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Date: Tuesday, 16 Sep 2014 08:00

Vous voyez cette photo ? C’est la route. Ce n’est pas ma première photo de route, et ce n’est certainement pas la dernière. C’est une route avec rien autour, et ça pouvait s’étendre sur des dizaines de kilomètres avant de traverser un hameau et de recommencer. Nous autres, Européens, avons du mal à imaginer les distances et les espaces qu’on peut trouver sur un autre continent.

C’est exactement ce que je suis allé chercher : être seul au milieu de rien, et avancer.

Author: "xave" Tags: "Découvrir, roadtrip, route, USA"
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Date: Tuesday, 26 Aug 2014 11:28

Bon, c’est le billet habituel pour dire qu’il ne faut pas prendre mes photos au sérieux, mais bon, ça va, mais quand-même, c’est que des photos de vacances, hein ?

Évidemment, si je n’avais pas une petite fierté par rapport à ces photos, je ne les afficherais pas comme ça, je les aime plutôt bien. Ça n’empêche que j’insiste sur le côté photos de vacances, parce que c’est joli, mais ce n’est pas de l’art. C’est bourré de gimmicks et de défauts, c’est souvent un peu caricatural, ça ne sera jamais exposé sur les murs d’une galerie[1].

Oui, je sais bien que ce n’est pas non plus toujours complètement pourri et je ne suis pas en train de faire le faux modeste pour attirer les compliments. C’est parfois joli à regarder. Disons que je fais de très jolies photos de vacances alors. Voilà : je suis super fier, parce que je fais des photos de vacances qui peuvent vaguement passer parfois pour des photos artistiques.

(Mais j’ai quand-même l’intention d’acheter un meilleur appareil pour la prochaine fois…)

Note

[1] À l’extrême limite, c’est parfois vaguement digne d’être un tirage Ikea

Author: "xave" Tags: "zimages, photo, roadtrip, USA"
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Cars   New window
Date: Monday, 18 Aug 2014 09:00

Cars

J’avais vu Cars pas longtemps après sa sortie, et puis bon, c’était un Pixar, quoi. Après avoir parcouru la Route 66, j’ai compris que j’avais complètement raté un des principaux niveaux de lecture : c’est un hommage à l’Amérique des Trente Glorieuses, des petits patelins et de la grande époque, celle qui a fait rêver le monde. Je sais qu’on peut dire ça à certain degrés de 98% des films américains, mais celui-là est vraiment une déclaration d’amour de l’Amérique à elle-même.

En le revoyant après mon retour, que ce soit le look, les persos ou les bâtiments qui sont tous inspirés d’endroits réels, j’ai vraiment eu l’impression de refaire mon trip en accéléré.

(À propos du trip, l’album continue à se remplir…)

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Date: Friday, 15 Aug 2014 08:06

J’ai eu de la chance, je ne me suis pas tellement aventuré dans la Bible Belt. Même en restant sur les bords, ceci-dit, il n’y avait pas manque de panneaux de pub m’enjoignant de trouver le Jésus, et quelques initiatives individuelles accueillantes :

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Date: Wednesday, 13 Aug 2014 07:24

En traversant le pays, j’ai été surpris par la pauvreté que j’ai vue partout, et par la décrépitude des choses. Bien sûr, j’ai choisi le trajet idéal pour ça : des petites villes qui vivent dans l’ombre de leur ancienne gloire. Mais même en m’écartant de ce trajet (la photo ci-incluse a été prise dans un ville qui n’a absolument aucun rapport avec la 66, et elle était à moitié désertée), partout j’ai vu les mêmes choses : des carcasses de voitures et des maisons abandonnées, avec les panneaux “à vendre” ou “à louer” qui perdent leurs couleurs au fil des décennies. Il y a partout dès qu’on sort des grandes villes (et ça dépend quelles grandes villes. Je me suis senti parfaitement à l’aise à New York, beaucoup moins en traversant Saint Louis, dont on parle beaucoup ces jours-ci) une impression de quart-monde, mais de quart-monde avec des gros 4x4. Je m’interroge encore sur cette façon de simplement se débarrasser de sa voiture ou de sa maison en la laissant pourrir sur place : il y a réellement des villes fantômes, mais des récentes, et j’ai vu à plusieurs reprises des champs entiers de carcasses de voiture.

Et de ma vie, je n’ai vu des cochons se promener en liberté dans les rues que dans deux circonstances : la première, c’est dans les reconstitutions historique du 19ème siècle et des précédents. La seconde, c’est aux États Unis.

galerie du voyage sur Flickr.
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Date: Tuesday, 12 Aug 2014 10:51

Patriotism

J’ai enfin commencé à trier un peu plus sérieusement les photos du road-trip. Ça va quand même prendre du temps.

Maintenant, il faudrait que j’arrive à corriger le plugin pour insérer des photos Flickr pour qu’il fonctionne avec les derniers changements de l’API, mais là, je viens d’y passer deux heures et même avec une version mise à jour de la librairie, je ne comprends pas où ça merde.

Un pendant à la précédente (USA! USA! USA!) :

King of the road

Je mets en ligne toute la série (plus que ce qui sera affichée ici) sur Flickr.

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43   New window
Date: Saturday, 09 Aug 2014 18:24

43

Continuer à avancer.

Continuer à se prendre des coups.

Continuer à faire tomber ses barrières.

(43)

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Date: Sunday, 03 Aug 2014 22:05
Author: "xave" Tags: "zimages, roadtrip"
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Date: Monday, 28 Jul 2014 09:11

Road to nothing but a tombstone

Lorsqu’on souffre du syndrome d’Asperger, un des -si ce n’est le- domaines le plus atteints, c’est tout ce qui touche aux relations sociales : difficulté à les initier, difficulté à les maintenir. Malheureusement, contrairement à ce que certains imaginent, ce n’est pas par haine des autres. Au contraire : malgré le besoin de passer du temps seul pour recharger les batteries, comme tout être humain, l’absence de contact avec les autres nous dessèche. Personnellement, j’aime les gens, mais je suis incapable d’aller vers eux. Il n’existe à peu près qu’une seule façon pour moi de rencontrer quelqu’un : il faut que ça vienne de l’autre, que l’autre voit quelque-chose qui l’intéresse à travers de ce mur que je construis moi-même et que ce soit lui qui fasse un effort pour venir vers moi.

Et la pire de toutes les difficultés sociales, c’est évidemment le couple. Ici, Asperger joue au moins sur trois niveaux : mauvais, bon, et mauvais. Le premier niveau, c’est la rencontre : incapable de sortir rencontrer des gens, incapable d’être à l’aise dans une situation sociale où il y a des étrangers, les probabilités de rencontre sont excessivement faibles. Quand bien même je me retrouve en face d’une inconnue intéressante, je deviens encore plus bloqué, incapable de parler normalement, incapable de la regarder en face, incapable de lui donner l’envie de s’intéresser à moi. Non seulement je ne rencontre jamais la jolie inconnue, mais si par extraordinaire ça finit par arriver, elle n’a qu’une envie : se sortir de cette conversation inconfortable.

Tout n’est pas sombre cependant : parfois, par chance, je me retrouve dans une situation où je suis obligé d’avoir un contact un peu prolongé avec les autres. Il arrive dans ces cas-là que ça me laisse le temps de sortir à leurs yeux de la case “le mec bizarre”, simplement. Parce que c’est ça aussi que je dois à Asperger : oui, je suis bizarre, un peu, mais c’est ce qui me rend pas totalement inintéressant. C’est ce qui fait que je suis passionné, c’est ce qui fait que je suis cultivé, que j’ai une vision particulière du monde, et mon humour lui-même doit énormément au syndrome. En réalité, c’est ce qui me permet tout simplement de sortir des cases, d’être toujours “à côté”, d’être parfois difficile à circonscrire. Et c’est là que ça devient une chance : quand de temps en temps, des circonstances exceptionnelles me permettent d’avoir le loisir, aux yeux de certaines, de passer de bizarre à pas comme les autres. Et se distinguer des autres, dans le dialogue amoureux, c’est un atout formidable. C’est à ça que je dois, ces vingt dernières années, toutes mes relations importantes.

Il y a malheureusement autre chose que je dois à Asperger dans mes relations amoureuses de ces vingt dernières années : l’essentiel de mes ruptures. Dans une relation de couple, le syndrome fait de moi le roi de la publicité mensongère ; je séduis parce qu’effectivement, je suis passionné, parce que je suis différent, parce que j’ai gardé l’esprit d’un gamin et que j’ai un gros grain de folie, parce que je suis capable d’aller au bout du monde. Puis vient le quotidien : je n’ai pas d’initiative, je suis casanier, je ne suis pas très doué pour avoir une conversation de tous les jours, je suis répétitif, je suis sans surprise. Une fois toutes les quelques années, une fille tombe amoureuse de moi pensant que je vais l’emmener au bout du monde, je ne l’emmène même pas au cinéma.

Parfois, j’essaie de me convaincre que je peux me sortir de ce cercle vicieux, de me dire que cette fois-ci, c’est différent. En réalité, ça recommence encore et encore. J’ai mis très longtemps à comprendre ce mécanisme. D’autant plus longtemps d’ailleurs que ça n’a jamais été dit clairement : je ne suis pas un mauvais gars. Quand les filles, à force d’ennui, cessent d’être amoureuses de moi, elles me gardent beaucoup d’affection et, pensant que je suis un gars bien, elles n’ont pas envie de m’abîmer. J’ai entendu à peu près toutes les variations du c’est pas toi, c’est moi, justement pour ne pas me faire mal en m’envoyant à la figure que ben si, c’est moi, c’est l’ennui que je distille au quotidien qui a tué l’amour[1]. J’ai appris à serrer les dents quand j’entends Tu es un gars génial, j’ai tellement de chance de t’avoir rencontré !, parce que c’est ce qui annonce qu’elles s’en vont.

Le pire pour moi, c’est d’observer ça, de savoir que l’échec vient de moi, et de n’y rien pouvoir changer. J’ai l’impression d’être attaché sur un rail, de voir arriver le train, incapable d’empêcher l’inéluctable.

Le plus difficile, c’est qu’à chaque fois que la situation se reproduit, la certitude que ce ne sera jamais différent se renforce. Rien ne me met autant les larmes aux yeux que de voir un couple âgé se tenir la main dans la rue, encore amoureux. Parce que je sais que ça ne m’arrivera jamais.

Et je n’ai même plus envie d’essayer. Je connais la fin à l’avance.

(photo : Road to nothing but a tombstone)

Note

[1] La plupart du temps, c’est à ce moment-là qu’en bon autiste, je pars en crise, tous curseurs à fond, sans plus rien contrôler. À ce moment-là que la douleur prend toute la place, que les crises d’angoisse se succèdent et que je détruis consciencieusement toute volonté qu’elles peuvent avoir de rester proches malgré la rupture, voire simplement de rester en contact. De toutes façons, ce passé commun devient pour moi une terre brûlée et y revenir ne m’amène que de la douleur. Jusqu’au jour où je vais mieux et que je m’aperçois que par ma faute, malgré ce qu’on a partagé, on s’est complètement perdus de vue. Et c’est une autre douleur qui s’installe.

Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête, Asperger, rupture"
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Date: Tuesday, 15 Jul 2014 09:11

gardien de Death Valley

En y réfléchissant bien, je crois qu’on peur ramener beaucoup de choses à un problème de lenteur de gestion des entrée et sorties (je cause geek si je veux). La situation qui ne m’est pas familière me panique parce que sans mon petit dictionnaire, je ne suis pas perdu, non, je ne suis simplement pas sûr de savoir réagir assez vite.

Mon petit dictionnaire, c’est une liste de “comment réagir à telle situation”, ou de “quand cette personne en particulier bouge ce muscle de la joue comme ça, ça veut dire qu’il ressent ça”. Quand je me retrouve en face de quelque-chose qui n’est pas dans le dictionnaire que je me suis confectionné, la machine se grippe.

Je le mets en forme dans ma tête en même temps que je le tape, OK ? Donc si ce n’est pas clair, vous n’avez qu’à le dire, on y reviendra. Il se passe quoi, quand je ne trouve rien qui correspond à la situation actuelle dans mon dictionnaire ? Je dois réfléchir. Et j’ai beau être capable de réfléchir relativement vite, la somme de paramètres à prendre en compte, l’analyse des multiples réactions possibles et de ce qui pourrait en découler, l’appel aux banques mémorielles pour voir si par hasard, on n’aurait pas un jour observé une situation qui pourrait présenter suffisamment de similarité pour qu’on en puisse tirer un enseignement, tout ça prend du temps.

Je sais parfaitement que plus la situation m’est étrangère, plus ce temps de réaction est manifeste, comme sur ces vieux ordinateurs où vous commencez à taper et qui attendent une paire de secondes avant de montrer le moindre caractère à l’écran. Pour aller encore plus loin dans le méta, savoir que j’aurai ce temps de réaction augmente ma panique, ce qui aurait tendance à ne pas aider.

En face de toute interaction sociale, je suis un joueur d’échec : pour ce qui est des coups d’ouverture, c’est très codifié, on les a rencontrés souvent, la réaction tient du réflexe. Mais plus on avance dans le jeu, plus on a tendance à devoir analyser non seulement la situation du tour suivant, mais ce qu’elle pourrait être au tour d’après, à celui d’après, à tous ceux d’encore après. Chaque génération de coup dans le futur amène une complexification de l’arbre des possibles. Si vous me mettez dans une situation sociale inconfortable, c’est cet arbre des possibles qui me ralentit.

C’est un exemple assez courant, mais supposez que votre boulangerie favorite soit fermée de manière imprévue, que faites-vous ? Vous allez dans une autre boulangerie acheter votre baguette ? C’est pareil pour moi, remarquez : je passe en revue les différentes boulangerie alentours, les supermarchés aussi, on ne sait jamais. J’établis un classement pour décider où je vais finalement aller, mais ce classement va être difficile, si je ne les connais pas, puisque je n’ai pas d’information pour faire un choix éclairé. Mettons que je fasse ça en fonction de la distance et de la gamme de prix qu’indiquera le luxe plus ou moins apparent de la vitrine, OK, ça sera celle-là. Je me dirige vers la boulangerie choisie en essayant de piocher dans mes souvenirs de quand je suis passé devant pour me faire une image mentale du magasin. Je vais imaginer où est la caisse, essayer d’imaginer le temps que j’aurai pour analyser l’offre et faire mon choix. C’est très difficile, parce que je ne maitrise pas la longueur qu’aura la file d’attente. Je vais demander une baguette, c’est une boulangerie, ils doivent avoir des baguettes. Ils vont me demander de quel type. Merde, je ne sais pas quels types de baguettes ils vendent, je ne saurai pas répondre du tac-au-tac. Bon, imaginons qu’ils aient les basiques : la baguette à la con, la baguette campagnarde, la baguette au levain. Disons qu’à toutes choses égales, je vais prendre la campagnarde. À toutes choses égales, parce que peut-être qu’elles ne sont pas toutes aussi cuites, dans ce cas-là, je prendrai la baguette la mieux cuite, sauf si c’est la classique baguette blanche. Très bien, ils vont me dire “bonjour”, ou “bonjour, qu’est-ce que je vous sert ?”, ça c’est bon, je sais quoi répondre. J’espère qu’ils ne vont pas commencer à me parler de la météo, mais on ne sait jamais, ça s’est déjà vu. Qu’est-ce que je peux préparer comme réponse ? Ah mais au fait, et s’ils n’ont plus de baguette ?

Notez que je n’ai toujours pas mis un pied dans la boulangerie.

Voilà ce que m’amène l’inconnu et l’imprévu. Et encore, acheter du pain, c’est encore quelque-chose qui est assez codifié. Une soirée avec des inconnus, ça, c’est difficile. D’autant qu’on dirait que pour beaucoup, on ne peut pas s’amuser sans mettre la musique très fort, voire danser dessus. La musique très fort m’agresse comme la plupart des sur-stimulations sensorielles. Il parait que les NT ont un circuit qui leur permet d’isoler la voix de leur interlocuteur au milieu du brouhaha, ça expliquerait bien des choses. Quand vous me parlez dans une soirée, j’entends votre voix, aussi la conversation des gars à côté, et puis la musique, et puis le gars un peu excité qui crie sur le balcon, et les coups de feu de ceux qui jouent à la console dans la pièce à côté. J’entends votre voix, mais je ne l’isole pas, ça demande un énorme effort mental pour me concentrer sur ce que vous dites. Quant à danser … On en reparlera quand je parlerai de la maladresse ou de comment, en permanence, je me demande ce que vont penser de moi les gens alentour.

(photo : Gardien de Death Valley)
Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête, Asperger"
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Date: Wednesday, 09 Jul 2014 10:12

Long is the road

J’aimerais bien commencer à parler de comment ça se passe dans ma tête, parce que vous êtes peut-être curieux de ça, vous vous demandez peut-être en quoi consiste la différence. J’ai bien peur que ça soit la partie la plus difficile.

C’est très difficile pour plusieurs raisons. Par exemple, parce que si je voulais vous décrire ce qu’il y a de différent entre le mode fonctionnement d’un autiste Asperger et d’un neurotypique, il faudrait que j’ai une idée claire de comment fonctionne un cerveau de neurotypique, et je n’ai pas. Il parait que les autistes ont des déficiences en “théorie de l’esprit”, ce qui permet de comprendre ce qui se passe dans la tête des autres. C’est un concept avec lequel je me bats encore pour le moment.

Ce qui est sûr, c’est que dans mon histoire, l’idée que les autres cerveaux ne fonctionnent pas forcément comme le mien est très récente : personne ne me l’avait jamais dit, et ça ne m’était jamais venu à l’esprit. il a fallu que je lise certaines choses sur la douance pour que d’un seul coup apparaisse l’idée que “pour toi, ça veut dire ça alors que les gens dits normaux vont déduire un truc différent”. KW ? J’ai une petite anecdote que je raconte régulièrement pour expliquer à quel point l’idée qu’un cerveau pouvait fonctionner différemment m’était étrangère : je me souviens très clairement qu’adolescent, souffrant donc d’un cerveau qui ne s’arrêtait jamais, je m’étais fait la réflexion qu’il était heureux que nous ayons le langage pour organiser tout ça, mais sans cet outil, comment faisaient donc les vaches ou les chats pour gérer ce flux d’information permanent ?

Un jour que je discutais du sens de la vie avec mon claviériste préféré, il m’a regardé à un moment et m’a dit “mais en fait, t’arrêtes jamais de réfléchir, toi…”[1] Je me souviens que ça m’a stoppé net. Non, évidemment. Pourquoi ? On peut ? Je ne crois pas qu’il ait jamais eu idée de la somme de réflexions qu’il a déclenchée avec cette simple phrase.

Une autre grosse difficulté pour transmettre ce qui est “différent” dans mon cerveau, c’est qu’il s’agit beaucoup d’une histoire de degrés, mais que les modes de fonctionnement ne sont pas forcément exotiques. Dit autrement : je pourrais vous décrire chacune des “particularités” de la maladie, une fois sur deux vous me diriez “ah oui, c’est comme moi…” Je vais vous dire que je ne me sens pas à l’aise socialement et qu’il m’est désagréable d’aller dans une soirée où je ne connais pas grand-monde. C’est pareil pour vous, j’en suis sûr, mais à quel point ? Moi je vais mettre dans un coin, ne parler à personne, éviter tous les regards, m’accrocher lourdement à la ou les personnes que je connais, répondre par monosyllabes à celles que je ne connais pas qui essayeraient de m’adresser la parole, et je vais regarder ma montre toutes les cinq minutes en attendant d’estimer qu’il n’est plus trop impoli de partir calmer mes sueurs froides dans mon antre. Si vous avez tiré de la situation un plaisir moindre que lors d’une soirée avec vos meilleurs potes, moi, ce que j’en ai tiré, c’est un vrai inconfort physique.

Ce qui me rend difficile le passage de l’information enfin, c’est qu’il m’est très difficile de la hiérarchiser. Mon mode de fonctionnement va me voir m’intéresser un à sujet et à lire tout ce que je trouve de disponible dessus. tu veux que je te fasse un brief ? Ah non, désolé. Je peux te dire tout ce que je sais, et ça va prendre des jours, ou un sous-ensemble aléatoire d’informations, et ça ne va pas t’avancer. On notera que sur ces pages, j’opte plus ou moins pour la première solution. Ceux d’entre vous qui tiendront le coup devant ma verbosité en tireront peut-être quelque-chose.

(photo : POV)

Note

[1] Je me sens obligé de préciser qu’il est lui-même loin d’être bête. Sa réflexion venait d’un étonnement devant la turbine, pas d’une difficulté à suivre la conversation.

Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête, Asperger"
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Date: Wednesday, 18 Jun 2014 08:10

Temps désertique à nuageux en fin d'après-midi

Asperger, donc ; Trouble du Spectre Autistique. C’est de l’autisme, donc oui, bien sûr, c’est un handicap. En tant que tel, ça peut parfois être très lourd à porter, pour celui ou celle qui en est atteint comme pour les proches. Mais ne voir que les côtés négatifs, si vous me pardonnez l’expression, ça casse un peu les couilles.

Parce qu’ on est très loin d’un problème dans lequel il n’y a que du mauvais. Au contraire, la plupart du temps, les à-côtés de la maladie peuvent être très positifs. En particulier, l’inaptitude à saisir les subtilités de la relation sociale font qu’on se retrouve en face de personnes qui quelquefois sont très directes, passent pour être brutales même, mais sont en revanche d’une honnêteté totale. C’est cette honnêteté qui donne l’impression de brutalité, puisque dans notre tête, nous ne faisons que transmettre un avis ou une information. La brutalité est alors ressentie simplement parce que pour ceux qu’on appelle les NT, les neuro-typiques, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas le handicap, une autre caractéristique de base n’est pas forcément évidente : l’absence totale de jugement moral.

J’ai souvent répété qu’une de mes devises les plus importantes me vient de Brassens : “Gloire à qui n’ayant pas d’idéal sacrosaint se borne à ne pas trop emmerder le voisin.” Le seul jugement que je peux porter, c’est à propos du mal que vous vous faites (et encore) et surtout de celui que vous faites aux autres. Un fois sorti de là, je n’ai absolument aucun sens de moralité sociale, comme la plupart des Aspies (je vous ai dit que c’était notre petit nom ?). Une des choses que mes amis apprécient chez moi, c’est qu’on peut tout me dire sans que je juge jamais.

Parce que oui, j’ai des amis. De grosses difficultés pour m’en faire, comme souvent chez les Aspies. Mais la maladie a aussi pour conséquence une loyauté indéfectible. Ça n’est pas toujours facile à gérer, parce qu’un Asperger va souvent avoir des problèmes pour exprimer ce qu’il ressent, aucun problème pour exprimer ses opinions négatives, avoir besoin de se retrouver seul, avoir du mal à quitter son antre et pourra ne pas donner de nouvelles pendant des mois, mais une fois qu’il vous a mis dans la case “amis”, vous allez avoir du mal à en sortir[1]

Et si vous n’êtes pas mon ami, j’ai quand-même de bon côtés : un grand sens de la justice sociale par exemple ; un forum d’Aspies, c’est rigolo, c’est un repaire de gauchistes. Une recherche de la vérité et de la précision, aussi, à cause d’un besoin de comprendre. Je ne passe pas mon temps sur Wikipédia à lire des articles au hasard pour engranger des connaissances diverses et variées : je lance un moteur de recherche pour trouver cinquante-sept articles sur le même sujet, que je vais aller lire pour essayer d’avoir une vision globale et précise[2]. Dans le cadre professionnel, je suis très indépendant et très imaginatif pour trouver des solutions (tout plutôt que de se reposer sur les autres).

Et surtout, et là je ne sais pas si je peux me permettre de parler pour tous mes petits camarades, j’ai une empathie énorme. Je sais, ça va à l’encontre des clichés, mais j’ai passé ma vie à ne pas comprendre ce qu’il y a dans la tête des autres et à faire des efforts -puisque c’était la seule manière de survivre en société- pour essayer de le deviner. Aujourd’hui, j’ai toujours du mal à comprendre, mais si j’ai du mal à saisir votre sentiment du moment, je comprends votre point de vue, même s’il diffère du mien. Je n’ai pas d’effort à faire, ce n’est pas de la politesse : j’ai vraiment une conscience aigüe et permanente que mon point de vue n’est valable qu’en fonction de mon histoire, que ma vérité m’est relative, et que vos opinions, même si elles s’opposent aux miennes, n’ont pas intrinsèquement moins de valeur. Ça marche quand vous aimez les petits pois que je déteste, comme ça marche quand vous aimez Patrick Sébastien[3].

Ces bons côtés n’en sont que parce que ça correspond à mes valeurs, valeurs qui sont les miennes parce que mon cerveau fonctionne comme ça, donc c’est surtout à vous de juger.


(photo : Temps désertique à nuageux en fin d'après-midi)

Notes

[1] Moi qui vous parle, douze ans après une engueulade qui a fait que nous ne nous sommes plus vus depuis, il y en a un que j’appelle toujours mon meilleur ami quand je parle de lui.

[2] J’avoue, c’est ça aussi qui me fait posséder une quinzaine de versions différentes d’un même album.

[3] Cette histoire de petits pois vient d’un conversation que j’ai eu il y a vingt ans sur cet exact sujet, peut-être pas le point de départ de cette réflexion, mais la plus ancienne borne dont je me souvienne. Patrick Sébastien est un exemple que je donne souvent de quelqu’un pour qui j’ai énormément de respect de par son succès populaire, alors que j’ai une aversion atavique envers tout ce qu’il fait.

Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête, Asperger"
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Date: Friday, 06 Jun 2014 07:30

Long is the road

Bon, sinon, le syndrome d’Asperger, c’est quoi ? De manière amusante, pour beaucoup de gens atteints, ce n’est pas un handicap, c’est une différence, mais un différence handicapante.

En termes de ressenti général, quand on est concerné, c’est un problème de compréhension du monde. J’allais dire qu’on ne se sent pas étranger, mais en réalité si, c’est exactement ça : on a l’impression d’être dans un pays étranger en permanence. Un pays sur lequel on s’est beaucoup documenté, qu’on finit par connaître bien, mais dont la langue et la culture ne sont pas les nôtres, où on se sent toujours à deux doigts de l’incident diplomatique qu’on déclencherait parce qu’on a mal interprété une parole ou parce qu’on a raté une référence culturelle implicite. Il n’est pas étonnant qu’une compréhension immédiate se soit instaurée lorsqu’est entrée dans ma vie quelqu’un qui était déracinée et se retrouvait naviguer dans une culture et une langue qui n’était pas la sienne : nos expériences étaient similaires sur ce plan.

Avant d’essayer d’explorer comment je vis ça de l’intérieur, il est peut-être intéressant d’essayer de décrire simplement ce dont il s’agit, vu de l’extérieur. C’est très difficile à faire pour moi, ne serait-ce que parce qu’un des effets du problème est de me rendre totalement inapte à la hiérarchisation de l’information. Étant incapable de déterminer moi-même ce qui est important et ce qui ne l’est pas, je suis allé piocher dans quelques listes trouvées çà et là sur les internets.

Voici donc, volée sur Internet et mal traduite par mes soins, une liste de caractéristiques de base :

  • Retard dans la maturité sociale ainsi que dans le raisonnement social.
  • Difficulté à se faire des amis et souvent la cible des moqueries lors de l’enfance.
  • Difficulté à communiquer et à contrôler ses émotions.
  • compétences linguistiques inhabituelles, avec un vocabulaire et une syntaxe avancés, mais avec des retards dans les compétences conversationnelles, une prosodie inhabituelle et une tendance à être pédant.
  • Une fascination inhabituellement intense pour un sujet particulier, ou pour un domaine extrêmement précis.
  • Un profil atypique des capacités d’apprentissage.
  • Un besoin d’être aidé pour arriver à être capable de se débrouiller seul ou de s’organiser.
  • Maladresse en termes de démarche et de coordination.
  • Sensibilité particulière aux sons, aux arômes, aux textures, ou tout autre sensation tactile.

L’endroit où j’ai trouvé cette liste détaille ensuite chacun de ces points[1] Ceux qui lisent l’anglais peuvent aller la consulter[2], mais moi je reviendrai sans doute sur la plupart d’une manière plus personnelle. Il y a quelques mots sur l’intérêt et les caractéristiques du diagnostic aussi, je voudrais juste ici retenir deux détails importants : le premier, c’est qu’il est possible (voire courant) de trouver une partie de ces symptômes chez certains, sans que ceux-ci soient cliniquement significatifs. Bref, on peut n’être pas du tout autiste et se reconnaître dans l’un ou l’autre symptôme. C’est quand on en reconnaît beaucoup que ça pose problème.

L’autre point important, c’est que la sévérité de l’expression d’un symptôme n’est pas l’élément le plus important du diagnostic. Ce qui compte, ce sont les circonstances de cette expression, de la vision qu’en a le sujet, et les mécanismes de soutien et d’adaptation qui ont été développés. Ce qu’en d’autres termes les psychiatres m’ont dit : un élément très important du diagnostic, c’est la souffrance générée par la situation. Bref, pour être concerné, plutôt que de reconnaître ces symptômes, il faut surtout reconnaître ces problèmes. Ne pas se dire ah oui, je suis comme ça, mais bien bordel oui, je souffre bien de ça. Un des éléments importants du diagnostic est effectivement la souffrance.

La prochaine fois, je vous explique pourquoi il y a aussi de très bon côtés.

(photo : Long is the road)

Notes

[1] Sous forme de listes également. J’ai failli écrire “cette liste liste d’autres listes qui listent…” Puis j’ai trouvé ça un peu excessif mais trop joli pour être complètement jeté.

[2] http://www.tonyattwood.com.au/index…, chez Tony Attwood, Aspie et prosélyte.

Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête"
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Date: Friday, 09 May 2014 09:11

My own little corner of earthly heaven

All the pieces fall into place
When we walk these fields
And I reach out to touch your face
This earthly heaven is enough for me

David Gilmour

Je l’ai dit : le spectre autistique, c’est (roulements de tambour) un spectre. Du coup, les contours sont flous et le diagnostic est moins facile que pour, mettons, une grossesse au huitième mois. Pour y arriver, il faut s’entourer des bons interlocuteurs, ce qui n’est pas évident pour plusieurs raisons.

Mais rembobinons jusqu’en 2009 : en bons internautes, avec les petits camarades, nous nous échangeons des liens trouvés à droite ou à gauche. Un jour passe parmi ceux-ci un test AQ, ou test du Quotient du Spectre Autistique, un petit test créé par Simon Baron-Cohen (oui, le cousin de Sacha), spécialiste de l’autisme, et ses collègues. Ce court test [1] n’a pas du tout pour objet d’établir un diagnostic, il est à considérer comme un indicateur. Tout le monde s’amuse à échanger les scores ; il est indiqué que le score moyen est à 16, et que Quatre-vingts-pourcents de ceux à qui on avait diagnostiqué de l’autisme ou un trouble similaire avaient un score de 32 ou plus. Le mien est de 37, ce qui est étonnant parce que je suis habituellement tellement sans intérêt que j’ai toujours tendance à être pile au milieu pour tout ce qui est tests de psycho.

Je lis un peu sur le sujet, ça me travaille, mais je suis informaticien, donc je tombe facilement dans la caricature sur ce domaine, et après tout, j’ai peut-être inconsciemment orienté mes réponses par envie de faire un bon score. Je garde quand-même ça dans un coin de la tête, et lorsque que quelques mois plus tard, je me retrouve face à une psychiatre lors du diagnostic de douance, je lui parle de ce questionnement là : Oh non, pas vous !, écarte-t-elle avant de passer à autre-chose, ce qui -vous en conviendrez- n’est pas vraiment de nature à me laisser aller à l’auto-diagnostic.

Avance rapide jusqu’en début d’année dernière : ma sérendipité m’amène à un test un rien plus poussé que le premier[2]: beaucoup plus long, et avec à la clef un évaluation plus détaillée, en fonction de différent traits, et pour chacun s’ils sont plus présents chez les Aspies (petit nom donné à ceux qui ont le Syndrome d’Asperger) ou chez les neuro-typiques (ceux qui sont en dehors du spectre autistique). Encore une fois, les résultats sont à prendre avec des pincettes : il est très difficile d’être honnête dans ses réponses et de ne pas les orienter quand on a envie de se sentir spécial. Je fais donc ce test en me promettant de prendre le résultat avec des pincettes.

Le forum où j’ai trouvé le lien est plein de gens qui affichent leurs résultats, pour beaucoup en disant aaaah, je comprends maintenant…, arguant de leur score Aspie de 120, 130 ou 140 sur 200… Le mien est de plus de 180.

En regard de ça, ils donnent aussi leurs score NT (donc une information sur leur côté “normal”, ce qui est un terme à prendre avec de très grosses pincettes), ceux-ci s’étalent souvent entre 60 et 80, toujours sur 200. J’obtiens un joli 30. Le test offre en plus un diagramme qui résume les différents résultats, avec un graphique qui pour la plupart des testés ressemble à une tâche centrale avec des piques à gauche (NT) et surtout, pour ceux qui se reconnaissent, à droite (Aspie). Dire que le mien est légèrement déséquilibré est une litote:

poly12c-eng.png

Même en prenant en compte l’éventuel manque d’honnêteté de mes réponses, ça me semble un peu bizarre et je me pose un paquet de questions. J’essaie presque immédiatement d’en parler à des proches, mais justement ce sont des proches, des gens avec qui je suis en confiance et avec lesquels j’ai une excellente communication. Des qui en plus, comme moi, ont tendance a fréquenter assez de gens un peu hors normes pour que l’idée même que je puisse être Aspie leur semble saugrenue. Je la remballe donc avec d’autant plus de facilité que si je ne comprends pas les résultats du test et que certaines spécificités décrites me semblent familières, j’ai quand-même du mal à me reconnaître dans le portrait général.

Et voilà qu’on me fait passer un article parlant de l’Asperger “caché” chez l’adulte. Cette fois-ci, voilà un portrait général qui me correspond : un Aspie adulte ayant mis en place suffisamment de mécanismes d’adaptation pour que l’idée même qu’il puisse être Aspie semble saugrenue aux gens qui le fréquentent. Là, je commence à être sévèrement remué.

Oui, on me fait passer, parce que j’ai quelqu’un avec qui je peux en parler : en règle générale, je suis un gars qui a de la chance, et cette fois, j’ai la chance d’avoir l’interlocutrice idéale, puisque celle qui partage ma vie est Canadienne[3], elle vient donc d’un pays où on a une bien meilleure connaissance, et un vision bien moins caricaturale de ces sujets-là. Nous parlons de celui-ci presque depuis que nous nous connaissons, et ayant eu elle-même un parcours un peu particulier, elle m’a un jour dit que je n’étais pas le premier surdoué qu’elle fréquentait intimement, mais qu’il y avait selon elle chez moi quelque-chose d’autre (dont elle avait une idée assez claire également, elle a déjà rencontré des Aspies dans ses boulots d’encadrement.)

C’est elle qui m’a soutenu, qui m’a poussé et qui m’a tenu la main dans toutes les démarches vers le diagnostic officiel. C’est elle qui m’a accompagné aux rendez-vous avec les différents spécialistes. C’est elle qui a été la référente externe lors des entretiens[4] C’est elle surtout qui m’a encouragé, qui m’a permis d’être vraiment moi-même dans notre relation, et qui a accepté entièrement ce qu’elle voyait.

Je ne sais pas si vous imaginez, mais les troubles du spectre autistique, au quotidien, ça peut être un peu chiant pour qui les subit de manière externe : la routine qui m’est nécessaire et ma difficulté à faire des choix ou prendre des initiatives en a fait fuir plus d’une. Cette fois-ci, c’est différent : j’ai en face de moi quelqu’un qui me comprend, qui accepte entièrement les limitations de la maladie et qui a une conscience aiguë de tous les bons côtés qui peuvent venir également de là.

Il m’est absolument impossible d’imaginer avoir été mieux accompagné durant cette période charnière. La vie m’a fait un extraordinaire cadeau.

I need no blessings but I’m counting mine

(photo: My own little corner of earthly heaven)

Notes

[1] Qu’on peut trouver par exemple à http://www.aspietests.org/aq/index…..

[2] Très précisément celui-ci: http://www.rdos.net/fr/.

[3] From Ontario. Je précise pour tous les ceusses qui comprennent Québec quand on leur dit Canada. Oui, si vous avez suivi, voilà la raison pour laquelle l’anglais est ma langue principale depuis une paire d’années, même si son français est excellent.

[4] On dit hétéro-anamnèse : elle a eu elle-même des entretiens avec les psys pour parler de moi.

Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête, Asperger"
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Date: Tuesday, 06 May 2014 07:09

Who's there?

Je vous demande un peu de mansuétude, parce que je vais dire des gros mots. Non, pas des gros mots, disons un seul, et même pas tellement un gros mot d’ailleurs, simplement il est très connoté et devrait amener dans votre esprit tout un tas d’images. Fausses.

Il y a quelques années, j’ai vécu une rupture. Ça arrive à tout le monde tout le temps, mais cette fois-là, c’est tombé quand il ne fallait pas et ça a été un explosion en vol comme je n’en ai connu qu’une paire dans ma vie. Mais comme, justement, ce n’était pas la première, je savais qu’il fallait que je nage vers la lumière et j’ai commencé une thérapie, qui a duré trois ans, et à l’issue de laquelle j’étais de nouveau à peu près fonctionnel, mais très conscient que ce n’était qu’une première étape et que j’avais besoin de comprendre un peu mieux mon propre fonctionnement pour assainir mes bases. Non pas d’ailleurs que cette recherche ait été nouvelle chez moi, mais je sortais justement de quelques années où je l’avais mise en veille.

Entre autres pistes, je m’étais lancé pendant la thérapie sur une que j’avais découverte , dans un bouquin où je me suis reconnu à 98%. Les deux pour-cents qui manquaient venaient, pour l’un, de la description et demie où je ne me reconnaissais pas. Pour l’autre d’un pré-requis à l’ensemble du concept que je ne retrouvais pas chez moi : ça parlait de gens intelligents.

Alors bon, moi j’ai toujours été prêt à admettre qu’il est possible de trouver quelqu’un de plus bête que moi en cherchant un peu, mais ça n’allait pas plus loin. Trouver une description de ma manière de fonctionner aussi juste, mais avec le présupposé que j’avais un cerveau qui dépote, ça m’apparaissait un peu suspect. Tellement suspect que j’ai arrêté d’approfondir le sujet en attendant - car une fois de plus, je ne me jugeais pas apte à poser un diagnostic moi-même - que des gens qui s’y connaissent un peu plus veuillent bien me donner leur avis.

J’avais la chance d’avoir pas loin de chez moi un organisme spécialisé dans le concept en question, je me suis tourné vers eux et j’ai fait une demande de diagnostic officiel, qu’ils m’ont donné après quelques rendez-vous :

Je suis surdoué.

Oui, je vous vois rire. C’est là que je demande votre indulgence, parce que je sais très bien à quoi on pense en entendant ce mot, et surtout en entendant quelqu’un dire qu’il l’est. Le mot est tellement pourri qu’on a décidé plus ou moins de le remplacer ; maintenant, pour provoquer moins d’attente, on doit dire haut potentiel. C’est tellement mieux.

Bon, on n’est pas non plus en face d’un super-pouvoir. Dans la pratique, ça veut juste dire:

  • Une grande sensibilité.
  • Une tendance à mettre les curseurs à fond pour tout ce qui est ressenti.
  • Un mode de fonctionnement en arborescence plutôt que linéaire.
  • Un QI fort correct[1] (pré-requis)

C’est hyyyyyper-raccourci, mais je n’aime pas tellement m’étendre sur le sujet. Le sur- dans surdoué fait croire à tout le monde qu’on parle en termes de supériorité et c’est une connerie sans nom : un grosse partie des gens concernés ne réussissent jamais à savoir vraiment où ils vont ni qui ils sont, et pour beaucoup, ça amène une inadéquation avec le monde, et surtout avec tout ce qui est scolaire, qui entraîne une idée qui paraît absolument évidente : je ne suis pas très malin (voire complètement con).

Ce diagnostic là m’a permis de continuer à chercher dans cette direction, et puisqu’il venait de professionnels de la profession, je l’ai accepté, même si je me suis demandé très longtemps où était ce QI qu’on m’avait donné sur le papier mais que je ne sentais pas tellement dans la vie de tous les jours.

J’ai compris récemment en découvrant le terme, et le concept, de Twice Exceptional, doublement exceptionnel. Il n’y a pas beaucoup de choses en français là-dessus[2] mais le concept est simple : Gifted and Learning Disabled, surdoué avec une autre condition qui amène des difficultés d’apprentissage. Dans mon cas, bien entendu, le syndrome d’Asperger. Ce QI dont j’avais perdu la trace a toujours été là, simplement occupé à compenser les difficultés du handicap. Doublement exceptionnel, parce que j’ai deux particularités[3] qui s’appuient l’une sur l’autre, qui se compensent, qui - dans une certaine mesure - s’annulent.

Doublement exceptionnel, donc, d’une façon qui me rend simplement banal.

(photo : Who’s there?)

Notes

[1] Dont la valeur n’a ici aucun intérêt: l’autisme faussant complètement la donne (à cause des questions que je ne comprends pas).

[2] Pour d’autres raisons, de toutes façons, l’anglais est depuis quelques temps ma langue principale.

[3] On parle d’un côté comme de l’autre d’environ 1% de la population. Je n’ai pas de chiffres sur la corrélation entre les deux, mais elle est relativement forte.

Author: "xave" Tags: "Bordel dans ma tête, Asperger, zébrure..."
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Date: Wednesday, 30 Apr 2014 07:09

Chain of Rocks

Je m’appelle Xavier et je suis autiste.

Ça paraît étonnant, comme ça, quand on me connaît. D’ailleurs, plus on me connaît, plus ça paraît étonnant. À vrai dire, je ne vous en voudrais pas d’avoir du mal à le croire : vous ne seriez pas les premiers, même parmi les bien informés ; pour vous dire, j’ai eu moi-même du mal à l’admettre. Aujourd’hui, ça va. J’ai un mot du docteur. Des docteurs. D’un certain nombre de docteurs.

L’autisme, c’est un spectre assez large qui regroupe pas mal de réalités, et je n’ai pas vraiment le type Rain-Man. Laissez-moi donc vous faire rapidement les présentations : je suis autiste, type Asperger, hautement fonctionnel, doublement exceptionnel, et vous admettrez que tout ça en jette un peu.

Ce n’est pas très grave : c’est Asperger, la maladie auto-diagnostiquée de la moitié des internautes. Le syndrome d’Asperger, voyez-vous, a deux caractéristiques de base : il rend un peu asocial, et un certain nombre de génies sont soupçonnés de l’avoir eu. Ça en fait une maladie magique : vous passez votre temps sur Internet au lieu d’aller parler aux vrais gens, lesquels du coup vous soupçonnent d’être un loser sans amis ? Quelle erreur : en réalité, on vous doit des égards parce que vous êtes handicapé et vous êtes comparable à Tesla et Einstein, vous avez parfaitement le droit de traîner en slip toute la journée et les gens devraient s’excuser de n’avoir pas tenu compte de votre problème[1].

Je vais vous avouer un truc : en réalité, c’est un peu plus compliqué que ça.L’autisme, c’est un trouble neurologique. On nait avec, on meurt avec, on essaie de vivre le mieux possible entre les deux. Pour ceux qui se posent la question sur le rapport entre autisme et syndrome d’Asperger, il s’agit de deux manifestations du même genre de trouble, ou pas. Pendant très longtemps, Asperger a été considéré comme une maladie à part, partageant certaines caractéristiques de l’autisme, mais n’étant qu’une gène à la communication, là où l’autisme pouvait constituer un réel obstacle. La tendance est aujourd’hui à penser qu’il y a de l’un à l’autre une multitude de degrés et que décider de mettre une frontière sur l’un quelconque de ces degrés était un peu idiot. Je caricature pas mal et beaucoup de gens ne sont pas d’accord, mais c’est l’idée de base : ce qu’on appelait syndrome d’Asperger jusque là est une maladie placée sur le spectre de l’autisme, mais qui évite ces deux écueils un peu désagréables : l’obstacle à la communication et le retard mental (mesurable, parce qu’il est possible que ça soit surtout un effet secondaire de la difficulté à communiquer).

Je me méfie énormément des auto-diagnostics, je ne me reconnais aucune autorité dans le domaine et ce n’est pas à moi de juger. C’est pour ça que je me suis tourné vers un organisme spécialisé dans l’autisme pour aller leur demander ce qu’ils en pensaient. Je n’ai à aucun moment fait mystère de la possibilité que je leur faisais perdre leur temps ; simplement, après avoir beaucoup étudié le sujet et au vu des résultats d’un certain nombre de tests d’évaluation, j’estimais que la question, à défaut d’avoir une réponse évidente, était légitime.

J’ai reçu mon diagnostic il y a quelques semaines. Vous voyez le patinage artistique : vous avez plusieurs juges qui vous observent, qui vous mettent une note, et à la fin on additionne. Bon, ben pour moi, c’était pareil : ces derniers mois, j’ai vu des psychiatres, des psychologues, des psychomotriciens et des logopèdes (ça ne commence pas par psy, et en France, on dit plutôt orthophonistes), à la fin ils ont tous fait un résumé de ce qu’ils pensaient pour mon dossier et on a fait la moyenne.

La peur de leur faire perdre leur temps n’a fait qu’augmenter au cours du processus. Le matin où je me suis présenté pour le dernier entretien et la discussion des résultats, je m’attendais au mieux à un “moui, il y a certains trucs qui peuvent éventuellement évoquer l’idée, vous êtes à la limite…” En un sens, je n’avais pas totalement tort, puisque la psychiatre m’a effectivement annoncé que j’étais à la limite : une fois les additions faites, j’étais finalement aussi proche de la valeur pivot qui m’aurait vu déclaré autiste à temps plein que de celle qui me diagnostiquait le syndrome d’Asperger[2].

Choc[3].

Et bonne année.

(photo: Chain of Rocks)

Notes

[1] Accessoirement, l’auto-diagnostic est d’autant plus facile si (roulement de tambours) vous vous êtes senti différent et pas à votre place dans ce monde pendant votre adolescence.

[2] Attention, derrière cette valeur pivot, il y aurait encore un monde, mon cas ne présente guère de gravité.

[3] Ce n’est pas une conclusion brutale, c’est un cliffhanger : le sujet me travaille beaucoup (étonnamment) et je compte y revenir très vite.

Author: "xave" Tags: "Maha-ha viiiiie..., Asperger, zébrures"
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Date: Friday, 11 Oct 2013 09:22

Avant, quand je partais en vacances, je prenais plein de notes pour essayer de fixer le voyage, mais c’était chiant, ça prenait du temps. J’ai découvert depuis que j’avais une mémoire géographique : je fixe tout ce que je sais replacer sur une carte. Au début, j’ai noté le trajet sur un atlas et j’ai géo-localisé mes photos en rentrant, mais comme je suis très paresseux, j’ai fini par acheter un enregistreur GPS ; de cette façon, en rentrant, tout se fait automatiquement.

geoloc

Ou presque.

D’abord, il faut que l’appareil photo soit à l’heure, et qu’il le reste. Au début, je le mettais à l’heure au début, je prenais une photo d’une pendule, et j’en reprenais une à la fin pour constater le décalage. Mais pour cette fois-ci, ça aurait été trop simple. D’abord, j’ai bien mis mon appareil à l’heure, mais on m’en a très vite prêté un autre et j’ai oublié de vérifier celui-là. Quand je m’en suis rendu compte, il y avait deux heures, vingt-trois minutes et trente-six secondes de décalage avec mon heure. Et si ce n’était que ça : j’en étais déjà à mon troisième fuseau horaire.

Ah bien sûr, si ça n’était qu’une histoire de fuseau horaire qui évolue dans un seul sens, ça serait simple. Mais non : j’étais dans l’Utah : Mountain Standard Time, UTC-07, de là je descend dans l’Arizona, donc sur la même longitude donc dans le même fuseau horaire, donc pourquoi est-ce que le GPS de la voiture est reparti une heure en arrière ?

Tout simplement parce que l’Arizona est le seul état qui n’a pas d’heure d’été. Ah ça va alors, on va considérer qu’on est déjà au fuseau horaire suivant. Ah non, ça serait trop facile : le Nord-Est de l’Arizona, ce sont des réserves indiennes, et elles, elles respectent l’heure d’été. Bon, on va dire que l’Arizone est en East Standard Time, sauf les réserves alors. Non, attendez : au milieu des réserves indiennes, il y a la réserve Hopi, et là, on n’a pas d’heure d’été non plus. Le résultat, c’est que quand on traverse l’Utah, on change d’heure tous les 100 miles, pratique pour l’horodatage.

Et donc, il a fallu que je vérifie dans quel fuseau horaire avait été prise chacune de mes photos, que je corrige ce fuseau pour celle qui avaient été prises après que je règle l’heure sur l’appareil photo, que je corrige ces deux heures et quelques de décalage pour toutes les autres, avant de les placer elles aussi dans les bons fuseaux.

Et là je me suis souvenu de l’horreur : mon enregistreur GPS commence à avoir vécu, interrupteur est un peu délicat et il y a eu un jour dans le voyage où je l’ai allumé et éteint d’un seul geste, je n’ai donc pas de logs pour ce jour-là, ciel !

Logs perdus

J’ai donc fait ce que toute personne saine d’esprit aurait fait : la voiture gardait plusieurs jours de trajet en mémoire, mais je ne pouvais rien exporter, j’ai donc pris des photos des logs sur l’écran. En rentrant, à partir de ces photos, j’ai retracé mon trajet dans Google Maps, puis je suis passé par GPS vizualiser pour exporter ce trajet en fichier GPX, le standard pour les logs GPS. Bien entendu, il n’y avait du coup aucune information de timing, j’ai donc tout naturellement refait mon trajet en Street View, afin de retrouver les endroits où j’avais pris mes photos (celle d’un virage en pleine campagne sur la route, prise une heure avant la précédente et presque deux avant la suivante, m’a donné un peu de fil à retordre, je dois l’admettre).

Author: "xave" Tags: "nateurs et découvertes"
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Date: Monday, 30 Sep 2013 06:30

Road trip 2013

Je suis revenu, je ne voulais pas.

Arrivé à Montréal début août, reparti de San Francisco fin septembre : un mois et demi loin de tout, un mois seul sur la route, c’est largement suffisant pour oublier la vie de tous les jours, et elle ne m’a pas manqué un instant. Ça ne s’est pas passé exactement comme c’était prévu : ça s’est passé mieux.

J’imaginais, par expérience, que j’allais passer par des moments d’ennui, de solitude ou de mal du pays. J’étais prêt à accueillir ces moments-là, voire je les recherchais. Je suis du genre à penser qu’on n’a plus tellement l’occasion de s’ennuyer de nos jours et que c’est bien dommage, parce que ça fait du bien de temps en temps de n’avoir rien d’autre à faire que de penser, et que je ne suis pas tellement du genre à pouvoir caser ça dans un agenda : “Jeudi, 17h à 18h : penser”. On peut appeler ça “méditation” ou “réflexion”, si on veut ; en réalité, c’est même une machine que j’ai un peu de mal à arrêter, mais le problème, c’est le manque d’occasion où on peut le faire sans interruption.

Du coup, conduire huit milles kilomètres et passer de longs moments dans des paysages gigantesques et vides, ça me paraissait un bon moyen de le prendre, ce temps. Et ça n’est jamais arrivé. Jamais je n’ai ressenti cet ennui, jamais je ne me suis demandé ce que je faisais là. Ça en est même étonnant quand on connait mon inertie légendaire et la difficulté que j’ai à bêtement sortir le cul de mon appart, fut-ce pour aller voir des potes : je me suis senti parfaitement à mon aise d’un bout à l’autre. Au bout de quinze jours, seul sur la route, j’ai ressenti un peu de mal du pays : ça a duré trente minutes.

En partant ainsi seul, je pensais aussi -attention, cliché- partir à la rencontre de moi-même, découvrir un peu qui je suis. Perdu aussi : par le passé, c’est vrai que ça m’a aidé à avancer. Cette fois-ci, non, rien de neuf, je n’ai pas découvert quoi-que-ce-soit sur moi. Pendant un bout de temps, ça m’a frustré, jusqu’à ce que je comprenne que je n’aurais pas droit cette fois-ci à une découverte, mais à une confirmation : je suis à peu près qui je voulais être quand j’ai commencé la thérapie, il y a cinq ans, on va pouvoir passer à la suite.

Level Up.

Author: "xave" Tags: "Découvrir, Canada, roadtrip, USA"
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Date: Tuesday, 03 Sep 2013 02:50

Cuervo

J’étais en train de prendre des photos de Cuervo, une ville fantome, quand un vieux barbu s’est approché de moi :

Are you taking pictures? That’s alright, take as much as you can, document the place before it all goes away. Only, keep your ears open… Rattlesnakes, you know? By the way, I’m Walter, the resident ghost. Pleased to meet you.

Author: "xave" Tags: "Découvrir, roadtrip, USA"
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Date: Monday, 19 Aug 2013 13:12
Author: "xave" Tags: "Découvrir"
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