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Date: Friday, 22 May 2009 09:07

Depuis  le report de la prétendue réforme du lycée, Xavier Darcos est déprimé. Directement court-circuité par Sarkozy soi-même et par Richard Descoings, il peine vraiment à exister.

Comment faire parler de soi quand on ne sert plus à rien?

L’actualité vient enfin de lui fournir sur un plateau l’occasion tant attendue, le drame paroxystique à récupérer: l’agression dans un collège près de Toulouse d’une enseignante par un élève de 13 ans vendredi dernier.

Le ministre en sursis saute sur l’occasion, apporte un légitime soutien à la victime et propose qu’on installe des portiques de sécurité et des fouilles à l’entrée.

Premier succès: ça fait causer. Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que fouiller 600 élèves chaque matin prendrait un temps fou et qu’il faudrait aussi interdire les ciseaux, les compas, et autres règles métalliques qui déclencheraient les portiques...

Mais l’essentiel est acquis: Xavier Darcos redevient médiatiquement le ministre de l'Education nationale.

Le problème avec les médias c’est qu’il leur faut du neuf, toujours du neuf.

Le succès, donc, ne dure pas.

Heureusement la  PEEP est là...

L’ouverture, un jour férié, du congrès de la deuxième fédération de parents d’élèves, qui n’est pas connue pour le caractère particulièrement progressiste de ses positions, a donc offert à notre ministre en sursis, et en attente de remaniement, l’occasion de relancer le buzz.

Par une matinée ensoleillée de jeudi de l’ascension, Xavier Darcos annonce donc, devant un parterre de parents d’élèves "PEEPiens", qu’il a un super plan pour anéantir la violence.

Comme il se souvient avoir été prof de lettres, le plan est en trois parties:

1) On crée une «force mobile d’agents» chargé de la sécurité et placé sous l’autorité des Recteurs. Les brigades du Tigre de la violence scolaire, quoi!

2) On donne aux personnels des établissements des prérogatives de flics, pardon de policiers, histoire de tendre un peu plus les relations avec les élèves.

3) On sanctionne financièrement les parents des élèves qui posent problème.

Tout y est: la surenchère sécuritaire, la confusion des genres et le populisme gerbant.

Et le buzz fonctionne à merveille.

 Il ne nous reste plus qu’à ramer derrière pour expliquer:

1) Que 99% des faits de violences à l’école sont des insultes, des «incivilités répétées», des bagarres entre élèves, des contestations de l’autorité du prof et de l’intérêt de ce qu’il enseigne. Et que face à cette réalité les portiques, les fouilles et les brigades spéciales sont tout à fait impuissantes.

2) Qu'un enseignant est chargé d’une mission éducative et qu’une surenchère sécuritaire, tendant à rapprocher son statut de celui d’un policier, ne ferait que compliquer les relations avec les élèves en multipliant les risques de dérives.

3) Que cette surenchère est aussi une diversion qui permet d’évacuer les vrais sujets qui fâchent, par exemple la suppression de 34.000 emplois dans la fonction publique l’année prochaine, les postes vacants de profs, d’assistantes sociales, de CPE, la lente dégradation organisée des conditions de vie et de travail dans les établissements les plus fragiles…

Décidément, si Darcos se fait souffler le tant espéré ministère de la Justice, il pourra toujours se recycler comme directeur de campagnes électorales. Ce genre de surenchère avait si bien fonctionné en 2002…

• Guillaume •

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Author: "silnyavaitqueleseleves"
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Date: Monday, 11 May 2009 09:20

Pendant mes années d'études, à la période des grandes vacances, je travaillais comme préparateur de commandes dans un entrepôt d'une entreprise de grande distribution. Et un été sur deux, je me rendais à la médecine du travail pour une visite médicale.
J'en suis maintenant à ma neuvième année d'enseignement. Pas une seule !

J'ai bien du passer une radio des poumons et un entretien avec un médecin quelques mois après avoir eu mon CAPES (concours de l'enseignement secondaire public), mais depuis plus rien. (Et pour information, les visites d'embauches pour les profs ne sont pas assurés par les médecins de prévention de l'Education Nationale...)
Et c'est la même chose pour tous les collègues de mon âge avec lesquels j'ai pu avoir des conversations qui ont dépassé le : "Elle marche pas la photocopieuse ?" et "Ah tiens, moi aussi, je suis prof, bonne soirée !"
"Euh, et moi Jérôme, je ne compte pas ? Je te signale que je suis allé en car passer une radio des poumons quand il y a eu un cas de tuberculose dans la classe des non-francophones."
"Oui, mais Sophie, là, je parle de la visite médicale de prévention. Pas des cas exceptionnels."
"Oui, c'est vrai que je suis assez assez exceptionnelle."

Quant à mes collègues plus expérimentés, la visite médicale professionnelle semble leur dire quelque chose. "Attends, oui, j'ai passé une visite dans l'Education Nationale. Alors, à l'époque, j'étais à Carhaix. Non, c'était plutôt Barsparts. Voilà. C'est l'année où j'ai vendu ma Fiat 128, c'était donc en 1978."

Il existe bien des textes officiels sur le sujet. Les agents de l'Etat (dont nous faisons partie) doivent être soumis à une visite obligatoire quinquennale (c'est tous les deux ans dans le privé...), et l'article L. 2325-2 du code de la santé publique prévoit que «ces personnels, publics ou privés et toutes les personnes se trouvant en contact habituel avec les élèves sont obligatoirement soumis, périodiquement, et au moins tous les 2 ans, à un examen médical de dépistage des maladies contagieuses».

Selon Claire Maitrot, médecin conseiller technique auprès du recteur de l’académie de Rennes, "le déficit de médecins du travail au sein de l’Education nationale ne permet pas aux services académiques de prévention de fonctionner comme ils le devraient." C'est bien dommage, et surtout, c'est à mon sens un mauvais calcul budgétaire de la part de l'Etat. La majorité des pathologies détectées lors des visites sont d'ordre psychique, il doit sûrement redevenir moins coûteux de traiter les cas de stress et de dépression à leurs premiers signes que de laisser les choses empirer jusquà ce que les personnels ne soient plus en état d'assurer leur travail. Et je ne parle même pas du simple aspect moral dans le fait d'assurer pour l'Etat la prévention de ses agents sur le terrain...

Peut-être que la grippe A/H1N1 va permettre d'améliorer les choses. Il existe depuis décembre 2008 un plan ministériel de prévention et de lutte «pandémie grippale», au sein duquel les médecins de prévention "sont chargés de la détection des risques de contamination des agents, de l'information des personnels sur les mesures de protection à appliquer et de l'expertise de l'aptitude médicale à assurer leurs fonctions pour les personnels dont la fonction a été identifiée comme devant être maintenue".

Si le gouvernement veut maintenir quelques personnels en place pour assurer la continuité de l'Education Nationale même en cas de pandémie, il va lui falloir pourvoir les postes de médecins en nombre suffisant. Maintenant, il compte peut-être sur ce nouveau virus pour l'aider à atteindre plus rapidement que prévu son objectif de suppression d'un fonctionnaire sur deux...

En tout cas, si l'OMS déclare le niveau d'alerte 6 pour une pandémie, moi, je reste chez moi et j'explique à ma direction que, d'un point de vue technique, tout est en place pour que mes élèves aient encore accès à leurs cours de SVT. Il leur suffira de se connecter sur le blog de Libé.

• Jérôme •

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Author: "silnyavaitqueleseleves"
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Date: Wednesday, 22 Apr 2009 14:55

La sonnerie retentit.
Je vais chercher dans la cour les quatrièmes 5. J’assiste à une bagarre généralisée entre les élèves de cette classe et ceux de la quatrième 6. Avec l’ensemble des adultes présents, il nous faut un bon quart d’heure pour séparer les belliqueux, les ranger et monter en classe.
Les esprits sont tellement échauffés qu’il n’est pas envisageable de faire cours immédiatement. Je décide de prendre une dizaine de minutes sur l’heure pour que les élèves puissent s’exprimer et que l’on puisse passer à autre chose, en l’occurrence la perception de l'environnement dans la commande du mouvement.

Ivan: «Monsieur, c’est la faute de cette bouffonne de Magalie. Elle a été voir les 4ème 6 pour leur dire qu’Hicham avait traité Moussa de blédard.»
Magalie: «N’importe quoi. Ils le savaient déjà les 4ème 6. Moi, je leur ai juste dit que ça se faisait pas de traiter les gens. C’était la honte pour la classe, et moi je suis pas une crevarde comme plein ici, alors j’ai juste dit: " Vas-y, ça se fait pas !" C’est tout ! »
Houria: «Ouais, vas-y. C’est juste que tu kiffes engrainer. En plus, Hicham, il a pas dit ça. Et t’étais même pas là en physique quand il a parlé de Moussa.»
Magalie: «Ben, je suis désolée, mais c’est ce que raconte Nadia à tout le monde. Et je crois pas que ce soit une mytho.»
Nadia: «Hé, je suis pas une mytho, c’est la vérité. D’abord, Ahmed, il a parlé du match de foot en EPS. Après, il a parlé des fausses Nike de Moussa. Après Hicham, il a dit que peut-être Moussa s’habillait comme un blédard mais au moins il mettait des buts, lui.»
Hicham: «Ouais, c’est pas comme ce bouffon de Moktar. Il a des Lacoste mais il touche pas une bille au foot.»
Houria: «Ouais, et ça fout bien le seum à Magalie parce qu’elle kiffe Moktar, Monsieur.»
Nadia: «Ouais!»
Houria: «Mais t’as fini bouffonne? De toute façon, qu’est-ce t’as besoin d’ouvrir ta bouche en permanence? Ca t’amuse de faire passer la classe pour des chacals?»
Nadia: «Vas-y, je suis pas une chienne. Parle-moi autrement. Excuse-toi.»
Houria: «Nan, toi, excuse-toi.»
Magalie: «Ouais, ben c’est trop la honte d’être dans cette classe.»
Moktar: «Eh ben, t’as qu’à aller en 4ème 6.»
Hicham: «Ouais, casse-toi, pauv’ conne.»
Bin-bin: «Han! En plus, t’es délégué Hicham! Ça se fait trop pas.»


Oh, mon Dieu, c’était un cauchemar.
Ce sont les vacances.
Il fait beau. Vive le monde des adultes.
Allez, un petit café, avec le journal et la radio.
«France Inter. Il est neuf heures. Les titres…»

• Jérôme •

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Author: "silnyavaitqueleseleves"
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Date: Monday, 06 Apr 2009 11:13

Rhaaa, je suis bien embêté.
La Journée de la Jupe, j'ai adoré.
Vraiment.
J'en suis ressorti tout ruisselant de larmes après avoir ri aux éclats devant les frasques de Podalydès, avoir tremblé pour tous les personnages "coincés" dans la salle de théâtre et avoir jubilé devant Adjani qui met un coup de boule à un élève récalcitrant.
Depuis, une semaine, je n'arrive pas à commencer une conversation autrement que par "Tu as vu la Journée de la Jupe ?".

Pourtant, mon enthousiasme vient d'en prendre un coup. Ce film, Jean-Paul Brighelli l'adore aussi. Pour lui, il est une illustration du discours qu'il tient sur l'école publique depuis des années et dont il réussit à tirer des best-sellers médiatiques. 

Pour avoir lu en entier la Fabrique du Crétin, on constate que son discours se nourrit d'un état des lieux de l'Education Nationale catastrophique (le niveau baisse, les élèves sont violents et feignants, les enseignants abrutis par les nouveaux pédagogues et l'IUFM...). Adhérent au SNALC (syndicat situé plutôt à droite), ses explications de la situation se situent pourtant au niveau d'une théorie du complot qui ferait rougir de simplisme le plus buté des militants d'extrême gauche : forcer le système éducatif français à former des élèves crétins serait un projet conscient d'une caste dirigeante qui, avec la complicité des nouveaux pédagogues, serait déterminée à conserver une classe ouvrière inculte et incapable de réfléchir. Et pour lui, il n'y a qu'une seule solution : revenir à l'enseignement d'antan. Point barre. Ce qui a marché pour lui il y a des décennies doit évidemment pouvoir s'appliquer à tous les élèves de la société actuelle.
Le ton lapidaire et hargneux de son article sur la Journée de la Jupe suffit à mon sens à décrédibiliser son propos, et au final, il parle très peu du film, mais je suis attristé par cette petite entreprise de récupération.

A mon sens, la Journée de la Jupe n'est pas un film à thèse. Ce qui me plaît beaucoup, c'est qu'il est d'abord un film de fiction où dominent une intrigue forte et des personnages qui se dévoilent et évoluent. Le contexte dans lequel ont lieu ces événements est essentiel et prend sa source dans la réalité. La description est parfois un peu caricaturale et n'est pas dans le cadre strict du documentaire édifiant. C'est un film de fiction. On est plutôt dans l'impression de réel qui rend cette histoire particulière possible et plausible. Cela n'empêche pas pour autant d'évoquer les problèmes de fond liés à la ghettoïsation de certains quartiers.
Et puis Adjani est extraordinaire.

• Jérôme •

Author: "silnyavaitqueleseleves"
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Dix ans   New window
Date: Monday, 23 Mar 2009 11:39

Comparatif - presque - objectif du parcours de 4 apprentis-enseignants à dix ans d'intervalle.

Année 0
1996 - Julie obtient son bac S avec mention AB, Jérôme l'obtient sans mention, le pauvre.
2006 - Virginie et Vincent obtiennent leur bac S avec mention B.

Année 1-3
Julie et Jérôme s'en vont à la fac de Sciences. Ils aiment les grenouilles, les fossiles et les vacances. Ils obtiennent leur DEUG B et leur licence de "Physiologie générale option Sciences de la Terre".

Virginie et Vincent s'en vont à la fac de Sciences. Ils aiment les bactéries, les basaltes et les vacances. Ils obtiennent leur licence "Sciences de la Vie et de la Terre".

Année 4
Julie et Jérôme sont en maîtrise. Ils se sont également inscrits au concours du CAPES de SVT, le seul niveau licence est requis.

Virginie et Vincent sont en Master 1. Ils se sont inscrits à des stages d'observation et de pratiques accompagnées (108h). Bien que ces stages doivent être encadrés par des universitaires responsables de leur bonne insertion dans le master, Virginie et Vincent manquent de nombreux enseignements universitaires pour assister à des cours dans des collèges et des lycées.

Julie obtient sa maîtrise et est reçue au CAPES.
Jérôme est allé les mains dans les poches au concours, obtient sa maîtrise et s'est inscrit à l'IUFM à l'année PLC1, année de préparation au CAPES.

Virginie et Vincent passent en Master 2, année où ils vont devoir obtenir leur diplôme universitaire et le CAPES. (Ils ne peuvent avoir le CAPES sans le Master!)

Année 5
Julie est maintenant enseignante stagiaire, c'est-à-dire PLC2 à l'IUFM.
Le lundi et le vendredi, elle assure 6 heures d'enseignements, répartis sur 3 classes de collège. Elle se plaint de son tuteur qui ne la soutient pas assez et qui ne vient pas souvent la voir.
Le mardi et le mercredi, elle suit à l'IUFM des formations sur l'enseignement de sa discipline, sur la gestion d'une classe, sur la psychologie des adolescents, sur le fonctionnement d'un établissement scolaire... Elle se plaint de la platitude de certaines interventions et est effarée par le décalage entre les discours sur l'enseignement et sa réalité.
"Franchement, faudrait réformer cet IUFM !"
Elle est payée 1350 euros par mois.
Julie n'est jamais contente. (Elle a bien fait de devenir prof !)

Jérôme prépare le CAPES à l'IUFM en PLC1. Toute l'année est orientée sur les épreuves écrites et orales du concours, tout le programme est passé en revue. Il fait quelques heures d'observations dans des classes de collège et de lycée, mais est concentré sur son concours.
Il n'est pas rémunéré.

Virginie a obtenu dans le cadre de son master 2 un stage en responsabilité de 108h. Elle est contente ! Ce stage est rémunéré.
Mais elle se rend compte que ces heures ne sont pas étalées sur les 36 semaines de cours de l'année scolaire. Non, son stage correspond à des remplacements de courte durée dans des établissements. La voilà, au mois de novembre, en train de faire 18 heures de cours d'une enseignante arrêtée pendant 15 jours à la suite d'un accident de voiture. Elle ne peut plus suivre les cours du master 2, ni préparer le CAPES pendant ces quinze jours. Elle subit le sort de tous les remplaçants, elle est "testée" par les élèves. Ses premiers cours ressemblent aux jeux du cirque.
Virginie sera rémunérée 3000 euros sur l'année.

Vincent n'a pas obtenu de stage en responsabilité. Il prépare son master et son concours.
Il n'est pas rémunéré.

Julie obtient un rapport de stage positif par son tuteur et des rapports positifs à la suite de visites par les formateurs IUFM. Elle présente son mémoire sur le thème des "représentations initiales des élèves" à la fin de l'année.
L'IUFM valide son année de stage. Elle est maintenant enseignante titulaire.

Jérôme obtient le CAPES.

Virginie est reçue au CAPES mais elle n'a pas validé son master. Elle doit recommencer l'année suivante. Elle se jure de ne pas bousiller son année en faisant la remplaçante non formée.

Vincent valide son master et obtient le CAPES.

Année 6

Julie est titulaire d'un poste dans l'Académie de Créteil.
Elle est rémunérée 1500 euros par mois.

Jérôme est enseignant-stagiaire. Il assure ses 6 heures de cours, coaché par sa tutrice qu'il trouve formidable. Il se plaint lui aussi de la formation de l'IUFM, sans remettre en cause son principe, juste en regrettant que les informations dispensées ne soient pas plus en rapport avec ses besoins et la réalité du terrain.
Il est rémunéré 1350 euros par mois.

Virginie n'en peut plus d'être à la fac. Elle n'en peut plus de potasser les bouquins de bio. "Si c'est pour que je me fasse bordéliser par des petits monstres, c'est pas vraiment la peine." Elle commence par prendre des anxiolytiques, puis des antidépresseurs. Elle passe ensuite aux drogues dures et fait une overdose lors de l'épreuve écrite de biologie du CAPES.

Vincent est enseignant-stagiaire. Il assure 18 heures de cours par semaine. (Ah non, depuis quelques jours, Darcos a dit que ce ne serait plus que 12 heures...)
Il ne sera pas validé par l'IUFM, qui n'existe plus, mais par son chef d'établissement.
Vincent participe à trois journées de grève.
Son stage n'est pas validé par son chef d'établissement.

Années 7 et +

Julie et Jérôme font le métier qu'ils ont toujours eu envie de faire. Ils ont été formés et ne s'en sortent pas trop mal. Ils font cours, ils font grève, ils écrivent parfois dans des blogs, bref, la vie est belle !

Virginie s'est lentement remise de son overdose. Elle regarde tous les jours en pleurant "Entre les murs" et "La journée de la jupe".
Vincent a attendu deux ans avant de faire valider son stage. Il a perforé son deuxième ulcère et en attendant de se rétablir, regarde tous les jours en pleurant "Entre les murs" et "La journée de la jupe".

• Jérôme •

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Author: "silnyavaitqueleseleves"
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Date: Monday, 09 Mar 2009 11:21

«Vous avez un nouveau message.
Bonjour. Ceci est une information de l’Education Nationale.
Votre demande de mutation est envisagée.
Bip.»

Hein ? Quoi ?
Mais les commissions paritaires d’examens des demandes n’ont pas eu lieu.
Comment se fait-il que j’ai déjà une réponse ? Et qu’est-ce que signifie ce «envisagée» ? Ça veut dire que je mute ? Qu’après trois demandes infructueuses, je vais pouvoir enfin intégrer l’Académie de mon choix ?

Il faut que je vérifie.
J’appuie sur «5».
«Ce numéro n’est pas accessible.»

Rhaaaa. Puis-je enfin ouvrir mes bouteilles de Moët & Chandon qui attendent dans le frigo depuis des années ?

Ce petit scénario qui a eu lieu il y a une quinzaine de jours a concerné une grande majorité d’enseignants de la Seine-Saint-Denis et de Paris (pour ce que j’en sais) qui avaient fait leur demande de mutation pour changer d’académie. Enfin, dans une bonne partie des cas, le message était différent.
«Votre demande de mutation n’a pas été satisfaite.» Là, les choses sont relativement claires.

Habituellement, aucune information n’est donnée aux enseignants qui souhaitent changer d’établissements avant une décision définitive. Elle n’est rendue qu’après que l’administration n’a proposé ses résultats aux syndicats, que des élus ont pu vérifier que l’ensemble des règles ait été appliqué avec rigueur et que des erreurs identifiées aient été corrigées.
Le système de mutation des enseignants est loin d’être parfait mais dans ce jeu où les règles changent chaque année il est plutôt rassurant d’avoir des garde-fous qui assurent leur respect et leur application équitable.

La question subsiste. Quel est l’intérêt de ces appels ?
Naïvement, on pourrait penser qu’ils permettent d’abréger les espoirs vains des collègues très loin des barèmes d’entrée. Cependant, dans le contexte actuel, la confiance aveugle n’est pas vraiment de mise au moment où le gouvernement souhaite mettre fin à ces fameuses commissions paritaires où siègent membres de l’administration et syndicats.

Je vous expose ma petite théorie du complot.
Lors des dernières élections professionnelles, la participation a été plus élevée que lors des précédents votes. On peut l’interpréter comment un regain de confiance des personnels dans les syndicats. Supprimer abruptement le paritarisme dans ces conditions ne serait peut-être pas le coup le plus stratégique pour atteindre sans trop de bruit ce but.
Venons-en aux appels. Ils ont élevé chez ceux dont la mutation est maintenant «envisagée» l’espoir de voir leur souhait se réaliser. Tous les cas «envisagés» ne vont pas être confirmés. Et vers quoi va pouvoir se tourner la rancœur des recalés ? Quelle instance sera identifiée comme l’obstacle ultime ?
Les commissions dans lesquelles siègent les syndicats !

X-Files a peut-être finalement déteint sur moi plus que je ne l’avais imaginé, mais je n’arrive pas à envisager d’autre raison qui justifierait l’existence de ces appels.

«Vous avez un nouveau message.
Bonjour. Ceci est une information de l’Education Nationale.
Vous avez été muté de façon disciplinaire pour avoir écrit dans un blog d’un quotidien national autre que Le Figaro ou la Tribune.
Votre mutation aux îles Kerguelen est confirmée.»

Pfff, Guillaume, raccroche ce téléphone. Tu te crois drôle ?

• Jérôme •

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Author: "silnyavaitqueleseleves" Tags: "Actualité"
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