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Date: Wednesday, 25 Jun 2008 13:26
Reprise

Je reviens enfin aux commandes de terredebrut après cette trop longue absence.
Je m'en excuse auprès de ceux qui attendaient impatiemment de nouveaux articles.

Ce long arrêt m'a permis de faire le point sur beaucoup de choses et je reprend donc l'écriture  avec plus de sérénité et de calme.

Le projet terredebrut est toujours dans les cartons et va évoluer tout au long de la seconde partie de l'année. 

Je remercie toutes les personnes qui ont répondu au questionnaire et je les assure que le projet mentionné dans ce questionnnaire n'est pas abandonné mais il a subi des retards.

Pour l'instant, en attendant, je reprends l'écriture sur terredebrut.org.

La production pétrolière et les stocks commerciaux de l'OCDE
 
Il s'est passé beaucoup d'événements depuis novembre 2007 sur la scène énergétique. Aussi, il est impossible de revenir sur l'ensemble. Je me concentre donc sur la production pétrolière.



J'avais signalé en juillet 2007 que la demande se trouvait en train de dépasser définitivement la production et que par, conséquent, les stocks commerciaux de l'OCDE devraient décliner. J'avais lancé une alerte sur le risque que les stocks commerciaux déscendent vers des niveaux proches de la pénurie dès l'hiver 2007-2008.

Les stocks ont effectivement décliné entre juillet et décembre 2007.
Mais, en janvier 2008, on assista à un renflouement des stocks qui fut totalement reperdu en février puis les stocks en mars-avril ont décliné très légérement.

Aussi, en mars-avril de l'année 2008, partie de l'année où les stocks sont historiquement les plus bas, nous avons échappé à des niveaux
critiques de stocks totaux au sein de l'OCDE.

Pourquoi?

La raison tient principalement dans la croissance de la production de l'OPEP et surtout dans trois de ses pays adhérents : l'Arabie Saoudite, l'Angola et l'Irak.

En effet, la production pétrolière mondiale est tombé à son niveau le plus bas de l'année en août 2007 à 83,7 mb/j selon les chiffres de l'USEIA et 84,56 mb/j selon l'AIE.
Mais, par la suite, la production mondiale est remontée
en février 2008 à 85,82 mb/j pour l'USEIA et aux environs de 87 mb/j  pour l'AIE.

Cela représente une assez forte progression de la production mondiale entre août 2007 et février 2008 de l'ordre de 2,2 mb/j pour l'USEIA et 2,5 mb/j pour l'AIE.

Si l'on analyse uniquement la production de pétrole brut (hors NGL, gains en raffinerie et agrocarburants) d'après les données de l'USEIA, on trouve aussi une progression de 2,25 mb/j entre août 2007 et février 2008. Si l'on regarde quels pays ont permis cette progression, on trouve que la production en dehors de l'OPEP a augmenté de 0,6 mb/j entre août et octobre 2007 suite à la fin des périodes de maintenance des installations pétrolières notamment en Mer du Nord puis est resté à peu près stable jusqu'en février 2008. Cela représente 28% de la croissance sur la période étudié.

Ensuite,  si l'on prend les pays de l'OPEP à l'exception de l'Arabie Saoudite, de l'Angola et de l'Irak, on trouve que ces 10 pays ont pu augmenter leur production de 0,373 mb/j entre août 2007 et février 2008, ce qui ne représente que 11% de la croissance totale. Ces dix pays sont : l'Iran, le Koweit, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, le Nigéria, l'Algérie, la Lybie, le Vénézuela, l'Equateur et l'Indonésie. Parmi ces dix pays, le Vénézuela, l'Equateur et l'Indonésie sont clairement en déclin géologique et la production du Nigéria décline pour des raisons politiques. Les 6 autres pays semblent se trouver sur un plateau avec des capacités de production supplémentaires très restreintes.

Enfin, les trois autres pays de l'OPEP, l'Arabie Saoudite, l'Irak et l'Angola on augmenté leur production cumulée de 1,273 mb/j sur les 6 mois considérés, ce qui représente quand même 56% de la croissance mondiale de la production de pétrole brut. L'Arabie Saoudite a augmenté sa production de 0,6 mb/j, l'Irak de 0,4 mb/j et l'Angola de 0,273 mb/j.

C'est donc bien ces trois pays qui ont permis à la production mondiale de pétrole brut de dépasser son record de mai 2005, qui était de 74,298 mb/j , en janvier 2008  pour atteindre  74,628 mb/j en février 2008.  Le record de mai 2005 fût donc indépassé pendant 30 mois.
La production mondiale est ensuite redescendu en mars 2008.

Le record de juillet 2006 pour la production mondiale tout liquide fut aussi dépassé en décembre 2007 pour l'USEIA.

En juillet 2007, on ne savait pas si l'OPEP serait capable de remonter la pente que sa production avait descendu depuis l'été 2006. En fait, celle-ci possèdait bien certaines capacités supplémentaires de production.

Cependant, il est à noter que le groupe des 10 pays de l'OPEP, en dehors de l'Arabie Saoudite, de l'Angola et de l'Irak, n'a pu ramener sa production cumulée au niveau de 2005 et il y a peu de chance que ce niveau soit redépassé un jour.

Pour l'Angola, ce pays poursuit la progression de la production de la même manière que quand il se trouvait en dehors de l'OPEP. Sa production de pétrole brut devrait atteindre 2 mb/j d'ici fin 2008 et son pic vers 2011 à 2,5 mb/j. La hausse de production au sein de ce pays est donc sans surprise.

Pour l'Irak par contre, il semble que la situation s'améliore et que l'industrie pétrolière se redresse. La production continue à progresser actuellement et à atteint un record post-guerre en mai 2008 à 2,5 mb/j. Le gouvernement irakien a signé des accords de développement de gisements avec des grandes compagnies pétrolières et a annoncé des possiilités de croissance de l'ordre 0,6 mb/j dans les prochains mois. L'Irak est vraiment le pays joker dans l'équation pétrolière mondiale. Il peut avoir une influence très importante sur l'évolution de la situation dans les prochaines années. Sil il se trouvait que sa production pétrolière croissait fortement, il pourrait être en mesure de reculer le début du déclin de la production mondiale et permettre la poursuite du plateau de production.

Quant à l'Arabie Saoudite, celle-ci a augmenté sa production de 0,6 mb/j en 6 mois. Elle possédait donc des capacités supplémentaires mais qui n'étaient pas mobilisables en l'espace de 30 jours mais sur 6 mois...

Après une pause en mars-avril, L'Arabie Saoudite a repris la progression de sa production pétrolière en mai-juin et annonce encore une augmentation en juillet pour peut-être atteindre un record absolu de sa production de pétrole brut à 9,7 mb/j.

Ce pays possède-t-il les capacités qu'il prétend? La discussion prendrait trop de temps dans cet article et le débat reste toujours ouvert à ce jour. Il existe un certain nombre d'hypothèses largement débattu a sein de la communauté des piquistes.

Une chose est certaine : l'Arabie Saoudite est le pays à qui l'on s'adresse en dernier recours. Il y a une certaine hiérarchie dans l'équation du marché pétrolier mondial. Pour satisfaire la croissance de la demande mondiale, on regarde d'abord la croissance non-OPEP puis les agences internationales déterminent ce qu'ils appellent le "Call on OPEP" qui représente la quantité de pétrole que les pays de l'OPEP doivent produire pour satisfaire la demande mondiale, qui représente en fait la différence entre croissance non-OPEP et croissance de la demande mondiale ajusté de certains paramètres correcteurs. Ensuite, au sein des pays de l'OPEP, tout le monde ne possède pas les mêmes capacités supplémentaires et certains n'en possèdent aucune, voir même déclinent quel que soit le "Call on OPEP". Aussi, l'Arabie Saoudite est le pays qui en dernière instance ajuste sa production après celle des autres pays de l'OPEP.

Or, l'USEIA considère que tous les pays de l'OPEP en dehors de  l'Arabie Saoudite ne possède plus de capacité supplémentaire depuis février 2008 tandis que l'Arabie saoudite aurait réduit aussi sa capacité supplémentaire officielle jusqu'à 1,4 mb/j en mai 2008. Pour l'AIE, la capacité supplémentaire effective de l'OPEP est descendu à moins de 2 mb/j en mai 2008 avec 1,45 mb/j pour l'Arabie saoudite et 0,5 mb/j pour les autres pays de l'OPEP.

C'est donc l'évolution de la production saoudienne qui aura le dernier mot sur le pic pétrolier mondial. C'est un fait.

Concernant la production non-OPEP, celle ci est mois après mois révisé à la baisse et l'AIE prévoit maintenant que la croissance de la production non-OPEP en 2008 ne sera plus que de 0,45 mb/j. En fait, la production de chacun des trois derniers trimestres est inférieure à celle du même trimestre l'année précédente. Les agences comptent maintenant sur une très forte progression de la production au quatrième trimestre 2008.

Selon mon analyse que je développerais dans des articles ultérieurs, (si, si, je vous assure), la production non-OPEP est actuellement en train de piquer. Il ne peut encore être déterminé si le pic sera en 2007 ou 2008 mais il ne sera assurément pas en 2009, ni en 2010. Il faut savoir que sur les 0,45 mb/j de croissance que l'AIE prévoit actuellement pour la production non-OPEP, il y a 0,33 mb/j de croissance des agrocarburants, ce qui ne laisse plus que 0,12 mb/j pour le reste que l'on peut trouver dans les projets de développements des sables bitumineux canadiens. Par conséquent, on peut déjà considérer que la production conventionnel de pétrole brut non-OPEP a piqué en 2007 et qu'il reste à déterminer si la production tout liquide piquera en 2007 ou 2008.

L'une des principales raisons est le déclin de la production russe depuis octobre 2007. Celle-ci concentre 20% de la production non-OPEP. Or, la production de l'OCDE est en déclin depuis 2001 et concentre 40% de la production non-OPEP.

En fait, si l'on regarde le tableau 3 du rapport mensuel de l'AIE, on voit que les agences ne comptent désormais plus que sur 4 pays pour compenser le déclin du reste : l'Azerbaijan, le Kazakhstan, la Chine et le Brésil. Ces 4 pays seraient capables collectivement d'accroitre leur production de 0,6 mb/j alors que l'OCDE décroitrait de 0,4 mb/j et les autres pays parviendrait à accroitre leur production de 0,09 mb/j. Les gains en raffinerie et les agrocarburants en dehors des USA et du Brésil s'accroitraient de 0,15 mb/j.

Le pic pétrolier non-OPEP a évidemment de profondes implications sur le monde car il n'y a désormais plus que l'OPEP qui puisse assurer la satisfaction de la croissance de la demande mondiale.

Aussi, il est plus compréhensible que la pression s'accroisse sur l'Arabie Saoudite, seul pays de l'OPEP qui puisse avoir des réserves de production...

Les derniers événements montrent que le processus du pic pétrolier mondial se produit bien par palier progressif.

En effet, on peut revenir sur le pic non-OPEP et non-ex-URSS qui s'est produit en 2002 pour le pétrole conventionnel et en 2003 pour le pétrole tout liquide. Il s'en est suivi immédiatement une hausse des cours mondiaux du pétrole qui s'est accéléré au fur et à mesure. Aujourd'hui, nous entrons dans une nouvelle phase du processus avec le pic non-OPEP.

On peut maintenant reconnaitre que les cours mondiaux évoluent selon une courbe exponentielle. Ce nouveau stade s'est ouvert avec une hausse vertigineuse des cours au début de l'année 2008.

Il faut bien vous dire que ce n'est toujours que le début...

Vu que l'OPEP possède des capacités limitées de production supplémentaires se concentrant au sein de trois pays, le pic mondial de production de pétrole brut et tout liquide devrait suivre le pic non-OPEP. Mon estimation est que le pic pétrolier mondial se produira dans la fourchette 2008-2010 suivant les capacités à venir de l'Irak et de l'Arabie Saoudite.

L'équilibre précaire entre offre et demande mondiale obtenu depuis le début de l'année 2008 pourrait se briser dans les mois qui viennent surtout si la production non-OPEP ne bondit pas au quatrième trimestre 2008.  Les stocks commerciaux de l'OCDE recommenceront alors à décliner, les cours mondiaux exploseront, et les risques de pénuries réelles atteindront les pays développés aprè s'être déjà progressivement etendu dans les pays pauvres depuis l'année dernière.

Il est à noter que les produits distillés comprenant le diesel et le fioul se trouve particulièrement sous pression depuis quelques mois. Les stocks sont très bas et la demande ne fléchit pas. Les automobilistes roulant au diesel ont pu le constater, le diesel , ce n'est plus intéressant...

Les raisons sont multiples mais, parmi elles, il se trouve que bon nombre de pays connaissent actuellement des pénuries structurelles d'électricité et les particuliers et industriels s'équipent avec des générateurs diesel acroissant considérablement la demande mondiale. Il y a déjà au sein de certains pays des pénuries de diesel.

Si il se développe des pénuries réelles de produits pétroliers l'hiver prochain au sein des pays développés, il est donc très probable que cela se concentre sur le diesel et le fioul. Les possesseurs de chaudières au fioul vont donc être très exposé face à la hausse des cours l'hiver prochain.

Emmanuel Broto.


Author: "--" Tags: "News"
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Date: Friday, 22 Feb 2008 12:34
Bonjour, je reviens enfin avec un article, rempli de terreur, sur Terre de Brut après presque trois mois d'absence. Je remercie les nombreux retours que j'ai eu sur le questionnaire. 


Le nouveau site va exister prochainement d'ici quelques semaines, (du moins j'espère que j'en aurais le temps : cf article ci dessous).  Je n'ai pas encore pris de décision sur sa forme finale.  Mais je confirme mon intention de le rendre viable et de le développer en mini-agence de presse et d'étude sur le pic pétrolier et ses conséquences. Le travail à venir est donc considérable et relève du défi.

Mais j'ai confiance car la cause est juste. Aussi, je devrais donc reprendre une publication régulière, même très régulière une fois que la structure sera en place puisque ce sera mon activité principale.

Aussi, les coupures de publication de plusieurs mois qui ont eu lieu pendant l'année 2007 ne se reproduiront pas sauf si les ressources ne sont pas vraiment pas suffisantes.

Je tiens aussi à affirmer mon intention de constituer un réseau d'informations et de liens avec d'autres structures et d'autres mouvements. 

Par contre, étant donné la masse de travail sur la mise en place du site, de la structure, le rapatriement des articles de terredebrut et resornoir, je ne devrais pas pouvoir publier beaucoup en attendant sur terredebrut. 

Mais aujourd'hui, je suis poussé à écrire cet article devant la situation géopolitique internationale qui devient franchement inquiétante et à plusieurs niveaux. 

Alerte  :
la Russie menace d'utiliser la force au Kosovo !

Ce matin, après une nuit de violence à Belgrade, Moscou a menacé d'utiliser la force face à l'OTAN sur l'indépendance du Kosovo. 

Sur voltaire.net, Jürgen Elsässer citait  le 9 février 2008 un député allemand de CDU  selon lequel la déclaration d'indépendance du Kosovo pourrait apparaître comme la mèche d'un baril de poudre à la manière de l'assassinat du couple héritier d'Autriche en 1914 qui déclenchèrent la Première Guerre Mondiale. 

Or, la situation depuis dimanche, jour de la déclaration d'indépendance du Kosovo semble se durcir incroyablement.

Parallèlement, l'OTAN semble avoir adopté la doctrine américaine des frappes nucléaires préventives. Un rapport (Towards a Grand Strategy for an Uncertain World: Renewing Transatlantic Partnership") sorti en décembre 2007 va dans ce sens. Le site GlobalResearch a sorti un article le 11 février 2008.

Dans un article du Sidney Morning Herald daté du 11 février 2008 sur ce rapport, le journaliste explique que  "ils (les auteurs du rapports) considèrent que la guerre nucléaire pourrait devenir bientôt possible dans un monde de plus en plus brutale. Ils proposent que l'utilisation "préventive" reste l'instrument ultime pour prévenir l'utilisation d'armes de destruction massive dans le cas d'une escalade militaire.".

("They [the authors of the report] consider that nuclear war might soon become possible in an increasingly brutal world. They propose the first use of nuclear weapons must remain "in the quiver of escalation as the ultimate instrument to prevent the use of weapons of mass destruction". (Paul Dibb, Sidney Morning Herald, 11 February 2008 )

Ils professent donc d'utiliser des armes destruction massive en premier pour empêcher l'utilisation des armes destruction massive !


La gravité de ce genre de doctrine militaire qui remet en cause le principe de dissuasion nucléaire de la guerre froide est évidemment considérable quand ce sont les USA qui l'adopte et cela depuis 2002. Ceux-ci considérent maintenant l'usage des armes nucléaires de la même manière que les armes conventionnelles, même contre des ennemis dépourvus d'armes nucléaires.

Mais c'est encore autre chose quand c'est l'OTAN qui l'adopte car l'OTAN se trouve dans une situation de plus en plus tendue avec la Russie et plus encore ces jours derniers avec l'affaire du Kosovo.

Il existe un autre contentieux avec la Russie, ce sont les rampes de lancement anti-missile que le USA veulent installer en Pologne. La Russie a qualifié quasiment d'actes de guerre si cela se produisait. Elle a donc rompu les accords de non agression avec l'OTAN l'année dernière et a menacé de rediriger ses missiles nucléaires vers les capitales européennes ! Poutine a comparé l'affaire du bouclier anti-missile à la Baie des Cochons en 1962 !

Parallèlement, d'autres "affaires" dans le monde semble tourner au vinaigre. Ainsi, l'assassinat du leader du Hezbollah en Syrie. La Syrie et l'Iran semble persuadé qu'elles vont devoir affronter militairement Israël et le Vénézuela commence à s'inquiéter d'une possible invasion de son territoire par la Colombie et les USA tandis que l'affrontement avec Exxon-Mobil continue et que Chavez a menacé les USA de stopper l'approvisionnement en pétrole. Enfin, la situation au Pakistan se complique de plus en plus et il est difficile de savoir où cela va déboucher mais les USA pourrait aussi intervenir.


La situation géopolitique est de plus en plus incertaine. Si les dirigeants de ce monde se préparent réellement à la guerre et à un holocauste nucléaire comme réponse aux problèmes gravissimes auxquels nous faisons face, et cela grandement à cause d'eux, alors ces gens là sont les incarnations du mal absolu.

Il faut être sacrément diabolique pour déclarer lutter contre les armes de destruction massive par leur utilisation en premier ! surtout quand on a de grandes responsabilités sur la destinée de l'Humanité tout entière par le pouvoir qui nous est dévolu.

Je ne sais pas plus que vous comment la situation au Kosovo va évoluer mais les déclarations des officiels russes ne sont pas rassurantes. Imaginez la situation des généraux russes face à la doctrine d'action préventive de l'OTAN. Ils se disent : l'OTAN  a décidé en gros de frapper les premiers en cas d'escalade militaire. Par conséquent, nous devons adopter la même stratégie. Il faut que l'on frapper aussi les premiers avant eux.

Par conséquent, cette doctrine mène au principe du duel ou c'est le premier qui dégaine qui tue l'autre. Le risque est que l'OTAN et les USA jouent à se faire peur avec les russes jusqu'à l'irréparable.

C'est horrible. c'est carrément horrible et cela se fait dans l'ignorance du bon peuple qui pourrait se trouver un jour prochain face aux réalités infernales de la guerre nucléaire.

Pour se renseigner sur ce que signifie une guerre nucléaire, je vous recommande le film de Watkins, "La bombe". Sachez que les bombes dont il parle en 64 sont petites par rapport à maintenant. Ce serait donc pire, c'est à dire comme dans nos plus infernales cauchemars d'enfer.

On croyait que ce genre de menace appartenait au passé. En fait, le risque est plus grand aujourd'hui du fait de la nouvelle doctrine américaine et de la dissémination nucléaire dans le monde.

Faites diffuser l'information. Le risque de guerre existe réellement entre l'Europe allié aux USA avec la Russie ainsi qu'au Moyen-Orient et en Amérique Latine.

La concomitance des menaces pose question. Est-ce que les stratèges américains préparent ce qu'on pourrait appeler une sorte de "Full War" ou autre appellation "Total War" en se disant qu'il vaut mieux tout faire en même temps car le chaos total profitera à celui qui l'a déclenché. En effet, une guerre entre Israël et la Syrie, le Liban et l'Iran entrainerait de facto l'ensemble du Moyen-Orient dans une guerre régionale s'étendant rapidement au monde par l'implication de la Russie, puis de l'OTAN en Afghanistan, au Pakistan et finalement dégénerait en guerre mondiale. Aussi, il est possible que les stratéges aient décidé de provoquer des guerres simultanées en plusieurs endroits du globe car ils auraient ainsi la primeur de l'initiative à chaque fois. Ils pourraient utiliser leur doctrine préemptive de manière totale en prétextant le risque d'embrasement et même en le justifiant en disant que c'est pour pacifier le monde et éviter des bains de sang et surtout éviter que les armes des destruction massive soit utilisé contre les peuples occidentaux par ces barbares.

Il faut bien regarder ce qu'il va se passer au Kosovo dans les jours à venir. Cela pourrait évoluer très rapidement.

Cordialement,

Manu Broto.
Author: "--"
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Date: Monday, 26 Nov 2007 12:36
Voici la troisième et dernière partie de cette étude sur les stocks commerciaux de l'OCDE et leurs liens avec la consommation mondiale, la production mondiale, la production de l'OPEP et les prix du baril de brut.

Dans cette partie, nous allons approfondir les relations entre les stocks et la production de l'OPEP puis nous introduirons la dernière variable : les prix.

Stocks commerciaux de l'OCDE et production de l'OPEP

Dans le graphique ci-dessous, je reviens sur les stocks et la
production de l'OPEP analysé en détail dans la seconde partie. on peut voir que la réaction de l'OPEP aux trois baisses de stocks (1996, 2000 et 2003) est de plus en plus importante et rapide. On peut voir aussi que les variations de production de l'OPEP sont considérables entre 1996 et 2005. La production de l'OPEP varie entre 25 et 32 mb/j. C'est bien cette capacité de variation qui a permis à l'OPEP de remplir pleinement son rôle stabilisateur du marché pétrolier jusqu'en 2004. Nous allons voir que cette capacité a été perdue depuis 2004.



stocksopep9408.gif

Phasage de l'OPEP avec la balance du marché pétrolier

Le graphique suivant est pour moi le graphique le plus important de toute l'étude. C'est bien celui qui m'a le plus surpris. Car je ne m'attendais pas à ce qu'il montre aussi clairement la relation évidente entre la production de l'OPEP et les stocks commerciaux de l'OCDE mais aussi avec la balance pétrolière mondiale, la différence entre la production mondiale et la consommation mondiale et même avec les variations de stocks hors stocks commerciaux de l'OCDE.

phasagestocksopep.gif
Explication du graphique

Expliquons ce graphique qui peut paraître complexe au premier abord. La période étudiée va de janvier 1994 à décembre 2008. Il y a quatre courbes dans ce graphique.

La courbe en jaune correspond à la différence entre la production mondiale et la consommation mondiale. La courbe a été simplifiée en effectuant la moyenne sur quatre semaines. L'échelle à gauche montre que cette différence varie entre -2,5 mb/j et +3,5 mb/j.

La courbe en bleu clair est la courbe qui montre la variation des stocks commerciaux de l'OCDE d'un mois à l'autre ramené sur une base journalière et, comme la courbe précédente, moyenné sur quatres semaines pour supprimer le bruit. Cette courbe s'appuie aussi sur l'échelle de gauche. Ses variations sont moins importantes que la précédente : elle varie entre -2 mb/j et +1,5 mb/j.

La courbe en bleu foncé est la courbe qui montre la différence entre la courbe en jaune et la courbe en bleu clair. Elle correspond donc aux variations entre la production et la consommation mondiale en enlevant la variations des stocks commerciaux de l'OCDE. Ces variations peuvent être assumés par les stocks stratégiques de l'OCDE, par les stocks en transit sur les bateaux pétroliers, dans les ports, dans les stocks des pays producteurs et des pays hors OCDE. Cette courbe est intéressante à mettre en relation avec la courbe de variations de stocks commerciaux de l'OCDE. Elle s'appuie aussi sur l'échelle de gauche. On peut remarquer qu'elle évolue entre -1 mb/j et 2,5 mb/j.

La dernière courbe est la courbe de production de l'OPEP. Son échelle est celle de droite. Les deux échelles sont équivalentes : elles ont  les mêmes écarts de 1 mb/j.

Analyse

La première remarque qui saute aux yeux en regardant cette courbe est le fait que les quatre courbes sont pratiquement en phase entre 1997 et 2004. Evidemment, il existe des variations entre les deux courbes bleues sur lesquelles nous allons revenir mais les tendances d'ensemble restent très proches.
le graphique montre tout simplement que l'OPEP maîtrise les variations entre production et consommation mondiale, ainsi que les variations de stocks dans le monde entier entre 1997 et 2004. Les stocks sont en phase avec l'OPEP. 

Entre 1994 et 1997, il semble que l'OPEP ne s'inquiéte pas trop des variations de stocks mais suite à une trop grande variation pendant l'hiver 1996, l'OPEP décide de remonter son niveau de production. Suite à cette décision, ces derniers ne cesseront pas de baisser, remonter leur niveau de production pour ajuster la balance mondiale avec des infortunes et des réussites. Est-ce que ceci signifie que cette période est le début d'une période d'instabilité au cours de laquelle l'OPEP conserve la maîtrise d'ensemble du système. Si l'on regarde les efforts croissants de l'OPEP pour rétablir l'équilibre du marché entre 1996 et 2003, il semble que la réponse est positive.

Après 2004, la production de l'OPEP se déconnecte partiellement de la balance du marché pétrolier. Les variations de production de l'OPEP se répercutent sur les trois autres courbes mais celles ci prennent une tendance inverse de l'OPEP. Tandis que l'OPEP continue à produire plus, la balance tend vers progressivement vers les négatifs.

En fait, ceci signifie que le point nul de la production de l'OPEP, c'est à dire le niveau de production de l'OPEP qui permet un état stable de la balance pétrolière mondiale est passé de d'environ 28 mb/j entre 1997-2004 à plus 29 mb/j en 2005, puis à 30 mb/j en 2006, puis à 31 mb/j en 2007. La courbe de 2008 n'est pour l'instant pas pertinente mais elle est déjà annoncé à presque 32 mb/j.

Revenons sur le "Call on OPEP" publié par l'AIE dans le tableau N°1 de ses rapports mensuels. Le "Call on OPEP" représente la différence entre la consommation mondiale et  la production non-OPEP + la production NGL et non-conventionnel de l'OPEP. Celui-ci représente donc la quantité de pétrole brut que l'OPEP doit produire pour satisfaire la demande.
Le chiffre "Total Stock Change & Miscellaneous" correspond à la différence entre le "Call on OPEP+stock change" et la production réelle de l'OPEP ou à la différence entre la production mondiale et la consommation mondiale.

Nous allons donc regarder le "Call on OPEP" sans le "stock change", c'est à dire le "Call on OPEP" pour que "Total Stocks change & Miscellaneous" soit à  zéro. Dans le graphique ci-dessus, ce "Call on OPEP" correspond à mettre la courbe jaune à zéro.

Voyons donc les chiffres annuels des "Call on OPEP" (l'Angola est incluse dans tout ces chiffres pour être comparé avec le graphique ci-dessus qui l'inclut dans la courbe de production de l'OPEP :
1994: 25,4 mb/j
1995: 25,9 mb/j
1996: 26,6 mb/j
1997: 27,9 mb/j
1998: 28,6 mb/j
1999: 27,5 mb/j
2000: 28,7 mb/j
2001: 27,9 mb/j
2002: 26,1 mb/j
2003: 28,0 mb/j
2004: 29,9 mb/j
2005: 31,0 mb/j
2006: 31,1 mb/j
2007: 31,1 mb/j (adjusted call on OPEP : moyenne miscellaneous sur huit derniers trimestres)
2008: 31,8 mb/j (adjusted call on OPEP : moyenne miscellaneous sur huit derniers trimestres)

Les chiffres du "Call on OPEP" confirme donc bien le graphique. le "Call on OPEP" est montée de 25,4 mb/j en 1994 à 27,9 mb/j en 1997 puis a oscillé entre 27,5 mb/j et 28,7 mb/j entre 1997 et 2003 à l'exception de 2002, année de la récession américaine. Le "Call on OPEP" monte en 2004 de 2 mb/j et passe à 29,9 mb/j puis à 31 mb/j en 2005 et 2006 et 2007 et semble repartir à la hausse en 2008 jusqu'à 31,8 mb/j. Celui-ci a donc bien augmenté de 3 mb/j entre 2003 et 2005.

Cela s'explique par le ralentissement de la croissance de la production non-OPEP qui stagne depuis 2005.

De plus, alors que l'OPEP produisait plus de 31,8 mb/j en septembre 2005 et se trouvait donc au dessus du "Call on OPEP", provoquant une inflation de stocks bien visible sur le graphique, sa production a commencé à décliner alors que le "Call on OPEP" restait perché aux alentours de 31,1 mb/j. Cela réduisit l'écart positif entre la production mondiale et la consommation mondiale dès le début de l'année 2006 et celui passa en négatif. 

Ce qui est tout à fait notable entre les années 2004-2005 et les années 2006-2007 est l'inversion dans la répartition de la balance pétrolière mondiale entre les stocks commerciaux de l'OCDE et le reste du monde (les deux courbes bleus). On peut voir que durant les "vaches grasses", la courbe bleu foncé profite majoritairement de l'écart positif entre production et consommation mondiale. C'est ce qu'il se passe durant les années 2004-2005. Mais la situation s'inverse de plus en plus en 2006-2007. On voit que la courbe bleu foncé reste négative en 2006 alors que les stocks commerciaux de l'OCDE profitent à 100% de l'écart entre production et consommation mondiale (courbe jaune). Les surplus sont en gros prioritairement attribué à l'OCDE. La situation s'aggrave franchement en 2007 puisqu'alors que la balance est négative tout au long de l'année, la courbe des stocks hors stocks commerciaux de l'OCDE (courbe bleu foncé) ne cesse de décliner vers les -1mb/j alors la courbe des stocks commerciaux de l'OCDE remonte à +0,5 mb/j. Cela signifie que les stocks de l'OCDE se gonflent alors que les stocks ailleurs dans le monde se vident.

En 2003, juste après le fort déclin des stocks pendant l'hiver, on peut voir clairement que la balance est attribué prioritairement à l'OCDE aux dépend du reste du monde. Celui-ci récupère pendant l'hiver suivant . Il y a donc bien des attributions et de priorités. On peut voir que la courbe bleu foncé n'est descendue que deux fois en dessous de -1 mb/j : en avril 2002 à -1,26 mb/j et en mars 2003 à -1,07 mb/j. Aussi, il est probable que ce soit une limite difficilement dépassable pour le reste du monde.

Il est à noter que la balance pétrolière hors stocks commerciaux de l'OCDE est resté négative pratiquement tout le temps en 2002-2003 et qu'elle est repassé négative en février 2006. Depuis, elle n'a été positive que trois mois en 2006. En 2007, elle est passé de -0,08 mb/j en décembre 2006 à -0,85 mb/j en août 2007. C'est donc une situation assez exceptionnel depuis ces 15 dernières années.  Le monde hors ODCE  actuellement se serre-t-il donc la ceinture depuis début 2006? Il semble que ce soit le cas. L'OCDE a juste gagné du temps. Si la limite de la balance hors stocks commerciaux OCDE est vraiment aux environs de 1 mb/j, cela signifie qu'il n'y a plus rien à attendre du monde en dehors de l'OCDE pour équilibrer la balance. Il ne reste maintenant plus que les stocks commerciaux de l'OCDE pour rétablir la balance. La balance risque donc de se reporter intégralement sur les stocks commerciaux de l'OCDE cet hiver alors que la balance du reste du monde risque de stagner tandis que la balance générale va s'enfoncer dans les négatifs vers les -2 mb/j. 

La capacité d'action de l'OPEP

L'OPEP  peut maîtriser la balance  générale  du marché pétrolier par une grande capacité de variation de sa production. Elle peut ainsi fermer brutalement plusieurs millions de barils de brut pas jour pour faire remonter les prix et dégonfler les stocks et inversement, ils doivent être capable d'augmenter sensiblement leur production pour faire remonter les stocks et descendre les prix. Par conséquent, on peut s'attendre à vérifier cette maîtrise du marché quand on regarde leur variation mensuelle de production.

La capacité supplémentaire de production de l'OPEP doit pouvoir être utilisé en moins de 30 jours et pouvoir rester en activité plus de 90 jours. C'est la définition de la capacité supplémentaire que donne l'OPEP elle-même.

j'ai donc compilé les données de variations de production de l'OPEP d'un mois sur l'autre. Et j'ai obtenu le graphique ci-dessous.

variationmensuelleopep.gif

On retrouve la période entre 1997 et 2003 où l'OPEP semble en effet capable de grande variations de production. L'amplitude des variations augmente jusqu'en hiver 2003.
Par la suite, il est tout à fait clair que les variations diminuent rapidement dès l'été 2003. En 2004, la capacité d'action n'est déjà plus que de + ou - 0,5 mb/j sauf en juillet 2004.
Ensuite, en 2007, on peut voir clairement que la capacité de variations positives semblent diminuer assez vite.

Cette courbe semble montrer de manière évidente que l'OPEP n'est plus en mesure de répondre à des variations de production au delà de 0,5 mb/j en un mois depuis 2004 mais que sa capacité s'est peut-être réduite à la nullité au cours de 2007 mise à part le bond en avant de ces deux derniers mois...

Aussi, cette courbe confirme la courbe précédente : l'OPEP maîtrisait la balance générale et les stocks mondiaux OCDE et non-OCDE jusqu'en 2003. C'est au cours de l'année 2004 qu'elle a progressivement perdu sa capacité d'action alors que le "Call on OPEP prenait 3 mb/j en deux ans.

Le problème est maintenant que cette capacité quasi-nulle de l'OPEP depuis 2004 s'est accompagné d'un approvisionnement minimum du monde en dehors de l'OCDE depuis 2006 et de la baisse des stocks commerciaux non-nécessaire de l'OCDE depuis fin 2006.

Par conséquent, tous les indicateurs du marché seront dans le rouge au printemps 2008 :
- les stocks hors OCDE
- les stocks commerciaux de l'OCDE
- la capacité de production de l'OPEP

Je pose donc la question suivante : comment va-t-on faire pour assumer ne serait-ce que les variations saisonnières de consommation si il n'y a plus aucune élasticité dans le système? La dernière élasticité est représentée par les stocks stratégiques de l'OCDE. Serait-ce vraiment la dernière solution? Pourquoi est-ce que personne ne donne le signal d'alarme ?



Relation avec les prix

J'introduis une nouvelle variable : les prix. Quelle relation ont les prix avec les stocks?
Quand on regarde le graphique ci-dessous, on peut voir différentes phases. La première court de 1994 à 1996. Il semble que durant cette première période, les prix sont insensibles aux variations pourtant importantes des stocks. Ainsi, alors que les stocks descendent à moins de 2400 mb pendant l'hiver 1996, le baril ne prend que 4$ en passant de 18,85$ en janvier 1996 à 23,5$ en avril 1996. J'en conclus que la sensibilité des prix aux variations de stocks est quasiment nulle jusqu'au début de l'année 1996.

Ensuite, cette sensibilité ne va pas cesser de s'accroitre progressivement mais sûrement.

Pendant la période entre 1997 et 2003, les prix auront tendance à varier en sens inverse des stocks, ce qui très logique. Quand les stocks se gonfleront, les prix descendront comme en 1997 et 1998. Les prix descendent à 10$ en 1998 alors que les stocks approchent des 2800 mb. On peut constater que pendant l'hiver 1999, les prix vont remonter assez vite alors que les stocks sont en chute libre vers la fin 1999. Ils passent de 12,5$ en janvier 1999 à 34,34$ en novembre 2000. Les prix sont multipliés par trois en deux ans. La sensibilité a donc considérablement augmenté.

C'est en 2004 que la relation entre les prix et les stocks changent. Alors que les stocks se regonflent en 2003, les prix restent à 30$ puis commencent à monter juste avant l'hiver 2004. Mais alors que l'on pourrait s'attendre à ce qu'ils redescendent après l'hiver et le renflouement des stocks, ceux ci continuent à monter et même avec une pente plus forte. Jusqu'au début de l'année 2006, les stocks et les prix augmenteront de pair. Puis curieusement, ils baissent en même temps fin 2006 et se mettent à remonter au cours du printemps 2007 en même temps. C'est en juillet 2007 que ce comportement parallèle semble s'arrêter. La sensibilité des prix aux stocks semble avoir décuplé.

Que s'est-il passé en 2004-2007? Mon interprétation est que l'OPEP a augmenté sa production pour faire baisser les prix dans un premier temps mais cela n'a fait que gonfler les stocks. La période de fin 2006 est plus complexe. Il semble qu'il y ait eu des manipulations de la part de certains opérateurs majeurs sur le marché pétrolier comme Goldman Sachs qui a changé ses modes de calculs pour faire baisser les prix. Mais l'OPEP a baissé sa production et les stocks ont chuté.

Depuis l'été 2007, nous sommes entrés dans une phase où l'ensemble du marché est en train de perdre la maîtrise des prix, des stocks et de la balance. Le système pourrait bien être totalement hors de contrôle.


WTI-stocks.gifEnfin, le graphique suivant montre les relation entre les prix et la production de l'OPEP.
Là encore, on peut voir que l'OPEP avait la possibilité d'agir sur les prix entre 1997 et 2003. Une augmentation de production de l'OPEP entraîne, parfois avec un délai, une baisse des prix bien que cette capacité diminue entre 1997 et 2003. Mais à partir de fin 2003, l'OPEP ne cesse d'augmenter sa production alors qu les prix ne cessent aussi de monter. On peut voir que l'augmentation de production en juillet 2006 se déroule au même moment que la montée soudaine des prix suite à la guerre entre Israel et le Liban. 

Cependant, depuis janvier 2007, il semble que l'OPEP ne puisse réagir à la montée vertigineuse des prix. Après une stagnation début 2007, sa production est légérement remontée vers 31 mb/j.  




WTI-OPEP.gif

Conclusion

Cette étude montre bien que des relations assez fortes existent entre les stocks, la production de l'OPEP, les prix du baril et la balance entre production et consommation.

On peut voir quatre phases : avant 1997, entre 1997 et 2003, entre 2004 et 2007, après 2007. 

La phase dans laquelle nous venons d'entrer signifie que l'on a perdu tout contrôle sur les stocks, les prix, la balance et perdu la capacité supplémentaire de l'OPEP.

Les signes n'ont pas cessé de s'allumer les uns après les autres depuis 1997 mais rien n'a été fait. L'année 1997 est d'ailleurs l'année du pic de production de l'OCDE. Suite au pic de production de la Grande-Bretagne en 1999, il eu été logique que les personnalités responsables des grandes agences telles l'AIE, l'USEIA, l'OPEP, de l'Union Européenne, de la Banque Mondiale, de l'OMC et du FMI puis des Nations Unis "tirent la sonnette d'alarme" et commencent à préparer les populations mondiales à ce qui allaient arriver de manière évidente. Ils auraient dû commencer à limiter la consommation mondiale et financer de manière massive le développement des énergies renouvelables, développer les transports en commun, notamment le train en le rendant gratuit par son financement par des taxes sur les véhicules, des processus de relocalisation économique et des mécanismes de répartition de la pénurie, tels les TEQs ou le protocole de déplétion de Colin Campbell et Richard Heinberg,  pour protéger les plus pauvres de l'indigence la plus extrême.

Mais au lieu de cela, ils ont lancé le processus de Doha, ils ont ouvert l'OMC à la Chine et milité pour une croissance économique maximum. Ils n'ont cessé de libéraliser toujours plus pour faire plus d'argent, pour plus détruire, pour plus polluer, pour plus appauvrir, pour produire plus d'armes, pour nous conduire plus vite dans un mur inévitable. Puis les néo-conservateurs ont préparé le 11 septembre pour envahir des pays stratégiques et organiser la polarisation chère à Mr Huntington, le choc des Civilisations.

Les responsables politiques et les responsables de l'AIE, de l'OPEP sont coupables de n'avoir rien fait, et même d'avoir provoqué l'aggravation d'une situation qui pourrait devenir extrêmement grave.

Maintenant, elle EST très grave et totalement hors de contrôle.

Il va donc devoir être nécessaire de prendre des mesures dans l'urgence extrême quand
l'OCDE se trouvera à la limite de la pénurie réelle et que le reste du monde se trouvera dans une situation de plus en plus alarmante. Mais il n'est même pas sur que ces mesures fonctionnent du fait de leur impréparation. Les gouvernements auront beaucoup de mal à expliquer à la population pourquoi on en est arrivé là. Nous sommes donc gouvernés par des irresponsables, des personnages totalement inféodés à des intérêts qui ne pensaient qu'à "se gaver" et qui ne voulaient rien entendre au delà de 5 ans parceque les actionnaires réclamaient 15%/an.

Mais la gouvernance du monde qui implique des milliards d'être humains ainsi que l'ensemble des être vivants sur cette planète ne peut se concevoir de cette manière sans être complétement irresponsables. Ces gens là se prennent pour les maîtres du monde mais ce sont juste des imbéciles qui ont accédé à des responsabilités qu'ils ne sont pas capables d'assumer.


Emmanuel Broto.

PS : coupure des émissions de terredebrut pendant trois semaines..


Author: "--" Tags: "Etude sur les stocks commerciaux-Novembr..."
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Date: Monday, 26 Nov 2007 11:35
Le matin du 12 novembre, un ami m’a appelé pour me dire que le plus gros gisement de pétrole mondial venait d’être découvert au large du Brésil.

Je lui ai donc expliqué à quoi devrait ressembler le plus gros gisement du monde, et combien cette information était improbable.


petroleo.jpgEffectivement, depuis la veille au soir, les médias glosaient autour « du plus grand gisement découvert depuis 20 ans ». Une fois de plus, nos problèmes d’énergie étaient résolus, au revoir le pétrole à 90$, etc ..
Déjà vu ?  N’est ce pas arrivé déjà l’année dernière avec le gisement Jack dans le golfe du Mexique ?

Jack relevait du battage médiatique qui attribuait faussement à un seul gisement la capacité d’une couche géologique entière du Tertiaire. L’agitation a enflé puis décru, les prix du pétrole ont baissé puis monté pour s’établir un an après à 20$ de plus qu’à leur niveau d’avant l’annonce de Jack. Jusqu’à maintenant, on ne sait pas si la production de ce gisement va démarrer.

La semaine dernière, on a eu Tupi, un gisement découvert par Petrobras, dans le Campos Basin au large du Brésil. Avec des réserves estimées de 5 à 8 Gb de pétrole de densité intermédiaire (28° API) et de gaz, il a relevé les réserves du pays de 50%. Une découverte remarquable (pour les standards actuels) annoncée à nouveau dans une période de prix élevés.

Il a fallu plusieurs jours pour que l’agitation retombe, et qu’émerge une image claire des
articles nombreux et quelquefois contradictoires qui circulaient dans la presse. Il y a là quelque chose de révélateur du manque de préparation de certains journalistes à se colleter avec ce genre d’information.

Des faits

Premièrement, est-ce que les 5 à 8 Gb font référence au stock de pétrole en place, ou aux réserves récupérables ? Les premiers articles donnaient une capacité de production du champ de 100 Kb/j, ce nombre indique que les 8 Gb étaient plutôt une estimation du pétrole en place. Plus tard dans la semaine, la production ultime était donnée à 4 Mb/j, puis redescendue à 400 Kb/j, ce qui confirmait que les chiffres donnés concernaient en fait les réserves récupérables.
Il est établi que des officiels de Petronas ont utilisé ces termes.

Est-ce que Tupi est un champ unique ? L’information disponible à ce jour et les citations des géologistes de Pétrobras vont dans ce sens. Tupi est soit un champs unique, soit un ensemble de champs très rapprochés dans une zone de 800 kms de long sur 200 kms de large dans une zone sel puis roches sous 2 à 3000 mètres d’eau.

Quel est le ratio pétrole/gaz ?  C’est une question importante ; étant donné la profondeur du champs, les températures pourraient être assez hautes pour former du gaz, et la plupart des articles des média parlent de « réserves de pétrole et de gaz ». il est probable qu’à ce stade, l’opérateur lui-même ne connait pas exactement ce ratio,  d’où le grand intervalle donné pour les réserves.

Pour ce qui concerne la planification de l’exploitation, les médias citent différentes dates pour les premières extractions, mais rien avant 2011. Il y a un délai d’au minimum deux ans pour acquérir les matériel de plateforme dans un marché équipementier tendu, et au moins encore deux ans pour obtenir une exploitation commerciale. Un calendrier possible serait :

Premier forage :            2009
Première production à 100 Kb/j    2011-2013
Plateau de production à 400 Kb/j    2015


A un moment, certains articles évoquaient une production cible de 4 Mb/j, confondant probablement les objectifs de production de la compagnie dans son entier avec ceux du seul gisement Tupi.  Des articles plus récents donnent 4.5 Mb/j comme objectif de production de la compagnie, et de 400 Kb/j pour Tupi en 2015. Khebab a fait les calculs suivants suivant la technique "pickering":

Région                                  Paramètres                Production max (Kb/j)

World (Small Fringe)          0.0435/0.0418            260 - 390
Cantarell (Mexique)            2.1/11                          1000 – 1500
Statfjord (Norvège)             0.637/5.53                   580 – 920
Ekofisk (Norvège)               0.299/5.10                   290 – 470

Ces chiffres mettent en perspective ce que représente réellement Tupi au global ; à son pic de production, le gisement représentera moins de 0.5 % de la production mondiale.  Même si la limite haute de 8 Gb devait être confirmée, les réserves de ce champs représenteraient 14 semaines de consommation mondiale.

Le challenge technologique

Néanmoins, à ce stade, Tupi semble être réel, et pas seulement du vent médiatique.
Un aperçu a été publié dans le journal « O Estado de Sao Paulo » ce week end, dans lequel ont été interrogés plusieurs experts. Tupi est un vrai challenge technologique, ce gisement repose dans un environnement géologique jamais encore appréhendé au Brésil.

La couche pré-sel se trouve sous des profondeurs d’eau entre 2 et 3000 mètres, puis on observe une couche de 2000 mètres de roches. La couche de sel proprement dite est épaisse de 2000 mètres, au-delà desquels se trouve le réservoir.

TupiLayerSketch.PNGA l’heure actuelle, Petrobras explore déjà des champs à plus de 5000 mètres de profondeur ; la profondeur de Tupi n’effraie pas en elle-même le leader mondial de l’exploration offshore. Le problème, c’est l’épaisseur de la couche de sel au travers duquel on doit forer.

Nelson Ebecken de la « Coordination of Post Doctoral Engineering Programmes” (COPPE) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) nous dit : « Nous devons développer cette technologie … Si cette couche était à terre, ce serait déjà difficile. Imaginez alors à 3 ou 4000 mètres de fond … Forer à travers des couches de sel a déjà été réalisé ailleurs, mais pas à cette profondeur, pas de cette épaisseur … »

A de telles profondeurs, sous une pression immense et réchauffé par la chaleur interne à la planète, le sel se comporte plus comme un fluide que comme un solide. C’est comme si on forait dans de la gelée, un trou se forme puis se referme immédiatement. Une maintenance correcte dans ces conditions peut être problématique. Edison Prates de Lima, membre également de l’UFRJ :

« La couche rocheuse est dure, mais stable. La couche de sel n’est pas aussi dure, mais instable.»

C’est une tâche difficile, mais à portée de l’ingienérie brésilienne. Giuseppe Bacoccolli du laboratoire des méthodes informatiques pour l’engeeniring du COPPE le dit en ces termes :

«Je n’y vois pas une rupture de paradigme, mais une autre évolution.»

Mais il y a un problème : le coup, qui croît de manière exponentielle avec la profondeur. Bacoccolli à nouveau :

« Nous pouvons atteindre la conclusion que nous pouvons, mais que nous ne devrions pas. Vaincre la couche de sel implique des surcoûts considérables … »

Le COPPE possède à l’heure actuelle trois caissons hyperbares qui permettent de simuler des conditions opératoires à des profondeurs de 6000 mètres, dans lesquels est testé le matériel de forage. On est en train de construire un quatrième caisson qui permettra de simuler des conditions opératoires jusqu’à 7000 mètres, lequel caisson sera fonctionnel au début de 2009.
Les opérations de forage aux profondeurs indiquées doivent être réalisées par des robots contrôlés à distance. « c’est comme piloter une Formule 1 depuis le paddock » dit Segen Estefan, lui aussi du COPPE.

D’autres problèmes ont trait au choc thermique que le pétrole endure quand il sort de la couche rocheuse. Dans le réservoir, les températures pourraient approcher les 100°C, et à la limite océanique, le brut rencontrera des températures aussi basses que 4°C. le brut peut alors créer des nodules de haute densité, capable de bloquer le flot en surface. Ce problème peut être amélioré en chauffant l’oléoduc. Le poids de l’oléoduc peut lui même constituer un soucis, ce qui amène les experts du COPPE à envisager l’emploi de titane.

Dans ce cas revient la question du prix, comme l’indique Segen Estefan :

« Nous opérons aux limites de la technologie. Le problème c’est le coût, savoir s’il sera excessif ou pas.»

Le premier puits foré dans le champ de Tupi a coûté 240 millions de dollars, les suivants ont diminué  à 60 millions. On a creusé un total de 15 puits au travers de la couche de sel, dont 8 ont atteint le réservoir d’hydrocarbures. Giuseppe Bococcolli s’attend à ce que le coût tombe même jusqu’à 30 millions de dollars par puits, lors de l’exploitation commerciale. Ceci suppose un prix de base de 30 dollars au moins le baril produit, c'est-à-dire, 4 fois le prix du baril extrait aujourd’hui par Pétrobras en offshore, et sans compter les coûts d’équipement. Bacoccolli pense que l’exploitation nécessitera entre 6 et 12 plateformes FPSO, chacune raccordées à 10 à 15 puits.

Toujours selon Giuseppe Bococcolli, d’autres réserves recouvrables peuvent être confirmées, suivant ce qu’on trouvera dans les zones non encore sondées de Tupi.

Conclusion

Tout bien considéré, le cas de Tupi semble être sensiblement différent de celui de Jack l’année dernière. Quand on scrute l’information qui a circulé dans les média, on est mené à le considérer comme un champ exploitable par la technologie poussée à ses limites actuelles. Quand on en juge par l’emballement des brésiliens, c’est plutôt le prix de revient que le savoir faire technologique qui sera le facteur limitant.

Pour poser la question finale, est ce que Petrobras avait besoin de ce tapage médiatique ? En réalité, il semble que non. Petrobras est la compagnie privée la plus rentable d’Amérique du Sud, tous secteurs confondus, affichant un bénéfice de 9 milliards de dollars pour les neuf premiers mois de cette année.

Si l’on considère qu’il reste à trouver des réserves mondiales d’au moins 200 Gb, cela implique qu’il faut découvrir des régions pétrolières de la taille de la Mer du Nord.
Le Campos Basin off Brasil, où Tupi a été trouvé, pourrait être l’une d’entre elles.

Le communiqué de presse peut être lu here.

Information complémentaire dans la presse brésilienne (en portugais):

O Estado de São Paulo

Cosmo On Line

A Tarde


The oil drum : Europe, un post de Luis de Souza le 22 novembre 2007
Traduit par Vincent Schwander pour terredebrut.org

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Date: Friday, 23 Nov 2007 19:59
 

Intéressé par l'évolution des cours du pétrole, j'ai voulu analyser mathématiquement cette évolution.Cette analyse n'a probablement pas de pertinence économique et n'est que théorique.Avant de voir les résultats, nous allons d'abord voir les principes mathématiques.Nous appliquerons ensuite l'analyse à un échantillon de données entre le 19 janvier et le 12 novembre 2007.Pour terminer, nous déduirons des prévisions pour les mois qui viennent.Lorsque les véritables chiffres seront connus, nous pourrons alors déduire la pertinence de cette analyse.

Principes mathématiques (méthode des moindres carrés)

Courbe.gif

En observant les prix du baril sur la période étudiée, nous pouvons considérer que les prix suivent une progression. Certains considérerons cette progression comme sensiblement linéaire. Dans un tel cas, nous pouvons chercher la droite qui représente le mieux cette progression. Cependant, une observation plus attentive montre une progression plus forte ces derniers temps. Aussi, pouvons nous chercher une autre courbe que la droite et prendre une parabole. Quelque soit la courbe choisie (nous en prendrons 3 dans notre analyse), nous cherchons la courbe qui soit le plus proche (autrement dit la plus probable) du jeu de données.

Prenons le cas d'un ajustement linéaire. La courbe théorique est donc une équation du type y=ax+b où :
y est le prix du baril, x est la date, a et b des coefficients à déterminer de manière à coller au mieux. Pour déterminer les coefficients a et b, nous mettons en évidence un prix réel et un prix calculé à partir de l'équation. La différence entre le prix réel et le prix calculé est appelé résidu. Pour chaque prix x, ce résidu est égal à y-ax-b. La méthode consiste à minimiser la somme des carrés des résidus (d'où le nom de la méthode : moindres carrés). La solution au problème est la plus probable et permet la détermination des paramètres de la droite cherchée.

Un ajustement à une autre courbe comme une parabole repose sur le même principe. la différence est la courbe qui a pour équation y=ax²+bx+c. Nous cherchons alors les paramètres de la parabole soit les coefficients a, b et c. Nous ajouterons également une troisième courbe à notre analyse : une parabole cubique d'équation y=a³+bx²+cx+d. Enfin, nous pouvons estimer quelle courbe est la plus pertinente par rapport au jeu de données. Nous disposons pour cela d'un indicateur statistique : l'écart-type. Cet indicateur est toujours positif et plus sa valeur est petite, plus les valeurs absolus des résidus sont également petits.


Limite


Il reste que la pertinence des 3 courbes choisies ne l'est pas lorsque nous extrapolerons les résultats. Elle n'est limitée qu'à la période du jeu de données, laquelle période est de surcroit très courte. De plus, la meilleure courbe serait celle d'une loi régissant le prix à la date. Je lance un appel aux lecteurs qui connaîtraient une telle loi de me la faire connaître.


Ajustement linéaire
CourbeL.gif



L'ajustement linéaire donne a=0,11 b=53,24.
L'écart-type de cet ajustement est de 3,69$
L'écart minimum est de -11,52$ (7 novembre)
L'écart maximum est de 8,20$ (23 août)


Ajustement parabolique
CourbeP.gif



L'ajustement parabolique donne a=0,0003 b=0,0174 c=57.86.
L'écart-type de cet ajustement est de 2,96$
L'écart minimum est de -8,33$ (13 avril)
L'écart maximum est de 7,29$ (19 janvier)

Cet ajustement parabolique est meilleur que l'ajustement linéaire. Il colle mieux aux données ce qui est corroboré par un écart-type et des valeurs extrêmes plus faibles.



Ajustement cubique


CourbeC.gif


L'ajustement cubique donne a=0,000003 b=-0,0011 c=0.185 d=53,87
L'écart-type de cet ajustement est de 2,44$
L'écart minimum est de -6,45$ (13 avril)
L'écart maximum est de 5,85$ (9 octobre)



Ce troisième ajustement est meilleur que les précédents. Il colle mieux aux données ce qui est corroboré par un écart-type et des valeurs extrêmes toujours plus faibles.


Ajustements
CourbeS.gif



Voici les graphes comparés des 3 courbes. Nous pouvons constater visuellement les résultats obtenus par calcul.


Extrapolations


Nous allons maintenant extrapoler les résultats. Attention toutefois à ne pas déduire de jugements hâtifs. Comme cela fut dit plus haut, les 3 courbes ne correspondent probablement à aucune réalité économique. De surcroît, l'extrapolation est réalisée à partir d'une courte période ce qui n'est pas bon. C'est aussi la raison qui nous conduira à ne pas dépasser le 15 mai 2008 (ce qui est déjà bien audacieux).
Projections.gif



Date                 Linéaire      Parabolique        Cubique


01/12/2007     89,29$         95,69$                  103,49$
15/12/2007     90,89$         98,86$                  110,21$
01/01/2008     92,83$       102,88$                  119,48$
15/01/2008     94,43$       106,33$                  128,09$
01/02/2008     96,37$       110,70$                  139,81$
15/02/2008     97,97$       114,43$                  150,57$
01/03/2008     99,68$       118,57$                  163,27$
15/03/2008   101,27$       122,57$                  176,27$
01/04/2008   103,21$       127,59$                  193,64$
15/04/2008   104,81$       131,46$                  209,29$
01/05/2008   106,64$       136,16$                  228,76$
15/05/2008   108,23$       141,99$                  247,24$





Une intuition personnelle me pousse à penser que l'ajustement parabolique se révèlera plus proche de la réalité. L'ajustement linéaire ne tient pas compte de l'emballement récent, l'ajustement cubique ayant tendance à s'emballer de manière excessive.

A suivre ...

Jean-Claude Caty

Author: "--" Tags: "les prix du pétrole"
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Date: Tuesday, 20 Nov 2007 16:01
Voici une petite revue de presse pas complète mais pas dénuée d'intérêt.

Les déclaration de Sadad Al-Husseini, ex numéro 2 de Aramco

Premièrement, Il semble que l'ex-numéro 2 de l'Aramco, société pétrolière nationale de l'Arabie Saoudite, Sadad Al-Husseini, ait provoqué des "vagues" après sa présentation à Londres au cours de cette maintenant fameuse conférence le 30 octobre, "Oil and Money".

C'est David Strahan qui a relayé l'information le premier le jour même avec un entretien avec Mr Al-Husseini en prime.
voici les deux articles de David Strahan :
http://www.davidstrahan.com/blog/?p=67
http://www.davidstrahan.com/blog/?p=68

Ensuite, le 16 novembre, le Monde a rencontré Al Husseini et cet article vient de produire un petit électrochoc semble-t-il. Voici le lien :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-979167@51-963558,0.html


Voici quelques extraits de ses déclarations au Monde: 

"Des pays de l'OPEP tels que l'Arabie saoudite, le Nigeria et l'Angola ont annoncé qu'ils ajouteront 10 mb/j de capacités nouvelles de production d'ici à 2014. Toutefois, tous les pays de l'OPEP ne sont pas capables de fournir le même effort. L'Indonésie, l'Iran et le Venezuela, par exemple, vont voir leur capacité de production décliner. D'autres, comme le Koweït, l'Irak et les Emirats arabes unis ne pourront faire mieux que maintenir leur production, dans le meilleur des cas. Donc au total, l'OPEP [qui dispose officiellement de 75 % des réserves planétaires]
ne peut pas dégager de capacités de production supplémentaires au cours de la prochaine décennie."
(...)
"La hausse des prix de l'énergie ne crée pas de nouvelles opportunités de production, parce que les nouvelles ressources en pétrole et en gaz naturel sont beaucoup plus difficiles à trouver et à développer."
(...)

Deuxième affirmation de M. Husseini : les réserves pétrolières sont "exagérées" de 300 milliards de barils. Coupables, selon lui, certaines "compagnies pétrolières, l'Agence internationale de l'énergie et l'administration américaine [qui] (...) ont cyniquement exagéré les capacités de production de l'OPEP. Il s'agissait d'exercer une pression politique sur les pays de l'OPEP, afin de permettre aux compagnies internationales de s'implanter sur leur territoire".

L'ancien vice-président de l'Aramco pointe également du doigt certains des pays partenaires de l'Arabie saoudite au sein de l'OPEP, "qui ont laissé circuler des estimations spéculatives [de leurs réserves] ne reposant sur aucune analyse technique, et dont les déclarations sur leurs réserves prouvées répondent à des décrets politiques"."Nous savons cela, poursuit-il, parce que [ces pays] n'avaient pas de programme d'exploration ou de développement en cours mais déclaraient pourtant des réserves supplémentaires année après année."

Peut-on revenir à des évaluations plus "réalistes", selon sa propre expression, de la quantité de pétrole qui reste encore exploitable ? "Peu de pays de l'OPEP sont prêts à le faire, en particulier si cela revient à réduire le montant de leurs réserves de pétrole, au lieu de les augmenter !"
(...)
En conséquence, Sadad Al-Husseini juge que le prix du pétrole ne peut que continuer à monter. "La situation est analogue à celle d'un réservoir d'eau que l'on pomperait plus vite qu'il ne se remplit", résume-t-il. "Bien sûr, la spéculation est à l'origine de certaines augmentations des prix du pétrole", concède le Dr Husseini. "Cependant, l'escalade logique des prix depuis 2002 indique aussi que les extractions de pétrole sont fondamentalement limitées", tranche le pétrogéologue.
(...)
Sadad Al-Husseini conclut : "Plus vite nous réaliserons que les extractions de pétrole ne peuvent augmenter indéfiniment, plus vite nous rechercherons des options énergétiques alternatives et soutenables, et nous éviterons ainsi des folies tragiques telles que l'occupation de l'Irak, et d'autres mésaventures similaires."

Vous pouvez télécharger sa présentation de Londres à l'adresse suivante :
http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20071116/979359_husseini_london_o_m_p
resentation_-_s_2.pdf


Article en première page du Wall Street Journal-19 novembre 2007

Le Wall Street Journal a sorti un article en première page hier, le lundi 19 novembre, qui reprend les dernières déclarations de Christophe de Margerie, PDG de Total, de James Mulva, PDG de Conoco-Phillips, de Fatih Birol de l'AIE, de Sadad Al Husseini de l'Aramco, de Matt Simmons mais aussi de ceux qui tentent de montrer que le pic pétrolier n'est pas une menace comme le CERA.


Voici comment débute l'article : "Un nombre grandissant de capitaine de l'industrie pétrolière endossent une idée longtemps considéré comme marginale : le monde s'approche d'une limite matérielle du nombre de barils de pétrole brut qui peuvent être pompés chaque jour. Certains prédisent que, en dépit de la soif de pétrole qui s'accroit rapidement, les producteurs pourraient atteindre ce plafond dès 2012. Cette limite approximative- dont deux responsables industriels ont récemment placé à 100 million de baril par jour -est largement en dessous des projections de demande mondiale pour les prochaines décades."

(Version originale : "A growing number of oil-industry chieftains are endorsing an idea long deemed fringe: The world is approaching a practical limit to the number of barrels of crude oil that can be pumped every day. Some predict that, despite the world's fast-growing thirst for oil, producers could hit that ceiling as soon as 2012. This rough limit -- which two senior industry officials recently pegged at about 100 million barrels a day -- is well short of global demand projections over the next few decades.")

En plus du PDG de Total et de Conoco-Phillips, l'article parle aussi d'une déclaration du responsable de la société pétrolière lybienne qui a confirma lors de cette conférence que le plafond de 100 million de barils serait difficile à dépasser.

Le Wall Street Journal reprend l'idée de Al-Husseini selon lequel la production mondiale va stagner sur un plateau jusqu'en 2020, idée de la courbe de production en tôle ondulée, dont Jean Laherrère peut être considéréé comme l'auteur.

Ils parlent de limitations de la production tels que :
1- Manque d'investissements du temps où le prix du pétrole était bas, conduisant à moins d'exploration et moins de production maintenant
2- Le nationalisme des ressources limitant aussi les investissements
3- les ressources non encore exploitées se trouvent au mauvais endroit (zone de conflit, climat inhospitalier, problèmes environnementaux)
4- les travailleurs talentueux sont en train de partir à la retraite et il n'y a pas assez de travailleurs entraînés pour les remplacer.

Ces limitations sont vraies pour partie mais ne suffisent pas à expliquer la situation actuelle du marché pétrolier.


Oildrum.com a sorti un article aujourd'hui pour répondre à l'article du Wall Street Journal.
Voici le lien :http://www.theoildrum.com/node/3265

On peut dire que cet article est une avancée certaine et très importante du pic pétrolier vers le rang de problème de première importance et se trouve maintenant sur la route du mainstream. Le grand public va donc progressivement entendre parler du problème de plus en plus souvent.

Autres articles et vidéos

Un autre article de la Tribune.fr débat du point de vue des économistes de la hausse des prix :
Le pétrole cher n'est pas fatal à lui seul à la croissance




Deux très bons articles de Ice sur son blog : http://iceblog.over-blog.com
peak oil et changement climatique
Fonte record de la banquise d'été en Arctique - again

Un article dans le prolongement de "La farce et le dindon" de André Sautou sur le blog de Imago :
Sommes-nous arrivés à la croisée des chemins ?


Emmanuel Broto.



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Date: Tuesday, 20 Nov 2007 11:43
Cet article a été publié le 6 novembre 2007 par Stuart Staniford sur le site oildrum.com.   Il a été traduit en français par Vincent Schwander. Merci beaucoup pour son travail.

Je rappelle que Terre de Brut est ouvert à des propositions d'articles originaux ou traduits. Ce site se veut être un espace de réflexion et d'analyse du pic pétrolier mais aussi souhaiterait aborder d'autres ressources énergétiques, minérales et alimentaires ainsi que sur le changement climatique. Je concentre mes efforts sur le pic pétrolier car celui ci est déjà bien assez pour moi tout seul mais ce n'est l'envie qui manque de traiter la glace arctique, la chute des stocks de céréales, le gaz naturel canadien, le pic de phosphates, le cuivre. Par contre, l'uranium sera traité cet hiver de manière assez intensive car celui-ci est d'une importance cruciale en France.

Petite remarque préliminaire : cet article est particulièrement important car la Russie pourrait s'avérer le joker qui décide du timing du pic pétrolier tout autant que l'Arabie Saoudite.  Aussi, Stuart nous permet d'y voir un peu plus clair pour un avenir très proche. Bonne lecture.

Cet article s'intéresse à la production russe sur le court terme. Pour approfondir le sujet, vous pouvez consulter un article très complet de Dave Cohen publié l'année dernière sur oildrum.com, ainsi qu'un commentaire plus récent de Gail  Tverberg sur oildrum europe qui résume des déclarations récentes qui préviennent de l'imminence du déclin de la production russe. Pour ceux qui veulent vraiment creuser et qui lisent l'anglais couramment, ils peuvent acheter le livre de John Grace "Russian oil Supply".

Cet article concerne des pronostics à court terme pour la Russie.
Je voudrais juste actualiser et compléter une analyse assez simple de la situation. Mais d’abord établissons le contexte.
Les dernières statistiques montre le plateau de production tout liquide qui continue en affichant une légère pente négative à la fois d’après l’IEA et l’EIA.

plateau-price-oct07.pngMoyenne journalière de la production tout liquide, par mois, de l'AIE (en vert) et de l'USEIA (prune), accompagnée des courbes de tendances sur 13 mois centrés, dont l'échelle est à gauche. Prix
spot  WTI en bleu avec échelle à droite. Cliquer pour élargir.
Source: IEA Oil Market Reports, and EIA International Petroleum Monthly Table 1.4.
Les données de l'AIE sont tirées de la table 3 des tableaux à la fin de l'OMR de la dernière  livraison  duquel le chiffre de ce mois est donné. Les prix WTI sont tirés de l'EIA.



Cependant, ce déclin n’est pas statistiquement signifiant, et nous n’en discuterons pas plus. Mais, la question clé est :
 Est-ce que le plateau va continuer ?
 Est-ce qu’il va se terminer sur une nouvelle hausse de la production ?
 Est-ce qu’il va entamer son déclin ?

C’est évidemment une question fondamentale.
Rembrandt prétend que le pic se produirait d'ici quelques années.
Je suis plutôt d’avis que nous sommes en plein pic pétrolier à l’heure actuelle.
Le fait même que nous soyons en plateau depuis deux ans ou à peu près indique que toutes les nouvelles capacités de productions ont été contrebalancées par l’entropie et le chaos, à savoir  : la baisse de la production dans les champs existant, les problèmes géopolitiques, les dégradations liées aux ouragans et accidents naturels, et une production volontairement minimisée de l’OPEP .(Je suis très sceptique sur ce dernier point comme Jim Hamilton).
Les prochaines hausses de productions seront également contrariées par les forces du chaos, et notre capacité à énumérer ces dernières avec précision est extrêmement faible.

Je trouve plus instructif de regarder les tendances par pays. Si nous regardons, avant le plateau actuel, les années 2001- 2004 quand la production augmentait vigoureusement à la suite du krach sur les valeurs internet, nous pouvons identifier les pays majeurs à la hausse comme à la baisse.

top-risers-fallers01-04.pngMoyenne annuelle des variations journalières de production pétrolière des 5 pays qui ont la plus forte croissance et des 5 pays qui ont le plus fort déclin pour la période 2001-2004. Source: BP (incluant les NGLs).


Comme on peut le voir, les deux pays qui contribuent le plus à l’augmentation de la production sont, et de loin, l’Arabie Saoudite, et  plus encore, la Russie. Tous les autres suivent loin derrière. C’était la période au cours de laquelle une augmentation de la demande correspondait à une augmentation de la production.

Si maintenant nous regardons la période 2004-2006 (le plateau de production, donc), nous voyons ceci :

top-risers-fallers04-06.png
Moyenne annuelle des variations journalières de production pétrolière des 5 pays qui ont la plus forte croissance et des 5 pays qui ont  le plus fort déclin pour la période 2004-2006. Source: BP (incluant les NGLs).

Nous voyons ici que l’ Arabie Saoudite a cessé de progresser (et entama un déclin ; conseil TDB: lisez l'article sur l'Arabie Saoudite avec le lien juste avant) .  La Russie a continué de progresser, mais bien moins qu’auparavant. Aucun autre pays n’a réussi à combler l’écart, et donc la production a cessé d’augmenter.

Regardons maintenant les statistiques russes au plus près. Le schéma suivant montre la production mensuelle à partir de trois différentes sources, en même temps que le nombre de plate-formes opérant dans le pays. Ceci couvre la période 1997 à 2007, donc depuis l’époque où la Russie a remis ses infrastructures en état suite au gouffre de l’époque soviétique. En particulier, en appliquant le savoir faire occidental pour booster sa production déclinante (surtout dans les champs âgés de Sibérie occidentale, qui ont produit plus de la moitié du pétrole de l’époque soviétique).

Production mensuelle pétrolière russe selon trois sources de données :EIA Table 1.1c, IEA Table 3, et JODI. Les courbes pleines sont des moyennes sur 13 mois centrés  autour du point concerné (notez que les 13 derniers mois se trouvent sur une fenêtre incomplète). Les données de plates-formes proviennent des données de Schlumberger  et incluent les plates-formes pétrolières et gazières.


Comme on peut le voir, les sources de données convergent vers une augmentation de la production sur cette période, bien que différant légèrement sur le niveau de cette croissance.
Bien plus, le nombre de plate-forme a augmenté dramatiquement.

Remarque : nous ne disposons pour le compte de plateformes que des données Schlumberger qui ne différencie pas les plateformes pétrolières des plates formes gazières. De plus, on ne voit pas comment les données des années 90 ont été collectées durant les chaotiques années 90. Pour la clarté de cette étude, on supposera que ces données sont convenables et que le nombre de plateformes pétrolières est proportionnel au nombre de plateformes gazières.
Cependant il faut garder à l’esprit cette remarque quand on abordera les conclusions de cet article.

Après avoir noté que la production s’accroit, la deuxième observation c’est que le taux de cet accroissement diminue fortement. En particulier, si on prend les augmentations annuelles de cet accroissement, on obtient la figure suivante :

russia-yoy.pngVariations de la production russe d'un mois donné par rapport à 12 mois en arrière en glissement constant à partir des données moyenne centrés selon trois sources de données : EIA Table 1.1c, IEA Table 3, and JODI. La ligne noire est l'extrapolation de la tendance actuelle et est un scénario, pas une prévision.


Le taux d’accroissement a pointé à 10% en 2003, et a chuté sévèrement depuis pour atteindre 1,5% par an à ce jour. La ligne noire montre une extrapolation à zéro dès le début 2008.  Cette croissance à zéro marquerait un pic de production. En outre, ceci impliquerait que l’excès de production entre maintenant et le pic est seulement de 1%, soit environ 100mb/j.  Nous devons néanmoins faire attention au fait que la courbe a montré un épaulement dans sa croissance, et pourrait en marquer un autre dans sa chute. La ligne noire n’est donc qu’un scénario très plausible, et non pas une prédiction ferme.

Si nous prenons en compte le nombre de plateformes, les choses semblent plus sérieuses.  Le graphe suivant montre quel a été l’accroissement de production par plate forme, exprimé en milliers de barils d’accroissement par jour, par an et par plate forme.

russian-rig-prod.pngTaux de croissance de la production pétrolière russe par plate-forme. La production est  calculée sur une moyenne de 13 mois centrés autour du point concerné, à partir des estimations de production de IEA Table 3 . Les données sur les plates-formes proviennent de Schlumberger et
les plates-formes pétrolières et gazières.

Le niveau absolu de ce graphe ne doit pas être considéré trop sérieusement puisque nous divisons une production pétrolière par le nombre de plateformes gazières et pétrolières. Cependant la tendance générale est probablement pleine de sens, et ce qu’elle montre est un effondrement de 10000 barils par jour par an et par plateforme à seulement 200 aujourd’hui. Un plus grand nombre de plateformes produit un accroissement de production bien plus faible.

Et si la Russie devait commencer à décliner l’année prochaine, ce serait la sortie du plateau mondial de production vers un déclin incontestable.

Stuart Staniford sur oildrum.com
6 novembre 2007
Traduit par Vincent Schwander





Author: "--" Tags: "Production mondiale de pétrole"
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Date: Saturday, 17 Nov 2007 14:59
Après avoir étudié la courbe des stocks commerciaux de l'OCDE entre 1994 et 2008 dans la première partie, nous allons introduire la production mondiale et la consommation mondiale, ainsi que la production de l'OPEP dans cette étude. Cette article est un peu aride et difficile mais il permet de faire le point sur le comportement passé des stocks en fonction de ces variables.


Pour cela, j'ai repris la courbe des stocks commerciaux de l'OCDE dans le graphique ci dessous que j'ai ramené à une base trimestrielle, contrairement au graphique de la première partie, qui se trouvait sur une base mensuelle.

Sur ce même graphique, on peut voir les courbes de production mondiale et de consommation mondiale. 

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Nous avions vu dans la première partie qu'il y avait quatre périodes au cours desquelles les stocks passaient en dessous de 2500 million de barils (mb). J'avais défini la zone en dessous de 2500 mb comme une zone de pénurie. Avant d'entrer dans la zone de pénurie, le  niveau des stocks subit forcément une chute plus ou moins rapide. Aussi, dans le graphique ci-dessus, je m'intéresse plus à la chute des stocks qu'à leur niveau absolu. Depuis 1994, on retrouve un chute des stocks à chaque fois que ceux-ci passent en dessous des 2500 mb. Cependant, je ne relève pas le déclin de 2004 qui n'est pas assez signifiant et je le laisse de côté. Aussi, je retiens le déclin des stocks de 1995-1996, de 1999-2000, de 2002-2003 et enfin de 2006-2007. 

On peut remarquer que le déclin des stocks se déroule en principe à l'automne et l'hiver tandis que les stocks se remplissent pendant le printemps et l'été. Il y a en effet, une baisse de la consommation au printemps après l'hiver. Cela est évident du fait de l'utilisation accrue d'énergie dans l'hémisphère nord durant l'hiver. Aussi, après la baisse du printemps, la consommation repart à la hausse durant l'été, à cause des vacances, et progresse en principe brutalement à l'automne avec l'arrivée du froid au nord. Souvent, le premier trimestre de l'année demande plus d'énergie que l'automne précédent mais pas toujours. Aussi, la consommation croit généralement à partir du printemps jusqu'à l'hiver suivant. Les stocks ont tendance à se remplir pendant le printemps et l'été et à se vider durant l'automne et l'hiver. Par conséquent, les stocks se trouvent souvent au plus haut vers la fin de l'été, entre août et octobre, et au plus bas vers la fin de l'hiver, entre février et mars. 

Le graphique au dessus le montre assez clairement avec sa répartition en trimestre.

La première forte chute des stocks se déroule pendant les hivers 1995 et 1996, la seconde pendant les hivers 1999 et 2000, le troisième pendant les hivers 2002 et 2003. La quatrième forte chute se déroule actuellement. Elle a commencé durant l'hiver dernier en 2007 et continuera durant l'hiver 2008.

Sur le graphique, j'ai entouré d'un cercle rouge les périodes d'automne-hiver concernés par les chutes de stocks. On voit alors très clairement que la spécificité de ces hivers est que la consommation dépasse la production durant ces deux trimestres. Il est tout à fait clair sur la graphique que chaque fois que la production dépasse la consommation, les stocks baissent immédiatement.

On peut remarquer que la production dépasse la consommation durant les hivers suivants ces fortes baisses à chaque fois. Ainsi, les hivers qui suivent ceux de 1995 et 1996, en 1997 et 1998, on observe que la production passe au dessus du pic d'hiver et ne redescend quasiment pas durant le printemps permettant de remplir à nouveau les containers des stocks. Cela se reproduit en 2001 puis en 2004, 2005 et 2006.

La première conclusion est que les stocks commerciaux de l'OCDE varie fortement en fonction de l'écart entre la consommation et la production mondiale. C'est très logique, évidemment. 

Nous allons revenir sur chaque période depuis 1994.

Première période : janvier 1994-janvier 1998

Il y a quatre hivers durant cette période. Durant les hivers 1994,1995,1996, la consommation dépasse la production et les stocks déclinent. Cependant, ils remontent au printemps et en été. On peut observer que la courbe de consommation prend une forme en double pic durant l'automne et l'hiver, avec un pic en décembre puis un nouveau en février. Le mois de janvier est généralement un mois de plus basse consommation que les deux précédents.  Je ne connait pas la réponse à cette énigme. Si quelqu'un a une piste...

 

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Durant l'année 1994, les stocks sont descendus à leur plus bas niveau en mars à 2484 mb. Ensuite, les stocks remontent jusqu'à 2709 mb en septembre. Ils prennent donc 125 mb en 6 mois puis stagnent jusqu'en novembre et commence leur déclin jusqu'en mars 1995. Ils passent de 2706 mb en novembre 1994 à 2528 mb en mars 1995. Le déclin est donc de 178 mb en 5 mois dont 121 mb entre janvier et mars. En décembre 1994, l'écart entre la production et la consommation est de 1,61 mb/j. Les stocks déclinent de 1,31 mb/j. En février et mars, l'écart entre production et consommation avoisinent les 2 mb/j et les stocks déclinent exactement au même rythme.

L'année 1995 est très similaire à l'année 2007. On trouve donc un déclin durant l'hiver précédent et le plus bas niveau des stocks, en mars, est de 2528 mb. Ensuite, au cours du printemps, la production monte légérement mais comme la consommation baisse, les stocks montent à 2681 mb en juillet 1995, et baisse par la suite jusqu'à 2610 mb en novembre 1995. On peut signaler que durant cette période, la consommation est inférieure à la production. On observe une forte poussée de la consommation en novembre jusqu'en mars alors que la production croit régulièrement  mais est largement insuffisante.

Les stocks passent de 2610 mb en novembre 1995 à 2371 mb en mars 1996, ce qui fait une chute de 239 mb en 5 mois. En rythme journalier, les stocks vont baisser plus vite que l'écart entre production et consommation. Ainsi, en décembre, alors que l'écart entre production et consommation est de 2,27 mb/j, les stocks déclinent de 3 mb/j. De même en janvier, l'écart entre production et consommation est de 1 mb/j alors que les stocks déclinent de 1,7 mb/j. Il semble que la raison principale de ce déclin vient d'un hiver particulièrement froid en Amérique du Nord et en Europe.

On peut voir ensuite que la production accélére sa croissance en août 1996 pour faire face à l'hiver 1997 alors que les stocks stagnent autour de 2500 mb juste avant l'hiver. la production mondiale passe de 71,5 mb/j en août 1996 à 73,5 mb/j en décembre 1996 puis à 74,3 mb/j en avril 1997.

Durant toute l'année 1997, la production, en forte croissance, va dépasser la consommation, sauf en décembre, et les stocks vont progressivement remonter jusqu'à 2650 mb.

Ainsi, entre août 1996 et janvier 1998, la production mondiale passe de 71,5 mb/j à 76,5 mb/j ! Cela fait une croissance de 5 mb/j en 17 mois.

Dans le graphique ci-dessous, on peut voir que la réaction de l'OPEP est manifeste notamment à l'approche de l'hiver 1997 et de l'hiver 1998. Il semble évident que l'OPEP veut éviter que les stocks baissent durant ces hivers.

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Seconde Période : janvier 1996 à janvier 2001


On revient un peu en arrière sur cette période. On peut voir la montée de la production de août 1996, à 71,5 mb/j, jusqu'à février 1998, à 77mb/j. Les stocks stagnent aux environs de 2650 mb pendant l'hiver 1998 puis la crise financière asiatique survient et la demande baisse brutalement de 77 mb/j en décembre 1997 à 71 mb/j en mai 1998 tandis que la production décline à 76 mb/j en mai 1998. Cela provoque une inflation importante des stocks qui montent de 2613 mb en mars à 2776 mb en mai 1998. Ceux-ci resteront perchés au dessus de 2650 mb jusqu'au début de l'hiver 2000, où la consommation va monter très fort jusqu'à presque 79 mb/j. Entre mai et décembre 1999, la consommation remonte de 8 mb/j !  La production mondiale va osciller entre 73 mb/j et 76 mb/j jusqu'en décembre 1999. Il semble que les producteurs n'aient pas vu venir la forte poussée de la demande en décembre 1999 car la production stagne tout au long de l'année 1999 autour de 75 mb/j. Ainsi, en décembre 1999, la production mondiale est égale à 74,62 mb/j alors que la consommation monte à 79,72 mb/j, ce qui fait une différence de 5 mb/j.

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Durant l'année 1999, les stocks restent stables autour de 2700 mb jusqu'en août. Puis ceux-ci commencent à baisser de plus en plus rapidement jusqu'à 2600 mb en novembre  et chute d'un coup à 2448 mb en un mois. Les stocks baissent de 153 mb en un mois. C'est la plus grosse baisse en 15 ans. Cela représente bien un déclin journalier des stocks de 4,9 mb/j tandis que l'écart entre production et consommation est de 5,1 mb/j. La folie du bog de l'an 2000 s'est donc principalement produit au sein de l'OCDE.

On observe que, dès janvier, la production se met à croitre fortement puisqu'elle passe de 74,62 mb/j à 79,9 mb/j entre décembre 1999 et novembre 2000. Elle monte de 5,28 mb/j en 11 mois, ce qui est considérable. Mais on peut remarquer que la demande croit aussi très vite puisque qu'elle atteint 79 mb/j en décembre 2000.

Il est donc très clair que la production mondiale a réagi très fortement en 2000 suite au déclin des stocks en décembre 1999. De même la production mondiale avait réagi en pendant l'été 1996 suite au bas niveau des stocks à la sortie de l'hiver 1996.

La courbe de production de l'OPEP comparé à celle des stocks est très parlante. On peut voir clairement que l'OPEP a baissé ses niveaux de production graduellement depuis l'hiver 1998 suite à l'effondrement des prix en 1998, qui descendent à moins de 10$. On peut voir que curieusement, ils baissent leur niveau de production entre octobre 1999 et décembre 1999 de 1,5 mb/j alors qu'il aurait fallu faire l'inverse. Il s'ensuite une très forte réaction de l'OPEP qui passe de 26 mb/j en décembre 1999 à presque 30,5 mb/j en novembre 2000. Par conséquent, la croissance de la production mondiale en 2000 est principalement dû à l'OPEP. On peut signaler que cette forte croissance de production se traduit très peu en croissance de stocks qui ne montent qu'à 2560 mb en novembre 2000.

On voit bien que l'OPEP est un acteur crucial durant cette période et est capable de faire varier sa production très fortement.

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Troisième période : janvier 2000 à janvier 2004


Après l'année 2000, la consommation reste assez stable du fait de l'éclatement de la bulle internet. De ce fait, la consommation de l'hiver 2002 est inférieure à l'hiver 2001.

La récession des USA se termine en mai 2002 alors que consommation et production se trouvent à 76 mb/j. La consommation passe alors de 76 mb/j en mai 2002 à presque 82 mb/j en février 2003, ce qui fait un augmentation de 6 mb/j en 8 mois! Cette augmentation très importante n'avait pas vraiment été prévue par les producteurs car la production mondiale ne montent qu'à 79 mb/j en février  2003 après un baisse à 77 mb/j en décembre 2002-janvier 2003. Cela se traduit par une baisse des stocks juqu'au record de 2352 mb en février 2003.

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C'est en juin 2003 que la production mondiale réagit. Elle se trouve alors à 78 mb/j. On peut voir que celle-ci réagit exactement au moment où la consommation repart fortement à la hausse. Les deux vont monter au même rythme de 78 mb/j à presque 83 mb/j en décembre 2003. La croissance est de presque 5 mb/j en 5 mois! Mais, les stocks recommence à décliner en septembre quand ils atteignent 2595 mb.

On peut remarquer qu'il y a dephasage entre les stocks et l'écart entre production et consommation puisque les stocks remontent pendant le printemps 2003 alors que la production excède de peu la consommation. Ensuite, inversement fin 2003, la production excède de peu la consommation mais les stocks partent à la baisse.

En janvier 2004, production et consommation dépassent 82 mb/j et les stocks sont retombés à 2500 mb.

Quand on regarde la production de l'OPEP ci-dessous, on peut voir que l'OPEP a franchement baissé sa production entre l'hiver 2000 et le printemps 2002 puisque sa production baisse de 5,5 mb/j. C'est donc bien l'OPEP qui a encaissé la crise financière internet. Cependant, les stocks sont restés perché à plus de 2600 mb.

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Ensuite, ceux-ci remontent leur production jusqu'à 29 mb/j en janvier 2004. Mais la forte croissance de la production mondiale fin 2003 est assumée pour moitié par la production non-OPEP. On est alors dans la période de plus forte croissance de la production russe. J'ai déjà documenté cela dans mon article sur le pic de décembre 2003.

On peut voir que la production de l'OPEP  chute en décembre 2002 et janvier 2003 de presque 2 mb/j. C'est bien cette baisse qui fait plonger les stocks dans les abysses. Cette baisse est dû à la grève des cadres de la société nationale PDVSA vénézuelienne contre Chavez.

De plus, le rapport mensuel de janvier 2003 rappelle que l'hiver est plus froid que prévu, que la croissance de la consommation chinoise commence à se faire sentir et que la production d'électricité nucléaire japonaise est très basse entraînant une consommation accrue de pétrole. Tout ceci concourt à une hausse plus forte que prévu de la consommation mondiale. En ajoutant la grève vénézuelienne qui paralyse la production pétrolière du pays en pleine hiver, tout ceci explique la chute importante des stocks.

Mais la seconde partie de l'année 2003 est une période de forte croissance pour la Russie mais aussi pour la production en dehors de l'ex-URSS et de l'OPEP comme le montre ce graphique.

WO-OPEC-FSU.gifLe pic de production non-OPEP et non-ex-URSS se produit en décembre 2003 suite à une très forte croissance dans la seconde partie de l'année 2003 puisque la production non-OPEP et non-ex-URSS prend 1,5 mb/j entre juin et décembre 2003.

La production de l'ex-URSS croit d'environ 0,8 mb/j sur cette période comme on peut le voir sur le graphique ci dessous.  FSU-octobre04.gif
Ainsi fin 2003, la production non-OPEP et non-ex-URSS entame son déclin et se trouve en janvier 2007 au même niveau qu'en juin 2003, à 30,5 mb/j. Les stocks se trouvent à 2500 mb et donc juste à la limite de la zone de pénurie. L'OPEP tourne à un peu plus de 29 mb/j. L'ex-URSS se trouve en pleine croissance au rythme de 0,8 mb/j en rythme annuel. Cette croissance de presque 5 mb/j en 5 mois ne s'est plus reproduite depuis lors.

Quatrième Période  : janvier 2004 à janvier 2008

A la sortie de l'hiver 2004, en mars 2004, les stocks se trouvent à 2450 mb. En prévision de la croissance de la consommation fin 2004, l'OPEP augmente sa production dès le printemps de 1,5 mb/j entre mai et juillet 2004. La production atteint pour la première fois les 84 mb/j en juillet 2004. Elle y restera durant tout l'hiver 2005. Mais la consommation atteint les 85 mb/j et les stocks baissent légèrement de 2600 à 2550 mb en mars 2005. La production mondiale monte doucement de 84 mb/j en novembre 2004 à plus de 85 mb/j en mai 2005 principalement sous l'impulsion de l'OPEP.
 

consprodstocks0408.gif



Mais comme nous le voyons sur le graphique suivant, la production de l'OPEP commence à décliner après septembre 2005. La production mondiale va alors stagner dans la tranche de 84-85 mb/j jusqu'en septembre 2007.

En mars 2005, les stocks se trouvent à 2550 mb/j et vont monter en deux mois à 2650 mb  alors que la production continue à croitre et que la demande baisse. Tout le long de l'année 2005, jusqu'en novembre, les stocks vont osciller entre 2620 et 2680 mb. Pendant l'hiver, ceux-ci baissent jusqu'à 2600 mb en mars 2006 alors que la production de l'OPEP baissent jusqu'à 30,5 mb/j en mai 2006.  La production de l'OPEP remonte jusqu'en  août 2006 à 31,2 mb/j et provoque une montée  assez importante des  stocks jusqu'en septembre 2006. Ceux-ci atteignent 2760 mb. Mais la production de l'OPEP déclinent ensuite rapidement jusqu'à 29,87 mb/j entraînant une baisse de la production mondiale de 85,3 mb/j en juillet 2006 à 84 mb/j pendant l'hiver 2007. Ceci provoque une baisse de stocks de 160 mb entre septembre 2006 et mars 2007. Aussi, en mars 2007, les stocks retrouvent leur niveau de mars 2006, qui est l'exact niveau moyen de stocks: 2600 mb.

La production de l'OPEP stagne autour de 30-30,2 mb/j jusqu'en août 2007. Comme la consommation mondiale baisse, les stocks remontent jusqu'à 2682 mb en juillet 2007. Ensuite, la consommation excède la production et les stocks commencent à décliner. Ils se trouvent autour de 2620 mb fin octobre 2007.

La consommation mondiale est prévue pour atteindre plus de 88 mb/j durant l'hiver 2008 tandis que l'EIA prévoit que la production devrait monter jusqu'à plus de 88 mb/j d'ici fin 2008. L'OPEP devrait atteindre 31,5 mb/j dans la première partie de 2008 puis 32 mb/j d'ici fin 2008. L'EIA prévoit que les stocks descendront à 2500 mb en mars 2008.



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Conclusion

Comme nous l'avons vu dans les descriptions précédentes, suite à un déclin trop prononcé des stocks de l'OCDE pendant un hiver, il s'ensuit en principe que la production croit fortement durant l'année qui suit pour que la production soit supérieure à la consommation durant l'hiver suivant évitant une nouvelle chute des stocks.

Il semble que la marché pétrolier suivent des sortes de cycles sur des durées de trois à 5 ans. Au cours de ces cycles, on observe une phase de baisse des stocks où la production ne suit pas la demande et une seconde phase pendant laquelle la production réagit fortement pour rattraper la demande et renflouer les stocks. Aussi, la marché n'est pas aussi régulé que ce que l'on pourrait à priori penser.

Ainsi, suite au déclin de stocks pendant l'hiver 1996, la production mondiale croit de 71,43 mb/j en août 1996 à 76,87 mb/j en février 1998, c'est à dire 5,44 mb/j en 18 mois. Sur cette croissance de 5,44 mb/j, 3 mb/j proviendront de l'OPEP, 55% du total. Les stocks bondissent de 2515 mb en août 1996 à 2650 mb fin 1998.

Suite au déclin des stocks en décembre 1999, la production mondiale passera de 74,62 mb/j en décembre 1999 à 79,09 mb/j en novembre 2000, c'est à dire 5,28 mb/j en 11 mois. Sur cette croissance, 4,26 mb/j proviennent de l'OPEP, c'est-à-dire 80% de la croissance totale. Les stocks passent de 2448 mb en décembre 1999 à 2570 mb en novembre 2000.

Suite au déclin des stocks de l'hiver 2003, la production mondiale passera de 78,03 mb/j en juin 2003 à 82,75 mb/j en décembre 2003, une croissance de 4,72 mb/j en 5 mois, dont 2,11 mb/j de l'OPEP,  44% du total. Les stocks passent de 2545 à 2512 mb.

Sur ces trois exemples passées ces quinze dernières années, on peut voir qu'à chaque fois que les stocks ont baissé fortement, la production mondiale a cru de 5 mb/j dans les mois qui ont suivi avec une part de l'OPEP de 44% à 80%. On peut remarquer que le rythme de croissance accélére au cours du temps puisque celle ci passe de 17 mois en 1996 à 5 mois en 2003. 

Il faut remarquer que la consommation varie en moyenne sur une amplitude de 5 mb/j entre son niveau le plus bas de l'année et son niveau le plus haut. Ceci est vrai de manière assez systématique. Aussi, il n'est très étonnant de retrouver ce chiffre de 5 mb/j car la production se trouve équivalente au niveau le plus de l'année qui suit le déclin fort des stocks et doit donc augmenter de 5 mb/j pour atteindre le niveau haut de l'année, vers novembre-décembre.

Il semble que l'OPEP a fait plusieurs erreurs d'appréciation, notamment en 1998 et fin 1999. Jusqu'à maintenant, le marché a pu réagir fortement à chaque fois grâce à une grande capacité d'action de l'OPEP, sa fameuse capacité supplémentaire de production,  et à une  croissance régulière non-OPEP mais cela n'est plus vraiment le cas à présent.

Pour ce qui est de l'hiver 2008, il est fort probable que le niveau des stocks en mars 2008 soit assez bas, entre 2300 et 2500 mb/j. Par conséquent, il sera nécessaire que la production mondiale dépasse la consommation pour l'hiver 2009, comme cela fut le cas dans le passé. Mais, pour cela, il faudra que la production mondiale dépasse les 90 mb/j fin 2008. Par conséquent, la production mondiale devra passer de 85 mb/j en septembre 2007 à 90 mb/j en janvier 2009. On retrouve donc ici les 5 mb/j. Pour l'instant, il reste 16 mois pour l'atteindre. Le rattrapage nécessaire à partir du printemps prochain dépendra de l'ampleur des "dégâts" de cet hiver.

On ne peut plus trop compter sur la production non-OPEP et non-ex-URSS pour combler une partie de la croissance car celle-ci se trouve désormais en déclin. l'EIA prévoit que l'OPEP augmente sa production de 1 mb/j entre septembre 2007 et janvier 2008. la Russie se trouve actuellement sur un plateau et l'Azerbaijan n'est plus très loin de sa plein capacité. Alors d'où viendront ces 5 mb/j? Le mieux est qu'ils ne soient pas necessaire, c'est-à-dire de faire baisser la demande, que les prix montent et qu'une récession s'ensuivent.




Cet article a démontré que le marché pétrolier a besoin d'une grande souplesse dans les stocks de l'OCDE et dans la capacité supplémentaire de production de l'OPEP à cause de variations très importantes de la demande (jusqu'à 8 mb/j en quelques mois). De plus, le niveau des stocks réagit immédiatement à la balance entre offre et demande. Ce niveau peut varier très rapidement dans un sens ou dans l'autre. Aussi, l'équilibre est très instable et les deux régulateurs, OPEP et OCDE, n'ont de cesse de maintenir cet équilibre. Mais les mois qui viennent pourraient rendre inopérantes les deux variables d'ajustements du marché : l'asséchement des stocks commerciaux non nécessaires de l'OCDE en même temps que la réduction à néant de la capacité supplémentaire de l'OPEP. La production mondiale sera alors à son maximum et évoluera en fonction de ses capacités matérielles. Le prix et les mesures de réduction de la demande deviendront les variables d'ajustement de la consommation à la capacité de production au temps t.

Mais le problème reste entier sur les variations saisonnières de la demande qui varient sur des amplitudes de 5 mb/j dans la même année. Ces amplitudes saisonnières sont inévitables et s'accomodent difficilement d'un manque de souplesse du système d'approvisionnement. Aussi, le résultat peut être le passage régulier par des phases de pénurie et de rationnement notamment pendant l'hiver.

On peut se demander si la régulation du système d'approvisionnement en pétrole par le marché sera encore possible longtemps car celui-ci nécessite des marges de manoeuvre trop importantes. Aussi, la prise en main du système d'approvisionnement par le gouvernement pour attribuer des quotas fixés à l'avance pourrait devenir nécessaire pour éviter des phénomènes de pénuries régulières.


La troisième partie d'ici la fin de semaine.
Mais avant d'autres articles.

Emmanuel Broto.




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Date: Friday, 16 Nov 2007 20:07
Je commence une analyse en plusieurs volets sur les relations entre les stocks commerciaux de l'OCDE, pris dans leur globalité dans cette étude, la production mondiale et la consommation mondiale de pétrole tout liquide, la production de l'OPEP et enfin le prix du baril.

Tous ces éléments entretiennent des relations entre eux et sont des variables du système d'approvisionnement en pétrole dans le monde.

Pour cela, j'ai pris le fichier 3a du Short Term Energy Outlook d'octobre 2007. J'ai choisi de télécharger le fichier entre 1993 et 2008 avec des durées mensuelles.

Le travail de cette étude est basé presque exclusivement sur ce fichier. Dans un article précédent, j'ai démontré que l'USEIA était un piètre prévisionniste dans ses rapports du "Short Term Energy Outlook" (STEO). Cependant, on pouvait aussi voir que l'on retrouvait une certains stabilité des données de production trois mois en arrière par rapport à la date de publication du STEO. Aussi, je considère donc les données au passé du STEO comme à peu près fiable pour établir cette étude. Il est certain que si je voulait refaire la même étude à partir des données de l'AIE, qui n'est consultable que sur les rapports mensuels en pdf, l'aggrégation des données me prendrait plusieurs jours avant d'entamer l'étude.

Dans le fichier 3a, on trouve les données de production mondiale, de la production de pétrole brut de l'OPEP, de la consommation mondiale et des stocks commerciaux de l'OCDE. Cela permet facilement de les mettre en relation. C'est ce que j'ai fait. Je pense avoir trouvé quelques éléments de réflexion troublants qui mettent en perspective  les variables du système  d'approvisionnement en pétrole dans le monde entre ses principaux acteurs, notamment  l'OPEP et l'OCDE.  L'OPEP produit  40% de la production mondiale et exporte les trois quarts du pétrole dans le monde. L'OCDE consomme plus de 60% du pétrole dans le monde et requiert un importation équivalente à la production totale de l'OPEP. C'est à dire que 40% de la production mondiale de pétrole, produite en dehors de l'OCDE, est importé au sein de l'OCDE.

Evidemment, il y a d'autres acteurs comme la Russie, en tant qu'exportateur majeur, et la Chine, en tant qu'importateur majeur. Mais la grande différence avec les deux autres acteurs, l'OPEP et l'OCDE, vient du fait que ces deux derniers ont des possibilités d'action sur le marché par leur élasticité.

Pour l'OPEP, sa capacité à agir sur le marché vient de sa capacité supplémentaire de production, qu'elle peut utiliser pour faire face à des ruptures soudaines d'approvisionnements dans le monde. Elle peut aussi baisser son niveau de production pour éviter une chute trop importante des prix mondiaux en cas de surproduction.

L'OCDE est la seule entité qui possède en grande quantité des stocks commerciaux et stratégiques lui permettant de s'adapter aux variations entre l'approvisionnement et la demande intérieure. Aussi, les stocks de l'OCDE joue le rôle d'amortisseur des variations  d'approvisionnements mondiales qui permet d'éviter des pénuries réelles à court terme et laisse le temps à l'OPEP de réguler le marché, notamment d'augmenter sa production quand les stocks baissent trop.

Ce sont donc bien ces deux entités qui régulent le marché pétrolier mondial. Les autres n'ont que très peu de possibilités d'action réelle et sont plutôt "participantes". De plus, les deux grandes places où se négocient les contrats sur le pétrole, et qui donnent le ton sur les prix mondiaux sont New York et Londres, deux places financières au sein de l'OCDE.

Après ces préliminaires, engageons l'étude.

Commençons par les stocks commerciaux de l'OCDE. L'OCDE possède deux types de stocks : les stocks commerciaux détenus par les industriels pour faire tourner le système, et les stocks stratégiques détenus par les gouvernements et qui dorment dans des containers en cas de rupture grave des importations de pétrole. Nous allons laisser de côté les stocks stratégiques dans cette étude. Ils sont actuellement de 1515 million de barils et détenus à 67% par quatre pays : les USA, le Japon, l'Allemagne et la France.

Les stocks commerciaux se retrouvent dans toute la chaine de distribution du système : Avant les raffineries sous forme de pétrole brut, après les raffineries sous forme de produits pétroliers divers (essence, gasoil, fioul, kérosène, etc...) dans les containers au bout des pipelines jusque dans les containers juste avant les livraisons de détail, etc...

Les stocks commerciaux varient de manière assez importante au cours du temps comme vous pouvez le voir sur le graphique suivant. Il existe un niveau minimal des stocks commerciaux en dessous duquel des pénuries commencent à apparaitre dans le système d'approvisionnement, c'est ce qu'on appelle en anglais le Minumum Operating Level (MOL). Le problème est que personne ne publie les MOL, et donc que l'on en a qu'une vague idée. Les américains ont bien publié un rapport sur les MOL des différentes catégories de produits pétroliers au sein des USA mais celui-ci date de 2004 et ces chiffres restent très théoriques.

Par contre, ce que l'on connait, ce sont les niveaux minimums auquel sont descendus les stocks dans le passé. Etant donné que la consommation augmente au cours du temps, on peut penser que le MOL augmente au cours du temps du fait de l'accroissement de complexité de système. Donc, les niveaux minimums expérimentés auparavant sont peut-être moins fréquentables aujourd'hui.

Dans le graphique ci dessous, je montre l'évolution des stocks commerciaux de l'OCDE entre janvier 1994 et décembre 2008. La partie entre septembre 2007 et décembre 2008 est une prévision de l'USEIA et doit donc être considéré comme tel, c'est-à-dire pas tellement fiable et sûrement plutôt optimiste.

stocks9408.gif

La première remarque est que la courbe de tendance linéaire de la courbe est pratiquement horizontale très proche de 2600 million de barils. Par conséquent, la valeur moyenne des stocks depuis 15 ans reste assez stable.

Mais cela n'empêche pas des variations parfois importantes des stocks. Ainsi, le plus haut niveau des stocks depuis 1994 a été observé en août 1998 à 2797 million de barils (mb). Le plus bas niveau s'est produit en février 2003 à 2354 million de barils (mb). La différence entre ces deux extrêmes est de 443 million de barils (mb). Si l'on considère que le niveau moyen, 2600 million de barils est égale à 100%, alors les stocks ont varié entre 90,5% et 107,5% par rapport au niveau moyen ces 15 dernières années. 

Ensuite, on peut remarquer que, dès que les stocks sortent de la tranche située entre 2500 et 2700 million de barils (mb), ils y reviennent vite. Ils sont sortis franchement 6 fois depuis 1994 de cette tranche.

La première fois est en janvier 1996. Le niveau de stocks passe franchement en dessous de 2500 mb et tombent à 2371 mb en mars 1996. C'est le deuxième niveau le plus bas en 15 ans. Mais les stocks vont ensuite remonter rapidement et dépasser le niveau de 2500 mb en août 1996. Aussi, les stocks seront restés 7 mois en dessous de 2500 mb.

La seconde fois est en mai 1998 jusqu'en janvier 1999. Mais cette fois, c'est un dépassement du niveau de 2700 mb. La raison vient de l'augmentation de la production de l'OPEP au moment où la crise financière s'abat sur l'Asie. Ce dépassement est le plus long en temps. C'est aussi là que le record de niveau des stocks va être atteint en août 1998.

La troisième fois est en décembre 1999. Ce mois là enregistre la plus forte chute en un mois des stocks commerciaux de l'OCDE en 15 ans : 153 mb entre novembre et décembre 1999, ce qui représente un vidage des stocks à une vitesse de  5 million de barils par jour durant le mois de décembre 1999! La raison semble être une consommation qui a explosé en décembre 1999. Je pense que c'est la peur du chaos dans le passage à l'an 2000. Après cette chute brutale, le plus bas niveau sera enregistré en avril 2000 à 2419 mb. Puis la remontée sera très rapide et dépassera les 2500 mb en juillet 2000. Aussi, la passage en dessous de 2500 mb n'aura duré que 6 mois.

La quatrième fois, le niveau passe en dessous de 2500 mb en décembre 2002 et repassera cette barre en mai 2003. La descente durera 5 mois. Mais c'est au cours de celle-ci que l'on va enregistrer le plus bas niveau des stocks à 2354 mb en février 2003.

La cinquième fois est très courte et dure trois mois de février 2004 à avril 2004. le niveau passe encore une fois en dessous de 2500 et descend à 2460 mb en mars 2004.

Enfin, la sixième fois, les stocks passent la barre des 2700 mb en juillet 2006 pour atteindre 2760 mb en octobre 2006, deuxième record après celui de août 1998. Mais il redescend vite en dessous de 2700 dès novembre 2006. Ce dépassement aura duré 5 mois.

En moyenne, les stocks commerciaux de l'OCDE sortent du cadre entre 2500 et 2700 mb pendant 6 mois. A chaque fois, on peut voir que les stocks reviennent très vite vers la moyenne 2600 mb. En tout, les stocks sont sortis 35 mois sur les 166 mois entre janvier 1994 et octobre 2007, ce qui fait 21% du temps. On retrouve encore cette loi des 80-20, la fameuse loi de Pareto.

La conclusion de cette première analyse est que les stocks sont considérés comme évoluant dans une tranche normal entre 2500 et 2700 mb. En dehors de cette tranche, il semble que des fortes actions du marché soient menées pour ramener le niveau des stocks dans la tranche normale et ces actions sont rapides. Dans les quatre cas d'un passage en dessous de 2500 mb, on observe que le déclin dure entre deux et trois mois et que la remontée dure aussi entre deux et quatre mois. A chaque fois, la remontée est très forte. Pour les passages en dessus de 2700 mb, la première fois dure le plus longtemps en 1998, 9 mois, et reste autour de 2700 mb toute l'année 1999 jusqu'en août 1999 pour commencer à décliner jusqu'à 2600 mb en novembre 1999 puis 2448 mb en décembre 1999. En 2006, on observe un déclin tout aussi rapide après la croissance des stocks au dessus de 2700 mb.

Par conséquent, on peut considérer que le marché pétrolier mondial considère que les stocks commerciaux de l'OCDE entrent en zone de pénurie quand ils passent en dessous de 2500 mb et se trouvent en zone de surplus, et donc provoquent des possibilités de chute des prix, quand ils dépassent les 2700mb.

Pour la zone de pénurie, On peut dire que la zone jusqu'à 2400 mb ne semble pas particulièrement dangeureuse. Par contre, les stocks ne sont passés en dessous de 2400 mb que deux fois et à chaque fois pendant un seul mois : en mars 1996 et février 2003. Il est donc surement considéré comme une zone dangereuse dont il faut sortir rapidement. Il est donc probable que le Niveau Minimum des stocks (le MOL) se trouvent quelque part  en dessous de 2350 mb. A combien? 2300? 2200? moins?

Pour l'instant, on n'en est pas encore là. mais il y a une chose qui est certaine. C'est que la nervosité des marchés et donc les prix devraient augmenter fortement quand les stocks vont passer en dessous de 2500 mb durant cet hiver. Ce sera alors la septième sortie de la tranche normale depuis 1994. Ensuite,  l'OPEP a trois mois pour réagir et les stocks doivent repasser la barre des 2500 mb trois mois plus tard. C'est le scénario qui est normalement attendu en fonction de ce qu'il s'est produit dans le passé récent. Mais si l'OPEP ne peut réagir pour faire remonter les stocks, ce doit être les prix qui doivent prendre le relais en provoquant une baisse de la demande permettant de repasser en dessous du niveau de production.

Par conséquent, on peut penser qu'il va y avoir plusieurs phases dans le processus en cours, la première tient à la descente des stocks depuis juillet jusqu'au niveau moyen de 2600 mb en octobre 2007. Depuis début novembre 2007, nous sommes entrés dans la seconde phase entre 2500 et 2600 mb. Les stocks vont continuer à baisser mais comme la hausse des prix commence
aussi à agir sur la consommation, il y a une grande incertitude sur l'évolution prochaine des stocks. La troisième phase commencera quand les stocks passeront en dessous des 2500 mb. On devrait assister alors à une certaine hystérie de la part des responsables de l'OCDE à ce moment là et la pression sur l'OPEP sera maximum. Les prix vont s'envoler et vont évoluer en fonction des stocks. Il y a des chances que ceux-ci restent à des niveaux assez bas, voire vont continuer à baisser malgré la hausse des prix. La troisième phase peut commencer dès janvier ou février 2008. Les phases suivantes sont difficiles à prévoir car il y a trop de paramètres.  

La suite de l'étude au prochain numéro.

Manu Broto.


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Date: Tuesday, 13 Nov 2007 15:50
 
 
Voici un article d'un chroniqueur piquiste de Libération (???)
Qu'est-ce qui leur arrive?



par-dessous le marché. Chaque lundi, le capital décrypté
 
CHRISTIAN LOSSON(1) Simmonsco-intl.com, Peakoil.net et Postcarbon.org
 
QUOTIDIEN : lundi 12 novembre 2007
 
 
  
 

La fin du pétrole ? C’est sûr. Quand ? Ça l’est moins. La fin du pétrole bon marché ? C’est fait. Irrémédiablement ? C’est plus que probable. Peu de chance qu’on trouve des économistes prêts à prendre des paris pour retrouver, un jour, un baril de pétrole sous les 10 dollars… Et pourtant, 9,8 dollars, c’était le prix des 159 litres de brut en décembre 1998. 98 dollars, le 7 octobre 2007, c’est du fois dix.

 

En cours. Neuf ans plus tard, le monde de l’énergie est durablement transfiguré. Et le pétrole s’accroche à un sommet duquel il risque bien de ne plus dévisser. Poussé par la boulimie de grands pays émergents, Chine en tête. Attisé par les spéculateurs qui préfèrent les matières premières aux joies, douloureuses, des subprimes. Gonflé par un dollar de plus en plus considéré comme une monnaie de singe par les pétromonarchies. Electrisé par les battements d’ailes des papillons géopolitiques.

Que disent les «experts» ? Le FMI : «Les effets des prix élevés du pétrole semblent contrôlables. Ces hausses de prix sont tirées par une croissance soutenue de la demande dans les pays émergents, comme la Chine, plutôt que par une offre insuffisante.» L’Opep : «Il faut durcir la législation des marchés pétroliers pour contrer les phénomènes spéculatifs.» Claude Mandil, ex-directeur de l’Agence internationale de l’énergie : le progrès technique nous permettra de trouver d’autres gisements.

Aucune institution, aucun pays n’envisagent sérieusement le scénario d’un épuisement déjà en cours. Le pic pétrolier, hier encore perçu comme la prophétie d’une niche de pessimistes, semble pourtant de plus en plus auto-réalisatrice. Les Cassandre de l’Aspo (Association pour l’étude du pic pétrolier), emmenées par Colin Campbell, un ex-géologue qui a annoncé le pic en 2005, se sentent du coup un peu moins seules. Elles ont été rejointes par l’EWG, un groupe de scientifiques allemands qui estime que la production a commencé à décliner de 3 % depuis 2006. Et le nombre de sites sérieux dédiés au peak oil se multiplie sur la Toile (1). Même des banques (telles que Simmons & company), l’évoquent ouvertement.

Plan B. Est-ce sûr ? Non. Mais la cécité de la communauté internationale qui refuse même d’en parler, d’en débattre, et d’envisager un plan B, est, elle, sûrement catastrophique. Une chose est sûre : on ne trouve plus grand monde pour assurer que le pic interviendra dans quarante ans…

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Date: Monday, 12 Nov 2007 12:28
Ces deux dernières semaines, les pétroliers et l'Agence International de l'Energie ont fait des déclarations qui tranchent franchement avec ce qu'on avait l'habitude d'entendre.

Jerôme à Paris a retracé ces déclarations sur European Tribune et l'article a été repris et  augmenté sur Energy Bulletin et Oil Drum et Daily Kos.

Le 31 octobre 2007, le baril de Sweet Light Crude à New York atteignait un nouveau record à plus de 94$ le baril après trois semaines durant lesquelles le baril avait battu record sur record. Cette montée vertigineuse a continué début novembre puisque le baril a atteint 98,7$ la semaine dernière.

Déclaration de Christophe de Margerie
relaté par Financial Times 
31 octobre 2007

Mais ce 31 octobre 2007, les pétroliers ont commencé à sortir de leur réserves. C'est le PDG (CEO en anglais) de Total qui a commencé le premier à se mettre à table. Un article est sorti sur le Financial Times mais je n'ai pas trouvé d'article sur ces déclarations dans Le Monde (tiens donc...).

La déclaration de Christophe de Margerie a été faite lors d'une conférence à Londres appelée "Oil and Money" au cours de laquelle, apparemment, il a été question de limites de production...

Voici ce qu'il a déclaré : "100 millions de barils par jour est maintenant de mon point de vue un scénario optimiste."

l'AIE prévoit que la production mondiale de pétrole atteindra 116 mb/j en 2030 et l'USEIA fait le pronostic de 118 mb/j d'ici 2030. Mais le PDG de Total dit aujourd'hui qu'il sera difficile d'atteindre un jour les 100 mb/j.

Il explique que :"Ce n'est pas mon point de vue mais le point de vue de l'industrie, ou le point de vue de ceux qui veulent parler clairement, honnêtement, et pas...pour juste faire plaisir aux gens."

Ensuite, il explique quand même que le problème ne vient pas du manque de réserves mais de la capacité de l'industrie à produire assez vite, notamment au sein des pays riches en pétrole.

Il déclare que "Nous avons été tous trop optimiste avec la géologie. Pas en terme de réserves mais en terme de la manière de développer ces réserves : combien de temps cela prend et combien avons nous réellement besoin."

Il rejoute que l'industrie n'avait pas compris que les pays riches en pétrole voulaient préserver leur meilleurs gisements en laissant les plus difficiles et les plus petits aux investisseurs étrangers. Dans de nombreux pays, l'Irak, le Nigéria et le Vénézuela, des problèmes politiques et de sécurité soustraient des approvisionnements et il y a de grandes incertitudes sur les prévisions de production.

Après cela, il revient sur les 100 mb/j : "100 millions de barils par jour est difficile, parceque dans les 100, nous avons déjà intégré les quantités additionnelles de l'Irak, du Vénézuela et du Nigéria; nous avons intégré des quantités additionnelles de partout. Et nous savons aujourd'hui que ces développements ne sont pas en cours de réalisation."

Thierry Desmarest, qui était le prédecesseur de Christophe de Margerie à la tête du groupe Total jusqu'à l'année dernière, avait fait sensation quand il avait dit qu'il prévoyait que la production pétrolière mondiale devrait atteindre un pic autour de 2020. En cela, il rejoignait l'IFP et ASPO France, comme l'a dit Mr Bauquis lors de la conférence de l'ASPO à Cork en septembre. Il est certain que cette déclaration était beaucoup plus pessimiste que les autres entreprises internationales. Mais le 31 octobre 2007, De Margerie s'est engagé encore plus loin.

Dans l'article de Financial Times, l'auteur fait remarquer que Total, qui fait maintenant partie des 5 premières entreprises pétrolières internationales au monde (the Big Five) était celle qui connaissait la plus grosse croissance de sa production bien qu'ils aient été obligé d'abaisser dernièrement leurs prévisions de croissance de production.

FT rappelle aussi que Rex Patterson, le président de Exxon-Mobil, la plus grande compagnie pétrolière internationale au monde, avait déclaré cette année à FT qu'il pensait que les sources de production en dehors de l'OPEP "pourraient croitre encore un peu (a little more growth)" et devraient très prochainement stagner (level off).

Ici, je reviens sur le graphique publié par Energy Watch Group le 20 octobre sur la production des majors juste pour se rappeler qui sont les 8 majors : ExxonMobil, Shell, BP, Total, Chevron, Repsol, Eni, Conoco-Phillips. Ces huit majors produisent actuellement environ 13 mb/j.

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Déclaration du PDG de Conoco-Phillips
jeudi 8 novembre 2007

La semaine dernière, ce sont deux autres PDG de grandes compagnies pétrolières, la Conoco-Phillips et BP, qui ont craché le morceau ainsi que  l'économiste en chef de l'AIE dans un entretien avec (encore) le Financial Times suite à la publication du World Energy Outlook 2007 (WEO 2007) de l'AIE.

Un article de CNN-Money relate ces événements.

James Mulva, le PDG de Conoco-Phillips, déclara à un conférence à New-York le jeudi 8 novembre 2007, qu'il doutait que les producteurs de pétrole soient capables de satisfaire les prévisions à long terme de croissance de production. En cela, ils faisaient référence aux prévisions de production de 116 mb/j par l'AIE et 118 mb/j par l'USEIA. 
Comme le PDG de TOTAL une semaine avant, il déclara qu'il ne croyait pas la production puisse un jour dépasser la barre des 100 millions de barils par jour. Il dément donc publiquement les projections de l'AIE et de l'USEIA.

Nous en sommes actuellement à une demande entre 86 et 88 mb/j. Si la progression de la consommation continuait sur sa pente actuelle, ce qui semble peu probable, la barre des 100 mb/j n'est si loin que cela. La barre des 90 mb/j serait atteinte d'ici 2009, des 95 mb/j d'ici 2012 et des 100 mb/j d'ici 2015. Par conséquent, dire que la barre des 100 mb/j ne sera pas atteinte signifie en d'autres termes que le pic pétrolier n'est plus très loin.

Voici ses mots  : "la demande va monter, mais elle sera contrainte par la production. Je ne pense que nous irons plus loin que 100 millions de barils par jour et la raison est celle-ci : d'où est-ce que tout ceci proviendra?"

Dans cet article, il est noté que Mulva avait déjà déclaré que la barre des 100 mb/j ne pourrait être dépassé en mars lors d'une conférence de l'industrie pétrolière.

Au cours de la conférence de l'ASPO à Cork en septembre,  Ray Leonard de Koweit Energy  Corporation avait fait une présentation sur  certaines conclusions d'une conférence réservé uniquement à l'industrie pétrolière en novembre 2006, la conférence de Hedberg. Il avait notamment montré un graphique et évoqué le fait que l'industrie était parvenu au consensus que la barre des 100 mb/j constituait une limite indépassable aux environs de 2015 avec un plateau jusqu'en 2020. Il semble maintenant que les pétroliers sont en phase d'annonce public des ces résultats.

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Déclaration du PDG de BP
jeudi 8 novembre 2007

Maintenant, passons au nouveau PDG de BP, Mr Tony Hayward. Il prédit que les prix devraient rester dans la tranche de 60-80$ et qu' "il était très clair que l'ère de l'énergie pas cher était derrière nous sur le moyen terme." Il ne précisa pas combien de temps durait le moyen terme. Ensuite, il déclara que "environ la moitié du pétrole a été extrait" mais que les techniques de recouvrements (les EOR : Enhanced Oil Recovery) permettrait de continuer à croitre, "la plus grande source de nouveau pétrole viendra d'un meilleur recouvrement."

Petit aparté sur le taux de recouvrement

Il est peut-être necessaire d'expliquer à ceux qui ne s'y entendent pas très bien en techniques pétrolières ce que signifie "meilleur recouvrement". Dans les gisements, l'industrie est capable d'extraire une certaine quantité de pétrole par  rapport à ce qu'il se trouve dans le sou-sol. Ce pourcentage peut aller de 5% à 95% suivant la géologie du gisement, si il est fracturé ou non. Ainsi, il reste toujours du pétrole dans les gisements qui n'est pas extrait et les technoscientistes veulent faire croire qu'avec la technologie (EOR), il va être possible de pouvoir extraire plus de pétrole relativement à ce qu'il y a réellement dans le sous-sol. C'est ce qu'on appelle améliorer le taux de recouvrement (Oil Recovery).

Jean laherrère l'explique un peu dans l'entretien que nous avons eu à Cork. Mais pour ceux qui veulent creuser ce point crucial, utilisé souvent  par les compagnies pétrolières pour faire croire que la technologie va tout résoudre, je leur conseille de lire les travaux de jean Laherrère sur ASPO France. Il explique très bien dans son papier, en anglais, "Uncertainty of Oil and gas supply" que les techniques EOR ne permettent pas d'améliorer le taux de recouvrement, c'est-à-dire d'extraire plus de pétrole, bien au contraire, mais abiment le gisement et provoquent l'inverse sauf dans des cas particuliers.

On peut aussi facilement montrer que l'emploi des techniques EOR, surtout après le pic, n'ont jamais fait reculer le pic mais seulement limiter le taux de déclin pour un temps avant d'entraîner une accélération dramatique des taux de déclin vers la fin de l'exploitation.

Les meilleurs exemples sont ceux des USA et de la Mer du Nord qui ont atteint leur pic de production respectivement en 1970 et 2000 malgré l'emploi de la meilleur technologie qui existe. 

Retour à Mr Hayward

L'important dans la déclaration de Mr Hayward n'est donc pas la fait qu'il croit aux EOR mais qu'il affirme que la moitié des réserves viennent d'être extraite dans le monde! Il est considéré que le pic pétrolier survient quand la moitié des réserves ont été extraite et que les deux événements coincide à peu près en régle général. Aussi, dire que la moitié des réserves ont été extraite signifie en d'autres termes que le pic pétrolier est très proche.
Selon Jérome, dan son article, c'est la première fois qu'un PDG de compagnie pétrolière dit que la moitié des réserves ont été extraites.

Cependant, officiellement, il rejette l'idée du pic pétrolier. Il ne faut pas trop lui en demander. Il refuse de dire que les prix resteront haut de manière permanente et il ne donne pas de plafond de production, évoquant la possibilité d'une croissance par les technologie de recouvrement. Il est donc moins pessimiste que le PDG de Conoco.



Interview de l'économiste en chef
de l'Agence Internationale de l'Energie,
Fatih Birol,
par le Financial Times
7 novembre 2007

Jerome, dans son article pour European Tribune, note que les déclaration précédentes représentent de la petite bière comparée à l'entretien de Fatih Birol pour le Financial Times (FT).

Il donne un résumé de ce que dit Fatih Birol :

- Nous avons dépassé le pic de production non-OPEP.

- l'OPEP a officiellement d'immenses réserves mais nous ne savons pas si elle existent réellement.

- Même si tous les investissements prévus sont faits et tous les projets sont dans les termps, il va manquer 12,5 mb/j d'ici 2015 pour satisfaire la demande car il faudra ajouter 37,5 mb/j de nouvelles productions dans les 7 ans qui viennent du fait du déclin des gisements actuellement en production (25 mb/j) et de l'augmentation de la demande (12,5 mb/j).

- Ceci n'est qu'un des deux problèmes liés à l'énergie avec le changement climatique et ce dernier est de loin le pire.

Cet entretien fait suite à la publication du très important rapport annuel de l'AIE, le "World Energy Outlook 2007" (WEO 2007). Rapport que je n'ai pas acheté.


Dans l'entretien, la première question de Ed Crooks du FT cite une phrase du WEO 2007: "la croissance de la consommation énergétique mondiale pose une réelle et croissante menace sur la sécurité énergétique mondiale."

Fatih Birol répond ceci : "Il y a deux messages majeurs que je veux faire passer dans ce livre. le premier est exactement ce que vous dites. Les risques sur la sécurité énergétique sont trop importants, et probablement en augmentation, pour un mouvement haussier sur le marché. Et le second est sur le changement climatique, sur les émissions de CO2, elles sont en train d'atteindre un tel niveau que nous nous dirigeons vers un processus irréversible pour notre planète. Pour la sécurité énergétique, nous pourrions avoir des ruptures d'approvisionnements, des implications considérables pour l'économie mais l'économie mondiale pourra s'en remettre. Nous pourrions atteindre des prix a un niveau tel que les gens devraient ajuster leur niveau de vie. Mais sur le changement climatique, en termes de température de notre planète, si cela atteint un certain niveau, les implications pour notre planète et les êtres humains, les animaux et les plantes et tout, ces implications sont irréversibles. Aussi, il y a deux problèmes majeurs dans ce livre, et quand vous regardez l'évolution du changement climatique, et  l'évolution des émissions de CO2, elles sont très, très inquiétantes, spécialement sur le fait qu'il y a des pays qui ne font pas beaucoup,  la Chine et l'Inde, leurs émissions de Co2 sont en train d'exploser. (...) Si nous ne faisons rien rapidement, et d'une manière énergique, les rouages vont s'affaisser ("the wheels mays fall off"). Les rouages de notre système énergétique pourraient s'effondrer."

Le WEO 2007 se concentre spécialement sur la Chine et l'Inde. Cependant, je met l'accent sur le fait que la consommation énergétique par habitant reste encore très très faible en Chine et en Inde et l'OCDE, dont justement l'AIE est le digne représentant,  consomme quand même les deux-tiers de l'énergie dans le monde alors que sa population représente à peu près le même nombre que les chinois. Cependant, la croissance actuel de la production vient principalement des ces géants et non de l'OCDE.

ED Crooks lui demande de préciser sa phrase "
the wheels mays fall off".

Voici ce qu'il répond : "Sur la sécurité énergétique, sans parler des prix, juste les nombres, il ne faut pas être un grand expert en énergie ou quoi que ce soit : ce sont juste des mathématiques. Je peux vous dire que, dans les sept à huit prochaines années, nous aurons besoin de mettre sur le marché environ 37,5 millions de barils par jour, pour deux raisons.  La première, la croissance de la demande, compte pour environ un tiers du total, et les autres deux tiers, c'est pour le déclin des gisements existants qu'il faut bien compenser. Ce que nous avons fait est que nous avons regardé tous les projets au sein des pays de l'OPEP et non-OPEP, tous les pays producteurs du monde, les 230 projets pétroliers, gisement par gisement, pour savoir combien de pétrole ils pourraient apporter au marché pour les 5 à 7 prochaines années. Et ce sont des projets qui sont financiérement rentables. Si ils voient le jour en temps et en heure, ils apporteront environ 25 millions de barils par jour. Par conséquent,  37,5 million de barils par jour d'un côté, ce qui est nécessaire, et ce que nous prévoyons est 25 million de barils par jour, et cela dans le cas ou il n'y a pas de retard, pas délais supplémentaires dans les projets, que tout arrive comme prévu, ce qui est très rare. Avec tout cela, il manque 13,5 million de baril par jour."

Refaisons les calculs de Mr Birol. Actuellement, en 2007, la production est de 85 mb/j. Il dit qu'en 2015, la consommation sera de 97,5 mb/j (+12,5 mb/j). Il dit aussi que la production des gisements actuellement en exploitation devrait décliner de 25 mb/j d'ici 2015. c'est à dire que la production de ces gisements devrait passer de 85 mb/j en 2007 à 60 mb/j en 2015 ! J'ai donc
fait le calcul du déclin que cela implique : 30% en l'espace de 8 ans, on tombe sur 4,36% par an.

Continuons l'analyse des chiffres qu'il vient de donner. Il dit que les projets prévus d'ici 2015, dans le meilleur des cas, ne pourront apporter que 25 mb/j de plus.

Conclusion: ces projets ne pourront que compenser que le déclin des gisements existants et en aucun cas satisfaire la croissance de la demande !

Donc, selon les chiffres que Mr Birol a donné dans cet entretien, la production mondiale sera au mieux au même niveau en 2015 qu'en 2007 ! Mais comme il le dit, les projets vont avoir du retard et donc, il est très très peu probable que les nouveaux projets puissent donner 25 mb/j. Donc, la production mondiale en 2015 sera inférieure à celle de 2007! Donc, le pic pétrolier est pour très bientôt et toute croissance prochaine sera très vite annulé puisque la production mondiale sera plus basse en 2015 qu'en 2007.

Conclusion : Selon les chiffres de Mr Birol, le pic, c'est pour maintenant ou pour très très bientôt, sûrement pas plus tard que 2010- 2012. Cela rejoint les projections de l'ASPO...

Plus loin dans l'entretien, Fatih Birol parle d'un déclin de 3,7% par an.

"EC :Je pense que vous faites référence à un graphique, c'est un taux moyen global de déclin de 3,7% par an, est-ce juste?
FB : Pourrais-je juste dire quelque chose. C'est très important que tous vos collègues comprennent. J'ai mentionné cela au cours de la conférence "Oil and Money" (à la fin octobre). Les gens mélangent deux choses. La première est le taux de déclin naturel et l'autre le taux de déclin observé. La nature du taux de déclin est que tout décline, et nous utilisons l'hypothèse que le taux global est de 7 %, mais si vous injectez de l'argent dans un gisement donné, vous pouvez ralentir la nature du déclin, et vous pouvez faire que le déclin soit moins prononcé, et il arrive à 3,7%." 

Cet entretien est vraiment une mine d'or. Il estime donc que le taux de déclin observé des gisements est de 3,7%. çà, c'est soi-disant le déclin observé. Sa phrase "mais si vous injectez de l'argent dans un gisement donné, vous pouvez ralentir la nature du déclin" est assez fabuleuse et pleine de sens parceque, pris dans un sens littéral, cela n'a justement pas beaucoup de sens. Mais cela reflète la façon de réfléchir de ce monsieur et de ses collègues économistes. Il suffit d'injecter de l'argent dans un puit pour qu'il produise plus, c'est-à-dire utiliser les techniques avancées de production (les EOR). Mais Jean Laherrère a démontré que cela ne marchait pas, manque de bol, ou plutôt que cela marchait mais au prix d'une chute brutale de la production par la suite.

Si on utilise le taux de 7% par an, la production actuelle "sans ajout d'argent dans les gisements" descendrait à 47,5 mb/j en 2015! Ce qui ferait un déclin de 42,5 mb/j en 8 ans.

Mais en faisant le calcul année après année avec le taux de déclin de 3,7% à partir de 85 mb/j en 2007, on arrive à 63 mb/j en 2015, c'est-à-dire que le déclin ne serait en fait que de 22 mb/j et non 25 mb/j. Donc il y a quand même une certain incohérence des chiffres ici puisque comme nous l'avons vu plus haut, le déclin de 25 mb/j d'ici 2015 signifie un taux de déclin annuel de 4,36%. Pour qu'une chute de production de 25 mb/j entre 2007 et 2015 corresponde à un taux de déclin de 3,7%, il faudrait que la production soit de 96 mb/j en 2007. Elle tomberait alors à 71 mb/j. Tout ceci n'est pas très logique. Si quelqu'un a une idée, qu'il le fasse savoir. Evidemment, avoir sous les yeux le WEO aiderait à y voir plus clair.




Mais revenons au point de l'entretien où nous l'avons laissé à la phrase "Avec tout cela, il manque 13,5 million de bail par jour."

Ed Crooks tente d'expliciter les propos qui viennent d'être tenu.

"EC : le manque de cette taille (13,5 mb/j) émergera d'ici combien de temps?
Fatih Birol : Au cours des sept prochaines années. Donc, si ce manque ne peut être compensée (...), nous finirons avec un choc pétrolier provoquant une escalade des prix. C'est ce que j'insinue quand je dis "les rouages vont tomber" (the wheels may fall off"). Quelles sont les deux manières de remédier à ce problème? D'un coté, ce que nous pouvons faire est que, dans les pays de l'OCDE, en Chine et en Inde, nous pouvons essayer de ralentir la croissance de la consommation, avec plus d'efficacité energétique, plus d'agrocarburants et d'autres moyens. Bien sur, il y a des difficultés, mais juste pour vous donner la dimension du problème, c'est une solution : ralentir la croissance de la consommation dans les pays de l'OCDE, la Chine et l'Inde. D'un autre côté, nous avons besoin de plus d'investissements qui proviennent des pays producteurs. Premièrement, ils doivent suivre les projets qu'ils ont déjà prévus mais plus, nous avons besoin de plus d'investissements de la part de ces pays. Si cela ne fonctionne pas, si la combinaison de ces deux solutions ne fonctionnent pas, alors nous pourrions avoir des problèmes spéciaux sur les marchés. C'est ce que je veux dire quand je dis "the wheel mays fall off", nous pourrions finir par voir des prix très haut, qui auraient des implications sur l'économie mondiale, et sur d'autres parties de notre système."


Donc, deux solutions évidentes : faire baisser la demande et faire monter la production. Logique. Il semble que Birol ouvre la voie à des propositions prochaines de l'AIE envers la Chine et l'Inde pour établir des mesures conjointes de réduction de la consommation de pétrole. C'est ce que j'insinuais dans mon article hier
L'incroyable incapacité de prévision de l'USEIA.

Côté production, je crains que Mr Birol soit déçu à l'avenir car je crois bien que tout le monde fonctionne à plein régime et même si certains protègent leur meilleurs ressources pour leurs compagnies nationales, cela n'ira pas chercher bien loin. De plus, le taux de déclin devrait accélérer du fait de l'utilisation de plus en plus massive des EOR.

Après que signifie "problèmes spéciaux sur les marchés" pour Mr Birol? Cela n'est pas explicité. 

Le prix et la demande

Ed Crooks demande:
"Quand vous dites, très, très haut prix, qu'est ce que cela signifie? Cela signifie que les prix doivent être assez haut pour étoufer la demande? Quel prix va alors mettre à l'équilibre l'approvisionnement et la consommation?

Fatih Birol répond à cette question bigrement énorme :

"
Le problème que nous avons avec la demande maintenant est le suivant. Il y a trois centres majeurs de croissance de consommation à l'heure actuelle, la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient.  Quand vous regardez les chiffres des sept derniers trimestres, 70%  du pourcentage  de croissance de la demande  mondiale vient de la Chine et de l'Inde, suivi par le Moyen-Orient, et dans ces trois régions, pour différentes raisons, les prix du pétrole n'ont pas d'effet immédiat sur la demande.
La Chine et l'Inde pour deux raisons.
La première, l'économie croit si fortement, que l'effet du prix est complétement insignifiant, comparé à l'effet économique. Leur économie croit. Leur poches deviennent de plus en plus remplies, et peut-être qu'une portion de richesse plus importante va de leur poches vers les dépenses en pétrole, mais comme l'économie grandit fortement, cela n'a pas grand effet.
La seconde raison est que, spécialement en Chine et et Inde, il y a des subventions singificatives sur les prix des produits pétroliers. Selon nos analyses, au sein de ces deux pays, chaque année, 15 milliards de dollars vont à des subventions aux produits pétroliers, qui filtrent l'effet sur les consommateurs.
Ensuite, vient le Moyen-Orient. Encore ici, la hausse des prix dans ces pays n'a pas beaucoup d'effet, parceque l'effet des rentrées d'argent (issues de la vente du pétrole) est bien plus important, et en plus, le prix des produits pétroliers est très lourdement subventionné.
Alors que la croissance de la demande ne vient plus des pays de l'OCDE, où les forces du marché agissent. Par conséquent, il est vraiment difficile d'imaginer, même avec des prix élevés comme cela, que nous allons avoir un effet majeur sur la consommation. Donc, la demande va continuer à croitre, et , je pense, si les gouvernements de l'OCDE, de la Chine, et de l'Inde,  laissent tout au marché, en termes de ralentissement de la demande, ils feront  une faute historique.  Avec l'ajustement des prix à la demande, nous avons besoin de mesures de régulation, tels que des  améliorations de l'éfficacité au sein des marchés."


Au cours de la conférence de l'ASPO, le directeur du service "marchés mondiaux" de HSBC, Jeff Rubin, a montré des graphiques sur la concentration de la demande au sein des pays exportateurs. La montée des prix ne touchent en fait que très peu l'Inde, la Chine, les pays du Moyen-Orient et la Russie, dont Birol ne parle pas curieusement. Aussi, on est dans des beaux draps parceque si cette situation se poursuit, les exportateurs vont se retrouver avec plus de demande que de production. Ils vont alors pouvoir choisir à qui vendre leur pétrole. Les enchères vont monter. Les stocks vont baisser en OCDE et les pénuries vont commencer dans les pays dépourvus de pétrole mais la demande va continuer à croitre ! Donc un cercle vicieux va se mettre en place qui va provoquer une montée inexorable des prix qui va faire surtout baisser la demande au sein de l'OCDE et des pays pauvres dépourvus de pétrole mais pas en Chine, en Inde, au Moyen-Orient, en Russie. Je crois que ce que signifie Birol quand il parle "d'améliorations de l'éfficacité au sein des marchés", c'est justement que le mécanisme du marché libérale, ajustement des prix en fonction de l'offre et de la demande, ne s'applique qu'au sein de l'OCDE et pas aux autres, pouvant engendrer le fait que la limitation de la demande sera contrasté dans le monde et que l'OCDE risque d'en payer le prix fort, et d'autant plus fort que la croissance continuera au sein des autres pays très fortement consommateur.


Illustration graphique de Jeff Rubin, de HSBC

Voici trois graphiques que Jeff Rubin a montré à Cork et qui illustre les propos de Birol.

Commençons par le prix de l'essence dans diverses pays et notamment au Moyen-Orient. Le graphique est très clair. Le prix est en $ par gallon (3,6 litres).

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Ensuite, il montre la croissance de la production dans trois pays du Moyen-Orient comparé à l'OCDE entre 2001 et 2006. La consommation a augmenté de 7% par an sur la période. Est-ce aussi dû à la guerre en Irak. Bien possible.

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Dans ce graphique, Jeff Rubin montre en terme absolu la consommation comparé entre les pays de l'OCDE et la Chine et les producteurs de pétrole (Russie, OPEC et Mexique).
les producteurs consomment plus que l'Europe de l'Ouest dans ce graphique.

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Le prix jusqu'à combien?


Par la suite, Fatih Birol explique que dans le cas où la croissance économique de la Chine et de l'Inde se poursuivait au rythme actuel ou légérement inférieur, 8% par an, dans les 10 ans à venir,  il pense que les prix resteront au niveau actuel autour de 87$ dans les 10 prochaines années. Cela correspond au scénario de forte croissance de l'AIE dans sonr WEO 2007. A la question de savoir si il est possible de dépasser le niveau record ajusté à l'inflation, datant de 1980, qu'il situe à l'heure actuelle à 110$, Fatih Birol répond que c'est possible si nous ne faisons rien pour arranger la situation comme il l' expliqué plus haut. Il explique que la moyenne des prix de l'année 2007 est pour l'instant de 68$ même si le prix est actuellement de 90$. Aussi, il pourrait monter en moyenne annuelle aux environs de 90$.

Le risque de récession mondial

Continuant sur le fait que Birol vient de confirmer le risque que les prix dépassent le record absolu ajusté à l'inflation de 1980, Ed Crooks demande :

"EC : Quand le pétrole se trouvait à 110$ en termes réels au début des années 80, nous avions un très sérieuse récession globale. Est-ce qu'il y a un risque réel à nouveau?
FB : Définitivement un risque, et nous sommes nous dirigeons vers ce risque. La véritable raison pour laquelle nous n'en sommes pas loin est que la croissance du système économique mondiale ne se situe maintenant pas seulement au sein des pays de l'OCDE, où l'économie et la demande sont directement affectées par la hausse des prix, mais nous avons la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient, et la chose qui est très importante à noter est que la croissance économique de la Chine n'est peut-être, comme beaucoup de gens le pense, plus aussi couplé à la croissance économique des USA.(...)Il y a le commerce etc, mais nous voyons certains signes de découplage et le support de la croissance vient de la dynamique interne de l'économie chinoise, et du commerce avec les autres économies asiatiques. Juste pour donner un exemple, nous avons eu la crise des subprimes,  et quand tous les marchés financiers ont commencé à être agités, le marché financier de Shanghai était toujours en train de monter, et la performance du marché financier de Shanghai cette année est impressionante, il a doublé sa valeur, par rapport au début de l'année alors que dans l'OCDE, le Dow Jones et les autres sont restés plus ou moins stables.
"

La Chine fait peur à l'OCDE, de plus en plus peur à l'OCDE...

La production non-OPEP


"Fatih Birol : Nous pensons que, au sein des pays de l'OPEP, il y a assez de réserves. Nous ne sommes pas sur qi il y a la volonté politique pour faire quelque chose de ces réserves, mais il y a assez de réserves officiellement publié. Cependant, nous sommes plus pessimiste sur la production non-OPEP.

EC: vous donnez 4 million de baril de moins en 2030?

FT : proche de 4, oui. la principale raison, et c'est très important de noter cela, à la différence de l'OPEP, nous pensons qu'il y a des problèmes géologiques dans la zone non-OPEP. Ce n'est pas un problème d'investissement, pas un problème politique, mais plutôt géologique, à cause du déclin très important des pays non-OPEP.

EC : Quelles pays subissent cet effet particulier?

FT : Nous sommes plus pessimistes sur la Mer du Nord, le Golfe du Mexique, les Etats-Unis, le Mexique, ce sont les principaux pays dont nous pensons que des déclins importants vont provenir.

EC :Je pense que vous faites référence à un graphique, c'est un taux moyen global de déclin de 3,7% par an, est-ce juste?

FB : Pourrais-je juste dire quelque chose. C'est très important que tous vos collègues comprennent. J'ai mentionné cela au cours de la conférence "Oil and Money" (à la fin octobre). Les gens mélangent deux choses. La première est le taux de déclin naturel et l'autre le taux de déclin observé. La nature du taux de déclin est que tout décline, et nous utilisons l'hypothèse que le taux global est de 7 %, mais si vous injectez de l'argent dans un gisement donné, vous pouvez ralentir la nature du déclin, et vous pouvez faire que le déclin soit moins prononcé, et il arrive à 3,7%. 

EC : Ok, je comprends la distinction. Ce que je me demande, pour les deux taux de déclins naturel et observé, ils vont être bien plus important au sein des pays non-OPEP?

FT : exactement.

EC : Quels sont les nombres?

FT : Par exemple, pour la Mer du Nord, c'est proche de 20%, (le taux de déclin naturel). dans le Golfe du Mexique, c'est de 11 à 15%. Dans les pays de l'OPEP, c'est beaucoup plus bas et bien sur, dans les régions moins matures, c'est plus, bien plus bas.

EC : Et, le taux observé dans la Mer du Nord est environ de 8%?

FB : 8%, a ce niveau, oui.

EC : Et la même chose dans le golfe du Mexique, ou est-ce un peu moins?

FT : Moins.
"

La production non-Conventionnel

 

"FB : Nous sommes plus optimiste a cause de l'effet du prix et beaucoup de projets vont venir prochainement, (...), les sables bitumineux du Canada, qui est le plus important, devrait atteindre 3 mb/j le plus probablement d'ici 2015, ce qui correspond seulement à 3% de la production mondiale, ce qui est très faible. Aussi, en dépit de ce que beaucoup de gens pensent, je ne croit pas que le pétrole non-conventionnel remplacera un jour le Moyen-Orient."

La politique de l'OPEP

Javier Blas : Nous allons voir le sommet de l'OPEP en Arabie Saoudite, et ils vont préparer la politique de l'OPEP pour les dix prochaines années. Quelles sont les principaux défis de l'OPEP maintenant?

FB : Ce que a besoin l'OPEP, pour mois la chose la plus importante, est d'être capable de lire la marché de la bonne manière. C'est ce qu'ils doivent faire, et je pense que les pays de l'OPEP doivent comprendre que la hausse des prix va aussi toucher l'OPEP, peut-être plus tard, comparé à l'OCDE, mais ils cela touchera aussi l'OPEP et les intérêts éeconomiques de l'OPEP. (...) je pense que le principal défi de l'OPEP est d'avoir un niveau des prix qui apportent des profits suffisants pour eux, de bonnes stimulations pour les investissements, mais en même temps, de prévenir les prix de monter à des niveaux trop élevés.
(...)
FB : Pour l'OPEP, ce qu'ils ont toujours souligné est la sécurité des approvisionnements. Pour rassurer l'OPEP, je peux vous dire ceci. Dans le cas d'un scénario de politique d'alternative au pétrole, qui regarde les politiques et les mesures au sein des pays de l'OCDE, la Chine et l'Inde, si toutes les politiques d'efficacité, d'agrocarburants, de nucléaire et toutes ces choses, si elles sont mises en application demain, la part de marché de l'OPEP et la demande pour le pétrole de l'OPEP continuera à monter. Aussi, le "Call on OPEP", quelle que soit la politique des pays, augmentera. par conséquent, je ne vois pas aucun problème provenant de la sécurité de la demande."


L'Iran

FB : l'Iran se trouve avec des déclins très fort. Nous parlions de la Mer du Nord, du Mexique et d'autres, mais l'Iran est un cas exceptionnel au sein de l'OPEP. Il y a des taux de déclins dans leurs gisements qui avoisinent les 15% par an, et l'Iran a besoin d'argent et de nouvelles technologies pour s'occuper du problème des déclins. L'Iran a besoin de beaucoup d'investissements, mais si oui ou non, l'Iran sera capable de trouver les investissements, dans le contexte politique dans lequel nous sommes, est un autre problème."


Jerôme finit  son article, finit par demander "nous sommes toujours dans un mode pleinement démagogique et déclaratif. Devra-t-on attendre que des pénuries réelles et des queues se produisent pour faire quelque chose?

Certes, nous sommes encore dans des déclarations mais celles-ci sont le prélude à des actions plus concrètes d'ici très peu de temps. Est-ce que celle-ci seront à la mesure de la situation est encore autre chose.

Emmanuel Broto.





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Date: Sunday, 11 Nov 2007 14:48
Cette semaine, j'ai publié un article sur la publication du rapport mensuel de l'USEIA appelée "Short Term Energy Outlook" (STEO).

Ce rapport est censé donner des prévisions de production, de consommation et sur les stocks mondiaux sur un horizon de deux ans. Actuellement, les prévisions courent jusqu'à fin 2008. En janvier 2008, les prévisions sur la période 2008-2009 vont commencer.

Comme son nom l'indique, ce rapport permet de faire le point sur le marché pétrolier sur le court terme et devrait en toute logique tenter de donner les meilleurs prévisions possibles.

Dans le graphique ci-dessous, nous pouvons apprécier la qualité de leurs prévisions. En fait, elle est très médiocre et va systématiquement dans le même sens. Elles sont systématiquement surévalués dès le trimestre qui suit la date du rapport. Par contre, les estimations sur le passé sont souvent ré-évalués à la hausse par la suite. Tout ceci concourt à une seule chose : les courbes du STEO montrent une croissance de la production. Comme le dit Jean Laherrère dans l'entretien que j'ai eu avec lui, les projections des agences officielles n'ont rien de sérieux. Elles correspondent juste aux souhaits de leur auteurs.


Le graphique qui suit ne peut mieux illustrer ces propos. 



Petite explication du graphique : la courbe en noir est la courbe issu du dernier STEO d'octobre tirée du tableau dynamique 3a . Sur ce tableau, vous pouvez choisir la période ainsi que les tranches (mensuelles, trimestrielles ou annuelles). J'ai choisi la période 2004-2008 et des tranches trimestrielles car les publications anciennes des STEO ne sont consultables qu'en pdf et ne donnent que des tableaux trimestrielles sur une période de trois ans qui s'étend de l'année précédent courante juqu'à l'année suivante.

Il est à noter que l'édition pdf du tableau 3a du rapport STEO d'octobre ne donnent pas les mêmes chiffres de production mondiale que l'édition html du tableau dynamique 3a! Même au sein du STEO, on ne trouve pas les mêmes chiffres du même tableau de la même date sur deux formes différentes!

Aussi, j'ai corrigé mon fichier excel avec les données pdf du rapport STEO d'octobre pour ajuster par rapport aux autres plus anciennes.

Eusuite, j'ai rajouté les données publiées de rapport anciens dans le fichier excel. J'ai pris les 4 derniers rapports précédents depuis juin 2007 :juin 2007, juillet 2007, août 2007, septembre 2007 pour voir l'évolution mois par mois. Ensuite, je suis remonté à mars 2007 puis de trois mois en trois mois. Pourquoi, le mois de mars 2007 correspond à la fin du premier trimestre 2007. J'ai donc choisi des fins de trimestre car ils sont à la charnière et sont donc plus intéressants. Je suis remonté de cette manière jusqu'en décembre 2005 puis j'ai rajouté janvier 2005 pour avoir encore une dernière vue plus ancienne.
Cela donne 12 courbes de STEO sur ce graphique.

Le résultat est assez impressionnant. je vous invite à le regarder attentivement et notamment à situer le début de chaque période de prévision pour chaque courbe et à comparer la partie prévision de la courbe avec la courbe en noir. 

Exemple : prenons la courbe du STEO de septembre 2006. Repèrez la bien. Septembre 2006 se situe dans le trimestre 2006Q3. Avant 2006Q3, c'est du passé, après c'est l'avenir. Très bien, maintenant regardez la courbe passé du STEO de septembre 2006. Cette courbe est assez proche de la courbe noir d'octobre 2007. Cette partie a donc été très peu modifié depuis septembre 2006. Maintenant regardez la partie prévision : la courbe croit fortement dès le quatrième trimestre 2006, c'est à dire le trimestre suivant la date de publication de ce rapport. Et que fait la courbe en noir? Elle décline dès le quatrième trimestre 2006. Ainsi, l'écart entre les prévisions du STEO de septembre 2006 et celui d'octobre 2007 sur la production mondiale du quatrième trimestre 2006 est exactement de 0,95 mb/j. En effet, le STEO prévoit 85,60 mb/j tandis que celui d'octobre 2007 ne donne plus que 84,65 mb/j !

Et l'écart de prévision grandit quand on s'éloigne dans le futur.
Gardons la courbe de septembre 2006 et prenons les prévisions sur le trimestre 2007Q3, celui qui vient juste de s'écouler.
Le STEO de septembre 2006 prévoit que la production mondiale sera de 87,1 mb/j au cours de ce trimestre alors que celui d'octobre 2007 fait une estimation de 84,53 mb/j. La différence atteint ici 2,57 mb/j. Exprimée en pourcentage, la projection de septembre 2006 est surestimée de 3% par rapport à l'estimation d'octobre 2007.

Ainsi, sur cette courbe, il est clair que la partie projection est largement surévaluée par rapport à ce qu'il va se passer. Est-ce exceptionnel?

Regardons d'autres courbes.
Prenons celle de janvier 2005. Leurs projections sur les deux premiers trimestres de 2005 sont sous-évaluées mais leur estimation du troisième est égale à celle d'octobre 2007 puis ensuite elles sont largement surévaluées puisque pour le dernier trimestre de la période étudiée de ce rapport, le quatrième trimestre 2006, 2006Q4, leur projection sont de 97,30 mb/j alors que le rapport d'octobre 2007 donne 84,65 mb/j. L'écart est donc de 2,65 mb/j entre ces deux rapports sur le trimestre 2006Q4.

Le plus important écart de prévision atteint 2,95 mb/j sur le même trimestre. 
C'est sur le rapport de juin 2006 en bleu clair que l'on trouve cet écart avec celui d'octobre 2007 et c'est sur le premier trimestre 2007. Ainsi, le STEO de juin 2006 prévoit une production de 87,2 mb/j alors que celui  d'octobre 2007 ne l'estime plus qu'à 84,25 mb/j !

C'est d'ailleurs sur les deux premiers trimestres 2007 que la baisse progressive des prévisions au fur et à mesure du temps est le plus visible.

Prenons le premier trimestre 2007. Voici les estimation de production faite par le STEO à différentes dates :
mars 2006 :               86,7 mb/j
juin 2006 :                87,20 mb/j
septembre 2006 :     86,2 mb/j
décembre 2006 :      85,5 mb/j
janvier 2007 :            85,3 mb/j
mars 2007 :               84,6 mb/j
juin 2007 :                 84,1 mb/j
juillet 2007 :               84,1 mb/j
août 2007 :                 84,1 mb/j
septembre 2007 :       84,01 mb/j
octobre 2007 :            84,25 mb/j

Que voit-on? Une baisse constante des prévisions, sauf entre mars et juin 2006, jusqu'à juin 2007, c'est-à-dire trois mois après la fin du trimestre concerné. Ensuite, les estimations se stabilisent voir remontent.

Cela signifie que les estimations du STEO peuvent être considérés comme correctes à partir de trimestre qui précéde celui qui est en cours.

Vérifions sur les 11 courbes du STEO en comparant le trimestre de publication et le trimestre à partir duquel les estimations sont surévaluées par rapport au STEO d'octobre 2007 :
STEO de janvier 2005 : publication  : 2005Q1 et surévaluation : 2005 Q4
STEO de décembre 2005 :publication : 2005Q4 et surévaluation : 2006Q1
STEO de mars 2006 : publication 2006Q1 et surévaluation : 2006Q2
STEO de juin 2006 : publication 2006Q2 et surévaluation : 2006Q3
STEO de juillet 2006 : publication 2006Q2 et surévaluation : 2006Q3
STEO de septembre 2006 : publication 2006Q3 et surévaluation : 2006Q4
STEO de décembre 2006 : publication 2006Q4 et surévaluation : 2006Q4
STEO de mars 2007 : publication 2007Q1 et surévaluation : 2007Q1
STEO de juin 2007 : publication 2007Q2 et surévaluation : 2007Q3
STEO de juillet 2007 : publication 2007Q3 et surévaluation : 2007Q3
STEO de août 2007 : publication 2007Q3 et surévaluation : 2007Q3
STEO de septembre 2007 : publication 2007Q3 et surévaluation : 2007Q4??

Cette liste est très instructive. En effet, mis à part le STEO de janvier 2005, qui commence à faire des surévaluations trois trimestres dans le futur. Les dix STEO suivants établissent systématiquement des projections surévaluations dès le trimestre courant (et j'ai eu le tact deprendre le dernier mois du trimestre!) (STEOs de décembre 2006, mars 2007, juillet 2007, août 2007) ou le trimestre suivant pour tous les autres.

Aussi, la conclusion est que les STEO sont justes pour tout ce qui s'est déjà passé depuis plus trois mois! Le problème est le "Short Term Energy Outook" sert comme son nom l'indique principalement à établir des projections à court terme!

Qu'est ce que dit Jean Laherrère sur les estimations officielles dans l'entretien que nous avons eu à Cork :
« Toutes les prévisions officielles, ce sont des souhaits. Ça n’a rien à voir avec la réalité. Par exemple, les taux de croissance, le « business as usual», on dit : « une croissance va continuer comme dans le passé, c’est-à-dire de l’ordre de 3 à 4%, mais une croissance continue est une croissance qui va à l’infini qui n’est pas possible dans une planète finie. Donc, on ne peut pas continuer comme ça. Par exemple, si on regarde les prévisions des Nations Unis sur la population, là aussi c’est des souhaits. On dit que tous les taux de fécondités vont se stabiliser vers 2,1. Les pays comme l’Italie qui sont à 1,2 vont remonter à 2,1. Ce sont de souhaits. Avec leurs prévisions, les pays les moins développés vont devenir moins féconds que les pays les plus développés. C’est une aberration. Ce sont les prévisions officielles. Il faut se méfier. Toute prévision officielle est un souhait. C’est un voeu politique. Ça n’a rien à voir avec les réalités. »

Les "experts" du STEO de l'USEIA espèrent et souhaitent que la production mondiale croisse pour que le "business as usual" puisse se poursuivre. Donc, ils font en sorte que le futur ressemble à ce qu'ils souhaitent...

Et le futur proche?

Si l'on revient aux préoccupations présentes, c'est-à-dire que va-t-il se passer dans les mois qui viennent? Le STEO d'octobre prévoit évidemment que la production mondiale va croitre dès ce trimestre comme dans chaque STEO.

On a donc toutes les raisons de douter de ces prévisions. Mais, aujourd'hui, le problème est que la demande continue à progresser et que, même si la production mondiale suit la courbe du STEO de ce mois ci, il va y avoir un écart assez important entre production et consommation conduisant à une chute des stocks au sein de l'OCDE et à des pénuries dans les pays plus pauvres. Mais si cette prévision est largement surévaluée alors cela signifie que les stocks vont baisser beaucoup plus vite.... Et donc cela implique que la situation est peut-être plus grave que ce qu'on peut penser.

Le chiffre que j'ai donné dans l'article "USEIA "Short Term Energy Outlook" Novembre 2007" sur la production mondiale d'octobre, 85,77 mb/j, en l'annonçant comme un nouveau record mondial battant celui de juillet 2006 est donc à prendre  avec précaution car il a toutes les chances d'être revu à la baisse dans les mois qui viennent.

Le STEO estime le niveau des stocks commerciaux de l'OCDE à 2638 millions de barils fin septembre et prévoit que ceux-ci vont baisser à 2492 millions de barils à fin mars 2008 puis remonter et se stabiliser entre 2550 et 2600 millions de barils jusqu'à la fin 2008. 
Mais si ces estimations sont largement surestimées, on peut en conclure que les stocks vont descendre beaucoup plus. Mais jusqu'à combien à fin mars? 2400, 2300? Pour l'instant, avant d'entreprendre des estimations plus poussées, je place la fenêtre entre 2300 et 2450 millions de barils. Depuis 1993, selon le STEO, il n'y a que deux mois où le niveau des stocks commerciaux de l'OCDE est passée en dessous de 2400 millions de barils. Le premier est en mars 1996 à 2371 millions de barils et le second en février 2002 à 2354 millions de barils. La période de février-mars est la période de plus bas niveau des stocks de l'année à cause du passage de l'hiver. On peut en conclure que le niveau de 2350 millions de barils apparait comme un niveau limite en dessous duquel nous ne sommes pas descendus depuis presque 15 ans. Le MOL (Minimum Operating Level) des stocks est le niveau en dessous duquel commence à apparaître des pénuries dans le système d'approvisionnement. Le MOL des stocks commerciaux de l'OCDE se trouve quelque part en dessous de 2350 millions de barils.

Il est donc possible que les stocks égalisent ou passent en dessous des niveaux de 1996 et de 2002 en février-mars 2008. Nous entrerons alors dans des eaux dangereuses de la pénurie.

Conclusion

On observe une certaine agitation des marchés pétroliers à New York et Londres depuis deux mois mais ces observations permettent de mieux en comprendre la raison. Les risques de pénuries sont réelles au sein de l'OCDE à partir d'un horizon de 5 à 6 mois. De même, des responsables de l'AIE, de Total et de BP commencent à donner de la voix sur les limites de la production et la satisfaction de la demande. Un autre article va suivre sur  les dernières déclarations de ces responsables. Pourquoi maintenant? Parceque le baril est proche des 100$. Pourquoi est-il proche des 100$? Parceque des risques de pénuries existent réellement.  Ils sont au pied du mur et sont obligés de tirer des sonnettes d'alarmes qu'ils n'ont pas envie de tirer et qu'ils tirent en dernier recours.
Ces annonces très récentes vont préparer le terrain à des annonces pour la mise en place de mesures restrictives de la consommation, sûrement d'une pression de plus en plus accrue de l'AIE envers l'OPEP pour qu'ils accroissent leur production, et peut-être de propositions de conférence EIA-OPEP-Russie-Chine-Inde pour établir des mesures conjointes sur la production et surtout de limitations de la consommation.

En fait, l'AIE va sûrement tenter de convaincre la Chine et l'Inde d'appliquer aussi des mesures de limitations de la consommation en même temps que l'OCDE appliquera les mesures d'urgence déjà pré-établies au sein de l'AIE. Tout ceci devrait progressivement avancer au cours de l'hiver et les mesures concrètes être mises en place durant le printemps 2008 peut-être de manière progressive, une par une pour éviter des problèmes  de mises en place et de l'agitation sociale.

Les prix devraient donc continuer à grimper au fur et à mesure que les stocks vont se vider...Un baril à 200$ fin mars 2008 n'est pas impossible dans ce contexte...

Emmanuel Broto.
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Date: Sunday, 11 Nov 2007 12:14
Au cours de mon équipée sur les terres d'Irlande en septembre 2007, j'ai revu une personne avec qui j'ai eu de nombreux échanges par email depuis plus de deux ans : Jean Laherrère. Jean est une autorité sur le pic pétrolier, je dirais même une sommité avec Colin Campbell. Ils sont reconnus tous deux mondialement  comme les deux personnalités qui sont à l'origine du mouvement piquiste actuelle. Sans les graphiques et les analyses de Jean et l'écriture de Colin Campbell, le mouvement piquiste ne serait ce qu'il est actuellement. Sans l'article qu'ils ont publié tous deux dans Scientific American en 1998 et la création de l'ASPO avec l'aide de Klett Aleklett, universitaire suédois, je ne serais sûrement pas en train d'écrire cet article ci présent. Le pic ne serait connu par personne et tout le monde croirait les propos lénifiants de l'AIE...(qui d'ailleurs ne sont plus lénifiants depuis peu...) Jean a fondé ASPO France en 2005 suite à la conférence de l'ASPO au Portugal et ses analyses et papiers, publiées sur le site d'ASPO France, sont d'une grande valeur pour comprendre la problématique du pic pétrolier. Je dirais même qu'il faut commencer par là. Jean m'a beaucoup aidé pour mes recherches sur le ratio R/P (http://www.resornoir.org/doc/lepiege.pdf) et ses développements et je lui en suis très reconnaissant. Cette recherche qui s'est étendue de septembre 2005 à septembre 2006 m'a fait comprendre que le déclin qui allait suivre le pic pétrolier ne serait pas anodin. A Cork, juste avant de rentrer en France, Jean Laherrère m'a accordé un entretien d'un heure que j'ai enregistré en vidéo où nous avons abordé beaucoup de sujets. Cet entretien est maintenant en ligne et vous pouvez donc le voir. Voici l'adresse : http://video.google.fr/videoplay?docid=5163529220862595404 La qualité de la version présente n'est pas très bonne. Il est possible que je publie une version de meilleur qualité dans la semaine. Deux autres entretiens vidéo devraient suivre dans le mois. Mais il faut que je les sous-titre puisqu'ils sont en anglais. Je publie ci dessous quelques extraits de notre entretien.  La fondation de l’ASPO « J’ai été 37 ans chez Total. J’étais d’abord géophysicien. J’ai été sur le terrain au Sahara, en Australie, au Canada puis j’ai été en charge des techniques d’exploration pour Total. En 1992 est arrivé un nouveau président à Total, Tchuruk, qui nous a dit que le long terme, ce n’était pas intéressant puisque les actionnaires demandaient un taux de rentabilité à 15% par an donc au-delà de 5 ans, actualisé à 15%, valeur nulle, ce n’est plus intéressant. Tout ce qui était au-delà de 3 à 5 ans, il ne voulait plus en entendre parler. Et c’est le drame. Parce qu’à l’heure actuelle, tout le monde fait du court terme, les politiques pour se faire réélire par les citoyens et les présidents des grandes compagnies pour se faire réélire par les actionnaires. J’ai donc été mis à la retraite un peu forcée. Mais j’ai continué à m’intéresser à ces questions sur les prévisions à long terme avec deux autres géologues, notamment Alain Perrodon. » Jean Laherrère explique par la suite qu’il a proposé ses services à Petroconsultant, la seule entreprise de collecte de données sur le pétrole à l’époque, pour rédiger des rapports faisant des projections sur le long terme qui étaient revendus à l’industrie. C’est là qu’il a rencontré Colin Campbell. Puis ils ont commencé à publier dans des revues de l’industrie pétrolière, puis Scientific American les a contactés. Ils ont alors publié en mars 1998 dans Scientific American un article nommé « The End of Cheap Oil » qui fit grand bruit dans certains milieux, comme dans l’armée américaine par exemple. Mais celui-ci figure parmi les 10 articles les plus censurés aux Etats-Unis. Il raconte ce qu’il s’est passé ensuite. «Quand le baril a baissé à 10$, quelques mois après la publication de cet article, tout le monde a ri. Il a fallu attendre octobre 2005, quand le baril a dépassé les 50$, pour voir débarquer dans ma campagne une équipe de télévision du journal de Pujadas de France 2. Tant que le baril était à 25$, on nous traitait de farfelus et l’ASPO était assez mal vu. Mais, maintenant, c’est la consécration. Villepin a décrété que l’on était entré dans l’ère de l’après-pétrole. Il est allé un peu vite parce qu’on y n’est pas encore. Mais, enfin, on est sans doute au pic puisque ça fait deux ans que l’on est sur un plateau qui oscille entre 84 et 85 millions de barils par jour, ce que vous dites dans l’article que vous avez publié dans la Décroissance. » Il revient sur la création de l’ASPO « Après l’article de Scientific American, Colin Campbell s’est dit qu’il fallait faire passer le message auprès des médias et des citoyens et des consommateurs. Mais nous, on était retraités sans logistique. Tous les travaux qu’on avait publiés, c’était grâce à Pétroconsultant. Mais pour eux, c’était pour vendre tandis que nous, on voulait faire passer le message plus largement. Donc il fallait un support. C’est pourquoi Colin Campbell a créé ODAC avec la fondation de Lord Astor puis il a été approché par le professeur de physique nucléaire suédois Aleklett qui s’intéressait à ces questions parce que la Suède avait décidé d’arrêter le nucléaire.  Klett Aleklett a proposé d’apporter la logistique et les étudiants. Colin Campbell a alors dit que Klett deviendrait président de la nouvelle organisation qui devenait l’Association for Study of Peak Oil, l’ASPO. Ensuite, l’ASPO a organisé une réunion internationale chaque année. La première se déroula à Uppsala, en Suède, puis on a eu Paris, Berlin, Lisbonne, Pise et cette année à Cork. » (…) « Au départ, l’ASPO regroupait des retraités pétroliers et des universités européennes. Il y avait l’Université d’Uppsala en Suède, le Bureau de Géoscience en Allemagne, l’Italie, le Portugal, le Danemark. La France, il n’y avait pas d’universités, c’était des individus. C’était très européen, mais les Américains sont arrivés avec la volonté de vouloir agir. Ils ont créé leur ASPO USA. Puis on en a conclu qu’il fallait l’ASPO s’organiser au niveau national. L’année dernière, il y en avait 27 ASPO nationaux, maintenant, je pense qu’on a dépassé la trentaine. Hier, on a décidé de faire la prochaine conférence en Espagne et en 2009, ce sera en Chine. » « Un scientifique de l’union Européenne avait proposé l’année dernière de faire une conférence de l’ASPO à Bruxelles, mais la Commission Européenne a refusé. Cependant, ils ont organisé une conférence en novembre dernier pour raccrocher les wagons.» La technologie « La technologie ne peut pas changer la géologie d’un gisement. Elle permet juste de produire plus vite. Normalement, on a un déclin doux tandis qu’avec les techniques modernes, c’est beaucoup plus brutale et c’est au détriment du futur. Avec les techniques modernes, on arrive à des taux de déclin de 15% par an alors qu’un déclin normal se situe à 5% par an. Par exemple, prenons le pétrole de la Mer du Nord. Le marqueur, c’est Brent. Mais il n’y a pratiquement plus de production de pétrole à Brent. C’est devenu un champs de gaz. Son déclin a été pendant très longtemps de 5%. Donc, grâce à la technologie, on avait des espoirs que ça allait continuer et qu’on aurait un certain taux de récupération et puis soudain, ça s’est écroulé." L’OPEP « J’ai été invité à un séminaire de l’OPEP, à Vienne, huit jours après le 11 septembre, et c’était le traumatisme. L’Arabie Saoudite était la seule qui avait l’arme atomique, c’est-à-dire qu’elle pouvait augmenter sa production de 3 millions de barils par jour ou la diminuer. Ils disaient aux autres : « Taisez vous! Moi, j’inonde ou je ferme! » Leur seule préoccupation après le 11 septembre était de ne pas faire s’écrouler l’économie américaine, qui était leur acheteur et surtout l’endroit où ils plaçaient toutes leurs économies. Ils avaient été traumatisés en 1979 parce qu’ils avaient trop augmenté leur production. La demande avait chuté et ils avaient subi une récession. C’est comme l’enfant qui a touché le four quand il est chaud. Maintenant le four est froid, mais il ne touche pas le four. Après le 11 septembre, le prix du baril était à 20$. Et je leur ai dit, 25$, c’est un prix raisonnable. Et donc ils ont maintenu leur stratégie pour maintenir les prix dans la fourchette des 22-28$ le baril. » « En octobre 2005, quand on est monté à 50$, la première réaction de l’OPEP fût de dire "c’est trop, il faut qu’on redescende" parce qu’ils avaient peur que l’économie s’écroule. Puis ils ont vu que l’économie américaine ne s’écroulait pas alors que les prix augmentaient. Ils ont flotté pendant quelque temps mais maintenant, il leur faut 50$. Ils ne veulent plus redescendre en dessous de 50$. Mais malheureusement, ils n’ont plus de capacité supplémentaire donc ils ne peuvent plus inonder. La preuve, c’est qu’il y a 15 jours, ils ont annoncé : « Parce que les prix sont élevés, on va augmenter de 500 000 barils par jour. Mais tout le monde a rigolé. Ils trichent sur des quantités qui sont bien supérieures à ça. D’ailleurs, on ne connaît pas l’imprécision. Ils sont bien au-delà des quotas de 1 à 2 millions de barils, donc qu’est ce que c’est 500 000 barils puisque c’est inférieur la quantité avec laquelle ils trichent. Donc on a dit : c’est qu’ils sont incapables de produire davantage donc les prix ont augmenté. À un moment donné, ils ont dit qu’ils pouvaient produire de l’huile lourde mais la plupart des raffineries n’en voulaient pas. » L’incertitude des prévisions « À l’heure actuelle, toutes mes prévisions qui sont faites avec les chiffres ultimes, c’est très bien pour le long terme mais maintenant ce qui est important, c’est les 5 prochaines années. Il faut aller voir les projets en cours. C’n’est pas ce qu’il y a dans le sous-sol, c’est ce qui va être mis en production qui compte. Et il faut aller voir les études de Chris Skrebowski qui lui dit, le pic sera 2011 à 91-92 millions de barils par jour (…) Q- Mais est ce que Skrebowski ne prend pas des déclins encore un peu trop faible, par rapport aux prévisions qu’il a fait l’année dernière et l’année d’avant ? On ne retrouve pas ses prévisions et la réalité est beaucoup plus pessimiste. R- Oui, mais ce qu’il y a, c’est que les données sont très mauvaises (…) Les données sont très incertaines parce que toutes les données qui sont publiées par les pays, et notamment l’OPEP, sont manipulées. Publier des données, c’est un acte politique et dépend de l’image que vous voulez donner. Quand vous avez une incertitude, si vous voulez paraître pauvre, vous allez prendre le minimum. Par exemple, le gars qui va faire sa déclaration pour son impôt sur la fortune, il va prendre le minimum mais si le lendemain matin, il va voir son banquier pour acheter un bateau et demande quels sont les taux d’intérêts et que le banquier lui demande ses garanties, il va prendre le chiffre haut. Il ne ment pas, mais il joue sur l’incertitude des chiffres, sur les définitions. Par exemple sur la définition de « Oil » : ça peut être aussi bien le « Regular oil » de Campbell à 66 millions de barils par jour ou au tout liquide à 85. Vous voyez, la fourchette, elle est grande. » La France « Il y a deux ans, ils disaient que c’était un problème d’investissement. Depuis, il y a eu les déclarations de Villepin, « nous sommes entrés dans l’ère de l’après-pétrole » tout en disant qu’il était contre les déclinologues. Que les gens qui parlent de déclin, ce sont des affreux. Moi, je suis désolé. La vie, c’est tout ce qui naît monte et redescend. Tout ce qui naît meurt. Toutes les civilisations comme la terre sont né va mourir. Dire que la théorie du pic est fausse est absurde. » Les prévisions officielles « Toutes les prévisions officielles, ce sont des souhaits. Ça n’a rien à voir avec la réalité. Par exemple, les taux de croissance, le « business as usual», on dit : « une croissance va continuer comme dans le passé, c’est-à-dire de l’ordre de 3 à 4%, mais une croissance continue est une croissance qui va à l’infini qui n’est pas possible dans une planète finie. Donc, on ne peut pas continuer comme ça. Par exemple, si on regarde les prévisions des Nations Unis sur la population, là aussi c’est des souhaits. On dit que tous les taux de fécondités vont se stabiliser vers 2,1. Les pays comme l’Italie qui sont à 1,2 vont remonter à 2,1. Ce sont de souhaits. Avec leurs prévisions, les pays les moins développés vont devenir moins féconds que les pays les plus développés. C’est une aberration. Ce sont les prévisions officielles. Il faut se méfier. Toute prévision officielle est un souhait. C’est un voeu politique. Ça n’a rien à voir avec les réalités. » La Croissance « Tous les patrons sont jugés sur la croissance de l’action. Tous les politiques sont jugés sur la croissance du PIB. C’est pour ça que les PIB sont manipulés comme les inflations. Le PIB américain est manipulé par un facteur hédonique où ils ajoutent des centaines de milliards de dollars  grâce à l’informatique. Ils disent : si aujourd’hui j’ai un ordinateur deux fois plus puissants que l’année dernière, je suis plus deux fois plus efficace donc si je dépensais 100 l’année dernière, maintenant je dépense 200. De plus, le PIB, ce n’est pas la richesse, c’est les dépenses. Plus il y a des guerres, plus il y a du SIDA, plus il y a de la drogue, plus le PIB augmente. Parce que le PIB n’a rien à voir avec le bonheur des citoyens. Donc tous nos indicateurs sont mauvais, toutes les prévisions sont des vœux, et c’est là-dessus que l’on construit le futur. » Jean Laherrère Entretien réalisé par Emmanuel Broto pour le site terredebrut.org.  
Author: "makhnovitch"
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Date: Sunday, 11 Nov 2007 12:10
En 1809, une délégation d’éminents scientifiques de Saint-Petersbourg fut dépêchée à Bakou par le tsar de toutes les Russies pour juger de l’intérêt d’une matière visqueuse et noirâtre, nommée petrus oleum qui suintait de certaines roches. Ces scientifiques conclurent doctement leur rapport en indiquant que « le pétrole est un liquide minéral dépourvu de toute utilité. De par sa nature, c’est un liquide gluant et nauséabond. Le pétrole ne peut être employé d’aucune façon, sauf à lubrifier les roues des charrettes indigènes. » Cinquante ans après, à Titusville, en Pennsylvannie, le colonel Drake fut plus avisé lorsqu’il fora en 1859 le premier puits de pétrole dont le modeste débit était de 10 barils par jour. Un siècle et demi plus tard, toute l’économie mondiale repose sur cette huile miraculeuse dont nous consommons 85 millions de barils par jour. Sans pétrole, notre système alimentaire et notre chimie s’écroulent. Sans pétrole, notre mobilité se réduit drastiquement : nous sommes en France pétro-dépendants à 98% pour nos déplacements. Mais que représentent, très concrètement, des millions de barils par jour, ou des milliards de barils de réserves ? Imaginez un gros réservoir cubique de 7 kilomètres de côté : c’est l’équivalent de ce dont la Terre nous a pourvus en pétrole récupérable dans des conditions économiques raisonnables. Nous en avons déjà consommé la moitié, et nous continuons à le vider avec un débit de 150 m3 par seconde. Notre consommation de pétrole, c’est comme si, en permanence, jour et nuit, 900 000 automobilistes se servaient ensemble à une gigantesque station service alimentée par ce réservoir. La nature a mis 150 millions d’années à fabriquer ces merveilleuses molécules. Nous auons mis 150 petites années à les brûler, en rejetant ce carbone dans l’atmosphère, modifiant durablement notre climat. La combustion de pétrole accroit le réchauffement des océans, et dons favorise la formation d’ouragans tropicaux qui viennent se déchainer sur les plates formes pétrolières off-shore … Au fait, savez-vous d’où vient le terme baril ? ce nom vient de l’utilisation de tonneaux de vin de 190 litres dans les champs pétrolifères en Pennsylvannie. Transportés par bateau, les tonneaux n’étaient remplis qu’à 42 gallons du précieux liquide, soit 159 litres, pour éviter tout débordement. Au pied des derricks, le pétrole remplaça donc le vin, et les hommes s’énivrère, non plus de liqueur dyonisiaque, mais d’or noir, à en perdre la raison et le climat. Il y a cependant une limite à notre enivrement collectif : lorsqu’il ne restera plus que quelques gouttes de petrus oleum, nous pourrons encore graisser nos roues de charrettes ! Vincent Schwander
Author: "makhnovitch"
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Date: Wednesday, 07 Nov 2007 12:22
Alors que les chiffres hebdomadaires des stocks américains vont être propulsé sur la place publique d'ici quelques heures et que le baril à New York a dépassé les 98$, l'USEIA a publié son rapport "Short Term Energy Outlook" qui court jusqu'à fin 2008. On y trouve de nombreuses informations intéressantes en ces temps troublés sur le marché pétrolier. Pour commencer voici les commentaires de l'USEIA pour le marché international : "Tight fundamentals continue to put upward pressure on oil prices.  Despite the OPEC commitment to raise output beginning in November, strong demand, limited surplus capacity, falling inventories and geopolitical concerns continue to weigh on the market.  Rising oil consumption and the realization that additional OPEC production may not be sufficient to arrest the inventory decline are keeping markets firm.  At the same time, the market is operating with limited surplus production capacity, leaving it vulnerable to supply disruptions."  Traduction : " Des fondamentaux très serrés vont continuer à pousser vers le haut les prix du pétrole. En dépit des annonces de l'OPEP pour augmenter leur production à partir de novembre, une demande forte, des capacités supplémentaires limitées, des stocks en baisse et des inquiétudes géopolitiques continuent de peser sur le marché. Une consommation de pétrole en hausse et la réalisation que la production additionnelle de l'OPEP ne sera pas suffisante pour arrêter le déclin des stocks ont maintenu la fermeté des marchés. En même temps, le marché fonctionne avec des capacités supplémentaires limités, le rendant vulnérable à des ruptures d'approvisionnements." Tout est dit ou presque... 1- Nouveau record pour la production mondiale tout liquide selon l'USEIA L'USEIA estime que la production mondiale tout liquide a atteint 85,77 mb/j en octobre 2007. Ce chiffre constitue un nouveau record selon les données de l'USEIA puisque le précédent record de juillet 2006 était de 85,50 mb/j. Mes estimations se confirment donc sur le fait que le niveau de juillet 2006 allait être dépassé à l'automne ou l'hiver 2007-2008. Les données sur la production de pétrole brut ne sont pas encore publiées et nous verrons alors si la production de pétrole brut au mois d'octobre 2007 a dépassé son record de mai 2005. Je ne pense que ce soit le cas. 2- La production de l'OPEP atteint ses capacités maximales en dehors de l'Arabie Saoudite La production de l'OPEP10 a atteint 27,13 mb/j au mois d'octobre, ce qui ce situe 0,1 mb/j en dessous du seuil qu'ils se sont fixés pour novembre. Leur production était de 26,91 mb/j en septembre. L'OPEP12 atteint 30,98 mb/j en octobre, 0,2 mb/j de plus qu'en septembre. En juin 2007, la production de l'OPEP12 avait atteint un plus bas à 29,95 mb/j. Aussi, en quatre mois, la production de l'OPEP12 a donc augmenté de 1 mb/j. Voici les variations de production des 12 pays de l'OPEP entre juin et octobre 2007 : L'algérie passe de 1,37 à 1,42  mb/j :                           +0,05 mb/j L'Indonésie passe de 0,85 à 0,84 mb/j:                        -0,01 mb/j L'Iran reste constant à 3,7 mb/j :                                      0,00 mb/jLe Koweit passe de 2,42 à 2,65 mb/j:                           +0,23 mb/j La Lybie passe de 1,69 à 1,74 mb/j:                              +0,05 mb/j Le Nigéria passe de 2 à 2,1 mb/j:                                  +0,10 mb/j Le Qatar passe de 0,80 à 0,88 mb/j:                              +0,08 mb/j L'Arabie Saoudite passe de 8,6 à 8,8 mb/j:                  +0,20 mb/j Les Emirats Arabes Unis passent de 2,5 à 2,6 mb/j :  +,0,10 mb/j Le Vénézuela reste à 2,4 mb/j:                                          0,00 mb/j L'Angola passe de 1,63 à 1,75 mb/j:                              +0,12 mb/j L'Irak passe de 2 à 2,1 mb/j:                                            +0,10 mb/j TOTAL                                   :                                             +1,02 mb/j Sur ces 12 pays, un seul a vu sa production décliner sur les quatres derniers mois : l'Indonésie et deux autres sont restés stables : l'Iran et le Vénézuela. Seulement voilà,  tous les pays de l'OPEP à l'exception de l'Arabie Saoudite et l'Algérie tournent à plein régime. La capacité supplémentaire des dix autres pays est égale à 0,00 mb/j. L'algérie aurait encore 0,04 mb/j de capacité supplémentaire, ce qui est négligeable. Reste l'Arabie Saoudite. Selon l'USEIA, celle-ci possède encore 1,7 mb/j de capacité supplémentaire. Selon Bloomberg, dans un article publié hier,  la production saoudienne aurait atteint 8,88 mb/j fin octobre et devrait monter à 8,94 mb/j en novembre. Désormais, le monde tourne à plein régime avec comme joker l'Arabie Saoudite mais personne ne connait ses capacités réelles. Dans les mois qui viennent, la pression va progressivement augmenter sur ce pays pour qu'il utilise sa soi-disante capacité supplémentaire mais existe-t-elle réellement? Déjà, dans l'article de Bloomberg, il est signalé que les Emirats Arabes Unis vont procéder à des travaux de maintenance sur leurs gisements de Upper Zakum, Lower Zakum et Umm Shaif au cours du mois de novembre. Ces travaux devraient retirer 600 000 b/j de la production des Emirats Arabes Unis. Même les analystes qui s'expriment sur Bloomberg ne croient que l'Arabie Saoudite puisse compenser cette perte en novembre. Ainsi Mueller, un analyste de Energy Security Analysis Inc, pense que "les saoudiens vont trouver difficile de compenser les barils manquants." Voici un graphique publié par l'USEIA qui permet de visualiser la perte de capacité supplémentaire de l'OPEP en dehors de l'Arabie Saoudite : Dans ce graphique, il y a une partie au passé et une partie prévision séparée par la ligne verticale en pointillé. On peut donc voir clairement que la capacité supplémentaire des "others OPEC" a diminué depuis juillet pour devenir presque nulle en octobre 2007. La capacité supplémentaire de l'OPEP est passée de 2,5 mb/j en juillet à 1,74 mb/j en octobre. Pour ce qui est des prévisions de l'USEIA, on peut noter qu'ils ne prévoient un retour de la capacité supplémentaires des "others OPEC" qu'en juillet 2008 de manière insignifiante jusqu'à la fin de l'année 2008. En gros, l'USEIA prévoit que le monde va tourner à plein régime en dehors de l'Arabie Saoudite jusqu'à la fin de l'année 2008. On peut noter qu'ils prévoient que l'Arabie Saoudite va augmenter sa capacité supplémentaire en décembre 2008 puis mai 2008 puis encore une fois en juillet 2008 pour faire monter la capacité de l'OPEP autour de 2,5 mb/j. Dans un autre graphique, ils montrent l'évolution de la production de ces deux entités depuis septembre 2008 et leurs projections. Dans ce graphique, ils montrent l'évolution de la production de l'Arabie Saoudite et des autres pays de l'OPEP par rapport à leur niveaux de septembre 2006 juste avant les deux coupures de production. On peut constater que les autres pays de l'OPEP sont revenus sur leur niveaux de septembre 2006 en septembre 2007. L'OPEP avaient décidé de baisser ses niveaux de production de 1,2 mb/j en novembre 2006 puis encore 0,5 mb/j en février 2007. Dans les faits, ils ont retiré la moitié des ce qui était prévue. En dehors de l'Arabie Saoudite, l'OPEP est revenue aux niveaux de septembre 2006 et devraient monter en puissance d'ici janvier 2008 selon l'USEIA. Une grande partie de l'augmentation de la production vers la fin de l'année des "others OPEP" devrait être dû à l'Angola. Mais le plus intéressant dans ce graphique est l'Arabie Saoudite. Son niveau de production en septembre 2006 est exactement de 9 mb/j. On peut remarquer que l'USEIA prévoit que l'Arabie Saoudite devrait passer de 8,6 mb/j en août 2007 à 8,9 mb/j en novembre 2007. Mais ce qui est le plus curieux est qu'ils prévoient qu'elle y reste jusqu'à la fin de l'année 2008! Mais si on se revient sur le graphique précédent, on voit que la capacité supplémentaire de ce pays augmente dans le même temps. Conclusion très étrange : l'USEIA prévoit que tous les pays de l'OPEP vont rester à plein régime de maintenant à fin 2008 mais que l'Arabie Saoudite va rester au même niveau de production et va augmenter sa capacité maximum de production de 10,5 mb/j à environ 12,5 mb/j! Tout ceci n'est pas très logique. Est-ce à dire que la véritable capacité de l'Arabie Saoudite est 8,9 mb/j? Pour finir avec l'OPEP,  l'USEIA prévoit que l'OPEP12 produira 31 mb/j durant le dernier trimestre 2007 et 31,7 mb/j en 2008. Cette augmentation serait entièrement dû à des augmentation de capacité de production des pays de l'OPEP en dehors de l'Arabie Saoudite. La production non-OPEP Il y a moins à dire sur la production non-OPEP. L'USEIA dit que la production non-OPEP sera de 0,6 mb/j plus importante durant le quatrième trimestre 2007 par rapport à l'année précédente. Ils espèrent que celle-ci va augmenter de 0,9 mb/j en 2008. Il comptent pour cela sur le Brésil, les USA (USEIA prévoit toujours une croissance des USA, c'est curieux non?), la Russie et le Canada. Ceux-ci devront compenser le Mexique, la Norvège et la Grande-Bretagne et l'Egypte. Les pays de l'ex-URSS devraient compter pour la moitié de la croissance non-OPEP, c'est-à-dire 0,45 mb/j. mais le problème reste que, selon les propres termes de l'USEIA, "cependant, la production non-OPEP devrait augmenter moins vite que la consommation mondiale au moins jusqu'à la seconde partie de l'année 2008, mettant la pression sur l'OPEP et sur les stocks pour compenser le manque." Ce n'est pas moi qui le dit cette fois ci ! La consommation mondiale de pétrole Il est noté que la croissance de la consommation mondiale continue en dépit de la hausse des prix. Ils prévoient que la consommation mondiale sera de 1,8 mb/j plus haute durant ce trimestre qu'il y a un an. Pour 2008, il est pour l'instant prévu que la consommation mondiale augmentera de 1,5 mb/j. Les principaux "drivers" de la croissance de la consommation devrait être la Chine, les USA, la Russie et les pays du Moyen-Orient. Cependant, les plus grandes "menaces" pour la croissance de la consommation sont la hausse des prix du brut et les troubles sur les marchés financiers. On s'en serait douté. On reviendra un peu plus loin sur le rapport complémentaire sur les causes de la hausse des prix selon l'USEIA. Les stocks commerciaux de l'OCDE Les stocks commerciaux de l'OCDE déclinent et se trouvent à environ 2600 millions de barils fin septembre, à peu près au niveau des 5 dernières années. Il est noté que les stocks se trouvaient à la même période l'année dernière à 152 millions de barils plus haut. Ils prévoient que, même avec les augmentations de production de l'OPEP tels que nous les avons décrites plus haut, les stocks devraient descendre dès ce trimestre en dessous de la moyenne des 5 dernières années à leur niveaux minimum.. Ce graphique montrent l'évolution des stocks commerciaux de l'OCDE en terme de jours d'approvisionnements. On peut visualiser clairement la baisse importante prévue dans les mois qui vont venir. Pourquoi les prix du pétrole son si haut? Le rapport "Short Term Energy Outlook" propose un supplément qui répond à cette question "Pourquoi les prix du pétrole sont si haut?", ce qui en effet peut intéresser du monde... Ce supplément est assez intéressant bien qu'on n'y apprenne pas de choses incroyables. Ils reviennent sur la montée des prix du WTI ces dernières années : 2003 : en moyenne 31$ 2005 : en moyenne 57$ 2006 : en moyenne 66$ et octobre 2007 : en moyenne 85$ avec un plus haut à 90$ vers la fin du mois. Ensuite, l'USEIA donne 6 raisons à cette hausse et explique en substance qu'ils ne croient pas que fauteurs de troubles soient les spéculateurs et autres entités financières mais que les raisons sont dûes à des fondamentaux du marché. Voici les 6 raisons invoquées : 1) Une croissance économique mondiale forte provoquant une forte augmentation de la consommation de pétrole. 2) Une croissance modérée de la production non-OPEP 3) Les décisions de production des membres de l'OPEP 4) La faiblesse de la capacité supplémentaire de l'OPEP 5) L'étroitesse des stocks de l'OCDE 6) Le goulot d'étranglement du raffinage mondial 7) Les risques géopolitiques et les inquiétudes sur les possibilités d'approvisionnements Je développerai mieux ces six facteurs demain. C'en est assez pour aujourd'hui. PS : les stocks de pétrole brut n'ont baissé que de 800 000 barils la semaine dernière, ce qui devrait maintenir les prix, voir les conduire légérement vers le bas d'ici fin de semaine, donc la barre de 100$ n'est peut-être pas encore pour demain matin... Emmanuel Broto.
Author: "makhnovitch"
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Date: Tuesday, 06 Nov 2007 17:12
"Nous sommes tous piquistes" La conférence fut ouverte par un discours de M. Schlesinger qui avait des allures historiques : Il déclara ainsi que «Nous sommes tous piquistes maintenant. Conceptuellement, la bataille est terminée, les piquistes ont gagné. Vous pouvez crier victoire. Vous avez mis tout le monde d’accord.» Ainsi, dans les cercles bien informées, il semble que le pic pétrolier soit devenu une évidence. Mais après cette victoire conceptuelle, les piquistes font face à une réalité politique difficile où, «le premier but d’un politicien est de se faire élire et le second but est de se faire réélire et les cassandres n’étant pas très populaires », les politiques préfèrent encore promettre des âneries comme l’indépendance énergétique des USA, totalement impossible tant que le moteur à explosion ne sera pas remplacé…Que faire selon M. Schlesinger? Il n’a pas de recette miracle et souligne que les politiques doivent engager la population dans le processus de transition énergétique et inciter au développement rapide de nouvelles technologies, notamment pour sortir de notre dépendance quasi totale au moteur à combustion interne mais changer toute la flotte automobile prend beaucoup de temps, au bas mot 20 ans, et l’inertie de notre société est considérable. Le thème de la conférence, « Time to React », était ainsi bien introduite. Côté changement climatique, selon lui, il ne reste plus qu’à prier, parce que les chinois construisent deux centrales à charbon par semaine et ils n’ont pas vraiment l’intention de s’arrêter… M. Schlesinger Ancien secrétaire d’Etat à L’Energie 1977-1979 Président de Mitre Corporation Citations de James Schlesinger « Nous sommes tous piquistes maintenant. Conceptuellement, la bataille est terminée, les piquistes ont gagné. Vous pouvez crier victoire. Vous avez mis tout le monde d’accord. » « Pour satisfaire les estimations de production de l’AIE à l’horizon 2030, il faudrait trouver 4 à 5 nouvelles Arabie Saoudite. » S’agissant de la réponse de l’industrie pétrolière aux mesures de conservation de l’énergie qu’il avait proposée en 1979, il la résume par cette formule : « Conservation is not the american way ! Production is the american way ! » Concernant la situation aujourd’hui, on pourrait rajouter : ‘Consumption to death is the american way!’ La production mondiale de pétrole Vue par l’industrie Ray Leonard, vice président de Koweit Energy Corporation, a présenté certaines conclusions d’une conférence « secrète » des grands pétroliers, la conférence de Hedberg, qui s’est déroulée en novembre dernier, sans médias et sans la société civile, où ils ont pu échanger leur points de vue librement sur le pic pétrolier. Ils estiment les découvertes futures trois fois moins importantes, 250 milliards de barils, que les estimations officielles américaines de l'USGS qui elles se montent à 700 milliards de barils. Ensuite, les estimations de production de pétrole non conventionnel extra lourd, qui nourrissent beaucoup d’espoirs, sont fortement revues à la baisse, puisque ils ne prévoient que 2,5 mb/j par jour an Canada et 0,8 mb/j au Venezuela d’ici 2015, environ le double d’aujourd’hui. M. Rodgers, de PFC Energy, a montré que la production mondiale en dehors de l’OPEP et de l’ex-URSS et sans le pétrole non-conventionnel avait déjà atteint son pic de production autour de l’année 2000 à 30 mb/j. Il a estimé que la production pétrolière de l’ex-URSS atteindrait environ son pic à 15 mb/j vers 2015, ce qui provoquerait un pic de production en dehors de l’OPEP autour de 2010. Malgré l’incertitude des informations, M.Rodgers prédit que le déclin la production de l’OPEP devrait commencer dans le courant de la prochaine décennie. Les compagnies pétrolières semblent donc être parvenues à un consensus  sur le pic pétrolier mondial autour de 2015, suivi d’un plateau de quelques années, entre 95 et 100 mb/j avec 40mb/j pour les 10 pays de l’OPEP soumis aux quotas et 60 mb/j pour le reste du monde. Pierre-René Bauquis, de L’Institut Français du Pétrole, confirmera les prévisions précédentes comme étant aussi devenues le consensus entre Total, l’IFP et ASPO France. Cependant, Jean Laherrère, fondateur de l’ASPO France, dont l’entretien est retranscrit par ailleurs, ne semble de cet avis… Pour les analystes de l’ASPO et d’autres intervenants, le pic de production mondiale se produira plus tôt entre 2010 et 2012 à cause des problèmes d’augmentation des coûts de production, qui ont doublé ces quatre dernières années, du manque de plate-forme pétrolières, du manque de main d’œuvre mais aussi à cause des taux de déclin, très importants sur certains gisements, pouvant atteindre 18% par an. Certains ont évoqué le plateau actuel de la production mondiale depuis 2005 sans toutefois se risquer à dire que le pic était peut-être…derrière nous. Même l’Agence Internationale de l’Energie commence à avouer qu’on a un sérieux problème devant nous dès le début de la prochaine décennie :  « En dépit de prix déjà très élevés ces quatre dernières années, ce rapport montre un marché pétrolier de plus en plus tendu d’ici 2010, avec une capacité supplémentaire de l’OPEP qui déclinera jusqu’à des niveaux minimums d’ici 2012. Il est possible que l’écrasement de l’offre (« Supply Crunch » en anglais) puisse être différée mais pas de beaucoup… Effectivement, tout relâchement de la tension qui est prévue pourrait même être moindre que l’analyse de ce rapport le suggère. » International Energy Agency (IEA) Medium Term Oil Market ReportJuillet 2007 Jeff Rubin, économiste en chef des marché internationaux de la banque CIBC, a montré que les pays exportateurs de pétrole se mettaient à consommer de plus en plus de pétrole de manière inquiétante. Par exemple, la consommation de pétrole du Koweit a augmenté de 7% par an pour entre 2001 et 2006. Il estime que les exportations des principaux exportateurs, c’est à dire l’OPEP, la Russie et le Mexique, vont décliner sur la période 2007 à 2012 de plus de 3 millions de baril par jour. Il conclut que les prix devraient atteindre 100$ le baril fin 2008. Jeff Rubin est canadien et capitaliste. Il croit fermement aux sables bitumineux du Canada et pense que ceux ci représenteront les principales sources d’investissements dans les années qui viennent. Il oublie que ceux-ci sont en train de provoquer un véritable « Armageddon » environnemental sur l’Etat d’Alberta et que des problèmes graves sur l’eau et le gaz naturel, nécessaires à la production de pétrole synthétique avec les sables bitumineux vont se poser très bientôt… « Les prix à trois chiffres, autour de 100$ le baril vers la fin de l’année prochaine, vont provoquer une baisse de la demande en pétrole et plus les prix monteront, plus tôt nous arriverons à nous sevrer des hydrocarbures, ce vers quoi nous devons tendre." Jeff Rubin Économiste en chef des marchés internationaux de la banque CIBC La Chine et le charbon Xiongqi Pang, vice-président de l’Université du pétrole à Pékin, a annoncé que la Chine, premier producteur de charbon au monde, était devenu importateur de charbon cette année. Cela a entraîné l’abandon des projets de liquéfaction du charbon (CTL) qui étaient déjà en construction. Le marché du charbon va donc sûrement devenir aussi très tendu que les autres énergies fossiles. Le charbon représente la plus grande menace sur la question du changement climatique. Malheureusement, les chinois construisent deux centrales thermiques au charbon par semaine… La Chine est revenue constamment dans les débats et les présentations tout au long de la conférence. Le problème est connu de tous : sa croissance fulgurante et l’utilisation massive du charbon pour produire de l’électricité provoquant une pollution effrayante. Ainsi, la Chine est maintenant le premier émetteur de CO2 devant les USA. Mais la consommation par tête d’habitant est beaucoup plus faible en Chine qu’en Occident. Aussi, la Chine poserait sûrement moins de problème si l’Occident consommait moins, et qui plus est, moins de produits chinois à bas prix. « Depuis plusieurs décennies, la production de charbon a augmenté en Chine et augmente encore mais maintenant, nous sommes aussi à court de charbon. Cette année, la Chine est devenue importatrice de charbon. Notre production de charbon n’augmente pas assez vite par rapport à la croissance de notre économie. » Professeur Xiongqi Pang Vice-président de l’Université chinoise du Pétrole à Pékin « Cap and Share » ou « TEQs » Richard Douthwaite, fondateur de « The Foundation for the Economics of Sustainability » (FEASTA), et David Fleming, fondateur de « The Lean Economy » , rappelleront justement que, si la consommation moyenne de pétrole par tête d’habitant a atteint un pic en 1979, l’écart entre les riches et les pauvres a surtout triplé entre 1979 et 2005. Richard Douthwaite note que, dans certains pays, un litre d’essence coûte 3 semaines de travail. Je rajouterais que la consommation totale de pétrole du continent africain est égale à celle de l’Allemagne en 2006. Tous deux ont proposé des solutions économiques pour gérer la pénurie à venir et rééquilibrer les échanges sous peine de tensions internationales ingérables à terme. Richard Douthwaite a proposé le système « Cap and Share », concept né en 2006 à Dublin. Ce concept est sérieusement pris en considération par le gouvernement irlandais pour l’appliquer aux transports. Le système de répartition «Cap and Share» permet de réduire les émissions graduellement et de redistribuer la richesse. De plus, il peut être appliqué graduellement géographiquement et économiquement. Il est donc d’une grande souplesse. Le « Cap » correspond à la quantité totale de Co2 que l’on décide d’émettre. Le « Cap » sera réduit année après année par exemple de 3%. Le « Share » correspond à la répartition du « Cap » entre les Etats puis chaque gouvernement devra répartir des allocations d’émissions à ses citoyens de manière égale. Les citoyens peuvent alors vendre leur allocations au prix du marché qui ne cessera d’augmenter par la réduction progressive du « Cap » à la banque ou à la poste. Ce seront les compagnies productrices d’énergie fossile qui rachèteront ces bons d’allocations pour extraire et raffiner le pétrole, le gaz naturel et le charbon. Les populations des pays pauvres pourront aussi vendre leur allocations d’émissions et donc leur niveau de vie devrait être sensiblement améliorés par ce système. Ce système est assez intelligent mais le rôle du citoyen est finalement assez réduit. Le « Cap and Share » a le mérite d’être vertueux car toute personne qui vendra son allocation et émettra très peu de CO2 verra son niveau de vie monter au fur et à mesure de la réduction du « cap ». David Fleming, chercheur sur les questions environnementales, a proposé quant à lui le système des « Tradable Energy Quotas » (TEQs). Le système s’applique au niveau national. Les TEQs sont alloués à chaque citoyen adulte chaque semaine. Leurs quantités totales sont réévaluées chaque année et baisse progressivement au cours des ans. Chaque citoyen peut vendre ses TEQs si il en utilise moins que son allocation et vice-versa. Ensuite, chaque fois qu’un citoyen achète de l’essence ou autre, il lui sera retiré des unités de TEQs. Le gouvernement se doit de gérer socialement la réduction progressive des TEQs en circulation. Les TEQs paraissent plus compliqué à mettre en place à cause de leur gestion plus lourde. C’est une version élaborée des bons vieux ticket de rationnements. Le TEQs est plus responsabilisant que le « Cap and Share » mais peut-être moins redistributeur de richesse. Ces deux systèmes ont des avantages et des inconvénients. Je vous laisse découvrir ces deux systèmes sur internet et vous faire votre propre opinion. http://www.theleaneconomyconnection.net/index.html http://www.capandshare.org/ Quelles solutions technologiques ? Véhicule léger (450 kg) développé par la société Loremo disponible à partir 2009 consommant 2litres aux 100km (prix : 15000€) On retrouvait souvent les mêmes propositions d’alternatives technologiques pendant la conférence. Ce fût Lord Oxburgh, ancien président de Shell UK, qui détailla le mieux ces alternatives. Le problème le plus épineux pour remplacer le pétrole est sûrement à terme du moteur à combustion interne, équipant plus d’un milliard de véhicules sur le globe, qui nécessite le fameux carburant liquide. Aussi, il a été évoqué les carburants liquides alternatifs, tels que le CTL (Coal To Liquid) , le GTL (Gas To Liquid) et le BTL (Biomass to Liquid). Le CTL et le GTL offrent des perspectives limités, que ce soit pour leur très mauvaise efficacité énergétique, ou pour la menace qu’ils font peser sur le climat. Il existe actuellement un projet de GTL au Qatar qui ne fonctionne toujours pas et une seule raffinerie CTL en Afrique du Sud. Par contre, Le BTL soulève plus d’engouements. Il a été dit à maintes reprises durant la conférence que les agrocarburants de première génération ne sont plus vraiment fréquentable du fait de leur efficacité énergétique quasi nulle et l’utilisation de produits alimentaires pour produire du carburant. Cependant, plusieurs intervenants ont évoqué la biomasse telle que les résidus agricoles, certaines plantes non alimentaires telles que le Jatropha, les détritus organiques générés par l’homme et le carburant cellulosique. Ensuite, l’électrification partielle et totale du parc automobile a été évoqué à plusieurs reprises. Mais, le problème se reporte sur la production d’électricité, sans parler du problème des batteries. Les solutions évoqués ne sont pas nouvelles : le nucléaire, le charbon propre et les énergies renouvelables. L’hydrogène a vaguement été évoqué mais plutôt pour la pétrochimie que pour le transport. Le charbon propre nécessite de capturer et d’entreposer le CO2 sous terre. Cela prend beaucoup d’énergie, de capital et du temps, pour construire l’infrastructure qui rassemblerait grandement à un réseau de pipeline. Parmi les énergies renouvelables, ce fut l’éolien qui remporta l’adhésion. Cette énergie est la plus efficiente des énergies renouvelables. Un fabricant d’éoliennes nous a fait part de ses projets gigantesques d’installation d’éoliennes en Irlande et en Grande-Bretagne, région très venté. Mais il est à court de matière première et a bouclé ses commandes d’ici 2010. Tout le monde fût d’accord pour dire que la mise en place à grande échelle de ces solutions prendrait au minimum 15 à 20 ans, c’est à dire à l’horizon 2025-2030. Aussi, on trouve un réel problème d’agenda, même quand on se place dans un cadre de réflexion qui est celui de l’industrie, c’est à dire une prévision optimiste du pic pétrolier en 2020 et des investissements considérables pour une transition énergétique principalement basée sur la technologie. C’est ce qu’un haut conseiller du président d‘EDF, présent à la conférence, m’a expliqué : nous arrivons à un pic toutes énergies qui nous obligera, quoi qu’il en soit, à la sobriété. Si même EDF, qui a toujours tenté de faire croire que le nucléaire apporterait la solution à nos problèmes, rejoint maintenant les thèses de "La Décroissance" c'est que vraiment le moment de vérité est proche! Conclusion, il n’y a pas de solution miracle et mais plutôt un ensemble de solutions qui sont pour certaines très aléatoires pour l’instant, comme le carburant cellulosique. On ne peut nier que des solutions techniques seront nécessaires mais elles ne sont qu’une partie de la solution et l’autre part à plus à voir avec la psychologie, l’organisation sociale et la politique. « Il se peut que nous ne réalisions pas que nous nous trouvions actuellement face à un problème qui va devenir très grave et lorsque nous en prendrons conscience, il sera trop tard pour faire quoi que ce soit. » Lord Ron Oxburgh Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne "Les défis sont si grands que des mesures temporaires d’urgence sont nécessaires pour empêcher le bateau de coule. » Lord Ron Oxburgh Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne « Le message en résumé est que nous sommes juste au moment où nous allons entrer dans l’eau chaude, une eau très chaude. Et le danger est que nous restions assis béatement comme la grenouille dans la casserole qui chauffe lentement sur le feu jusqu’à ce que celle-ci se retrouve morte. » Lord Ron Oxburgh Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne « Je pense que les compagnies ont intégré que le pétrole était plus difficile à trouver, et que les coûts allaient augmenter pour le sortir de terre. Mais beaucoup de gens préfèrent simplement ne pas regarder la réalité et disent : notre travail est de trouver du pétrole et nous le faisons de mieux en mieux et nous en laisserons de moins en moins dans le sous-sol. Et beaucoup de gens baissent la tête, si bas qu’ils ont presque la tête dans le sable. » Lord Ron Oxburgh Ancien Président de Shell en Grande-Bretagne   « Un cadre de réflexion sur l’offre et la demande pour une planète remplie » de Nathan John Hagens La présentation de Nate Hagens, entre autre rédacteur du site oildrum.com, rencontra un vif succès pendant la conférence. Côté production, il expliqua que la qualité de l’énergie délivrée par différentes sources ne sont pas interchangeables surtout à cause de leurs diverses densités énergétiques. Ensuite, il fallait prendre en compte l’énergie net, celle qui est réellement disponible pour la société en dehors de l’industrie énergétique puis il évoqua aussi les limitations de production d’énergie que nous allons rencontrer de plus en plus souvent à cause des limitations d’autres ressources (eau, sols, gaz à effet de serre, etc…). Ces limitations vont sensiblement aggraver l’effet du pic pétrolier sur la société. Côté consommation, il introduisit une nouvelle discipline dans les conférences de l’ASPO, les sciences cognitives, et sortait enfin du débat technique. Il commença par présenter le destin tragique de l’immense élan irlandais qui possédait des bois immenses de 3 mètres 50 de large pour plaire aux femelles. L’espèce s’est finalement éteinte par manque de phosphore à cause des bois qui étaient trop grands. De la même manière, la folie consumériste de l'Homme « moderne » est aujourd’hui liée à son attractivité sexuelle et cela pourrait bien nous mener au même sort que l’Elan irlandais. Nous avons évolué de telle manière que nous privilégions les satisfactions à court terme au dépend de notre futur. Nous sommes le résultat d’une évolution de millions d’années et d’un nombre considérable de générations d’être vivants. Notre cerveau est constitué de plusieurs couches, dont trois principales, correspondant à différentes phases de notre évolution, la dernière étant le néocortex. « Nos comportements, certains innés, d’autres appris, sont intrinsèquement liés à la reproduction de fonctionnements chimiques cérébraux qui ont, par le passé, permis à l’Homme de réussir dans ses activités. » Nathan John Hagens Université du Vermont Gund Institute Aussi, l’être humain est biologiquement le même aujourd’hui qu’il y a 10 000 ans. et nous sommes programmés pour répondre à des stimulus d’une certaine manière dans un contexte historique quasi permanent de pénurie. « Le problème est que la société du pétrole a introduit quantités de produits et d’activités nouvelles qui ont littéralement pris d’assault (« hijacked ») les programmes de notre cerveau échafaudés au cours de notre évolution. » Nathan John Hagens Université du Vermont Gund Institute C’est là qu’il introduisit le concept de taux d’actualisation (discount rate), normalement utilisé en finance pour mesurer la valeur que l’Homme accorde au futur par rapport au présent. Plus le taux d’actualisation sera grand, plus on privilégiera le présent au dépend du futur. De manière générale, nous sommes conditionnés par nos ancêtres et notre culture à fortement privilégier le présent au dépend du futur. Les personnes dépendantes à la drogue, au sexe ou à la consommation impulsive ont une tendance encore plus grande à privilégier le présent. Cependant, les femmes sont plus prévoyantes que les hommes. Il serait donc souhaitable que des femmes saines, vierges de tout vice, prennent en main la destinée de l’Humanité, pas celles qui vous voyez sur la photo ci dessous… Il décrit aussi notre incapacité à nous satisfaire de ce que nous avons et à vouloir toujours plus. Et explique que le niveau d’insatisfaction, écart entre ce que nous avons et que nous aimerions avoir, est relatif à la manière dont on se perçoit par rapport à nos congénères. Nous voulons toujours avoir plus que ceux qui nous entourent, même si nous sommes très riches.. Sur l’approche des USA concernant l’énergie, il cite James Schlesinger : « Nous avons seulement deux comportements : la complaisance et la panique. » M. Schlesinger Ancien Secrétaire d’Etat à L’Energie 1977-1979 Quand tout va bien, l’Homme se laisse glisser dans la complaisance par la libération de la dopamine dans son cerveau, mais si sa situation se dégrade brutalement, c’est le cerveau limbique qui prend le relais pour gérer la panique et celui ci se caractérise par un taux d’actualisation très élevé, qui privilégie très fortement le présent pour parer à la survie de l’individu, oblitérant toute capacité de raisonnement et de prévoyance au delà du présent immédiat. « Plus la partie de notre cerveau est ancienne, plus elle possède le potentiel de dominer notre comportement.» Nathan John Hagens Université du Vermont Gund Institute Pour faire face au pic pétrolier, nous ne pouvons changer notre biochimie et nos conditionnements mais nous pouvons réorienter notre système de valeurs culturelles vers des valeurs sociales et humaines, voir spirituelles plutôt que matérielles. «Nous ne pouvons changer notre penchant à vouloir toujours plus, mais nous POUVONS changer la définition du plus. » Nathan John Hagens Université du Vermont Gund Institute Il faut de plus que la conscience de la réalité du pic pétrolier atteignent les esprits avant que celui-ci ne commence à produire ses effets pour éviter que le cerveau limbique ou même reptilien prenne la direction des opérations à la place du néocortex… Nate Hagens a montré que le pic pétrolier nous pose un défi historique : il faudrait que l’Homme fasse un sorte de saut quantique dans son évolution, du type de Siddarta Gautama, le « Bouddha pur et parfait », sinon il est destiné à disparaître par le jeu de la sélection naturelle. Il ne sera tout simplement plus adapté à son nouvel environnement. Les politiques face au pic pétrolier 4 scénarios énergétiques présenté par Rob Hopkins du mouvement « Transition Town » Dans la dernière après-midi de la conférence, les politiques semblaient particulièrement engagés dans leur discours. ils soulignèrent l’inertie considérable de notre société, la centralisation du pouvoir qui menace l’exercice démocratique dans les pays occidentaux et le rôle crucial des élus locaux notamment municipaux.. Debbie Cook, ancien maire de la ville d’Huntington en Californie, appela à sortir de la croissance économique actuelle et défendit avec ferveur le pouvoir d’action des élus locaux qui, aux Etats-Unis, représentent 90% des programmes écologiques. Le bilan qu’elle a fait sur sa ville est assez impressionnant. Ainsi, la ville d’Huntington, 200000 habitants, utilise presque 2 millions de litres d’essence pour transporter les ordures et traite 4500 tonnes de déchets par semaine dont 60% est recyclé et dont une partie est envoyée en Chine pour y être brûlé et produire de l’énergie! Elle nous aussi appris que 10% de l’électricité en Californie était utilisé pour déplacer de l’eau! Ils discutèrent ensuite de la difficulté de faire prendre conscience à la population que ce gâchis ne pouvait plus durer , que la plupart se moquait éperdument du pic pétrolier. Selon Debbie Cook, l’opinion public précède la volonté politique mais ce sont les médias qui oriente l’opinion public. Elle a noté que le Los Angeles Times n’avait pas cité une seule fois le terme « peak oil » depuis un an. Eamon Ryan, du parti des Verts, nouveau ministre des télécommunications, de l’énergie et des ressources naturelles, clôtura la conférence en appelant de ses voeux à la « décarbonisation » de l’Irlande d’ici 2050 sous peine de désastre. Il nota que chaque irlandais brûlait en moyenne 10 pintes de pétrole par jour et que malgré la hausse des prix, la demande en pétrole croissait de 8% par an. Selon Michael Meacher, député britannique, le temps de l’abattement et de la réflexion touchait à sa fin et il ne fallait plus perdre de temps pour engager des mesures urgentes mais comme il le dit dans la citation ci-dessous, il faut d’abord régler leur compte au Premier Ministre et à ses affidés : « Une autre chose très importante que je voudrais évoquer concerne des droits acquis. Je veux dire : qui veut conserver le monde tel qu’il est ? L’industrie pétrolière, l’industrie chimique, l’industrie agro-alimentaire, l’industrie automobile et l’industrie du transport aérien. Ils sont très puissants. Qui dirige la Grande-Bretagne ? Pas le parlement. Je vais vous dire qui dirige la Grande-Bretagne. C’est le Premier ministre avec une petite cabale autour de lui de conseillers non élus, en dehors des membres de son cabinet, rencontrant régulièrement  des responsables économiques, des responsables financiers et je dois le dire avec Mr Murdoch et d’autres responsables des médias et prenant des décisions au-dessus de nos têtes qui nous sont alors imposées. C’est la vraie situation devant laquelle nous nous trouvons. C’est un recul très préoccupant de la démocratie et jusqu’à ce qu’on s’en occupe, et jusqu’à ce qu’on considère cela comme une question centrale pour résoudre tous nos problèmes, incluant l’environnement et le changement climatique, nous n’avanceront pas très loin.» Michael Meacher Député du Labour au parlement britannique « La seule solution, c’est décroître, c’est de réduire la consommation. Cela peut être mis en place rapidement. Le Premier ministre peut décider du jour au lendemain de signer un décret réduisant la vitesse à 90 km/h sur autoroute, réduisant la consommation de carburant de 10% en une seule journée. J’avais proposé à l’Assemblée une loi pour ponctionner les bénéfices de Total de 5 Milliards d’euros permettant de remplacer une partie des chaudières au fioul des ménages mais Devedjian, alors ministre de l’Industrie avait levé les bras au ciel et répondu : »Pas possible ! ». Il faudrait 20 à 25 milliards d’euros pour entreprendre des changements majeurs sur le chauffage et l’isolation des logements mais le problème, c’est la volonté politique. Pourtant, il faut réduire la consommation sous peine de se retrouver sous un gouvernement autoritaire. » Yves Cochet Membre du parti des Verts Ancien Ministre de l’Environnement Député du XIème arrondissement de Paris La fission et la fusion nucléaire sont-elles des alternatives valables ? L’énergie nucléaire fût sûrement le sujet le plus controversé de la conférence, à telle point que le débat fût stoppé pour éviter la confrontation. Le premier jour, Pierre-René Bauquis, maintenant professeur à l’école de l’Institut Français du Pétrole (IFP), et auparavant conseiller spécial du président de TotalFinaElf, qui était annoncé pour faire une présentation sur la gaz naturel, a finalement parlé du remplacement du pétrole par le nucléaire. Selon lui, le nucléaire pourrait permettre d’améliorer la production pétrolière et son raffinage par son apport de chaleur, de vapeur et d’électricité, notamment la production de pétrole extra-lourd au Canada. Il expliqua qu’on pouvait imaginer la production d’hydrogène à partir de la fission nucléaire, hydrogène qui pourrait ensuite transformer en pétrole synthétique par électrolyse ou thermochimie, procédé viable d’ici 2020. L’hydrogène pourrait aussi aider à augmenter les rendements agricoles, améliorer les procédés GTL et CTL et enfin permettre l’électrification du parc automobile. Sa conclusion fût que le nucléaire permettrait d’alimenter 60% du parc automobile d’ici 2100 et que le XXIème siècle serait l’âge d’or de l’industrie pétrolière et gazière mais surtout de l’énergie nucléaire. Le jour suivant, Richard Dittmar, physicien du CERN maintenant appelé Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire, le plus grand centre de recherche des particules du monde, fit une présentation sur les perspective de l’énergie nucléaire de fission et de fusion. Comme le commenta Jeremy Leggett, qui présidait la matinée, cette présentation « fût une entreprise de démolition pour l’industrie nucléaire ». Commençons par la fission nucléaire. Il y a actuellement 439 réacteurs nucléaires en activité dans le monde. Une centaine de ces réacteurs ont plus de 30 ans et vont être décommissionnés dans les 10 à 15 ans qui viennent. Dans le même temps, 3 à 4 nouveaux réacteurs en moyenne seront mis en activité chaque année. Aussi, la production d’électricité par le nucléaire devrait augmenter de 0,3% par an. La fraction d’électricité produite par l’énergie nucléaire fut la plus importante en 1993, à 18%. Aujourd’hui, elle est de 15,2%., ce qui ne correspond qu’à 2,5% de l’énergie finale utilisé dans le monde. Ensuite, il expliqua que les réacteurs à neutrons rapides ou surgénérateurs, tels que Superphénix en France, ont soulevé beaucoup d’espoirs il y a 30 ans mais n’ont donné aucun résultat et ont tous cessé de fonctionner sauf un en Russie. Les résultats des expérimentations sont peu connus. Le programme de la génération IV des réacteurs nucléaires, qui devraient être aussi des surgénérateurs, a été lancé en 2002. Leur construction commercial étaient prévue pour 2030. Six prototypes devaient être construits dans les 10 à 15 ans. En 2007, 5 ans après, aucun résultat d’expérimentation n’a été publié et très peu d’argent a été versé pour ces projets. Est-ce que la génération IV est viable ou est-ce bidon ? Mais ce fût sur la production d’uranium que Dittmar surprit le plus l’assistance. Actuellement, les 439 réacteurs nucléaires produisent 371 GWh et nécessitent 67000 tonnes d’uranium naturel par an. La production d’uranium issue des mines d’uranium totalisait 41700 tonnes en 2005 puis 39400 en 2006. Le reste de l’approvisionnement est assuré par les stocks commerciaux et militaires ainsi que du recyclage. La mine de Cigar Lake au Canada devait être mise en activité en 2007 mais une grave inondation de la mine en octobre 2006 a repoussé son ouverture à 2011.  « cet incident est l’équivalent pour l’industrie nucléaire de ‘perdre le pétrole de l’Arabie Saoudite’ pendant quelques années.» Michael Dittmar En se basant sur un document publié par la société de production d’uranium Nukem, il prédit qu’il va manquer 5000 tonnes d’uranium par an d’ici 2009-2010 et que 5 à 10% des centrales nucléaires vont se trouver dépourvu d’uranium pour continuer à fonctionner.   Le prix de l’uranium a été multiplié par dix depuis deux ans comme le montre ce graphique : Cette annonce fit l’effet d’une bombe dans l’assistance et plus tard, M. Bauquis, furieux, demanda à pouvoir répondre à cette présentation point par point, ce qui lui fut refusé. Concernant la fusion, le principal point est que le seul processus de fusion que l’on puisse entreprendre nécessite du deutérium (H2) et du tritium(H3). Le tritium n’existe pas sous forme naturel et peut être obtenu dans les réacteurs de fission nucléaire. Un réacteur de fusion de 1GWh nécessiterait 200 kg de tritium par an. Or, on peut espérer produire à peine 30 kg de tritium dans le monde d’ici 2030 à partir des réacteurs nucléaires actuelles. De plus, la fusion nucléaire ne fonctionne actuellement pas. « Il n’y a pas encore une seule expérience qui montre que le cycle de fusion à partir du deutérium et tritium est viable » Dr Abdou , directeur du « Fusion Science and Technology Center » d’UCLA Aussi, ITER n’est en gros qu’une vaste fumisterie et n’est qu’une dépense d’énergie et d’argent inutile qui aurait pu être utilisé pour la transition énergétique.. C’est l’arrogance et la croyance religieuse dans la science et la technologie qui nous mèneront à notre perte, comme d’autres précédentes civilisations construisaient des palais de plus en plus gigantesques, mobilisant des ressources considérables alors que la population commençait à mourir de faim… FIN Emmanuel Broto.
Author: "makhnovitch"
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Date: Tuesday, 06 Nov 2007 12:15
Merci à Vincent pour avoir communiquer cet article. L’embargo israélien sur les carburants commence à affecter la vie quotidienne des habitants de la bande de Gaza. Face à la pénurie, les trafics se multiplient. Gaza. « on va vers une pénurie et une catastrophe ». Mahmoud Al-Chawa a pris la mesure de l’embargo israélien sur les carburants. Président de l’association des importateurs palestiniens de gaz et carburants il aligne des chiffres inquiétants : « 180 000 litres de gazole au lieu de 400 000 ; 50 000 litres d’essence au lieu de 120 000 ; les livraisons quotidiennes ont été réduites de moitié par les Israéliens. Côté fioul pour les centrales électriques, c’est la même chose : 270 000 litres au lieu de 400 000. Il ne manquerait plus que les Israéliens décident de ne pas fournir leur électricité, qui représente 40% de nos besoins et ce serait catastrophique ». Les gens roulent au gaz. La bande de Gaza, étranglée par la fermeture des points de passage de Kami et Soufa, manquait déjà de sucre, de farine, d’huile et de lait pour les enfants. Les stocks des commerçants sont épuisés. « Il n’y a plus de produits d’entretien, plus de lait en poudre », explique un épicier. La raréfaction du carburant met désormais en péril d’autres secteurs de l’économie. Les horticulteurs, qui ont déjà du mal à écouler leurs fraises et leurs fleurs, vont bientôt manquer de gazole pour leurs pompes à eau. Les propriétaires de couvoir sont tout aussi désespérés : comment vont-ils faire survivre leurs poussins si le chauffage ne fonctionne pas ? «c‘est grave parce que le poulet constitue la seule viande que les habitants peuvent encore trouver et qu’ils peuvent encore se permettre d’acheter ». Pour le Gazaoui, la vie devient de plus en plus précaire. Avec quoi vont-ils se chauffer alors que l’hiver approche ? Les prix des denrées alimentaires explosent ; celui de l’essence est aussi élevé qu’en France alors que le pouvoir d’achat est dix fois inférieur. « les gens roulent au gaz ; ils ont bricolé leurs moteurs. Mais le gaz augmente aussi. La bombonne vaut l’équivalent d’une douzaine de dollars, alors qu’en Egypte, elle n’en vaut qu’un seul ! » explique un chauffeur de taxi en quête des précieuses bombonnes. Ces pénuries exacerbent le marché noir. « plus personne n’achète des armes », explique Rami, un contrebandier qui opère sur la frontière entre Gaza et l’Egypte. Ses produits ? Du lait, des produits alimentaires, des pièces détachées, du Viagra et des cigarettes dont le prix a été multiplié par cinq. « il n’y a plus que le tabac qui rapporte ». « La contrebande, explique Rami, ce n’est pas difficile. Les frontières, les points de passage, tout s’ouvre avec de l’argent ». Mais à Gaza, désormais, même l’argent manque.
Author: "makhnovitch"
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Date: Monday, 05 Nov 2007 20:42
Le 27 juillet 2007, j'ai publié un article intitulé "retour sur le futur proche". Dans cet article, j'étais revenu sur les courbes de production mondiale tout liquide de l'AIE et de l'USEIA. Le but était de montrer la pression de la demande sur la production et notamment sur l'OPEP. Maintenant, nous sommes plus de trois mois plus tard dans le dernier trimestre 2007. Les prix du pétrole ont bien explosé et sont proches des 100$ comme je l'avais supposé dans cet article : "Les prix devraient en toute logique bondir à des niveaux qu'on ne peut prédir. Je pense que nous dépasseront les 100$ le baril voire atteindront les 150$ d'ici la fin de l'année surtout si le dollar continue sa chute. Aussi, nous entrons dans ce qu'on peut appeler la phase d'impact du processus du pic pétrolier. Le marché était jusqu'à maintenant guidé seulement par la demande et donc par des aspects économiques. L'OPEP était chargée de gérer les prix en ouvrant ou fermant les robinets de ses immenses gisements dont tout le monde pensait qu'ils étaient inépuisables . Cette période est maintenant close. Nous entrons dans une nouvelle logique où le marché pétrolier sera guidé par les capacités de production. La demande devra suivre en fonction et les prix seront la variable d'ajustement.  L'homme devrait perdre tout contrôle sur l'évolution des prix et ceux-ci devraient devenir de plus en plus volatiles." Ma théorie est que l'été 2007 constitue un point de bascule après lequel le marché entre dans un déséquilibre permanent entre l'offre et la demande. Le marché devient guidé par la production et non plus par la demande, ou du moins par l'évolution de la demande en fonction de la production. Alors qu'auparavant, c'était l'inverse : la production s'adaptait en fonction de la demande et c'était l'OPEP qui faisait office de régulateur. Cette bascule devrait provoquer une perte progressive du contrôle de prix par les marchés et un volatilité extrême. C'est ce qu'il s'est produit ces trois dernières semaines avec des hausses brusques des prix du baril. Qu'en est-il maintenant? C'est ce que nous allons voir dans les graphiques suivants. La situation n'a pas véritablement changé sauf que l'on sait un peu mieux où l'on va. Regardons tout d'abord la courbe de production mondiale tout liquide actualisée depuis 2001.   La situation n'a pas vraiment changé et pour l'instant, c'est toujours le mois de juillet 2006 qui remporte la palme, que ce soit pour l'AIE ou pour l'USEIA. Il est à noter que les chiffres de l'OPEP donne le mois de septembre 2007 supérieur à juillet 2006. Je crois maintenant que le niveau de juillet 2006 a des chances d'être battu en octobre ou décembre 2007 ou encore en janvier 2008. La production mondiale devrait augmenter dans les mois à venir sauf peut-être en novembre à cause de la maintenance dans les gisements des Emirats Arabes Unis. En effet, côté production non-OPEP, les maintenances en Mer du Nord et au Mexique sont finis, et de nouvelles mises en production au Brésil devraient arriver. La production devrait augmenter en Chine et en Afrique et peut-être au Canada. Côté OPEP, la production des 10 pays de l'OPEP soumis aux quotas devraient monter aux alentours de 27,2 mb/j d'ici novembre et la production de l'Angola continuer à progresser. Ainsi, l'OPEP12 pourrait atteindre entre 31 mb/j et 31,5 mb/j d'ici la fin de l'année. La production de gaz naturel liquide de l'Arabie Saoudite devrait augmenter aussi de 0,2 mb/j. Aussi, la production totale de l'OPEP pourrait atteindre 36 mb/j et la production non-OPEP tourner autour de 50-50,5 mb/j. C'est-à-dire que la production mondiale pourrait monter aux alentours de 86-86,5 mb/j au quatrième trimestre 2007. Cependant, je ne pense pas que la production de pétrole brut dépassera le pic de mai 2005. Cependant, comme nous allons le voir plus loin, cela ne suffira à couvrir la demande. Par conséquent, la pression sur l'OPEP ne va pas baisser bien au contraire. Aussi, la progression actuelle de la production mondiale correspond en fait à la tentative ultime de la production mondiale. Cette progression va atteindre les véritables limites de la production mondiale sauf à ce que la demande et la production chute brutalement pour cause  géopolitique ou économique. Mais si il se trouvait que la production mondiale se remettait à baisser alors même que la demande ne serait toujours pas couverte, que les stocks continuaient à baisser alors il sera évident que cette baisse serait incontrolée. Quand est ce que cela va se produire? je dirais à la louche que la baisse ne devrait pas se produire après la fin du printemps 2008, d'ici 8 mois. A combien se trouvera-t-on a ce moment là? On ouvre les mises? Je pense donc que la présente hausse de la production est la dernière tentative possible de battre le pic mondial sur une base mensuelle car ensuite, les forces du déclin vont reprendre le dessus et c'en sera définitivement fini avec tout espoir de parler du pic au futur. Sur une base annuelle, je pense que le pic de pétrole conventionnel (version AIE) est maintenant quasi certain à 2005. Je place la fenêtre du pic du pétrole tout liquide entre 2006 et 2008. Ensuite, le pic non-OPEP devrait arriver entre 2007 et 2008... En effet, de nombreux pays sont sur le point de basculer dans le déclin d'ici 2010 et ce sera leur agenda qui va déterminer la progression des événements. Les principaux sont la Russie, l'Iran, la Chine, L'inde, l'Azerbaijan (passage au plateau), l'Algérie, le Qatar. Les jeux sont donc pratiquement faits...C'est en fait le pire scénario qui est en train de se produire. C'est à dire que le pic va être dépassé, les stocks vont commencer à se vider et toujours aucune action politique digne de ce nom n'aura été entreprise. La population se trouvera toujours dans une parfaite inconscience du danger réel alors que la phase T2 va s'approcher rapidement... Bon, revenons sur les graphiques de l'offre et de la demande d'ici à fin 2008. Regardons la demande mondiale de pétrole tout liquide d'ici 2008. Je donne les deux courbes de juillet 2007 et octobre 2007 ainsi que la production jusqu'au troisième trimestre 2007. Les prévisions d'octobre 2007 sont un peu moins hautes sur la demande au quatrième trimestre puisque la demande passe de 88 mb/j prévue en juillet 2007 à 87,6 mb/j en octobre 2007. Sur le troisième trimestre, la demande passe de 86,2 mb/j en juillet 2007 à 85,5 mb/j en octobre 2007. En toute logique, les prévisions de demande du quatrième trimestre devraient continuer à baisser dans les mois qui viennent, peut-être aux alentours de 87 mb/j. Vous pouvez quand même apprécier la forte poussée prévue de la demande dans les 15 mois à venir. C'est considérable et même si cette prévision est trop optimiste, cela restera très difficile à satisfaire. Maintenant regardons les previsions de production non-OPEP avec la production de gaz naturel liquide de l'OPEP. Ce graphique ne change pas vraiment de juillet 2007 non plus. L'AIE assume toujours que la production non-OPEP va fortement augmenter durant ce trimestre et le trimestre suivant. Cette augmentation serait de 1 mb/j à chaque trimestre. Cela parait très ambitieux. Nous reviendrons dans un article suivant sur la production non-OPEP et ses possibilités. Cependant, si on assume que cette augmentation va se réaliser, cela ne résout pas vraiment le problème de l'OPEP comme nous allons le voir dans le graphique suivant. Ce graphique a été publié aussi en juillet 2007. Aujourd'hui, je publie le "Call on OPEP" version octobre 2007 en plus en laissant visibles les prévisions de juillet 2007. En vert, ce sont les possibilités ultimes de l'OPEP selon l'AIE et leur évolution. On peut donc constater que le  "Call on OPEP" au quatrième trimestre est encore assez important, bien que moins fort qu'en juillet. Je pense que la production de l'OPEP va atteindre aux alentours de 31 mb/j au quatrième trimestre. Le "Call on OPEP" sera de 32,7 mb/j. Par conséquent, il devrait manquer 1,7 mb/j à l'appel....On comprend mieux la nervosité des marchés actuellement. C'est-à-dire que même dans les scénarios optimistes de l'AIE, on ne passe plus. De plus, ces provisions sont en train de devenir réalité puisque les stocks de pétrole brut de l'OCDE se vident concrétement pour compenser le manque. Il ya des chances que cet écart d 'environ 1,5 mb/j entre la production et la demande ne change pas vraiment dans les deux trimestres à venir. Il est en effet largement possible que la production non-OPEP soit inférieure aux prévisions mais que la demande soit aussi inférieur aux prévisions. L'un dans l'autre, cela devrait laisser le "Call on OPEP" dans les mêmes eaux... Ces 1,5 mb/j pourront être compenser par quatres sortes de stocks : -les stocks industriels de l'OCDE -les stocks stratégiques de l'OCDE -les stocks en transit et dans les bateaux -le 'Miscellaeaous to balance" correspondant aux stocks non comptabilisés au sein de l'OCDE et les stocks non-OCDE. La moyenne de cette catégorie des huit derniers trimestres est de +0,5 mb/j mais va tendre à baisser vers les négatifs. Comment va se répartir le manque? On peut penser que les deux-tiers vont au moins être assumé par les stocks industriels de l'OCDE, c'est à dire au moins 1 mb/j. cela aménerait à une baisse de stocks d'environ 180 mb d'ici fin mars par rapport à fin septembre. Evidemment, si la production non-OPEP n'était vraiment pas au rendez vous, on pourrait alors assister à une chute plus rapide des stocks industriels qui peut monter à environ 250 ou 300 mb d'ici fin mars... Emmanuel Broto.  
Author: "makhnovitch"
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Date: Friday, 02 Nov 2007 20:34
Voici encore une nouvelle semaine avec des records du prix du baril. Le prix se trouve actuellement proche des 96$ et finira sûrement la semaine à New York dans ces eaux là. Je vais donc publier des graphiques qui vont permettre de faire le point sur le prix du baril en prenant le Light Sweet Crude Nymex comme base et faire le point sur les stocks de l'OCDE. Le prix du Sweet Light Crude Nymex Les graphiques sont tirés du site "oil energy". Ci-dessous le premier graphique qui remonte sur 6 mois. On peut voir trois poussées de fièvre. La première démarre début mai autour de 62$ et monte régulièrement jusqu'au premier août à 78$. Cette montée dure trois mois et monte donc de 15$, c'est à dire 5$ par mois. On observe un recul courant août jusqu'à 69$. La seconde poussée de fièvre commence autour du 20 d'août et monte aux alentours de 84$ le 20 septembre. Cette poussée est donc nettement plus forte puisque la montée est de 15$ en un mois, c'est à dire trois fois plus forte. Les prix se stabilisent alors aux alentours de 80$ jusqu'au 8 octobre. Depuis le 8 octobre, on observe la troisième poussée de fièvre en six mois. Le baril est passé de 79$ le 8 octobre à 95$ le 31 octobre. Il a donc pris 16$ en 23 jours, c'est à dire une montée mensuelle moyenne de 21,5$. Si cette poussée se poursuivait à ce rythme jusqu'à fin novembre, dans le cas d'une baisse constante des stocks de brut aux USA ou de ruptures d'approvisionnements, le Nymex atteindrait 116$ le premier décembre! Prenons de la distance et regardons 12 mois en arrière. On peut voir que le Nymex se trouvait autour de 60$ fin 2006 avant de descendre vers 50$ en janvier et de remonter vers la tranche 55-65$ jusqu'en mai avant les trois poussées de fièvre que nous avons décrit plus haut. On peut mesurer la hausse des prix depuis le début de l'année. En 10 mois, le baril est passé de 50 à 95$. Il a donc presque doublé. Enfin, si on revient jusqu'en 1920, sans ajuster à l'inflation, on peut voir l'ampleur de la montée des prix de ces dernières années. Celle-ci a commencé en 1998 quand les prix sont retombés à 10$. La moyenne en 2007 sera au moins de 70$ voir de 75$. Les stocks commerciaux et stratégiques de l'OCDE Passons à la deuxième partie de cet article. L'évolution des prix sont liés aux stocks de l'OCDE comme les deux dernières semaines l'ont montré avec la publication hebdomadaire des stocks américains chaques mercredi conduisant à chaque fois à des montées de 7 à 8$ en deux jours. Nous allons ici juste regarder trois graphiques des stocks commerciaux et stratégiques de l'OCDE. Ces graphiques montrent donc l'évolution des stocks totaux de l'OCDE. Plus tard, nous reviendrons sur ces stocks plus en détail. Le graphique suivant montre l'évolution de ces stocks depuis 1973. Ceux ci sont passés de 2600 mb (millions de barils) en 1973 à presque 4200 mb en 2006. Pour chaque année, les stocks correspondent au niveau observé au mois de décembre de chaque année. Cette courbe retrace un pan d'histoire. Entre 1973 et 1978, on peut voir une montée assez rapide des stocks avec l'instauration des stocks stratégiques de l'AIE créée en 1974 après la panique du premier choc pétrolier. Puis au moment du second choc pétrolier entre 1978 et 1980, les stocks passent de 3100 à 3600 mb car les pays du Moyen-Orient ouvrent les vannes à plein régime pour compenser le choc pétrolier. Mais ensuite, il se produit une surproduction et les pays du Moyen-Orient ralentissent fortement leur production jusqu'en 1985. C'est à partir de ce moment là que la guerre des quotas de l'OPEP commencent et que les US et l'angleterre poussent l'Arabie Saoudite à rouvrir les vannes pour couler l'URSS. Par conséquent, les stocks recommencent à gonfler jusqu'à 3700 mb au début des années 90. Ensuite, mis à part 1998, les stocks oscilleront entre 3700 mb et 3900 mb jusqu'en 2002. En 1998, il y aura surproduction à cause d'une décision de l'OPEP d'augmenter la production alors qu'une crise financière ralentissait fortement l'activité. Puis depuis 2002, date à partir de laquelle les prix ont commencé à monter de manière continue et exponentielle, les stocks ont gonflé de manière linéaire et sont arrivés à presque 4200 mb en décembre 2006. 2006 est-elle l'année du pic des stocks de l'OCDE? Ce graphique ne permet pas de le dire. Pour mieux apprécier ce qu'il s'est passé ces dernières années, il faut rétrécir le champ de vision. Le graphique suivant montre les stocks depuis 2001 sur un rythme mensuel. On peut voir une chute assez brutale des stocks fin 2003 puis une remontée quasiment aussi rapide. On peut observer que la véritable croissance des stocks commence au printemps 2004 au moment où le baril atteint 40$ et que l'OPEP augmente dramatiquement sa production. Entre le printemps 2004 et septembre 2006, les stocks vont gonfler de 350 mb.  Puis le niveau des stocks reculera de 150 mb entre septembre 2006 et mars 2007 annulant exactement les gains des six mois précédents. Aussi, le niveau des stocks de l'OCDE reviendra exactement au même niveau en mars 2007 qu'en mars 2006, à 4100 mb. J'ai toutes les raisons de penser que le pic observé en septembre 2006 à 4256 mb est le pic absolu des stocks commerciaux et stratégiques de l'OCDE. Pourquoi? Parcequ'il est improbable que la demande redevienne franchement inférieure à l'offre dans les temps à venir. La production mondiale ne va cesser de courir après la demande d'ici à fin 2008. Ensuite, le déclin général de la production mondiale va s'aggraver en 2009-2010 et les mesures d'urgence de l'AIE seront plus que nécessaire. Le but sera alors de tout faire pour que le système puisse continuer à tourner à peu près normalement et nous nous nous trouverons sûrement à la limite de la pénurie réelle alors que les gouvernements devront sans cesse prendre des mesures additionnelles pour limiter la demande. Le graphique ne montre pas ce qu'il s'est passé au printemps et cet été. En gros, les stocks sont remontés jusqu'en juillet à environ 2170 mb puis ont baissé de 21 mb en août puis 27 mb en septembre. Ils devraient se trouver aux environs de 4120 mb fin septembre 2007.  Courant octobre, les gains de printemps vont encore une fois être annulé et les stocks vont passer en dessous de la barre des 4100 mb. D'ici janvier, ils devraient atteindre la barre des 4000 mb et donc le niveau de mars 2005. Ensuite, d'ici mars 2008, ils devraient au moins descendre à 3900 mb sinon plus,  c'est à dire le niveau de mars 2004. Ensuite, inch'allah! Pour finir, voici un graphique de l'AIE sur les dix dernières années qui montrent  les stocks uniquement commerciaux  de l'OCDE.  Le pic de septembre  2006 ne dépasse pas le pic de 1998 qui monte  à 2800 mb.  En effet, entre 1998 et 2006, les stocks stratégiques ont considérablement augmenté. Aussi, la baisse que nous allons voir dans les prochains mois ne va s'appliquer que sur les stocks commerciaux et ceux-ci pourraient pas contre descendre au niveau de 2003 d'ici mars 2008. La pression sera donc plus forte par le déclin plus apparent sur les stocks commerciaux. Emmanuel Broto.
Author: "makhnovitch"
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Date: Thursday, 01 Nov 2007 17:10
Je reviens sur mon terrain de prédilection, le pétrole, sa vie, son oeuvre et je vais m'écarter des sujets qui fachent pour les temps à venir. Je reviens sur la publication hier des stocks pétroliers aux USA qui font tant monter les prix puisque ceux-ci ont atteint plus de 96$ hier à New York alors qu'ils se trouvaient vers 88$ avant le rapport hebdomadaire de l'USDOE. La glissade du dollar et la baisse des taux d'intérêts par la FED n'y sont pas étrangers évidemment. Il faudrait d'ailleurs montrer la corrélation de plus en plus forte entre le dollar et le pétrole et l'or comme monnaie refuge. Mais la panique de plus en plus manifeste devant la baisse des stocks ne peut être évacué. Et cette panique vient bien du fait que le marché se demande si les fondamentaux entre offre et demande ne sont pas en déséquilibre... Dans cet article, nous allons juste voir l'état des stocks pétroliers et le prix aux USA. Voici la courbe des stocks de pétrole brut aux USA selon l'USEIA le 31 octobre 2007. On peut voir que les stocks sont montés à plus de 350 millions de barils en juillet puis sont redescendus vers 320 au cours du mois de septembre et sont maintenant à 312 millions de barils. La courbe bleue est la tranche moyenne d'évolution des stocks ces 5 dernières années. Aussi, les stocks se trouvent toujours dans la partie haute de la tranche.  Nous verrons dans d'autres articles sur les stocks que le point de bascule de juillet 2007 se voit dans les stocks de pétrole brut de l'OCDE. Et, c'est bien normal puisque ce point de bascule correspond à la perte d'équilibre entre l'offre en pétrole brut et la demande finale en produits raffinés. Aussi, les raffineries ont demandé plus de pétrole que ce qui est produit et les consommateurs ont demandé aussi plus de produits raffinées que les raffineries ont produit conduisant à une baisse des stocks des pétrole brut et de produits raffinés. Mais la nouveauté du mois de juillet est le déclin des stocks de pétrole brut car ceux-ci augmentaient jusqu'à présent contrairement aux produits raffinés.  Ensuite, les prix du Brent et du WTI sont publiés depuis novembre 2005 et on peut mesurer la montée des prix. Les prix étaient montés à environ 78$ le baril pendant l'été 2006 puis était redescendus jusqu'à 50$ en janvier 2007. Depuis le début de l'année, les prix sont montés assez régulièrement sans qu'il n'y ait de franches ruptures de production.  Cette montée s'est même accélérée depuis août puisqu'en trois mois, les prix sont passés de 70 à 95$. L'état des stocks de pétrole brut aux USA dépend de l'écart entre l'approvisionnement en pétrole des stocks par la production domestique et par les importations  et leurs vidages par les raffineries. Commençons par la quantité de pétrole qui entrent dans les raffineries aux USA. Depuis un an, on peut voir que le pic est en août à environ 16 mb/j et est descendu jusqu'à 15 mb/j fin octobre. Les maintenances des raffineries sont faites en ce moment avant de repartir à plein régime pour l'hiver. Si l'on regarde les importations, on peut voir que celles-ci en 2006-07 ont été moins importantes qu'en 2005-06 et qu'on peut observer un net fléchissement fin octobre. La semaine dernière les importations sont descendus à 9,1 mb/j et cette semaine 9,4 mb/j. Voici la courbe de production domestique de pétrole brut des USA. Sur la courbe 2005-06, on peut voir le rétablissement de la production après Katrina jusqu'en février puis une stagnation depuis lors 5 et 5,3 mb/j. On observe un légère baisse ces derniers mois. Ensuite, passons aux stocks de produits pétroliers après le passage en raffinerie. Voici la courbe des fameux stocks d'essence US.  On peut voir que la courbe des stocks en 2007 ne ressemble guère à celle des 5 années précédentes. Après une hausse importante en février, ce fut une chute toute aussi rapide qui s'en suivit jusqu'en mai juste avant la fameuse période des vacances d'été aux US. Ce fut ainsi une belle frayeur quand les stocks tombèrent à moins de 200 mb en mai. Mais finalement grâce à des importations conséquentes provenant principalement d'Europe, les stocks purent quand même se maintenir. Mais en août, ce fut la chute jusqu'à 190 mb. La production domestique chuta avec les importations alors que la consommation se maintenait encore jusqu'en septembre. Ensuite, la consommation commença à baisser et les stocks ont stagné et se sont remplumés légérement. Il existe au niveau du système d'approvisionnement en essence sur l'ensemble des USA un niveau mimimum d'opération (MOL : Minimum Operating Level) en dessous duquel on commence à observer des pénuries. Il a été évoqué que ce niveau se trouverait à 185 mb mais cela est incertain car très peu d'information a été publié sur ce sujet. Les stocks de propane ont évolué en dessous des 5 dernières années et se trouvent toujours dans la tranche basse de la moyenne. Cela signifie que si l'hiver est rude, les stocks de propane pourrait descendre à des niveaux critiques... Enfin, les stocks de produits distillés qui eux se trouvent sur la partie haute de la moyenne des 5 dernières années. Que peut-on en conclure? Le marché pétrolier des USA est de loin le plus important puisque les USA consomment le quart du pétrole dans le monde. On peut observer que la situation des stocks d'essence et de propane n'est pas des meilleurs mais c'est surtout la situation des stocks de pétrole brut qui inquiète car ceux -ci baissent vite avec des importations qui sont trop faibles alors même que les raffineries ne tournent qu'à 86% d'activité. Il est donc de plus en plus évident qu'il n'y a pas assez de pétrole qui entre aux USA en ce moment. Est-ce que cette situation est passagère ou structurelle? Telle est la question mais les semaines passent et l'agitation des marchés est de plus en plus fébrile car quand les raffineries vont augmenter leur rythme, et si les importations ne sont pas au rendez vous, les stocks de pétrole brut vont chuter encore plus vite jusqu'à des niveaux critiques. Emmanuel Broto.
Author: "makhnovitch"
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