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Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 395 (espace entre les deux premiers paragraphes de la page). Éditions Verdier. 2008
Au salon du livre, aujourd'hui, il y avait une table longue et carrée. Autour de cette table, il y avait françois, michel, robert, gilles, pierre et les autres. Le sujet : le livre électronique et ses artefacts.
- Laurent Rabatel des éditions Robert ne veut pas lire
- Gilles Hermann, des éditions Septentrion
- François Bon, auteur, éditeur du site Tiers Livre, Publie.net
- Pierre Szalowski, auteur, documentariste
- et votre serviteur…
Entre chaque lien, il y a de l'espace, entre chaque page, il y a du blanc numérique. François parlait de typographie, de reconquête de l'espace. Un espace blanc et long, et pourtant, et pourtant que d'interstices dans nos discussions, que de possibilités de créations abandonnées. Et si on l'écrivait le livre électronique. Et si on écrivait. Et… peut-être le faisons nous déjà. Parler du livre électronique c'est peut être déjà la marque de l'échec.
Lorsque la culture meurt, elle se trouve un musée.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 290. Éditions Verdier. 2008
Et puis après avoir quitté « la place de la bonne aventure » j'avais un sourire chaud, un sourire rond sur le visage. Le vent pouvait bien souffler sur la toundra du salon du livre, je savais que j'avais découvert dans un temps immobile un homme de passion et d'émotions. Ah que le sourire était large dans le froid de Montréal, que les étoiles brillaient au dessus des nuages.
merci Michel.
À présent, tout avait changé. Plus nous avancions, et plus l'espace se refermait derrière nous, envoûtant et magique. Le vent continuait à rabattre un brouillard marin, glacé, presque aussi humide que la pluie. Duvet, sac à dos, jeans, chaussures, tout était trempé et la peau de renne, bien serrée était luisante de gel. Le bruit des vagues s'estompait, les cris des oiseaux faiblissaient et, dans la profonde obscurité transparente de la nuit un pays de rêve s'ouvrait à nous.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 271. Éditions Verdier. 2008
Je sors du café. L'air est frais. Humide. Il a plu toute la nuit. Un corbeau se prend pour un goéland. Un bateau sûrement qui revient de la pêche. À mes pieds, les caniveaux sont gorgés d'eau. Le ciel gris s'y reflète. Une vieille femme habillée en noire appuie ses soucis sur sa canne. Elle marche le long du quai. Le musc de l'océan envahit ma tête. L'île ? L'île de Kolgouev. Vassili m'a encore pris par surprise. Je sors du café et c'est la mer de Barents autour de moi. Voyages. Insensés.
Étrangement, ces mots m'aident à éprouver encore et encore le vide des espaces ouverts au vent comme l'était la plage, ce jour-là, car ces mots sont des « éléments » eux aussi.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 288. Éditions Verdier. 2008
Suite à mon billet, il y a quelques jours, à propos du silence francophone sur le Web, quelques personnes ont envoyé des suggestions. Merci beaucoup. Voici une liste que j'ai complété avec d'autres liens personnels. Je ne me suis malheureusement pas limité au sujet urbain, médias et design.
- L'épée du soleil, René Audet.
- Culture Visuelle Index, L'actualité des blogs de Culture Visuelle. Agrégation de plusieurs carnets.
- Ancien ARHV, maintenant transféré dans le lieu précédent
- Journal LittéRéticulaire
- Homo Numericus
- Every Data Linked
- Uchronie
- La vie dangereuse
- Nicolas Ritoux
- Sens Commun
- Gregory Chatonsky
- La criée
- Territoire des sens
- Quinquabelle
- Baptiste Coulmont, sociologue
- Jean-Noël Lafargue
Mais quel nom donner à l'eau des rivières, la nuit, gorgée de lumière ? Comment transmettre toutes les nuances qui naissaient et disparaissaient sous nos yeux, les marrons, les verts, les bleus ?
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 271. Éditions Verdier. 2008
Il y a quelques jours Bradley P. Allen demandait sur la liste semantic-web@w3.org s'il existait une bonne pratique pour représenter les homonymes en SKOS.
SKOS
SKOS est un vocabulaire RDF pour décrire une taxonomie, une classification de concepts établie en hiérarchie. Il existe un document d'introduction à SKOS afin de comprendre les briques fondamentales du vocabulaire.
Homonymie
Il y a deux types d'homonymie : les homophones (des mots avec les mêmes prononciations et des significations différentes) et les homographes (des mots avec le même orthographe et des significations différentes).
La spécification SKOS ne donne rien à propos des homonymes. En revanche, dans les technologies XML permettant de décrire les vocabulaires contrôlés pour les communications vocales tels que VoiceXML, il existe un document, Pronunciation Lexicon Specification (PLS) Version 1.0, décrivant les homonymes.
Quelques pistes de solutions
Thomas Bandholtz a proposé quelques pistes pour exprimer les homonymes en utilisant SKOS(XL), un langage d'extension à SKOS. Dans le cas des homographes :
« rose [couleur] » et « rose [fleur] » sont des homographes. Thomas utilise un qualificatif pour distinguer les deux significations. Pour l'exprimer avec SKOS, il serait alors possible d'écrire :
<A> a skos:Concept ; skos:prefLabel "rose [couleur]" . <B> a skos:Concept ; skos:prefLabel "rose [fleur]" .
Et si on s'absout des qualificatifs
<A> a skos:Concept ; skos:prefLabel "rose" . <B> a skos:Concept ; skos:prefLabel "rose" .
Et exprimer ensuite leur différence de sens en les reliant à leur concept propre.
<A> skos:related <couleurConcept> . <B> skos:related <fleurConcept> .
Thomas précise qu'il n'existe alors aucune relation sémantique entre A et B, uniquement une relation lexicale et qu'il est possible d'exprimer ces relations lexicales en détails avec SKOS(XL). Thomas donne un exemple avec UMTHES, un thésaurus environnemental.
<A> a skos:Concept ; skosxl:prefLabel <rose--couleur> . <B> a skos:Concept ; skosxl:prefLabel <rose--fleur> . <rose--couleur> a skosxl:Label ; skosxl:literalForm "rose [couleur]" ; umt:homograph <rose> ; umt:qualifier <couleur> . <rose--fleur> a skosxl:Label ; skosxl:literalForm "rose [fleur]" ; umt:homograph <rose> ; umt:qualifier <fleur> . <rose> a skosxl:Label ; skosxl:literalForm "rose" . <couleur> a skosxl:Label ; skosxl:literalForm "couleur" . <fleur> a skosxl:Label ; skosxl:literalForm "fleur" .
où umt:homograph et umt:qualifier sont des sous-propriétés de skosxl:labelRelation.
Le sujet est toujours en cours de développement. Simon Spero donne du contexte à propos des homographes en citant Z39.15 ainsi que Thomas qui élargit les champs de description. Stella fait référence à ISO 2788. Le fil de la discussion s'est éparpillé sur quelques listes :
Dans le mystère de son essence, le temps lui aussi refuse d'être figé, redressé, capturé… il veut s'ouvrir à l'éternité…
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 191. Éditions Verdier. 2008
Une piscine vidée, fluide séché, un lieu de mémoire.
Une île dans un livre, un livre dans une île.
Un café au lait le matin chez les italiens, une pensée sur les mots du livre.
Donner du sens, de la poésie à chaque instant de sa vie parce que c'est tout ce que l'on se souviendra une fois vieux.
Les pas. Pour mieux mesurer l'espace, j'ai inventé plus tard la formule « kilomètre-toundra. » Ce n'est pas une mesure linéaire aux rapports conformes à la 28e copie échue à la Russie du mètre étalon conservé à Sèvres. C'est une dimension peu facile à définir mais qui rend compte du déploiement de l'espace dans le temps. Le déploiement d'un soufflet d'accordéon, dessiné à partir du tracé, à première vue innocent, des lignes de niveau. Tu montes – tu descends, tu montes – tu descends, et ainsi de suite une dizaine de fois au long d'un kilomètre linéaire : quelle distance réelle as-tu parcouru en marchant une heure et demie ? Les « kilomètres-toundra » prennent aussi en compte les trois niveaux du « je n'en peux plus, » la béatitude du repos et tout ce qui influe sur le déplacement. Car si l'on ne prend pas en considération ces sensations – l'euphorie du début de la marche, l'abrutissement qui suit et qui accomagne le paslent et mécanique, la joie proche du désespoir de la dernière heure, lorsque le pas s'accélère soudain parce que le repos semble proche –, alors autant ne rien compter du tout : mieux vaut rester chez soi. Ou « voyager » sur une carte, à l'instar des écoliers faisant leurs devoirs de géopgraphie.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 181. Éditions Verdier. 2008
Sur ma table, Art Space Tokyo…
Dans le fond d'un bol bleu, du thé vert séché.
Autour de nous, un univers né de l'argile.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 170. Éditions Verdier. 2008
Lors d'une transaction HTTP entre un client et un serveur, le client fournit un champ d'entête qui s'appelle Accept parmi d'autres. Par exemple, Firefox 3.5.5 envoie :
Accept: text/html,application/xhtml+xml,application/xml;q=0.9,*/*;q=0.8
Il faut noter que certains navigateurs possèdent des entêtes HTTP Accept bien moins reluisants. Selon l'article de Kris Jordan, Webkit (Safari).
Accept: application/xml,application/xhtml+xml,text/html;q=0.9,
text/plain;q=0.8,image/png,*/*;q=0.5
ou encore Internet Explorer sans office
Accept: image/jpeg, application/x-ms-application, image/gif,
application/xaml+xml, image/pjpeg, application/x-ms-xbap,
application/x-shockwave-flash, application/msword, */*
et une fois Office installé
Accept: image/gif, image/jpeg, image/pjpeg, application/x-ms-application,
application/vnd.ms-xpsdocument, application/xaml+xml,
application/x-ms-xbap, application/x-shockwave-flash,
application/x-silverlight-2-b2, application/x-silverlight,
application/vnd.ms-excel, application/vnd.ms-powerpoint,
application/msword, */*
BURP ! Indigeste ? Mais que se passe-t-il lorsque le navigateur demande une image par la balise img src ou dans une instruction d'image de fond de CSS. Firefox envoie :
Accept: image/png,image/*;q=0.8,*/*;q=0.5
Ce qui permet de répondre par un format d'image. Il y a cependant un */* qui informe de renvoyer n'importe quoi si l'URL existe. Quel est le problème ? Imaginons que par erreur, vous ayez créé un lien vers un document html (text/html) à la place d'un lien vers une image.
<img src="http://example.org/un-fichier-html"/>
Pour l'URI, http://example.org/un-fichier-html, il n'y a pas de représentation, image/png, image/*. En revanche, il y a bien un */* qui matche tout et donc également les fichiers avec un type de médias text/html. Si le navigateur avait uniquement envoyé le bon entête accept. Le serveur pourrait répondre 406 Not Acceptable et ne renvoyer aucune ressource.
On perd là un outil important dans une relation client serveur. Lorsque de plus le lien est établi par un serveur à très haut trafic vers un serveur dynamique, on crashe le site avec l'impression d'un DDOS.
La voie du Bouddha HTTP est longue.
Le vieux nous regarde comme s'il se trouvait autre part, dans un ailleurs sombre et lointain. Son visage est étonnant. Ici, toutes les personnes âgées ont des visages profondément tristes, comme si elles savaient des choses de la vie auxquelles on ne peut penser ou dont on ne peut se souvenir qu'avec tristesse. Se souvenir, justement. Le passé. Ce passé, qui n'était ni mensonge ni invention, qui était magnifique…
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 160. Éditions Verdier. 2008
L'oubli est une fonction utile et nécessaire de nos vies. Nous apprenons beaucoup à nous souvenir et finalement très peu à oublier. Quelques cirscontances exceptionnelles invitent à l'oubli ou plutôt à une mémoire travestie. Le deuil est une de ces occasions. Et pourtant, sans l'oubli, nous ne pourrions ni agir, ni décider.
L'oubli n'a rien d'une destruction mais bien plutôt une distance de l'objet, une opacité plus importante.
Les sites Web sont indexés par les moteurs de recherche principaux. Très souvent (tout le temps ?) ces moteurs décontextualisent totalement le texte, le sens. Une bouillie de mots devient la porte d'entrée pour accéder au sens et à l'émotion. La Grange, ce site, n'est pas indexé. J'ai moi-même des difficultés à retrouver certains contenus. Cependant les contenus qui comptent dans un temps donné sont très présents car je dois les partager souvent (exemple : organiser son courrier électronique). Toute comme dans une ville où l'on retient les bonnes adresses, je me souviens des contenus et de leurs URIs. Les contenus plus ou moins intéressants seront de toutes façon liés ou commentés par d'autres.
Il serait d'ailleurs peut-être plus pertinent d'indexer les contenus de votre sphère immédiate. Nous pouvons communiquer avec certains outils de proximité. Il n'existe cependant pas de services de moteur de recherche personnalisé à votre communauté. Imaginons qu'au fur et à mesure de vos pérégrinations, vous identifiez des sites qui répondent à l'un de vos contenus. Vous pourriez alors ajouter cette page à un index particulier qui indexerait régulièrement le contenu de la page.
L'indexation des contenus périphériques à votre contenu plutôt que l'indexation de votre propre contenu.
Une idée de plus à oublier.
Et ce qu'il a pris une douleur n'est que la nostalgie d'un cœur lavé de la peur, nostalgie des espaces déserts où la liberté a élu domicile et qu'il n'a pas su aimer aussi longtemps que la peur l'habita…
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 135. Éditions Verdier. 2008
L'espace d'une rencontre est troublant. Le temps choisi d'un café au lait le matin au bout de la rue. Je prend la section art du journal Globe and Mail. Je commence à lire un article à propos d'expositions d'art contemporain à Montréal. L'une sur le thème du temps se déroule au DHC Art Foundation.
DHC/ART
La fondation DHC/ART se situe dans le Vieux-Montréal, financée par des fonds privés. DHC/ART, 451, rue St-Jean, Montréal, Québec, H2Y 2R5 Sous l'impulsion de Phoebe Greenberg, le lieu a été inauguré à l’automne 2007. L'entrée est libre et l'espace est magnifiquement beau. L'exposition du moment jusqu'au 22 novembre 2009 est « Survivre au temps » Voir également l'article de Canadian Art.
Guido van der Werve - Nummer acht, Nummer negen
Les deux œuvres de Guido van der Werve sont à la fois étouffantes par la réduction de l'homme à l'espace, ainsi que définitivement poétiques.
Dans Nummer Acht, un homme seul marche au devant d'un brise glace qui le poursuit lentement. Le rapport de puissance entre les deux entités s'établit dans l'espace désolé du golfe de Botnie. Notre existence est en équilibre sur le fil du temps et de l'espace.
Nummer Negen immobilise Guido dans l'espace. Placé sur le pôle nord géographique, il décide de tourner en même temps que le soleil pendant 24 heures. Il ne participe plus à la rotation de la terre.
Un article dans Frieze Magazine
Tehching Hsieh - One Year Performance
Deux des One Year Performance de Tehching Hsieh étaient présentées à l'exposition. L'artiste pendant une année complète a utilisé une pointeuse à chaque heure. Quelle est l'utilité de pointer indéfiniment notre temps pour montrer l'absurdité du comptage du temps que nous utilisons et subissons dans la plupart de nos industries. Les horodateurs sont des machines à prolétarisation, à destruction de la compétence.
Dans la seconde performance, Tehching Hsieh a décidé de passer une année complète à l'extérieur sans ne jamais rentrer dans un espace que ce soit un bâtiment ou un véhicule. Il a choisi New-York comme le terrain de son exploration. De nombreux espaces sont interdits aux sans-abris, aux marginaux.
Il est possible de retrouver son travail dans le livre Out of Now. Un article détaillé sur l'artiste est disponible dans le New York Times du 25 février 2009.
Un dessin pour finir
L'exposition invitait finalement à créer sur un bout de papier un dessin, un message, quelque chose que l'exposition avait pu provoquer. J'ai donc dessiné un homme dont l'horizon est un électro-cardiogramme. Finalement, notre futur, l'horizon de notre vie, est bien un électro-cardiogramme plat.
Mon rêve avec Alik n'était pas né du hasard : quand l'air est imprégné de sang, même s'il ne s'agit que de sang de renne, on ne peut s'empêcher de penser que le sauvage n'est pas loin.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 147. Éditions Verdier. 2008
Dans le froid de la Sibérie, je me blottis contre les pages en espérant couper le vent. J'ai même pensé à arracher quelques pages pour faire un feu de camp. Alors grelotant, je me suis souvenu de la neige d'Akita, du vent dans la campagne, de l'hiver page blanche. Les mots sont rares dans les pays d'hiver. L'économie des mots est de rigueur. Les phrases sont simples. La langue y est brute.
Le sauvage ne définit que l'éloignement de l'homme. Plus on désire approcher le sauvage, plus on s'éloigne.
Deux ans, j'ai attendu deux ans… Oui j'avais la nostalgie de ce bord de mer et maintenant que je retrouve ces odeurs familières – eau saumâtre, argile, herbe réchauffée, sable humide – je comprends enfin pourquoi, au début du printemps, aux abords de la ville, humant soudain l'odeur enfumée de la terre en dégel, je sentais en moi une sourde inquiétude, un appel lointain… Une fois, à la fin de mars, quand en un jour, le printemps vous éclate au visage – air tiède, ruissellement de la terre encore assoupie, lumière d'un ciel tout neuf –, j'avais pris une corneille virevoltant dans l'air pour une mouette, tant l'appel du Nord m'avait soudain submergé.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 137. Éditions Verdier. 2008
L'odeur puissante de la forêt vibre dans le matin. La terre enivre et transporte. Le corps s'identifie au brutal appel de la terre. Le matin sur les marches, assis avant d'entamer le premier pas dans la ville, j'inspire. Les sens invitent alors à l'ubiquité. L'abandon du corps imagine la corporéité d'autres espaces. Les parfums n'ont ni territoires, ni cartes et pourtant ils prennent tout l'espace.
Il n'est pas très fort en technique radio, mais assez pour espérer hériter de tout le domaine du géant bougon à la barbe de skipper – qui se prépare, pour la énième fois, à tout laisser tomber et à regagner son pays, Piter, et qui, en attendant, répare tour à tour montres, boulloires électriques, appareils électriques, appareils radio et téléviseurs, comprenant (ou ne comprenant pas ?) que dans la capitale du Nord, il est peu probable que ce savoir acquis sur l'île puisse être utile à quelqu'un : là-bas, plus personne ne répare tous ces Spidola, ces Roubine, ces Tempi et ces Caravelles qu'il a appris sur l'île, à connaître sur le bout des doigts…
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 122. Éditions Verdier. 2008
Les objets ont tous un degré de réparabilité, c'est à dire une capacité à être réparé par vous ou un autre. Il y a quelques mois, Platform 21 créait le manifeste de la réparation. Ils établissent 11 principes autour des objets et de leurs réparations.
Et si nous nous posons la question inverse : Pourquoi ne réparons-nous pas ?
Complexité
Les objets électroniques et même électriques parfois sont bien trop complexes pour les utilisateurs. Lorsque ceux-ci sont abîmés ou cassés, il est très peu probable que nous puissions réparer.
Distance
La compréhension du processus de fabrication et la connaissance de l'artisan, du fabricant d'un objet nous permet de créer un attachement émotionnel. Les objets sont de plus en plus déconnectés de leur source de création. Intermédiaires multiples, complexité des éléments assemblés, etc. Il devient plus facile d'abandonner l'objet.
Temps
Le temps manque. Nous ne sommes plus prêts à investir le temps nécessaire pour répaper un objet.
Coût
Nombre d'objets sont devenus très bon marché. Si bon marché, que le prix de vente est bien moins cher que le prix de l'expertise nécessaire pour le réparer.'
Facilité
De même que le prix est faible, l'objet peut devenir facile à trouver et donc lorsque ce dernier est cassé, il suffit de le remplacer. Il n'est pas nécessaire de marcher plusieurs jours pour combler un de ses besoins.
Habitude
Tous ces éléments réunis créent une habitude à la consommation et à l'acceptation des déchets. Une chose cassée n'est plus réparable en premier lieu. Cela devient pratiquement une idée étrange. Nous avons pris l'habitude de jeter. Réparer devient un effort beaucoup plus grand que celui de remplacer.
Ces années-là, dans tout ce que j'écrivais mais aussi dans tout ce que je lisais, le thème de la fuite était, d'une manière ou d'une autre, présent. Mes auteurs préférés, chacun à sa façon, tournaient autour de lui. Hesse dans Le Dernier Été de Klingsor, Updike dans Rabbit rattrapé, Salinger… Georges Simenon dans Quartier nègre.
Le film d'Antonioni Profession : reporter me parraissait être tout simplement la transposition à l'écran de mes états d'âme…
Tout compte fait, sans fuite, il n'y aurait pas de Melville, ni de François d'Assise, ni de Rimbaud, ni de… qui donc encore fait partie de la cohorte des grands fugitifs ?
Sauver son identité par la fuite est devenu un des thèmes majeurs de la culture du XXe siècle, et certains des aspects négatifs de cette fuite, qu'on pourrait qualifier de trahison, peuvent en réalité se justifier. Parce que la fuite-évasion représente une victoire de l'individu, victoire ultime peut-être, mais victoire quand même ! C'est un symptôme, le pressentiment d'une non liberté totale absolue, d'un ordre du monde qui avance avec sa machinerie inexorable et ses statistiques. La fuite, elle, suppose une rupture, un changement d'espace, une possibilité de se cacher quelque part, « par-delà les montagnes, par-delà les forêts, par-delà les vastes océans… » Les éternels fugitifs du XXe siècle paraîtront peut-être étranges aux hommes du XXIe siècle, tout simplement parce qu'il n'y aura plus aucun lieu à fuir.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 78. Éditions Verdier. 2008
Il y a tant de façons de fuir. Quitter un lieu. Revenir dans un lieu pour y fuir l'absence.
L'époustouflante discrétion de la bruine sur mes paupières. Assis sur les marches de l'entrée pour ajuster mes chaussures, l'aube estompe les formes. Le parfum de la terre flotte. Des feuilles mortes en décomposition. L'irrépressible désir du contact peau à peau avec l'humus, les mousses humides, la mémoire de tubéracées m'enivrent. Nu, je m'allonge dans le souvenir de la forêt.
Est-ce un hasard si le premier livre que j'ai lu tout seul ait été Robinson Crusoé ? À quoi bon discuter puisque c'est ce qui s'est passé ? Le premier livre ne s'oublie pas, et je l'ai aimé, donc j'ai aimé l'île.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 22. Éditions Verdier. 2008
Est-ce un hasard dans ce voyage insensé d'avoir lu le même premier livre ? Au fond de la classe dans sa couverture rouge et épaisse, rangé parmi les autres, nous avions le droit de lire si nous avions fini en avance. Alors je finissais en avance.
J'ai vécu dans une île haute de quatre étages sur les auteurs de Rouen. D'un côté la Grand-Mare, de l'autre le terrain vague, un espace d'horizon lointain invite aux rêves. Quels étaient ils ? J'ai appris le texte social de mon environnement. Des lignes de rues pour les mots que l'on enchaîne. Au Japon, la rue comme unité lexicale laisse place au bloc. Mémoire de la ville et pochoirs de vie.
Ce n'est pas Macau qui retient mon regard mais des bribes de Kuala Lumpur, Tokyo, Hong-Kong, Dakar, Ubatuba.
Laisser brûler l'encens de la ruelle.
La force du rêve vient de ce qu'il ne se réalise pas tout de suite.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 21. Éditions Verdier. 2008
Faites moi mentir. Je suis troublé par le monde du silence francophone. Prudent, je me demande si je vis dans une grotte. Les ombres sur la roche me trompent. Mais c'est tout de même catastrophique. Le monde francophone ne sait pas utiliser l'interface textuel du Web ou parfois pis le Web au complet.
Hexagram est un regroupement industriel en arts et technologies médiatiques ainsi qu'un institut de recherche. Il est piloté par deux universités de Montréal, l' UQAM (francophone) et l'Université de Concordia (anglophone). La différence est flagrante entre les deux. L'un est silencieux comme s'il n'existait pas alors que le second donne une liste de tous les projets en cours comme dverse lab ou encore interstices. Malheureusement ces sites souffrent du même défaut de non compréhension de l'interface texte.
Mais ceci n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres. Je suis régulièrement des carnets Web comme BLDGBLOG de Geoff Manaugh (La semaine dernière en visite au CCA pour parler des zones de quarantaine), City Of Sound, The Design Observer. Où sont les carnets Web francophones sur la littérature, les technologies, le design, l'architecture, les senseurs, les identités nouvelles, l'urbain ?
Des exemples déprimants ? Le réseau du CEEI qui donne une liste de participants sans accès aux sites Web individuels. Peut-être que ces gens n'écrivent pas sur le Web et consacrent leur prose uniquement aux journaux académiques. D'autres ? Soleb, Egyptologues, Société d'Ethnologie, Trans.
Où est-ce simplement que les auteurs francophones publient en anglais tout comme les carnets : 7.5th Floor de Fabien Girardin, Ctrl-N de Olivier Ruellet.
Donnez moi tort… Quels sont les auteurs francophones avec des carnets Web dans ces domaines qui sont intéressants et qui écrivent en français.
Il a vu mon écran. Il s'est étonné – Wow, tu utilises Courier pour ton mail. – J'ai été surpris. J'ai toujours réglé mes clients de mail en Courier. J'envoie aussi systématiquement des courriers en « texte seulement. » L'habitude d'une interface textuelle ? Le fait de pouvoir créer des tableaux et dessins en ASCII ? La netiquette de 1995 traduite par Jean-Pierre Kuypers n'est un texte inconnu maintenant.
2.1.1 Courrier électronique
- A moins d'avoir votre propre accès à l'Internet via un fournisseur d'Internet, veillez à vérifier avec votre employeur ce qu'il en est concernant la propriété du courrier électronique. Les règles concernant la propriété du courrier électronique diffèrent d'un endroit à l'autre.
- A moins d'utiliser un outil de chiffrement (matériel ou logiciel), vous supposerez que le courrier sur l'Internet n'est pas sûr. Ne mettez jamais dans un message électronique quelque chose que vous ne mettriez pas sur une carte postale.
- Respectez les droits d'auteur de ce que vous reproduisez. Presque tous les pays ont des lois sur les droits d'auteur.
- Si vous faites suivre ou re-postez un message que vous avez reçu, n'en modifiez pas les termes. Si le message était un message personnel à vous et que vous le re-postez à un groupe, vous en demanderez d'abord l'autorisation. Vous pouvez raccourcir le message et ne citer que les parties intéressantes, mais veillez à l'attribuer correctement.
- N'envoyez jamais de lettre-chaîne par courrier électronique. Les lettres-chaînes sont interdites sur l'Internet. Vos privilèges au réseau peuvent être révoqués. Avertissez votre gestionnaire local si vous en recevez.
- Une bonne méthode : Soyez rigoureux dans vos envois et tolérant face à ce que vous recevez. Vous n'enverrez pas de messages haineux (on les appelle des "flammes") même si on vous provoque. D'autre part, vous ne serez pas surpris de vous faire incendier et il est prudent de ne pas répondre aux flammes.
- En général, il est de bon ton de vérifier au moins tous les sujets de votre courrier avant de répondre à un message. Il peut arriver qu'une personne qui vous demande de l'aide (ou des éclaircissements), vous envoie un autre message qui signifie en fait "Plus besoin". Vérifiez aussi que chaque message auquel vous répondez, vous était adressé. Vous pouvez l'avoir reçu via le
Cc:, plutôt que comme premier destinataire.- Rendez les choses faciles pour le destinataire. Certains relais de courrier enlèvent l'information d'en-tête qui reprend votre adresse d'expéditeur. Pour être sûr que les gens sachent qui vous êtes, veillez à mettre une ligne ou deux à la fin de votre message avec vos coordonnées. Vous pouvez créer ce fichier à l'avance et l'ajouter à la fin de vos messages. (Certains programmes de courrier font cela automatiquement.) En langage Internet, cela s'appelle un fichier
.sigou "signature". Votre fichier.sigremplace votre carte de visite. (Et vous pouvez en avoir plusieurs pour diverses circonstances.)- Faites attention aux adresses de courrier. Il y a des adresses qui concernent des groupes, mais qui ressemblent à des adresses individuelles. Sachez à qui vous envoyez.
- Regardez aux
Cclorsque vous répondez. Ne continuez pas à inclure des gens si les messages deviennent une conversation bilatérale.- En général, la plupart des gens qui utilisent l'Internet n'ont pas le temps de répondre à des questions générales à propos de l'Internet et ses travaux. N'envoyez pas spontanément du courrier pour demander de l'information à des gens dont vous avez vu le nom dans des RFC ou des listes de distribution.
- Souvenez-vous que les gens avec lesquels vous communiquez sont situés partout dans le monde. Si vous envoyez un message auquel vous désirez une réponse immédiate, il se peut que la personne qui le reçoit soit chez elle, en train de dormir. Laissez-lui une chance de se réveiller, d'aller au travail et de se connecter, avant de supposer que le courrier n'est pas arrivé ou qu'il a été négligé.
- Vérifiez toutes les adresses avant de commencer des discours longs ou personnels. Il est de bonne pratique aussi de mettre le mot
Longdans la ligne d'en-têteSubject:, pour permettre au destinataire de savoir que le message va demander un temps certain de lecture et de réponse. A partir d'une centaine de lignes, c'est considéré comme "long".- Sachez à qui demander de l'aide. Normalement vous devez avoir des ressources près de vous. Cherchez autour de vous après des gens qui peuvent vous aider pour les problèmes de logiciel et de système. Sachez aussi chez qui aller si vous recevez quelque chose de contestable ou d'illégal. La plupart des sites ont aussi un
Postmastercorrespondant à un utilisateur compétent et à l'adresse de qui vous pouvez câbler pour obtenir de l'aide en matière de courrier.- Souvenez-vous que le destinataire est un humain dont la culture, la langue et l'humour ont d'autres références que les vôtres. Souvenez-vous que les formats de date, les unités de mesure et les idiomes peuvent mal s'exporter. Soyez particulièrement prudent avec les sarcasmes.
- Utilisez des minuscules et des majuscules. LES MAJUSCULES DONNENT L'IMPRESSION QUE VOUS CRIEZ.
- Utilisez des symboles pour accentuer. C'est
*juste*ce que je veux dire. Utilisez des blancs soulignés pour souligner._Guerre et Paix_est mon livre favori.- Utilisez des souriards pour indiquer votre ton de voix, mais utilisez-les modérément.
:-)est un exemple de souriard (regardez de côté). Ne supposez pas que l'ajout d'un souriard va rendre votre correspondant heureux de ce que vous dites ou effacer un commentaire insultant par ailleurs.- Attendez d'avoir dormi avant d'envoyer des réponses chargées d'émotion. Si vous en avez vraiment gros sur le coeur à propos d'un sujet donné, indiquez-le via des jalons
FLAME ON/OFF. Par exemple :FLAME ON: Ce type d'argument ne vaut pas la bande passante qu'il consomme à l'envoi. C'est raisonné pauvrement et sans cohérence. Tout le monde m'en veut. FLAME OFF- Ne mettez pas de caractères de contrôle ou des annexes non-ASCII dans les messages, à moins qu'il ne s'agisse d'annexes MIME ou que votre relais de courrier ne les encode. Si vous envoyez des messages, vérifiez que le destinataire puisse les décoder.
- Soyez concis, sans être excessivement bref. Lorsque vous répondez à un message, citez suffisamment de texte original pour être compris, mais pas plus. Il est extrêmement de mauvais goût de répondre simplement à un message, en reprenant tout le message reçu : supprimez tout ce qui est hors propos.
- Limitez les lignes à une longueur de quelque 65 caractères et terminez-les par un retour chariot.
- Les messages auront une ligne d'en-tête
Subject:qui se rapporte au contenu.- Si vous mettez une signature, gardez-la courte. Une bonne chose est de ne pas dépasser 4 lignes. Souvenez-vous que beaucoup de gens paient leurs connexions à la minute et, plus long est votre message, plus ils paient.
- Tout comme le courrier peut (aujourd'hui) n'être pas secret, le courrier (et les Nouvelles) sont sujets (aujourd'hui) à falsification et imposture, à des degrés divers de détection. Faites jouer votre bon sens et votre sens de la réalité avant de considérer un message comme authentique.
- Si vous estimez que l'importance d'un message le justifie, répondez brièvement immédiatement pour signaler à l'expéditeur que vous l'avez reçu, même si vous allez répondre plus longuement ultérieurement.
- Les attentes "raisonnables" en matière de comportement via courrier électronique dépendent de vos relations avec la personne et du contexte de la communication. Des règles apprises dans un certain environnement de courrier peuvent ne pas s'appliquer à la communication en général avec des gens sur l'Internet. Soyez prudent avec l'argot et les expressions locales.
- Les frais d'expédition d'un message électronique sont payés en moyenne à peu près moitié-moitié par l'expéditeur et le destinataire (ou leurs institutions). C'est différent des autres médias comme le courrier postal, le téléphone, la TV ou la radio. Envoyer du courrier à quelqu'un peut aussi lui coûter par ailleurs, comme en termes de bande passante, de disque de stockage ou de temps machine. C'est là une raison fondamentale d'ordre économique qui veut que la publicité par courrier électronique est malvenue (et interdite dans bien des contextes).
- Soyez conscient de la longueur des messages que vous envoyez. Annexer de grands fichiers, tels que des documents en Postscript ou des programmes, peut rendre vos messages si grands qu'ils peuvent ne pas être transmis ou au moins consommer une part exagérée de ressources. Une bonne règle sera de ne pas envoyer de fichier dépassant les 50 Ko. Comme alternative, réfléchissez au transfert de fichier, ou à découper le fichier en morceaux plus petits et à les envoyer séparément.
- N'envoyez pas aux gens, de grandes quantités d'information non demandée.
- Si votre système vous permet de faire suivre du courrier, méfiez-vous de l'épouvantable boucle de suivis. Soyez sûr de ne pas avoir installé des faire-suivre sur différents hôtes, de sorte qu'un message qui vous est envoyé entre dans une ronde sans fin d'un hôte vers un autre, puis un autre.
Kuypers, Jean-Pierre, traduction de la netiquette. 1995
Pas beau de vieillir… ;)
Il est épais ce livre. 505 pages. La couverture souple, elle sera entièrement cornée une fois que je l'aurais fini. Tous les jours dans le sac bousculé, cogné entre l'appareil photo et le carnet de notes. J'espère que Vassili Golovanov ne m'en voudra pas. En fait, non, je ne pense pas. Je suis même à peu près sûr que le goût exécrable du café Alvorada se répandra dans le sac. Le vent, la pluie, les feuilles mortes s'éparpillent dans les rues de Montréal, au fond de mon sac, c'est Moscou.
… Point final. Je saisis mon super sac à dos Abalakov vert, et une heure plus tard, le train Moscou-Vorkouta m'emportait.
Où ? Je ne sais pas. Je me sens bien. Je suis debout dans le couloir près d'une fenêtre ouverte par laquelle s'engouffre le vent qui fait voler le petit rideau blanc. La locomotive fonce dans l'obscurité et son phare écarte les ténèbres, loin devant elle.
Golovanov, Vassili, Éloge des voyages insensés. p. 61. Éditions Verdier. 2008
Je n'en sais rien. Je ne sais pas si je dois savoir. Le voyage du matin à travers les rues de Montréal. Les mots qui se bousculent sur décor décalé. L'espace est une histoire. Il me semble fou de nommer « virtuel » ou « réalité augmentée » le monde qui passe par l'ordinateur.
Suis-je déjà à bord de ce train Moscou-Vorkuta ? Oui. Peut-être plus intensément que dans l'espace physique du train. Un grand immeuble bleu, un bâtiment publique, des petites annonces, une rue décrépie. Il faut s'avoir s'abandonner.
Le livre est un voyage insensé.
Elle dort encore.
Sa main flotte sur l'ombre. Ses doigts gardent le contour de l'après-midi. Elle dort. Je regarde. Ne pas la réveiller. C'est l'automne. Elle glane les moments mûrs. L'or abonde et déborde. Derrière ses paupières, les mordorures de l'érable, du chrysanthème et du cornouiller. Je me livre à l'allégresse.
La spécification HTTP 1.1 est bien mal comprise et très souvent mal implémentée. Il est vrai qu'elle demande un certain niveau d'abstraction, de distance avec la réalité logicielle. À ParisWeb 2009, j'ai tenté d'expliquer quelques principes de HTTP.
Une phrase que j'ai entendu à plusieurs reprises demande des éclaircissements.
http://example.com/bloublou.phpC'est un fichier PHP, on ne peut pas le mettre dans le cache.
Ce que la personne voulait dire est que le contenu (la représentation) de la ressource (identifiée par http://example.com/bloublou.php) est généré dynamiquement à chaque requête HTTP.
URI, quoi ?
La notion même de ressource est difficile à comprendre pour de nombreux développeurs, même dans le monde Web. Reprenons la définition donnée dans le document d'Architecture du Web (version originale).
Par conception, un URI identifie une ressource. Nous ne limitons pas la portée de ce qui pourrait être une ressource. Le terme "ressource" est employé dans un sens général pour qualifier tout ce qui pourrait être identifié par un URI. Il est courant, sur le web hypertexte, de décrire des pages Web, des images, des catalogues de produits, etc… comme étant des “ressources”. Les caractéristiques essentielles qui différencient ces ressources peuvent être empaquetées dans un message. Nous identifions cet ensemble par l'expression “ressources de l'information”.
Ajoutez à cela la définition de la spécification URI elle-même.
This specification does not limit the scope of what might be a resource; rather, the term "resource" is used in a general sense for whatever might be identified by a URI. Familiar examples include an electronic document, an image, a source of information with a consistent purpose (e.g., "today's weather report for Los Angeles"), a service (e.g., an HTTP-to-SMS gateway), and a collection of other resources. A resource is not necessarily accessible via the Internet; e.g., human beings, corporations, and bound books in a library can also be resources. Likewise, abstract concepts can be resources, such as the operators and operands of a mathematical equation, the types of a relationship (e.g., "parent" or "employee"), or numeric values (e.g., zero, one, and infinity).
Le mystère du gloubiboulga
Une ressource est tout ce qui peut-être identifié par une URI. Par exemple, l'URI suivante pourrait identifier un gloubiboulga.
http://example.org/gloubiboulga
Lorsque l'on utilise HTTP GET avec un type de média particulier, par exemple text/html, on obtient une représentation du gloubiboulga en code HTML.
Très important : La spécification HTTP ne spécifie en rien quelles sont les étapes de traitement pour obtenir la représentation html du gloubiboulga.
On peut imaginer le scénario suivant… Le gloubiboulga pourraît être une recette dans un livre sur une étagère. Lorsque l'on fait le HTTP GET. Un robot irait chercher le livre sur l'étagère, l'apporterait sur une table, ouvrirait à la bonne page, scannerait la page, la convertirait en code html et finalement la donnerait au serveur qui nous donnerait la réponse avec un 200 OK, soit le la recette du gloubiboulga sur la forme de code html. Le robot irait replacer le livre sur l'étagère et attendrait la prochaine requête. Bien sûr, cela n'est pas très efficace en terme de temps d'attente, mais c'est une utilisation parfaitement valide de HTTP.
Imaginons que nous fassions la même requête, le robot pourrait recommencer la même séquence complète et renvoyer le document. Après avoir scanné la page une nouvelle fois, le robot pourrait se rendre compte que le livre n'a pas été modifié et renvoyé un 304 Not Modified. Ou encore si le robot a la mémoire de qui a écrit dans le livre et à quelle date, il n'a pas besoin de rescanner le livre et peut directement répondre 304 Not Modified. Il peut garder une copie du texte numérisé pour le renvoyer plus rapidement également à la prochaine requête.
Bien sûr, aujourd'hui les recettes de gloubiboulga sont contenues dans des bases de données ou des fichiers sur un système de fichiers d'ordinateur. C'est légèrement plus rapide.
Le cache-cache de la ressource
Mais revenons à notre phrase initiale sur le php (remplacer ici tout langage de programmation Web). HTTP se moque que ce soit du php, du python, du texte seul, une base de données, la combinaison de tout cela. On réalise un HTTP GET sur une URI avec un type de médias et on obtient une représentation de la ressource.
Si cette représentation ne change jamais, on renvoie les en-têtes HTTP appropriés qui permettent au navigateur d'utiliser sa copie locale. Si la représentation a changé de façon pertinente pour l'interaction, on renvoie les en-têtes HTTP qui permettent de redemander une copie plus fraîche. C'est tout.
Bonne Pratique HTTP
Pour toutes vos ressources, émettez les en-têtes HTTP qui sont pertinents pour le dialogue client serveur.
Dans l'avion de Paris vers Montréal, au creux des paumes de mes mains, le petit écran. Je regarde le film d'Alain Resnais « Hiroshima, mon amour. » Les traversées transatlantiques s'accompagnent de moments désordonnés qui se bousculent. La mémoire se blottit dans les rides. Peut-on oublier les souvenirs que l'on a jamais eus ?
Dimanche 3 août. Aube. [1958]
Chère Margrot Dora, (comme écrit le « Japan Times »)
Entre toutes les attitudes littéraires possibles pour rédiger mon rapport, je choisis le désordre. Elle me paraît la plus rapide (et n'est-ce pas chaque minute compte) et – qui sait – la plus efficace. Je vous promet de n'écrire que d'un côté de la feuille. Ainsi vous pourrez jouer avec Outah et Gérard, l'un pour les ciseaux, l'autre pour le scotchtape, à reconstituer cette lettre telle qu'elle aurait dû se présenter.
Resnais, Alain, Tu n'as rien vu à Hiroshima, Correspondances de Alain Resnais à Marguerite Duras. p. 52. Éditions Gallimard. mars 2009
Je n'écris que d'un seul côté de la page Web. Peut-être un matin dadaïste, je couperai quelques morceaux de pixels. On ne disparaît pas, on se copie mal. Un désordre vague sur l'océan à Kanagawa avale le sommet lointain de mes envies.







