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Date: Sunday, 04 Oct 2009 11:07

J'ai vu un OVNI. Un objet violent non-identifié.

Ce film de science-fiction de Neill Blomkamp qui est un inconnu déjà célèbre (la Citroën C4 Transformer c'est lui) produit par Peter Jackson (Le Seigneur des Anneaux) vous parle de ce qui se passe sur une planète où le racisme et la xénophobie le disputent à la cupidité et l'absence de scrupules de multinationales. La nôtre.

Un vaisseau spatial tombe en panne et reste suspendu au-dessus de la ville de Johannesburg pendant vingt ans. Il y a vingt ans, c'était aussi le début de la suppression de l'apartheid en Afrique du Sud. Est-ce un hasard ? J'aurais tendance à penser le contraire.

Pourquoi et comment ce vaisseau spatial est-il arrivé là ? Quels desseins nourrissent ses occupants ? On ne le saura pas. Mais ce n'est pas important, car le propos de ce film est de nous parler d'une espèce dont la capacité de nuisance n'est malheureusement plus à démontrer : la nôtre.

Les aliens, qui n'avaient pas cherché à prendre contact avec les terriens, ont été évacués du vaisseau inerte toujours suspendu au dessus de la ville, et ont été "accueillis" dans un camp de réfugiés, le district 9. Ce camp va suivre l'histoire naturelle de tout camp de réfugiés : militarisation, ghettoïsation, précarisation, criminalisation, tolérance et affrontements interethniques, troc et marché noir avec les autres communautés de réfugiés. District 9 qui accueille plus d'un million d'aliens sans parler des autres, dont une flopée de réfugiés nigérians dont le chef est un véritable poète, un ange de miséricorde. Le camp devient un lieu de non-droit où prévaut la loi du plus fort. Et il continue à croître.

Les frictions avec les banlieues environnantes de Johannesburg, l'insécurité grandissante, les exactions diverses conduisent la population à l'exaspération. L'accès de certaines zones est interdite aux non-humains, force panneaux se chargeant de le rappeler et tous, noirs, indiens et blancs réunis et réconciliés depuis la fin de l'apartheid réclament dans un bel ensemble le déplacement du district 9 vers un autre camp à 200 km de là. C'est le terme politiquement correct pour déportation. Les aliens sont bien évidement tenus responsables de tout ce qui ne va pas, et le cinéaste en profite pour retourner joyeusement comme des crêpes stéréotypes et préjugés.

La mission est confiée à la MNU, multinationale tentaculaire dont le champ d'action va de la fabrication et vente d'armes à la recherche génétique en passant par le mercenariat et la milice. Que du beau monde : de vrais être humains comme on voudrait en croiser tous les jours.

Le film commence comme un reportage sur Wikus van der Merwe (magistral Sharlto Copley), employé de la MNU, présenté comme un gentil exécutant pas très finaud qui ne se pose pas trop de questions pour ne pas avoir mal à la tête, et qui n'a envie que d'une seule chose : bien faire le boulot que l'on attend de lui pour retrouver sa gentille petite épouse blonde aux yeux bleus le soir, qui se trouve être la fille de son chef.

Wikus est chargé d'encadrer et organiser le déplacement de la population du district 9, avec réalisation d'un reportage dont on se doute que le montage expurgera avec soin les irrégularités et autres atteintes aux droits des non-humains qui auront pu être commises au cours de la procédure.

Seulement voilà, les choses ne vont pas se passer exactement comme la MNU l'avait prévu. Wikus va rencontrer une difficulté très inattendue, en l'occurrence une contamination par une substance alien qui va assez rapidement le rendre très intéressant pour ses employeurs. Pas lui en tant qu'être humain, on s'en doute, mais en tant que cobaye et sujet d'expérimentation, ce qui donne lieu à quelques scènes tournées de façon froide et clinique à la limite du soutenable. Pour survivre et avoir une chance de retrouver sa petite vie d'avant bien pépère, l'anti-héros Wikus va devoir fuir, et malgré lui choisir son camp.

Le film ne fait l'impasse sur aucune des dérives du monde d'aujourd'hui relatives aux droits et libertés individuelles. Obsession sécuritaire, surveillance omniprésente des citoyens, privatisation de l'armée et de la police au profit de groupes multinationaux avides d'argent et de pouvoir qui ne reculent devant aucun moyen tout en restant discrets.

On gratte aussi quelques cicatrices de l'apartheid qui doivent assez furieusement démanger quelques afrikaners encore aujourd'hui derrière une façade de réconciliation.

L'aspect formel du film est particulièrement réussi, qui commence tel un docu-fiction, en mélangeant des extraits d'actualité et d'émeutes, l'entrecoupant d'interviews qui lui donnent un réalisme à couper le souffle.

Les effets spéciaux sont particulièrement soignés et bluffant, loin des grosses machines de production d'Hollywood. Les aliens, à qui l'on n'a pas fait l'injure de faire parler l'anglais mais une sorte de cliquetis mouillé, sont incroyables de réalisme. L'intégration de leurs personnages dans un décor de bidonville où ils sont réduits à fouiller les poubelles pour survivre est particulièrement réussie.  Seuls certains mouvements manquent parfois un peu de fluidité, mais au regard des qualités formelles et fondamentales de ce film, c'est réellement véniel. L'anglais parlé avec l'accent afrikaner zézéyant est un peu surprenant au début, mais l'on s'y fait, et ceci ajoute en fait au réalisme.

Ce film est une nouvelle démonstration que le monstre est en nous, que ce n'est pas forcément l'autre, celui qui est différent, dont on trouve qu'il a une sale gueule.

Deux semaines après sa sortie en France, District 9 a enregistré presque deux millions d'entrées. Grâce sans doute à un marketing viral réussi, mais aussi un bouche à oreille positif et un accueil critique enthousiaste. Oubliez tout ce que vous pensiez savoir qur les films de SF. Celui-ci est un OVNI et ne ressemble à rien d'autre, même s'il a très intelligemment recyclé certains concepts déjà vus dans d'autres films, ou des séries.

Foncez-y, même si ça ne doit pas vous réconcilier avec la nature humaine, faîtes tout de même attention si vous avez l'estomac fragile.

Author: "Eric" Tags: "Toiles"
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Date: Sunday, 27 Sep 2009 19:36

J'ai choisi de travailler à l'hôpital public parce que ma conception du service public et celle du service du public s'accomodent assez mal des dérives d'une certaine médecine libérale dans laquelle, parfois, les indications chirurgicales deviennent des indications économiques. Il peut alors arriver que l'on fasse entrer les patients, à coup de chausse-pied si nécessaire, dans ces indications, plutôt que le contraire.

Alors, je travaille environ 70 heures par semaine, parce que je l'ai choisi, grassement payées 48 heures au maximum selon une conception schizophrène des règlements hospitaliers, mais pour le prix de 39 heures. Vous ne comprenez pas mais c'est normal, je ne le comprends pas toujours moi-même non plus.

Régulièrement, mon administration m'explique que, mes 48 heures effectuées, je dois rentrer chez moi, que personne ne m'oblige à en faire plus qu'on ne m'en demande. Sauf les patients qui sont malades tous les jours, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Vraiment, ils ne sont pas sympas les patients. Font rien qu'à faire chier à être malades. D'ailleurs, un hôpital sans patients et sans médecins, ça ferait bien les affaires de l'administration, que les gens au pouvoir soient de gauche ou de droite.

Pour les mêmes raisons, je passe à l'hôpital 6 à 7 nuits par mois, où l'on me paye (parfois) pour dormir dans un lit de 70 cm de large, ce qui me rajeunit un brin. Je partage avec mes collègues et compagnons d'infortune une douche cassée au rideau crasseux déchiré. Il arrive aussi une à deux fois par semaine que la cuisine oublie de nous livrer des plateaux-repas pendant les gardes, ce qui nous donne droit à de plates excuses qui nous remplissent très bien l'estomac. Dans ce cas, l'administration nous invite fortement à remplir une fiche d'évènement indésirable dont la valeur nutritive laisse quelque peu à désirer. Mais la même administration se garde bien de taper du point sur la table pour surtout ne pas fâcher les syndicats qui défendent les travailleurs opprimés par ces salopards de médecins qui veulent se taper la cloche en garde. Si je remplissais ma mission avec le même niveau de rigueur professionnelle, j'aurais sur la conscience un nombre de décès impressionnant.

Pendant 14 ans, j'ai sévi en réanimation, emporté chez moi les problèmes des patients, et plus souvent qu'à mon tour pleuré avec des familles quand les choses tournaient mal. Ce que c'est que d'être sentimental.

Il m'est très souvent arrivé à cette époque de donner un bassin à un malade afin qu'il puisse se soulager, et d'aller le laver ensuite, sans pour autant faire appel à une aide-soignante qui souvent avait les mains dans le cambouis ailleurs, mais parfois pouvait aussi prendre un peu de détente. Déroger ainsi à sa caste, c'est assez, voire très mal vu.

Ceci étant, je ne me plains pas, je gagne très correctement ma vie même s'il m'arrive comme à chacun d'avoir l'impression de la perdre à la gagner. Je la gagne suffisament bien pour avoir le privilège de déclarer à l'administration fiscale des revenus confortables dont je n'ai jamais détourné un centime, ce qui me donne à la louche le droit de travailler pour l'état du 1er janvier au 30 avril. Je connais beaucoup de gens qui seraient très heureux de payer autant d'impôts que moi.

J'ai une femme de ménage, que je déclare, ce qui me permet de m'acheter un peu de temps libre et non pas parce que je trouve dégradant de nettoyer la cuvette des WC, ce que je fais assez souvent, que je paie 25% au dessus du tarif horaire habituellement pratiqué, parce que je peux me le permettre, qu'elle le mérite et qu'elle a réellement besoin de travailler, ce qui accessoirement lui procure une couverture sociale. Je lui verse son salaire aussi les jours où elle n'a pas pu venir car de gentils syndicalistes ont organisé avec quelques potes avinés des brochettes-parties barrages routiers paralysant l'économie du territoire pour défendre les travailleurs exploités contre ces salauds de patrons.

Depuis plusieurs années, je donne tous les mois à l'UNICEF une somme raisonnable dont j'espère qu'elle permet à quelques enfants de manger ou de recevoir des soins médicaux indispensables. Cette contribution est légalement déductible de mes revenus mais je n'y prétends pas. En outre, je ne devrais même pas vous en causer, car je considère que le bien ne fait pas de bruit.

Une de mes principales richesses aujourd'hui est l'insomnie, le toit qui protège ma tête ne m'appartient pas et j'ai tout au plus devant moi de quoi payer une année d'impôts.

Alors ? Alors, je m'énerve.

J'ai autour de moi des ségolâtres opportunistes encartés à 20 euros, mercenaires qui vendent grassement leur temps de cerveau à des groupes financiers fers de lance de l'ultralibéralisme. Et accessoirement d'un certain pouvoir omniprésidentiel. On appelle ça assumer ses contradictions.

Ces gens, pour certains, vivent à deux dans des appartements d'architecte de 400m2, qui feraient le bonheur des Enfants de Don Quichotte pour loger une dizaine de familles de maliens en situation plus ou moins régulière, mais se marcher dessus c'est insupportable. On louvoie entre quelques bibliothèques de Jean Prouvé, des chaises Lecorbusier, des fauteuils de Charles Eames, des tables éditées par Knoll, parce que de vivre entouré de belles choses hors de prix enrichit l'âme. On claque mensuellement en futilités diverses le PIB du Vanuatu, parce qu'il faut bien faire le plein de la Mercedes et de la BMW et qu'il faut bien se nourrir même si Fauchon n'est plus ce que c'était, et on a également une très haute idée de la justice sociale.

On se sent investi de la mission de m'en inculquer les plus élémentaires notions, plus deux ou trois petites choses pour faire bonne mesure telles que la définition des différences ontologiques entre la gauche et la droite, ceci afin de déterminer un plan de clivage discriminant entre le bon grain (de gauche) et l'ivraie (de droite). La gauche, dont le parti socialiste, a le monopole de la compassion, du coeur, du social, de la moralité en politique. Tout ça sans rire une demi-seconde.

Je ne vous parle pas de leur femme de ménage employée au noir. Non, vraiment ça je ne vous en parlerai pas. Je vous parlerai éventuellement de toutes les ficelles que l'on tire pour réaliser quelques économies d'impôt. Ben oui quoi, on y a droit. On vomit Sarkozy par tous les orifices, mais tirer bénéfice de quelques dispositions du bouclier fiscal mis en place, ce n'est pas tricher, après tout c'est la loi. Si on peut légalement échapper à l'impôt sur la fortune, pourquoi s'en priver, même si on se dit socialiste ?

Bref, pour la faire courte, selon ces critères, je suis définitivement un sale con de droite.

Author: "Eric" Tags: "Société, Droite, Gauche, Social"
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Date: Friday, 11 Sep 2009 07:19

À bout de souffle. Atteint par la myxomatose.

Je n'ai pas pu lâcher les trois tomes de Millénium de Stieg Larsson une fois lues les premières lignes, quasiment 2400 pages avalées en une quinzaine de jours.

Happé, hypnotisé par la plume et la spirale vertigineuse dans laquelle vous entraîne rapidement le romancier.

Séduit par les deux personnages principaux mais aussi la foule de personnages secondaires qui gravitent autour d'eux, chacun va avoir son importance.

Lisbeth Salander est la rencontre de Fifi Brindacier et de Marylin Manson, jeune femme gothique, tatouée, piercée, l'oeil charbonneux, mais que l'on ne peut absolument résumer à ça, le personnage étant incroyablement attachant et complexe. Les références à Fifi Brindacier sont nombreuses au cours du roman, et en cela c'est un hommage à la culture populaire suédoise, dont on sent qu'elle a bercé l'enfance de Stieg Larsson.

Comme Fifi, Lisbeth possède une grande maison, et une immense fortune. Comme Fifi, Lisbeth fait la nique aux fâcheux. Lisbeth est une sorte de Robin des Bois asocial, geekette et hackeuse redoutable, autodidacte douée d'une intelligence aiguisée. Elle abhorre l'injustice plus que tout mais a de la justice une conception très personnelle. Les maltraitances faites aux femmes sont au hit-parade de sa détestation. Cet élément est d'ailleurs le fil rouge qui unit la trilogie.

Lisbeth ne demande qu'une chose : qu'on lui foute la paix, et elle tente de rejeter toute forme d'interaction avec la société autre que celles qu'elle a choisies. Et elle ne recule devant rien pour atteindre son but. En ayant auparavant mesuré et évalué toutes les conséquences de chacun de ses actes, comme si elle menait une partie d'échecs.

La jeune femme est le fruit d'un parcours douloureux, elle a appris à ses dépens à ne compter que sur elle-même et à ne rien devoir à personne. Au cours de ces trois tomes, sans se renier, elle fera la découverte de l'autre, des autres et finira par accepter qu'on puisse l'aimer de façon inconditionnelle, et que l'on puisse vouloir lui venir en aide. Le challenge pour elle est de déterminer si elle pourra accepter l'aide que les amis qui l'ont choisie veulent lui apporter.

Michael Blomkvist est le modèle que tous les journalistes se devraient d'approcher. Méfiant mais pas désabusé, l'homme a du charme, ne compte plus les conquêtes féminines, vomit le politiquement correct, refuse toute forme de compromission et n'hésite pas à payer de sa personne et à assumer toutes les conséquences de ses choix. Plus qu'une morale, Blomkvist possède une éthique inébranlable. Il partage en commun avec Lisbeth la notion que la fin peut justifier les moyens. Blomkvist est prêt à tout sacrifier à sa passion et sa conception du journalisme engagé, sans étiquette politique, mais qui mouille sa chemise.

Les fils que Stieg Larsson va tisser entre tous ces personnages vont vous entraîner dans l'histoire contemporaine de la Suède, le nazisme, la prostitution et ses réseaux, la violence et la délinquance en col blanc, la chute du bloc soviétique, les exigences de la raison d'état et ses effets pervers contre les valeurs démocratiques. Le roman est aussi une charge sévère contre le racisme, contre les préjugés, contre une certaine conception de la psychiatrie, contre la violence, toutes les formes de violence. La violence y est décrite cliniquement, factuellement, sans états d'âme, ad nauseam. La lucidité de l'auteur quant à la noirceur de la nature humaine n'a d'égal que sa foi en ce que cette même nature peut avoir de positif. Sans concession, sans complaisance, sans illusions.

Il fait une part très belle à ses personnages féminins, et à leur résilience face aux évènements.

C'est aussi une magnifique leçon de ce que doit être le véritable journalisme engagé, poil-à-gratter et quatrième pouvoir indispensable de toute démocratie qui se respecte.

Dans le climat qui règne actuellement en Europe, et avec les menaces qui pèsent sur la liberté d'expression, ce roman dépasse très largement le cadre de la société et de la démocratie suédoise.

Cette trilogie est à lire absolument, pour l'éducation à la démocratie, pour la survie du vrai journalisme, pour toutes les maltraitances faites aux femmes et aux enfants, car c'est aussi un formidable message que le monde, la société et l'homme sont perfectibles.

Millénium, Stieg Larsson, Collection Actes Noirs, Actes Sud.
Tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Tome 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
Tome 3 : La reine dans le palais des courants d'air

Author: "Eric" Tags: "Culture, Millénium, Stieg Larsson"
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Date: Sunday, 30 Aug 2009 01:11

La dame n'avait plus d'âge. La seule certitude était qu'il était avancé, la date de naissance se situait à peu près vers... sans plus de précision.

Elle venait de loin, parlait à peine quelques mots de français, accompagnée de sa fille, plus toute jeune non plus.

Elle était essoufflée, c'était le motif avancé.

Le carnet de santé ? Le geste de la main pour cacher un sourire gêné édenté et le haussement de sourcil caractéristique qui l'accompagnait suffirent pour comprendre qu'il avait été oublié. Là-bas, avec les ordonnances.

Il allait donc falloir se passer de précieuses sources de renseignement.

L'interrogatoire prit donc un air de partie de billard à trois bandes entre le médecin, la fille et la mère.

Aux questions, prenez-vous des médicaments, avez-vous déjà été opérée, est-ce que vous fumez... la réponse était immanquablement :

- Oui, mais... avant...

Sans qu'il soit bien entendu possible de déterminer l'ancienneté de cet « avant » qui aurait pu tout aussi bien être hier qu'il y a quarante ans, ni le nom des médicaments. Elle ne consulte que de temps en temps pour faire renouveler ses ordonnances le médecin du dispensaire qui n'est pas présent tous les jours car il assure d'autres vacations ailleurs.

Les padawans médecins, à l'école, apprennent qu'en général quand une vieille personne est essoufflée, c'est vers le coeur qu'il faut se tourner. Et qu'il faut donc écouter, ainsi que les organes qui fonctionnent avec lui, les poumons et les vaisseaux.

Le jedi médecin fit donc ce qu'il enseignait à ses padawans. Ceci lui confirma, que si la dame avait le coeur grand d'avoir donné le jour à une multitude d'enfants, elle l'avait aussi faible.

- Votre maman a-t-elle déjà été soignée pour le coeur ?
- Oui, avant...
- Est ce qu'elle a déjà été hospitalisée pour une maladie du coeur ?
- Oui, avant...

Pas de date de naissance fiable, un nom très courant, impossible de lancer une recherche avec ça. Ne pas se laisser gagner par le découragement...

- Essayez de vous rappeler, madame, c'est important de me dire à quel moment précisément elle a été hospitalisée, pour qu'on puisse retrouver son dossier.

La fille réfléchit alors très intensément, scrutant sa mémoire. Soudain son visage s'illumine et elle annonce :

- C'était un vendredi.

Author: "Eric" Tags: "Brut de blouse, Océanité"
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Date: Thursday, 20 Aug 2009 06:51

Envie de vomir. C'est la première réaction à la suite de la lecture de cet article de Mathieu Ecoiffier.

D'abord parce qu'on sent bien que c'est du vrai journalisme d'investigation, voire du reportage de guerre. On imagine bien le journaliste bravant au péril de sa vie les hordes de sales petits blancs colonialistes armés jusqu'aux dents pour franchir enfin les portes de la prison où croupît le messie de l'USTKE, pauvre victime de la justice coloniale, pour recueillir son message et évangéliser une gauche boboïsante déjà acquise à sa cause sans connaître le moindre élément de notre réalité.

Je dis « journaliste » mais le qualificatif est certainement abusif au regard de l'absence totale d'objectivité du personnage. Celui-ci ne s'est à l'évidence même pas donné la peine de jeter un oeil sur l'accord de Nouméa pour rectifier les rêves éveillés du rougeaud plein aux as de l'USTKE.

Jodar parle du transfert des compétences régaliennes avant le referendum de 2014. Un journaliste digne de ce nom aurait dû relever que le transfert des dites compétences n'a jamais fait partie des termes de l'accord de Nouméa. Les compétences régaliennes, par nature, ne peuvent pas être transférées à la Nouvelle-Calédonie avant son éventuelle accession à l'indépendance. Notons au passage que l'on considère ce point de détail comme déjà acquis et que ce n'est qu'une formalité.

Soit Jodar ne connait pas les termes de l'accord (ce serait à se tordre de rire...), soit ses propos ont été déformés, soit le pisse-copie n'y connaît rien.

Autre petit détail : referendum en 2014. Saviez-vous que la date était déjà fixée ? On nous aurait donc caché une information de cette importance que Jodar confie du fond de sa cellule tel un agenda pour les troupes avinées chargées de semer la terreur ?

Ah oui, il faut aussi vous dire que Mr Jodar est un partisan de la paix :

« ... si les discours de la peur cessent, si la volonté de construire un pays prospère dans le cadre d’une réelle communauté de destin par le rééquilibrage est effectivement mise en œuvre, tous les espoirs sont permis. »

C'est beau, non ? C'est à mettre en parallèle avec ce qui suit, qui est au moins aussi beau :

« Si aucune solution  [au conflit d’Aircal] n’est trouvé le 5 juin, ce sera la grève générale. Et pas seulement à Nouméa. Vous allez assister à des événements auxquels vous n’avez plus assisté depuis vingt-cinq ans, ça va rappeler 1984. Je dis ça avec la plus grande détermination. Il y a de grandes chances que le système scolaire, les entreprises, l’administration, l’énergie, le carburant ou les mines soient perturbés. Autant il y a assez de forces de l’ordre ici, à Nouméa, autant ils ne seront pas assez dans le Nord et les ÃŽles. »

Ça, c'est une profession de foi de vrai pacifiste. Mais Mathieu Ecoiffier a oublié de la lui rappeler.

D'un côté, Jodar promet l'enfer, de l'autre il se défend de l'avoir voulu et organisé. C'est juste moi qui ne comprend pas ou c'est incohérent ?

Pas une seule question sur les raisons de son incarcération, à savoir les dégradations et l'atteinte à la sûreté des aéronefs. Pas une seule question sur les véritables motifs du conflit Aircal. Pas une seule question sur son sentiment après la marche multiethnique pour la paix et le destin commun qui a rassemblé 25000 personnes, soit le dixième de la population du territoire.

Par contre, on induit complaisamment une réponse sur son statut de martyr au service de la lutte pour l'indépendance. Depuis quand la lutte politique entre-t-elle dans le cadre de la lutte syndicale ? Où se trouve la défense des salariés dans les actions de l'USTKE ?

Gérard Jodar dénonce ses conditions de vie carcérale. Je n'ai pas les moyens de les mettre en doute, et si c'est vrai, honte sur l'état français, car l'histoire et l'expérience montrent qu'un pays qui s'occupe si mal de ses prisonniers s'occupe aussi fort mal de ses victimes.

En introduction, le pisse-copie de Libération évoque la situation du peuple kanak. Point n'en est question. Il n'est question que d'amalgames entre kanak et indépendantistes, et entre indépendantistes et USTKE.

On a encore oublié de lui rappeler le score du Parti Travailliste au dernières provinciales : 7,97% des suffrages.

Mr Jodar se plaint que le patronat n'aime pas l'USTKE. Mr Jodar, vous êtes-vous demandé si les calédoniens dans leur ensemble, et les kanak en particulier, aiment l'USTKE alors que vos méthodes ont été publiquement désavouées par des leaders coutumiers et indépendantistes  ?

Ça aussi, on a oublié de le lui rappeler, ou au minimum d'en faire le commentaire.

Si ce n'est pas ce qu'on appelle du maljournalisme...

Edit du 22 août 2009

Et ça continue dans la désinformation. Tel un morpion sur des parties génitales, Ecoiffier saute tout de suite aux conclusions.

Jodar a été privé de parloir. Et pourquoi ? La première réaction d'Ecoiffier est d'écrire et de publier que c'est à cause de l'entretien accordé à Libération. C'était bien essayé, mais c'est dommage...

En fait, un téléphone portable a été trouvé dans la cellule que Jodar partage avec d'autres co-détenus. Et ceci est interdit et puni par la loi de la république. Une enquête est en cours afin de déterminer comment ce téléphone est arrivé là et à qui il appartient. Il ne doit pas être bien difficile de faire parler une carte SIM et un numéro IMEI.

L'entretien a probablement joué un rôle, mais plus que son contenu, ce qui pose problème, ce sont les circonstances qui ont permis son obtention, la transmission de correspondance autrement que par le truchement de l'administration pénitentiaire étant interdite.

En attendant, l'avocat de Jodar multiplie les manoeuvres dilatoires plutôt que de faire profil bas...

Author: "Eric" Tags: "Société, Maljournalisme, Nouvelle-CalÃ..."
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Date: Saturday, 15 Aug 2009 10:13

Avec quelques trains de retard, je viens de tourner la dernière page de « L'élégance du hérisson » de Muriel Barbery. Et je suis tout retourné.

Scotché par l'érudition et la culture de la dame, ému par le sens qu'elle parvient à donner à ce qui n'en a pas.

Nous n'existons que relativement les uns par rapport aux autres, que les uns pour les autres, et l'intérêt de ce voyage n'en est pas le but. Car au cas où vous en douteriez, tout est plié très longtemps à l'avance, sans fatalisme, mais par simple déterminisme biologique. Non, l'intérêt n'est pas le but ultime du voyage mais les rencontres que vous ferez en chemin, et ce que vous en ferez. Serez-vous frappé de cécité, de surdité en privilégiant un matérialisme futile et inepte ? Aurez-vous gaspillé votre énergie et votre intelligence en d'élégantes mais verbeuses et non moins inutiles péroraisons de castes ? Aurez-vous au contraire ouvert tout grand les yeux et les oreilles en quête de la vraie beauté, faite de fugaces instants d'éternité ? Exprimé ainsi, ça semble extrêmement paradoxal, mais si vous l'avez lu, vous savez de quoi je veux parler. Aurez-vous rencontré l'autre ?

L'important n'est pas de savoir quand ni comment vous mourrez, mais ce que vous serez en train d'accomplir au moment où l'inéluctable surviendra. Votre vie n'aura de sens que celui que vous aurez été capable de lui donner.

Muriel Barbery croise donc les destins de grands bourgeois à la vision étriquée, confits et aveuglés par les conventions et ceux de « petites » gens, tout en se gardant de manichéisme facile. Elle oppose l'intelligence du coeur, qui se met au service des autres, sans jamais perdre de vue que la rencontre d'autrui est aussi le meilleur moyen de se rencontrer soi-même, à l'intelligence de l'esprit, souvent détournée au profit de la reproduction à l'identique de schémas sociaux. Elle vous montre l'aristocratie là où vous ne l'attendez pas. En refermant le roman, vous plaindrez sincèrement les personnages que vous aurez le plus adoré détester.

Sa plume est souvent aigre-douce, comme dans la vraie vie, et comme dans celle-ci, elle n'oublie ni de rire ni de pleurer. C'est aussi une peinture sans concessions d'une grande bourgeoisie d'apparences où personne n'est dupe. Dans ce monde-là, les princes n'épousent pas les bergères, mais ni les princes ni les bergères ne sont ce à quoi ils ressemblent.

Ce roman fait le procès d'un paradigme social fondé sur l'appartenance à une classe et la cooptation, et surtout vous invite à en changer avant qu'il ne soit trop tard. Car tout a une fin. Muriel Barbery tord également le cou de la psychanalyse et de la perversion de ce système qui ne veut surtout pas que vous alliez mieux et que vous guérissiez, et règle quelques comptes avec le principe de la religion.

L'élégance du hérisson, c'est « Ensemble, c'est tout », sans le happy-end un poil trop téléphoné et facile, l'amour de l'art, du beau, de la philosophie et de l'esthétisme japonisant en plus. C'est une leçon de vie pour faire exploser le douillet petit cocon de certitudes dans lequel chacun d'entre nous s'est blotti.

Un petit passage parce que je ne résiste pas. C'est une gourmandise, une cuiller de miel quand on a mal à la gorge, une compresse chaude sur le front quand on a la migraine. C'est un des fils rouges de mes billets, mon marronnier à moi, le paradigme sur lequel j'ai depuis fort longtemps établi un certain nombre de valeurs et assis mes choix personnels et professionnels.

Mais surtout, c'est fou comme les hommes interprètent la nature humaine et croient pouvoir y échapper. Si Colombe raconte cette histoire-là de cette façon-là, c'est parce qu'elle pense que cela ne la concerne pas. Si elle se gausse des pathétiques ébats du faux bourdon, c'est parce qu'elle est convaincue de ne pas partager son sort. Mais moi, je ne vois rien de choquant ou de grivois dans l'envol nuptial des reines et dans le sort des faux bourdons parce que je me sens profondément semblable à toutes ces bêtes, même si mes moeurs diffèrent. Vivre, se nourrir, se reproduire, accomplir la tâche pour laquelle on est né et mourir : ça n'a aucun sens, c'est vrai, mais c'est comme ça que les choses sont. Cette arrogance des hommes à penser qu'ils peuvent forcer la nature, échapper à leur destin de petites choses biologiques... et cet aveuglement qu'ils ont à l'égard de la cruauté ou de la violence de leurs propres manières de vivre, d'aimer, de se reproduire et de faire la guerre à leurs semblables...
Moi, je crois qu'il y a une seule chose à faire : trouver la tâche pour laquelle nous sommes nés et l'accomplir du mieux que nous pouvons, de toutes nos forces, sans chercher midi à quatorze heures et sans croire qu'il y a du divin dans notre nature animale. C'est comme ça seulement que nous aurons le sentiment d'être en train de faire quelque chose de constructif au moment où la mort nous prendra. La liberté, la décision, la volonté, tout ça : se sont des chimères. Nous croyons que nous pouvons faire du miel sans partager le destin des abeilles ; mais nous aussi, nous ne sommes que de pauvres abeilles vouées à accomplir leur tâche puis à mourir.

L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Editions Gallimard.

Author: "Eric" Tags: "Culture, Muriel Barbery"
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Date: Tuesday, 11 Aug 2009 19:00

Ou quand la défense des travailleurs kanak et des exploités a le dos large.

Nous sommes tous soulagés, le conflit Aircal-USTKE a trouvé une solution, tout le monde a gagné, c'est merveilleux on se croirait à l'école des fans avec Philippe Gomès en Jacques Martin distribuant des cadeaux dont on ne sait pas encore exactement quelle est leur nature, qui va les payer et combien ils vont réellement coûter. L'USTKE s'engagerait à respecter le service public et les autorités coutumières. Pour les avoir vus à l'oeuvre, j'ai quelques doutes. Se réclamer de l'identité kanak, mais cracher au visage des instances coutumières comme l'USTKE le fait depuis de nombreuses années relève au minimum de la schizophrénie. Les blocages sont levés, les routes dégagées, les gens vont pouvoir reprendre le travail depuis le Mont-Dore, les bateaux vont pouvoir être déchargés et les rayons des magasins se remplir. Bref, bienvenue au paradis retrouvé, dans l'oeil du cyclone.

Dans l'oeil du cyclone puisqu'on nous promet une trêve jusqu'au 22 août, le procès en appel de Président GJ ayant le lieu le 25 août. À partir du 23, on va donc recommencer à recruter un peu partout des post-ados désoeuvrés, alcoolisés, cannabinés jusqu'à l'os et incontrôlables, pour recommencer les caillassages, les blocages et les violences au nom de la liberté syndicale.

Comme j'aime comprendre, j'ai essayé un peu de décortiquer ces derniers jours les dessous des différents conflits que j'ai eu à connaître depuis mon retour au pays.

Et pour comprendre, rien de tel que de s'intéresser un peu aux acteurs, qui est qui, qui fait quoi. Des trucs simples à la portée du premier couillon venu.

Et c'est là qu'on découvre quelques surprenants conflits d'intérêts, qui n'ont rien à voir avec le syndicalisme, entre les protagonistes.

Louis Kotra Uregei, fondateur et ancien président de l'USTKE, fondateur et président du Parti Travailliste, branche politique de l'USTKE, est un homme puissant, également chef d'entreprise.

Il dirige une société d'aconage, MANUTRANS, et a été l'an dernier débarqué par décision judiciaire de la gestion de la SAT, autre société d'aconage, précisément pour cause d'activité concurrente. Le loi interdit en effet à une même personne d'être mandataire social de deux entreprises concurrentes pour des raisons évidentes de conflit d'intérêt. Il se murmure que chez Manutrans, on n'a pas vraiment le libre choix de son syndicat, et que les conditions de rémunération des salariés justifieraient l'appellation de travailleurs exploités.

Autre chose, non des moindres, LKU est probablement une des plus grosses fortunes du territoire, mais là dessus, on ne communique pas, ni combien, ni comment.

LKU est aussi l'unique représentant au congrès du PT, pour la province des îles Loyauté. Et également le patron de la STIL, société qui assure le transport de fret vers les îles Loyauté.

Dans cette activité, il entre en concurrence avec Aircal, dirigée par Nidoish Naisseline, ancien ami mais aujourd'hui adversaire politique. Le LKS de M. Naisseline, parti indépendantiste modéré relativement proche de l'Avenir Ensemble, a en effet publiquement désavoué les méthodes violentes de l'USTKE.

M. Naisseline interpelle régulièrement les autorités compétentes sur l'état des infrastructures aéroportuaires en Nouvelle-Calédonie qui sont un frein au développement d'une meilleure desserte, en particulier inter-îles, et surtout à une exploitation commerciale rentable des outils disponibles. La longueur des pistes d'aérodromes actuellement en service ne permet pas d'exploiter les ATR 72-500 au maximum de leur potentiel, à la fois en terme de transport de passagers et de fret. Par ailleurs, l'état des pistes sollicite le matériel qui subit une usure prématurée, augmentant de façon importante les coûts d'exploitation. Ceci fait peser sur rentrées financières de la compagnie un préjudice considérable, auquel vient s'ajouter le déficit d'exploitation dû à la durée du conflit et qui se chiffre en centaines de millions de francs. Aircal doit également déjouer les peaux de bananes glissées sous ses pieds par la Province Sud dans l'organisation de la desserte vers les îles.

Les décisions relatives aux infrastructures aéroportuaires sont du ressort du Congrès, dont Nidoish Naisseline préside la Commission des Transports et des Communications, ce qui ne délie pas pour autant les cordons de la bourse.

Des membres de la famille de M. Naisseline sont impliqués dans la distribution de détail (les îles reposent encore sur une économie de comptoir), et sont naturellement, pour ne pas dire historiquement, peu enclins à faire appel aux services de la STIL pour les transports de fret.

Messieurs Naisseline et LKU sont donc des adversaires politiques, l'un modéré et l'autre plus que radical, et commerciaux. LKU pour son propre compte, et Nidoish Naisseline pour Aircal qui relève du bien collectif.

Les mêmes mécanismes sous-tendent le conflit Carsud : il se murmure sur certains blogs que Jodar avait tenté de monter une société de transport urbain concurrente de Carsud il y a quelques années, mais sur ce coup-là Google n'a pas été mon ami à la recherche de sources fiables. Le conflit de la zone portuaire avait également été sous tendu par l'attribution de parts de marché entre Manutrans, la SAT et une autre société d'aconage.

Gérard Jodar et LKU s'entendent évidemment comme larrons en foire, sauf que le premier est en prison. Qui sait d'ailleurs ce qu'on lui a promis pour le Grand Soir de l'indépendance selon le PT.

Le problème, c'est que LKU et le PT savent pertinemment que l'indépendance telle qu'ils la veulent ne sortira pas des urnes. Parce que, structurellement, les extrémistes représentent une part très marginale de l'électorat. Pour preuve, il ont représenté 7% des suffrages exprimés lors des provinciales, soit 20% des suffrages indépendantistes. Je peux me tromper, mais je pense qu'ils ont déjà fait largement plus que le plein de leurs voix et ont surfé sur la nouveauté, la personnalité de LKU, et bénéficié de quelques particularités coutumières. Ils savent que ça ne durera pas. Alors, il leur faut changer de stratégie.

Le but de cette stratégie est de provoquer à intervalles réguliers l'asphyxie comme on vient de le vivre, et comme ça s'était déjà produit en 2004. On ne compte plus les caillassages et autres barrages filtrants visant à entraver la circulation sur la route du Mont-Dore, souvent avec violences, problème récurrent depuis de nombreuses années, qui ressurgit à chaque nouveau conflit social orchestré par l'USTKE. C'est sans doute un hasard.

Je crains que le risque ne vienne surtout de quelques électrons libres en marge du mouvement syndical, incontrôlables, sous l'emprise de divers psychotropes, alors capables de manifestation de violence extrême et qui pourraient mettre le feu aux poudres.

Ces agissements sont le plus souvent le fait de jeunes gens désabusés, sans avenir, en perte de repères, fruits de l'échec scolaire et laissés sur le quai du train des différents accords politiques encadrant l'avenir du territoire. Nos autorités portent une partie de la responsabilité de la situation actuelle. Quel effort a réellement été accompli depuis 20 ans pour lutter contre l'échec scolaire et promouvoir la formation professionnelle ? Qu'ont fait nos responsables pour que l'accord de Matignon puis de Nouméa ne débouchent pas au nom du rééquilibrage sur l'enrichissement obscène de quelques uns et la spéculation, quel que soit leur camp, mais profitent à tous ? Pour des raisons uniquement politiques, des sommes énormes ont été englouties dans un projet hospitalier pharaonique étant donné le contexte, hôpital sans médecins voué d'emblée à la faillite comme ça a été le cas à Poindimié. Cet argent n'aurait-il pas été mieux utilisé ailleurs ?

Quand le chaos est une stratégie, à qui profite le chaos ?

Author: "Eric" Tags: "Société, Nouvelle-Calédonie, USTKE"
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Date: Sunday, 09 Aug 2009 19:00

Après le bacille de Koch, mon invité du jour dans ma chronique « Dieu et... » sera le diabète.

En l'occurrence, le diabète insulinoprive qui est de loin le plus fréquent chez les enfants.

Cette maladie acquise survient suite à la destruction par un processus immunitaire des cellules pancréatiques responsables de la sécrétion d'insuline. Le facteur à l'origine du processus est parfois une infection virale.

La carence en insuline se manifeste par un défaut d'utilisation du glucose, qui est notre carburant, par un certain nombre d'organes ou tissus. Sans insuline, le glucose est incapable de pénétrer dans les cellules. Le cerveau n'est pas touché car il ne dépend pas de la sécrétion d'insuline pour utiliser le glucose. Une fois installée, la maladie est définitive et le traitement consiste à administrer à vie de l'insuline, plusieurs fois par jour, pour maintenir le plus stable possible le taux de glucose dans le sang, et éviter la survenue de complications à court et à long terme.

Non traité, ce diabète évolue rapidement vers la mort en quelques jours par acidocétose avec déshydratation d'aggravation rapide, le sujet s'enfonçant dans un coma de plus en plus profond avec des troubles respiratoires à type de respiration très ample, profonde et rapide, jusqu'à ce qu'il s'arrête de respirer, à moins que ce ne soit le coeur qui lâche le premier en raison de déséquilibres ioniques, en potassium entre autres, ou du fait de l'importance de la déshydratation.

Cet état est très souvent le mode de révélation de la maladie, mais peut aussi déséquilibrer un diabète connu, suite par exemple à un processus infectieux.

Le diagnostic de l'acidocétose est facile, il repose sur quelques test sanguins de routine courante dont on peut avoir le résultat en quelques minutes. Le traitement est très codifié, il repose surtout sur l'administration d'insuline et la réhydratation par perfusion. Une fois que le diagnostic est fait et le traitement débuté, le plus souvent dans un service de soins intensifs ou de réanimation, l'état des patients s'améliore très rapidement en quelques heures, et la guérison est spectaculaire. L'acidocétose diabétique est une cause de décès facilement évitable, sa prévention repose sur l'information, l'éducation du diabétique et de son entourage familial.

Et dieu dans tout ça ? On y arrive. Otir m'a fait passer en commentaire ce lien sur lequel j'ai réagi, en me disant comme elle que ça méritait bien un billet. Comme Google est mon ami, j'ai aussi trouvé autre chose à la même rubrique.

De quoi est-il donc question ?

Dieu, ce salopard, aime bien jouer des tours à ses ouailles, éprouver leur foi, parce qu'il doit s'emmerder ferme dans son paradis tout blanc où les anges n'ont pas de sexe. Et comme je le comprends, à sa place je m'emmerderais aussi.

Comme ici, il a vu de la lumière (il le sait, il est quand même l'inventeur du concept, merde alors), il s'est dit, moi et mon pote Michaël (pas Jackson, l'archange), si on allait les titiller un petit peu pour voir si mes hommes sont de bons chrétiens bien croyants. Dieu, il est bien parfois obligé de déléguer, il ne peut pas non plus s'occuper de tout, donc Michaël ou les autres lui prêtent un petit coup de main.

C'est ici que soudain, le doute m'habite : comment fait-il avec les autres ? Ceux qui ne croient pas en lui mais en un autre, pour les remettre dans le droit chemin. Ou pire, comment fait-il avec ceux qui, comme moi, ne croient pas du tout, pour éprouver leur absence de foi ? Quand même, d'être dieu, c'est un sacré bâton merdeux et une source de difficultés existentielles.

Or donc, dieu débarque un jour chez Dale Neumann, dans le trou du cul du monde au fin fond du Wisconsin. Je vous entends penser : « Mais pourquoi ce Dale, qu'a-t'il donc que je n'ai pas ? ». C'est comme ça, il a été choisi, ça ne s'explique pas, c'est un honneur. C'est comme d'épouser Nicolas Sarkozy ou de se faire téléporter.

Dale est un homme très religieux qui s'en remet à dieu pour tout. Il a d'ailleurs bien raison car ça lui sera rendu au centuple. Dale et sa femme sont membres de l'Eglise des Pains Sans Levain (Unleavened Bread Ministries). Rien que ça, c'est déjà tout un programme. Mais dieu, vous savez bien, il est comme vous et moi, il a besoin de preuves d'amour, il décide d'éprouver un peu, mais juste pour rire, la foi de Dale.

Pour ce faire, il sort sa fiche (oui, il a des fiches sur tout le monde) sur cette famille très pieuse et décide alors (je ne vous ai pas dit ? Il a tout les pouvoirs) que la petite Madeline, 11 ans sera diabétique. Il est malin, dieu, il sait bien que l'épreuve va être longue pour Dale, et que ça va durer plusieurs jours avant qu'il ne se rende compte que quelque chose ne va pas bien, puis vraiment pas bien. Il a la réputation de penser à tout, dieu, et de ne rien laisser au hasard. On appelle ça le dessein. Mais dieu et Dale ont confiance l'un dans l'autre, la force de la prière saura rattraper le coup.

Dale et Leilani, les parents de Madeline, croient tous deux que le péché est la cause de toutes les maladies, qui peuvent donc être guéries par la prière.

Madeline commence donc à vomir un petit peu, puis beaucoup, elle a mal au ventre, bientôt elle n'est plus capable de s'alimenter, ni de boire, ni de tenir debout, son état de conscience finit par s'altérer, elle ne répond plus à aucune stimulation jusqu'à ce moment où, la garce, elle finit par s'arrêter de respirer, couchée par-terre sur le sol de sa maison. Bêtement, comme ça, alors que tout le monde était en rond autour d'elle en train de prier, c'est pas des façons tout de même. Tout le monde, c'est à dire ses parents, les trois autres enfants, et quelques potes qu'on avait rameuté pour faire nombre. L'union fait la force, c'est bien connu. Alors l'union dans la prière vous pensez. Bref, Madeline avait décidé qu'elle avait assez joué. Vraiment, t'es pas drôle Madeline.

Le pire, c'est que dans la bande, il y a un enfoiré qui s'est arrêté de prier pour alerter les secours (911 aux USA). Et l'épreuve alors ? Flûte... On ne saura jamais si la prière avait une chance de marcher. Madeline a son idée sur la question.

Et voilà mon Dale, bonhomme, devant ses jurés, qui n'entrave rien à rien, et qui ne comprend pas pourquoi il risque d'écoper de 25 ans de prison, ainsi que son épouse, soit dit en passant. Pourtant, il avait tout bien fait, pendant ces jours et ces heures à regarder mourir sa fille de onze ans, il les a toutes dites les prières, et plutôt plusieurs fois qu'une ce 23 mars 2008. Ben oui, c'était l'an dernier cette histoire, pas au siècle dernier où les gens étaient de mauvais chrétiens. Le 11 septembre 2001 est passé par là pour raviver leur foi à tous.

Je vais te dire Dale, Madeline a certainement dû avoir à onze ans la plus peccamineuse des conduites pour le fâcher ainsi tout rouge ton dieu, parce que dieu n'est pas le genre de type à faire ce genre de choses normalement. Enfin, c'est ce que certains disent.

Les parents Neumann, convaincus d'homicide par imprudence, entendront le prononcé de leur sentence le 6 Octobre 2009. Don't worry guys, faith heals.

Et Michaël, hein, Michaël qu'est ce qu'il à voir là-dedans ?

L'archange, lui, c'est au Canada qu'il était occupé à aider Louise Lortie.

Louise Lortie était une charmante naturopathe qui avait noué un lien très fort avec Michaël. Elle est hélas décédée depuis, en 2005, une très bonne chrétienne, paix à son âme.

En outre, Louise Lortie avait de sacrées bonnes références. Je sais, gloser sur le nom des gens, cémalmécététrotentan.

C'est ainsi que, tout naturellement, quand la mère de Lisanne Manseau, 12 ans, est venue la trouver pour lui annoncer que son enfant était diabétique et qu'elle était en quête de soutien, Louise a réussi à la convaincre d'interrompre le traitement par insuline pour le remplacer par du jus de betteraves. Heureusement qu'ils étaient là Michaël, Louise, et son pendule, sinon dieu seul sait ce qui serait arrivé.

Louise Lortie avait été condamnée à trois ans de prison en première instance. Elle a fait appel de son procès et est décédée quelques semaines avant le verdict final. Elle n'a jamais été emprisonnée. Il ne semble pas que la mère de la jeune fille ait été inquiétée, si c'est le cas Google n'en a pas gardé la mémoire. Il est apparu au procès que Louise Lortie n'avait aucune compétence reconnue en naturopathie. Le titre n'étant pas protégé par un diplôme au Québec, on ne peut pas être poursuivi pour exercice illégal de la naturopathie.

Il paraît que Madeline et Lisanne sont les meilleurs amies du monde, maintenant, tout près de leur créateur. Elles valaient bien une prière, tout de même. Heureusement qu'elles étaient toutes deux chrétiennes, sinon elles ne se seraient jamais rencontrées. C'eût été bien ballot, deux jeunes filles comme elles qui avaient tout pour s'entendre.

Moi, j'aime les belles histoires qui finissent bien. Ça me rend tout chose.

Author: "Eric" Tags: "Religion, Crétin, Diabète"
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Date: Friday, 07 Aug 2009 07:00

Il suffit parfois d'un petit éclat de folie pour vous guérir de bien des avanies. Une fenêtre futile (mais dans futile, on lit aussi utile) s'ouvre soudain par laquelle s'envole instantanément vos agacements accumulés et vos grognements plus ou moins exprimés. Et ce petit truc de rien du tout ensoleille le reste de la journée.

Celle-ci avait déjà été passablement occupée, les jours précédents lourds de conflits plus ou moins larvés, et j'étais assez fatigué.

J'appelle une patiente dans la salle d'attente de la consultation. Un petit bout de jeune femme mélanésienne me fait signe et s'extirpe péniblement de son fauteuil. Enceinte. Voire très enceinte. Déséquilibrée par son ventre qui semblait lui manger tout l'espace, maintenant son équilibre en cambrant son corps vers l'arrière et usant de ses bras à la façon de balanciers, elle me suit de cette démarche particulière, jambes écartées, des femmes enceintes. Elle même est aussi passablement fatiguée, proche du terme de sa grossesse.

Je l'invite à s'asseoir, et commence mon petit laïus habituel.

- Bonjour Madame, je suis le Dr Eric, médecin anesthésiste, pouvez vous SVP... nom ... prénom... date de naissance...
- ....
- Je crois que vous êtes ici en prévision de votre accouchement ?

L'oeil pétillant de malice, elle acquiesce l'air de dire « Rhôôô, mais c'est qu'il est perspicace le monsieur...» en se foutant à demi de moi.

- Est-ce votre première grossesse ? Comment avez vous accouché les fois précédentes ? Avez vous eu une péridurale ? Quel souvenir en gardez vous ? etc etc etc.

Jusque là, me direz vous, pas de quoi lever une occlusion du boyau de la rigolade.

- Quelle est la date prévue pour votre accouchement ?
- Le 11 septembre...

Me répond-elle dans un souffle.

Mi-sérieux, mi-amusé, je lui dis :

- Vous parlez d'une date, j'espère que ce ne sera pas une catastrophe...

Et là, avec un sourire d'une oreille à l'autre :

- Oui, et en plus je vais avoir des jumelles.

Nous avons éclaté de rire à en pleurer. Tous les deux. En même temps.

Author: "Eric" Tags: "Brut de blouse, Elucubrations, Humour"
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Date: Wednesday, 05 Aug 2009 11:18

Ça avait commencé avec Carsud, pour un chauffeur qui avait un peu piqué dans la caisse. Et à la louche deux ans de conflit qui ont surtout pourri la vie de pauvres gens qui ont besoin de bosser parce qu'ils ont une famille à nourrir et pas les moyens de s'offrir une bagnole. Et comme il fallait surtout éviter de laisser le moindre répit aux autorités, aux populations et instaurer un climat d'insécurité, ça a continué avec Aircal pour le motif véniel que l'on sait : un CDD non reconduit (et non pas un licenciement contrairement à l'information complaisamment relayée par certains) pour faute professionnelle grave (divulgation de l'identité d'un passager) que L'USTKE tente de justifier par l'usage au mépris de l'éthique d'une profession.

M. Jodar nous a promis l'enfer, et grand agitateur et manipulateur depuis des années instrumentalise les adhérents de son syndicat dont tous ne sont pas de mauvaise foi, pour mener une lutte qui n'a plus rien de syndicale et qui n'est que politique. Cette stratégie du pourrissement est entretenue par des agissements dignes de terroristes. Aux plus belles heures du conflit d'Aircal, M. Jodar a mis en danger les populations qu'il prétend dogmatiquement défendre contre le capital, soutenu en cela par ses potes Bové et Besancenot, le NPA et quelques blogouilleurs de l'ultra-gauche qui connaissent la Nouvelle-Calédonie d'autant mieux qu'ils la connaissent de loin mais qui ont tout compris.

De surcroît, les forces de gendarmerie tant décriées de l'état colonial ont dû intervenir pour protéger les nervis de M. Jodar contre l'exaspération des populations des îles Loyauté, plongées dans une pénurie de vivres et de médicaments après plusieurs semaines de conflit.

Comme ça ne suffisait toujours pas et qu'il fallait bien frapper un grand coup contre ce chantre du capitalisme qu'est Aircal (accessoirement dirigée par un chef coutumier indépendantiste, néanmoins chef d'entreprise responsable...), le Jodar et ses sbires, pour obtenir le paiement de jours de grève par une entreprise déjà en proie, en partie grâce à leur agissements, à de grosses difficultés financières, décident de faire le coup de poing, et font ni plus ni moins que dégrader, juste un peu pour rire, deux avions d'Aircal, avec la menace d'un engin explosif que l'on a par la suite su factice, et entraver pendant plusieurs heures le fonctionnement de l'aérodrome de Magenta. Qui est, soit dit au passage, le cordon ombilical et sanitaire des Loyautés. Un détail me direz-vous quand il s'agit de défendre la liberté syndicale... Celle-ci justifie bien quelques méthodes terroristes quand il s'agit de la mettre au service d'une mauvaise cause.

On pensait bien souffler un peu après sa condamnation à un an de prison ferme pour les «petits dérapages de Magenta» et sa mise sous les verrous. La visite de Mme Penchard est le prétexte saisi par l'USTKE pour porter à nouveau la lutte sur le terrain politique et faire pression pour la libération de "Président". Les concepts de légalité et d'indépendance des pouvoirs ne semblent pas effleurer le cortex des dirigeants du syndicat-voyou. Alors, on est reparti pour un tour d'émeutes, de violences, de manipulation, d'économie asphyxiée et de population prise en otage à des fins purement politiques. La poudre a de nouveau parlé, les caillassages recommencé.

Et l'exaspération des populations que Jodar et ses sbires prétendent défendre est à nouveau à son comble. Mais maintenant c'est parce qu'elles en ont ras le pompom d'être instrumentalisées par ce fouteur de merde, qu'elles n'aspirent qu'à une seule chose, c'est de pouvoir vivre en paix et de trouver de quoi manger dans les rayons des magasins, du pain dans les boulangeries, des médicaments dans les pharmacies, de se faire soigner à l'hôpital, de pouvoir envoyer leurs gamins à l'école, pour qu'un jour on puisse le construire ce destin commun. Et enfin d'exprimer que l'indépendance selon Jodar et sa stratégie de la peur et de la terreur, elles n'en veulent pas.

Mais ça, c'est marrant, dans les quotidiens parisiens, on ne le dit pas.

Edit du 6 août 2009 - 20h00

Ce billet est relayé par Padawan, Embruns et NouméaParis.

Lire ce commentaire chez Laurent qui émanerait d'un journaliste, et qui me ferait rire, s'il ne me faisait pas grincer des dents. Ma réponse est un peu plus bas.

Author: "Eric" Tags: "Politique, Nouvelle-Calédonie, Terroris..."
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Date: Friday, 31 Jul 2009 06:05

J'adore le monde d'aujourd'hui, la modernité, l'accès simple et rapide à tout un tas de services à portée de clic de souris.

Et pour ces raisons, j'adore le site en ligne de ma banque. On sent que les concepteurs du site ont pensé dans les moindres détails l'ergonomie, la praticité, la convivialité, toutes ces choses qui vous donnent envie de revenir souvent.

Quelques exemples tirés de mon vécu quotidien.

Si vous êtes titulaire de plusieurs comptes bancaires et que vous avez eu le malheur de ne pas les ouvrir en même temps, vous ne pouvez pas regrouper les comptes ouverts ultérieurement sous le même accès internet. Ce qui veut dire nouvel identifiant.

Vous allez me dire c'est facile, l'identifiant devrait être le numéro de compte. Ben non, ça aurait été trop facile.

À propos de l'identifiant : il n'est pas mémorisable (sans doute un biscuit à moitié cuit). Mot de passe et signature des virements par clavier virtuel qui surgit et s'affiche à faible contraste et en transparence de préférence par dessus du texte où il est donc illisible et qu'il faut déplacer dans un coin de l'écran où il pourra prendre ses aises.

Saisie d'un compte bénéficiaire :
- le champ nom du bénéficiaire est limité à 24 caractères. Ma copine Anne-Charlotte du Fermoir de Monsac ne rentrera pas dans mes bénéficiaires, je le crains...
- la saisie du code banque s'effectue à partir d'un menu déroulant. Il ne faut pas avoir peur de dérouler et avoir le doigt agile si votre bénéficiaire est domicilié à la banque de l'institut d'émission d'outre-mer, code 45159.
- la saisie des autres éléments du RIB par entrée directe.
- lorsqu'un champ est complet, le curseur ne se positionne pas automatiquement dans le champ suivant, il faut donc tabuler ou jouer de la souris.
- trois rubriques redondantes pour un particulier: nom ou raison sociale, libellé et référence du bénéficiaire. Qu'à cela ne tienne, consultons donc l'aide en ligne pour savoir quoi mettre à quel endroit. Comment ça pas d'aide en ligne ? Eh non... Ce n'est pas une plaisanterie. Ou alors c'est moi qui manque d'humour.
- Nécessité de validation manuelle du RIB que vous venez de saisir par votre gestionnaire de compte, ce qui peut demander jusqu'à quelques jours. Prévoyez la pénalité de retard si c'était pour payer vos impôts en ligne à la dernière minute.

Saisie d'un virement vers un bénéficiaire pré-enregistré : le formulaire vous propose d'enregistrer vos virements préférés (montant et bénéficiaires identiques). Ah, cool ! Ne vous réjouissez pas trop vite, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Le montant est saisi tel quel la première fois mais est enregistré par le système avec insertion d'un séparateur de milliers (en l'occurrence un espace). Pour pouvoir valider votre virement, vous devez supprimer cet espace ou retaper le montant, sinon c'est refusé.

Le suivi des virements est aussi un grand moment de solitude. Vos virements apparaissent "signé" ou "transmis pour exécution". Ont-ils été faits ? Pour le savoir, il faudra changer de page et consulter l'historique du compte émetteur.

Vous souhaitez envoyer un message au webmaster ? N'y songez même pas, ce n'est pas prévu. Votre frustration trouvera tout de même un exutoire, mais c'est une école de concision : 5 lignes de 32 caractères en tout et pour tout à l'attention uniquement de votre gestionnaire de compte. Même pas du microblogging en somme. Si vous comptiez réécrire "Guerre et paix", revoyez la copie.

Lorsqu'enfin, après avoir abondamment transpiré, vous quittez l'application ou que vous êtes déconnecté, ne vous attendez pas à revenir sur la page d'accueil. Vous allez vous dire qu'il faut vraiment tout me mâcher. J'avoue, j'aime bien. Donc, quand vous voulez vous en aller, même si vous avez demandé gentiment et poliment, vous arrivez là :

Un coup de pied au cul et une sordide ruelle sans nom.

Les informaticiens, c'est aussi pour ça qu'on les aime. Et vous savez quoi ? Ma banque, c'est une société généralement géniale.

Author: "Eric" Tags: "Société, Banque en ligne, Portnawak"
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Date: Monday, 27 Jul 2009 06:35

Une collègue me rapportait récemment des déboires avec une patiente porteuse d'une tuberculose bacilifère. Pour le profane, ceci signifie que dans les sécrétions broncho-pulmonaires de cette patiente se trouvent des bacilles de Koch musclés pétant de forme en grande quantité. Bref, pour faire court, qu'elle est très contagieuse.

Les plus concernés par la contagion sont évidemment les proches qui vivent au sein de son foyer. La maladie étant à déclaration obligatoire et assortie d'une obligation thérapeutique en raison du potentiel épidémique, la patiente est donc fortement exhortée à se traiter.

Pour l'instant, elle tergiverse et réfléchit. Motif ? Elle n'est pas certaine que Dieu soit d'accord avec le fait qu'elle doive prendre un traitement antibiotique pendant huit mois (pour premièrement, guérir, et deuxièmement, éviter de plomber son entourage NdA). Et qu'il faut donc qu'elle lui en parle et qu'il donne son assentiment.

Mais que foutent-ils donc les curetons ? On ne lui a jamais parlé du libre-arbitre à cette cruche ? En conséquence, il est donc absolument certain que pour le respecter la seule réponse que son dieu lui fera, s'il en fait une, sera du genre "Tu as toute ma confiance, mon enfant".

Il ne manquerait plus qu'on lui réponde qu'il n'y a pas d'abonné au numéro qu'elle a demandé.

Je ne sais pas pourquoi, il y a des jours, j'ai envie de mordre.

Author: "Eric" Tags: "Religion, Crétin, Tuberculose"
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Date: Thursday, 16 Jul 2009 06:14

Mon blog est actuellement en travaux afin de vous offrir sous peu de nouvelles fonctionnalités, à l'occasion d'un changement d'hébergement.

Un petit tour d'horizon des nouveautés.

Tout d'abord, l'adresse va changer et se simplifier. Ceci devrait être transparent pour vous, mon Padawan qui met les mains dans le cambouis de la migration, fera en sorte que tout, y compris les flux RSS soient redirigés. Si vous rencontrez malgré tout des difficultés, merci de me le faire savoir et je le fesserai et nous tâcherons d'y remédier.

Le module de saisie des commentaires va s'étoffer d'un éditeur riche, ce qui ne vous obligera plus à être des virtuoses de la syntaxe wiki pour formater du texte ou insérer des liens « propres ».

Vous aurez également la possibilité de choisir l'apparence du blog qui vous plaît le plus parmi trois thèmes dont l'actuel qui aura été un peu lifté pour l'occasion.

C'est pour tout bientôt, le prochain billet sera sur la nouvelle formule.

Un énorme merci à François bien sûr pour le travail effectué, et aussi à la délicieuse fée Kozlika pour son aide et ses précieux conseils.

Author: "Eric" Tags: "Ouebosphère"
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Date: Thursday, 16 Jul 2009 06:14

Mon blog est actuellement en travaux afin de vous offrir sous peu de nouvelles fonctionnalités, à l'occasion d'un changement d'hébergement.

Un petit tour d'horizon des nouveautés.

Tout d'abord, l'adresse va changer et se simplifier. Ceci devrait être transparent pour vous, mon Padawan qui met les mains dans le cambouis de la migration, fera en sorte que tout, y compris les flux de syndication soient redirigés. Si vous rencontrez malgré tout des difficultés, merci de me le faire savoir et je le fesserai et nous tâcherons d'y remédier.

Le module de saisie des commentaires va s'étoffer d'un éditeur riche, ce qui ne vous obligera plus à être des virtuoses de la syntaxe wiki pour formater du texte ou insérer des liens « propres ».

Vous aurez également la possibilité de choisir l'apparence du blog qui vous plaît le plus parmi trois thèmes dont l'actuel qui aura été un peu lifté pour l'occasion.

C'est pour tout bientôt, le prochain billet sera sur la nouvelle formule.

Un énorme merci à François bien sûr pour le travail effectué, et aussi à la délicieuse fée Kozlika pour son aide et ses précieux conseils.

Author: "Eric" Tags: "Ouebosphère"
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Date: Thursday, 09 Jul 2009 23:42

... la chtouille chez Margouillette.

Il est IMPOSSIBLE d'obtenir de certains de mes collègues qu'ils mettent dans les paniers à linge leurs tenues de bloc opératoire sales du jour.

Certains ne le font JAMAIS et les laissent traîner par terre, de préférence dans notre bureau, ou dans la chambre de garde où elles pourraient s'accumuler ainsi ad vitam aeternam sans qu'il leur tombe une demi-seconde sur un coin du cortex qu'elles deviennent rapidement responsables d'odeurs nauséabondes et attirent les bestioles rampantes, particulièrement sous nos contrées.

J'ai HORREUR de passer derrière eux pour ramasser leurs fringues, mais comme je DÉTESTE encore plus le bordel, et surtout que J'AIME trouver des tenues propres à ma taille le matin en allant bosser, alors je mords sur ma chique en râlant et je fais la tournée des paniers à linge. Ben oui, car les tenues non mises au sale ne sont pas lavées, c'est ballot comme lapalissade, mais c'est encore plus ballot quand les étagères sont vides.

Ce n'est pas de ma faute, j'ai une PASSION pour l'ordre.

Bree Van de Kamp, sors de ce corps.

Sinon, quand j'ai la chtouille, je me soigne, et je fais en sorte de ne la refiler à personne ;-P

Author: "Eric" Tags: "Divagations"
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Date: Thursday, 09 Jul 2009 23:42

... la chtouille chez Margouillette.

Il est IMPOSSIBLE d'obtenir de certains de mes collègues qu'ils mettent dans les paniers à linge leurs tenues de bloc opératoire sales du jour.

Certains ne le font JAMAIS et les laissent traîner par terre, de préférence dans notre bureau, ou dans la chambre de garde où elles pourraient s'accumuler ainsi ad vitam aeternam sans qu'il leur tombe une demi-seconde sur un coin du cortex qu'elles deviennent rapidement responsables d'odeurs nauséabondes et attirent les bestioles rampantes, particulièrement sous nos contrées.

J'ai HORREUR de passer derrière eux pour ramasser leurs fringues, mais comme je DÉTESTE encore plus le bordel, et surtout que J'AIME trouver des tenues propres à ma taille le matin en allant bosser, alors je mords sur ma chique en râlant et je fais la tournée des paniers à linge. Ben oui, car les tenues non mises au sale ne sont pas lavées, c'est ballot comme lapalissade, mais c'est encore plus ballot quand les étagères sont vides.

Ce n'est pas de ma faute, j'ai une PASSION pour l'ordre.

Bree Van de Kamp, sors de ce corps.

Sinon, quand j'ai la chtouille, je me soigne, et je fais en sorte de ne la refiler à personne ;-P

Author: "Eric" Tags: "Divagations"
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Date: Sunday, 28 Jun 2009 09:34

La communauté gay, principalement masculine, est agitée en ce moment par la question du « droit des gays au don du sang ».

Si donner son sang est sans aucun doute un devoir civique pour tous, ce n'est en aucun cas un droit et tout le monde n'est pas apte à donner son sang.

Les produits sanguins sont recueillis, selon les termes de la loi en France, de façon bénévole et anonymisée. Les donneurs doivent se plier à un examen médical discriminant (j'emploie le terme volontairement au sens noble de discernement) préalable afin de déterminer leur éligibilité au don de sang. D'abord pour ne pas nuire à leur propre santé, ensuite pour ne pas nuire à celle des receveurs de produits sanguins. Cet examen médical engage la responsabilité du médecin qui le réalise, notamment vis-à-vis des futurs receveurs. On se souvient tous du scandale du sang contaminé entre 1983 et 1985 qui a concerné 4400 patients, majoritairement des hémophiles, contaminés par le VIH à la suite de transfusions.

Cette affaire a réellement traumatisé toute une génération médicale à laquelle j'appartiens et pour laquelle la transfusion était considérée comme un acte grave dont les indications étaient souvent discutées collégialement au cas par cas, et a conduit à les limiter au strict minimum, peut-être trop.

La situation a heureusement largement évolué, et aujourd'hui le risque résiduel de contamination transfusionnelle pour le VIH est de 1 pour 2 600 000 unités transfusées, pour l'hépatite C de 1 pour 6 500 000 unités transfusées. Ce risque résiduel très faible est précisément le fruit de la politique de sélection des donneurs. Ce risque non-nul est du au fait que pendant un laps de temps de quelques jours à quelques semaines après la contamination, les virus peuvent être totalement indétectables, alors que le sujet est déjà infecté et donc potentiellement contaminant.

L'Etablissement Français du Sang (EFS) est placé sous la tutelle du Ministère de la Santé.

Le sang collecté sous la responsabilité de l'EFS est utilisé pour préparer deux types de produits : les produits sanguins labiles (PSL), qui ont une durée de vie limitée, et les médicaments dérivés du sang qui se présentent le plus souvent sous forme lyophilisée et dont la durée de vie est beaucoup plus longue. Chacun de ces deux types de produit sera traité par un circuit différent dans des conditions définies par la loi et des directives européennes.

En 2006 l'EFS a collecté au total 2 617 464 dons chez 1 527 209 donneurs et réalisé plus de 475 millions d'examens de laboratoire entourant la sécurité transfusionnelle. 9,2% des candidatures ont été refusées lors de l'entretien médical préalable.

Le prélèvement consiste en un prélèvement de sang total, ou par aphérèse (séparation immédiate des différents constituants).

Les produits sanguins labiles sont au nombre de trois :

  • Les concentrés de globules rouges (CGR) : durée de vie 42 jours après prélèvement, conservés entre 2 et 6°C. Ces produits sont utilisés pour traiter une anémie (carence en hémoglobine) quelque soit sa cause.
  • Les plasmas frais congelés (PFC) : durée de vie un an, conservés à une température ≤ -25°C. Ces produits sont utilisés, après décongélation bien entendu, pour traiter des hémorragies graves ou des troubles de la coagulation sanguine responsables de saignements.
  • Les plaquettes sanguines : durée de vie très courte de 5 jours, conservées entre 20 et 24°C (jamais au froid qui les détruit). Elles sont utilisées pour traiter des hémorragies graves, ou pour les prévenir dans certaines situations, notamment après chimiothérapie lorsque la moelle osseuse est temporairement incapable d'en fabriquer.

Chaque produit sanguin est identifié et traçable de façon descendante et ascendante, c'est à dire que l'on peut toujours remonter jusqu'au donneur en cas de problème, et retrouver tous les receveurs ayant reçu les produits issus d'un don. Leur transfusion fait l'objet d'une procédure de surveillance spécifique. L'organisation de la traçabilité relève de la responsabilité de l'EFS, conjointement avec les établissements de soins qui ont en charge l'information donnée aux patients.

De façon schématique, à l'exception des globules rouges, les autres produits subissent un certain nombre de traitements chimiques et/ou physiques destinés à assurer qu'ils soient exempts de tout agent pathogène.

Les médicaments dérivés du sang sont au nombre d'une vingtaine, fabriqués à partir de plasma par le Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB), laboratoire d'état. Ce sont principalement des facteurs de coagulation sanguine, et des immunoglobulines utilisées dans le traitement de certaines infections virales ou toxi-infections bactériennes entre autres. Ces produits sont distribués par l'EFS qui en assure la traçabilité. L'EFS et le LFB ne sont pas des établissements à but lucratif.

Maintenant, on va parler un peu d'argent. De votre argent. Parce que collecter, traiter, conditionner, conserver, distribuer, assurer la traçabilité des produits sanguins, ça coûte cher. Très cher.

Juste pour vous donner quelques ordres de grandeur, le prix de revient des PSL :

  • CGR : 171,66 € l'unité
  • PFC : 90,77 € l'unité
  • Plaquettes : de 295 € (sang total) à 406 € (cytaphérèse)

À ces coûts s'ajoutent bien évidemment ceux de tous les examens devant entourer la transfusion, et le cas échéant d'un certain nombre de qualifications complémentaires spécifiques à chaque type de produit.

Le prix de revient des médicaments dérivés du sang est de 10 à 20 fois plus élevé : une injection d'une dose unique pouvant atteindre 8000 €. Parfois à renouveler deux fois par jour. Pendant plusieurs jours.

Globalement le coût du traitement d'un don se situe autour de 1000 €.

La politique de réduction des risques de transmission d'agents infectieux impose des consentir des coûts marginaux de plus en plus élevés pour réduire la probabilité de contamination.

Alors, me direz vous, où veut-il en venir ?

À l'étape initiale du processus qui est celle de la sélection des donneurs, qui s'effectue à l'aide d'un questionnaire structuré et où va obligatoirement s'exercer une discrimination, là encore au sens noble, qui va aboutir au rejet de 10 à 25% des candidats donneurs selon les centres. Soit parce que le don présente des risques pour le donneur, soit pour le receveur. Nulle part dans ce questionnaire, l'orientation sexuelle en tant que telle n'est prise en compte.

En épidémiologie, une population à risque est une partie de la population pour laquelle l'incidence d'une pathologie donnée est plus élevée que dans la population de référence, toutes choses étant égales par ailleurs. Par exemple, les fumeurs sont plus à risque de cancer bronchique ou d'artérite et autres pathologies cardiovasculaires que les non-fumeurs. Les médecins de l'EFS sont tenus d'avoir un raisonnement d'épidémiologistes au cours de l'étape de sélection.

La discrimination vis-à-vis de la population homosexuelle masculine, ressentie comme péjorative, n'est pas, comme on l'interprète à tort, liée à l'orientation sexuelle, mais à l'existence au sein de cette communauté de comportements à risques. La preuve du contraire ? Les lesbiennes ne sont pas exclues du don car elles ne représentent pas une population à risque.

Vous serez aussi exclu du don si vous êtes hétérosexuel exclusif à partenaires multiples (plus d'une en 4 mois), toxicomane, si vous avez eu récemment des soins dentaires, une infection urinaire, une endoscopie digestive, fait un voyage en zone impaludée...

On peut faire à Roselyne Bachelot bien des procès, mais certainement pas celui d'être homophobe. Mais elle a beau être LGBT-friendly, elle n'en a pas moins la charge de la santé des français.

Quelques chiffres pour y voir plus clair.

En France, en 2006, 6300 nouveaux cas d'infection par le VIH ont été dépistés. La moitié de ces cas le sont au stade de séroposivité asymptomatique, c'est à dire relativement tardivement. 10 à 15 % des cas sont dépistés au stade SIDA chez des patients ignorants de leurs séropositivité.

La population homosexuelle masculine représente en France environ 5 millions d'individus. So many men, so little time...

Depuis de nombreuses années, dans cette population, l'incidence de cas de séropositivité VIH dépistés est stable autour de 1500 nouveaux cas par an. Soit un cas de plus par an pour 3300 homosexuels masculins. Au total de 10 à 18% des gays sont séropositifs, contre 0,2% des hétérosexuels.

Dans le même temps, l'incidence des cas hétérosexuels est en diminution constante. Elle représente un cas de plus par an pour 12071 femmes et un cas de plus par an pour 15500 hommes. Ce qui fait que les homosexuels masculins, en tant que population, sont presque 5 fois plus à risque de séropositivité que les hommes hétérosexuels.

Parmi les nouveaux cas hétérosexuels, une personne sur trois est originaire d'Afrique subsaharienne, et la diminution constante de nombre de nouveaux cas est vraisemblablement la conséquence de la diminution des flux migratoires en provenance de cette région, plus que le résultat d'une politique de prévention.

Un récent rapport du Conseil National du Sida fait état des avancées dans le domaine de la prévention de la transmission de l'infection à VIH. Outre le préservatif, un traitement antirétroviral efficace est un des pivots de la prévention de la transmission de l'infection à VIH.

Mais dans le même temps, sans augmentation du nombre de contaminations VIH, on observe une augmentation importante des cas de syphilis, de blennoragie, de lymphogranulomatose vénérienne et d'hépatite C dans la population homosexuelle masculine. Ceci témoigne de la prise de risque, du relapse (relâchement des pratiques de prévention) et du bareback (sexualité non protégée) dans une partie au moins de la population homosexuelle masculine.

Il est vrai aussi que le questionnaire est mal fichu et on devrait plus se préoccuper du comportement de l'individu que de son appartenance à une communauté. Par ailleurs, la mission de l'EFS n'est pas de faire du dépistage et du conseil en prévention VIH. C'est l'affaire d'autres spécialistes. Comme vous l'avez vu plus haut, le coût élevé du traitement d'un don ne permet pas de dire "prélevez n'importe qui et faites le tri ensuite". Parce que ce tri, c'est avec notre argent qu'il se fait, en imposant une augmentation très importante des coûts marginaux. Le corollaire serait également l'augmentation du risque infectieux résiduel de la transfusion. Au bout de la chaîne, tous les Français paieraient l'addition, sans parler des patients contaminés. Prêts pour un nouveau scandale ?

Les donneurs de sang en France représentent 2,5% de la population. Ce qui, si les gays masculins étaient retenus candidats concernerait environ 125 000 personnes. C'est marginal. Mais pas en terme de risque. Il paraît que 76% des Français pensent que les gays devraient être des donneurs comme les autres. Attendons le premier accident transfusionnel impliquant un donneur homo pour voir à combien tomberait ce pourcentage. Rien n'est plus versatile que la prostituée de Moro-Giafferi.

Alors que faire ?

La balle est dans notre camp, celui de la communauté gay masculine. À nous de faire en sorte de renverser la vapeur, de faire diminuer significativement l'incidence de la séropositivité dans nos rangs et tomber ainsi sous le radar des épidémiologistes.

Nous avons aussi besoin de visibilité. Si vous êtes gay, montrez-vous, pas seulement le jour de la Marche des Fiertés noyés dans un flot d'hétéros gay-friendly : les statistiques sont établies sur une base déclarative qui laisse probablement dans l'ombre une grande partie de la population gay. Plus nous serons visibles, et mieux nous infléchirons la courbe des statistiques en notre faveur.

Questionnons nos pratiques, si nous avons des doutes demandons conseil, faisons-nous dépister, faisons-nous traiter le cas échéant.

Evidemment, ça nécessite de prendre ses responsabilités, d'adopter des pratiques qui protègent soi-même et ses partenaires. En clair, si vous voulez qu'on vous prenne, enfilez-la à chaque fois.

En attendant, cessons de pleurnicher pour quelque chose qui n'est pas un droit. Cessons de reprocher aux autorités sanitaires l'application du principe de précaution. En cas de problème, nous serions les premiers à leur reprocher de ne pas l'avoir fait, et à juste titre. Arrêtons de considérer que nous n'avons que des droits à réclamer et pas de devoirs à remplir.

En tant que médecin, et en tant qu'homo, je crois que l'homophobie est ailleurs et que nous avons de vrais combats à gagner. Celui-là n'en fait pas partie.

Edit du 10-07-2009 : Un des commentaires fait plus bas à été copié collé chez Yagg et repris dans une revue de web comme un article original sans que mon billet ne soit clairement cité en référence par l'auteur de la revue de web. Souci d'objectivité sans doute...
Author: "Eric" Tags: "Brut de blouse, Don du sang, Homosexuali..."
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Date: Sunday, 28 Jun 2009 09:34

La communauté gay, principalement masculine, est agitée en ce moment par la question du « droit des gays au don du sang ».

Si donner son sang est sans aucun doute un devoir civique pour tous, ce n'est en aucun cas un droit et tout le monde n'est pas apte à donner son sang.

Les produits sanguins sont recueillis, selon les termes de la loi en France, de façon bénévole et anonymisée. Les donneurs doivent se plier à un examen médical discriminant (j'emploie le terme volontairement au sens noble de discernement) préalable afin de déterminer leur éligibilité au don de sang. D'abord pour ne pas nuire à leur propre santé, ensuite pour ne pas nuire à celle des receveurs de produits sanguins. Cet examen médical engage la responsabilité du médecin qui le réalise, notamment vis-à-vis des futurs receveurs. On se souvient tous du scandale du sang contaminé entre 1983 et 1985 qui a concerné 4400 patients, majoritairement des hémophiles, contaminés par le VIH à la suite de transfusions.

Cette affaire a réellement traumatisé toute une génération médicale à laquelle j'appartiens et pour laquelle la transfusion était considérée comme un acte grave dont les indications étaient souvent discutées collégialement au cas par cas, et a conduit à les limiter au strict minimum, peut-être trop.

La situation a heureusement largement évolué, et aujourd'hui le risque résiduel de contamination transfusionnelle pour le VIH est de 1 pour 2 600 000 unités transfusées, pour l'hépatite C de 1 pour 6 500 000 unités transfusées. Ce risque résiduel très faible est précisément le fruit de la politique de sélection des donneurs. Ce risque non-nul est du au fait que pendant un laps de temps de quelques jours à quelques semaines après la contamination, les virus peuvent être totalement indétectables, alors que le sujet est déjà infecté et donc potentiellement contaminant.

L'Etablissement Français du Sang (EFS) est placé sous la tutelle du Ministère de la Santé.

Le sang collecté sous la responsabilité de l'EFS est utilisé pour préparer deux types de produits : les produits sanguins labiles (PSL), qui ont une durée de vie limitée, et les médicaments dérivés du sang qui se présentent le plus souvent sous forme lyophilisée et dont la durée de vie est beaucoup plus longue. Chacun de ces deux types de produit sera traité par un circuit différent dans des conditions définies par la loi et des directives européennes.

En 2006 l'EFS a collecté au total 2 617 464 dons chez 1 527 209 donneurs et réalisé plus de 475 millions d'examens de laboratoire entourant la sécurité transfusionnelle. 9,2% des candidatures ont été refusées lors de l'entretien médical préalable.

Le prélèvement consiste en un prélèvement de sang total, ou par aphérèse (séparation immédiate des différents constituants).

Les produits sanguins labiles sont au nombre de trois :

  • Les concentrés de globules rouges (CGR) : durée de vie 42 jours après prélèvement, conservés entre 2 et 6°C. Ces produits sont utilisés pour traiter une anémie (carence en hémoglobine) quelque soit sa cause.
  • Les plasmas frais congelés (PFC) : durée de vie un an, conservés à une température ≤ -25°C. Ces produits sont utilisés, après décongélation bien entendu, pour traiter des hémorragies graves ou des troubles de la coagulation sanguine responsables de saignements.
  • Les plaquettes sanguines : durée de vie très courte de 5 jours, conservées entre 20 et 24°C (jamais au froid qui les détruit). Elles sont utilisées pour traiter des hémorragies graves, ou pour les prévenir dans certaines situations, notamment après chimiothérapie lorsque la moelle osseuse est temporairement incapable d'en fabriquer.

Chaque produit sanguin est identifié et traçable de façon descendante et ascendante, c'est à dire que l'on peut toujours remonter jusqu'au donneur en cas de problème, et retrouver tous les receveurs ayant reçu les produits issus d'un don. Leur transfusion fait l'objet d'une procédure de surveillance spécifique. L'organisation de la traçabilité relève de la responsabilité de l'EFS, conjointement avec les établissements de soins qui ont en charge l'information donnée aux patients.

De façon schématique, à l'exception des globules rouges, les autres produits subissent un certain nombre de traitements chimiques et/ou physiques destinés à assurer qu'ils soient exempts de tout agent pathogène.

Les médicaments dérivés du sang sont au nombre d'une vingtaine, fabriqués à partir de plasma par le Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB), laboratoire d'état. Ce sont principalement des facteurs de coagulation sanguine, et des immunoglobulines utilisées dans le traitement de certaines infections virales ou toxi-infections bactériennes entre autres. Ces produits sont distribués par l'EFS qui en assure la traçabilité. L'EFS et le LFB ne sont pas des établissements à but lucratif.

Maintenant, on va parler un peu d'argent. De votre argent. Parce que collecter, traiter, conditionner, conserver, distribuer, assurer la traçabilité des produits sanguins, ça coûte cher. Très cher.

Juste pour vous donner quelques ordres de grandeur, le prix de revient des PSL :

  • CGR : 171,66 € l'unité
  • PFC : 90,77 € l'unité
  • Plaquettes : de 295 € (sang total) à 406 € (cytaphérèse)

À ces coûts s'ajoutent bien évidemment ceux de tous les examens devant entourer la transfusion, et le cas échéant d'un certain nombre de qualifications complémentaires spécifiques à chaque type de produit.

Le prix de revient des médicaments dérivés du sang est de 10 à 20 fois plus élevé : une injection d'une dose unique pouvant atteindre 8000 €. Parfois à renouveler deux fois par jour. Pendant plusieurs jours.

Globalement le coût du traitement d'un don se situe autour de 1000 €.

La politique de réduction des risques de transmission d'agents infectieux impose des consentir des coûts marginaux de plus en plus élevés pour réduire la probabilité de contamination.

Alors, me direz vous, où veut-il en venir ?

À l'étape initiale du processus qui est celle de la sélection des donneurs, qui s'effectue à l'aide d'un questionnaire structuré et où va obligatoirement s'exercer une discrimination, là encore au sens noble, qui va aboutir au rejet de 10 à 25% des candidats donneurs selon les centres. Soit parce que le don présente des risques pour le donneur, soit pour le receveur. Nulle part dans ce questionnaire, l'orientation sexuelle en tant que telle n'est prise en compte.

En épidémiologie, une population à risque est une partie de la population pour laquelle l'incidence d'une pathologie donnée est plus élevée que dans la population de référence, toutes choses étant égales par ailleurs. Par exemple, les fumeurs sont plus à risque de cancer bronchique ou d'artérite et autres pathologies cardiovasculaires que les non-fumeurs. Les médecins de l'EFS sont tenus d'avoir un raisonnement d'épidémiologistes au cours de l'étape de sélection.

La discrimination vis-à-vis de la population homosexuelle masculine, ressentie comme péjorative, n'est pas, comme on l'interprète à tort, liée à l'orientation sexuelle, mais à l'existence au sein de cette communauté de comportements à risques. La preuve du contraire ? Les lesbiennes ne sont pas exclues du don car elles ne représentent pas une population à risque.

Vous serez aussi exclu du don si vous êtes hétérosexuel exclusif à partenaires multiples (plus d'une en 4 mois), toxicomane, si vous avez eu récemment des soins dentaires, une infection urinaire, une endoscopie digestive, fait un voyage en zone impaludée...

On peut faire à Roselyne Bachelot bien des procès, mais certainement pas celui d'être homophobe. Mais elle a beau être LGBT-friendly, elle n'en a pas moins la charge de la santé des français.

Quelques chiffres pour y voir plus clair.

En France, en 2006, 6300 nouveaux cas d'infection par le VIH ont été dépistés. La moitié de ces cas le sont au stade de séroposivité asymptomatique, c'est à dire relativement tardivement. 10 à 15 % des cas sont dépistés au stade SIDA chez des patients ignorants de leurs séropositivité.

La population homosexuelle masculine représente en France environ 5 millions d'individus. So many men, so little time...

Depuis de nombreuses années, dans cette population, l'incidence de cas de séropositivité VIH dépistés est stable autour de 1500 nouveaux cas par an. Soit un cas de plus par an pour 3300 homosexuels masculins. Au total de 10 à 18% des gays sont séropositifs, contre 0,2% des hétérosexuels.

Dans le même temps, l'incidence des cas hétérosexuels est en diminution constante. Elle représente un cas de plus par an pour 12071 femmes et un cas de plus par an pour 15500 hommes. Ce qui fait que les homosexuels masculins, en tant que population, sont presque 5 fois plus à risque de séropositivité que les hommes hétérosexuels.

Parmi les nouveaux cas hétérosexuels, une personne sur trois est originaire d'Afrique subsaharienne, et la diminution constante de nombre de nouveaux cas est vraisemblablement la conséquence de la diminution des flux migratoires en provenance de cette région, plus que le résultat d'une politique de prévention.

Un récent rapport du Conseil National du Sida fait état des avancées dans le domaine de la prévention de la transmission de l'infection à VIH. Outre le préservatif, un traitement antirétroviral efficace est un des pivots de la prévention de la transmission de l'infection à VIH.

Mais dans le même temps, sans augmentation du nombre de contaminations VIH, on observe une augmentation importante des cas de syphilis, de blennoragie, de lymphogranulomatose vénérienne et d'hépatite C dans la population homosexuelle masculine. Ceci témoigne de la prise de risque, du relapse (relâchement des pratiques de prévention) et du bareback (sexualité non protégée) dans une partie au moins de la population homosexuelle masculine.

Il est vrai aussi que le questionnaire est mal fichu et on devrait plus se préoccuper du comportement de l'individu que de son appartenance à une communauté. Par ailleurs, la mission de l'EFS n'est pas de faire du dépistage et du conseil en prévention VIH. C'est l'affaire d'autres spécialistes. Comme vous l'avez vu plus haut, le coût élevé du traitement d'un don ne permet pas de dire "prélevez n'importe qui et faites le tri ensuite". Parce que ce tri, c'est avec notre argent qu'il se fait, en imposant une augmentation très importante des coûts marginaux. Le corollaire serait également l'augmentation du risque infectieux résiduel de la transfusion. Au bout de la chaîne, tous les Français paieraient l'addition, sans parler des patients contaminés. Prêts pour un nouveau scandale ?

Les donneurs de sang en France représentent 2,5% de la population. Ce qui, si les gays masculins étaient retenus candidats concernerait environ 125 000 personnes. C'est marginal. Mais pas en terme de risque. Il paraît que 76% des Français pensent que les gays devraient être des donneurs comme les autres. Attendons le premier accident transfusionnel impliquant un donneur homo pour voir à combien tomberait ce pourcentage. Rien n'est plus versatile que la prostituée de Moro-Giafferi.

Alors que faire ?

La balle est dans notre camp, celui de la communauté gay masculine. À nous de faire en sorte de renverser la vapeur, de faire diminuer significativement l'incidence de la séropositivité dans nos rangs et tomber ainsi sous le radar des épidémiologistes.

Nous avons aussi besoin de visibilité. Si vous êtes gay, montrez-vous, pas seulement le jour de la Marche des Fiertés noyés dans un flot d'hétéros gay-friendly : les statistiques sont établies sur une base déclarative qui laisse probablement dans l'ombre une grande partie de la population gay. Plus nous serons visibles, et mieux nous infléchirons la courbe des statistiques en notre faveur.

Questionnons nos pratiques, si nous avons des doutes demandons conseil, faisons-nous dépister, faisons-nous traiter le cas échéant.

Evidemment, ça nécessite de prendre ses responsabilités, d'adopter des pratiques qui protègent soi-même et ses partenaires. En clair, si vous voulez qu'on vous prenne, enfilez-la à chaque fois.

En attendant, cessons de pleurnicher pour quelque chose qui n'est pas un droit. Cessons de reprocher aux autorités sanitaires l'application du principe de précaution. En cas de problème, nous serions les premiers à leur reprocher de ne pas l'avoir fait, et à juste titre. Arrêtons de considérer que nous n'avons que des droits à réclamer et pas de devoirs à remplir.

En tant que médecin, et en tant qu'homo, je crois que l'homophobie est ailleurs et que nous avons de vrais combats à gagner. Celui-là n'en fait pas partie.

Edit du 10-07-2009 : Un des commentaires fait plus bas à été copié collé chez Yagg et repris dans une revue de web comme un article original sans que mon billet ne soit clairement cité en référence par l'auteur de la revue de web. Souci d'objectivité sans doute...
Author: "Eric" Tags: "Brut de blouse, Don du sang, Homosexuali..."
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Date: Friday, 26 Jun 2009 07:47

Je n'en reviens pas, elle a déjà vingt ans.

Ça ne me rajeunit pas non plus...

Certes, le catch c'est du chiqué, mais on se laisserait quand même bien pousser dans les cordes ;-P

Author: "Eric" Tags: "Men men men..., Teuf"
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Date: Friday, 26 Jun 2009 07:47

Je n'en reviens pas, elle a déjà vingt ans.

Ça ne me rajeunit pas non plus...

Certes, le catch c'est du chiqué, mais on se laisserait quand même bien pousser dans les cordes ;-P

Author: "Eric" Tags: "Men men men..., Teuf"
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