'imbrication du naturel et du surnaturel, précision étant faite que le surnaturel, pour l'Eglise, est constitué par ce qui ne s'explique pas par des facteurs naturels. Il ne s'agit donc pas uniquement des miracles mais aussi et en l'occurrence de la charité.
Il faut, de façon préliminaire, écarter la conception viciée de la charité qui semble être très largement partagée aujourd'hui, celle d'une générosité condescendante et finalement égoïste. Au demeurant, Benoît XVI le souligne d'emblée : "je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l'exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d'en empêcher la juste mise en valeur". La charité, c'est l'amour. Et la charité chrétienne doit être orientée par la vérité.
Car,
"Dépourvu de vérité, l'amour bascule dans le sentimentalisme"
Pour ce qui concerne strictement le christianisme, Benoît XVI a cette formule :
"Un christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une incidence marginale"
Benoît XVI insiste fortement sur le fait que la charité ne peut pas être une préoccupation (ou une joie) parallèle ou, comme le disait Denis Sureau, un simple "supplément d'âme", ce que l'on ferait en plus de notre activité habituelle. A titre d'exemple, un financier chrétien ne devra pas se satisfaire de diriger un "fonds éthique", mais bien plutôt insuffler la charité dans toute son activité financière. Si l'exemple du financier s'impose pour des raisons conjoncturelles, chacun aura compris que cette attitude se décline de l'avocat à la crémière, du tourneur-fraiseur au sénateur.
C'est ainsi que Benoît XVI souligne que :
"La charité n'est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé de diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin."
Il s'agit donc de savoir placer le don et la gratuité au cœur de nos vies. Et d'une. Mais attention, et de deux : au-delà de nous, il s'agit de aussi de placer la gratuité au cœur du système. Ouais... Je sais. Mais on n'obtient rien avec des objectifs médiocres.
Bien évidemment, avant de venir, je m'étais acquitté de mes devoirs, et avais relu frénétiquement Caritas in Veritate. Et un point, à cet égard, m'a frappé plus qu'à la première lecture. Il s'agit en quelque sorte de la dimension tridimensionnelle qui nous est proposée par l'encyclique. Il n'y a là, évidemment, rien de bien surprenant, puisque la foi introduit une transcendance, puisqu'elle introduit nécessairement une autre personne dans nos relations humaines. Il est ainsi logique qu'à nos relations horizontales s'ajoute une relation verticale, et pas incohérent que cette dimension s'illustre dans l'exercice de la charité.
Mais l'encyclique insiste justement sur ce sujet, d'une façon qui souligne, à mon sens, les schémas mentaux dans lesquels nous évoluons.
Ainsi, deux domaines de connaissance structurent notre culture, à moins qu'ils ne la révèlent : l'économie, et le droit. Or, force est de constater que l'un comme l'autre exigent une contrepartie dans les rapports humains.
Nous vivons dans une économie de marché, dont le fonctionnement suppose un échange. Et nous vivons dans un schéma juridique qui exige la réciprocité. Il existe certes des actes unilatéraux mais la norme réside dans le "contrat synallagmatique", c'est-à-dire un contrat marqué par des obligations réciproques2.
Bien évidemment, économie et droit sont étroitement imbriqués et le schéma contractuel qui nous marque renvoie aussi à l'organisation économique du système de marché3.
Or, ces domaines ne finissent-ils pas par structurer excessivement notre pensée ? Ne finissent-ils pas par imposer leur empire, de sorte que toute relation n'est plus perçue que comme un échange et que l'on suspecte tout acte qui n'aurait pas de contrepartie évidente4 ?
Et précisément, Caritas in Veritate casse ce schéma et remet l'Homme au centre de toute chose. Elle rappelle qu'économie et droit ne sont que des disciplines contingentes, qu'elles n'ont aucune prééminence. Ce que l'encyclique dit ainsi :
"La conviction de l'exigence d'autonomie de l'économie, qui ne doit pas tolérer d'"influences" de caractère moral, a conduit l'homme à abuser de l'instrument économique y compris de façon destructrice"
Ailleurs, Caritas in Veritate souligne que :
"La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion."
En somme, ne nous laissons pas voler notre histoire par des outils. Or, n'avons-nous pas tendance à nous faire dicter notre perception, nos réactions, par ces cadres d'analyse ?
Caritas in Veritate appelle à une "civilisation de l'économie" :
"La charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu'il faut donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l'échange des équivalents et du profit comme but en soi"
*
J'ai suivi deux soirées consacrées au don et à la gratuité. Deux soirées d'un certain niveau5. Chaque fois le débat venait sur la question de la réelle gratuité du don.
On explique, par exemple, que le "sourire de la crémière" a des relents commerciaux. On dissèque chaque don pour y trouver une contrepartie. Et ce jusqu'à pointer, comme une ultime contrepartie, le contentement de la personne qui donne. C'est que nous parlons de don dans la société du soupçon, à l'ère du cynisme. Rien ne doit y résister. Tout est décortiqué. Question de réalisme, de lucidité, pense-t-on. Mais jusqu'à quel point cette prétendue lucidité n'est-elle pas délétère ?6
J'y ai fait référence plusieurs fois : lors d'une soirée qui s'est tenue il y a deux ans, Emmanuel Faber, se disant hanté par la question de la bonne conscience, expliquait ceci
"Essayer de chercher la gratuité dans le don est un chemin qui ne mène nulle part. J'ai résolu de mener le chemin d'imperfection qui est de considérer que le don est un échange"
Cette réponse m'a tout d'abord convaincu, avant de la trouver insatisfaisante. Pourquoi cette résignation ? Pourquoi ce sentiment d'incomplétude, d'imperfection ? Pourquoi considérer le don comme un échange serait un chemin d'imperfection7 ?
Lors de cette précédente soirée, Michaël Londsdale s'étonnait candidement de questions posées autour du pouvoir que nous donnerait le don sur les autres. Sa réponse pouvait sembler simpliste, mais la sagesse n'a pas nécessairement besoin d'être compliquée :
"C'est pas bien méchant. Il vaut mieux donner et se sentir fier de soi, être un peu orgueilleux, que ne pas donner"
Monseigneur Brouwet concluait notre soirée en soulignant que le cœur de l'Homme est fait pour le don. Donner procure une satisfaction, la satisfaction de nous conformer à notre nature profonde. Pourquoi pas ?! Pourquoi faudrait-il que le don comme échange soit un chemin d'"imperfection" ? Que le fait de se sentir rétribué par un peu de fierté soit une déchéance du don ? Pourquoi ne pas accepter simplement cette joie de donner ?
*
Il convient donc de laisser une voie ouverte à la charité. Une charité personnelle, certes, en écartant le soupçon trop scrupuleux qui rôde inutilement. Mais une charité à introduire également dans le système.
Et avouons-le, c'est probablement par là qu'a, assez logiquement, pêché cette soirée, puisque nous nous sommes arrêtés après avoir constaté que nous pouvions à peu près distinguer ce que devrait être notre charité personnelle, au moment où l'on abordait la nécessité d'introduire la charité au cœur du système. Voilà un véritable défi, voilà qui devrait faire l'objet d'une prochaine réflexion.
**
Et précisons que l'illustration est le logo du don du sang, qui n'a rien contre un peu de charité de notre part à tous.
Notes
- nous étions une quinzaine, avec notamment Denis Badré, sénateur-maire de Ville d'Avray, son fils, Bertrand Badré, Directeur des Finances du Crédit Agricole et trésorier des Semaines Sociales de France, Geoffroy Roux de Bézieux, président de l'Unedic et vide-président de Pôle Emploi, ainsi que quelques dirigeants d'entreprise et hauts fonctionnaires
- on pourrait nuancer le propos en évoquant les libéralités
- même s'il précède de loin toute théorisation de l'économie de marché
- On pourrait poser la question de savoir si ces domaines se contentent d'organiser, ou de constater, un système existant ou s'ils le suscitent. Voire si, plus probablement, ils ne commencent pas par constater avant de structurer. Mais bon, hein, je doute qu'on sorte la réponse du chapeau et si on continue de poser des tas de question, on n'aura jamais le temps d'apporter la moindre réponse. Alors, de la discipline, bordel.
- et je ne parle pas du mien mais des personnes qui s'exprimaient
- Et je sais à quoi vous pensez, hein : mon dernier billet sur la people-charity. Mais je vous le dis tout de suite et on s'en contentera pour le moment : ce n'est pas pareil
- en supposant que ce que l'on échange peut être ce sentiment de satisfaction d'avoir donné
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Coupez le son, vous apprécierez d'autant mieux le jeu d'acteurs. Anthony Kavanagh donne le ton, dès les premières secondes : le regard sera lourd, insistant. Dedans, ils auront mis leur plus belle souffrance. La tête se redresse, lentement. Avec un léger retard - ce décalage dû à la douleur qui vous étreint - les yeux suivent. Dedans, autant que possible, un peu d'humidité : c'est à cause de l'émotion. Après Kavanagh, Aznavour le fait pas mal. Noémie Lenoir aussi s'est bien appliquée pour interpréter la fille que la tristesse étreint. Si bien qu'elle le refait un coup : faut pas se priver des bonnes choses.
C'est l'occasion de découvrir de nouveaux visages. Au cas où on ne les reconnaitrait pas, on a mis leur carte de visite (à tout le moins leur nom, quant à leur "actualité", on la mettra dans dix ans). C'est l'occasion de vérifier que le gendre idéal est encore gentil. On prend des nouvelles d'Ophélie Winter, aussi. Elle chante encore. Et puis elle ondule son corps aussi. Ça, c'est cool. C'est pas parce qu'on chante pour Haïti qu'il faut pas le faire un peu sexy.
Lors d'une soirée-débat sur le Don, la gratuité, Emmanuel Faber écartait la gratuité comme critère d'appréciation. "J'ai résolu de mener le chemin d'imperfection qui est de considérer que le don est un échange" disait-il. Reste à savoir si aide contre notoriété sont les termes d'un échange éthiquement acceptable. On abordait ensuite les grands Charity Events. Ceux où se presse le gratin des people gentils. Élie Wiesel disait qu'il se moquait de ce défilé. Qu'il était lucide, évidemment (c'est Elie Wiesel), mais que l'important n'était pas l'intention véritable de la star qui s'affiche que l'argent qu'elle lui permettait de récolter, et ce qu'il en ferait. Mais l'instrumentalisation de la charité est-elle si indifférente à long terme ? L'hypocrisie de la dame patronnesse, à longue, ça use les meilleures volontés. Et puis, allez, le charity, on peut au moins le faire avec un peu de nuance. Bien sûr le goût (le bon) se gâte, alors on appuie lourdement sur le sentiment. Mais tout de même. Si Bono pleurait à chaque fois, ce serait vite lassant.
Ce n'est pas mon seul souci avec cette vidéo. Natalia a très bien relevé, avec les précautions nécessaires1 l'instrumentalisation de Dieu dans cette affaire. Dieu, dont on peine à croire - mais ce doit être un présupposé coupable - que c'est leur préoccupation de chaque instant, eh bien Dieu se retrouve au cœur de ce clip, dans les mots d'Aznavour. Dans les mots d'Ophélie Winter, aussi, qui philosophe : "Qu'il est dur de croire que Dieu a le pouvoir sur autant de vies". Eh bien, justement, crois ma fille, tu n'y croiras plus. Et si nos aimables people de pays riche ont dans l'idée de rejeter sur Dieu la faute, comme au temps de la plus grande superstition, les premiers concernés, eux, l'ont prié, Dieu. Mais peut-être les haïtiens ne sont-ils pas assez éduqués ? Peut-être devraient-ils s'en remettre, pour un peu de sagesse, à notre star système ? Chacun son étoile.
J'ai un autre souci, majeur, avec cette vidéo. Elle est, sinon raciste, racialiste. 90% des interprètes sont Noirs. Les visages noirs se succèdent. Pourquoi ? Quel est le message sous-tendu, volontairement ou non ? Pourquoi introduire la race dans ce débat ? S'agit-il de dire que la solidarité personnelle, l'objet de ce clip, serait raciale avant tout ? Que les célébrités françaises concernées sont avant tout noires ? Que l'on se sent d'autant plus proche que l'on est de la même couleur de peau ? L'idée ainsi colportée est odieuse.
Le message était implicite, c'est Jacky qui l'explicite, pour les autres : "faut-il être d'un même pays pour se mobiliser ? Faut-il être d'une même couleur de peau pour se sentir con-cerné ?"2. Le clip fait mine de dénoncer un état de fait, c'est pourtant lui qui l'illustre. Longuement, pesamment, péniblement. Haïti, ce serait une affaire de Noirs, une affaire de frères, mais de frères de race.
Jacky, mon lapin, ta question, tu la prends et tu te la mets derrière l'oreille.
Parce qu'elle est insultante pour les français, parce elle n'a pas lieu d'être, parce que les faits te donnent tort.
Non, les 40 millions d'euros collectés depuis quinze jours n'ont pas tous été donnés par des Noirs. Tiens, j'en connais un, parmi tant d'autres, qui a donné, le 13 janvier. Sans attendre les célébrités. Sans imaginer que la race des victimes soit une donnée du problème. Et des millions de français ne se sont pas demandés s'il fallait "être d'une même couleur de peau pour se sentir con-cerné". Les seuls qui introduisent cette question de race, ce sont les interprètes de ce clip.
Dans les tous premiers jours, Jacky, Passi, Anthony, mon Google Actu me parlait de cette antenne locale du Secours Catholique de La-Roche-Sur-Yon, en Vendée. Des antennes comme celle-là, il y en a des centaines en France, au Secours Catholique et dans d'autres associations caritatives, qui menaient des actions dès avant le séisme. Ouest-France nous disait : "en 2009, la section yonnaise a organisé une chanterie et un marché aux puces pour sensibiliser sur la situation à Haïti. 4 920 euros avaient été ainsi récoltés pour ce pays connu pour sa très grande pauvreté". Quatre hommes et une femme. Des gens ordinaires, pas des célébrités. Ils organisent "une chanterie et un marché aux puces". C'est moins strass, moins hype, c'est discret mais c'est là, fidèlement.
Et ce sont des gens blancs, tout blancs, qui ne se posent pas la question de la couleur de peau des personnes aidées.
Non, cette question ne se pose pas. Et il est coupable de le faire.
Comme ces cinq bénévoles, des centaines, des milliers de français peut-être agissent, plus sûrement, plus durablement, que quelques rappeurs paillette au regard lourd, mobilisés le temps d'un clip. Ca mérite un peu de considération.
Au mieux, ce clip est une niaiserie bouclée dans la précipitation.
Mise à jour : Niamreg souligne que la chanson a été initiée par une radio de R'N'B et de rap, ce qui peut effectivement expliquer la présence très majoritaire de chanteurs noirs. Il aurait été préférable que cet élément de contexte soit donné. Élément rassurant, même s'il ne change rien à la phrase prononcée par Jacky, qui vient appuyer le sentiment que la couleur de peau entre en ligne de compte.
Notes
- je vous renvoie d'ailleurs à son billet pour les précautions
- 1'30
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Le bruit des rotors, un palais néo-colonial blanc, des herbes hautes et une colonne de GIs. Et Paint it Black, des Stones. La chute de Saïgon ? Non, celle de Port-au-Prince. Sa chute, ou la première marche de sa reconstruction ?
Et des colonnes de soldats suréquipés, fusils-mitrailleur en bandoulière, qu'observe une population locale circonspecte. Le débarquement américain en Haïti provoque des sentiments confus. Faut-il s'en offusquer, s'en inquiéter, s'en féliciter ? Est-ce simplement dans la nature des choses ?
A leur habitude, les américains n'ont pas fait dans la demi-mesure. Le rouleau compresseur, la machine militaire : c'est l'humanitaire à marche forcée, et ceux qui n'en sont pas sont comme écartés du chemin, priés de faire place, pour ne pas gêner inutilement la bonne marche américaine.
Mais il y a un échec de l'ONU ou plutôt, un échec de la communauté internationale. Evidemment, c'est à cette instance que devrait revenir une coordination internationale d'urgence, manifestant la solidarité internationale. On peut s'étonner d'ailleurs qu'il n'existe pas un organisme international capable de prendre le relais d'un Etat dévasté pour coordonner des secours. Alors, dans ce cas, ne faut-il pas parer au plus urgent ? A l'évidence, le fait qu'un seul pays gère l'aéroport, qu'un pays prenne l'initiative est un gage d'efficacité. Comme l'écrit Corinne Lesnes, dans les colonnes du Monde, "si l'ONU avait eu des contrôleurs aériens à Port-au-Prince le lendemain du séisme, le sergent Chris Grove n'en serait pas à gendarmer le ciel d'Haïti".
Face à l'incroyable catastrophe qui s'est abattue sur ce pays, n'est-ce pas l'efficacité qui doit être l'unique critère ? Qu'est-ce donc qui nous taraude ? L'envie d'avoir notre petite part des opérations de secours ? L'envie d'aider ? D'être là ? De montrer que la France y est, aussi ? Ce n'est pas illégitime. Tiens, d'ailleurs, en fin de compte, c'est comme lorsque, dans la rue, une personne est prise d'un malaise. On est souvent plusieurs à s'avancer, on veut prêter la main, aider, jusqu'à ce que l'on soit si nombreux autour de la victime qu'elle finisse par manquer d'air et que le nombre devienne un inconvénient. Il vaut mieux dans ce cas qu'une seule personne qualifiée s'occupe de la victime. N'est-ce pas un peu ce qui s'est passé, et se passe encore, en Haïti ? Du point de vue de la victime, à quoi rime notre petite envie de montrer que nous aussi, nous avons du cœur ? On a reproché, probablement à raison, à Catherine Ashton, de ne pas s'être rendue à Haïti, et d'avoir même été absente de Bruxelles le week-end qui a suivi le séisme. Fallait-il absolument y être ? Sommes-nous en rivalité avec les Etats-Unis ? Cette rivalité n'est-elle pas dérisoire quand il s'agit de la souffrance de milliers de personnes ?
Mais au niveau international, politique, on ne peut éviter d'entrevoir les intentions cachées.
L'une d'elles - la première, diront les cyniques - a d'ailleurs été on ne peut plus clairement dévoilée : les Etats-Unis sont le pays riche le plus proche, et ils n'entendent pas faire face à un afflux de réfugiés haïtiens. Hillary Clinton l'a déclaré : ils interdiront l'accès de réfugiés à leur territoire et reconduiront en Haïti ceux qui se présenteraient. Peut-on le leur reprocher ? Dans la mesure où ils apportent l'aide nécessaire sur place, dans la durée, n'est-ce pas la meilleure approche ?
Il est aussi question de redorer le blason américain. On a perdu l'habitude, si on l'a jamais eue, de voir les soldats américains en forces de maintien de la paix. Tiens, j'y pense, la dernière fois, n'était-ce pas l'opération en Somalie, lancée à grand spectacle par Bill Clinton, démocrate également, donc ? Ces colonnes de soldats américains font nécessairement penser à l'Irak... voire aux reportages sur les bavures en Afghanistan. Cette opération peut contribuer à donner une image plus favorable de l'armée US.
Il s'agit donc, aussi, d'illustrer un nouveau cap de la politique américaine. Illustrer la marque Obama. Démontrer que "dans les moments tragiques, les Etats-Unis réagissent et apportent leur aide". Cette tribune de Barack Obama, paru dans Newsweek et reprise dans Le Monde, est un monument de discours politique décomplexé. On passe par l'affirmation d'une noble identité nationale :
"Mais avant tout, nous agissons pour une raison toute simple : dans les moments tragiques, les Etats-Unis d'Amérique se mobilisent et apportent leur aide. C'est ainsi que nous sommes. C'est ainsi que nous agissons."
Puis Obama revisite dans cette tribune la politique étrangère américaine avec une légère tendance à l'omission précautionneuse :
"Depuis des décennies, le leadership américain est fondé en partie sur le fait que nous ne recourons pas à notre puissance pour soumettre les autres, nous l'utilisons pour les aider à reprendre pied - que ce soit en aidant à la reconstruction de nos anciens adversaires après la seconde guerre mondiale, en parachutant de l'eau et des vivres à la population berlinoise, ou en aidant les peuples de Serbie et du Kosovo à reconstruire leurs vies et leurs pays. Et cela n'est jamais aussi vrai que dans les moments de grands périls et de grande souffrance humaine. C'est pour cette raison que nous avons agi pour aider les Africains à combattre le fléau du sida sur leur continent, ou pour venir en aide aux victimes d'un tsunami catastrophique en Asie. Quand nous ne montrons pas seulement notre puissance, mais aussi notre compassion, le monde nous considère avec un mélange de respect et d'admiration."
Wow. Non ? "Le monde nous regarde avec un mélange de respect et d'admiration". C'est peut-être vrai mais, dia,tre, il faut l'écrire, ça. D'ailleurs, nous pourrions, nous, français, l'écrire un peu plus souvent. Mais j'y reviens : notez comme les guerres d'Irak et l'intervention en Afghanistan1 sont oubliées. On les entrevoit en creux : c'est l'autre "partie", et c'est le moment où les Etats-Unis ne montreraient que leur puissance, la compassion étant moins évidente - même si l'on se gardera de l'exclure d'emblée pour ne pas paraître pêcher par anti-américanisme.
On sent que quelque chose se joue, dans cette tribune. Est-ce seulement l'image d'Obama ? Ou peut-on penser qu'au-delà, il veut montrer aux américains une autre image des Etats-Unis ? Aux américains, et au reste du monde également. D'ailleurs, n'aurions-nous pas eu mauvaise grâce à entraver leur bonne marche puisqu'après tout c'est tout de même le pays occidental dont l'image est la plus dégradée ?
Barack Obama a quelques mots rassurants pour la communauté internationale. Ils travailleront aux côtés d'autres pays (sympa), et de l'ONU. Mais ouch, la conclusion :
"C'est pourquoi les Etats-Unis d'Amérique prendront la tête de cette entreprise humanitaire mondiale. Cela fait partie de notre histoire, et c'est ainsi que nous répondrons à ce vaste défi."
Y'a du "Poussez-vous, c'est nous que v'là", hein, tout de même ? Que cela soit dit : c'est eux qui feront le job. Venez pas trop les emmerder avec des histoires de multilatéralisme et tout ça.
Au terme de ce billet, je ne sais pas pour vous mais, moi, je ne me suis pas totalement départi de mes sentiments contradictoires. Au nom des victimes, comment ne pas se réjouir de cette efficacité ? Comment ne pas apprécier aussi que les Etats-Unis mettent leur puissance dans une action humanitaire ? Peut-on reprocher à un pays d'agir en tenant également compte de ses intérêts bien compris, tant qu'ils coïncident avec ceux des Haïtiens ? N'est-ce, encore un fois, qu'une histoire de tact et de délicatesse dont manquerait la machinerie américaine ? Quelle part prend, dans cette opération, la volonté des Etats-Unis de réaffirmer sa zone d'influence (ce qui n'est d'ailleurs géographiquement pas déconnant) ?
En fin de compte, peut-on vraiment leur reprocher de faire ce que nous aurions aimé faire à leur place ?
Même si nous, français, nous avons du tact et de la délicatesse. "C'est ainsi que nous sommes, c'est ainsi que nous agissons", hein...
Notes
- qui certes s'éternise mais est pourtant légitime
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Samedi soir, dans un restaurant libanais parisien, invité à un anniversaire. L'un des hôtes est d'origine algérienne, ma voisine de droite également. Mon voisin d'en face est d'origine tunisienne. La soirée a été ponctuée de mots significatifs, traduisant très bien la complexité du sujet. Le débat s'est engagé sur une remarque de ma voisine. Evoquant La Journée de la Jupe, elle explique à mon vis-à-vis que, parmi les élèves, "il n'y a pas un seul français". Je comprends bien qu'il ne s'agit pas là d'évoquer toute la rigueur d'un certificat de nationalité. Mais je ne peux pas m'empêcher de noter que, ce faisant, elle dénie elle-même leur nationalité à ces jeunes, sur la seule base de leurs origines. Il y a des noirs, des arabes... "il n'y a pas un seul français".
Ce n'est pourtant pas une jeune femme ayant vécu dans une cité difficile. Ses parents vivent dans une commune tranquille de l'Ouest parisien. Elle-même, apparemment, ne les voit plus parce que, malgré tout, ils n'acceptent pas qu'elle n'ait pas épousé un algérien. Il suffirait, pourtant, qu'il se convertisse à l'islam, et la situation s'arrangerait. C'est l'une des ambiguïtés de cette soirée, une ambiguïté bien normale dès lors que l'on cesse de s'entretenir dans des débats théoriques, et que l'on s'intéresse à la réalité humaine. Car cette jeune femme a fait le choix de son intégration. Quant à son frère, il est sur le point de devenir médecin anesthésiste, l'une des spécialités en France qui exige le plus haut niveau de qualification. Bref, un modèle évident d'intégration. Il n'en reste pas moins que, pour elle, dans ce film, "il n'y a pas un seul français"1.
Je lui en fais la remarque, sans qu'elle comprenne exactement le problème. Elle m'explique simplement qu'elle ne se reconnaît pas une seule seconde dans ces jeunes-là. Ce n'est plus le même sujet, mais le sujet de la représentation n'est pas sans intérêt non plus.
Je poursuis avec mon autre interlocuteur. Son discours n'est pas exempt d'ambiguïtés. Ainsi lorsqu'il m'explique que l'on présente abusivement les jeunes qui vont se battre en Afghanistan comme des terroristes, alors qu'il ne s'agit que de jeunes qui défendent des musulmans agressés. On lui répondrait volontiers que ce ne sont pas des musulmans qui sont attaqués, mais des terroristes responsables du pire carnage de l'Histoire récente. Il reste intéressant d'entendre cette perception.
Puis la discussion glisse sur la burqa et les minarets. Il m'affirme que la communauté musulmane ne voit aucun obstacle à construire des mosquées sans minarets, qu'elle comprend parfaitement qu'elle vit dans un pays de tradition catholique, il qualifie les jeunes femmes qui portent la burqa de "petites connes" qui cherchent à attirer l'attention, qui y sont parvenues, et dont nous allons simplement, paradoxalement, multiplier le nombre, par la focalisation qui est faite.
Nous parlons identité nationale, il m'exprime son dégout d'être ainsi pointé du doigt, parce qu'il est musulman. Pour lui, les musulmans français ont désormais "compris qu'on ne les acceptera jamais". Il me parle de partir au Canada, aux Etats-Unis. Je souris un peu parce qu'il déchanterait probablement en voyant les conditions d'entrée, pas vraiment plus généreuses que les règles françaises. Il me dit encore à quel point la situation s'est aggravée. Comme, il y a 20 ans, on ne se souciait pas de savoir si l'un était noir, l'autre arabe. Il enjolive gaillardement le passé et oublie un peu aussi que, même s'il s'agit encore là certainement d'une invocation abusive de la religion, c'est bien au nom de l'islam que certains veulent nous imposer la terreur.
*
Pendant toute cette discussion, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'au lieu d'organiser de prétendus débats autour de l'identité nationale, un gouvernement responsable aurait pu organiser de vraies rencontres entre les français. Peut-être est-ce trop naïf, mais si l'on se pique de démocratie participative, sous quelque vocable que ce soit, on devrait pouvoir organiser des agora.
Et, une fois encore, ce vertige : sur la foi de quelles informations nous déterminons-nous ? Telle personne me certifie que chaque musulman vise à l'instauration de la charia en France et agite cet épouvantail si prisé de la dhimmitude. Telle autre m'assure que la communauté musulmane dans sa globalité souhaite s'intégrer. Quelles sont les autres représentations dont nous disposons, au-delà du délinquant, du salafiste et de sa compagne empaquetée ? Le délinquant existe, le salafiste aussi. Et il y a des burqas. Mais est-ce là la communauté musulmane ?
Si débat il devait y avoir, ne devait-il pas se tenir aussi, ou principalement, avec ceux dont on semble présumer qu'ils menacent l'identité nationale ?
J'aurais aimé prolongé le débat avec mon interlocuteur d'un soir, si nous n'avions pas été à une soirée d'anniversaire, relever ce que je ne peux pas partager dans ce qu'il dit, apprendre ce qu'il peut me dire de la communauté musulmane. Tâcher de comprendre l'autre.
Au lieu de cela, nous débattons seuls, dans une attitude de repli, de défense, face à une menace préalablement désignée. Et l'on voit certains se laisser aller à des propos étonnants. Prenez Jean-Claude Gaudin : je le crois, lorsqu'il invoque la tradition d'accueil de Marseille. Mais pourquoi évoquer "les musulmans" ou "la communauté musulmane" ? Pourquoi lier les évènements regrettables qui ont marqué le match Algérie-Egypte à la religion musulmane ? Les personnes qui se sont comportées de manière détestable sont assurément d'origine algérienne mais leur comportement de ce soir-là est lié à leur origine, pas à leur religion. Et quand bien même il aurait évoqué des "jeunes d'origine algérienne", peut-on dire que leur comportement de ce soir-là met en cause notre identité nationale ? Il est certain qu'elle met en cause l'ordre public, qu'elle met en cause l'intégration, mais l'identité nationale française est-elle menacée par les débordements de jeunes d'origine algérienne ? Une fois encore, ces débats semblent se transformer en chaudrons de récriminations, bien éloignées du sujet affiché. Des débats qui ne débouchent sur rien, sinon sur des propositions aussi convenues et dérisoires que la rédaction d'une "charte des droits et des devoirs".
Débattre seul, c'est un peu ce qu'a provoqué Vincent Peillon, avec son "coup" monté de jeudi dernier. Décision déplacée, malvenue sur la forme, inefficace sur le fond. Certain(e)s semblent considérer qu'il a bien joué son coup, déplaçant le débat de l'identité nationale à la légitimité même du débat. J'en doute. Outre le fait que sa sortie m'a davantage semblé à la remorque de la réaction du SNJ, Vincent Peillon a-t-il contribué à remettre davantage en question la légitimité du débat ? Est-ce vraiment le débat qui fait question depuis jeudi soir, ou son initiative ?
Au bout du compte, si nous nous gargarisons de débats en tous genres, ce n'est pas notre capacité d'échange qui frappe.
Notes
- ce qui est d'ailleurs inexact - il suffit de voir la bande-annonce pour le constater - mais la question n'est pas vraiment là
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Permettez : il est d'usage que la défense s'exprime en dernier. N'ayant pas tardé à réagir à l'annonce de la signature du décret sur les "vertus héroïques" de Pie XII, je me permets d'ajouter un dernier mot avant de clore provisoirement cette séquence. Les jours passés ont permis l'expression de nombreux points de vue, quelques-uns moins attendus que d'autres, comme celui de Serge Klarsfeld ou celui de Georges-William Godnadel, président de l'association France-Israël. Certains, c'est heureux, auront fait cette découverte à cette occasion que le Saint-Siège, sur l'impulsion de Pie XII, a contribué à sauver de nombreux juifs.
On a aussi rencontré une hostilité prévisible et naturelle. On a enfin côtoyé l'imbécile et l'abject. Pour les premiers, François Miclo a très efficacement exprimé le sentiment qui s'impose :
"Notre époque porte sur l’histoire un regard insensible. Elle considère le passé non pas tel qu’il a été, mais tel qu’elle voudrait qu’il fût. Elle sermonne les morts, leur dicte une conduite, ne rechigne pas à l’anachronisme pour les juger au nom de principes qu’elle ne s’applique jamais à elle-même, mais qu’elle leur demande rétroactivement de respecter. Notre époque n’est pas historienne : elle est vindicative. Tenter de comprendre les hommes et leurs raisons, dans le temps, le système de représentations et les circonstances qui furent les leurs, penser la complexité sans la réduire à une rationalité binaire : là n’est ni son fort ni son objet. Ce qu’elle veut, ce sont des coupables."
D'autres ont choisi de perpétuer une "légende noire", au prix de jugements sommaires, péremptoires, volontairement ignorants. Ils ont fait le choix d'occulter les faits, le choix de faire passer leur hostilité à l'Eglise avant la rigueur historique.
NB : l'ensemble des vignettes (images) ci-dessous est cliquable, pour une visualisation dans la page.Pour fermer, cliquez sur "close", dans le coin inférieur droit.
Marianne, Alain Duhamel : les propagandistes
"Si Benoît XVI, effectivement, va jusqu’au bout de sa démarche, c’est à dire commencer à béatifier Pie XII, moi je lui suggère de ne pas oublier Papon [...] parce que c’est la même logique." (Alain Duhamel, 20 décembre 2009)
Ce n'est pas la première fois qu'Alain Duhamel se trompe avec suffisance. En assimilant Pie XII à un collaborationniste, il a, cette fois, atteint les limites de l'abject, à telle enseigne que l'on aimerait lui en demander raison. Son propos est odieux, idéologique, contraire à toute vérité historique. Il traduit toute la morgue de celui qui use de sa position pour faire de sa tribune un moyen de propagande.
Indigne, la Une de Marianne l'est également. L'amalgame entre Hitler saluant et Pie XII bénissant est évident. Il est insultant. Avec Duhamel, Marianne quitte le registre du journalisme pour grossir les rangs des petits propagandistes de l'Histoire.
Derrière cette image, derrière ce slogan saisissant ("le Pape qui garda le silence face à Hitler"), qui augurerait de quelque révélation, se cache pourtant un dossier d'une parfaite indigence. Aucun fait nouveau. Un article plutôt creux de Jean-Louis Schlegel bien impuissant à restituer la face scandaleuse que suggère cette Une pourtant placardée dans toutes les villes de France.
C'est dans les encadrés que Marianne se rattrape. Un premier encadré prétend présenter "Pie XII, les dates". Il omet simplement tout ce qui ne contribue pas à la "légende noire". Pas un mot sur Mit Brennender Sorge, pas un mot sur Summi Pontificatus. Pas un mot sur le message de Noël 1942. Pour les années de guerre, Marianne ne retient que deux faits : "1942 : ne s'associe pas aux Alliés dans leur condamnation du massacre des juifs - 1943 : n'intervient pas quand des juifs italiens sont déportés à Auschwitz sous-estimant, disent ses défenseurs, le péril que leur font encourir les nazis". La ficelle est grosse, mais Marianne a osé.
Autre encadré. Un procédé qui a beaucoup plu, ces derniers jours. Utiliser un catholique contre un autre. Nous ne taperons pas sur ce bon Paul Claudel, n'est-ce pas ? Marianne proclame : "il avait osé le dire". Il cite : "c'est ce sang dans l'affreux silence du Vatican qui étouffe les chrétiens. La voix d'Abel ne finira-t-elle pas par se faire entendre ?". Mais c'est comique : comme l'indique Marianne, cette si courageuse position date du... 13 décembre 1945. En mai 1941, alors que les premiers statuts des juifs avaient été publiés, il avait aussi osé écrire : "France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père. Fille de Saint-Louis, écoute-le ! Et dis, en as-tu assez maintenant de la politique ?"1. Paul Claudel écrira, tout aussi bien, une fois la guerre finie, des Paroles au Général De Gaulle. On comprend que la période était propice aux revirements, mais on préfèrera la lucidité constante de Pie XII. Et puis, à tout prendre, qu'elles qu'aient été les convictions secrètes de Claudel, il n'avait pas les responsabilités du Pape.
Vient ensuite une tribune de Jean-François Kahn sidérante. L'ignorance peut-elle servir d'excuse ? Le voilà qui affirme notamment :
"Ajoutons qu'effectivement, durant l'hiver 1942-1943, après quatre ans de silence total, le "saint-père" déplora, dans une déclaration publique que de très nombreux innocents fussent promis à la disparition par la suite de leur "lignage"? Sans que le coupable, ou le système coupable, soit désigné."
Nous verrons ce qu'il en a été réellement.
Après l'avoir introduite en affirmant que dans "le choc gigantesque et effroyable qui opposa le camp du mal absolu et tous ses affidés au reste du monde (...) si Pie XII inclina de temps à autre (...) ce ne fut pas toujours - pas souvent - du bon côté", Kahn conclut son indigente tribune, après avoir exposé ses dons de cartomancier en imaginant les conséquences d'une prise de parole du Pape2, en affirmant avec grandiloquence que Pie XII "n'a strictement rien fait"3.
Nous verrons, là aussi, ce qu'il en a été réellement.
Puis c'est la clé du dossier : un article d'Henri Tincq, dont le titre frôle la correctionnelle : "L'axe Pie XII - Benoît XVI". Marianne enfile les gros sabots pour faire l'amalgame avec l'Axe Rome-Berlin. Pie XII, Benoît XVI, deux fascistes unis par une même complicité. Pie XII, Benoît XVI, une déclinaison d'Hitler et de Mussolini. Et l'on comprend, comme Stéphane le souligne, l'intention première de ce dossier, comme de tant d'autres journalistes : la cible, c'est Benoît XVI. Tincq se montre malheureusement aussi partial que Marianne, en invoquant les "options réactionnaires" de Benoît XVI. Tincq n'est pas de ceux qui s'expriment lorsque Benoît XVI évoque l'"écologie humaine" dans son Message pour la Journée Mondiale de la Paix (1er janvier 2010), intitulé "Si tu veux construire la paix, protège la Création". Il n'est pas de ceux qui s'expriment lorsque le Pape appelle, par deux fois, à accueillir les immigrés4. "Option réactionnaire", c'est mieux, ça claque, ça supplée le raisonnement5.
Alors, reprenons un peu, ce qu'a fait celui qui "n'a strictement rien fait", et dans quelles circonstances.
Le combat idéologique contre le nazisme
Voilà une réalité déplaisante pour les contempteurs de l'Eglise : Hitler ne se faisait aucune illusion sur l'opposition déterminée de l'Eglise. Comment aurait-il pu en être autrement, d'ailleurs, lorsque le Pape Pie XI, dans l'encyclique Mit Brennender Sorge du 14 mars 1937 (rédigée par le cardinal Pacelli, futur Pie XII), évoquait :
"l'apostasie orgueilleuse de Jésus-Christ, la négation de sa doctrine et de son œuvre rédemptrice, le culte de la force, l'idôlatrie de la race et du sang, l'oppression de la liberté et de la dignité humaine"6
Cette encyclique au ton incroyablement vigoureux, direct et concret, faisait suite, ce qu'elle mentionne explicitement, à "l'hostilité manifeste ou cachée" contre l'Eglise, et notamment à une ordonnance du 29 décembre 1937 qui imposa la fermeture de 82 établissements catholiques d'enseignement, comptant au total 15.000 élèves7.
L'Allemagne nazie s'opposait frontalement au christianisme et s'efforçait au travers du Mythe du XXème siècle, de Rosenberg (couronné du "Prix National" à Nuremberg en 1937), de le remplacer par un néo-paganisme, enfin viril et apte à défendre la nation.
A Noël 1937, Pie XI déclarait :
"Pour appeler les choses par leur nom : en Allemagne, c'est la persécution religieuse [...]. C'est une persécution à laquelle il ne manque ni la force et la violence, ni les pressions et les menaces, ni les ruses de l'astuce et du mensonge"8
Qui peut prétendre après cela qu'il y ait pu y avoir la moindre connivence, le moindre silence, pire encore la moindre collaboration, entre l'Eglise et le nazisme ?
Ceux qui citent la signature du concordat, en 1933, oublient de mentionner qu'il n'a été conclu qu'à la demande d'Hitler qui, pour mieux expliciter les conséquences d'un refus de signature, avait fait procéder à l'arrestation 92 prêtres, perquisitionner les locaux de 16 associations pour la jeunesse catholique, et fait fermer 9 publications catholiques, en seulement 3 semaines9. Ils oublient aussi de rappeler que ce concordat a été signé sous le pontificat de Pie XI, celui qui déclara en 1937 : "nous sommes spirituellement des sémites".
En Autriche annexée, sur le territoire de laquelle le concordat ne s'appliquait pas, les facultés catholiques de Salzbourg furent fermées, la faculté de théologie d'Innsbruck fut dissoute, les religieux furent expulsés des écoles et des hôpitaux. A Vienne, le cardinal archevêque fut insulté à la sortie de la cathédrale et son palais archiépiscopal envahi et saccagé.
Lorsqu'en 1939, le cardinal Eugenio Pacelli est élu Pape, l'Allemagne est l'unique pays d'Europe à ne pas envoyer de représentant à la cérémonie. Et, le 3 mars 1939, A. W. Klieforth, Consul Général des Etats-Unis peut même écrire, dans ce document, que les opinions "bien connues" de Pie XII au regard d'Hitler, l'ont surpris par leur "extrémisme", et que Pie XII "ne considère pas seulement Hitler comme une canaille sans parole, mais comme une personne fondamentalement vicieuse".10
Plusieurs conclusions peuvent être tirées de cette situation, que les faits ci-dessus ne font qu'illustrer sans évidemment épuiser le sujet.
En premier lieu, contrairement à ce que des polémistes en chambre tentent de faire croire, l'hostilité de Pie XII au nazisme et à la personne d'Hitler était constante, résolue et connue.
En deuxième lieu, que le nazisme s'employait à toutes forces à substituer au catholicisme son néo-paganisme. Comme en témoigne aussi l'autobiographie du Père Goldmann, Un franciscain chez les SS, les catholiques étaient sur la liste. En Pologne, 4 évêques, 1996 prêtres, 113 clercs, 238 religieuses furent mis à mort, 3642 prêtres, 389 clercs, 341 frères convers, 1117 religieuses furent envoyés en camp de concentration11. Le Pape ne l'ignorait évidemment pas, et savait ce que chacune de ses paroles pouvait provoquer.
Enfin, pour ce qui est de l'Allemagne elle-même, il devait aussi composer, à la fois pour conserver les catholiques dans la foi et pour préserver son influence, avec l'attirance que pouvait exercer sur les allemands le nazisme triomphant, volant de victoires en victoires après des années d'humiliation. Et qui n'a expérimenté, dans d'autres circonstances, cet attrait des vainqueurs ?
Et, au-delà de l'Allemagne, il faut aussi réaliser que Pie XII était comme un chef d'Etat (le seul) qui compterait des dizaines de milliers de ressortissants dans chaque pays belligérant et, en l'occurrence, en Allemagne et dans chaque pays occupé. On peut simplifier l'Histoire 60 ans après, mais on ne peut pas ignorer le poids qui pesait sur chacune de ses paroles. Comme l'a déclaré Pie XII : "le martyre ne se décrète pas à Rome".
Chaque mot compte
Ainsi, pour Pie XII, chaque mot compte. Il est vrai que, dans une époque bavarde et épargnée par les menaces, la prudence n'est plus une qualité.
Alors, on oublie Mit Brennender Sorge, on ignore cette toute première encyclique du pontificat de Pie XII, Summi Pontificatus, dans laquelle il opposa clairement la doctrine catholique au nazisme, et affirma notamment :
"Au milieu des déchirantes oppositions qui divisent la famille humaine, puisse cet acte solennel proclamer à tous Nos fils épars dans le monde que l'esprit, l'enseignement et l'œuvre de l'Église ne pourront jamais être différents de ce que prêchait l'apôtre des nations: " Revêtez-vous de l'homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance de Dieu à l'image de celui qui l'a créé; en lui il n'y a plus ni grec ou juif, ni circoncis ou incirconcis; ni barbare ou Scythe, ni esclave ou homme libre: mais le Christ est tout et il est en tous " (Col., III, 10-11.)"
Un fait moins public, mais public néanmoins traduit aussi la position du Pape. Ainsi, lors d'une audience qui s'est tenue en 1941 (édition du Palestine Post du 28 avril 1941), Pie XII s'entretint avec un jeune juif allemand. Celui-ci s'étant introduit en italien, Pie XII lui dit qu'il pouvait s'exprimer dans sa propre langue, puisqu'il était allemand, ce à quoi le jeune homme répondit qu'il n'était plus allemand, puisqu'il était juif. Après l'avoir entendu exposer les besoins d'assistance des Juifs, Pie XII lui déclara notamment, en présence de soldats allemands :
"Vous avez bien fait de venir me voir et de me raconter ceci. J'en ai déjà été informé. Revenez demain avec un rapport écrit et donnez le au Secrétaire d'Etat, qui est en charge de cette question. Mais maintenant, pour vous, mon fils. Vous êtes un jeune juif. Je sais ce que cela signifie, et j'espère que vous serez toujours fier d'être un Juif !"
Une nouvelle fois, élevant la voix,
"Mon fils, Dieu seul sait si vous valez mieux que les autres, mais croyez-moi, vous valez au moins autant que tout autre être humain qui vit sur cette terre ! Et maintenant, mon ami Juif, allez sous la protection du Seigneur, et n'oubliez jamais, vous devez toujours être fier d'être un Juif !"
Plus tard le Pape adressa le bien connu message de Noël 1942, dont on feint de croire qu'il était ambigu, lorsque le Pape forma ce vœu :
"Les peuples veulent-ils donc demeurer témoins inactifs d'un si désastreux progrès ? Ou ne faut-il pas plutôt que, sur les ruines d'un ordre public qui a donné les preuves si tragiques de son incapacité à procurer le bien du peuple, s'unissent tous les cœurs droits et magnanimes dans le vœu solennel de ne s'accorder aucun repos jusqu'à ce que, dans tous les peuples et toutes les nations de la terre, devienne légion12 la troupe de ceux qui, décidés à ramener la société à l'inébranlable centre de gravitation de la loi divine aspirent à se dévouer au service de la personne humaine et de la communauté ennoblie par Dieu ? (...) Ce vœu, l'humanité le doit aux centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive."
Alors, Marianne peut affirmer que Pie XII ne s'est pas associé à la déclaration des Alliés du 17 décembre 1942, et oublier que son message date du 24 décembre, soit seulement setp jours plus tard. Marianne peut, dans un raisonnement binaire, négliger le fait que s'associer à cette déclaration aurait été, de la part du Pape, se ranger aux côtés des puissances belligérantes. Le Saint-Siège aurait-il pu intervenir comme il l'a fait, si tel avait été le cas ? Et quelles représailles supplémentaires auraient été engagées ?
On occulte ainsi qu'en Hollande, comme cela est rapporté dans ce document secret du Reichskommissar pour la Hollande, contrairement aux représentants des communautés protestantes, les évêques catholiques ont refusé de revenir sur leur message de protestation malgré la pression des SS. Ceci entraîna des représailles massives et immédiates. Pourtant, lalgré les protestations continues du clergé catholique, la population juive en Hollande a été exterminée à 80%, ce qui ne peut que relativiser le prétendu impact des protestations publiques. Et l'on sait que Pie XII fut édifié par ce précédent.
En ce qui concerne l'Allemagne même, les protestations ne faisaient que susciter des persécutions plus grandes. Ainsi, le nonce apostolique à Berlin, Mgr Orsenigo écrivait à Mgr Montini, le 24 juin 1942, à propos d'une tentative d'intervention en faveur d'un couple juif, non encore déporté :
"Je regrette de devoir ajouter d'avoir constaté que non seulement ces recommandations sont inefficaces, mais encore elles sont mal reçues; elles finissent par indisposer les autorités mêmes contre d'autres cas moins graves, et qui ne sont pas tranchés par des normes générales, comme c'est le cas des personnes non aryennes"13
Le Comité International de la Croix Rouge faisait une analyse approchante. Ainsi, le 12 février 1943, une conférence fut réunie à Genève pour examiner la situation des Juifs. Une personne présente, Mademoiselle Ferrière, rapporte ainsi la position retenue :
"On s'étonne que le comité international ne proteste pas auprès des gouvernements14. Tout d'abord les protestations ne servent de rien; en outre, elles peuvent rendre un très mauvais service à ceux à qui l'on voudrait venir en aide"15
De fait, de nombreux témoignages soulignent que les juifs eux-mêmes, s'ils demandaient des interventions, ne souhaitaient pas de prises de position publiques, qui avaient pour seul effet de susciter des représailles immédiates.
Pie XII en était parfaitement conscient et la question de son "silence" le préoccupait déjà, de sorte que ce n'est évidemment pas à la légère ou par une prétendue indifférence qu'il s'abstint de déclarations tonitruantes.
Déjà, concernant le sort de la Pologne, Mgr Tardini expliquait, dans une note de 18 mai 1942, que :
"dans les circonstances actuelles, une condamnation publique du Saint-Siège serait largement exploitée à des fins politiques par l'un des partis engagés dans le conflit. De plus, le gouvernement allemand, se sentant frappé, ferait sans deux choses : il exaspérerait la persécution contre le catholicisme en Pologne, et il empêcherait de toutes façons que le Saint-Siège eût contact avec l'épiscopat polonais et exerçât son oeuvre de charité que, pour le moment encore, sous une forme réduite, il peut accomplir. Si bien qu'en définitive une déclaration publique du Saint-Siège serait dénaturée en elle-même et exploitée à des fins persécutrices"16
Une protestation publique fut néanmoins préparée et adressée au nonce à Berlin pour qu'il le remette au gouvernement allemand, qui refusa tout simplement de la recevoir. Notons simplement que le Pape fit preuve de la même prudence pour défendre les catholiques polonais que pour défendre les Juifs : on comprendra que cette prudence n'était aucunement inspirée par un quelconque antisémitisme ou antijudaïsme.
Le 2 juin 1943, dans un discours aux cardinaux, après avoir exprimé sa sollicitude envers ceux qui étaient persécutés en raison de leur nationalité ou de leur race, Pie XII expliqua :
"Toute parole de Notre part adressée à ce propos aux autorités compétentes, toute allusion publique doivent être considérées et pesées avec un sérieux profond, dans l'intérêt même de ceux qui souffrent, de façon à ne pas rendre leur position encore plus difficile et plus intolérable qu'auparavant, même par inadvertance et sans le vouloir"17
Plus tôt, le 20 février 1941, il avait écrit aux évêques allemands :
"Là où le pape voudrait crier haut et fort, c'est malheureusement l'expectative et le silence qui lui sont souvent imposés; là om il voudrait agir et aider, c'est la patience et l'attente (qui s'imposent)"
Et, le 3 mars 1944, il répètera encore :
"Fréquemment, il est douloureux et difficile de décider ce que commande la situation : une réserve et un silence prudents ou au contraire une parole franche et une action vigoureuse"18
P. Blet rapporte qu'après la guerre,
"bien des voix autorisées, venant d'horizons différents, ont opiné dans le même sens que le pape. Pour s'en tenir à l'exemple de quelqu'un qui eut l'occasion d'étudier sur pièces la mentalité des chefs nazis, on peut citer Robert M. W. Kempner, ancien délégué des Etats-Unis au Conseil du Tribunal des crimes de guerre de Nuremberg, qui écrit : "tout essai de propagande de l'Eglise catholique contre le Reich de Hitler n'aurait pas seulement été un suicide provoqué, comme l'a déclaré actuellement Rosenberg, mais aurait hâté l'exécution d'encore plus de Juifs et prêtres"19.
Ainsi est-il clair que Pie XII décida en conscience de la façon dont il se devait de prendre position. Non pas, encore une fois, par une quelconque indifférence voire, comme le soutienne ceux que motive leur hostilité à l'Eglise, une impossible connivence, mais par le souci de ne pas provoquer un surcroît de persécutions.
Au demeurant, si, pour le condamner, ses détracteurs ne prennent déjà pas en considération les propos émanant effectivement du Pape même, et de ses représentants, les nonces, il faut également tenir compte des autres canaux d'expression dont il disposait et, à titre d'illustration, le rôle de Radio Vatican.
"Ici Rome" ? Radio Vatican : "la Voix du Vatican"
Si la position du Vatican était aussi obscure que l'on se plaît à la dépeindre, comment expliquer l'aide massivement apportée aux Juifs par les catholiques et, en premier lieu par des prêtres et religieux, ainsi que le nombre de déportations de prêtres ?
Les griefs d'un Jean-François Kahn, affirmant que Pie XII aurait pu pencher du côté du nazisme, ne résistent pas au premier examen. Examen auquel ils ont certainement jugé inutile de se livrer. Nul ne doute en effet qu'avec un peu de bonne volonté, ils auraient connaissance des mêmes documents que ceux que je me suis procurés.
William Doino cite, dans un article intitulé Pius XII did help the Jews, un article du Palestine Post du 20 septembre 1942 rapportant que : "dans leurs sermons, les prêtres ont rappelé l'avertissement de Radio Vatican selon lequel quiconque s'associait à la persécution des Juifs se rendait complice de meurtre".
Comme cela est rapporté à plusieurs endroits, le 26 juin 1943, Radio Vatican fit une autre déclaration, d'une vigueur impressionnante. Cette déclaration, spécialement dirigée vers la France, condamnait les lois raciales des Etats totalitaires :
"Quiconque fait une distinction entre les Juifs et les autres hommes est infidèle à Dieu et contredit les commandements de Dieu. Aussi longtemps que les hommes feront des différences dans le traitement des membres de la famille humaine, la paix dans le monde, l'ordre et la justice seront menacés"
Cette déclaration fut rapportée dès le lendemain par le New York Times, dans son édition du 27 juin 194320.
Le Cardinal de Lubac a également rapporté, dans son ouvrage intitulé Résistance chrétienne à l'antisémitisme, paru en 198821, le rôle de Radio Vatican et de l'une de ses émissions, La Voix du Vatican, qui "exprimait vraiment la pensée de Pie XII". Ces émissions ont pu être retranscrites et diffusées parmi la population française (lorsque ses émissions n'étaient pas brouillées). Grâce à elles, écrit-il :
"on a pu connaître en France, aux plus mauvais jours, l'opposition radicale de Rome aux théories antisémites du nazisme et sa condamnation sans relâche des dieux de la race et du sang"
Vous l'ignoriez ? Moi aussi. Le cardinal de Lubac qui, s'il avait adopté les réflexes sectaires des propagandistes précités, n'aurait pas du pardonner à Pie XII d'avoir été mis à l'écart écrit aussi qu'"un certain laïcisme français, venant au secours des campagnes menées contre la mémoire de Pie XII, a longtemps dédaigné cette entreprise trop catholique". Le cardinal était optimiste : cette entreprise trop catholique est toujours dédaignée aujourd'hui, où certains se complaisent à désigner l'Eglise en complice de l'occupant nazi.
Cet épisode est encore rapporté dans les pages d'une revue diocésaine française, qui souligne l'entreprise de soutien à la résistance (avec ou sans majuscule) de Radio Vatican.
Ainsi, s'il n'a pas fait le choix de la prise de parole tonitruante, non seulement Pie XII ne s'est pas tu, mais sa pensée, son opposition radicale, globale, intégrale au nazisme étaient connus et communiqués au monde, et notamment aux français.
Les interventions, en Hongrie, Slovaquie, Croatie, Bulgarie, et à Rome
Pie XII ne s'est pas tu. Au-delà même de la parole, il a privilégié la voie de l'action directe auprès des populations souffrantes, avec plus ou moins de succès, mais avec opiniâtreté. Rappelons que des historiens, juifs, chiffrent à plusieurs dizaines de milliers le nombre de Juifs sauvés grâce à Pie XII, directement et par l'intervention des nonces. Pinchas Lapide estime ce chiffre à 800.000, Sir Martin Gilbert estime que "des centaines de milliers de juifs [ont été ] sauvés par l'Eglise catholique, sous la conduite et avec le soutien du pape Pie XII", Léon Poliakov évalue à 20.000 les Juifs épargnés en Slovaquie grâce à ces interventions, Michal Tagliacozzo considère que 80% des Juifs de Rome furent sauvés grâce à Pie XII.
L'intervention de Pie XII s'est d'abord dirigée vers les Juifs baptisés. On pourrait s'en formaliser. Mais, outre les fait qu'elle ne s'y est jamais limitée, l'explication était que ceux-là n'étaient pratiquement aidés par aucune organisation juive de secours. Considérés comme Juifs par les nazis, mais pas par les Juifs.
Parce qu'il avait constaté que les interventions n'avaient aucune chance de succès en Allemagne, c'est vers les autres pays, soumis à la botte nazie, que le Saint-Siège dirigea ses efforts.
Ainsi intervint-il avec constance pour adoucir le sort des Juifs en Slovaquie et empêcher, autant que faire se pouvait, les déportations. Le cas de la Slovaquie présentait une originalité, qui était d'être dirigée par un prêtre, le Père Josef Tiso. Le 9 septembre 1941, un code antisémite fut promulgué en Slovaquie. P. Blet rapporte que le nonce reçut l'instruction immédiate de protester, pendant que la Secrétairerie d'Etat examinait le contenu. Le 12 novembre 1941, une note de protestation était remise au ministre représentant la Slovaquie au Vatican, Karol Sido. Le cardinal écrivait que c'était "avec une vive douleur" que le Saint-Siège avait appris que la Slovaquie avait publié une législation raciale "contenant diverses dispositions directement opposées aux principes catholiques"22.
Le 5 mai 1942, une note du Saint-Siège rappelait ses nombreuses protestations contre les déportations des Juifs et soulignait :
"le Saint-Siège manquerait à son mandat divin s'il ne déplorait pas ces dispositions et ces mesures qui frappent gravement les hommes dans leurs droits naturels pour le simple fait d'appartenir à une race déterminée"
Ces interventions, rapportent le Père Blet, finirent par avoir un impact. Le Président Tiso convoqua le chargé d'affaires du Vatican pour exprimer ses regrets et les ministres slovaques décidèrent de prendre comme un honneur l'intervention du Vatican, ce qui les décida à suspendre sur le champ la déportation de 4.000 Juifs, et à interdire qu'aucun Juif baptisé ne soit déporté à l'avenir.
Les déportations reprirent, toutefois, ultérieurement, et le pape réagit de nouveau, en adressant, fin octobre 1943, un télégramme au nonce Burzio, pour qu'il aille trouver le président Tiso et qu'il le "rappelle au nom du souverain pontife à des sentiments et à des décisions conformes à sa dignité et à sa conscience sacerdotale".
En Roumanie, les Juifs se tournèrent rapidement vers le représentant du Saint-Père et une "étroite collaboration s'établit entre le nonce apostolique Cassulo et les dirigeants des communautés juives, comme le grand rabbin Alexandre Safran et le Dr Filderman"23. L'action se tourna notamment vers le sort de 4.000 orphelins. Des bateaux furent affrétés qui permirent d'évacuer un certain nombre de réfugiés. Le 11 juillet 1944, le nonce apostolique pouvait avertir le Vatican qu'un premier bateau était arrivé à Istanbul, avec 750 Juifs, dont 250 de Transnistrie.
En Hongrie, le nonce Rotta éleva encore la protestation de l'Eglise et du Saint-Siège :
"Hier encore, j'ai réclamé sérieusement auprès du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères contre une mesure du gouvernement, soulignant encore une fois tout ce qu'il y avait d'inhumain et d'antichrétien dans la manière et l'étendue de la lutte menée contre les Juifs. J'ai dit que le Saint-Père ne pourrait qu'être profondément attristé de voir que la Hongrie aussi, qui s'était jusqu'alors glorifiée d'être une nation chrétienne, s'était engagée sur une voie qui conduisait à se mettre en contradiction avec la doctrine de l'Evangile"24
Ces protestations ne permirent d'abord qu'un faible ralentissement des persécutions envers les Juifs baptisés. En Hongrie comme ailleurs, le nonce reçut pour instruction d'inciter catégoriquement les évêques à intervenir ouvertement pour la protection des personnes persécutées.
En juin 1944, les informations venaient de toutes parts selon lesquelles le pouvoir hongrois avait déclenché la persécution des 800.000 Juifs de Hongrie. Le 25 juin 1944, Pie XII adressa au régent Horty le télégramme suivant :
"De plusieurs côtés, on Nous supplie de tout mettre en œuvre pour que, dans cette noble et chevaleresque nation, ne soient étendues et aggravées les souffrances déjà si lourdes, endurées par un grand nombre de malheureux à cause de leur nationalité ou de leur race. Notre cœur de Père ne pouvant demeurer insensible à ces instantes supplications en raison de Notre ministère de charité qui embrasse tous les hommes, Nous Nous adressons personnellement à Votre altesse, faisant appel à ses nobles sentiments, dans la pleine confiance qu'elle voudra bien faire tout ce qui est en son pouvoir pour que soient épargnés à tant de malheureux d'autres deuils et d'autres douleurs"
Emu par ce télégramme, ainsi que par une tentative de coup d'Etat fomenté par des antisémites extrémistes, le régent Horty intervint auprès du gouvernement : les déportations furent arrêtées.
En ce qui concerne le sort de Rome elle-même, il faut tordre le cou à une sombre légende, rapportée notamment par Marianne, qui écrit : "1943 : n'intervient pas quand des juifs italiens sont déportés à Auschwitz sous-estimant, disent ses défenseurs, le péril que leur font encourir les nazis". Le fait est que le Saint-Siège intervint et que son intervention permit d'arrêter la déportation alors que "seulement" 1.000 Juifs avaient été déportés, contre un ordre donné d'en déporter 8.000.
L'instruction exceptionnelle fut notamment donnée de lever les barrières de la clôture canonique, afin de permettre aux hommes de pénétrer dans les couvents des religieuses, et aux femmes dans les couvents des religieux. Des milliers de juifs furent ainsi cachés, dont plusieurs centaines dans la résidence d'été de Castel Gandolfo (cf. photo ci-contre), ou encore dans les divers bâtiments pontificaux.
Selon l'historien Renzo De Felice, rapporte Philippe Chenaux25, "plus de trois mille sept cents juifs trouvèrent refuge dans une des maisons de soeurs (cent) et des instituts religieux d'hommes ou des paroisses (cinquante-cinq) de la capitale pendant les dix mois de l'occupation allemande. Si l'on ajoute à ce nombre tous (sic cent quatre-vingt) dont le séjour dans des locaux ou des instituts dépendant de l'Eglise se limita à quelques jours seulement, on arrive à un chiffre dépassant largement les quatre mille".
Dans cet entretien vidéo (malheureusement non exportable mais retranscrit ici), Michael Tagliacozzo, qui est aujourd'hui un universitaire vivant en Israël, raconte comment il a été recueilli dans la Basilique Saint-Jean-du-Latran et caché là avec d'autres Juifs.
Les arrestations avaient commencé dans le nuit du 15 au 16 octobre 1943. Dès le matin, une jeune princesse italienne, Enza Pignatelli-Aragona, se précipita au Vatican pour avertir le pape. Le cardinal Maglione convoqua alors immédiatement l'ambassadeur d'Allemagne Von Weizsäcker26. Le cardinal Maglione déclara à l'ambassadeur qu'il était :
"douloureux pour le Saint Père, douloureux au-delà de ce qu'on peut dire, qu'à Rome même, sous les yeux du Père commun, on fasse souffrir tant de personnes uniquement parce qu'elles appartiennent à une certaine race"
Dans un télégramme du 17 octobre 1943, Von Weizsäcker écrivait notamment que "la Curie est particulièrement choquée du fait que l'action s'est déroulée pour ainsi dire sous les fenêtres du Pape"27.
De fait, la rafle cessa, laissant saufs près de 7.000 Juifs.
La gratitude des Juifs
Pour chaque déclaration de gratitude des Juifs, vous trouverez un contre-argumentaire. Amusant, n'est-ce pas ? Pour bien appréhender le malaise qui saisit les détracteurs de l'Eglise et de Pie XII, j'ai même pu lire les lignes d'un auteur qui s'employait à démontrer, sans autre argument qu'une conviction intime, que le célèbre télégramme de Golda Meir n'était pas écrit par elle, sans que cela ne puisse rien changer au fait qu'elle l'ait pourtant signé. Surprenant acharnement.
Le blog Pie12.com rappelle certains de ces témoignages. De même, le site de la Fondation Pave the Way - fondation dirigée par Gary Krupp, un juif américain qui se consacre à aplanir les obstacles entre les religions - rapporte nombre d'exemples non équivoques de gratitude.
Ainsi Nahum Goldman, président du Congrès Mondial Juif, a-t-il déclaré :
"nous nous souvenons avec une gratitude spéciale de tout ce qu'il a fait pour les Juifs persécutés dans l'une des périodes les plus sombres de leur histoire"
Golda Meir, donc, à la mort de Pie XII, envoya un télégramme de condoléances dans lequel elle indiquait :
"Quand le martyre le plus épouvantable a frappé notre peuple, durant les dix années de terreur du nazisme, la voix du Souverain Pontife s'est élevée en faveur des victimes (...) Nous pleurons la perte d'un grand serviteur de la paix" (9 octobre 1958).
Le Grand Rabbin de Palestine, Herzog, écrivit :
"le peuple d'Israël n'oubliera jamais ce que Sa Sainteté et ses illustres envoyés font pour nos frères et sœurs dans l'infortune, dans l'heure la plus tragique de son histoire"
Le 27 septembre 1944, le rabbin de Roumanie Safran écrivait dans le journal Mantuirea un article ainsi titré :
"Le nonce apostolique a obtenu que l'on renonçât à la déportation des Juifs en Transnistrie. Dieu le récompense de ce qu'il a fait"
Enfin, pour en revenir à l'illustration de ce chapitre, en mars 1946, le Troisième Congrès des Communautés Israélites Italiennes vota la mention suivante :
"Les Juifs à Sa Sainteté Pie XII
Le Congrès des Délégués des Communiqués Israélités Italiennes, qui se tient pour la première fois à Rome depuis la Libération, ressent le devoir impérieux de rendre hommage à Votre Sainteté et d'exprimer la plus profonde gratitude de tous les Juifs, pour les démonstrations de fraternité humaine par l'Eglise durant les années de persécutions, et lorsque leurs vies étaient mises en danger par les atrocités nazis-fascistes. Des religieux ont souvent enduré l'emprisonnement et la déportation en camps de concentration et ont même sacrifié leurs vies pour aider les Juifs. Une telle preuve que le sens de la bonté et de la charité animaient encore le juste a permis d'amoindrir la honte des indignités endurées, le tourment souffert par la perte de millions d'êtres humains. Israël n'a pas fini de souffrir : les Juifs se souviendront toujours de ce que l'Eglise, sous les ordres des Papes, ont fait pour eux durant ces heures terribles"
Difficile d'écrire ceci sans penser que ces promesses de souvenir éternel ont fait long feu.
Faut-il encore rappeler, pour ceux qui l'ignoreraient, que le Grand Rabbin de Rome, Israël Zolli, se convertissant en 1945 au catholicisme, prit le prénom d'Eugenio, en hommage au pape Pie XII (Eugenio Pacelli) ?
William Doino rapporte également qu'en 1946, la Conference on Jewish Relations publia un ouvrage intitulé Essays on antisemitisme. Son éditeur, le Pr. Koppel Pinson écrivit :
"On peut être d'accord ou non avec les lignes générales de la politique du Vatican. Mais il est un fait incontesté : la papauté ne s'est jamais exprimé en des termes aussi dépourvus d'ambiguïté contre le racisme et l'antisémitisme que dans les mots et les actes du pape actuel, Pie XII, et de son prédécesseur Pie XI"28"
Si Pie XII fut l'homme que l'on décrit aujourd'hui, il faudra admettre que l'ensemble de ces hommes et femmes illustres ou moins connus ont tous, et concomitament, souffert d'une profonde altération du jugement. Je ne doute pas qu'il y en ait pour le soutenir.
Concluons
"Si Benoît XVI, effectivement, va jusqu’au bout de sa démarche, c’est à dire commencer à béatifier Pie XII, moi je lui suggère de ne pas oublier Papon [...] parce que c’est la même logique", disait donc Alain Duhamel, tandis que Jean-François Kahn insinuait que Pie XII aurait pu incliner en faveur du nazisme. De telles déclarations laissent sans voix, et sont littéralement inqualifiables, en ce sens qu'on ne sait comment les qualifier : bêtise, ignorance, fatuité ou propagande ? Leur seule chance est qu'en règle générale, les papes aient peu d'enfants. Pas d'héritiers pour les défendre : ils éviteront les tribunaux. 29.
On a vu que toute idée de connivence avec le régime nazi, toute allégation de complicité, de faiblesse, ne sont que des calomnies méprisables.
"Notre époque n'est pas historienne, elle est vindicative", écrivait François Miclo. Si l'on veut être un peu historien, on n'a d'autre choix que de se placer dans la situation de Pie XII. Deux options s'ouvraient à lui, dont on a vu qu'il les avait parfaitement identifiées : la protestation publique, ou l'action discrète, assortie de protestations privées.
La protestation publique avait l'avantage de préserver l'image de l'Eglise et celle du Pape. L'argument lui a été présenté : aurait-il été digne d'en tenir compte ? On soutient aussi qu'elle aurait suscité une plus grande réaction des catholiques européens : ceux-ci n'étaient-ils donc pas suffisamment instruits par les encycliques déjà parues, et les prises de position de leurs prêtres et évêques ? Si la position que devait adopter un catholique était si ambiguë, et même si certains ont rejoint les rangs de la collaboration, comment comprendre qu'ils aient été si nombreux à venir en aide aux juifs, et à payer le plus lourd tribut ? La protestation publique avait en revanche l'inconvénient de mettre en péril juifs et catholiques, et cette crainte pouvait s'appuyer sur un précédent immédiat avec les persécutions des juifs en Hollande, tandis que l'hypothèse de la protestation publique se heurtait à la folie du nazisme, et ne pouvait se prévaloir d'aucun résultat favorable. Elle aurait, aussi, interdit toute intervention ultérieure, en bradant l'apparence de neutralité de l'Eglise et en l'assimilant aux Alliés.
Pie XII a choisi l'action, vis-à-vis des pays auprès desquelles elle était encore possible. Il s'est exprimé, a transmis ses instructions sans ambiguïté. Son opposition était connue des européens, pour autant que les techniques de communication de l'époque, et la censure des régimes en place, le permettaient. Le Saint-Siège s'est efforcé, sans relâchement, de venir en aide aux Juifs, durant une période où bien peu se souciaient d'eux. Si les Alliés avaient élevé leur protestation, le 17 décembre 1942, pour eux, le problème devait trouver sa solution dans la victoire finale. Il a effectivement donné l'ordre direct d'accueillir des Juifs, est intervenu personnellement afin d'appeler les régimes slovaques ou hongrois à cesser les déportations.
La question des archives est un faux débat, dilatoire tout au plus. On reproche en effet à Pie XII de ne pas avoir fait de déclaration tapageuse. Croit-on vraiment qu'elle est tapie dans les archives secrètes ? Que l'on va exhumer une déclaration jetée à la face du monde ? Non, l'essentiel est connu, et public. Les Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre Mondiale ont été publiés. Ils comptent onze tomes en douze volumes. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ils ne semblent que peu inspirer ceux qui se satisfont de leur jugement hâtif.
Dans ces conditions, qui peut prétendre avec honnêteté avoir l'assurance qu'une autre politique aurait donné de meilleurs résultats ? La polémique entretenue est dépourvue de fondement factuel, comme de fondement intellectuel. Elle prend pour base de départ une hypothèse invérifiable, dans une démarche profondément anti-historique. Cette faiblesse inhérente, cette vacuité, traduit suffisamment que la commune inspiration des détracteurs de Pie XII est l'hostilité à l'égard de l'Eglise catholique.
Pour les catholiques, en revanche, rien ne peut les amener à rougir des positions de Pie XII. Il n'y a pas de concessions à faire aux arts divinatoires. Voilà, en ce qui me concerne, pour l'appréciation politique et historique de l'action de Pie XII durant la guerre. En ce qui concerne son éventuelle béatification, vous prolongerez avec bonheur vos lectures par l'homélie prononcée par Benoît XVI à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII.
*
Je me permets de souligner ici le travail effectué par la fondation Pave The Way, auquel je dois nombre de documents d'archives présents dans ce dossier (à l'exception de l'article du NYT, et des documents sur Radio Vatican). Je n'ai, évidemment, pas exploité l'ensemble des documents qui y sont rassemblés.30
Notes
- cité par François Miclo
- Pie XII "détenait l'arme décisive, aussi efficace sans doute que l'arme atomique, l'arme qui permettait, d'une phrase, d'une seule, de délégitimer la barbarie fascisto-hitlérienne aux yeux de tous les croyants de la planète"
- "Au moment où tant de héros magnifiques, certains qui croyaient au ciel, d'autres qui n'y croyaient pas, sacrifièrent leur vie au combat contre le démon absolu, lui n'a strictement rien fait"
- pour la Journée Mondiale des Migrants, ainsi que lors de son message de Noël
- pour la bonne bouche, Henri Tincq nous offre une superbe perle, affirmant à propos de Pie XII : "là où il aurait fallu des décisions hâtives, il temporise". Henri Tincq aurait du prendre exemple sur Pie XII, et réfléchir à ce qu'il écrit
- voir aussi le point 8 : "Whoever exalts race, or the people, or the State, or a particular form of State, or the depositories of power, or any other fundamental value of the human community - however necessary and honorable be their function in worldly things - whoever raises these notions above their standard value and divinizes them to an idolatrous level, distorts and perverts an order of the world planned and created by God; he is far from the true faith in God and from the concept of life which that faith uphold"
- cité dans Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, P. Blet, éd. Tempus, p. 64
- cité dans dans Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 65
- Cf. Pie XII et les Juifs, David Dalin, éd. Tempora, p. 99
- le passage suivant est supprimé : la citation rapportée serait inexacte || Albert Einstein témoigna en ces termes, dans le magazine Time, le 23 Décembre 1940 : " Lorsque la révolution nazie survint en Allemagne, c’est sur les universités que je comptais pour défendre la liberté, dont j’étais moi-même un amoureux, car je savais qu’elles avaient toujours mis en avant leur attachement à la cause de la vérité; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence. Alors je me tournais vers les grands éditeurs de journaux, dont les éditoriaux enflammés des jours passés avaient proclamé leur amour de la liberté; mais eux aussi, en quelques courtes semaines et comme les universités, furent réduits au silence. Dans la campagne entreprise par Hitler pour faire disparaître la vérité, seule l’Eglise se tenait carrément en travers du chemin. Je ne m’étais jamais spécialement intéressé à l’Eglise auparavant, mais maintenant je ressens pour elle grande affection et admiration, parce qu’elle seule a eu le courage et la persévérance de se poser en défenseur de la vérité intellectuelle et de la liberté morale. Je suis donc bien forcé d’avouer que, maintenant, c’est sans réserve que je fais l’éloge de ce qu’autrefois je dédaignais."
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, P. Blet, p. 85
- les fameuses "légions du Pape" ?
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 171
- on notera que le Saint-Siège, en revanche, a protesté
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 187
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 103
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 188
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 321
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 321
- merci @SofienneR pour avoir contribué à me la procurer
- merci à Stéphane Lemessin, journaliste à Radio Vatican, pour ces documents
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 193
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 209
- Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, p. 217
- Pie XII, diplomate et Pasteur, p. 298
- l'épisode est rapporté par P. Blet, pp. 243-244 ou encore Pie XII, diplomate et Pasteur, page 295
- Pie XII, diplomate et pasteur, p. 296
- "We may agree or disagree with the general lines of political policy of the Vatican. But this much is undisputed fact: never has the papacy spoken in such unmistakable terms against racialism and anti-Semitism as in the words and deeds of the present pope, Pius XII, and his predecessor Pius XI
- comme me le faisait obligeamment remarquer @jules_dr, la diffamation ne trouverait à s'appliquer que dans le cas où son auteur aurait entendu porter atteinte à l'honneur ou à la considération des héritiers. Mais au bout du compte, n'est-ce pas le cas ?













