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Date: Wednesday, 16 Apr 2014 19:29

Ce papier a été publié par Charlie Hebdo le 9 avril 2014

Mission impossible pour Ségolène Royal, qui doit se coltiner au ministère les ingénieurs des Ponts et des Eaux et forêts. Derrière les rideaux de fumée, la « noblesse d’État » décrite par Bourdieu réclame la seule chose qu’elle connaît : des coulées de béton.

Pas la peine de mentir : on ne voyait pas Ségolène Royal revenir au ministère de l’Écologie, 20 ans après avoir occupé le poste. Ben oui. Royal a été ministre de ce qu’on appelait l’Environnement entre avril 1992 et mars 1993, juste avant la branlée monumentale des législatives, qui a dû rappeler des souvenirs au père Hollande. Député sortant de Corrèze – déjà -, il avait en effet été sèchement battu par le candidat UDF-RPR de l’époque.

Donc, Royal. Ne jamais oublier qu’elle n’a pas réussi grand-chose. À l’Environnement, en 1992, elle a lamentablement foiré une Loi sur les déchets, qui devait interdire les décharges dès 2002, sauf pour les déchets dits ultimes. 22 ans plus tard, il existe encore des centaines de décharges en France, et rien n’indique le moindre mouvement en sens contraire. Certes, toute la société a merdé. Mais Royal encore plus.

Deuxième raté : le Marais poitevin. Élue du coin comme députée, puis présidente de la Région, elle connaît le dossier par cœur. L’une des plus splendides zones humides de France a été drainée en bonne part, et transformée en une immensité de maïs dopé aux pesticides. Elle a  blablaté, ferraillé à l’occasion avec Raffarin, l’autre ponte local, côté droite, mais elle a laissé faire. Elle y pouvait rien ? En tout cas, elle n’a rien foutu.

Que vient-elle traîner dans la galère gouvernementale ? Le ministère de l’Écologie appartient de longue date aux grands ingénieurs, cette « noblesse d’État » décrite avec bonheur par Bourdieu dans un livre de 1989. En la circonstance, au corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF). On ne peut que survoler : les ingénieurs des Ponts ont absorbé par fusion ceux des Eaux et Forêts (Igref), et forment l’ossature administrative du ministère de l’Écologie. Or les Ponts, qui existent depuis avant la révolution de 1789, auront tout fait : les routes et ronds-points, les autoroutes, les villes nouvelles comme l’atroce Marne-la-Vallée, les ZUP pouraves de banlieue. Les Igref, de leur côté, ont assaisonné les restes : remembrement des campagnes, destructions des haies, « rectification » ou canalisation des voies d’eau, plantations massives de résineux. L’anti-écologie.

Royal sait à quoi s’en tenir, et elle ne va certainement pas mener des combats perdus d’avance. Elle a en ligne de mire deux dates clés : la loi de transition énergétique d’une part ; le sommet mondial sur le climat qui doit se tenir en 2015 à Paris. Charlie a déjà parlé de la prochaine loi Énergie, prévue avant l’été. Pour l’heure, les grands lobbies industriels – Total et de Margerie, EDF et Proglio – mènent le bal, en plein accord avec Hollande, qui a un besoin crucial de ces poids lourds pour fourguer son Pacte de responsabilité.

Margerie comme Proglio refusent à l’avance qu’on leur fasse payer une transition vers des énergies vraiment renouvelables. Business as usual. Total guigne une hypothétique exploitation des gaz et pétroles de schiste en France et EDF exige qu’on lui foute la paix avec le nucléaire. Que peut espérer Royal contre son ancien jules, Valls, Montebourg et Cazeneuve, appelé jadis le « député Cogema » à cause de son militantisme pronucléaire ? Elle a intérêt à trouver avant les grandes vacances.

Quant à la réunion sur le climat, l’affaire s’annonce là aussi délicate pour Royal. Car jusqu’ici, tous les rendez-vous depuis la conférence de Kyoto, en 1997, ont échoué, faute d’accord sérieux entre le Nord et le Sud. Ajoutons un mot sur l’Agriculture, secteur décisif pour qui se préoccupe des écosystèmes. Le Foll maintenu, c’est l’assurance que les liens noués en profondeur avec la FNSEA de Xavier Beulin seront maintenus.

Or Beulin, chantre de l’agriculture industrielle, ne rêve que d’une chose : installer des fermes des 1000 vaches et des usines à biocarburants. Il est donc raccord avec Proglio et Margerie, mais aussi avec les ingénieurs anciennement des Eaux et Forêts qui tiennent le ministère de l’Agriculture. Lesquels ne rêvent que d’une chose : industrialiser ce qui ne l’a pas encore été. Les surprises ne sont pas terminées.

Author: "fabrice" Tags: "Développement, Politique, Agriculture(s..."
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Date: Sunday, 13 Apr 2014 09:26

Je vous ai déjà dit deux mots à propos d’un livre en préparation. Son écriture me dévore une énergie telle que je ne dispose pas du temps que je souhaiterais ici. Mais voilà que je suis dans la dernière ligne droite : il paraîtra en septembre aux éditions Les Liens qui Libèrent (LLL). J’ai beaucoup de chance, car mon éditeur est un excellent éditeur. En outre, Henri Trubert - son nom - est devenu au fil des ans, depuis qu’il a édité chez Fayard, en 2007, Pesticides, révélations sur un scandale français (avec mon coauteur François Veillerette), un ami. Il est donc très plaisant de travailler en se sachant soutenu.

Ce livre parle de la chimie, de l’industrie chimique, de la manière dont cette industrie a pris la place inouïe qui est la sienne. Vient qui veut sur Planète sans visa, et c’est très bien ainsi. Mais parmi les milliers de lecteurs que j’ai l’honneur de recevoir, il en est qui sont prêts à me donner un coup de main. À eux, je me permets de demander de l’aide, dès à présent, pour faire savoir autour d’eux que ce livre va sortir. J’en ai besoin, car les fenêtres d’édition, quand elles s’ouvrent, se ferment au plus vite. Il n’est donc pas trop tôt pour vous alerter. Et soyez tous certains que je n’oserais pas ces mots s’il ne s’agissait que de mon sort personnel. Sans l’ombre d’un doute, ce livre concerne chacun d’entre nous, à plus d’un titre.

Il va de soi que je ne prétends aucunement que le livre sera bon. Ce que je dis, car je sais ce qu’il contient, c’est qu’il rendra lisibles des informations très importantes. Voilà. Je vous laisse ci-dessous les premières et les dernières lignes du prologue, dont je ne peux garantir qu’elles seront dans la version définitive du texte. Elles sont fort guillerettes à côté des 23 chapitres qui suivent.

« C’est un monde splendide, onirique, où tout semble possible. L’entrechoquement est l’un des grands maîtres de cérémonie, servi par les passions les plus vives. On aime à la folie et l’on se jette sans façon dans les bras d’un qu’on ne connaissait pas la milliseconde d’avant. On déteste violemment et l’on s’enfuit à la vitesse du son, sans se retourner sur un passé qui n’a jamais existé (…)

————–

 >  Autrement exprimé, la quête immémoriale de la connaissance chimique est une belle disposition de l’esprit. Il faudrait être singulièrement tourné pour ne pas apprécier la capacité de quelques humains à passer leur vie au milieu des cornues et des formules. À distance, la geste du Persan Jâbir ibn Hayyân, découvrant – probablement – l’acide chlorhydrique au 8ème siècle de notre ère, remplit d’une joie enfantine. De même Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, autre Persan, entre 9ème et 10ème siècle, isolant l’acide sulfurique et l’éthanol. De même Paracelse décrivant pour la première fois il y a près de 500 ans la formation de l’hydrogène en versant du vitriol sur du fer. De même Michael Sendivogius, subodorant, à l’orée du 17ème siècle, l’existence de l’oxygène. De même, au siècle suivant, Joseph Black et son « air fixe », autrement appelé le gaz carbonique. De même Lavoisier, Volta, Gay-Lussac, Berzelius, Faraday, cent autres.

> Non, décidément non, ce livre n’est nullement une condamnation de la chimie. Il démontre, à l’aide de quantité d’exemples difficiles à contester, que l’industrie née de cette quête mène une guerre non déclarée contre ce qui est vivant. Cela n’a rien à voir avec le génie de la découverte, mais tout avec les limites indépassables de notre espèce ».

Author: "fabrice" Tags: "Livres, Mouvement écologiste"
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Date: Friday, 11 Apr 2014 10:43

Vous m’excuserez, je l’espère. Comme je n’ai pas le temps, je vous laisse quelques mots seulement sur des livres qui s’entassent autour de moi. Le fait qu’ils s’entassent ne signifie évidemment pas qu’ils sont indignes d’intérêt. D’ailleurs, je les ai lus. Mais je n’ai pas le temps - bis repetita - d’en faire de véritables critiques.

Hervé Kempf a publié un livre sur la grande affaire de Notre-dame-des-Landes (Le Seuil, 160 pages et 10 euros seulement). Hervé est un ami, et je collabore au site qu’il a créé, Reporterre. Ceci posé, c’est la première fois que le gros des infos est rassemblé, et d’une manière très agréable. Hervé raconte fort bien le début, le milieu et la fin toute provisoire de cette bagarre qui unit tant. N’hésitez donc pas ! Ce livre est fait pour circuler, et servir.

 

couvertureLa vignette est toute petite, mais il s’agit d’un livre d’entretiens avec Noam Chomsky, menés par l’Américaine Laray Polk (Guerre nucléaire et catastrophe écologique, Agone, 190 pages, 15 euros). Le propos de Chomsky est comme à l’habitude intéressant, et le livre vaut à coup certain le détour. Simplement, j’ai réalisé combien était grand, malgré tout, le fossé qui existe entre un type comme lui et un gars comme moi. Sa vision de l’écologie s’inscrit dans un cadre - pour aller vite, le « progressisme » - qui n’est pas le mien.

 

 Pierre Athanaze ! S’il n’y en avait qu’un, j’aimerais que cela soit celui-là. Athanaze est le président de la très belle Association pour la Protection des Animaux Sauvages (Aspas). C’est un naturaliste de qualité, c’est un humain de grande qualité - oui, je le connais -, et son livre sur le lynx en France mérite amplement l’arrêt (Qui veut la peau du lynx, éditions Libre et Solidaire, 250 pages, 19,90 euros). Des Vosges au Jura, de la disparition de l’animal à son retour - naturel ou par réintroduction -, Athanaze nous restitue une histoire qu’une poignée seulement de passionnés connaissait. Je crois pouvoir dire qu’il aime l’animal.

 

 

’Association pour la Protection des Animaux Sauvages - See more at: http://www.aspas-nature.org/aspas/presentation-generale/#sthash.bcgiS3c7.dpuf

’Association pour la Protection des Animaux Sauvages - See more at: http://www.aspas-nature.org/aspas/presentation-generale/#sthash.bcgiS3c7.dpuf

’Association pour la Protection des Animaux Sauvages - See more at: http://www.aspas-nature.org/aspas/presentation-generale/#sthash.bcgiS3c7.dpuf

 Jared Diamond, vous voyez ? C’est l’auteur de l’impressionnant Effondrement, paru en 2006. Dans Le monde jusqu’à hier (Gallimard, 570 pages, 24 euros), ce grand biologiste et ornithologue s’interroge sur ce que les sociétés anciennes peuvent nous apprendre sur la manière d’habiter la Terre. La naïveté n’est pas au programme de Diamond - pas de « bons » sauvages à l’horizon -, mais l’intelligence et le questionnement, oui. Que nous disent-ils sur l’éducation, la vieillesse, la nourriture, la santé, le danger ? C’est passionnant.

 

 Je reprends rapidos ce qui figure sur la couverture du livre de Marc Giraud : De la grenouille poilue à la vache volante, les animaux extraordinaires de la Terre. J’ai lu Super Bestiaire (Robert Laffont, 320 pages, 22,90 euros) à sa sortie fin 2013. C’est rempli d’histoires de bêtes, réellement inouïes la plupart du temps, racontées d’une manière heureuse et drôle par Giraud, qui est un naturaliste de terrain du tonnerre de Dieu. Franchement, faut y aller.

 

Ah la belle idée ! Je suis en train de lire Un an dans la vie d’une forêt (David Haskell, Flammarion, 356 pages, 21,90 euros). Haskell est un biologiste américain qui a décidé de rendre visite à 1 mètre carré d’une forêt des Appalaches, pendant une année entière. Il s’agit donc d’un éphéméride, qui nous permet, en une quarantaine de saynètes, de découvrir ce qui change, ce qui bouge, ce qui naît, ce qui meurt sur cette minuscule surface. Cette dernière est appelée le mandala, mot sanscrit qui signifie cercle. L’expérience est prodigieuse, mystique, très belle aussi. Je n’ai pas fini, mais je suis assez d’accord avec l’avis de Jean-Marie Pelt : un chef-d’œuvre de l’écologie.

C’est tout pour aujourd’hui.

 

 

Author: "fabrice" Tags: "Livres"
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Date: Thursday, 10 Apr 2014 08:47

Cet article a paru dans Charlie Hebdo le 2 avril 2014

Ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Obsédé par la croissance, Hollande vient de recevoir en grande pompe le président chinois. Il oublie un détail dont il se contrefout d’ailleurs : la Chine est en train de sombrer.

« Ah les cons ! ». En 1938, Daladier rentre d’Allemagne, où il vient de signer les catastrophiques Accords de Munich. Au Bourget, où il atterrit, la foule en liesse salue l’homme qui, croit-elle, vient de sauver la paix. Le poète et diplomate Saint-John Perse qui accompagne le président du Conseil, l’entend distinctement insulter les nigauds qui l’acclament.

Bis repetita ? Le président chinois Xi Jinping a passé deux jours en France, la semaine dernière, avec 200 patrons de chez lui. Derrière les contrats et les fleurs, derrière les grandes tapes dans le dos, la réalité est simplement apocalyptique. Sauf erreur, aucun journal français n’a seulement noté la parution, il y a plusieurs mois, d’un recensement officiel du ministère chinois de l’eau (1). Accrochez-vous, il n’y pas d’erreur de frappe : environ 28 000 rivières ont disparu du pays entre les années 90 et aujourd’hui.

Cela commande quelques explications. 800 000 personnes sont allés sur le terrain, et n’ont trouvé que 22 909 cours d’eau dont le bassin était supérieur à 100 km2, contre à peu près 50 000 il y a vingt-cinq ans. Que disent les bureaucrates du parti communiste ? Que les cartes anciennes n’étaient pas fiables et que le dérèglement climatique aurait bien pu assécher quelques rivières. En marge des médias officiels, c’est un tout autre débat que mènent quelques critiques autour de l’écologiste Ma Jun, auteur d’un livre sensationnel paru en 1999 (en anglais, China’s Water Crisis).

Ma Jun, qui donne l’impression d’un bien grand courage, a donné une tout autre explication au journal The Australian, qui paraît, comme son nom l’indique, en Australie : « Une des raisons principales est la surexploitation des nappes d’eau souterraines, mais la destruction de l’environnement est une explication complémentaire, car la disparition des forêts entraîne une baisse des pluies sur nos montagnes ». Sans que personne ne s’en soucie, la Chine a donc changé de structure physique, perdant jusqu’au souvenir de rivières coulant depuis des dizaines de millénaires.

Tous les connaisseurs du dossier savent que la Chine est devenue folle, pompant sans aucun contrôle l’eau de ses rivières pour soutenir cette expansion qui fait saliver en France Hollande et Bartolone. Ce dernier, président de l’Assemblée nationale, est allé jusqu’à déclarer, au cours d’une visite à Pékin, en janvier : « La croissance, nos entreprises sont prêtes à la chercher jusqu’ici, en Chine. À cet égard, venir en Chine c’est humer un bon air d’optimisme ». Un trait d’humour, alors que les 20 millions d’habitants de Pékin étouffaient dans un infernal nuage de pollution ? Même pas.

La Chine peut-elle espérer continuer ? Quelques années, sûrement. Mais à terme, on ne voit pas comment une économie qui nie à ce point des réalités de base pourrait survivre sans un krach écologique aux dimensions bibliques. La tension ne cesse de monter entre l’Inde et la Chine – toutes deux puissances nucléaires -, car la première accuse la seconde de vouloir piquer une partie des eaux descendant du plateau tibétain vers les plaines alluviales indiennes, par exemple celle du Brahmapoutre.

Un premier barrage, celui de Zangmu, devrait être terminé en 2015, mais d’autres projets bien plus spectaculaires encore, sont sur la rampe de lancement. Les Chinois, qui le nient, prévoiraient un détournement massif d’eau pour abreuver leur Nord assoiffé. De leur côté, les Indiens le répètent sur tous les tons au cours de nombreuses réunions bilatérales : toucher à l’eau qui descend de l’Himalaya serait un casus belli.

Dans ces conditions, que penser de la joie au cœur de Hollande, Bartolone et consorts ? En 2011, le géologue chinois Fan Xiao remettait aux autorités un rapport on ne peut plus flippant (A Mighty River Runs Dry) sur le plus grand fleuve d’Asie, le Yangzi Jiang (Yangtsé). Selon lui, si tous les barrages prévus sur son cours devaient fonctionner en même temps, il n’y aurait simplement pas assez d’eau dedans. Vive le commerce mondial ! Vive l’amitié franco-chinoise !

(1) http://www.irtces.org/isi/WebNews_View-en2.asp?WebNewsID=1003

Author: "fabrice" Tags: "Développement, Politique"
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Date: Tuesday, 08 Apr 2014 15:25

Quel fichu pays ! 65 millions de clampins comme moi, des centaines de journaux, et une seule Luce Lapin. Je connais personnellement Luce dpuis un peu moins de cinq ans, depuis que j’ai commencé à collaborer à Charlie Hebdo. Luce est unique, car elle tient une chronique hebdomadaire - Les Puces -  consacrée en totalité à la défense des bêtes. Dans Charlie, évidemment. Je connais un nombre considérable de crétins qui pensent que défendre des êtres comme les chiens, les chats, les oiseaux encagés, les rats ou les toros signifie être un suppôt du Front National. Pour être franc, je n’écoute plus ces conneries.

Pour moi, l’humanisme n’a de sens que s’il s’étend à tout ce qui vit, car l’homme, pour le malheur de tous, est le grand responsable des destructions, et doit à ce titre assumer les conséquences de ses actes. Il doit non seulement protéger, mais aussi (se) reconnaître et (s’)imposer des devoirs catégoriques, comme il existe des impératifs catégoriques. La vie des bêtes, dont nous sommes, mérite un immense espace qu’elle n’aura pas de sitôt. Chaque semaine, Luce crie, tempête, hurle contre la corrida, la vivisection, les abattoirs, la chasse et les gros connards si nombreux. Mais elle signale les actions, les mobilisations, l’espoir quand il est là. Je vais vous dire un truc très simple : je suis fier de travailler à ses côtés.

Pourquoi parler d’elle aujourd’hui ? Elle vient de lancer son propre blog ici, où elle me compte parmi ses chouchous. Eh bien, je l’embrasse sans manières, et vous invite à y aller voir. Et à laisser des petits mots d’encouragement, car la vie est cruelle pour ceux qui pensent à eux. Aux animaux, à leurs souffrances, à leurs existences.

Author: "fabrice" Tags: "Animaux"
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Date: Tuesday, 08 Apr 2014 10:19

Les plus fidèles lecteurs de Planète sans visa reconnaîtront, je l’espère, que je n’ai pas aboyé  contre Mélenchon depuis un petit moment. Évidemment, cela ne pouvait pas durer. Je viens de voir un échange entre lui et le journaliste Jean-Jacques Bourdin. Peu m’importe, en la circonstance, que le Líder Máximo du Parti de Gauche dise n’importe quoi - c’est le cas - sur les temps de parole accordés d’une part au Front National, et d’autre part au Front de Gauche. Oui, je m’en moque.

En revanche, pas question de laisser passer ses propos sur la mer, qui ne lui appartient pas encore. Ce grand « écologiste » autoproclamé rêve d’une vaste « exploitation » océanique. Pas un mot bien sûr sur le désastre biblique des pollutions marines et de la surpêche, car un tel homme est au-dessus de ces menues questions. Mais son œil de tribun s’allume quand il s’agit d’hydroliennes, d’éoliennes, d’aquaculture (ici, à partir de la minute 15).

En avant vers l’industrialisation des océans ! Sans évidemment s’en rendre compte, il donne la main aux relances productivistes qui sont au centre de toutes les stratégies des transnationales. Sous couvert de « développement durable » et de capitalisme vert, elles ne songent qu’à une chose : détruire le peu qui reste. Suez annonce ces jours-ci la mise en service d’une ferme éolienne colossale dans le nord du Brésil ET termine du même mouvement l’immonde barrage de Jirau, en Amazonie du Brésil.

Nul n’est obligé d’être d’accord avec moi, mais la flamme imbécile de Mélenchon, qui me rappelle, mutatis mutandis, les envolées staliniennes à la gloire des hauts-fourneaux, le rend complice de ce qui se prépare sur nos côtes déjà si éprouvées. Savez-vous qu’il existe des projets d’hydroliennes dans le raz Blanchard, à l’ouest de Cherbourg ? Que les fermes d’éoliennes off-shore d’Areva ou Alstom, champions du nucléaire et des turbines, poussent comme autant de bubons de la peste, jusque en baie de Seine ? Mélenchon y voit l’avenir. Pauvre monsieur, si ignorant des réalités élémentaires qu’il ose, face à Bourdin, parler d’un millier de kilomètres de côtes en France métropolitaine, alors qu’on en compte en vérité plusieurs milliers. Je ne donne pas de chiffre précis, car tout dépend du mode de calcul. En tout cas, 1 000 kilomètres, cela ne veut rien dire du tout.Peut-être aura-t-il pris un double-décimètre ? Peut-être n’est-il jamais allé à la mer ?

Franchement, vous qui croyez en l’écologie et en Mélenchon, ne voyez-vous pas comme un problème ?

Author: "fabrice" Tags: "Mouvement écologiste, Politique"
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Date: Monday, 07 Apr 2014 13:51

 J’enrage tout seul dans mon coin, car je vois défiler des articles imbéciles à la gloire de Jean-Louis Borloo, qui vient de se retirer de la vie politique française. Il est malade, affaibli. Bien entendu, je lui souhaite d’aller mieux, et ce n’est pas formel. Je le lui souhaite. Mais entendre un Placé dire qu’il a intéressé les Français à l’écologie ! Pour moi, il n’est pas question d’oublier ce que Borloo a été, ce qu’il a fait, ce qu’il a couvert. À commencer par cette farce tragi-comique appelée le Grenelle de l’Environnement, à laquelle presque tous les acteurs écolos ma non troppo ont participé.

Je vous laisse sur le sujet un extrait de mon livre paru en 2011, Qui a tué l’écologie ? (LLL), qui m’a conduit à rompre avec certains faux-amis. Bonne lecture, sans rire.

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Extrait de Qui a tué l’écologie ? Nous sommes après l’élection de Sarkozy, juste avant l’été 2007, et notre président cherche un ministre de l’Écologie après la défaite d’Alain Juppé aux législatives, qui le contraint à lâcher son poste.

Tout bien considéré, il ne reste guère que Jean-Louis Borloo. Quoi, ce type mal peigné, mal rasé, qui semble toujours sortir de son lit ? Oui. À cet instant de l’histoire, Borloo est l’archétype du garçon authentique, créatif, imaginatif. Et puis – défense de rire, ce n’est pas le moment –, n’est-il pas l’un des cofondateurs de Génération Écologie en 1990, invention politicienne destinée à empêcher l’émergence des Verts ? Qui oserait voir son autre face, celle du bateleur de foire impénitent ? Qui oserait dire qu’il a fait ses classes avec des pros nommés Michel Coencas et Bernard Tapie ? Il va bien falloir descendre dans les catacombes.

Au tournant des années 1980, Borloo a 30 ans. Jeune avocat, il a la singularité, dans ce milieu, de fort bien connaître le droit des affaires. Nul ne le sait encore, mais la crise économique commence, qui va marquer plusieurs générations. Droite comme gauche cherchent toutes les solutions possibles pour montrer qu’elles agissent. Cela sera la chance de Borloo. Les faillites commencent, et l’avocat aide les patrons à sauver ce qui peut l’être, s’appuyant strictement sur la loi. Rien à dire. Mais en 1982 – les socialistes viennent d’arriver au pouvoir –, Borloo noue un lien décisif avec une banque. Et pas n’importe laquelle. Elle s’appelle SdBO, ou Société de banque occidentale, une filiale du Crédit lyonnais. Créée en 1981 – grâce à la vague rose socialiste –, la SdBO a le magnifique projet de « réindustrialiser » les entreprises en difficulté.

Son directeur général, Pierre Despessailles, a été avant cela président de chambre au tribunal de commerce de Paris. Il a eu à connaître, de très près, la situation d’entreprises en grande difficulté, ce qui va se révéler fort utile. En outre, cet excellent homme est l’excellent copain d’un certain Bernard Tapie. Pas d’anachronisme : en 1982, Tapie n’est guère qu’un chanteur raté, qui s’est reconverti dans le rachat, pour le franc symbolique, de sociétés à bout de souffle.

Récapitulons : Despessailles, dont on ne sait pas encore qu’il sera poursuivi par la justice, copine avec Tapie, et le présente à Borloo, avocat plein de promesses. On peut parler d’un coup de foudre, lequel, aux dernières nouvelles, dure toujours. Près de trente ans d’amitié entre Borloo et Tapie, cela réchauffe le coeur.

La banque banque, Borloo encaisse
Alors commence une période d’euphorie. La banque banque – prêts, facilités de toutes sortes – et le duo Tapie-Borloo rachète à tout-va, devant les tribunaux de commerce que connaît si bien Despessailles, des ruines industrielles dont certaines se révéleront de purs joyaux. Il serait malhonnête d’oublier un autre personnage, Michel Coencas. Ce ferrailleur de haut vol – il dirigera, au sommet de sa gloire, 59 filiales et 13 000 salariés – se mêle au duo, ce qui en fait, sauf erreur, un trio. L’argent rentre à flots, et transforme les philanthropes en hommes riches. Le magazine américain Forbes classe Borloo parmi les avocats d’affaires les mieux payés au monde, Tapie et Coencas deviennent milliardaires.

Sautons un ou deux épisodes, pourtant édifiants, et précipitons-nous à Valenciennes pour cinq minutes d’arrêt. À la fin des années 1980, cette ville du Nord, de vieille industrie, est sinistrée. La sidérurgie et le textile ont disparu de concert, entraînant la cité dans un terrible déclin. Borloo, qui semble avoir épuisé les charmes sulfureux d’achats industriels pour le franc symbolique, se lance en politique. Il a vaguement été maoïste dans sa jeunesse, et il est parvenu à saluer le président Mao en personne, au même moment qu’une flopée d’autres maolâtres. En 1989, il n’est plus de gauche, il n’est pas de droite, quoique. Valenciennes est à prendre, et Borloo en devient le maire cette année-là, probablement pour des motifs dont il n’y a pas de raison de douter.

Tout indique que sa face lumineuse a trouvé là l’occasion d’exprimer une réelle compassion pour ceux qui souffrent et serrent les dents. On ne peut d’ailleurs exclure une sorte de tentative de rachat moral après tant d’années passées à la barre des tribunaux de commerce.

Valenciennes. Borloo va y retrouver comme par miracle ses deux compagnons de travail, Tapie et Coencas. Peut-être vous souvenez-vous du match truqué qui oppose le club de Valenciennes VA et celui de Marseille, le 20 mai 1993 ? Par sécurité, rappelons les faits. L’OM, le club marseillais, prépare une finale de coupe européenne contre Milan AC, huit jours plus tard, et ne souhaite pas fatiguer inutilement ses joueurs. Marseille, c’est l’Olympe, sans jeu de mots, et VA un pauvre club de province qu’il doit être possible d’acheter avec des cacahuètes. Ce qui se produit bel et bien. Sur ordre, les joueurs de VA laissent gagner l’OM. Le résultat est acquis, mais la funeste moralité du joueur valenciennois Jacques Glassmann conduit droit à une enquête judiciaire qui prouvera l’achat de joueurs par Marseille.

C’est le moment de se souvenir. Qui est le patron de l’OM ? Bernard Tapie, finalement condamné à deux ans de prison, dont un ferme. Mais qui préside le club VA au même moment ? Michel Coencas, que Borloo a fait venir à Valenciennes, probablement en souvenir du bon vieux temps. Attention, et ce n’est pas pure forme : dans cette affaire, seul Tapie a été mis en accusation. Rien ne permet de penser que Coencas ou Borloo étaient au courant de quoi que ce soit. Il reste que ce match d’anthologie, par un curieux hasard, rassemble dans une seule main le maire de la ville et les deux responsables des clubs concernés.

Est-ce bien tout ? Non. Certes, et j’y insiste, Borloo n’a été mis en cause dans aucune affaire judiciaire, ce qui en fait, et il n’y a pas d’arrière-pensée, un innocent.

Coupables, mais pleins aux as
Mais on peut, mais on doit écrire que Tapie, Coencas, et ce si brave directeur de la banque SdBO ont tous été lourdement condamnés pour différents délits graves. Tapie de nombreuses fois, pour tentative de corruption, fraude fiscale, faux, usage et recel de faux, abus de confiance, abus de biens sociaux. Coencas ira trois fois en prison entre 1995 et 2006, poursuivi notamment pour escroquerie et abus de biens sociaux. Quant à Pierre Despessailles, le directeur de la SdBO, il est mort avant de connaître les foudres de la justice. Je cite une dépêche AFP du 15 octobre 2009 : « En première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait jugé treize administrateurs et mandataires judiciaires dans cette affaire où le corrupteur présumé, l’ancien directeur général de la SdBO, Pierre Despessailles, est mort et l’action publique à son encontre est éteinte.

> Ce banquier était soupçonné d’avoir conçu un “pacte de corruption” afin d’inciter les prévenus à placer à la SdBO les fonds des sociétés en difficulté ou en liquidation dont ils s’occupaient, ainsi que leurs revenus professionnels. En échange, ces auxiliaires de justice installés en région parisienne auraient obtenu entre 1982 et 1996 des prêts, dont certains de plusieurs millions de francs, à des taux préférentiels pour l’époque (de 0 à 6 %). »

Remarquons ensemble combien la justice peut prendre son temps quand cela lui convient. Une condamnation définitive en 2009, quand les faits remontent, pour les premiers, à 1982, vingt-sept ans avant. Mais quelle prévenance ! Et ajoutons pour faire le compte que la SdBO a commencé ses magouilles dès 1982. L’année où son directeur Despessailles met en contact Tapie et Borloo. Encore une fois, ne rusons pas avec la loi. Rien n’indique, chez Borloo, le moindre délit. Mais tout montre qu’il a fréquenté des gens habitués à toutes les acrobaties et trucages financiers. Sans que cela le gêne plus que cela, puisqu’il fréquente toujours et Tapie et Coencas.

Peut-être vaut-il mieux connaître ces menus détails avant de continuer le chemin. Question : Jean-Louis Borloo n’aura-t-il pas été marqué, bien malgré lui, par une décennie de fréquentations constantes avec des escrocs ? L’hypothèse n’est pas folle, comme on va en juger de suite. Et pour l’occasion, on se contentera d’un exemple presque anodin, celui des maisons magiques à 100 000 euros.

Mais où sont donc passées les maisons à 100 000 euros ?
Commençons par un arrêt qui n’a rien de symbolique, à l’extrême fin de 2001. Borloo est « déçu » par la politique. Il est, confie-t-il aux gazettes (L’Expansion du 20 décembre 2001), ruiné par Valenciennes, ville dans laquelle il aurait investi et perdu beaucoup d’argent personnel. Il laissera d’ailleurs tomber son poste de maire en 2002.

Dans le même temps, il est tout de même le porte-parole d’un certain François Bayrou, candidat aux élections présidentielles prévues au printemps 2002. On a connu plus ferme appui, car Borloo ne cache pas qu’il soutient Bayrou un peu comme la corde soutient le pendu. Pour parler comme Nanar Tapie, son vieux pote, Borloo taille costard sur costard à Bayrou, qui n’en peut mais. Il a 50 ans, et jure qu’il va recommencer le grand tour des tribunaux de commerce, et enfiler de nouveau la cape noire d’avocat d’affaires. Ne vient-il pas de tourner autour du dossier de reprise de Moulinex, qui a déposé son bilan en septembre 2001 ?

Que penser de tout cela ? Au moins que la fréquentation assidue de Tapie et Coencas, moeurs incluses, ne l’a pas dégoûté des affaires. Et c’est heureux, n’est-ce pas ? Mais le coup de blues ne dure qu’un mois. Après avoir lâché en rase campagne ce pauvre Bayrou, Borloo remonte sur son cheval, et devient ministre de la Ville en 2002, puis de l’Emploi, puis du Logement. Arrêtons-nous une seconde : nous sommes en 2005, et notre bon garçon annonce le 25 octobre vouloir construire 20 000 à 30 000 « maisons à 100 000 euros » par an.

Voilà une intention sociale indiscutable. Aidées par l’État, des dizaines, des centaines de milliers de « vraies gens », modestes en diable, vont pouvoir devenir propriétaires. Comme on respire déjà mieux ! Le dispositif, auquel « tous les maires » doivent donner la main, permettra d’offrir « aux ménages les plus modestes » des maisons « respectant des normes strictes en matière de développement durable », assurant au passage « des économies d’énergie ». Ce n’est pas encore le Grenelle, mais on s’en approche gentiment. Une telle initiative mérite, cela va sans dire, les journaux télévisés du soir, la grande presse, de longs entretiens. S’il est une chose qu’on ne contestera pas à Borloo, c’est son (grand) art de la mise en scène médiatique. Je ne sais combien d’articles cette opération de bluff aura suscités, mais je dirais avec retenue : beaucoup.

Le mot bluff est-il ici déplacé ? Abritons-nous sous l’ombre vertueuse du Figaro, assez peu suspect de nuire aux droites gouvernementales. Édition du 29 janvier 2008, et citation : « Fin 2005, Jean-Louis Borloo lançait à grand renfort de communication la maison à 100 000 euros. Entre 20 000 et 30 000 de ces habitations devaient sortir de terre chaque année en faveur du logement social. De quoi satisfaire les 87 % de Français déclarant que l’accès à la propriété est une priorité. Plus de deux ans après ces déclarations, le bilan est catastrophique. “Actuellement, quatre maisons ont vu le jour”, déclare l’Association française pour l’accession à la propriété (Afap), baptisée un temps “Association des maisons à 100 000 euros”. »

La si belle opération de Génération Écologie
L’on sait depuis Mitterrand qu’il faut savoir « laisser du temps au temps ». Voyons donc le bilan à l’extrême fin de l’année 2010. Y est-on ? Les pauvres sont-ils enfin logés ? Le quotidien La Croix du 7 décembre 2010 : « Environ six cents nouveaux propriétaires ont été séduits par le dispositif lancé par Jean-Louis Borloo en 2005 (…) et la plupart des familles modestes qui ont opté pour l’achat d’une des maisons à 100 000 euros le regrettent déjà. En effet, le programme qui proposait prêt à taux zéro et mensualités ne dépassant pas le prix d’un loyer a fait sortir de terre des logements dont la qualité laisse à désirer, pour des prix au final de 30 à 50 % plus élevés que prévu. Murs lézardés, fenêtres qui ne ferment pas… » Trois cents maisons sur 150 000 prévues en cinq ans. Les gens qui se sont fait piéger par cette noble opération crient tous au scandale et craignent que leur malheureux toit ne leur tombe sur la tête.

Mais qui s’intéresse aujourd’hui à de tels détails ? En décembre 2007, Borloo, devenu ministre de l’Écologie dans les conditions que l’on va découvrir, se baigne à Bali (Indonésie), toujours sous l’objectif des caméras. Il n’est plus question de maisonnettes pour les pauvres, car on considère désormais, d’un vaste regard circulaire, les si lourdes affaires de la planète. Si Jean-Louis Borloo plonge dans l’océan le 13 décembre 2007, en marge de négociations internationales sur la question climatique, c’est pour réimplanter un morceau de corail sur un massif malmené. En tout point charmant.

Borloo prétendra que l’opération n’était pas prévue au programme – télés, radios, journaux étaient bien entendu présents – et pour preuve, prétendra ne pas disposer de maillot de bain ad hoc. On verra donc le ministre, qui pilote le Grenelle de l’environnement – nous y sommes – depuis septembre, sauter à l’eau en caleçon bleu. Bleu comme la mer.

Au fait, Borloo est-il écologiste ? Il faut bien dire deux mots de la création croquignolette de Génération Écologie, en 1990. L’année précédente, aux élections européennes du 10 juin 1989, les Verts, conduits par Antoine Waechter, ont obtenu 10,59 % des voix. Il est de bon ton, dans les journaux, de moquer Waechter au profit du flamboyant Cohn-Bendit. Le premier serait un nain, le second un grand politique. La réalité est un peu différente, même si la mémoire est totalement absente des « analyses » politiques habituelles. Le fait est, pourtant, que Cohn-Bendit, dix ans plus tard – le 13 juin 1999 – n’aura fait, lui, que 9,72 %. Mais il passe si bien à la télé.

En 1989, l’étonnante percée électorale des Verts fait résonner une vilaine musique aux oreilles du président, qui s’appelle alors François Mitterrand. Ce manoeuvrier hors pair est parvenu au pouvoir grâce à l’affaiblissement du parti communiste, dont il aura toute sa vie préparé la disparition. Ses réflexes politiques, jusqu’à la fin de sa vie, l’auront toujours conduit à flairer, à redouter la concurrence. Les Verts étaient-ils un nouveau signal ? Le temps du Parti socialiste, sa chose, approchait-il de son terme ? Mitterrand était trop fin pour croire que l’on pouvait arrêter un mouvement historique par la ruse. Au reste, comment distinguer, à distance, l’écume et la vague ? Dans le doute, on pouvait toujours espérer retarder les échéances. Et c’est ce qu’il fit.

De la même façon qu’il manipula le mouvement des jeunes immigrés au début des années 1980, propulsant le duo Harlem Désir-Julien Dray, « créateurs » de SOS-Racisme, il poussa Brice Lalonde à créer Génération Écologie. Un mot sur Lalonde, membre du PSU – alors parti soixante-huitard – au début des années 1970 : écolo pendant une décennie, il évolua ensuite de plus en plus vite vers la droite, devenant ces dernières années un proche de l’ultralibéral Alain Madelin.

On reviendra sur son cas, qui ne manque pas d’un certain intérêt. En 1990, donc, Génération Écologie. Lalonde a été nommé sous-ministre à l’Environnement en 1988, puis ministre délégué en 1990. Il n’est pas lieu ici de raconter comment ce parti fictionnel fut installé sur la scène médiatique. Le fait est qu’aux régionales de 1992, il fit à peu près jeu égal avec les Verts, les deux mouvements approchant 14 %, quand les socialistes ne dépassaient guère 18 %. Mitterrand avait vu juste : il y avait bien le feu au lac.

Ajoutons un ultime détail, qui ne manque pas de fraîcheur rétrospective : parmi les fondateurs de Génération Écologie, tout proche alors de Lalonde, un certain Jean-Louis Borloo. Ce n’est pas que rigolo, car ce lointain engagement politicien permet encore à ce dernier d’exciper d’une profonde préoccupation pour la planète. Bien entendu – mais qui sera surpris ? –, Borloo ne s’est jamais souvenu, en vingt ans, qu’il avait aidé Lalonde dans un énième « coup », cette fois au service de Mitterrand qui venait d’être réélu pour sept ans, bouchant l’avenir politique à droite.

Je gage donc que Jean-Louis Borloo se moque du sort des écosystèmes. Et il n’est pas besoin de courir bien loin pour le prouver. Lorsque Sarkozy est élu président de la République le 6 mai 2007, Borloo se retrouve au gouvernement. Pour y défendre les rivières, les sols, les forêts, les ours, les baleines, pour y pourfendre les industriels irresponsables qui préfèrent leurs profits au maintien des équilibres essentiels ? Borloo est nommé le 18 mai ministre de l’Économie. Un poste décisif, un marchepied pour parvenir au poste de Premier ministre, qui fascine et obsède le grand écologiste. Tout est bien. La place est belle, elle est superbe, mais elle ne sera octroyée que quelques courtes semaines. Car, comme je l’ai raconté plus haut, Juppé a été balayé aux législatives par les électeurs de Bordeaux, et doit quitter le gouvernement avant d’avoir pu déballer ses affaires.

Quand Sarkozy décide finalement de proposer le poste de ministre de l’Écologie à Borloo, celui-ci se cabre. Il aurait même, dans un premier temps, refusé ! Je ne suis pas, pas encore, une petite souris, et ne peux garantir ce dernier point. Mais une personne proche du dossier, comme disent les gens sérieux, m’en a fait la confidence. Baste ! ce n’est pas essentiel.

Author: "fabrice" Tags: "Morale, Mouvement écologiste, Politique"
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Date: Sunday, 06 Apr 2014 13:13

La procrastination est un mal commun. Le mot désigne cette faculté largement - mais inégalement - répartie de remettre au lendemain la tâche qui nous attend sur l’immense étagère que vous savez. Je suis donc en retard d’au moins une quinzaine de livres, mais je vais commencer par deux revues qui méritent un coup de chapeau.

D’abord un spécial Loup du Courrier de la Nature, la revue de la Société nationale de protection de la nature (SNPN). En 76 pages, d’excellents naturalistes passent en revue quelques-unes des grandes questions posées par le retour de Canis lupus, notre cher Grand Méchant Loup, chez nous. Je signale d’emblée l’article signé François Moutou, longtemps épidémiologiste à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Anses), que je connais assez pour le saluer au passage. Moutou nous livre un aperçu très riche des origines du Loup, de son écologie, de son comportement, de ses capacités de reproduction. Comme il est agréable de lire un homme savant qui sait écrire pour tous ! J’ai appris différentes choses, mais la plus considérable est qu’il existe des loups en Afrique, passés totalement inaperçus des observateurs, qui les confondaient avec les chacals dorés ! Combien ? Moutou parle de 80 000 femelles, ce qui est gigantesque. Pour mémoire, il y aurait environ 35 000 loups dans tout le Canada, et autour de 10 000 en Alaska.

Les autres articles sont de belle qualité. Le Suisse Jean-Marc Landry nous offre une histoire du Loup en France, s’appuyant à la fois sur les travaux de François de Beaufort et sur ceux de l’historien Jean-Marc Moriceau, malmené par de nombreux naturalistes pour avoir rapporté plusieurs milliers d’attaques de loups sur l’Homme dans notre pays. Anne Lombardi raconte l’aventure, la grande aventure du Réseau Loup-Lynx qui permet à des centaines de correspondants de suivre chaque année, sur le terrain, la trace de ces magnifiques animaux.

Vincent Vignon, pour sa part, décrit le rôle considérable du Loup dans la défense et illustration de la biodiversité, sujet central de tant de polémiques. On le sait, les ennemis du Loup prétendent que les ovins, en montagne, sont les meilleurs agents de la biodiversité, et que les loups en seraient les adversaires, voire les ennemis. Lire Vignon permet de comprendre simplement la complexité des liens écosystémiques. Quand il note : « Le loup est en position de contrôle du système herbivore », on a envie d’applaudir, car cette phrase est le point d’orgue d’un vaste développement sur ce qui unit prédateurs, ongulés, végétation. Oui, croyez-moi, c’est intéressant.

L’autre revue, que certains de vous connaissent certainement, s’appelle La Garance voyageuse. Je reçois ce cadeau des cieux chaque trimestre, et le dernier numéro, le 104, a pour thème « Plantes et villes ». Je crois sincèrement que tout est à lire, mais comme il me faut choisir, je vous signale un papier d’Alain Baraton, le jardinier du parc du château de Versailles, que j’ai eu la chance d’interroger sur place il y a quelques années. Baraton raconte ce qu’il pense de l’arbre dans les villes, où il subit tant de malheurs quotidiens. J’ai également aimé une déambulation urbaine de Patrick Derennes et un zoom de Boris Presseq sur les si curieuses stratégies de dispersion des plantes soumises aux règles de la ville. Admirez avec moi la graine d’Erodium ciconium, dont la forme hallucinée de tire-bouchon fonctionne un peu comme une vrille, qui lui permet de s’enfouir au profond des friches. Et encore ce texte de Jean-Michel Lecron sur les intenses amours entre les murs et les plantes. Et encore, et encore, et encore.

Cela fait des années que je souhaite parler de cette revue hautement improbable, dont le siège se trouve dans un village cévenol de Lozère, Saint-Germain-de-Calberte. Je connais mal l’histoire du groupe de bénévoles qui publie La Garance, mais j’ai souvent pressenti qu’elle était, au-delà des fatigues et départs inévitables, une fort belle aventure. Les articles, accompagnés d’une véritable iconographie, sont précis, instructifs, savants même, mais avant tout, ils transportent. N’importe où en France, n’importe où dans le monde, dans l’histoire, dans les livres, dans le destin de quantité de naturalistes et voyageurs des temps passés ou présents. Et je vous assure qu’un non-botaniste comme moi y est toujours le bienvenu. Bref. Formidable.

Author: "fabrice" Tags: "Biodiversité, Beauté"
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Date: Thursday, 03 Apr 2014 07:21

Cet article a été publié le 27 mars 2014 par Charlie Hebdo

Comique troupier un jour, comique troupier toujours. Brice Lalonde, l’ancien du PSU et des Amis de la Terre, devenu ultralibéral et pote d’Alain Madelin, lance une OPA sur le WWF, un an avant le Sommet du climat de Paris.

Brice Lalonde est de la race costaude des morts-vivants. Tu l’as à peine jeté de la fenêtre du troisième étage qu’il est déjà dans l’escalier de secours, à remonter quatre à quatre. Ainsi qu’on va voir, il s’est une nouvelle fois remis en selle. Cette fois aux côtés de son vieux compagnon Philippe Germa, propulsé à la tête du WWF en France. Mais qui est-il ? Pour les jeunes et les oublieux, une mise à niveau s’impose.

Jusqu’en 67, il est au PSU, sous l’aile d’un certain Rocard. En 68, il est soixante-huitard. En 69, il est aux Amis de la Terre. En 74, il est de la campagne du vieux Dumont à la présidentielle. En 81, il se présente lui-même à cette dernière. En 89, il accepte d’être secrétaire d’État – à l’Environnement – de son pote Michou Rocard. En 90-91, il monte avec Mitterrand et Jean-Louis Borloo sa petite entreprise, Génération Écologie, pour torpiller les Verts naissants. En 95, ruiné politiquement, il devient maire d’un patelin breton, Saint-Briac et proche de l’ultralibéral et sympathique Alain Madelin.

Ensuite, comme Madelin, les affaires. Il devient consultant dans des projets de « développement » en Afrique, et doit son premier come-back politique à Sarkozy soi-même, qui le nomme « ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique ». Un triomphe, qui mènera à la faillite du sommet de Copenhague, en décembre 2009, dont Lalonde n’est quand même pas le seul responsable.

Quand même pas. Il est ensuite chargé par l’ONU – et Sarko en coulisses - de préparer le deuxième Sommet de la Terre de Rio, en juin 2012. Peu de gens savent que ce raout est totalement infiltré par l’industrie transnationale, et que son inventeur, Maurice Strong, a dirigé les plus grosses boîtes canadiennes, comme PetroCanada ou Ontario Hydro, géant de l’hydro-électricité et du nucléaire.

Donc Lalonde. On croyait bêtement que le Sommet de Rio serait son chant du cygne, mais tout au contraire, ce n’était qu’un tremplin. Le voilà de retour pour une opération grand style qui concerne le WWF. La machine à sous décorée d’un panda, c’est ça. Le WWF a été créé par des riches chasseurs britanniques en 1961, et depuis cette date, n’a jamais cessé de fricoter avec les plus grosses boîtes de la planète. Du côté des premiers financiers, on peut citer Mobutu, le cher ange propriétaire du Congo (ex-Zaïre) entre 1965 et 1997, McNamara, le grand responsable des bombardements massifs sur le Vietnam ou encore, pour la rigolade, madame André Bettencourt. La vieille ? C’est cela même.

Le WWF-international a décidé il y a deux ans de faire le ménage dans sa section française, soupçonnée d’altermondialisme. L’ancien directeur, Serge Orru, est débarqué en septembre 2012, et comme par enchantement, Philippe Germa prend sa place en janvier 2013, avec le plein soutien de la navigatrice Isabelle Autissier, présidente du WWF, pleine de belles compétences patronales.

Le WWF nouvelle manière adore le capital sans frontières. Ainsi, Germa est banquier, venu d’une entreprise transnationale d’origine néerlandaise, ABN AMRO. Et son nouveau directeur des programmes, Christophe Roturier, a bossé en Afrique dans les « équitables » échanges de cacao entre la France et des pays comme la Côte d’Ivoire. Il a également été le salarié d’Arvalis-Institut du végétal, chantre de l’agriculture industrielle.

Lalonde dans tout cela ? Il vient d’entrer à pas feutrés dans le conseil d’administration du WWF-France, où l’attendait Germa, un ami de quarante ans, qui fut le trésorier de Génération Écologie. Reconstitution de ligue dissoute ? Ça y ressemble. Mais il y a plus : le 14 mars, sur Europe 1, Lalonde déclare sans état d’âme sa flamme au gaz de schiste et au nucléaire. Or le WWF-International et son homme au conseil d’administration du WWF-France, Jean-Paul Paddack, préparent avec ardeur le prochain sommet mondial sur le climat, qui se tient à Paris en 2015. Lalonde, selon des confidences recueillies par Charlie, deviendrait une pièce maîtresse de ce dispositif. Sous les applaudissements de Total, Exxon, BP, Shell et Areva. Compris ?

Author: "fabrice" Tags: "Morale, Développement, Industrie et pro..."
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Date: Thursday, 03 Apr 2014 07:06

Cet article a été publié le 20 mars 2014 par Charlie hebdo

Un clan mafieux à la française contrôle l’enfouissement de déchets dangereux, façon Camorra de Naples. Derrière les gros titres de la télé, une autre réalité : les services d’État laissent faire les magouilleurs, car c’est la seule solution qu’ils ont trouvée.

Les journaux aiment enfiler des perles, ça passe le temps. Exemple entre cent : l’affaire de la décharge mafieuse. En deux mots, une famille de la grande truanderie – le clan Hornec -, installée à Montreuil, tout près de Paris, magouillait de manière à enfouir illégalement des déchets toxiques. Où ? À la frontière entre Seine-Saint-Denis et Seine-et-Marne, à Villeparisis. La combine est fort simple : on propose d’embarquer des déchets spéciaux, qui devraient être retraités dans des installations adaptées, et on les enterre dans des champs, si possible près de décharges autorisées, pour contrarier de très éventuels contrôles. Si l’industriel respecte la loi, il paie bonbon. S’il refile ses merdes sans savoir où elles atterriront, il fait une belle affaire.

S’agit-il, comme le répètent en boucle les gazettes, d’une importation des mœurs de la Camorra italienne, qui a pourri toute la région autour de Naples, la Campanie ? Rien n’est moins sûr. L’affaire de Villeparisis révèle en fait une impasse radicale, celle de la gestion des déchets de notre monde. En 2007, la farce du Grenelle de l’Environnement avait juré de réduire le volume de déchets ménagers de 7 % par habitant en cinq ans. Il est passé de 29,3 millions de tonnes en 2008 à 31,9 en 2012, soit une augmentation de 9 % qui ne veut de toute façon rien dire, car personne ne contrôle véritablement de tels flux.

Pour ce qui concerne les déchets industriels, les classements statistiques distinguent à la louche folklorique les déchets dangereux et non-dangereux. Vous m’en mettrez 315 millions de tonnes en 2008, dont 15 seraient craignos. Dans tous les cas, il faut banquer, et comme on ne parvient plus à ouvrir une décharge sans provoquer une levée de fourches, le système est auto-bloqué. La vérité approximative de l’affaire de Villeparisis, c’est que tout le monde est au courant, et que tout le monde regarde ailleurs.

La preuve par ce fait divers rapporté dans un coin du Parisien le 3 mai 2013. Près d’un an avant le supposé scandale en cours, la Direction départementale des territoires (ancienne DDE) fait les gros yeux à la société RTR, celle impliquée dans l’affaire Hornec. Des camions remplissent 18 hectares de terres proches de Villeparisis – là même où les flics viennent de débarquer – et exigent l’arrêt du déversement de déchets. RTR continue comme si de rien n’était. Un type de la DDT, dans Le Parisien : « Ces pratiques diffuses se multiplient. C’est difficile à contrôler ».

Ne rêvons pas : si les flics sont cette fois intervenus, ce n’est pas pour empêcher des enfouissements illégaux, mais pour coincer leurs ennemis jurés, les Hornec. Sur place, à Villeparisis, une association locale comme on les aime se bat depuis des années le dos au mur, dans l’indifférence la plus totale.  L’Adenca (http://adenca.over-blog.com) s’inquiète notamment pour les Grues, une petite rivière qui coule dans la Beuvronne, un affluent de la Marne. Le captage d’Annet, qui abreuve en eau potable 500 000 habitants, est juste en aval. Combien de points de contrôle de la qualité des eaux des Grues ? Aucun.

Aucun, et c’est plutôt vertigineux, car les Grues reçoivent les eaux de ruissellement de RTR – dépôt illégal -, de déchets dangereux de la société Paté de Villeparisis – dépôt illégal -, de l’ancienne décharge « Les Remblais Paysagers de Claye-Souilly » - dépôt illégal -, de la décharge BMR – dépôt illégal. Un mot de plus sur BMR, spécialisée dans « les déchets de chantier ». La boîte a pourri pendant 13 ans le site des Murs à pêche de Montreuil – chez les Hornec ! – déversant le chargement dégueu de centaines de camions, sans aucune autorisation. Ont-ils reçu la visite des flics ? Jamais. Après une énième mise en demeure, BMR a jugé plus prudent de quitter Montreuil pour dégueuler sur Villeparisis. Et se trouve depuis octobre 2013 en règlement judiciaire. Le nettoyage, s’il a lieu, sera payé sur fonds publics.

La morale de l’histoire est limpide : incapables de faire face à une situation délirante – la surproduction de déchets, y compris toxiques -, les services d’État laissent faire les margoulins. On pourrait presque ouvrir une chronique hebdomadaire.

Author: "fabrice" Tags: "Pouvoir et démocratie, Industrie et pro..."
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Date: Monday, 31 Mar 2014 13:40

Vous connaissez le principe du pâté d’alouette, n’est-ce pas ? Vous prenez un cheval, une alouette, et vous mélangez le tout. Sous le nom (à peine) frauduleux de « pâté d’alouette ». C’est à cette coquecigrue que je songe, en ce lundi après-midi, après avoir écrit quelques lignes, voici trois heures, sur le résultat des élections municipales françaises. Coquecigrue ! Le mot est apparu dans notre langue par la grâce exquise de Rabelais, dans son grandiose Gargantua, où son héros Picrochole « fut avisé par une vieille lourpidon que son royaume lui serait rendu à la venue des coquecigrues ».

La coquecigrue est une absurdité, car elle est le mariage entre un coq, une grue, et de la ciguë, ou une cigogne. Pourquoi avoir pensé à cela ? Toute la France politicienne, qui se compte tout de même en millions d’humains, attend avec fébrilité l’annonce d’un remaniement dans le sinistre gouvernement actuel de notre pauvre République. Et dans le même temps, on apprend la publication d’un nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Vous vous en doutez certainement, le dérèglement climatique s’aggrave dans des proportions terribles (ici).

Nous allons vers des conflits, des famines, des inondations, des sécheresses, une érosion massive, des extinctions d’espèces par milliers, l’acidification accrue des océans, le malheur pour tous ou presque. Parce que nous avons encore confiance dans des gens comme Hollande ou Sarkozy en France. Ou Merkel en Allemagne. Ou Obama aux États-Unis. Ou Poutine en Russie. Ou Li Keqiang en Chine. Ou Manmohan Singh en Inde. Le monde court de plus en plus vite vers une destinée affreuse, et tant d’entre nous se demandent qui sera ministricule. C’est ridicule. C’est abject. J’ai honte.

Author: "fabrice" Tags: "Morale, Politique"
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Date: Monday, 31 Mar 2014 08:55

Je ne vais pas m’imposer bien longtemps, rassurez-vous. Soit vous vous foutez des élections, soit vous avez eu bien assez de pauvres commentaires. Et donc, rapidement.

Ceux qui gouvernent, ceux qui aspirent à gouverner trouvent fort aisément leurs marques face à l’abstention record. Comme en Amérique, où la moitié des électeurs possibles ne se déplacent pas ? Comme. Nos Excellences de gauche et de droite démontrent, s’il en était besoin, qu’ils se moquent totalement de savoir si leur propre peuple marche un peu, beaucoup, passionnément, et finalement pas du tout. C’est une démonstration impeccable. Je rappelle que près de 40 % des Français ne sont pas allés voter pour une élection locale censée être la plus courue de toutes.

Deuxième point, corollaire du premier : ils ne représentent pas ce qu’ils prétendent. Aux 38 % d’abstentions hier, il faut ajouter les votes blancs ou nuls, qui ne sont opportunément pas comptabilisés de manière nationale, en tout cas pas ce matin. Je note qu’au second tour de la présidentielle de 2012, on en a compté deux millions, qui n’ont pas voulu trancher entre les deux zozos qui se présentaient. Et ne parlons pas de ceux qui, quelles que soient leurs raisons, ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Même en s’en tenant aux seules abstentions,  la réalité n’est certes pas ce qu’ils décrivent. Les chiffres donnés par Le Monde, qui doivent bien en valoir d’autres, indiquent : « Au niveau national, la gauche rassemble 40,57 % des suffrages, tandis que le bloc de droite s’élève à 45,91 %, et l’extrême droite à 6,62 % ».

Sortant ma calculette - je pratique peu, et si je me trompe, je rectifierai -, je traduis. 45,91 % pour la droite, cela représente 28,46 % des inscrits, compte non tenu des blancs ou nuls. On doit être en vérité aux alentours de 25 ou 26 %. Pourcentage de la gauche : 40,57 %, qu’il faut ramener à 25,15 %, puis 22 ou 23 % en y incluant blancs et nuls. L’extrême-droite : 6,62 %, soit 4,10 %. So what ? Nous sommes en train de regarder les scènes d’un théâtre d’ombres, qui ne signifient aucunement ce que les acteurs ânonnent. Le texte est si vieux qu’ils pourraient le clamer en dormant. D’ailleurs, ne dorment-ils pas ?

Ayrault va partir, sauf gargantuesque surprise. Oh ! bon débarras, tout de même. Le remplaçant ou la ne vaudront pas mieux, mais ouf ! Mon petit doigt, qui se trompe souvent il faut dire, me glisse que ce pourrait être la fin de Notre-Dame-des-Landes. Foldingue ? Les écolos d’EELV ont fait de bons scores, et Hollande ne pouvait jusque là garder Ayrault et bazarder le projet d’aéroport que celui-ci défendait en grand délirant qu’il est. Je vois mal un gouvernement pareillement affaibli par les droites ouvrir un front sanglant - car une intervention des flics ferait couler le sang - sur sa gauche. Et je vois mal ce triste politicien de Hollande accepter de s’appuyer sur un gouvernement 100 % PS, qui vaudrait l’assurance de plus magistrales défaites dans l’avenir prévisible. Si l’abandon du projet d’aéroport devait se confirmer - et Dieu sait qu’il existe d’autres scénarios -, eh bien ce dimanche électoral resterait pour moi une date heureuse.

Author: "fabrice" Tags: "Politique"
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Date: Tuesday, 25 Mar 2014 18:15

Un mot pour ceux, innombrables, qui ne me connaissent pas. Je considère la crise écologique planétaire, qui est déjà un drame pour les plus pauvres, ceux qu’on ne trouve pas en Europe, je considère cet événement comme le plus important de tous. De si loin, d’ailleurs, que tout le reste me semble parfois dérisoire. Ainsi des élections municipales françaises, qui donnent le spectacle grotesque de pauvres gens se battant pour des confetti, qui disparaîtront demain dans le caniveau.

J’ai déjà dit que je ne vote pratiquement pas, et je n’ai pas, on s’en doute, fait exception cette fois. Pour autant, je ne pousse pas le ridicule jusqu’à demander à un François Hollande de me ressembler si peu que ce soit. Nous sommes définitivement dans des mondes qui s’éloignent l’un de l’autre à grande vitesse, mais je n’hésiterais pourtant pas à voter pour lui ou tout autre - à l’exception des fascistes ou de quiconque se réclamerait du stalinisme - si. Si au moins un Hollande paraissait avoir conscience qu’il faut préparer le petit pays qu’il conduit si mal.

Il suffirait de bien peu de mots. Il suffirait par exemple qu’il évoque le dérèglement climatique. Qu’il dise que ce bouleversement, sans précédent à l’échelle du temps historique, nous oblige à penser autrement, et à agir différemment. Il pourrait garder en ce cas les lilliputiennes références politiques et morales qui sont les siennes, qui me font rire quand je suis d’excellente humeur. Oui, il pourrait être ce benêt social-démocrate d’un temps où n’existe plus la social-démocratie - faute des moyens matériels et des pouvoirs dont elle a pu disposer ailleurs - et je voterais pour lui s’il daignait au moins ne pas rester dans ce consternant déni.

En ce sens, je ne suis certes pas un extrémiste. La situation l’est, pas moi. L’horreur de la politique en cours, du champ politique actuel, toutes tendances confondues, c’est qu’ils empêchent de rassembler les esprits devant les grandes épreuves qui nous attendent. Alors, et sans joie particulière, attendant fébrilement les signes d’un changement culturel, annonciateur du reste, je leur dis à tous : allez vous faire foutre.

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Date: Monday, 24 Mar 2014 11:25

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous sont de bons citoyens, ce qui n’est pas mon cas. Je ne vote presque jamais, tant ces gens me semblent habiter un autre monde que le mien. Je ne commenterai pas, qu’on se rassure. Juste un point : leur indifférence réelle - à tous, je dis bien : à tous - à la grande marée de l’abstention. Ils parlent d’autre chose, toujours d’autre chose. D’élection en élection, cette marée monte, mais ils s’en foutent. Il ne faudra donc pas s’étonner le jour où ils seront emportés comme les fétus de paille qu’ils sont.

En attendant, leurs criailleries m’empêchent de bien entendre les oiseaux, ces merveilleux messagers du printemps. Je tâche de ne pas écouter les bruits parasites.

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Date: Wednesday, 19 Mar 2014 09:40

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 12  mars 2014

C’est un vrai naufrage, mais il ne faut pas le dire, car le nucléaire, c’est la France. Du côté d’Areva, les chantiers apocalyptiques du réacteur EPR. Du côté d’EDF, 300 milliards d’euros à trouver. Il va falloir qu’on paie.

Grande, grande mais grande folie. Areva, notre si beau champion du nucléaire est dans une telle panade que si l’État n’obligeait pas la société française à garantir son avenir, elle fermerait ses portes. Comme on ne trouvera pas cela dans les journaux sérieux – ceux qui croquent les 50 millions de pub annuelle d’Areva -, Charlie se dévoue une fois encore.

Premier point, Areva perd du fric, le nôtre, car la boîte est censée nous appartenir. En 2011, coulage net de 2,5 milliards d’euros. Pas grave, dit l’autre, ça va s’arranger. En 2012, de nouveau, une perte de 99 millions d’euros. Pas grave, dit l’autre, qui est le patron en titre, Luc Oursel, ça va s’arranger. Le directeur financier Pierre Aubouin, avance l’hypothèse d’un bénéfice en 2013. Pas mal tenté, mais gravement foiré : les chiffres viennent de tomber, et la perte est de 494 millions d’euros l’an passé.

Que se passe-t-il ? Rappelons qu’Areva la bâtisseuse ne se contente pas de faire suer le burnous dans les mines d’uranium du Niger. Elle conçoit, fabrique et livre des réacteurs tout neufs. Et la période est pour elle cruciale, car son seul avenir concevable s’appelle EPR, pour Evolutionary Power Reactor. Finies les vieilleries, l’EPR va bouffer tous les marchés. Il est plus puissant, plus sûr, produit 22 % d’électricité en plus qu’un réacteur classique pour la même quantité de combustible nucléaire, et tout cela est normal, car l’EPR exprime le génie technique français.

Sur le papier. Dans la réalité, le bordel est complet. Il existe pour l’heure deux prototypes d’EPR en vitrine européenne, que l’on essaie tant bien que mal de terminer pour convaincre les gogos d’en acheter pour chez eux. Le premier, en Finlande, devait être livré en 2009, après une première pierre posée en 2005. On ne peut pas raconter le feuilleton, mais les dernières nouvelles ne peuvent que remplir d’allégresse un cœur antinucléaire.

Après l’annonce de multiples retards, la compagnie d’électricité finlandaise Teollisuuden Voima (TVO) vient d’avouer, début mars, qu’elle ne pouvait plus espérer d’Areva une date d’ouverture. 2018 ? Possible, pas certain. Les presque dix ans de retard ne sont pas perdus pour tout le monde, car l’EPR finlandais, qui devait coûter 3,2 milliards d’euros, pourrait atteindre, voire dépasser 9 milliards à l’arrivée. Tête des petits génies d’Areva.

Le deuxième EPR européen est en construction à Flamanville, dans notre belle Normandie. Les malfaçons y sont si nombreuses et massives que le chantier, lancé en 2007, a pris quatre années de retard, passant de 3,3 milliards d’euros à 8 milliards et plus. Le réacteur fonctionnera-t-il en 2016, comme promis, ou en 2017, comme l’assurent certains, ou encore plus tard ? En décembre dernier, Mediapart a révélé une énième mise en garde de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), pointant de « nombreuses non-conformités » qui devraient exploser un peu plus les délais.

Reste l’EPR chinois, commencé le dernier, mais qui devrait, sur le papier encore, ouvrir cette année. Il a connu son lot de problèmes, mais mystérieusement, tout irait bien. Le Figaro (7 octobre 2010), qui ne dit jamais du mal du nucléaire, se demande si les autorités de contrôle chinoises – la NNSA – ne seraient pas beaucoup plus coulantes qu’en Europe.
Résumons : tout va bien. Areva dilapide notre bas de laine en Finlande et en Normandie, et mise tout ce qui reste sur la corruption des bureaucrates chinois. Si ça ne marche pas, il n’y a plus rien. Plus de fric, plus aucun projet, et des concurrents attirés par l’odeur du sang : les Coréens de Kepco, les Amerloques de Westinghouse Electric Corporation, les Japs d’Hitachi alliés à General Electric.

Comme si tout cela ne suffisait pas, on commence à craindre un « peak uranium », sur le modèle du fameux pic du pétrole. Une étude parue dans Science of The Total Environment (The end of cheap uranium) inquiète pour de vrai les nucléocrates. L’auteur, Michael Dittmar, est un physicien, qui travaille à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern), à Genève. Son propos est simple : pour de multiples raisons, le temps de l’uranium (relativement) bon marché, c’est fini. Dès 2015, des tensions pourraient préparer des « sorties du nucléaire involontaires et peut-être chaotiques, avec des baisses de tension, des pannes d’électricité, voire pire encore ».

Areva, qui sait à quoi s’en tenir, prospecte loin de ses terres impériales du Niger, et tente en ce moment d’ouvrir des mines d’uranium au Nunavut, près de Baker Lake, en plein territoire des Inuit de l’Arctique américain. Une grande bagarre a commencé là-bas, dont on reparlera. Une certitude : sans Hollande et Ayrault, Areva serait dans le coma.

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Les 300 milliards d’EDF

S’il vous plait, ne pas confondre EDF et Areva. Les deux sont des entreprises nationales, mais la première distribue une électricité fabriquée – pour l’essentiel - dans des centrales nucléaires fabriquées par la seconde ou ses prédécesseurs. Vu ? Donc, comme raconté à côté, Areva coule. Eh ben, EDF aussi, mais d’une autre façon.

La boîte se retrouve avec un parc vieillissant de centrales prévues, au départ, pour durer trente ans. Or la moyenne de leur âge est de 29 ans, et bien que la durée légale soit désormais de quarante ans, cela ne suffit pas. Idéalement, il faudrait passer au nouveau réacteur EPR, mais vu ses retards colossaux, EDF préfère miser sur un lobbying qui permettrait de rafistoler et maintenir les vieilleries jusqu’à cinquante ou même soixante ans.

Seulement, la remise à niveau de la sécurité de telles installations, de manière à gagner dix ans, coûterait 100 milliards d’euros. Pour la reconstruction des 19 centrales actuelles, il faut rajouter 200 milliards, répartis sur 50 ans, ce qui est pure démence.

Qui le dit ? Un document interne d’EDF, publié par le Journal du Dimanche. L’addition est loin d’être complète, car nul ne sait combien coûterait la déconstruction des centrales débranchées. Pour mémoire, le démantèlement du surgénérateur de Creys-Malville – Superphénix -, arrêté en 1997, n’est toujours pas terminé, et pourrait coûter entre deux et trois milliards d’euros à l’arrivée, si arrivée il y a. Flipper sa race n’a pas de prix.

Author: "fabrice" Tags: "Nucléaire"
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Date: Friday, 14 Mar 2014 10:25

 Comme ils sont détestables ! Parmi les (nombreuses) raisons qui expliquent pourquoi je ne vote pas, il y a bien entendu cette terrible pollution de l’air contre laquelle aucun de nos responsables n’entend bouger. D’un côté, on sait que tantôt les particules fines, tantôt l’ozone troposphérique - au ras des poumons -, tantôt les deux, les trois, les cent tuent massivement. Par milliers chaque année en France. Et même 42 000 personnes en 2 000, selon une étude contestée mais sérieuse (ici). Je ne parle pas des vastes massacres qui adviennent en Chine et en Inde par exemple, car aujourd’hui, c’est de la France que je souhaite parler.

Donc des milliers, des dizaines de milliers de morts par an chez nous. Nos Excellences sautent dans un avion dès qu’un fait divers quelconque attire les caméras, comme autant de mouches. Trois vitrines cassées à Nantes permettent à un Valls de rouler des mécaniques dans l’espoir de toucher Matignon en prime. Mais quand il s’agit de sauver d’une mort prématurée des vieux, des faibles, des gosses, des asthmatiques, plus personne. Honte à eux !

Franck Laval, que je tiens pour un ami - Dieu sait qu’il est éloigné de moi sur divers plans - et Nadir Saïfi, de l’association Écologie sans frontière viennent de déposer plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. C’est une plainte pénale - une première - qui pourrait (très) éventuellement déboucher sur la mise en cause d’individus, tenus pour responsables. Je fais grande confiance à l’avocat François Lafforgue, qui défend victimes de l’amiante et des pesticides, pour tirer de ce dossier tout ce qui peut l’être.

En attendant, le spectacle politique est simplement lamentable. Vous lirez tout au-dessous un article de Stéphanie Senet, du Journal de l’Environnement. Il est excellent et montre comme nos ministres se défilent. Philippe Martin, en charge de l’Écologie, tenait les moyens d’imposer la circulation alternée, seul moyen disponible - hélas ! - pour faire baisser d’un coup les teneurs en particules fines de l’air. Il ne l’a pas fait. Pourquoi ? On peut espérer qu’il l’a envisagé. Mais bien entendu, dans le contexte pourri des municipales - mon Dieu, allons-nous perdre 100 villes ? - et du pacte de responsabilité - la seule bouée de secours imaginée par Hollande et son clan -, il ne pouvait en être question.

Il ne faut à aucun prix embêter l’industrie, l’automobile, risquer une baisse de la confiance et de la sacro-sainte consommation. Il faut continuer, accélérer encore, et tant pis pour les vaincus et les cadavres. Cela porte un nom : l’ignominie. Je rêve du temps, qui viendra peut-être, où ces gens qui nous gouvernent pourront être jugés pour ce que je considère comme des crimes. On n’est pas obligé d’être d’accord.

À ce compte, que dire des écologistes d’Europe Écologie-Les Verts ? Les salons et strapontins doivent décidément être confortables. Le 26 mars 2012, il y a donc deux ans, quand Sarkozy était aux manettes, madame Eva Joly, alors candidate à la présidentielle, tonnait (ici). Je la cite : « Alors que l’Ile-de-France et de nombreuses autres agglomérations traversent un nouvel épisode de pollution de l’air, il est temps de dénoncer l’inaction du gouvernement devant ce drame sanitaire ». N’est-ce pas mignon tout plein ? Hier matin, sur RTL (ici), la cheftaine du parti « écologiste », Emmanuelle Cosse, a déclaré sans rire : « Ça fait quand même une semaine qu’on sait que ça va venir. Je regrette qu’on ne soit pas capable d’anticiper. » Ces gens ne sont pas des criminels, certes non. Mais des complices, assurément.

Le pompon provisoire pour ceusses de France Nature Environnement (FNE). Je rappelle ce que j’ai tant développé dans mon livre Qui a tué l’écologie ? (LLL). FNE est un conglomérat de 3 000 - chiffre officiel - associations locales, régionales, thématiques de protection de la nature. C’est le mouvement institutionnel, historique, qui dépend très largement des subsides publics pour survivre. Une petite bureaucratie, insupportable à mes yeux, gère la boutique, et assure représenter ce mouvement associatif. Moi qui appartiens à Bretagne vivante - fédérée à FNE - depuis 1987, je peux vous assurer qu’ils ne me représentent en aucune manière. Bref.

Comme ces bureaucrates sont perpétuellement à la recherche de breloques et de sous, ils s’acoquinent régulièrement avec des industriels dans le cadre de partenariats qu’ils jugent nécessaires. J’apprends à l’instant que FNE a signé un pacte inouï (ici) avec « Keolis, opérateur de transport de voyageurs, MOBIVIA Groupe, leader européen de l’entretien et de l’équipement de véhicules, et la fondation PSA Peugeot Citroën ». Les gens de FNE sont tellement sûrs qu’on ne les attendra pas au coin de la rue, qu’ils ont publié leur communiqué scélérat le jeudi 13 mars, hier même, quand étouffaient les mioches, les vieux, les asthmatiques. La conclusion de leur texte - au fait, vous avez touché combien, les gars ? - est fantastique : « Comme d’autres modes de transport, la voiture a toute sa place dans la mobilité. Il revient aux élus de fournir les conditions pour une mobilité désormais choisie et non plus subie, adaptée aux besoins et aux environnements. »

J’ajoute, car tout de même ! que Peugeot et son ancien patron Jacques Calvet sont les responsables majeurs de ce qu’on nomme la « diésélisation » du parc automobile français. Pendant des années, les équipes de Peugeot ont fait le siège de tous les décideurs publics et ils ont GAGNÉ ! Le diesel, source majeure d’émission de particules fines, est PARTOUT. Et FNE donne quitus à Peugeot, redore son blason, efface les dettes morales si grandes du constructeur pour trois picaillons. Shame on you ! Vous êtes vraiment aux dimensions de vos pires caricatures.

Voilà comment ça marche. L’impunité d’hier efface les morts d’aujourd’hui et prépare les crimes de demain. Et voilà pourquoi j’enverrai proprement chier les bureaux de vote les 23 et 30 mars. Vous n’êtes pas obligé de me croire, mais je ne demande sûrement pas qu’on me suive. C’est seulement que j’avais grand besoin de me soulager. C’est fait.

Dessous, l’article d’actualité dont je vous parlais plus haut.

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Air

L’air pollué a encore de beaux jours devant lui

Le 13 mars 2014 par Stéphanie Senet

 

Un nouveau pic de pollution aux particules fines est attendu le 14 mars

Un nouveau pic de pollution aux particules fines est attendu le 14 mars

 

Le seuil du niveau d’alerte (1) pour les particules fines PM10 a de nouveau été dépassé, ce 13 mars, sur la partie Nord de la France ainsi que dans la vallée du Rhône. La pollution atmosphérique voit rouge dans plus de trente départements. Face à cette situation, le ministère de l’écologie annonce la gratuité des transports en commun franciliens mais rejette la circulation alternée.

Pourquoi la circulation alternée n’est-elle pas décrétée dans les régions frappées par des pics de pollution à répétition? Le ministre de l’écologie Philippe Martin n’a pas voulu répondre à cette question lors de la conférence de presse, qu’il a organisée à la hâte, ce 13 mars à l’hôtel de Roquelaure, sept jours après le premier dépassement du seuil d’alerte aux particules fines en France.

Réclamée par les écologistes, cette mesure avait pourtant eu droit de cité, le 18 décembre dernier, au ministère. Philippe Martin avait alors annoncé vouloir la réactiver lors des pics de pollution aux particules fines et aux oxydes d’azote (NOx).

Un décret inutile

Le dossier de presse publié à l’issue du Comité interministériel de la qualité de l’air (Ciqa) précisait qu’il fallait d’abord changer la réglementation. «La circulation alternée fait partie des mesures d’urgence pouvant être prises dans les situations de dépassement du seuil d’alerte, pour limiter l’ampleur des pointes de pollution. Mais ce dispositif ne peut être déclenché à l’heure actuelle que pour les pics de pollution à l’ozone».

Le ministère remettait ainsi à 2014, «l’élaboration d’un décret en Conseil d’Etat permettant d’instaurer la circulation alternée lors de pics de pollution réglementés comme les particules PM 10 ou les oxydes d’azote».

Trois mois plus tard, la circulation alternée semble avoir disparu des écrans gouvernementaux. Mais contrairement aux arguments ministériels, il est tout à fait possible  de l’instaurer immédiatement sans prendre un nouveau décret, et cela dans tous les départements de l’Hexagone. «La loi LAURE (2) votée en 1996 permet de prendre un certain nombre de mesures de restriction de la circulation, quel que soit le type de pollution atmosphérique», confirme Corinne Lepage, qui est à l’origine de cette loi. «J’ai d’ailleurs pris soin que le texte ne renvoie à aucun décret d’application afin d’éviter des retards accidentels dans les bureaux des ministères», ajoute-t-elle.

Gratuité des transports en commun franciliens

Ce 13 mars, le ministère de l’écologie s’est donc contenté d’annoncer, aux côtés du président de la région francilienne Jean-Paul Huchon, la gratuité des transports en commun d’Ile-de-France, du 14 au 16 mars compris. Un bilan sera dressé le 15 mars au soir pour décider une éventuelle prolongation. Tous les habitants sont invités à laisser leur voiture au parking.

Pour d’autres mesures, il faudra attendre le projet de loi sur la transition énergétique, «qui comprendra un volet sur la qualité de l’air», a précisé Philippe Martin.

La pollution de l’air a été classée, le 17octobre 2013, comme cancérigène avéré (classe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

L’air pollué, meilleur à vélo?

Hier, la ville de Paris avait ouvert la voie en annonçant la gratuité de la première heure d’Autolib’ et des locations de courte durée en Velib’. Mais qui veut rouler à vélo lorsque l’air est pollué? Les Parisiens ont en tout cas répondu à l’appel. Selon la municipalité, le service Autolib a enregistré, ce 13 mars, une hausse de 46% des parcours, et les locations de Velib’ ont progressé de 72% par rapport à jeudi dernier.

Dans l’attente de mesures adaptées

Le candidat écologiste à la mairie de Paris, Christophe Najdovski a dénoncé «l’inaction irresponsable des pouvoirs publics qui ont attendu les 8ème jour de pollution pour que cette mesure soit prise». Il réclame aussi de compléter le dispositif au plus vite, par la mise en place de la circulation alternée des automobilistes et par le contournement routier de Paris par les poids lourds. Un contournement que la préfecture de police aurait pu instaurer depuis 5 ans, comme le permet le plan de protection de l’atmosphère francilien, selon Claude Bascompte, président des Amis de la Terre Paris.

Plus largement, le responsable associatif réclame trois mesures importantes: «sensibiliser les citoyens sur les enjeux de la lutte contre la pollution atmosphérique par un dispositif d’information et d’alerte cohérent, renforcer les transports en commun et restreindre fortement la circulation automobile». De façon régulière, et pas seulement en cas de pic de pollution.

(1)Le seuil du niveau d’alerte s’élève à 80 µg/m3 d’air sur 24 heures pour les PM10. Le plafond du niveau d’information est égal à 50 80 µg/m3.

(2)Loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (LAURE) du 30 décembre 1996 instaure notamment les plans de protection de l’atmosphère et les plans de déplacements urbains

La circulation alternée testée pendant une seule journée

La circulation alternée n’a été mise en place qu’une seule journée dans l’histoire française. Le 1er octobre 1997, alors que Dominique Voynet est ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement, elle est appliquée à Paris et dans 21 communes d’Ile-de-France, en raison d’un dépassement du seuil d’alerte du dioxyde d’azote. Résultat: le trafic a été réduit de 15% dans la zone de circulation alternée, de 20% à Paris et sur le boulevard périphérique et de 8% dans le reste de l’Ile-de-France. Les émissions de dioxyde d’azote ont aussi été réduites de 15% par rapport à la veille.

Author: "fabrice" Tags: "Morale, Mouvement écologiste, Politique..."
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Date: Wednesday, 12 Mar 2014 19:32

 Ce papier a été publié par Charlie Hebdo le 5 mars 2014

Il faut sortir une loi sur l’énergie, mais en enfilant gentiment les écolos sans qu’ils se barrent en courant. Margerie et Proglio sont au pouvoir, mais chut, faut pas le dire.

C’est une enflade. Le mot n’existe pas dans le dictionnaire, mais il illustre bien ce qui est en train de se passer. Enflade, d’enfler, qui signifie arnaquer. Officiellement, tout ce beau gouvernement est d’accord sur la transition énergétique. En gros, cela ne peut pas durer. Le pétrole abondant et bon marché,  c’est fini. Les fossiles – pétrole encore, gaz, charbon – détruisent l’équilibre du climat. Le nucléaire, malgré les fantasmes nucléocrates, ne représente jamais que 5,7 % de l’énergie primaire mondiale, avec une tendance à la baisse.

Par ailleurs, les renouvelables : l’eau – hydro-électricité -, le bois, le soleil, le vent, réclament de grands investissements pour pleinement prendre la place. D’autres contraintes martyrisent l’horizon, à commencer par la loi Énergie de 2005, qui oblige la France à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici 2050. Il faudrait commencer maintenant.

Hollande est pour. Comme il n’est contre rien, il est pour une loi sur la transition énergétique qui préciserait enfin les contours du bouquet énergétique français dans dix, dans vingt, dans trente ans. L’emmerde c’est qu’il faut trancher, ce qu’il ne sait pas faire, et qu’il se branle de la crise écologique. En janvier 2013, le père François promet un « grand débat ouvert et citoyen » pour le printemps, suivi d’une belle synthèse en juin et d’un projet de loi devant le parlement en octobre 2013. Mais rien ne vient.

Le 11 décembre, un an après les promesses, une première réunion d’une fumeuse Commission se tient. On cause, entre soi. Le 7 février 2014, le ministre de l’Écologie Philippe Martin, qui a le sens de l’humour, déclare : « Les travaux sur la loi de transition énergétique avancent bien et les délais seront tenus ». Il est question maintenant d’une présentation au conseil des ministres ce printemps et un vote après, en juin, ou en septembre, ou à la saint Glin-Glin, ça dépendra.

Pourquoi ? Parce que dans les coulisses, où les industriels ont déjà gagné, la bataille fait rage. Il n’est pas question de les embêter si peu que ce soit. Pas au moment même où Hollande croit s’en tirer avec son pacte de responsabilité, dont la propagande dit qu’il pourrait créer 300 000 emplois. Deux grands patrons, qui font antichambre à l’Élysée, illustrent les manœuvres en cours. Christophe de Margerie, PDG de Total, a la pleine oreille de Hollande, qu’il voit régulièrement. Or il se plaint sans détour de Philippe Martin, qui est aussi, on l’oublie, ministre de l’Énergie. Pour le Christophe, l’opposition de Martin au gaz de schiste, secteur où Total est très présent hors de nos frontières, est un casus belli.

De son côté, Henri Proglio, patron d’EDF jusqu’en novembre au moins – Hollande veut le remplacer -, tente d’arracher une concession majeure : augmenter la durée de vie de nos centrales nucléaires, prévues au départ pour trente ans, jusqu’à cinquante, voire soixante ans.

Derrière les deux poids lourds, Pierre Gattaz, ennemi déclaré de toute contrainte « écologique », et le Medef avec lui. Ce n’est pas un secret d’État que Martin a failli démissionner plusieurs fois depuis le début de l’année, ce qui ferait grand désordre après le licenciement de Delphine Batho en juillet 2013. Des témoins, indirects mais fiables, rapportent des discussions à l’Élysée, au cours desquelles Martin était seul contre tous. Seul contre les productivistes du gouvernement, Montebourg bien sûr, Moscovici, Ayrault, Cazeneuve et Hollande soi-même. La morale de l’affaire est très simple : il ne fait pas le poids.

Que contiendra la loi à l’arrivée ? C’est là que cela se complique, car les braves soumis d’EELV, y compris Cécile Duflot, ont déjà annoncé qu’ils rompraient l’alliance avec le PS en cas de reniement trop visible, par exemple sur la date de fermeture de Fessenheim. Un ponte du parti écolo, moyennement charitable, raconte à Charlie : « Je ne vois pas comment ils vont s’en sortir. Ni Duflot ni Canfin ne veulent lâcher leur place, mais Hollande ne veut rien lâcher sur un dossier qu’il juge stratégique. Donc, ça devrait saigner ».

On verra. Pour l’heure, rideau de fumée sur la ligne d’horizon.

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Date: Monday, 10 Mar 2014 10:09

Doris Lessing, dans Le Carnet d’or : « Certains livres ne sont pas lus comme ils le devraient parce qu’ils ont sauté une étape de l’opinion, qu’ils se fondent sur une cristallisation de l’information de la société qui n’a pas encore eu lieu ». En remplaçant livre par journal, on aura une idée de ce qui me tarabuste. Je viens de trouver par hasard mention d’une information capitale : 28 000 rivières de Chine, sur un total recensé de 50 000, auraient purement et simplement disparu (ici, en anglais).

Un mot sur la source, en précisant qu’il y en a d’autres. L’article que je vous invite à regarder, fût-ce rapidement, a paru dans un vieux quotidien en anglais, édité à Hong Kong depuis 1903, le South China Morning Post. Donc, ceci : la Chine a changé de visage au point que 55 % de ses rivières n’existent plus. Sur place, il y a un débat sur le sens de ce cataclysme.

Du côté des bureaucrates au pouvoir, on met en avant l’imprécision des cartes et leurs erreurs passées, ainsi que le réchauffement climatique. Les connaisseurs du dossier savent que l’explication est ailleurs. La Chine, devenue folle, pompe sans mesure aucune l’eau de ses rivières pour soutenir une expansion sans le moindre avenir. L’agriculture irriguée bien sûr, l’industrie lourde, les villes géantes consomment au point d’avoir endommagé le cycle de l’eau. Tentée par la fuite en avant, la Chine envisage depuis des années, reculant à chaque fois pour l’instant, de détourner l’eau s’écoulant du plateau tibétain pour abreuver le Nord assoiffé. Mais le passage à l’acte serait un casus belli pour l’Inde nucléaire, qui a un besoin vital de cette même eau au pied de l’Himalaya.

Je n’ai pas trouvé trace de la disparition des 28 000 rivières dans la presse française. L’information date d’un an, et même moi qui suis d’assez près le krach écologique chinois en cours, je ne l’avais pas vue passer. Mais moi, cela ne compte pas ! Penser qu’un pays de 65 millions d’habitants n’aura rien su de cela est autrement important. Pourquoi ? Oui, pourquoi une telle indifférence, une telle indigence dans la presse ? Le sujet est trop vaste pour être abordé aujourd’hui. Ce qui est sûr, c’est que tous nos politiciens, ceux du pouvoir actuel, ceux du pouvoir d’hier, et même un Mélenchon misent sur le marché chinois pour tirer ici ce qu’il appellent la croissance, quand moi je la nomme dévastation. Ont-ils jamais un mot sur le cauchemar chinois ? Jamais. Aucun. Ils s’en foutent, car ils s’en foutent.

J’ajoute un mot personnel. Vers la fin de 2004, il y a donc plus de neuf ans, j’ai proposé à un groupe de presse de lancer un journal mensuel servi sur abonnements. Un journal qui garantirait la présentation des principales informations sur la crise écologique dans le monde. Je travaillai avec deux amis, Olivier et Jean-Paul, et nous réalisâmes ce que, dans le jargon professionnel, nous appelons un numéro zéro. Un essai, quoi. Il n’y a pas eu de numéro 1, car le groupe a finalement calé, et je continue à le regretter, car nous avions réussi quelque chose de bon. Découvrant ces jours-ci l’affaire des 28 000 rivières, j’ai repensé à ce zéro, et j’ai relu ce que vous allez trouver ci-dessous.

Cela se décompose en plusieurs parties, et si vous n’avez pas le temps - ou l’envie - de tout lire, je vous conseille l’entretien avec le ministre chinois Pan Yue. Paru à l’époque dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, il raconte une histoire essentielle, et déjà, aucun journal français ne l’avait reprise. Il faut dire qu’à chaque fois qu’un hebdo de chez nous consacre un dossier à la Chine, il est tellement couvert de pubs à la gloire du luxe, de la mode, des parfums et des grosses bagnoles - ce que nous exportons si bien là-bas - qu’il lui est interdit de parler de ce qui pourrait déplaire aux annonceurs. Et donc, motus.

Motus. Tel est le mot qui décrit le mieux notre monde en face des vraies informations. J’ai le sentiment d’avoir fait de Planète sans visa un lieu où circule le vrai. Est-ce que cela sert à quelque chose ?

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Les papiers écrits entre fin 2004 et début 2005 pour un journal qui n’a jamais vu le jour

La Chine menacée par un krach écologique

Les rapports et alertes s’accumulent. Earth Policy Institute, organisme américain réputé, prévient que la croissance chinoise menace la planète entière d’une catastrophe à court terme.

Côté pile, la Chine fascine. Grâce à son étonnante croissance de 2004 - + 9,5% -, le PIB mondial a augmenté, malgré la crise, de 5,1%. Elle représente aujourd’hui 4% de la richesse produite dans le monde, mais ce pourcentage explose d’année en année. Les exportations s’envolent, le gigantesque marché intérieur s’ouvre enfin aux industriels du Nord. Et même si, en retour, le « grand atelier » du monde qu’est devenu la Chine inonde la planète de ses produits, notamment textiles, nos plus grands groupes industriels et financiers, de EDF à Alstom en passant par BNP-Paribas et Andeva, investissent massivement sur place.

L’exemple le plus spectaculaire est sans doute celui de l’automobile. La Chine reste très sous-équipée selon les critères occidentaux, avec probablement moins de 10 véhicules individuels pour 1 000 habitants, contre près de 600 en France. Mais les prévisions sont fantastiques : le parc automobile – tous genres confondus – devrait atteindre 36,5 millions d’unités en 2010, 80 millions en 2015 et…176 millions en 2020.

Un tel déferlement est-il réellement possible ? De nombreux spécialistes en doutent, et le font savoir. Dernier en date, un rapport du réputé Earth Policy Institute estime que l’hyper croissance chinoise menace le monde d’une sorte de krach écologique. En maintenant une croissance annuelle de 8% en moyenne, la Chine parviendrait en 2031 à un revenu par habitant de 38 000 dollars, qui est à peu près celui des Américains aujourd’hui.

Mais elle émettrait alors, note l’institut, autant de CO2 à elle seule que le monde entier en 2005. Autre chiffre saisissant : la terre produit chaque jour 79 millions de barils de pétrole (chiffres 2003). La Chine de 2031 aurait besoin pour ses besoins de 99 millions de barils quotidiens. Une telle perspective, alors que les découvertes de nouveaux gisements se font de plus en plus rares, est inconcevable. Mêmes projections pour le charbon – la Chine brûlerait davantage que toute la production mondiale actuelle – et l’automobile, dont le parc atteindrait 1,1 milliard de véhicules en 2031 si les Chinois « rattrapaient » les Américains.

Cette politique – et économique – fiction rejoint et renforce le camp des critiques du « miracle » chinois. Le WWF-International vient de publier de son côté une copieuse étude sur le rôle de la Chine dans le marché mondial du bois. Sans surprise, les chiffres révèlent que la croissance chinoise menace ce qui reste de forêts tropicales, notamment en Asie. Non seulement le pays est devenu l’un des premiers clients de pays forestiers comme l’Indonésie, la Malaisie ou la Russie, mais il est en outre la destination préférée des exportateurs de bois illégalement coupé. Les auteurs du rapport, Zhu Chunquan, Rodney Taylor et Feng Guoqiang, constatent : «  Alors que les Chinois utilisent en moyenne 17 fois moins de bois que les Américains, les importations chinoises de bois ont connu une augmentation spectaculaire au cours des dix dernières années et vont continuer à croître pour répondre aux besoins de l’énorme population et d’une croissance  économique rapide. »

La Chine est confrontée à de redoutables phénomènes d’érosion des sols et d’inondations répétées, que les autorités de Pékin attribuent en bonne part à la déforestation massive qui accompagne le développement. Le gouvernement a lancé de vigoureuses mesures de protection des forêts encore sur pied et entrepris des plantations massives, surtout en amont des fleuves et rivières.

En conséquence, la Chine produira toujours moins de bois domestique, et le rapport du WWF estime qu’en 2010, la Chine ne couvrira que moins de la moitié de ses besoins dans ce domaine. Le plus probable est donc que la facture chinoise de bois sera, écologiquement parlant, payée par les pays qui l’entourent.

La situation de la Chine est aujourd’hui si dégradée que les officiels, poussés par une nébuleuse mal connue en France – il pourrait y avoir là-bas 2 000 ONG écologistes – manifestent en public leur grande inquiétude. On lira ci-contre l’étonnante déclaration du ministre de l’Environnement, Pan Yue (voir le verbatim). Mais les réactions ne sont pas seulement verbales : ainsi le Bureau d’État pour la protection de l’environnement (Sepa) vient-il d’annoncer que 30 grands projets d’infrastructure étaient arrêtés pour violation des lois sur l’environnement. Leurs responsables ont été condamnés à des amendes.

Autre évolution importante : les échanges entre écologues chinois et occidentaux, voire américains, deviennent monnaie courante. Le responsable du très officiel Centre pour le développement des énergies renouvelables, Ren Dongming, a adressé ce printemps une lettre de remerciements enthousiastes à l’équipe du Worldwatch Institute de Washington. Grâce à ce groupe de chercheurs, dit-il, le Centre est parvenu à faire voter une loi après deux ans d’efforts. Celle-ci, qui entrera en vigueur en janvier 2006, oblige pour la première fois les opérateurs d’électricité à se tourner vers les énergies renouvelables. Lesquelles devraient atteindre, en 2010, 10% de la production d’énergie. « Mes chers amis, écrit Dongming, vous nous avez fourni une aide précieuse grâce à vos commentaires constructifs au moment de l’élaboration de la loi. Vous nous avez donné confiance ».

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« Le miracle sera bientôt terminé », déclare Pan Yue, ministre chinois de l’Environnement

Entretien paru dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel le 7 mars 2005

Der Spiegel : La Chine éblouit le monde avec son boom économique et sa croissance à 9,5 % en 2004. N’êtes-vous pas content de cette performance ?

Pan Yue : Naturellement je suis satisfait des succès de l’économie chinoise. Mais en même temps je suis inquiet. Nous utilisons trop de matières premières pour soutenir cette croissance. Pour produire 10 000 dollars de marchandises, nous dépensons sept fois plus de ressources que le Japon, presque six fois plus que les Etats-Unis et même presque trois fois plus que l’Inde. Les choses ne peuvent pas continuer comme cela.

Der Spiegel : Un tel point de vue n’est pas vraiment répandu dans votre pays.

Pan Yue : Beaucoup de facteurs se combinent. Nos matières premières sont rares, nous n’avons pas assez de terre, et notre population se développe encore. Actuellement, il y a 1,3 milliard d’habitants en Chine, deux fois plus qu’il y a cinquante ans. En 2020, nous serons 1,5 milliard. Les villes se développent en même temps que le désert gagne. Les terres habitables et utilisables ont été divisées par deux au cours des 50 dernières années.

Der Spiegel : Mais pendant ce temps, chaque année, la Chine renforce sa réputation de miracle économique.

Pan Yue : Ce miracle finira bientôt parce que l’environnement ne peut plus suivre. Les pluies acides tombent sur un tiers du territoire, la moitié de l’eau de nos sept plus grands fleuves est totalement inutilisable, alors qu’un quart de nos citoyens n’a pas accès à l’eau potable. Le tiers de la population des villes respire un air pollué, et moins de 20% des déchets urbains sont traités de manière soutenable sur le plan environnemental. Pour finir, cinq des dix villes les plus polluées au monde sont chinoises.

Der Spiegel : Les effets de cette dégradation sur l’économie sont-ils perceptibles ?

Pan Yue : Ils sont massifs. La pollution de l’air et de l’eau nous fait perdre entre 8 et 15% de notre PIB. Sans compter les dépenses de santé. Et puis n’oublions pas la souffrance humaine : à Pékin, de 70 à 80% des cas de cancer sont liés à l’environnement. Le cancer du poumon est devenu la première cause de mortalité.

Der Spiegel : Comment la population réagit-elle à ces problèmes de santé ? Les gens émigrent-ils vers des parties plus sûres du territoire ?

Pan Yue : Ces zones ne peuvent pas suffire aux populations qui s’y trouvent déjà. Dans l’avenir, nous devrons réinstaller 186 millions d’habitants de 22 provinces et villes. Or les autres régions ne pourront en absorber qu’environ 33 millions. Autrement dit, la Chine devra compter avec 150 millions de « migrants écologiques ». Ou si vous préférez, de réfugiés. (…)

 Der Spiegel : Et pourtant, les fanatiques de la croissance veulent continuer comme si de rien n’était.

Pan Yue :  Ils continuent de jouer le premier rôle. Selon eux, le PIB est la seule mesure des performances gouvernementales. Mais nous commettons une autre erreur en croyant qu’une économie prospère va automatiquement de pair avec la stabilité politique. Car plus l’économie se développe rapidement, plus nous courons le risque d’une crise politique si les réformes politiques ne suivent pas.(…) Et ce n’est pas tout.

Der Spiegel : Que voulez-vous dire ?

Pan Yue : Nous pensons que la croissance nous donnera les moyens financiers de faire face aux crises sur le front de l’environnement, des matières premières, et de la croissance démographique.

Der Spiegel : Et ce n’est pas possible ?

Pan Yue : Non, car il n’y aura pas assez d’argent, et de toute façon, nous n’aurons pas assez de temps. Les pays développés le peuvent, mais pas nous. Les différentes crises, sous toutes les formes et dimensions, nous auront frappés avant. Nous ne serons pas assez forts, économiquement, pour les surmonter.

traduit par nos soins

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Qui pourra nourrir la Chine ?

« Who will feed China ? ». Qui nourrira la Chine ? En écrivant en 1995 ce livre très dérangeant, l’ancien agronome Lester Brown décrivait un paradoxe : l’augmentation du niveau de vie des Chinois, impressionnante depuis vingt ans, risque de déstabiliser le marché mondial des céréales. À l’aide d’exemples relativement simples, il insistait sur les conséquences du changement de régime alimentaire. Ainsi, produire une tonne de poulet « coûte » deux tonnes de céréales. En mangeant toujours davantage de viande, en buvant plus souvent de la bière, 1,3 milliard de Chinois voient fatalement leurs besoins en céréales exploser. En ce début des années 90, par exemple, la Chine souhaitait multiplier par deux la consommation d’œufs, c’est-à-dire passer de 100 par personne et par an à 200. Mais un tel objectif, soulignait Brown, nécessiterait d’élever près d’1,4 milliard de poules, lesquelles dévoreraient la totalité de la production de céréales d’un pays comme l’Australie. À l’horizon 2030, toujours selon Brown, la Chine se verrait contrainte d’importer entre 200 et 369 millions de tonnes de céréales chaque année. Bien plus, en toute hypothèse, que ne pourrait en offrir le marché mondial.

Il y a dix ans, au moment de sa publication, ce livre avait provoqué de vives réactions des autorités chinoises. Lesquelles ne niaient aucunement l’ampleur du problème, mais assuraient pouvoir en venir à bout grâce à la croissance et à la mise en culture de nouvelles terres. De gros efforts ont en effet été consentis, surtout dans le nord-ouest, une région semi-aride qui concentre les rares terres encore disponibles pour l’agriculture. Mais selon des sources chinoises, ce volontarisme a augmenté l’érosion de sols fragiles, sous la forme inquiétante de gigantesques vents de poussière qui atteignent régulièrement Pékin.

Où en sommes-nous en ce début 2005 ? La Chine, pour la première fois depuis des années, a dû importer massivement des produits agricoles et a fini 2004 avec un déficit de sa balance commerciale dans ce domaine de 5,5 milliards de dollars. De sont côté, Brown vient de reprendre la parole aux Etats-Unis, constatant que la production chinoise de céréales en 2004 – 382 millions de tonnes – dépasse de loin celle des Etats-Unis, 278 millions de tonnes. Dans le même temps, la consommation de viande a atteint le record de 64 millions de tonnes l’an passé côté chinois, loin devant les 38 millions de tonnes produites aux États-Unis. Si la consommation par habitant des Chinois devait rejoindre celle des Américains – 125 kilos de viande par an et par habitant -, Pékin devrait produire 181 millions de tonnes de viande chaque année. Soit les quatre cinquièmes de la production mondiale en 2004. Avec quelles céréales pour les nourrir ? Sur quels territoires ? Aucun spécialiste ne peut répondre à cette question pourtant décisive.

Un livre de référence

Le livre de Lester Brown, Who will feed China, paru en 1995, a été précédé d’un long article publié dans la revue bimestrielle du Worldwatch Intitute (www.worldwatch.org), World Watch Magazine, en septembre 1994.

Author: "fabrice" Tags: "Développement, Eau"
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Date: Thursday, 06 Mar 2014 19:43

 Je vous explique, car je sors un peu du cadre habituel. Quoique, à bien y réfléchir, c’est moins sûr. Ce que vous lirez ci-dessous se décompose en trois morceaux. Le fichier 1, sur lequel je vous invite à cliquer (ça met une poignée de secondes à charger, car c’est lourd), est le PDF d’une double page que j’ai signée le 26 février dans Charlie-Hebdo, avec de fort beaux dessins d’Honoré pour accompagner.

Il s’agit donc, comme vous verrez peut-être, d’un reportage sur la ville de Bagnolet, qui touche Paris à l’Est. Vous jugerez. J’ajoute trois mots sur la banlieue. Ma banlieue Est à moi, que je connais si bien. J’ai habité quantité d’endroits en Seine-Saint-Denis, à Villemomble, Clichy-sous-Bois, Montfermeil - la célèbre cité des Bosquets -, Drancy, Aulnay, Noisy-le-Sec, Bondy, Pavillons, Livry-Gargan, d’autres encore.

Si je vous dis cela, c’est parce que cette terre maudite est la mienne. Et celle des miens, à commencer par mon vieux, mort depuis un bail, qui était un ouvrier communiste à l’ancienne, c’est-à-dire, je crois pouvoir l’écrire, un Juste. Je hais, le mot n’est pas trop fort, et je l’assume, je hais les salopards qui ont transformé la banlieue populaire en un champs de ruines. Ceux qui, ayant la responsabilité de loger des pauvres, n’ont eu d’autre but apparent que de les parquer, avec les résultats que l’on sait. Bien entendu, cela vise cette droite affairiste - un pléonasme - qui a régné sans partage jusqu’en 1981. Mais autant cette gauche qui lui a succédé, et qui est largement responsable du désastre humain que j’ai tant connu. Et parmi elle, ce parti stalinien répugnant qui a décidé et voulu que naissent tant de cités pourries où, croyait-il, il aurait un réservoir de voix pour l’éternité.

Ce parti stalinien - non, je n’oublie pas les autres, croyez-moi - a eu parfois près d’un siècle, comme à Bagnolet, pour montrer ce qu’il savait faire. Un vrai parti ouvrier se serait battu jusqu’au sang pour que les prolétaires soient logés dans des villes authentiques, civilisées, et disposent de vraies habitations à partir desquelles ils auraient élevé dignement leurs familles. Il n’en a rien été. Aucune lutte n’a été menée pour un urbanisme digne d’être approprié, ce qui est une preuve. Une preuve, après mille autres, que les discours n’étaient que mensonge et manipulation.

Et c’est pourquoi, même s’ils ne le croiront jamais, je suis très satisfait du tract que vous trouverez sous les noms tract-1 et tract-2, car il y a un recto et un verso. J’y suis traîné dans la sanie par le maire actuel de Bagnolet, membre du parti communiste. Ces gens-là s’y croient follement, mais ils ont grand tort. Dans ma jeunesse déjà lointaine, mais si vive dans ma mémoire, j’ai combattu, physiquement quand je le pensais nécessaire, les fascistes d’une part et les staliniens de l’autre, qui tenaient d’une manière atroce 27 villes de Seine-Saint-Denis sur 40. Je n’ai pas eu peur d’eux au beau milieu de leur fief, quand ces crapules attaquaient bassement les immigrés en 1980 (ici, des précisions). Je n’ai pas eu peur d’eux quand ils étaient forts, et ce n’est pas maintenant que ces pauvres gens peuvent espérer m’impressionner. Et donc, soyons sincère, je leur dis merde.

fichier1.pdf

tract-1.pdf

tract-2.pdf

Author: "fabrice" Tags: "Morale, Journalisme, Politique"
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Date: Sunday, 02 Mar 2014 17:09

Je vous signale un formidable papier signé Hervé Kempf, qui revient avec force détails sur le déroulement de la manif de Nantes contre le projet Notre-Dame-des-Landes (ici). Ce journalisme-là a de l’avenir, du moins on le lui souhaite. Bravo !

Author: "fabrice" Tags: "Pouvoir et démocratie, Mouvement écolo..."
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