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Date: Friday, 16 Jan 2009 20:25
L’ordre du jour de cette réunion était :
  • de définir nos engagements avec les autres sections universitaires,
  • de débattre sur la réforme des concours de recrutement de l'enseignement dans le cadre de l'ENS.

1. Actions avec les sections universitaires

Puisque la parution du journal sera espacé avec un exemplaire par trimestre, il est important de travailler sur la qualité des articles. La date de parution sera donc reportée pour pouvoir élever le niveau du journal. Romain propose de travailler la question du protectionnisme. François s'occupera de relancer les autres sections et de lancer un appel à contribution sur la liste de diffusion de la section. Benjamin annoncera la parution de la version internet du site d'AVSLR. Ce site est accessible à l'adresse : ps-universites.fr .

Pour les autres actions, Sébastien et Benjamin vont suivre à des degrés divers la création d'un site commun. Ils sont par ailleurs en train de mettre le blog et le site de la section à jour. Nous proposons à l'avenir d'inviter en commun avec les autres sections nos prochains extérieurs quitte à espacer nos réunions et à proposer aux militants de se rendre à celles des autres sections. Nous organiserons également un événement à l'ENS Cachan pour y lancer une section. Un pot de reprise des cartes et de rentrée sera organisé avec les autres sections.

2. Réforme des concours de recrutement de l'enseignement

Des établissements ont refusé de signer les maquettes avec des masters d'enseignements. Le PS appelle à une mobilisation contre la masterisation des concours de l'enseignement public. L'argument repose sur le fait que les titulaires de ce master qui ne réussiraient pas le concours n'auraient pas de débouchés possibles sauf à être des vacataires de l'enseignement public. Pour l'ENS, le problème est encore plus marqué, parce qu'il est de coutume de passer l'agrégation avant de faire un M2. Il faut rappeler que la thèse s'enchaine après un M2 directement et on voit mal comment préparer un sujet de thèse l'année de préparation à l'agrégation.

Le rôle de l'ENS, le statut de normalien, le maintien de l'agrégation feront l'objet d'une réflexion. Les camarades sont invités à prendre position sur le blog de la section. Les syndicats de l'ENS font signer une pétition contre la masterisation des concours. Les camarades qui le souhaitent pourront la signer à la sortie du pot ou en envoyant un mail à Julie Le Mazier.

3. Calendrier

  • lundi 19 janvier : compte-rendu de mandat de Bertrand Delanoë à 18h30 au gymnase des Patriarches dans le 5e,
  • mardi 20 janvier après midi : mobilisation à l'ENS puis au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche contre la masterisation des concours de l'enseignement,
  • jeudi 22 janvier : Jeudi de Jean Jaurès animé par David sur le livre d'Edgar Morin, Penser l'Europe.

Jérôme Meyer
Secrétaire de section

Author: "jeanjaures.online" Tags: "Vie de la section PS ENS"
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Date: Monday, 22 Dec 2008 08:57

Cette AG entamait notre cycle thématique sur L'Europe.

Sébastien présenta le manifeste du PSE, programme commun des partis socialistes européens pour les élections de juin. Il fut ensuite question du choix d'une thématique plus précise pour notre travail en section, et de l'organisation du travail à venir.

L’objectif de cette réunion était :

  • de présenter le manifeste du PSE pour les élections européennes de 2009.

1. Présentation du manifeste du PSE

Sébastien s'est rendu à Madrid pour le congrès du PSE. L'objectif de ce congrès était de ratifier le programme commun des partis socialistes européens pour les prochaines élections européennes qui auront lieu en France le 7 juin 2009. Les propositions du PSE semblent en général assez réalistes, mais manquent peut-être d'un peut d'originalité. Le manifeste manque de propositions concrètes et attrayantes aux yeux des militants.

Le manifeste proposent de relancer l'économie et d'éviter le retour des crises financières, de faire progresser la justice dans la nouvelle Europe sociale, de mettre l’Europe en tête de la lutte contre le changement climatique, de parvenir à l'égalité des sexes en Europe, de donner à l’Europe une politique d’immigration pour le progrès et de faire de l'Europe un partenaire fort pour la paix, la sécurité et le développement. Un certain nombre de propositions plus ou moins concrètes accompagnent ces 6 grands axes.

Les propositions du PSE sont par exemple un plan de relance des infrastructures soutenu par une croissance verte avec un objectif de 30% de réduction des GES au lieu de 20% à l'horizon 2020 ou encore d'inscrire la croissance dans les objectifs de la BCE et de mettre en place des minimas sociaux pour l'ensemble des pays européens. Les propositions portent également sur un droit d'asile européen, l'instauration d'un impôt européen ou la reconnaissance des mariages homosexuels conclus dans les pays qui l'autorisent, par les pays européens qui ne l'autorisent pas.

Le manifeste défend également la notion de services publics dans la proposition 15. « Nous proposons d’établir un cadre européen pour les services publics, qui garantira aux citoyens le droit d’accès universel et égal à ces services, la qualité, l'autonomie locale et la transparence des services publics, et qui maintiendra leur intégrité telle qu’elle est définie nationalement. Ainsi les règles européennes en matière de concurrence et du droit des entreprises ne s’opposeront pas aux droits des citoyens. »

Mais les propositions se résument trop souvent à des chartes européennes avec pas moins de 57 nouvelles chartes proposées. Elles se placent toutes dans le cadre institutionnel du traité de Lisbonne, mais ont besoin d'être traduites au niveau national.

Les partis socialistes nationaux auront donc une certaine liberté pour décliner à l'échelon national et illustrer ces propositions. Le débat en AG s'est porté sur notre capacité à convaincre les électeurs de voter pour le PS sans nationaliser le débat. Puisque la droite est au pouvoir au Parlement européen, à la commission européenne et au sein du conseil européen des chefs d'état. La politique européenne est clairement de droite et nous pourrons attaquer le bilan du PPE au pouvoir en Europe. La droite a par exemple fait voter les 65 heures par semaine.

2. Europe sociale et Europe de la défense

L'Europe sociale et l'Europe de la défense ont été les deux thèmes les plus débattus et beaucoup de questions se sont posées sur les positions du PSE sur ces questions. L'Europe sociale est effectivement le thème phare de la campagne. Mais le risque est que toutes les sections vont travailler sur ce sujet. Il sera toutefois nécessaire de trouver les arguments pertinents sur cette question au moment de la campagne. L'Europe de la défense ainsi que la politique extérieure de l'Europe ne seront pas au cœur de la campagne du PS, mais la question mérite d'être posée et nous pouvons travailler sur ce sujet pour clarifier un peu la position du PS. (Je précise que je n'y suis pour rien quant au choix de ce sujet par la section.)

Nous avons donc choisi de travailler cette question de la défense et de la politique extérieure de l'Europe de consacrer le thème de l'Europe sociale au travail de la campagne. David fera lors de la prochaine AG une présentation du livre d'Edgar Morin, Penser l’Europe, qui sera suivie d'un débat et de la rédaction d'un article pour le blog. Les députés européens Catherine Guy-Quint et Harlem Désir seront invités pour une réunion publique sous réserve qu'ils acceptent. Nous ferons également part de nos travaux à Rémi Féraud, premier secrétaire fédéral, pour voir comment nos travaux peuvent servir à la fédération.

3. Calendrier

Benjamin et François ont été proposés pour représenter la section au niveau intersections universitaires respectivement pour travailler sur les outils informatiques et le journal. La date limite de retour des articles d'AVSLR est fixée au 12 janvier (voir CR joint). Les articles pourront porter sur l'immigration, le rapprochement universités et grandes écoles et l'engagement d'un militant, en fonction de l'activité militante de la section de ces derniers mois.

Les prochaines réunions auront lieu :

  • jeudi 8 janvier à 20h,
  • jeudi 22 janvier à 20h.

La prochaine réunion portera sur le statut de normalien et la position de la section sur les réformes en cours, puis sur le travail commun avec les sections universitaires. La réunion suivante sera animée par David sur le livre d'Edgar Morin suivant la formule initiale des jeudis de Jean Jaurès.

Jérôme Meyer Secrétaire de section

Author: "jeanjaures.online" Tags: "General"
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Date: Sunday, 21 Dec 2008 10:30
Nos chers gouvernants ayant récemment décidé de reporter leur réorganisation du lycée, à laquelle s'était notamment opposée le parti socialiste, je suis tenté de revenir sur la façon dont cette "réforme" a été évitée : Le contexte de la crise grecque a été quelque peu utilisé, chacun allant de son petit mot pour décrire une situation française tout aussi explosive, risquant à tout moment de s'emballer si le gouvernement ne faisait pas machine arrière. Cette stratégie a certes eu un effet sensible : Le report d'une réforme dont l'objectif essentiel était de permettre des réduction d'heures de cours (donc de nombre d'enseignants), en construisant un lycée moins généraliste et moins gourmand en professeurs.

Le report de cette réforme est sans doute une grande victoire (la bio et la physique, notamment, ne seront pas tout de suite supprimées en seconde), mais si elle ne permet pas de justifier les futurs dégraissages, ceux-ci n'en seront probablement pas moins difficile à gérer, et le nombre d'élèves par classes reprendra son rôle de variable d'ajustement, aux côté des heures de cours de langues et des cours dédoublés (travail plus personnalisé en demi-classes).

Mais si la question de l'intérêt d'un tel report peut se poser, ce qui me taraude est surtout une question de méthode, certains ayant agité l'épouventail d'une révolte sociale (se référant souvent au cas grec), au risque (a t'on dit) d'hatiser une potentielle violence. Cette question me semble importante aussi bien pour savoir se fixer des limites (qui n'ont à mon avis pas été franchies (loin de là) cette fois-ci), que pour pouvoir répondre quand on nous accuse d'être "du côté des casseurs", comme dirait l'autre.
C'est qu'en politique savoir quel moyen est légitime est souvent assez difficile : par exemple aller coller des affiches est bien souvent illégal, mais je ne pense pas que ce soit un moyen d'action et de mobilisation totalement injustifié, il faudrait juste l'encadrer un peu pour éviter des surenchères potentiellement dévastatrices. J'ai plutôt tendance à invoquer le critère simple de la violence, mais il a le problème d'être très flou. Il est en effet fréquemment utilisé par certains pour accuser tous les participant d'une manifestation lors d'un dérapage par exemple.

Au delà de la question morale de savoir s'il est légitime, grosso modo, de reprocher au gouvernement une intransigeance pouvant mener à des protestations incontrôlables, le problème est aussi une question d'image, pour l'efficacité de la bataille d'opinion sous-tendue par toute action politique. C'est généralement le combat le plus difficile, tant il est simple, en face, d'attendre une protestation radicale pour y associer tous les opposants.
Et du point de vue de cette bataille d'opinion et d'image, je crains que la partie de la gauche qui a évoqué le risque d'une révolte à la Grec n'ait pris des risques inconsidérés. Le discours usuel "regardez comme la gauche hatise les protestations et encourage les violence" est toujours beaucoup mieux passé, même en l'absence de la moindre justifications concrète, que le discours "si les gens sont en colère, c'est parce que le gouvernement ne veut rien leur céder".

C'est pourquoi même si aucune limite morale ne me semble avoir été franchie (appel à la violence ou que sais-je), je trouve un peu dangereuses les méthodes par lesquelles a été obtenu ce report de la réforme du lycée.
Author: "Seb" Tags: "General"
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Date: Wednesday, 10 Dec 2008 08:43

Compte rendu de la première réunion après le nouvellement du bureau.

Il fut essentiellement question de l'organisation de la section et son futur travail (notamment un travail thématique sur l'Europe jusqu'a la fin de l'année scolaire, période où auront lieu les élections Européennes).

L’objectif de cette réunion était :

- de définir le thème de réflexion du premier semestre 2009.

1. Présentation de l’organisation de la section

L’organisation administrative de la section est présentée. La CA est composée de 9 membres : 3 pour la motion A, 2 pour la motion C, 3 pour la motion E et 1 pour la motion F. La CA a vocation a être consultée plus fréquemment et a évoluer en fonction des disponibilités de ses membres. Le bureau est composé de trois membres : Florent pour la formation militante, Sébastien pour le trésor et Jérôme pour le secrétariat. Benjamin travaille sur le blog et le site des sections universitaires et François suit le comité de rédaction d’AVSLR.

D’un point de vue organisationnel, les AG auront lieu tous les mois et seront réparties entre de la formation militante, de la réflexion autour d’ouvrages et des interventions extérieures. Elles seront publiques et porteront le nom de 3J. Rémi Féraud, 1er secrétaire fédéral, propose de nous rencontrer a l’occasion d’une AG. Elles seront annoncées et un CR figurera ensuite dans le bocal. Un boîtage pour l’inscription sur les listes électorales aura lieu jeudi 11 décembre dans les casiers des élèves concitoyens européens et étrangers.

2. Débat autour du thème de réflexion et des activités militantes

L’essentiel du débat de l’AG a porté sur le thème de réflexion sur lequel tous les participants ont pu prendre part au débat. Le thème de l’Europe est retenu pour articuler formation militante et débat d’idées sur ce sujet. Il ne sera pas question d’aborder les questions européennes sous l’angle du droit. Sébastien présentera a la prochaine AG les conclusions du congrès de Madrid et le manifeste du PSE pour les élections européennes. Ce manifeste compte un certain nombre de propositions qui doivent encore être décliné a l’échelon local et national. Il serait encore mieux de pouvoir illustrer les arguments du manifeste par des exemples concrets. Nous avons sur ce point le soutien de la fédération pour illustrer le manifeste ou au moins une partie.

Sur la question militante et l’angle d’attaque de la droite sur ce sujet, faut-il avoir une rhétorique anti-Bruxelles par exemple sur la question du temps de travail ? En complément de l’AG, il faut ajouter que le manifeste adopte une version résolument ancrée a gauche. Puisque le PPE est au pouvoir en Europe, il faudrait attaquer et reporter nos arguments contre la droite française sur la droite européenne et ainsi européaniser la campagne. Les axes et angles d’attaques peuvent être la crise ou le changement climatique, même si ce sujet n’est pas clivant aux yeux des électeurs alors qu’il l’est en réalité. Pour certains il vaudrait mieux nationaliser la campagne, mais ce point est discutable.

Pour définir une réflexion sur l’Europe, plusieurs thèmes ont été avancés : l’Europe de la culture, l’Europe sociale, l’Europe de la défense ou l’Europe de la recherche. Le sujet devrait être choisi en fonction de deux critères. D’une part il doit être clivant par rapport aux projets de la droite, d’autre part il pourra porter sur un sujet sur lequel la gauche n’est pas d’accord. Il faudra régler la question de notre positionnement face au traité de Lisbonne et aux problèmes posés lors du référendum qu’on n’a pas vraiment tranchés a gauche, qu’il s’agisse de la question sociale ou de la question constitutionnelle.

Sur l’Europe de la culture, le risque est de parler de banalités sur la culture de l’Europe. En revanche le thème est souvent insuffisamment traité dans les propositions électorales, même si on n’est plus au stade de la rédaction de propositions mais de l’éclairage sur les propositions du PSE. Sur l’Europe sociale, on pourrait attaquer la question du chômage en Europe, d’un salaire minimum, de la condition ouvrière en Europe… et mettre une réalité sur ce thème récurent. Sur l’Europe de la défense, la question de l’OTAN, d’une politique commune ou d’un second porte avion est l’occasion d’un débat, mais ce sujet intéressera-t-il les électeurs ? La question de la Turquie est posée mais écartée pour le débat électoral. On a le même problème qu’avec la culture par ailleurs quant a la réalisation d’un programme politique a ce stade de la campagne.

Le choix du sujet sera fait lors de la prochaine AG en fonction du débat sur les propositions du PSE en veillant a davantage réfléchir a illustrer des propositions de la gauche et aux moyens pédagogiques et argumentaires a mobiliser pour soutenir notre programme. Cette réflexion sera accompagnée de l’étude d’ouvrage et de réunions publiques.

Des ouvrages ont été proposés :

  • Edgar Morin, Penser l’Europe,
  • Michel Rocard, Une autre Europe,
  • Emmanuel Todd, Après la démocratie,
  • Services publics en Europe (auteur a vérifier)…

Pour l’invitation d’un élu député européen, les noms proposés sont :

  • Catherine Guy-Quint,
  • Michel Rocard,
  • Benoît Hamon,
  • Vincent Peillon,
  • Harlem Désir...

3. Organisation des activités

Benjamin et François se proposent respectivement pour travailler sur les outils informatiques et le journal. Florent présente le projet sur la formation militante a destination du parti au niveau national et fédéral. Il sera mis en relation avec les commissions fédérales et nationales auxquelles on peut apporter une formation militante pertinente. Benjamin propose de faire venir des syndicats européens : un membre de la Confédération Européenne des Syndicats pour nous faire une présentation du système social-démocrate nordique et du succès des syndicats d’Europe du Nord.

Les prochaines réunions auront lieu :

  • jeudi 18 décembre a 19h suivi d’un repas de fin d’année a 21h,
  • jeudi 15 janvier (a confirmer),
  • jeudi 12 février (a confirmer également).

La prochaine réunion portera sur le manifeste du PSE. Sébastien en fera une présentation et explicitera les principales propositions du manifeste. Un débat suivra et le choix du thème en lien avec l’Europe sera choisi a la fin de la réunion vers 21h.

Jérôme Meyer Secrétaire de section

Author: "jeanjaures.online" Tags: "Vie de la section PS ENS"
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Date: Monday, 03 Nov 2008 23:58

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Author: "Romain Pigenel" Tags: "Rénovation militante"
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Date: Tuesday, 21 Oct 2008 11:43

"Le Parti socialiste rappelle l'exigence de porter à 3% du PIB la dépense pour la Recherche.

Notre pays, accuse un retard grandissant dans le domaine de la recherche, de la formation supérieure et de l'innovation. La politique menée depuis 6 ans par les gouvernements de droite a considérablement aggravé la situation.

De plus, la ministre de l'Enseignement supérieur a annoncé le non remplacement d'un départ à la retraite sur six. Compte tenu de l'augmentation du nombre de départs en retraite, d'ores et déjà prévus dans les années à venir, cette décision est très lourde de conséquences. Ainsi, au mépris des priorités pourtant partagées par tous, le gouvernement annule tous les efforts pour améliorer la réussite des étudiants.

Dans ces conditions, le Parti socialiste appelle à soutenir toutes celles et tous ceux qui sont attachés à un système universitaire efficace et pérenne et entendent se rassembler le lundi 3 novembre, devant l'Assemblée nationale, jour du débat budgétaire sur l'Enseignement supérieur et la Recherche."

Author: "jeanjaures.online" Tags: "Enseignement"
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Date: Sunday, 19 Oct 2008 23:55

photoCet après-midi, nous étions quelques camarades des sections universitaires de la fédération de Paris du Parti socialiste à prendre part à la manifestation nationale pour la défense du service public d'éducation, premier grand rendez-vous social de la rentrée, révélateur de la colère du monde enseignant et de l'inquiétude qui monte autour du projet que Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos entendent appliquer au système scolaire français.

80 000 personnes dans la rue, et le soutien de 2/3 des Français selon un sondage du jour. Une réaction saine et forte à la - désormais habituelle - stratégie du gouvernement : adopter un discours pseudo-progressiste, promettre "l'individualisation" des politiques (parcours "à la carte" pour les lycéens, enseignants plus évalués et mieux payés et/ou bonifiés ...), et derrière ce paravent doucereux, des coupes sombres dans les effectifs et dans les budgets, par principe "trop importants" et "mal répartis". Il faut croire que la pilule est, cette fois, un peu grosse. Affaire à suivre avec mercredi une réunion de l'intersyndicale pour décider de la suite ! Et toujours, la pétition en ligne à signer, ici.

Une remarque/déception : pourquoi les quelques ténors socialistes venus, ainsi que les camarades du MJS, se contentent d'organiser un modeste point fixe le long de la manifestation, sans prendre part au défilé, et disparaissant d'ailleurs aussitôt la fin du cortège passée ? Encore un effort, camarades ...

jeanjaures.online

Author: "jeanjaures.online" Tags: "Enseignement"
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Date: Sunday, 19 Oct 2008 21:04

L'actualité a vu apparaître l'inoubliable Mariton (Hervé pour les intimes) voler au secours de la pauvre petite vielle internetophobe, qui subit de plein fouet l'illisibilté des tarifs de la SNCF et aboutit avec un plein tarif 3 ou 4 fois plus cher qu'un Prem's, dur dur avec sa faible pension...

Mais n'oublie t'il pas de s'interroger sur cette tarification elle-même, au regard d'une certaine mission de service de service public?"

A ce que j'en ai lu dans la presse (le rapport n'est pas encore en ligne à l'heure ou j'écris), le député fustige la faible lisibilité de tarifs qu'il trouve honnêtes par ailleurs, et passe ainsi à côté de questions centrales à mes yeux sur le prix décent d'un billet de train : les pleins tarifs (TGV notamment) sont très chers, sans doute pour financer derrière des lignes moins rentables, obligation à la charge de la SNCF et que ne subit pas l'avion par exemple (et d'expérience, le train revient plus cher que les vols low-costs pour des pays limitrophes, y compris avec les Prem's faisant gagner un facteur 3... le problème se pose sans doute aussi pour les trajets intérieurs)... Et à côte de ce tarif fleurissent une flopée de tarifs particuliers et variations selon l'heure de la journée et Dieu sait quels critères...

Je ne suis pas forcément partisan d'un prix pour le passager fonction uniquement du coût pour la SNCF (plus faible dans un train bondé notamment), mais de là à faire des promos marketing aussi agressives et généralisées ... un problème réel d'équité se pose.

Le principe de ces promos serait un yield management visant à la fois à remplir leurs train et faire payer plus cher aux clients d'affaire.

Ainsi les réservations à l'avance sont favorisées (les clients d'affaire réservent souvent tard), et dans mon cas, quand on cherche une trajet européen à prix honnête, il y a souvent des Prime's en train de nuit, car les clients d'affaires prennent pas de trains de nuits... C'est quand même triste d'en venir à choisir ainsi ses trains, et ça en dit long sur le service public incarné actuellement par la SNCF ... (pensons un peu au client lambda qui a le malheur de payer cher sous prétexte que ses habitudes ne se distinguent pas assez de celles du client d'affaire)...

Mais rassurez-vous, Mariton est conscient des ces problèmes et a d'ailleurs une superbe proposition sur la lisibilité : afficher le tarif médian (et non moyen) comme référence. La SNCF pourra ainsi vendre exactement 49% de prix très bradés et dire aux 51% d'autres clients que leur prix est très honnête, vu que c'est le prix médian.

Étant donné à quel point Mariton (qui est en charge des questions ferroviaires à l'UMP) se soucie de cacher ces questions en parlant d'un simple "problème de lisibilité", j'avoue être assez inquiet quant à l'ouverture prochaine à la concurrence sur le rail : les compagnies arrivant ainsi pourront-elles se contenter d'exploiter trois lignes très rentables à prix cassé sans financer les lignes moins rentables ? Et quid du prix de construction des lignes de TGV ? Continuera t'on à attendre qu'il soit amorti en une décennie, imposant des prix élevés qui font la joie des avionneurs ? Ne comptons en tout cas pas trop sur l'état, occupé comme il est par les nouveaux projets d'autoroutes, preuves d'un pragmatisme visionnaire vis à vis des conclusions de feu le grenelle de l'environnement..

Author: "Sébastien Leurent" Tags: "General"
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Date: Sunday, 12 Oct 2008 23:27

beaudpialouxJeudi dernier avait lieu le premier opus des "Jeudi de Jean Jaurès", réunions de section nouvelle formule visant, à partir de la présentation d'un texte important des sciences humaines et sociales actuelles, à produire des idées et des éléments de langage pour renouveler la pensée socialiste, et participer à la reconstruction d'une hégémonie intellectuelle de la gauche. Cette première séance, consacrée au désormais classique texte de Beaud et Pialoux sur la condition ouvrière, a finalement débouché sur une discussion sur la ligne politique générale du PS.

La présentation du texte - Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, assurée par Emmanuel, a été menée suivant trois grands axes. A quoi ressemble un ouvrier, la classe ouvrière ? Pourquoi une partie grandissante du monde du travail se précarise-t-elle ? Quel rapport des ouvriers à la politique ? Il fut successivement question de l'évolution générationnelle (et des clivages consécutifs) au sein du monde ouvrier, de la "modernisation" de l'organisation du travail comme moyen d'isoler et de mettre sous pression les travailleurs, des différentes voies de précarisation, du racisme et de la frustration (et de leurs causes) qui naissent dans ces catégories populaires se sentant exclues des trajets d'ascension sociale.

La discussion générale a ensuite abordé, pêle-mêle et dans le désordre, les points suivants : la facilitation de l'accession à la propriété comme outil pour fragmenter les classes populaires aux Etats-Unis (cf subprimes) ; les éléments de discours à mettre en place contre l'idéologie de droite de la propriété et de la responsabilité individuelle ; la fierté civique comme réponse idéologique de gauche ; la pertinence actuelle (ou non) du concept de classe ; les difficultés de la "catégorie taxonomique" "ouvrier" ; la nécessité d'implanter des sections PS dans les entreprises (là où le conflit social se joue, là où la vision de la société se constitue) ; les raisons du succès passé du FN ; l'actualité de l'antagonisme bourgeoisie-prolétariat et de la lutte des classes ; la redéfinition des classes sociales pour coller à la réalité (laquelle ?) ; la gauche comme porteuse d'un projet de société alternatif (à redéfinir).

Parmi les pistes de réflexion pour la suite :

- quel choix stratégique pour la gauche : réinvestir une vision conflictuelle de la société et un projet de lutte des classes (quitte à définir un nouveau "front de classes", comme aurait dit Poperen, ou de nouvelles classes), ou au contraire se fonder sur l'idée de la prééminence d'un vaste ensemble de classes moyennes plus indifférenciées ?

- penser plus avant la question spatiale et celle, connexe, du logement (la distinction centre-périphérie comme fort facteur de précarisation et d'exclusion)

- comment construire une pensée et un langage pouvant unir une 'nouvelle alliance' des classes populaires et moyennes, tout en les associant à cette construction ? (cf. Jacques Rancière)

La réflexion ne fait donc que commencer. La prochaine séance, mercredi 6 novembre, sera consacrée à une présentation de divers textes d'économie contemporains autour de la question de la mondialisation et du débat ouverture des frontières/protectionnisme.

Author: "jeanjaures.online" Tags: "Vie de la section PS ENS"
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Date: Thursday, 02 Oct 2008 01:26

En venant à la section de l’E.N.S. à l’invitation de son secrétaire, moi, jeune sympathisant socialiste, à l’époque encore non encarté, on m’a appelé « camarade ». Comme l’avait chanté l’Ardéchois, « c’est un joli nom camarade ! ». Après quelques mois, je peux le confirmer ! Je pourrais adopter cette vision poétique, d’autant plus que j’aurais quelques origines ardéchoises, mais je préfère (sans vouloir faire injure au texte de Jean Ferrat), le rapprocher de camaraderie, dont il a donné naissance. A ce propos, le petit Larousse nous donne comme synonyme : « Bonne entente, solidarité ».

Cela veut tout dire …

SOLIDARITE : je pense que c’est ce mot qui caractérise ce que doit, ou devrait être (pour les esprits chagrins), le combat militant. C’est ce terme plus qu’un autre qui doit permettre une affirmation des valeurs socialistes. Pas les débats et querelles autour de qui doit diriger ou qui doit être candidat, etc.

OUVERTURE, devrait être aussi une autre valeur clé de l’affirmation de ce mouvement. Non, pas ouverture au sens opportuniste politique tel que nous l’a montré le Président Sarkozy lors de la composition de ses premiers et second gouvernements. Ouverture d’esprit. On t’accepte, tu n’as pas le même parcours que nous, tu n’as pas les mêmes références que nous, mais tu partages les mêmes valeurs que nous. Alors, bienvenue parmi nous !

COMBAT politique et combat militant. Car outre l’aspect « festif » de lieu de rencontre et d’échanges, l’intérêt d’une section, a fortiori d’une section universitaire est de permettre d’organiser une riposte contre les adversaires politiques, en faisant remonter nos opinions, nos débats nos réflexions au niveau national.

INGENUES sont parfois nos réflexions. Ce qui est normal, car nous ne sommes pas des professionnels, nos champs de disciplines, de formations ne nous permettent pas toujours d’avoir une réponse claire et tranchée pouvant être transmise à "l’état-major". Mais, si elles sont ingénues, nos réponses, nos commentaires n’en demeurent pas moins construits, réfléchis, analysés.

ADVERSAIRES est aussi un mot-clé propre au militantisme politique et syndical. Adversaires politiques, de la majorité ou de l’opposition. Nos débats, nos réflexions, doivent permettre au quidam d’adhérer à nos opinions, à celles défendues par notre parti, plutôt que d’aller voir nos adversaires.

LIBERTE d’expression est un élément essentiel à la vie démocratique d’une section. Liberté de parole, liberté d’opinion, liberté de chapelle. Il n’y a pas un leader unique, monopolisant toute l’attention à lui, toutes les idées, toutes les discussions. Il y a DES leaders ! Chacun est leader de la section, parce que chacun a ou peut avoir son opinion qui va permettre de faire avancer le débat, la réflexion.

IMPORTANCE des débats, des réflexions, parce qu’il s’agit d’un travail sérieux. Ce n’est pas un lieu de jeux, c’est un lieu d’échanges. C’est par l’importance et le sérieux, puisque ces deux notions vont de pair, que la section va pouvoir s’illustrer, que l’état-major national prendra mieux en compte nos discutions.

SOCIAL sous entend socialisme. C’est de la révolte sociale qu’est né le socialisme. Comme le disait Léon Blum déjà en 1929. « Le socialisme est né de la conscience de l’égalité naturelle, alors que la société où nous vivons est toute entière fondée sur le privilège. Il est né de la compassion et de la colère qui subsiste en tout cœur honnête qui trouve le spectacle intolérable. Il est né du contraste à la fois scandaleux et désolant, entre le faste des uns et le dénuement des autres. » Dès lors, un combat social doit être mené. « On est socialiste à partir du moment où l’on se refuse la configuration actuelle des faits économiques comme nécessaires et éternels. A partir du moment où l’on a cessé de dire que c’est l’ordre des choses ; à partir du moment où l’ordre des choses est en contraction flagrante avec la volonté de justice, d’égalité, de solidarité qui vit en nous. »

TRAVAIL efficace ! Discutions, débats et rédactions de textes de blog, de propositions, de contributions. Bref, tout un ensemble incarnant le travail du militant dans les sections s’est présenté à moi. Un travail en relation avec la valeur travail chère à nos amis économistes, accompagnée d’une efficience élevée pour mettre en exergue les contradictions et les incohérences du programme de politique économique de la droite ; pour proposer et militer pour des pistes de réformes socialistes à l’économie générale de la France.

EFFICACITE du travail produit ! Sans commentaire supplémentaire ! La démonstration ayant déjà été réalisée dans le paragraphe précédant. Le but ultime des idées du militant est de voir ses idées reprises au sein du projet global de son parti ; du parti où il fonde toutes ses espérances.




C’est pourquoi, je suis fier d’être socialiste.

Benjamin Hébert

Author: "Benjamin Hébert" Tags: "Rénovation militante"
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Date: Wednesday, 17 Sep 2008 23:11

Dans un article publié sur le site Mediapart, Jade Lindgaard revient sur la crise des sciences humaines en France et ses manifestations concrètes au sein du CNRS - mise au pas de la direction de cette branche de l'institut. Micro-phénomène interne à la vénérable institution ou incident révélateur d'un climat global de régression culturelle et de rejet de la pensée critique ? Claire Lemercier et Blaise Wilfert, deux chercheurs en histoire militants de la section Jaurès ENS, donnent leur point de vue.

Pour Claire,"l'article fait fort bien le point sur la situation. La pyramide des âges en SHS (sciences humaines et sociales" est particulièrement défavorable : plus de la moitié des chercheurs et enseignants-chercheurs partiront en retraite d'ici 5 ans, et simplement en ne les remplaçant pas tous, on peut tuer le domaine très facilement. Deux parties des SHS sont particulièrement puissantes dans les cabinets de droite, et ça se voit dans ce qui se passe : (1) une certaine partie réductionniste de l'économie et des sciences cognitives, qui se voient offrir un tiers du futur Institut et son leadership intellectuel (2) la partie rétrograde des "humanités" (confere Darcos), i.e. l'histoire à la Stéphane Bern, la littérature à la d'Ormesson, etc. Qui tire en fait son épingle du jeu malgré l'hommage officiel aux sciences dures. Et qui est perdant ? Les sciences sociales au sens large. Vu que leur fonction est notamment critique, ce n'est pas trop étonnant...".

Pour Blaise, il ne faut pas être naïf, mais bien voir dans ces pseudo-faits divers les conséquences d'un projet politique tout à fait clair : "je m'étonne, même si je suppose que c'est tout rhétorique, que tant d'auteurs posent encore la question : qui veut la peau des SHS ? C'est clair, il me semble, pourtant; c'est l'UMP, et ce depuis des années, depuis en fait le milieu des années 1990. Et ils sont à la manœuvre sur le sujet depuis 2002, de manière très régulière. Avec simplement une méthode - le faire, ne pas en parler. Encore une fois, regardons les cabinets ministériels. Ce sont au mieux des chercheurs en sciences dites dures, et le plus souvent en fait des hauts fonctionnaires ou des ingénieurs issus des grandes écoles scientifiques. C'est la France des maths sups, à peu près exclusivement. D'où aussi l'urgence pour nous, il me semble de tenter de replacer systématiquement les sciences sociales et humaines au centre du débat, et pas sur le mode pratiqué par le PS (une commission fait venir des chercheurs pour les auditionner sur tel ou tel point, ou faire des notes pour un candidat ou son équipe, ou pour coacher la candidate). Il s'agit de reprendre le débat de fonds et la production d'idées en les travaillant immédiatement à la jointure entre science et politique, et donc de recommencer à construire une hégémonie culturelle et intellectuelle''".

Pour mémoire, ce n'est pas la première fois que le gouvernement soulève un tollé en attaquant frontalement les sciences humaines et sociales, où même plus largement la culture (critique) : les tentatives de réduction du programme scolaire aux "fondamentaux", les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l'inutilité pour l'État de financer des chaires universitaires sans utilité pratique immédiate tendent à dessiner les contours d'une offensive idéologique lourde, et identifiable, contre tout ce qui ne va pas dans le sens d'un enseignement et d'une recherche directement connectés aux besoins supposés du monde du travail et/ou restant dans les sentiers bien battus de l'académisme le plus frileux.

jeanjaures.online

Author: "jeanjaures.online" Tags: "Enseignement"
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Date: Sunday, 31 Aug 2008 23:14

charlotAu mois de juillet dernier, le Parlement mettait fin à la durée légale de travail hebdomadaire de 35 heures. Augmenter la durée du temps de travail aura peut-être des effets positifs sur la productivité des entreprises. Les cadres qui travaillaient plus de 217 jours par an pourront enfin se faire payer leurs jours de travail supplémentaires. Les ouvriers auront quant à eux la chance extraordinaire de travailler plus pour gagner plus !

Je ne suis toutefois pas sûr que les salaires suivent avec l’augmentation du temps de travail, peut être dans un premier temps, mais par la suite les entreprises vont probablement aligner les bas salaires selon les règles du marché.

Par ailleurs, les inégalités entre les entreprises qui savent être compétitives avec les 35 heures et celles qui ont besoin de faire travailler 40 heures leurs salariés pour être compétitives, vont se creuser. Les premières paieront les charges sur toutes les heures travaillées alors que les secondes en seront partiellement exonérées. Je ne rentrerai pas plus avant dans ces détails, n’étant pas un expert en économie, mais je vais revenir sur le travail à l’usine que les ministres du gouvernement et les parlementaires ne semblent pas connaître, et vous faire part de mon expérience de travail à la chaîne en usine de construction automobile.

Le travail à la chaîne n’exige pas vraiment de capacité physique et par conséquent il est accessible au plus grand nombre. Les opérations difficiles sont réalisées avec des machines. Les pièces à assembler sont donc relativement légères et s’assemblent les unes aux autres assez facilement. Mais bien que j'aie porté des gants et des genouillères, j’ai souffert de douleurs intenses aux genoux et aux doigts après une semaine de travail seulement ! Un certain nombre des ouvriers qui travaillaient avec moi ont été confrontés à cette pénibilité du travail. A la douleur physique s’ajoutent les traumatismes psychologiques. Le travail est répétitif et les réflexes reviennent une fois le travail terminé. Certes le travail à l’usine est plus facile de nos jours, mais ce métier n’a rien à voir avec la vie palpitante d’un ministre.

Après une telle expérience, on peut comprendre le refus des ouvriers de l’industrie des pneumatiques de faire les quatre huit dans certaines usines. Souvent la résignation gagne les ouvriers parce qu’ils ont peur de perdre leur emploi et je crois qu’en pratique, ils n’auront pas vraiment le choix entre travailler plus et rester aux 35 heures. L’entreprise et ses actionnaires auront sûrement plus à gagner que les ouvriers eux-mêmes. Et peut-être serait-il bon que les parlementaires de l’UMP aillent travailler un peu à la chaîne pour se rendre compte de la pénibilité de ces métiers ?

Je comprends parfaitement que la Parti Socialiste ne puisse pas répondre tout de suite à ces attaques sociales, parce qu’il n’est plus au pouvoir depuis 2002 et qu’il a besoin aujourd’hui de se mettre en ordre de bataille en vue du congrès de Reims pour préparer les prochaines élections, faire émerger un projet d’avenir et défendre les Français de la déréglementation du marché du travail. Mais en tant que socialistes, nous devons refuser l’idée selon laquelle la politique doit répondre aux seules exigences économiques de nos entreprises. Notre but est de faire émerger un projet qui tienne compte de la spécificité de chaque métier et qui soutienne les ouvriers dans leur quotidien à l’usine.

Jérôme Meyer

Author: "Jérôme Meyer" Tags: "General"
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Date: Monday, 18 Aug 2008 23:57

PSComme beaucoup de personnes se reconnaissant de gauche, mon engagement politique vient notamment de la conviction que l'intérêt général ne se réduit pas à une somme d'intérêts particuliers, voire y est contradictoire. Pour être plus clair, si chacun cherche à satisfaire son intérêt, cela n'aboutit pas à satisfaire au mieux l'intérêt de tous. J’imagine qu'un exemple donnera une bonne idée de ce que j'entends par là : prenons le temps de travail.

L'intérêt de l'employeur est de faire travailler plus son salarié, l'intérêt du salarié est de garder un travail dans un univers compétitif en proie au chômage, et même le consommateur y gagne, lui qui choisit des produits selon leur prix, sans trop savoir quel dumping social se cache derrière. La conjonction d'intérêts particuliers conduit à ce dumping social, auquel s'oppose la gauche qui tient à l'existence de régulations (dans ce cas, une durée légale du travail), qui favorisent quand à elles l'intérêt général. Qui voudrait en effet d'une société où chacun doit travailler toujours plus que son voisin, sous peine d'être mis à la porte, et où chacun devrait choisir entre avoir un emploi et une vie de famille ?

C'est pourquoi la gauche ne souhaite pas que le marché, promoteur d'intérêts particuliers, soit libre de tout régler à lui seul, et tient à le réglementer.

Et si la gauche promeut l'intérêt général dans la société française, il est naturel que chaque socialiste place l'intérêt (général) de son parti avant l'intérêt (particulier) de son courant et de sa personne. C'est en tout cas ce que j'espérais, et je ne pense pas avoir été le seul. Le PS aurait besoin dans ce congrès (comme le rappelle J.M. Ayrault), d'être uni, d'entamer un réel travail de réflexion aboutissant à un futur projet, et de choisir ses dirigeants, le tout afin de pouvoir un jour gagner des élections.

Au lieu de cela, le PS (ou plutôt ses dirigeants) est moins audible que jamais, ne fait pas son travail d'opposition et de proposition (le MODEM et la LCR incarnent désormais à eux seuls l'opposition à ce gouvernement), et si personne ne connaît les positions des socialistes, tout le monde sait parfaitement que Untel déteste Unetelle (et réciproquement), et que machin va peut-être s'allier à bidule pour contrer un troisième larron.

En fait, j'ai comme la désagréable impression que chacun (à commencer par ceux qui disent vouloir s'occuper de fond et surtout pas de questions de personne) se préoccupe avant tout de trouver comment constituer une alliance qui dépasse de justesse les 50% des militants, avec comme critère essentiel que la … bonne personne soit promue au premier secrétariat.

Cela aboutira certes sans doute à des alliances, à des convergences, car chacun à intérêt à se trouver dans la future motion majoritaire. Mais ces rapprochements se feront selon l'intérêt propre de chacun – et la somme des intérêts particuliers ne fait pas l'intérêt "général".

Mais si l'objet de ce billet est de pester contre des congressistes décevants, je dois aussi admettre, à leur décharge, que les médias ne leur facilitent pas la tâche : ils ne se lassent pas, en effet, de relater les confrontations d'intérêts personnels, et les rares fois où ils parlent de "fond", c'est pour se demander si le PS s'est enfin "modernisé" (ce que l'UMP « a fait depuis longtemps », eux qui justifient toutes sortes de déréglementations par l'adage couperet selon lequel "le monde change, et il faut s'adapter", fatalisme du fait accompli qui semble définir aux yeux de certains la notion même de modernité politique).

Le plus amusant étant que pour juger de cette "modernisation", les médias cherchent un regard extérieur au PS, au point que c'est le porte parole de l'UMP ou l'éditorialiste du Point qui décident si telle déclaration de principe constitue bien la modernisation tant attendu du PS.

Mais le plus choquant, dans cette histoire, reste la façon dont l'UMP entend peser sur ce congrès, par une vaste campagne de dénigrement de l'ancienne candidate ("cette opposante me va très bien", "c'est un gamine dans une cour d'école", etc.). Jeu subtile, car je ne sais même pas si cette campagne vise à la renforcer au sein du PS (car critiquée par la droite), à la discréditer, où à lui faire occuper l'espace pour empêcher d'autres personnes d'émerger au PS.

Peut-on encore espérer un congrès général, qui ne serve pas que les intérêts particuliers ?

Sébastien Leurent

Author: "Sébastien Leurent" Tags: "General"
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Date: Wednesday, 16 Jul 2008 16:36

Mme la Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, souhaite interdire la vente d'alcool aux mineurs (actuellement, il est possible d'en acheter à partir de 16 ans), supprimer les open bars dans les soirées étudiantes, et prendre un certain nombre d'autres mesures destinées à lutter contre la consommation excessive d'alcool chez les jeunes. Fort bien.

En tant que buveur invétéré de jus de tomate (avec un peu de paprika, svp), je ne puis que me réjouir en général des mesures prises pour l'amélioration de la santé publique. Mais il y a quand même deux ou trois choses qui me dérangent dans ce projet.

Passons sur le fait que la pratique du "binge drinking" (boire le plus possible, le plus vite possible, dans le seul but d'être ivre), tant décriée par Mme Bachelot, nous vient de pays avec des législations draconiennes sur la question (l'Angleterre et les Etats-Unis en particulier) ; les jeunes de ces pays sont d'une sobriété de chameau jusqu'à 17 ans et 364 jours (ou 20 ans.. etc, ne chipotons pas), puis se mettent à boire comme des trous. Passons également sur le fait que les politiques les plus réussies en Europe de lutte contre l'alcoolisme reposent sur une logique de prévention et d'information, associée à une consommation relativement précoce mais modérée (je pense en particulier à la Grèce).

Non, ce qui me dérange, c'est la tournure outrageusement "anti-jeune" de ce programme. L'alcool est impliqué dans plus de la moitié des accidents de la route mortels et dans une part encore plus grande des violences contre les personnes (notamment les violences domestiques), ce qui en fait au passage une nuisance sociale bien plus grande que le cannabis par exemple ; on pourrait donc penser que l'enjeu dépasse la consommation des adolescents et les soirées étudiantes. Mais de l'honnête père de famille qui abuse du bourbon, il ne sera pas question (on notera au passage que le père de famille, même un peu trop porté sur l'usage du ceinturon, ne saurait recevoir d'autre adjectif que "honnête", tandis que le jeune a souvent tendance à être "délinquant", ou au moins "de banlieue"). On ne parlera pas non plus des publicités pour le pastis et Johnnie Walker qui s'étalent dans le métro. Quant à envisager une taxation sur les produits alcoolisés comparable à celle que subit le tabac, n'y pensons même pas, ce serait porter atteinte à l'un des secteurs les plus prestigieux de notre économie nationale.

Au fond, la logique est la même que dans le projet de service civique obligatoire : on part de l'observation d'un problème social général – ici l'alcoolisme, là la montée de l'individualisme et la déchirure du tissu social (dont on pourrait discuter, mais c'est un autre sujet) -, mais comme les politiques sociales de grande envergure coûtent cher et touchent toujours d'une façon ou d'une autre aux intérêts d'un groupe de pression ou de certains électeurs, on se restreint à la stigmatisation des jeunes qui n'ont pas de groupes de pression et ne votent pas (ou alors pour la LCR). De toute façon, on sait bien que si la société va mal, c'est de leur faute. Bande de petits cons.

Bref, haro sur les ados. Et au passage, comme moi j'ai plus de dix-huit ans (et même plus de vingt-et-un, d'ailleurs), Gérard, la même chose ! Et cette fois n'oublie pas le paprika !

Author: "Florent Buisson" Tags: "General"
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Date: Tuesday, 08 Jul 2008 20:52

ingridL'émoi qui a accompagné la libération d'Ingrid Betancourt a permis de voir fonctionner avec une grande netteté un certain nombre de mécanismes de la sphère médiatique, et plus particulièrement de son rapport au politique. Évacuons d'emblée l'aspect strictement humanitaire et humain de la chose – une femme a été libérée après un long et douloureux emprisonnement, et l'on ne peut que s'en réjouir. Toute discussion à ce sujet est inutile. Mais l'écrasement de ce que l'on peut appeler l'affaire Betancourt sur cette seule dimension humaine est tout autant à proscrire ; la dimension symbolique, politique, médiatique de l'événement nous intéresse et mérite d'être discutée.

Paradoxe, tout d'abord : de cette histoire éminemment politique est donnée une lecture principalement émotionnelle, bien sûr, mais surtout éminemment apolitique.

Rappelons qu'Ingrid Betancourt est une sénatrice colombienne, enlevée par la guérilla marxiste locale dans le cadre de sa candidature à l'élection présidentielle de 2002. Le principal protagoniste du feuilleton de sa libération, le président de droite populiste Alvaro Uribe, est à la fois plébiscité par les Colombiens et suspecté de relations troubles avec les cartels de la drogue et les milices para-militaires d'extrême-droite. Le contexte explicatif est donc non seulement politique, mais aussi particulièrement complexe, et se prête moins que nulle part à une lecture manichéenne. C'est pourtant à une lecture plus invertébrée encore que se sont prêtés les médias, notamment la presse grand public ou non spécialisée telle que Elle ou Paris Match, en gommant purement et simplement toute approche un tant soit peu rationnelle de la libération de l'égérie de la place de l'Hôtel de Ville. Aucun sens, autre que strictement franco-français (victoire ou défaite pour Sarkozy ?), n'est donné à cet événement, ni au recul des FARC, et à ce qu'il pourrait signifier pour la politique locale. Il est vrai que dans cette histoire, il n'y a pas de clairs méchants, ni de gentils irréfutables. Alors plutôt que de rentrer dans la nuance, on préfère raconter à la place des histoires plus identifiables, et plus compréhensibles – ou jugées comme telles. En laissant suinter au passage, pour la forme, un anti-communisme primaire, via les descriptions complaisantes de ces guérilleros pouilleux, sordides, incultes et illettrés, cousins plus âgés des enfants soldats du Libéria, et soutenus par l'infâme Chavez.

C'est sur ce travestissement initial qu'est construit l'« objet » Betancourt, pour répondre aux besoins du moment et de la période. Nimbée de la dose d'exotisme estival de rigueur (la Colombie et la jungle), Ingrid Betancourt, parée de toutes les vertus (une « héroïne », dixit Elle), est forte d'une identité multiple, « métissée » (patronyme bien français, traits indiens, prénom sans origine assurée), globalisée. On lui promet sans attendre le prix Nobel de la paix. Elle alterne sur les photos treillis de GI Jane, lors de sa sortie de l'avion, et blancs atours christiques lors de son déjeuner multi-rediffusé avec Dominique De Villepin. On évoque les « humiliations » et « sévices » dont elle a été victime avec une hypocrisie de tartuffe, laissant planer l'insinuation du viol, et jouant sournoisement sur le fantasme de la bourgeoise malmenée. Invitée d'honneur du 14 juillet, photographiée, filmée, sans doute bientôt druckerisée et biographiée, Ingrid Betancourt ne s'appartient plus vraiment à elle-même (même si elle a fait preuve d'une grande habileté dans ses déclarations post-libération), étrange objet d'une fétichisation dont les fondements étaient depuis longtemps en place, mais qui explose désormais avec son retour sur le territoire national.

La saison et le moment sont sans doute tout sauf étrangers à cette mise en scène, au sens premier du terme. La période estivale, et les premières chaleurs, correspondent souvent à un moment de respiration de l'opinion, à un besoin de communion nationale et de consensus collectif, qui trouve pour s'exprimer les moyens et les voix qu'il peut. Le football et le sport peuvent assouvir ce besoin, comme en 1998 et 2006 ; 2008 donne lieu à un supplément d'âme, avec le vernis humanitaire et héroïque qu'apporte Ingrid Betancourt. Combinant attributs traditionnellement masculins (le courage physique, la résistance psychique) et féminins (son apparence soignée, son combat pour la paix), la sénatrice franco-colombienne est en fait très semblable aux héroïnes des grandes sagas télévisées de l'été, et remplit sans doute, à peu de choses près, la même case, et dans les grilles de programmation TV, et dans l'esprit des téléspectateurs.

Plusieurs leçons peuvent être tirées de ces constats. Tout d'abord, le recul inquiétant – mais qui n'a rien de nouveau – du registre critique chez les prescripteurs de l'opinion publique, chez ce qu'on pourrait encore appeler le complexe médiapolitique. Complexe qui obéit de plus en plus à des pulsions endogènes – comment créer des phénomènes d'opinion, comment ne pas être à la traîne sur les autres prescripteurs, comment être au premier rang de la saturation de l'actualité. Ensuite, l'écrasement de la nuance politique, ou même de la raison, sous le vernis fallacieux de l'évidence indiscutable – la violence avec laquelle ont été accueillies les déclarations, certes maladroites, de Ségolène Royal quant au faible rôle de la France dans la libération, témoigne de la force de cette gigantesque pulsion de consensus ; consensus forcé qui, on en conviendra, est par essence l'ennemi de la démocratie. Mais enfin, et plus que tout, c'est l'effacement du sens de la mesure qui doit inquiéter les démocrates et partisans d'une sphère médiatique de qualité. Comment justifier l'importance surdimensionnée accordée à cet épisode, alors que d'autres actualités bien plus brûlantes, comme le contenu scandaleux de la Convention nationale de l'UMP de samedi (qui a tourné au concours d'injures contre l'opposition), ou le débat européen sur l'immigration, sont traitées par-dessus la jambe, ou sans l'éclairage et la surface nécessaires ? Dans ce renversement de l'échelle des priorités se joue un peu la dépolitisation de l'espace public.

On aurait aimé entendre des responsables politiques ou médiatiques mettre le holà à cet emballement irrationnel. On aurait aimé entendre des journalistes sortir de leur anesthésie pour s'étonner que Nicolas Sarkozy soit prêt à accueillir des FARC en France dans le cadre d'une négociation pour la libération d'Ingrid Betancourt, alors que l'on expulse en même temps les activistes italiens Marina Petrella et Cesare Battisti. On se permettra juste d'émettre le vœu pieux, alors que la restructuration du service public audiovisuel est à l'ordre du jour, d'une information qui redevienne un vrai contre-pouvoir et le garde-fou de la démocratie, d'une information, d'une presse, qui cessent d'être un motif de honte et de dépit pour celle-ci.

Romain Pigenel

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Date: Tuesday, 01 Jul 2008 11:43

L'information est peut-être passée inaperçue pour pas mal de gens, mais il parait que l'Irlande aurait voté non au traité de Lisbonne. J'étais alors en Pologne, avec d'autre étudiants/physiciens européens, et on ne peut vraiment pas dire que la question ait beaucoup fait parler (surtout comparé à l'euro de football). Il semble bien hélas que les européens portent désormais un regard étranger, voir passif sur l'Europe, comme résignés devant une évolution qui semble leur échapper. On entend dans toutes le bouches que l'Europe s'est coupée de ses citoyens, et le désintérêt pour les résultats référendaires le confirme à mes yeux, augurant d'un belle percée Besanceniste aux Européennes.

Les symptômes en sont nombreux, et les responsabilités partagées. Mais le problème essentiel est à mes yeux l'absence d'horizon, de projet bien identifié : la paix n'est plus en danger sur le vieux continent, et elle ne justifie plus la construction Européenne. Les objectifs de libre échange et de libre circulation atteints, l'Europe ne peut plus améliorer grandement nos économies sans contreparties. Les politiques communes mises en oeuvre (PAC, soutien à la culture et à la recherche) posent des problèmes de financement pouvant opposer les différents pays. Dès lors, nul ne sait quels chantiers l'Europe peut porter...

Aussi je m'interroge sur les remèdes à cette situation : faut-il enfin ressortir l'idée de plusieurs zones concentriques: une Europe politique (défense, SMIC, fiscalité), une autre purement marchande ? En espérant que chacune soit plus cohérente que la zizanie actuelle où chaque traité a ses dérogataires (Schengen, Euro, PAC, Charte des droits fondamentaux)...

Faut-il se contenter du cadre actuel et se focaliser sur des projets industriels, espérant qu'ils redonnent goût à l'Europe ?

Ou faut-il promouvoir des symboles (hymne, drapeau, et pourquoi pas des médias européens) pour générer un sentiment d'appartenance européen ?

J'admets une certaine préférence pour la première réponse, considérant en tout cas que l'évolution institutionnelle ne doit pas être un passage en force du traité de Lisbonne, déni de démocratie qui ne ferait que dresser encore un peu plus les européens contre leurs dirigeants. Il me semble toutefois tout aussi fondamental de travailler à l'apparition d'un sentiment d'appartenance européen, enjeux dont on oublie souvent l'importance.

Quelles que soient les solutions retenues, le but est avant tout que les citoyens se saisissent enfin de la question Européenne, et on ne peut qu'espérer que la présidence française y contribue (malgré ses objectifs contestables : beaucoup sur les migrations et très peu sur le social).

Pour revenir au sujet initial, force est d'avouer que l'intérêt et l'implication des citoyens pour l'Europe ne seront pas aisé à susciter, mais ils sont indispensables pour que l'Europe reflète les attentes de ses habitants, dans son exercice des pouvoirs qui lui sont confiés. Un beau combat à mener pour juin 2009 ...

Sébastien Leurent

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Date: Sunday, 29 Jun 2008 20:15

3.1. Une philosophie générale de l'immigration

Les socialistes doivent résolument sortir de l'oscillation sans issue entre position répressive totale – "l'immigration zéro" ne peut, ni ne doit, devenir une réalité - et angélisme ignorant des réalités concrètes de l'immigration. La cohésion sociale, et la notion même d'État de droit, nous interdisent de prôner, en l'état actuel du monde, une disparition des frontières ou une régularisation automatique et immédiate de toute personne souhaitant résider en France. Pour autant, il est illogique et absurde de vouloir cadenasser l'entrée de notre territoire, alors même que nous soutenons la libre circulation des biens et des capitaux. Il faut reconnaître un droit à la circulation des personnes, ainsi qu'un droit corrélatif à vivre là où on le désire, si tant est que l'on respecte les critères d'entrée légaux définis par le pays d'accueil.

Cette conception générale est à la fois la transcription des valeurs internationalistes du Parti socialiste, et la reconnaissance de la réalité économique et sociale de l'immigration. Si elle est convenablement réglée, l'immigration profite aux pays émetteurs, par les transferts de richesse opérés en retour par les travailleurs émigrés et par l'élévation du niveau - et de l'effort - d'éducation produit par la motivation à émigrer : c'est ce que les économistes appellent l'effet "brain gain". Elle profite aussi aux pays d'accueil, par le gain en compétences, en capital intellectuel, et en main-d'œuvre dans les secteurs en tension.

3.2. Définir des critères de régularisation des étrangers

Sans aller jusqu'à vouloir régulariser tous les sans-papiers présents sur le territoire (ce qui ne serait pas viable comme politique à long terme), notre réflexion nous a amené à définir des critères de régularisation que nous avons voulus suffisamment larges. Nous pensons que ces critères doivent être regroupés autour de trois grandes thématiques : la famille, la durée de résidence en France et le travail.

La situation familiale est un élément important. L'expulsion d'enfants scolarisés ne doit plus être tolérée, car elle conduit à des drames humains inutiles. Nous pensons qu'il ne faut pas renvoyer les familles, pour les raisons mentionnées précédemment.

Le travail est également un facteur important, parce qu'il est source d'intégration. Nous devons accentuer les régularisations des travailleurs clandestins en accord notamment avec le patronat, comme ce fut le cas en Espagne, et comme cela pourrait l'être en France, comme le prouve le récent mouvement des travailleurs sans-papiers d'Île-de-France. Le principe de régulariser toute personne ayant un contrat de travail ou une promesse d'embauche pourrait même être étendu sous certaines conditions aux étrangers qui souhaitent venir en France. En 1981, le gouvernement Mauroy avait décidé de régulariser tous les sans-papiers pouvant justifier d'un contrat de travail. Sur 150 000 dossiers déposés, la France avait procédé à 130 000 régularisations.

Le dernier élément à prendre en compte est la durée de vie en France. Une personne ayant vécu de nombreuses années en France, 2 ans ou 5 ans par exemple, ne devrait plus être inquiétée. Le projet du Parti Socialiste et le pacte présidentiel proposaient de réinstaurer la règle des 10 ans pour une régularisation systématique. En 1998, les lois Chevènement avaient ainsi permis 80 000 régularisations de personnes intégrées : étudiants, marié(e)s à un(e) Français(e) ou parent d'enfant français... Pour résumer, nous précisons la 100e et dernière proposition du pacte présidentiel : "Régulariser les sans-papiers à partir de critères fondés sur la durée de présence en France, la scolarisation des enfants et la possession ou la promesse d'un contrat de travail."

Mentionnons également le droit d'asile qui ne doit pas rentrer dans le cadre de l'immigration économique ou par regroupement familial. Dans ce cas, il nous paraît judicieux de définir également des critères permettant d'obtenir le droit d'asile. En particulier, les migrants de régions en guerre comme l'Irak, l'Afghanistan ou le Darfour devraient obtenir facilement le droit d'asile. Chaque année, une liste de pays pourrait être établie pour accorder plus rapidement le droit d'asile à leurs ressortissants. Actuellement ce sont seulement quelques 15 à 25% des 60 000 demandes de droit d'asile qui sont acceptés chaque année. Le statut de réfugié politique pourrait également devenir plus facile à obtenir sous ces conditions.

3.3. Assouplir les procédures administratives de régularisation

La dureté des critères et des procédures de régularisation est doublement inefficace et contre-productive. Elle éloigne, décourage et effraie les travailleurs les plus qualifiés, qui préfèrent faire "jouer la concurrence" et s'en aller vers des cieux plus cléments (Canada notamment), sans pour autant empêcher les travailleurs moins qualifiés de venir en France clandestinement.

Nous pensons donc qu'il faut au contraire faciliter l'obtention pour les étudiants d'un visa longue durée, alors que pour l'instant il doit être renouvelé tous les ans. Après l'obtention d'un diplôme, les étudiants étrangers devront avoir la possibilité de rester 3 à 5 ans en France pour une première expérience professionnelle.

Les travailleurs, les chercheurs et les artistes qui viennent en France pour raison professionnelle doivent bénéficier de beaucoup plus larges facilités en matière d'octroi de visa et d'autorisations de travail. Les travailleurs étrangers hautement qualifiés doivent être autorisés à venir chercher du travail pendant une durée déterminée sans exiger qu'ils soient en possession d'un contrat de travail ou d'une proposition d'embauche. Les travailleurs devraient bénéficier de visas renouvelables tous les 5 ans, et non plus annuellement.

Nous pensons que cette mesure doit s'appliquer aux travailleurs qualifiés et hautement qualifiés d'une part et aux travailleurs dans les domaines en pénurie de main-d'œuvre d'autre part. En effet, les secteurs dans lesquels la France a le plus besoin d'étrangers sont en partie ceux où la pénibilité du travail est importante, mais qui ne nécessitent pas forcément beaucoup de diplômes. Un informaticien et un ouvrier du BTP correspondraient par exemple à ces catégories de travailleurs. Par ailleurs, la définition des ressources humaines requises doit davantage se faire par compétences que par profession figée, pour être au plus près de la réalité des besoins et de l'offre.

De manière générale, les contraintes doivent également être relâchées sur les travailleurs moins qualifiés. Ne vouloir accueillir que les "meilleurs" est un objectif myope : les travailleurs moins qualifiés transfèrent plus de fonds vers leur pays d'origine et contribuent donc plus fortement que les travailleurs très qualifiés au développement des pays émetteurs. C'est donc agir pour le co-développement que de les accueillir plus largement. Le marché des transferts de fonds pourrait être ouvert à une plus large concurrence, les frais actuellement retenus sur les transferts étant bien trop élevés. Le service public pourrait également contribuer à ces transferts d’argent.

Il restera toutefois des clandestins non régularisables. En 2004, 64 200 arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière ont été pris. Pour cette catégorie, l'administration devra faire part d'une certaine souplesse, et de clémence. Elle laissera un délai aux personnes susceptibles de répondre aux critères de régularisation avant de les expulser. Ce délai supplémentaire de six mois par exemple devrait permettre aux clandestins de trouver un emploi et d'être régularisés. Un statut juridique, de type visa temporaire, devrait être accordé pendant cette période. Les quotas d'immigrés à expulser devront être officiellement et concrètement proscrits. Sans renoncer complètement aux reconduites à la frontière, la France devra se doter d'une politique de reconduite plus ciblée sur des adultes jeunes et sans famille, et vers des pays en paix.

En ce sens, le projet présidentiel socialiste suggérait de "de construire un partenariat avec les pays d'origine fondé sur le co-développement, l'immigration partagée, en multipliant les possibilités d'aller et retour, en favorisant l'investissement dans les pays d'origine mais aussi avec la signature d'accords de réadmission des immigrants illégaux dans les pays d'origine." La 98e proposition du pacte présidentiel souhaitait renforcer la mobilité des immigrés et ainsi "instituer un visa permettant des allers-retours multiples sur plusieurs années, afin que les migrations s'adaptent aux besoins réels du marché du travail." Nous pensons également que de tels partenariats doivent être mis en place, mais avec une double exigence d'efficacité économique et éthique. Économique : les aides aux associations locales, comités de village, susceptibles d'être utilisées au plus près des nécessités réelles et locales, doivent être privilégiées et venir en appui des transferts de fonds effectués par les travailleurs émigrés. Éthique : la plus grande fermeté doit être de mise pour faire progresser ces pays, quand cela est nécessaire, sur la voie de la démocratie, car les gouvernements et l'émigration des classes moyennes et émergentes, pour préserver leurs propres acquis.

3.4. Accompagner les politiques d'immigration

Si nous régularisons les immigrés en France, il faut revoir, renforcer et faciliter l'intégration des étrangers. Un effort prioritaire doit être fait, tout d'abord, pour les enfants, leur scolarisation et leur apprentissage du français. Les parents seront également invités à apprendre le français dans des structures adaptées, où ils pourront s'informer de la législation française et des services auxquels ils ont accès. A situation familiale et économique égale, les enfants d'immigrés réussissent généralement au moins aussi bien que les nationaux.

Parallèlement, et pour éviter l'effet "brain waste", une politique d'insertion, de requalification et de formation doit être menée en faveur des immigrés légaux ou en voie de régularisation. Trop souvent ces migrants sont employés en-dessous de leurs qualifications réelles, par non-compatibilité des diplômes, ignorance ou calcul des employeurs. L'ANPE, l'APEC et les AFPA doivent mener une politique résolue en ce domaine, par exemple en s'installant dans les structures évoquées ci-dessus. Parallèlement, la politique de coopération et de certification éducatives doit être poursuivie, par exemple en associant un maximum de pays émetteurs au système "LMD", pour une véritable reconnaissance des diplômes étrangers.

Nous suggérons une répression forte du travail au noir pour éviter une trop forte précarisation, source de problèmes sociaux, et pour ne pas laisser impunis les employeurs qui en profitent. L'effort de l'Inspection du travail - dont les moyens doivent être manifestement renforcés - ne doit pas se cantonner à la répression des sous-traitants, mais se tourner aussi résolument vers les donneurs d'ordre - les grands groupes du BTP, par exemple – qui bénéficient en bout de chaîne de tous les bénéfices de ce travail non déclaré (coûts amoindris, gains de productivité), tout en déléguant le risque pénal aux petites entreprises qui travaillent pour eux.

Il faut en outre impérativement lutter contre la ségrégation spatiale des immigrés. Il nous paraît donc nécessaire de mettre en œuvre des politiques d'urbanisation et de logement social, d'éviter la création de ghettos, en agissant selon une logique de décongestionnement. Il est évident que la concentration dans les mêmes quartiers d'immigrés de première génération, d'enfants d'immigrés et de citoyens déclassés ou marginalisés ne peut que produire misère sociale et racisme.

La question du vote des étrangers, aux élections locales voire nationales, et de l'acquisition de la citoyenneté doit enfin être clairement posée : l'une comme l'autre ne doivent plus être conditionnées à la nationalité. Le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales était déjà l'une des 110 propositions de Mitterrand en 1981. Les pays scandinaves et la Belgique l'accordent au bout d'un certain nombre d'années de résidence et l'Irlande l'applique sans contrainte de temps. Il est grand temps que la France progresse sur cette voie.

La régularisation implique néanmoins des questions nouvelles à résoudre. Les conditions d'accès à la protection et aux aides sociales doivent encore être définies. Les étrangers venant s'installer en France y auraient-ils automatiquement droit ? Accorder à tous une protection sociale est-il possible ? L'accès à la santé nous paraît indispensable : c'est d'ailleurs déjà le cas pour les clandestins qui disposent de la CMU. En revanche, il nous paraît possible de conditionner l'accès au RMI et aux aides sociales à l'acceptation d'un premier emploi.

Entre la politique d'expulsions médiatique de Nicolas Sarkozy et l'ouverture complète des frontières, la section socialiste de l'ENS propose ainsi de définir une politique réaliste et positive sur l'immigration, en définissant des conditions de régularisation satisfaisantes, en défendant une politique d'accompagnement et en proposant des pistes pour améliorer leur intégration.

Cette contribution s'appuie notamment sur les travaux de Patrick Weil, de Laetitia Van Eeckhout et de Mouhoub El Mouhoud. Les sources chiffrées proviennent de l'INSEE, du Ministère de l'Intérieur et du rapport de la commission pour la libéralisation de la croissance.

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Date: Friday, 27 Jun 2008 07:36

2.1. Réconcilier immigration et immigration économique

Lors de son arrivée au pouvoir, Tony Blair a déclaré que "l'immigration profitait au Royaume-Uni". Seuls le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède ont ouvert leurs frontières sans restrictions aux travailleurs des nouveaux pays membres de l'Union Européenne dès leur adhésion. La main-d'œuvre de ces pays est généralement qualifiée et apporte des compétences recherchées dans des secteurs en tension. A ce sujet, les entreprises françaises peinent à trouver la main-d'œuvre nécessaire dans plusieurs secteurs-clés de l'économie : le bâtiment, le commerce, l'industrie lourde, l'hôtellerie, la restauration, les services de santé et l'agriculture. Sans doute ne faut-il pas se résoudre à cette carence en travailleurs nationaux, et réfléchir aux raisons de fond du désamour de ceux-ci pour ces professions. Il n'en demeure pas moins qu'à court et moyen terme, la régularisation des sans-papiers travaillant dans ces secteurs permettrait de lutter contre le travail non déclaré, ce qui permettrait une plus grande conformité aux normes de travail et une meilleure cohésion sociale.

L'augmentation du volume d'emploi grâce à l'immigration se traduit par un effet positif et significatif, bien que marginal, sur le niveau d'activité dans l'économie, chiffré à 0,1 point de croissance pendant un an pour l'arrivée de 50 000 nouveaux migrants une année donnée. Or le solde migratoire est de 90 000 nouveaux migrants par an en France, soit environ 0,2 point de croissance. Il faut mettre en avant cette donnée keynésienne : les migrants, bien évidemment, consomment et réinvestissent une partie non négligeable de leur revenu dans l'économie française, en particulier en biens consommables.

Nous pensons par ailleurs que l'immigration économique ne peut, ni ne doit, être mise en concurrence avec les autres formes d'immigration, parce qu'elles sont complémentaires et fortement imbriquées. Si les étrangers entrent au titre de l'immigration familiale, qui est la voie la plus sûre, ils n'en intègrent pas moins le marché du travail, pour les adultes du moins (soit 65% du total). On estime que 75% d'entre eux trouveront rapidement un emploi. Ces deux aspects de l'immigration sont indissociables ; en particulier, la reconstitution de la cellule familiale éclatée au moment du départ joue un rôle important dans la stabilisation et l'intégration. Nous pensons en outre qu'il faut accroître la mobilité des étrangers et faciliter leur retour au pays, sans hypothéquer la possibilité de revenir en France à un autre moment de la vie, pour que l'immigration profite également aux pays d'émigration par le retour de capitaux et de savoir-faire. De surcroît, il s'avère que les immigrés les plus précarisés, familialement comme économiquement, sont les plus prompts à rester en France. Penser limiter l'immigration en empêchant ou en entravant le regroupement familial est donc une vue de l'esprit, et une politique aussi inhumaine qu'inefficace.

2.2. L'immigration ne contribue pas à la hausse du chômage

Il est nécessaire de critiquer les idées reçues, et répandues par la droite, qui rendent les immigrés responsables du chômage et de l'insécurité, et de montrer que la précarisation de l'emploi s'inscrit dans une évolution globale de l'économie et touche aussi et même davantage les étrangers.

Par rapport à la main-d'œuvre française, un argument revient sans cesse : les immigrés feraient baisser les salaires et augmenter le chômage. Or, toutes les études économiques et historiques sur des cas d'afflux massifs de travailleurs étrangers montrent que l'impact est très faible, voire inexistant. Plus largement, l'immigration n'est à elle seule un facteur ni de croissance ni de récession ; elle amplifie la croissance, mais ne la fabrique pas. Les socialistes doivent reprendre à leur compte cette donnée essentielle, pour contrer le discours dominant. Pour les travailleurs nationaux, l'argument "ça fait baisser nos salaires" n'est empiriquement vérifié qu'une fois sur 100. En effet, les travailleurs immigrés ne sont ni sur les mêmes secteurs, ni sur les mêmes bassins d'emploi, et n'entrent donc pas en concurrence avec les travailleurs français.

2.3. L'immigration participe au maintien de l'équilibre démographique

Les bénéfices de l'immigration en général, pour les pays européens, résident également dans ses aspects démographiques en Europe. L'immigration permet, par exemple, de faire face aux problèmes du vieillissement de la population comme en Allemagne ou en Autriche. Pour maintenir le rapport entre actifs et inactifs avec le vieillissement de la population, la France a besoin de la venue de 5,5 millions d'immigrés entre 2000 et 2050, soit 110 000 par an, bien qu'elle bénéficie d'un taux de natalité plus élevé que ses voisins. La contribution de l'immigration représente en effet 25 à 40% de la croissance démographique contre 50 à 100% pour les autres pays européens.

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Date: Wednesday, 25 Jun 2008 07:41

Au terme d'une année de travail sur l'immigration, la section PS de l'ENS présentera avec les autres sections universitaires (Sorbonne et Sciences Po), au prochain congrès de Reims en novembre prochain, une contribution thématique sur la question. Parti d'un texte assez général, le groupe de travail a vite choisi de se concentrer sur les aspects économiques et notamment sur la question de la régularisation des clandestins, abordant notamment l'épineux problème de la définition de critères. A l'heure où le ministre de l'Immigration se félicite de l'augmentation de 80% des reconduites des étrangers en situation irrégulière à la frontière pour les 5 premiers mois de 2008, ce texte est plus que jamais d'actualité.

L'immigration est souvent considérée par la droite comme un fléau, ainsi qu'en témoigne le nombre croissant de dispositions législatives prises ces dernières années sur le sujet. La gauche, bien qu'elle ne partage pas ce point de vue, peine parfois à prendre une position claire, notamment parce qu'elle se sent prisonnière d'un électorat sceptique sur la question de l'immigration, et parce qu'elle ne parvient plus à inscrire cette question dans un projet d'ensemble, économique et social. Nous pensons que le sujet ne doit pas pour autant être esquivé et qu'il faut réfléchir au Parti Socialiste à une politique de l'immigration ambitieuse et réaliste.

La situation actuelle reflète en effet une hypocrisie totale, où on fait semblant d'accueillir quelques travailleurs étrangers mais dans de mauvaises conditions, et où on ferme les yeux sur un grand nombre de clandestins qui servent de main-d'œuvre taillable et corvéable, sans aucun droit, privée de l'accès au logement et à la santé, parce qu'en pratique très peu de clandestins vont se faire soigner de peur d'être arrêtés, bien qu'ils disposent de la CMU. Clandestins que l'on soumet quand le besoin médiatique et politique s'en fait sentir à une chasse à l'homme proprement inhumaine et contraire aux valeurs de la République.

L'objet de nos travaux se concentre donc essentiellement sur un certain nombre de sujets centraux, auxquels nous voulons apporter une réponse claire. Nous nous efforçons de démontrer que les tenants de la question de l'immigration sont avant tout économiques et sociaux et qu'ils ne relèvent pas d'un problème d'identité nationale.

Nous nous sommes demandé dans quelles mesures l'immigration, notamment économique, est utile. Que doit-on faire des sans-papiers en France ? Ou encore, faut-il régulariser tous les étrangers en situation irrégulière ? Ce texte n'est cependant pas une étude exhaustive sur l'immigration ; il se veut une prise de position politique et opérationnelle, sur les questions-clés de ce sujet de débat et de polémique.

Chapitre 1 État des lieux de l'immigration en France et en Europe

Contrairement à une idée reçue, orchestrée et véhiculée par la droite et le gouvernement, le nombre d'immigrés et tout particulièrement de clandestins ne représente qu'une faible part de la population française totale.

1.1. Les clandestins représentent moins de 1% de la population française

Depuis le recensement de 1999, la population immigrée en France regroupe officiellement un peu plus de 4 millions d'individus. On distingue parmi les immigrés les étrangers et ceux ayant acquis la nationalité française. Les immigrés naturalisés regroupent déjà 40% des immigrés. Les étrangers ne représentent quant à eux que 60% des immigrés. Les étrangers en France forment donc une communauté de 2,750 millions d'individus, soit 4,7% de la population.

Sur les 4,310 millions d'immigrés en France, 44,9% sont originaires d'Europe. Il s'agit essentiellement de nos voisins espagnols, italiens et portugais. Les immigrés non européens ne représentent que 4,1% de la population nationale. Ce chiffre est à peine supérieur à la moyenne européenne. Selon un rapport de la commission des communautés européennes sur la migration et l'intégration, seuls 18,5 millions d'étrangers résident sur le sol européen, soit 3,8% de la population. La part d'immigrés ou d'étrangers est donc relativement faible au sein de la population française et européenne.

En 2005, le nombre de premiers titres de séjour délivrés était de 164 000. Parallèlement, 130 000 étrangers deviennent français chaque année. En plus des immigrés légaux, il faut ajouter les immigrés clandestins. Le nombre de clandestins en France est très inférieur à celui des immigrés en situation régulière. Selon le Ministère de l'Intérieur, il est compris entre 200 et 400 000 personnes. Ce nombre représente entre 0,3% et 0,7% de la population française. Notre étude s'intéresse plus particulièrement à cette catégorie d'immigrés illégaux.

1.2. La situation actuelle des travailleurs immigrés en France

Malgré un faible coût du voyage - notamment du fait de la mondialisation - les flux migratoires ne sont pas massifs et paradoxalement concernent essentiellement des immigrés qualifiés. Le salaire en France permet alors à un immigré non seulement de subvenir à ses besoins, mais aussi d'envoyer de l'argent à sa famille restée au pays : c'est une forme décentralisée très importante d'aide aux pays en voie de développement. Selon les estimations, les flux financiers renvoyés par les migrants dans leur pays d'origine seraient de 150 à 200 milliards de dollars par an, soit deux fois le montant de l'aide au développement. Ils sont de loin la première source d'entrée de capitaux dans les pays d'émigration.

Les immigrés sont souvent contraints au travail au noir, avec la menace de licenciements rapides, dans des secteurs où les conditions de travail sont souvent draconiennes, comme le BTP, l'hôtellerie ou encore le textile. Du point de vue du pays d'accueil, les immigrés fournissent en effet une main-d'œuvre jeune, motivée et prête à accepter les emplois que refusent les nationaux. Certains employeurs ne se privent pas d'en abuser comme le constate régulièrement l'Inspection du Travail. Pire encore, les immigrés, par ignorance ou à dessein, sont souvent employés sur des postes, et à des conditions financières, inférieurs à leur niveau de qualification réel. C'est une façon pour les employeurs de faire des gains de productivité à bon compte. Ce gâchis de compétences, ou "brain waste", est doublement néfaste : il affaiblit le potentiel humain des pays de départ, et produit un dumping social effectif dans les secteurs bénéficiant de cette main-d'œuvre dans les pays d'arrivée.

De plus, la loi Immigration et Intégration promulguée le 24 juillet 2004, renforcée en 2007, durcit les conditions de regroupement familial à 18 mois de séjour et à un minimum de ressources, prestations sociales non comptées. En 2003, la France a délivré un titre de séjour à 50 000 conjoints de Français, à 26 700 immigrés au titre du regroupement familial, à 11 000 réfugiés ou familles de réfugiés et à 6 500 travailleurs salariés.

1.3. L'exemple de la politique migratoire de l'Espagne et d'autres pays occidentaux

Dans les années 90, l'Espagne est devenue un eldorado pour les immigrants, en majorité d'Amérique latine et d'Afrique du Nord. En arrivant au pouvoir, en avril 2004, le socialiste José Luis Zapatero a hérité de huit ans de gestion chaotique par les conservateurs du Parti populaire, car, en dépit de quelques timides procédures de régularisation, une population considérable d'immigrants, intégrée dans le marché du travail, vivait dans l'illégalité. Sur les 2,5 millions d'étrangers résidant en Espagne, soit 6,2 % de la population totale, environ 850 000 vivaient dans la clandestinité.

Avec le soutien unanime du patronat et des deux grands syndicats, une nouvelle réglementation a permis la légalisation de tous les étrangers pouvant justifier de six mois de résidence sur le sol espagnol et d'un contrat de travail, dont la durée exigée (une année au minimum) variait en fonction du secteur d'activité. On estime à 600 000 le nombre de régularisations effectuées en 2005. Cette mesure a permis de faire entrer dans la légalité les grosses poches clandestines du marché du travail, de lutter activement contre les mafias de l'immigration qui maintiennent des milliers d'étrangers dans des conditions de travail inhumaines, et d'accroître accessoirement le nombre de "cotisants" à la sécurité sociale.

Il faut remarquer qu'en France, la CGT a soutenu la grève des travailleurs sans-papiers pour obtenir leur régularisation et les a aidés à remplir les dossiers de régularisation. Le gouvernement a refusé une régularisation des quelques 100 000 clandestins qui sont dans cette situation pour ne parler que d'une centaine de régularisations au cas par cas.

Que penser du concept de quotas ? Aux États-Unis, les quotas sont relativement faibles comparés aux 11 millions de demandes et la politique de quotas ne remplit pas les objectifs escomptés. En effet, les quotas portent sur une main-d'œuvre qualifiée alors que les candidats sont souvent considérés comme peu qualifiés. Les quotas de travailleurs qualifiés ne sont donc jamais atteints et ceux de travailleurs non qualifiés toujours dépassés, via l'immigration clandestine. La situation est similaire en Allemagne. De plus, l'instauration de quotas entraîne un afflux de candidats à un visa, qui restent illégalement sur le territoire s'ils ne l'obtiennent pas. Cette politique, héritière de la conception fordiste de l'immigration, n'est donc pas efficace.

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Date: Tuesday, 27 May 2008 21:31

el mouhoub mouhoudJeudi 22 mai, dans le cadre de nos travaux sur l'immigration, nous avons reçu El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à Paris-Dauphine, et spécialiste des questions relatives à la mondialisation et aux migrations. L'occasion de déjouer toute une série de fausses évidences sur la réalité qualitative des flux migratoires, et d'ajouter à notre viatique lexical les concepts de "brain gain" et de "brain waste" à côté de celui de "brain drain" ...

E.M. Mouhoud travaille sur l'économie internationale en général et est ainsi amené à travailler sur les questions d'immigration et de délocalisation. En France, les travaux économiques sur les migrations internationales sont assez récents et se développent notamment grâce à des bases de données assez fournies.

(1) Peut-on freiner les migrations par la libéralisation des échanges et le co-développement : complémentarité vs. substitution migrations/mondialisation ?

E.M. Mouhoud commence par dénoncer l'idée reçue selon laquelle il suffirait de faire du co-développement pour que les populations soient moins incitées à partir : c'est loin d'être aussi évident. Il faut donc revenir un peu en amont des problèmes et éviter tout angélisme ainsi que les fausses idées, que l'on retrouve d'ailleurs aussi bien à droite qu'à gauche : il s'agit là d'un mauvais consensus.

Les migrations internationales dans la mondialisation - 6 faits et paradoxes :

Dynamique des migrations, marginalisation des pays de départ dans la mondialisation : le commerce, la finance, les technologies et la connaissance sont très concentrés au niveau mondial et ont exclus beaucoup de pays "à dotation naturelle" (Afrique). Les migrations jouent un rôle dynamique pour ces pays, malgré les restrictions croissantes : elles ne concernent que 3% de la population mondiale, ce qui dénote d'un faible dynamisme au niveau mondial ; mais ce chiffre est un peu faussé : il faut regarder cette part dans les pays de l'OCDE (i.e. les pays d'accueil), où elle est passée de 3-4% en 1960 à 10% aujourd'hui. Loin d'être un phénomène en recul, les migrations sont donc même en nette hausse dans l'OCDE : il ne faut donc pas les sous-estimer.

Avec le commerce international, elles sont dans une relation de complémentarité (les flux commerciaux ne remplaceront pas les flux humains : les deux se complètent), et cela parce que les gens partent de chez eux pour 2 grandes raisons :



- la différence de salaire et de bien-être entre le pays d'origine et le pays d'accueil, qu’ils espèrent réduire – compte-tenu de la probabilité de trouver un emploi - le coût de mobilité (autrement dit, ce que cela coûte de partir) : très faible aujourd'hui pour les flux de marchandises et de capitaux, ce coût est accru pour les flux humains. Cela coûte donc beaucoup de partir : il y a le coût de transport, d'information, d'insertion, psychologique. Toutefois, ces coûts se réduisent chez les plus qualifiés. A Sangatte, 60% des clandestins avaient un niveau BAC+2 et plus.



On assiste aujourd'hui à une autonomisation des stratégies internationales de migration, alors qu'elles étaient organisées par les branches économiques auparavant (le coût de mobilité était ainsi assuré par les pays d'accueil – immigration fordiste) : et c'est pour cela que l'on peut difficilement agir sur ce phénomène en ouvrant les échanges ou en faisant du co-développement.

Paradoxe du taux d’expatriation – les migrants ne viennent pas des pays les plus pauvres (contrairement à ce pensent de façon consensuelle la droite et la gauche), loin de là même : le taux d'expatriation (= part de la population d'un pays qui est expatriée) est faible dans les pays où le PIB est le plus bas (comme en Afrique sub-saharienne), tandis que le taux le plus élevé se retrouve dans les pays à revenu intermédiaire (comme l'Afrique du Nord) ; quant aux pays en cours de rattrapage économique, ils voient leur taux d'expatriés baisser.

Ces chiffres s'expliquent très bien, puisque partir est coûteux. Bref, on ne reçoit pas "toute la misère du monde". Quant aux pays au PIB le plus bas, ils ne nous envoient que des immigrés qualifiés.

Des migrants de plus en plus qualifiés surtout pour les pays pauvres - effets différenciés du brain drain : c'est dans les pays les plus pauvres que le taux de travailleurs qualifiés s'expatriant est le plus élevé (Amérique centrale, Afrique sub-saharienne, Europe de l'est, alors que le taux est plus faible en Afrique du Nord, Amérique du Sud ou Asie). Bref, dans 3 pays les plus pauvres, ce sont surtout les plus qualifiés qui partent (ceux qui peuvent réduire le coût de mobilité).



Toutefois, la fuite des cerveaux n'est une vraie perte pour le pays de départ que si ce taux dépasse un certain seuil. On assiste en effet à des effets d'investissement dans l'éducation (pour augmenter ses chances de partir), ce qui entraîne un double effet de cette fuite des cerveaux : perte de capital humain d'un côté, mais gain au niveau de l'éducation de l'autre. La perte n'est donc pas forcément absolue pour le pays de départ et peut même avoir un effet favorable jusqu'à un certain seuil, qui se situe entre 15 et 25% (au-delà, les effets sont strictement négatifs : le stock de capital humain diminue) : c’est le brain gain. La Chine et l'Inde se situent dans cette zone aux effets positifs (investissement dans le capital humain avec effets en retour), tandis que l'Afrique du Nord se situe dans la zone de perte.

C'est la sélectivité accrue (entraînant des coûts de mobilité plus importants) (mais jamais pour autant une fermeture totale), ainsi que la diversification des pays d'accueil (à l'origine d'une forme de concurrence entre eux pour accueillir les migrations de cerveaux) qui entraînent l'apparition de stratégies d'immigration (ce qui est radicalement différent du modèle fordien des années 60-70, lorsque c'était les pays d'accueil qui organisaient en grande partie les mouvements migratoires – d’où coût de mobilité nulle et taux de rotation élevé : ce sont aujourd'hui les stratégies autonomes des migrants et les effets de réseaux, de plus en plus importants, qui sont à la base de ces mouvements). Le taux de départ des qualifiés est assez limité dans les grands pays (plus de 20 millions d'habitants) : 13% en moyenne ; pour les pays entre 2,5 et 20 millions, les situations sont très variées : 85% pour la Jamaïque, 83% pour Haïti, mais 33% en moyenne ; et 56% en moyenne pour les plus petits pays (89% pour la Guyane), certaines professions étant plus touchées que d'autres par cette "hémorragie" (les médecins par exemple).



Une politique d'immigration qui procèderait à une sélection par métier serait assez absurde : les métiers changent et surtout, cela recoupe en général des listes ethniques, celles-là même que les auteurs de ces politiques ne veulent pas voir en France ! La loi Sarkozy de 2003, quant à elle, avec son statut renouvelable de 3 ans, est mauvaise : ce statut précaire repousse précisément les gens qu’il est censé attirer, ce d’autant plus que les migrants ont le choix parmi les pays d’accueil, aujourd’hui. Une telle politique attire en fait les moins qualifiés des très qualifiés, ceux qui ont besoin d’effets de réseau pour venir.

• Des transferts de fonds dynamiques : ces transferts constituent la 1ère source d'entrée de capitaux dans les pays de départ connaissant une forte émigration (30% du PIB des Philippines, 10% du PIB marocain, par exemple) : ils contribuent donc à réduire la pauvreté transitionnelle. Cette approche, notamment développée par les Américains, a pu servir de prétexte à G.W. Bush (selon lui, cela compense donc la baisse de l'aide publique au développement) ; il y a également un débat aux États-Unis sur la possibilité de taxer ces transferts de fonds pour financer l'insertion des immigrés. Ces transferts sont largement supérieurs aux investissements directs, et permettent d’augmenter le niveau éducatif. La monopolisation de ce service par Western Union pose cela dit un vrai problème, ce d’autant plus que cette entreprise ponctionne 25% de frais sur ces transferts.



Ces transferts de fonds ont deux grandes motivations : - motifs d'assurance (santé, chocs comme les sécheresses, les maladies…) – ne jouent pas sur le développement - motivés par des investissements, (dans l'immobilier – risque de spéculation, alors – ou les entreprises)

Il y a également un 2ème type de transfert : les transferts collectifs (par exemple, vers le comité de village du village d'origine pour financer des travaux d’infrastructure, contribuant ainsi à son désenclavement), avec des effets réels sur le développement des pays d'origine. Mais l'aide publique au développement doit malgré tout continuer à venir en complémentarité de ces transferts collectifs : il ne faut pas la baisser (les deux ne sont pas substituables), mais la coupler avec ces transferts, en essayant d'associer au maximum les partenaires locaux. C’est ce que fait actuellement l’AFD. Effet de levier. Globalement, les petits revenus transfèrent de petites sommes régulièrement surtout pour des motifs d'assurance, tandis que d'investissement se retrouve surtout chez les revenus les plus élevés, avec les effets négatifs/pervers de la rente (effet inflationniste, risque de spéculation, réduction de l'incitation à la productivité, effets du type Dutch Disease…) qui contribue à créer des écarts artificiels ; cependant, au final, la somme des effets reste souvent positive (réduction de la pauvreté transitionnelle et augmentation du niveau d'éducation, investissements dans les infrastructures, etc.). Ces transferts constituent donc une des motivations centrales des migrations, avec souvent une forte incitation à partir dans les pays d'origine et des mécanismes de sélection et de maximisation (une famille va par exemple choisir d'envoyer le plus qualifié de ses enfants, le plus apte à envoyer ensuite de l'argent), ou même d'évincement par la nomenklatura locale (qui, en poussant les plus qualifiés à partir, cherche avant tout à défendre ses propres positions, celles de ses enfants).

Une diversification des pays d'accueil : fin du modèle fordiste de l'immigration

Des changements démographiques : les migrations de remplacement

(2) Les politiques sélectives et leurs effets sur les pays de départ :



Les politiques des pays d'accueil ont changé : elles sont de plus en plus sélectives (ce qui crée une concurrence entre les pays de l'OCDE pour attirer et retenir les travailleurs qualifiés, sans qu'il existe pour autant un marché du travail fluide et mondialisé).

A propos du brain waste



Brain waste : vrai problème selon El Mouhoub Mouhoud, celui du gâchis de compétences des migrants par les employeurs. Ceux-ci, ne sachant guère distinguer les migrants qualifiés des non-qualifiés, embauchent tout le monde à salaire moyen, et sur des postes sous-qualifiés parfois donc. Certains pays d’Europe du Sud (Portugal, Espagne, Grèce) ont même fait de ce déclassement une politique tacite, leur permettant de rattraper leur retard de productivité sur la zone euro. Effet pervers : les « blédards » (nouveaux migrants), par ce biais, trouvent plus vite du travail que les enfants d’immigrés, qui postulent à leur niveau réel de compétences. La difficulté de trouver un emploi qualifié explique aussi le fort taux de création d’entreprise.



Quelques propositions :



• Relâcher la contrainte sur les moins qualifiés

• Favoriser les flux de transferts en réduisant les coûts des canaux officiels (en finir avec le monopole de Western Union)

• Mener des politiques de réduction des inégalités fondamentales au Sud, car elles sont source d'émigrations désespérées.

• Si le brain waste est élevé, il faut au contraire favoriser l'emploi des qualifiés du Sud au Nord en leur donnant un véritable passeport de mobilité. En outre, la double nationalité peut être un facteur important de coopération de la diaspora avec les pays d'origine. Il faut favoriser la liberté complète de circulation des compétences avec un statut à long terme (comme la double nationalité) et non un statut précaire (comme dans loi Sarkozy avec ses 3 ans renouvelables).

Pour conclure : il ne faut donc pas aborder la régularisation que sous un angle défensif : il y a un gain pour la communauté (régulariser pour des motifs d'efficacité).

DISCUSSION

Jérôme : rappel de ce que le groupe de travail de la section a fait : quotas ? régularisation ? Conclusions du GT : régularisation des clandestins (pas de réponse claire du PS), mais qui régulariser ? Introduction de critères (basés sur le travail : les sans-papiers ayant un emploi + les secteurs nécessitant de la main d'œuvre ; sur la situation familiale et la durée de résidence en France). + Lutter contre le travail au noir, faciliter l'intégration des étrangers (droit vote…), laisser aux clandestins un temps pour trouver emploi (au lieu de les expulser de suite).

2 questions :

- points de croissance gagnés avec l'immigration (cf. rapport Attali) ?

- installer des ANPE directement dans les pays d'émigration ?

Florent : les politiques d'ouverture entraînent-elles des effets d'appel d'air ?



Romain : problème de l'image de l'immigration dans les couches populaires françaises (cf. l'impact du FN avec son amalgame "3 millions d'immigrés / 3 millions de chômeurs") : assimilation (immigration = vol d'emploi) très difficile à combattre. Comment lutter efficacement contre cette vision ?

Eli : argument avancé face à la demande de régularisation : déjà 22% de ceux qui ont des papiers sont au chômage. + Argument du "parasite" qui a la double nationalité et qui profite des minimas sociaux. Comment aller contre ce discours ?



Réponses de E.M. Mouhoud :

- D'accord avec l'idée qu'il ne faut pas considérer que la régularisation doit être un droit absolu, et d'accord avec les critères du GT, auxquels il ajouterait l'efficacité (préférence à la régularisation et au reclassement pour des objectifs d'efficacité pour la collectivité).



- Le problème n'est pas tant le discours évoqué par Romain (inutile d'essayer à tout prix de convaincre), mais plutôt que les gens de Gauche relaient ces idées en les rationnalisant (cf. "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" : ça ne fait que renforcer les gens dans leur opinion). Inutile de chercher à convaincre avec des chiffres ou des arguments rationnels les personnes en difficulté : il faut d'abord régler leurs problèmes et avoir un discours solide ne favorisant pas les amalgames et ce genre de réactions.

- L'immigration n'est pas un facteur de croissance économique : elle l'amplifie (comme en Espagne), mais ne la fabrique pas. Il n'existe aucun pays où l'afflux d'immigrés a créé de la croissance ex nihilo, même dans un cas aussi particulier qu’Israël ; il ne fait que l'amplifier en répondant aux difficultés de recrutement de certains secteurs et, de plus en plus, en répondant également aux décalages entre régions (certaines connaissent de forts taux de chômage, mais d'autres manquent de travailleurs ; or les chômeurs sont à la fois concentrés dans des régions et peu mobiles, et ne peuvent donc pallier la pénurie de travailleurs dans des régions voisines), dans la mesure où les immigrés n'hésitent pas à se disperser géographiquement (ils sont plus mobiles que les nationaux). Tout cela à donc un impact positif au niveau de l'offre, auquel s'ajoute un aspect keynésien : l'arrivée d'immigrés augmente aussi la demande. Mais, une fois encore, s'il n'y a pas une dynamique de croissance déjà enclenchée, ces conséquences resteront très marginales : avant la politique d'immigration massive, l'Espagne avait déjà enclenché un processus de croissance (contrairement au Portugal ou à la Grèce par exemple, où la croissance n'était pas aussi bien lancée). En Espagne, la politique d'immigration n'est donc pas responsable de la croissance : il y avait eu un rattrapage énorme de ce pays avant cette politique.



- L'installation d'ANPE dans les pays de départ paraît un peu compliquée (considérant les pays de départ et leurs institutions). Mais le Canada, lui, fait ça par Internet (mécanismes d'offre aussi).



- L'argument de l'appel air (la régularisation nourrirait l'immigration clandestine) n'est ni complètement vrai ni complètement faux : les enquêtes montrent que cet appel air est marginal par rapport aux facteurs déterminants d'émigration (facteurs de répulsion depuis le pays d'origine = facteur « push »). La paupérisation des classes travailleuses des pays d'origine est un facteur de répulsion bien plus important que cet effet d'appel. Il y a également un facteur d’appel hors régularisation : la demande des entreprises, notamment dans les secteurs tels que le bâtiment. Il faudrait à ce sujet que la justice prenne davantage en compte la responsabilité des donneurs d’ordre, alors qu’actuellement seuls les sous- traitants sont poursuivis.

- Même s'il n'y a pas de corrélation entre chômage et immigration, on ne peut pas empêcher les gens de penser qu'il y a des effets de substitution. Ces taux de chômage moyens ne sont pas symétriques (populations et bassins d'emploi ne pas tous touchés de la même façon). Le problème n'est pas tant que le grand public fasse cette assimilation, mais plutôt que la politique publique ne soit pas assez axée sur la lutte contre la congestion (quand un seuil objectifs de concentration de problèmes – insécurité, non qualification … – est dépassé, tous les effets négatifs apparaissent et l'emportent sur les effets positifs) : on touche ici davantage au problème de la politique de la ville ; et c'est là-dessus qu'il faut agir plutôt que sur ce qui est ressenti comme invivable par certaines populations.

- Le problème de la libre-circulation des compétences : il faudrait intervenir sur l'iniquité du partage des fruits du brain drain (les gains sont, pour l'heure, bien plus importants pour les pays d'accueil), peut-être par l'intermédiaire d'une taxe sur la fuite des cerveaux à redistribuer dans les pays d'origine (pour des motifs à la fois d'efficacité et d'éthique). Les investissements directs sont inefficaces dans les pays si le capital humain est trop faible.

Florent  : les quotas ne marchent pas : faut-il recourir à une politique sectorielle de l'immigration ?

E.M.M. : Les accords bilatéraux ont toujours existé : il faudrait juste les reconnaître, mais sans pour autant favoriser des politiques d'immigration par branche, car cela reviendrait à organiser une concurrence entre les salariés (qui, sans cela, n'existerait pas), à favoriser leur déclassement. Il vaut mieux responsabiliser les donneurs d'ordre et mener une réflexion sur le droit fondamental de la libre-circulation (sur le long terme).

Ekedi  : instaurer une taxe sur les travailleurs qualifiés pose un problème d'équité entre les individus.



E.M.M. : il ne s'agirait pas d'une taxe sur les individus, mais plutôt d'un prélèvement sur le pays d'accueil (plus qu'un prélèvement par tête).

E.M.M. : il ne faut pas favoriser l'immigration des travailleurs non qualifiés, mais il ne faut pas non plus les contraindre par une plus grande sélection. Les statuts juridiques des immigrés ne reflètent pas leurs compétences : il y a un vrai travail à faire là-dessus, une politique active de reclassement à mener (notamment par des équivalences de diplômes, suggère Florent). Cela n'a jamais été aussi difficile qu'aujourd'hui pour les gens au sud du bassin méditerranéen de venir en France (même pour seulement 3 semaines, même pour des chercheurs) : la libre circulation des compétences est très restreinte, ce qui est en complète contradiction avec le concept d'"Union pour la Méditerranée".

L’immigration sélective favorise le déclassement. Il faut être clair : les gens ont le droit de vivre là où ils veulent, si le pays d’accueil le permet légalement (droit à la circulation) ; si on respecte la démocratie (il faut donc agir pour la démocratie dans les pays émetteurs), et si les économies convergent. Il faut relâcher la contrainte sur les non-qualifiés (de toute façon, les qualifiés viennent), mener une politique de requalification et de formation (via l’ANPE et surtout l’APEC), et homogénéiser les diplômes (par ex. via extension du LMD).

Compte-rendu par Lucie Malbos et Romain Pigenel

Author: "Lucie Malbos" Tags: "Vie de la section PS ENS"
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