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Date: Thursday, 18 Mar 2010 10:33

Coq3 Au grand soulagement de beaucoup de monde - et bizarrement, de certains de ses lecteurs les plus assidus - le blog L'Air de Paris s'achève avec ce billet. Dans ces moments-là, on aimerait pouvoir livrer en quelques phrases la quintessence de la sagesse accumulée durant quatre ans et demi. En fait, cette durée est à peine suffisante pour égratigner la surface des choses. Je vous laisse toutefois méditer le thème de mon ultime article (à paraître prochainement dans Le Temps): le scepticisme français face au libéral-capitalisme, et un certains nombre d'absurdités afférentes (survivance de la gauche radicale, culte du volontarisme, espérance mystique dans le pouvoir de la politique) vient du meurtre de Dieu à la Révolution, et de son remplacement (quasi inconscient) par une religion républicaine de substitution.

Avant de regagner la Suisse, ses bunkers, ses parterres de géraniums et son nanisme politique, j'en profite pour épancher quelques agacements, en dressant une liste très partielle des choses que je regretterai - et de celle que je ne regretterai pas.

Ce qui me manquera: la baguette pas trop cuite, les conversations surprises dans la rue, les parfums des vieilles dames, les monuments de Paris et d'ailleurs, le Brie de Melun, la vivacité d'esprit des Français, les commentaires courtois de blogueurs cultivés.

Ce qui ne me manquera pas: les crottes de chiens, les zones périurbaines moches et mal fichues, les beaufs à cigares bronzés du 8ème arrondissement, les serveurs vocaux et les abonnements à prélèvement automatique, la langue de bois politique, les paysages trop plats.

Dernière précision: même si cela ne se voyait pas toujours au premier abord, ce blog était celui d'un francophile, d'autant plus francophile qu'il est lui-même français. Il ne visait qu'à pointer du doigt quelques travers agaçants, qui n'empêchent pas la France d'être un pays formidable, stimulant, attachant et plein d'avenir, à condition de prendre conscience - et d'être capable de corriger - quelques-uns de ses défauts. Sur ce, adieu.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Sunday, 14 Mar 2010 16:59

Carla et Sarko C'est avec une certaine réticence que je finis par aborder le sujet qui a tenu en haleine les rédactions parisiennes toute la semaine. Sans vouloir relayer la rumeur, je suis obligé d'en donner le contour général: il y aurait de l'eau dans le gaz entre Nicolas Sarkozy et la première dame Carla Bruni. Quelques titres de la presse européenne - qui n'ont pas, pour le dire poliment, fait preuve de la plus haute rigueur intellectuelle à cette occasion - en ont fait leurs choux gras, ajoutant au passage des détails assez absurdes sur les amourettes supposées de l'un et de l'autre.

Il y a en fait de bonnes raisons de penser que tout ceci est faux. La première: les intéressés, les autorités ont démenti. Si vous n'avez pas d'éléments probants pouvant infirmer ce démenti, vous feriez mieux de vous taire.

Second élément: les personnes qui, à Paris, propagent le bruit sur le mode "tout le monde sait, mais aucun média français n'ose en parler", admettent, lorsqu'on les questionne, qu'elles n'ont aucune info précise. De quoi rendre encore plus méfiant.

Troisième élément, le plus important à mes yeux, dont j'ai discuté avec un confrère bien informé et pas sarkophile de Libé: l'hyperprésident a l'air à peu près dans son assiette ces jours-ci. Il dîne avec Carla à la Maison Blanche le 30 mars. Et s'il était au bord de la rupture sentimentale, il ne pourrait pas le cacher. Il n'a jamais su cacher ce genre de chose. Souvenez-vous du 14 juillet 2007, lorsqu'il avait confié à des journalistes que Cécilia était son "seul problème".

Cela dit, il est parfaitement légitime pour les médias de s'intéresser à la santé du couple présidentiel, dans la mesure où celui-ci est un élément d'image et de stabilité important pour le chef de l'Etat. Encore faut-il qu'il y ait matière à dire quelque chose, et je n'ai pas le sentiment de trop m'avancer en affirmant qu'aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Si on vous parle de la rumeur dans un dîner, dites que tout cela est bidon. Même si c'est un peu moins drôle.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Sunday, 14 Mar 2010 16:22

BRIE COMTE ROBERT Je suis allé en reportage à Brie-Comte-Robert, petite ville du Sud-est parisien qui suscita, dans les années 1980, une parodie de la série Dallas par les Inconnus après qu'on y eût trouvé du pétrole. Elle a une autre spécificité: on y trouve pas de gare, pas de trains, l'ancienne ligne ayant été démantelée. Et le plus étrange, c'est que les habitants semblent ravis de cette situation.

Une habitante m'a ainsi affirmé posément que l'absence du train était un avantage: "Comme ça, les zoulous ne peuvent pas venir ici. Comment voudriez-vous qu'ils viennent? Avec un vélo volé?" Par "zoulous", cette dame entendait sans doute les habitants des cités de la banlieue parisienne, qui se déplacent souvent en RER dont ils connaissent les dédales et les gares mieux que personne.

J'avais déjà observé, dans d'autres villes de banlieue, à quel point certains élus redoutent la connexion RER/phénomènes de bandes, qui pour eux vont de pair. Brie-Comte-Robert a déjà ses (petits) quartiers sensibles, Les Chaperons et le Four à Chaux qui, selon la terminologie de mon habitante, décidément très en verve, regroupe les "mauvaises populations" de la commune. Un habitant des Chaperons confirme l'analyse de la dame: selon lui, il y aura "plus de bagarres" si le train arrive jusqu'à la petite ville.

Brie-Compte Robert tient donc à rester une zone pavillonnaire, connectée au reste du monde, et singulièrement aux banlieues voisines (Grigny 2, par exemple) uniquement par la route. Il semble que ce soit moins risqué.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Sunday, 14 Mar 2010 15:50

Un détail m'a intrigué dans le best-seller de Florence Abenas, Le quai de Ouistreham (édition de l'Olivier): on n'y parle pas des immigrés. J'ai profité d'une récente interview pour lui demander la raison de cette absence. Elle est simple, selon elle: lors de son exploration du sous-prolétariat moderne dans la région de Caen, elle n'a rencontré "que des blancs".

Ce détail est intéressant. Il montre que, dans la France contemporaine, la question sociale et la question "raciale" - si j'ose dire - ne se confondent pas. Si les populations enfermées reléguées dans les "zones urbaines sensibles" sont souvent d'origine immigrée, il existe aussi une strate dont on parle encore moins, celle des "petits blancs" vivant en province, ou à la campagne, dans les marges de l'économie tertiarisée et précarisée. Deux problèmes voisins, distincts, mais aussi inquiétants l'un que l'autre comme marqueurs de la santé du pays.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Tuesday, 23 Feb 2010 10:32

Hockey-sur-glace2 A force, cela devient ridicule. Chaque fois qu'une usine ferme ou vacille (Total, Heulliez, Philips...), le ministre de l'Industrie Christian Estrosi  (à droite sur la photo!) fait les gros yeux, dégaine des communiqués lyriques et assure qu'il se battra comme un beau diable pour préserver l'industrie française. Et à la fin, les usines ferment quand même.

Il y a cependant du progrès. Avant, c'est-à-dire début 2008, c'était le président en personne qui se déplaçait, à Gandrange, pour dire que l'Etat investirait, que l'Etat sauverait, que Mittal plierait... la fonderie a fermé quand même, et le groupe a laissé derrière lui quelques infrastructures de formation et de recherche - une astuce que Total veut aussi utiliser pour se débarrasser de son site de Dunkerque, devenu inutile en raison de la chute de la consommation d'essence.

L'histoire ne manque d'ailleurs pas d'ironie. Dans les années 1970, la France a opté pour le nucléaire qui a remplacé le fioul lourd que produisaient sa bonne douzaine de raffineries, alors flambant neuves. Les pétroliers ont reconverti leurs sites dans la production d'essence... pendant que l'Etat, lui, optait pour le diesel (je vous passe les détails, mais les procédés de fabrication sont très différents). La raffinerie de Dunkerque est donc une victime collatérale de la politique industrielle française (La France importe actuellement un tiers de son diesel de Russie - merci pour eux.).

Mais depuis que Lionel Jospin a perdu la présidentielle de 2002 à cause d'une phrase ("l'Etat ne peut pas tout"), un ministre ne peut plus dire: "Cette usine est devenue inutile, il n'y a plus de demande pour ses produits, il est normal qu'elle ferme, l'Etat n'a pas à s'immiscer dans une décision d'entreprise". Résultat: on tempête, on fait les gros yeux, on promet de renationaliser... et il ne se passe rien, ou si peu. Il s'agit seulement de "sauver le 20 heures", comme le disait ironiquement, hier, Jean-François Copé devant quelques journalistes de la presse étrangère.

La pensée politico-économique française ne supporte pas l'idée que le tissu industriel soit le produit d'une "génération spontanée" issue d'un environnement légal, culturel, éducatif... Exemple, ce dernier rapport du parti socialiste: "La désindustrialisation à l’oeuvre révèle la faillite d’une politique centrée sur la seule création d’un « environnement » favorable pour les entreprises et l’innovation, au détriment d’une vraie politique industrielle." Vraie politique qui ne peut bien sûr venir que de l'Etat! On est là aux antipodes de la Suisse, où la seule tâche de la politique est de créer les "conditions-cadres" favorable à l'éclosion des entreprises.

Qui a raison? Observons déjà que l'industrie suisse (ou l'allemande, fondée à peu près sur les mêmes présupposés) se porte nettement mieux que la française. Non que la politique industrielle de l'Hexagone soit un échec complet: il y a de beaux secteurs, espace, aéronautique, nucléaire, mais les développer a demandé des capitaux, des ressources humaines et de l'énergie qui ne sont pas allés ailleurs. C'est ce que m'a dit le patron d'une PME des Vosges lors d'un reportage édifiant sur le déclin de la région: A force de développer les filières jugées stratégiques, "on a oublié la piétaille."

Après avoir réalisé cet article, je suis d'ailleurs devenu plus indulgent sur les travers du droit du travail français. Bien que peu attractif pour les investisseurs, il est moins responsable du problème que la politique à courte vue des banques et à la rapacité d'héritiers soucieux de tirer le maximum de la boîte familiale (la fiscalité française, plutôt hostile à l'héritage, ayant peut-être favorisé ce type de comportement).

Où est la solution? Plutôt fine mouche, Jean-François Copé suggère d'investir beaucoup dans quelques secteurs clé - dépollution, alimentation, énergie. Ce qui implique de faire des choix (qui peuvent s'avérer faux) et de savoir dire aux autres secteurs: débrouillez-vous, l'Etat ne vous sauvera pas. Ce serait ça, une vraie politique industrielle. Et on ne verrait plus les ministres s'agiter, tempêter en vain à la télévision. (Photo DR)

 

 

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Thursday, 18 Feb 2010 11:23

"On n'a pas de culture politique en Suisse, on n'a pas de culture de résistance.Résistance2" Cette remarque proférée l'autre jour par Dominique Ziegler, fils de Jean, le sociologue tiers-mondiste le plus connu de Suisse, m'a frappée. Elle éclaire une différence fondamentale entre nos deux pays: si la Suisse n'a pas de "culture de résistance", la France l'a développée d'une façon outrancière qui est aujourd'hui au coeur du, ou des malaises français.

Car la culture de résistance, c'est quoi? D'abord, s'opposer instinctivement à toute réforme, à tout changement, assimilé à une agression contre le "modèle social". La Constitution européenne? C'est non, parce qu'elle menace les services publics (vous pouvez trouvez n'importe quel autre argument - elle met en péril le droit à l'avortement, etc.). La réforme de l'hôpital? C'est non, parce que le dispensaire de mon coin risque de fermer. La réforme du lycée? Non, parce que l'enseignement de l'histoire, ou les valeurs républicaines sont en jeu. Réforme des taxis, des retraites? Non, non et non. A force de résister, la France est devenue un pays de Neinsager (ceux qui disent non, expression suisse).

Face à ces oppositions, le gouvernement est très souvent mal à l'aise, à cause de la charge sacrée du mot résistance. La France moderne est fondée sur lui - sur le mythe d'un pays refusant opiniâtrement l'occupation nazie. (La Suisse possède un mythe équivalent - et c'est là que Dominique Ziegler se trompe - celui du libre montagnard combattant les féodaux étrangers). Résister est un acte positif en soi - pas besoin de savoir pourquoi on le fait, ou contre quoi on se bat.

On a constaté la force symbolique du mot lors de la polémique sur le Conseil national de la résistance. En 1944, ce gouvernement provisoire rédigea en 1944 un programme qui sert de fondement intellectuel à l'Etat-providence français. Certains ont prêté à Nicolas Sarkozy et au patronat l'intention de le défaire méthodiquement (une volonté revendiquée en 2007 par Denis Kessler, vice-président du MEDEF entre 1998 et 2002). De façon révélatrice, depuis le début de la crise, le président ne manque pas une occasion de rendre hommage au CNR et à son programme...

En tant que petit pays, la Suisse a choisi une autre option (et c'est là que mon ami Ziegler junior a raison): on s'adapte à la globalisation, on profite dans son coin, on ne conteste pas l'ordre établi mais on s'y love confortablement. C'est moins exaltant, mais plus efficace.

NOTICE IMPORTANTE: Le blog L'air de Paris fermera fin mars avec le retour de votre correspondant en Suisse. Vous n'avez plus que cinq semaines pour déverser votre fiel. Profitez!

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Wednesday, 10 Feb 2010 09:52

Soucieux d'approfondir le thème de son dernier post, votre correspondant a encore passé 5h15 dans le TGV, hier entre Paris et Genève, en raison d'un incident technique (nous avons dû "sauver" les passagers d'un autre train immobilisé dans la campagne glacée). Résultat: 1h50 de retard.

Ce fut l'occasion d'observer de près le comportement du personnel SNCF lors de tels incidents. La réponse aux questions/coups de gueule des passagers est toujours la même: "On est pas plus informés que vous. On est pas responsable. Eh oui, il y a des retards, mais c'est comme ça. Nous, à notre niveau, on n'y peut rien."

Cette réponse est-elle appropriée? On remarque qu'à la Poste, où les problèmes sont encore plus graves, le même argument revient (en gros, "ce n'est pas ma faute à moi et je ne suis pas responsable"), avec en plus l'argument "c'est à cause des sous-traitants".

Bien sûr, un contrôleur n'est pour rien dans la caténaire qui saute ou dans la congère qui se forme sur la voie. Mais le fait qu'il ne se sente pas du tout responsable d'informer et de rassurer les passagers est troublant. Apparemment, tout le monde à la SNCF doit obéir à une procédure rigide, qui limite les explications au traditionnel message "notre train est arrêté en pleine voie, veuillez ne pas ouvrir les portières".

Dans un monde idéal, un contrôleur souriant commencerait par expliquer en détail le problème technique, pour que tout le monde comprenne bien, avant de distribuer des enveloppes de retard en rappelant les généreuses modalités de remboursement auxquelles les passagers ont droit.

Cela éviterait pas mal d'énervement et de remarques du style "ça devient n'importe quoi, la SNCF". Si quelqu'un pouvait envoyer un e-mail sur l'iPhone de Guillaume Pépy, pour lui dire, ce serait top.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Tuesday, 09 Feb 2010 11:16

Pépy2 Depuis Mussolini, il est courant de mesurer la performance d'un pays à la ponctualité de ses trains. A cette aune-là, la France est en train de chuter rapidement. Il m'a fallu 7 heures au lieu de 3h20, hier, pour faire le trajet Paris-Genève. Ceux qui étaient partis deux heures plus tôt ont mis neuf heures... La cause est habituelle: rupture de caténaire.

La pagaille dans les trains est riche d'enseignements sur le fonctionnement de la France. En bas, il y a les contrôleurs du train, souvent des cégétistes cabochards, qui n'en savent pas plus que vous sur les causes de la panne. On les a vus peiner durant tout le trajet, lundi, pour tenter d'arracher des bribes de renseignements à "ceux de Paris". Ils nous ont prédit une heure et demie de retard, puis deux heures, puis trois... Au final ce fut près de quatre heures.

J'ai pu le vérifier à de nombreuses reprises: les contrôleurs des trains ne sont pas préparés à informer le public et désamorcer ses inévitables colères. Mais cela ne dérange absolument pas le sémillant Guilaume Pépy, patron de la SNCF. Dans une récente interview au Parisien, ce copain de Bertrand Delanoé expliquait sans rire qu'il enverrait désormais les annonces de retard sur les iPhone des voyageurs, et les diffuserait via des "douches sonores" installées dans les gares... L'idée qu'il vaudrait mieux renseigner plus vite ses contrôleurs pour qu'ils puissent informer les gens ne semblent même pas l'effleurer. Mais peut-être ne prend-il pas souvent le train.

Une voyageuse avait un avis définitif (et typiquement français) sur la cause de la panne d'hier: "C'est la bourse qui prend tout, il n'y a plus d'argent pour refaire les voies." Je ne lui donne pas totalement tort, car certains services publics semi-privatisés sont devenus une vraie catastrophe - exemple la Poste, avec près d'un quart de paquets perdus (ma statistique personnelle) durant les fêtes de fin d'année.

Bientôt, on peut imaginer qu'EDF vous coupera de temps à autre l'électricité, à cause d'une rupture de ligne, d'une erreur de gestion réseau, ou que sais-je... Mais ils vous enverront un e-mail sur votre portable. En France non plus, on arrête pas le progrès.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Monday, 01 Feb 2010 15:39

Web_obama_sarko Je viens de publier un article recensant quelques-unes des remarques les plus désagréables de Nicolas Sarkozy envers Barack Obama, pour lequel il a, disait-il lundi dernier sur TF1, "de l'estime et même de l'amitié".

Il s'agirait plutôt de jalousie et même de rancune. Le problème est d'autant plus préoccupant que l'art de dézinguer Obama est devenu une habitude chez Sarkozy depuis presque six mois. L'Express et Le Parisien ont documenté la chose.

Le site du Monde a repris mon article et les commentaires (qu'on dirait avoir été réécrits par la rédaction, ou sont-ils plus châtiés que ceux de la moyenne des internautes?) sont éloquents sur le piètre jugement que porte une partie de la population française sur son président.

Ce n'est même plus une question d'idéologie: Sarkozy agace, ou répugne, ou antagonise par son seul style. Plus que son bilan - critiquable, certes, mais réel - sa personnalité est bien son principal talon d'Achille en vue de 2012.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Monday, 01 Feb 2010 15:36

On sait maintenant en quels termes l'animateur Marc-Olivier Fogiel s'est fait engueuler comme du poisson pourri par le chef de l'Etat, il y a quelques semaines, lors de la remise de la Légion d'honneur à l'humoriste Dominique Farrugia. « Si je n'étais pas président de la République, je t'aurais démonté la gueule! », c'est élégant, surtout devant témoins et dans ce Saint des saints de la République qu'est l'Elysée.

Comment comprendre? Notons d'abord que Nicolas Sarkozy est coutumier du fait. A l'automne, il avait passé un savon à Arlette Chabot; en 2007 aux dirigeants de France 3 (à cause d'une émission qui "l'emmerde", comme il disait); il tutoie volontiers et menace parfois (l'affaire des crocs de boucher); il a pris la désagréable habitude de dézinguer les journalistes trop critiques devant des confrères plus compréhensifs.

Reste l'explication psychologique. N'importe quel homme d'Etat qui se sait observé et filmé presque en permanence doit avoir conscience qu'il faut se maîtriser, rester gentil et poli. Nicolas Sarkozy n'y parvient pas, ou du moins pas toujours. Une explication immédiate est qu'il a subi des humiliations (due à la taille, à son milieu social, aux brimades de son grand frère) qui le conduisent à surréagir agressivement. Il a des "complexes sous-jacents qu'il ne parvient pas à surmonter", m'expliquait en 2008 le psychologue belge Pascal de Sutter qui notait son côté "bagarreur de bas de gamme".

Un excellent confrère, Charles Jaigu du Figaro, m'expliquait un jour qu'il voit Sarkozy comme un "moteur à explosion" que ses coups de sang à répétition aident à progresser. A se surpasser. A en juger par ses éclats récents, Nicolas Sarkozy est au mieux de sa forme. Rassurant, non?

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Thursday, 21 Jan 2010 17:03

Haïti2 A la faveur du tremblement de terre, une thèse culpabilisante a fait le tour de la blogosphère de gauche: si elle n'est pas responsable du séisme, la France a contribué à la misère d'Haïti en écrasant le jeune Etat sous le fardeau d'une dette injuste, dès sa naissance en 1804.

A en croire les tenants de cette théorie, la France aurait exigé le paiement de l'équivalent de 25 milliards de dollars actuels pour reconnaître Haïiti et accepter de ne pas l'envahir à nouveau. La somme était censée indemniser les colons français qui avaient perdu leurs terres et leurs esclaves avec l'indépendance.

Soucieux de vérifier, j'ai appelé l'historien Michel Giraud, spécialiste des Antilles, qui m'a remis un mémoire de Gusti-Klara Gaillard, historienne marquée par une forte rhétorique anti-impérialiste. Ce travail a reçu le premier prix de la société haïtienne d'histoire et de géographie en 1988.

Il en ressort les faits suivants: en 1825, la France demandait le paiement de 150 millions de francs d'indemnités, soit l'équivalent du budget de l'Etat français pour une année.

Haïti était parfaitement solvable grâce aux exportations de café. En 1875, sa dette n'était plus que de sept millions de francs.

Ce sont les gouvernements haïtiens suivants qui, sur fond, d'instabilité politique, ont accumulé de nouvelles dettes. Les banques occidentales ne se sont pas faites prier, évidemment. Cette situation est d'autant plus ironique que la constitution haïtienne stipulait qu'aucun Blanc "ne mettra le pied sur ce territoire, à titre de maître ou de propriétaire, et ne pourra y acquérir aucune propriété".

Conclusion: la thèse du fardeau insupportable imposé par la France en 1825 pour venger ses colons est fausse. Exclure les Blancs ou les "impérialistes" de son pays n'est pas une solution pour échapper à la pauvreté (cf l'exemple actuel du Zimbabwe). Et il est très dangereux de s'intoxiquer aux crédits faciles venus de l'étranger. Une leçon que la France d'aujourd'hui ferait bien de méditer...

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Thursday, 07 Jan 2010 17:11

Les partisans du "modèle français" ont sans doute eu un battemement au coeur de joie l'autre jour, lorsqu'un magazine américain a élu la France comme le pays du monde le plus agréable à vivre. La nouvelle semble avoir suffoqué l'imbuvable Bill O'Reilly, un présentateur conservateur de Fox News qui pense que "les Français sont mal élevés" et que "l'on pas tant que ça envie d'aller là-bas".

Mais modérons notre enthousiasme. Le magazine en question, International living, s'adresse aux riches retraités férus de gastronomie et de jardinage, qui ont 100'000 euros et plus à investir dans une maison villageoise dans le Languedoc ou ailleurs. A part qu'elle offre des "jardinières fleuries" à presque tous les balcons et une délicieuse cuisine à l'ail, la France a été choisie pour son excellent système de santé et ses infrastructures de transport. De beaux atouts, certes, mais largement payés à crédit avec une dette qui s'élève, rappelons-le, à plus de 1400 milliards d'euros. Les retraités américains s'en fichent: ce ne sont pas eux qui paieront (ils seront sans doute morts avant).

Notons que la Suisse, qui termine troisième du classement, est décrite comme une "société super-efficace et high-tech" où tout marche, alors que l'Allemagne finit quatrième grâce à son goût pour la musique classique et le naturisme (et le fait que tout marche, aussi). Des atouts apparemment insuffisants pour emporter le suffrage des retraités d'Outre-Atlantique.

Author: "Sylvain Besson"
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Date: Wednesday, 30 Dec 2009 09:35

ELYSéE nOE¨L Nicolas Sarkozy à Marrakech, François Fillon on ne sait où... le pouvoir français, durant les fêtes, est plongé dans une stase irréelle. Plus personne ne parle, rien ne se décide, c'est à peine s'il reste quelqu'un pour surveiller les bâtiments. Quelques jeunes agriculteurs armés de bottes de foin ont même failli s'emparer de l'Elysée, l'autre jour.

La situation semble donc mûre pour que le pouvoir tombe comme un fruit pourri devant la légitime colère du peuple. L'ennui est que les révolutionnaires eux-mêmes sont aux abonnés absents. Pas une manifestation d'envergure depuis le printemps (Alain Minc, conseiller et ami de Sarkozy, se paie même le luxe de féliciter les syndicats pour leur retenue). Olivier Besancenot a comme disparu du paysage politique. L'ultragauche ne profite même pas de la tranquilité ambiante pour casser des vitrines.

Et Edwy Plenel, qui accuse "ce pouvoir" d'abimer la France, et les rédacteurs en chef de "Marianne", qui demandaient l'autre jour "d'arrêter" Eric Besson, ce nouveau Laval selon le PS? Je ne suis pas dans leurs petits carnets, mais je soupçonne qu'on les trouvera plus facilement à Courchevel ou à l'île Maurice (pardon, c'est trop bling-bling: en Bretagne ou dans une station de ski de fond du Jura) que dans une mansarde parisienne, en train de préparer le renversement du régime honni.

C'est pendant les Fêtes qu'on prend le mieux conscience de la vacuité d'une certaine rhétorique pseudo-révolutionnaire, typiquement française, qui proclame la "patrie en danger" à chaque décret du gouvernement, mais dont les tenants s'empressent de partir en vacances, comme s'ils ne croyaient pas à leurs propres prophéties. C'est une bonne nouvelle: si "ce pouvoir" doit être renversé, ce sera aux prochaines élections. Et en attendant, bonne année!  

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Tuesday, 15 Dec 2009 10:30

Gallo2 Histoire de clore un débat largement absurde et parfois nauséabond, je n'ai pas résisté au plaisir de réfuter  les "dix points cardinaux de l'identité nationale" inventés par Max Gallo et officiellement approuvés par le ministre Eric Besson. Vous allez voir, ce n'est pas triste.

- Le droit du sol. C'est vrai qu'il différencie la France de l'Allemagne ou de la Suisse. Reste qu'il n'est pas du tout propre à l'Hexagone - les Etats-Unis le connaissent également - et surtout que son application pose problème aux Français eux-mêmes. A Mayotte, les femmes comoriennes viennent accoucher dans l'excellente clinique locale, ce qui a entraîné la suspension du droit du sol dans ce territoire. Les habitants de Mayotte ne seraient pas Français?

- L'égalité. C'est le point le plus absurde, répété ad nauseam par ceux pour qui la "passion de l'égalité" serait le trait dominant de la France. A quoi bon, alors, les hautes écoles ultra-élitistes, les ghettos urbains peuplés de fils d'immigrés, le système de statuts dans la fonction publique et parapublique, la reproduction de couches dirigeantes majoritairement blanches et issues de l'establishment? Tout, dans ces réalités, dément cette prétendue "passion".

- L'Etat: D'accord, il est très présent en France, mais en quoi le fait qu'il tienne ensemble différentes régions est-il différent de ce que fait l'Etat chinois pour la Chine, l'Etat suédois pour la Suède etc.?

- La citoyenneté: même remarque que précédemment. Cela existe ailleurs, mais cette banalité semble  difficile à admettre par les Français...

- L'Ecole. C'est comme l'égalité: faites ce que je dis, pas ce que je fais. Les Français issus de la bourgeoisie, y compris de gauche, sont obsédé par l'idée de ne pas mettre leur enfant à l'école publique ou à l'université, mais de l'inscrire dans le privé (école alsacienne etc.), dans les grandes écoles, ou dans les universités étrangères.

- La Laïcité. On a l'impression, à entendre ses thuriféraires, que les pays étrangers sont des sortes de théocraties. Reste que si on la définit simplement comme la liberté de culte, plus la neutralité religieuse de l'Etat, elle est appliquée à peu près partout dans les pays occidentaux.

- L'éclatement. Max Gallo suppose que la France est perpétuellement au bord de l'explosion régionaliste. Mais beaucoup moins que l'Espagne, que la Belgique, que la Grande-Bretagne...

- La langue française. Oui, sauf qu'il y a des étrangers qui parlent le Français et des Français qui ne la parlent pas très bien.

- L'égalité des femmes. Le parlement français, le patronat français, ne sont-ils pas parmi les moins féminins du monde?

- L'universalisme. Quand je vois le "non" à la constitution européenne, l'opposition pavlovienne à la globalisation et l'obsession d'en être "protégé", j'ai du mal à voir les Français comme des "universalistes".

"Il y a un pacte plusieurs fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde", disait De Gaulle (que Gallo reprend), mais j'ai l'impression que ce pacte aurait bien besoin d'une nouvelle Alliance. Les Français ne veulent pas voir que ce qui faisait la spécificité de la France révolutionnaire et post-révolutionnaire - l'invention de l'Etat de droit, de la démocratie, de la laïcité - s'est tellement bien diffusé que la France s'est banalisée. Pour briller au XXIème siècle, il faudra inventer autre chose...


Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Friday, 11 Dec 2009 08:30

On se souvient que le premier réflexe des médias français, après le vote suisse interdisant les minarets, avait été de condamner la pratique de la démocratie directe, dangereusement populiste et, pour tout dire, anti-démocratique! Les pensants de l'Hexagone ont ensuite produit quelques analyses plus raffinées, mais pas moins contestables.

Ainsi Gilles Kepel, spécialiste d'Al-Qaida, voit-il dans l'interdiction d'un "malaise suisse avant tout ": "La Suisse est bousculée à différents titres. Elle reste isolée dans ses montagnes. Autour d’elle le monde bouge. L’Europe est le théâtre d’un vaste processus d’intégration et d’élargissement. La Suisse n’y participe pas. Les habitants de ce tout petit pays assistent impuissants à ce mouvement."

Le raisonnement est vaguement insultant, mais pas faux. On sait les Suisses farouchement isolationnistes et parfois paranoïaques. Reste que la description par un Français d'une Suisse bousculée par la globalisation est cocasse: quel pays européen, plus que la France, est tétanisé par l'évolution du monde? L'ouverture économique est largement approuvée en Suisse, qui en profite plus que tout autre Etat, alors que les Français se laissent volontiers terroriser par la compétition planétaire. Lire, à ce propos, l'excellente chronique d'Alain Duhamel dans Libération sur le "modèle républicain" bousculé par le souffle de l'histoire.

Inévitablement, il fallait que Jean-François Kahn et Marianne aient leur avis sur la question: pour eux, tout est de la faute d'Eric Besson, dont l'appel à réveiller "l'identité nationale" aurait été entendu dans les Alpes. On est là dans l'absurdité complète, même si j'admire leur sens du raccourci journalistique. L'immense majorité des électeurs suisses n'a jamais entendu parler d'Eric Besson. Mais c'est le propre de l'ethnocentrisme français de tout ramener à lui et à ses petits débats politiques.

Il faudra donc attendre pour qu'une explication convaincante parvienne à franchir les montagnes mentales qui enferment l'Hexagone. Je recommande celle de l'islamologue suisse Stéphane Lathion, qui, contrairement à certains de ses collègues français, n'est pas obsédé par le besoin de s'ériger en défenseur des masses musulmanes opprimées par Sarkozy et ses hordes racistes. Il se rapproche de l'explication la plus simple: si les gens ont peur de l'islam, c'est que l'islam fait peur. Depuis le 11 septembre, on entend beaucoup plus Ben Laden, le mollah Omar et les bombes posées en leur nom que les musulmans ordinaires. A la longue, ça ne pouvait pas rester sans effet. Outre les terroristes eux-mêmes, les médias, dont votre serviteur, ont leur part de responsabilité. Mais c'est une autre histoire...

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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Date: Friday, 04 Dec 2009 14:25

Mianarets Souvent spécialistes des débats à côté de la plaque, les commentateurs français se sont encore illustrés après l'interdiction décrétées en Suisse contre les minarets. Au lieu des s'interroger sur l'image catastrophique de l'islam depuis le 11 septembre, ou sur les progrès du populisme dans les pays les plus prospères d'Europe, ils ont préféré prendre pour cible le mode de scrutin qui permet aux Suisses de prendre les décisions eux-mêmes, plutôt que de les déléguer à leurs représentants.

Les éditorialistes de la Charente Libre et de la République du Centre y voient ainsi dans la démocratie directe "une aubaine et une arme redoutable pour tous les extrémistes"... La palme de l'absurde revenant à l'aimable Najat Valaud Belkacem, qui défend la "démocratie participative" de Ségolène Royal, mais jure que "jamais Ségolène Royal n'a proposé que les citoyens décident à la place de leurs représentants élus au suffrage universel". Dans ce cas, évidemment, ça ne sert à rien de faire des référendums.

Qu'on s'entende bien: l'interdiction des minarets est ridicule, discriminatoire et dangereuse. Mais y voir la preuve des dangers de la démocratie directe est idiot. Ce serait comme de dire qu'il faut abolir la cinquième République parce que les présidents font parfois des erreurs (quoique... l'argument n'est pas si mauvais!).

En fait, les Français devraient savoir ce qu'ils veulent: le démocratie représentative, avec ses politiciens qui se goinfrent (voitures de fonction, lambris...), qui se moquent du peuple en faisant des promesses intenables, qui vivent coupés des réalités sociales et qui dépensent l'argent public de façon irresponsable. Ou l'exercice direct du pouvoir par la population - on dirait du Besancenot! - avec les risques que cela implique, c'est-à-dire le populisme, la démagogie, la bêtise humaine. Dans les deux cas, on n'a pas l'un sans l'autre.

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Date: Friday, 04 Dec 2009 14:17

Baguette2 Le paisible François Fillon s'est risqué vendredi à un exercice périlleux: définir ce qui fait "l'identité nationale" de la France et des Français. Ceux-ci se caractériseraient par leur "goût de la conversation" et leur "goût pour la critique", leur "plaisir de plaire", une "aversion pour les croyances trop exclusives" et l'amour des "jeux de l'esprit" qui fait que "toute décision entraîne la controverse". "La dissension et la bravade sont inscrites dans nos gènes", a dit le premier ministre.

Traduction par un étranger mal intentionné: les Français sont d'impénitents bavards qui se croient autorisés à discourir de tout et de rien par le seul fait qu'ils sont Français. Mais continuons avec la définition de Fillon:

"Nous sommes une des rares nations à vouloir vivre au-dessus d'elle-même", et cette "démesure [...] fait notre grandeur".

Nous voici au coeur du problème. Le général de Gaulle est devenu un dieu vivant parce qu'il a réussi à perpétuer le mythe de la France "flambeau de la lumière du monde", alors que son pays était nanifié par les Superpuissances. Mais aujourd'hui, la légende a mal vieilli. Et les conséquences sont graves.

"Il y a un discours sur l'inadéquation de la France au monde", estime Louis Schweizer (ex-PDG de Renault qui dirige la Halde, l'autorité anti-discrimination). Ce pessimisme - nourri par la conscience que le "modèle français" n'en est plus vraiment un - encourage le refus d'intégration des laissés-pour-compte des cités et autres lieux de bannissement.

Un chantre de la francité, Max Gallo, a fait une liste des "dix points cardinaux de l'identité française". J'avoue être déçu: on y trouve surtout ces ennuyeux poncifs que sont la laïcité, l'égalité et l'école. Tout à fait le genre de grands mots qui rendent les débats français assommants. La France que les étrangers aiment et admirent, c'est la France charnelle, épicurienne, la France du bon goût, des belles choses et des beaux paysages. La France des polémiques nombrilistes, des discussions creuses, des intellectuels qui parlent avant de réfléchir n'intéresse plus grand monde. C'était ma contribution au débat sur "l'identité nationale" que de le dire.

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Date: Wednesday, 02 Dec 2009 13:49

Je suis allé me faire vacciner le week-end dernier contre la grippe H1N1. Ceux qui n'ont pas eu ce plaisir verront bientôt de quoi je parle: deux heures d'attentes au bas mot dans un gymnase mal chauffé, avec des gens qui s'évanouissent, des bébés qui crient, des citoyens excédés, des étudiants en médecine réquisitionnés sans la moindre compensation. Pour les femmes enceintes et les mères de jeunes enfants, compter au bas mot trois heures d'attente.

Evidemment, en Suisse, Belgique, Allemagne et Grande-Bretagne, les autorités avaient choisi une autre méthode: on donne les vaccins aux médecins et ils se débrouillent pour inoculer leurs patients. Pas de file d'attente, pas de drame, pas de polémique barbante sur le thème "mais fallait-il vraiment faire comme ça?".

Plusieurs théories peuvent expliquer l'attitude française:

- la grandeur de la France exige que la population soit entassée dans des gymnases lors d'épidémies;

- la ministre a dit que ça se ferait comme ça, donc on fait comme la ministre a dit (entendu sur place);

- les médecins, comme toutes les professions libérales, sont des grigous qui veulent s'en mettre plein les poches;

- en France, on aime les grands machins collectivistes et déglingués, la Sécurité sociale et son trou, la SNCF, ses retards et ses RER vétustes, l'usine à gaz des allocations, aides et subsides en tous genres - le tout étant affublé de grands mots comme "égalité" ou "valeurs républicaines".

Vous direz que je suis injuste. Je nuance donc: au final, ça marche, je suis vacciné, comme toutes les personnes qui étaient avec moi dans le gymnase. J'ai en plus un souvenir épique à raconter, j'ai fraternisé avec des gens que je ne connaissais pas, j'ai rencontré une confrère que je n'avais pas vue depuis des mois. Le collectivisme a son charme, c'est peut-être pour cela que les Français l'aiment.

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Date: Tuesday, 24 Nov 2009 17:08

François Hollande n'a rien perdu de ses talents d'analyste politique. L'ex-patron des socialistes français, qui se confiait lundi à des journalistes étrangers, voit dans ceux qu'il appelle les "écolos" le plus grand danger pour la gauche aux élections régionales.

"Sarkozy voulait jouer avec Besancenot, Cohn-Bendit lui a ouvert des horizons. Si les écologistes prennent la région Ile-de-France, par exemple, ça serait un choc pour la gauche. Attention, on se met en danger si on ne met pas en lumière ce qui nous sépare des écolos", sur le nucléaire, la défense, les transports etc.

La situation est donc critique pour les socialistes, qui se voient entourés d'ennemis de toutes parts - dont leurs supposés alliés du centre bayrouiste et des Verts. François Hollande fixe comme objectif au PS de sortir "pas trop entamé" des régionales qui, selon lui, vont "montrer une nouvelle fois la dispersion de l'opposition". Pendant ce temps, le temps tourne, la présidentielle s'approche, et les socialistes n'ont toujours pas trouvé la formule pour battre Sarkozy.

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Date: Friday, 20 Nov 2009 15:14

Grandemprunt2 Alain Juppé et Michel Rocard se sont quelque peu offusqués de la question que je leur ai posée toute à l'heure à L'Elysée: le grand emprunt n'est-il pas le signe d'un formidable échec, celui d'un pays qui s'endette jusqu'aux yeux sans pouvoir investir pour son avenir - sauf, justement, par un "effort exceptionnel" d'endettement supplémentaire?

"Vous connaissez des grands pays européens qui ne sont pas en déficit aujourd'hui?", m'a sèchement répondu Juppé, alors que Rocard a invoqué un phénomène mondial, le "sacrifice de l'avenir dans la gestion publique face au capitalisme en mutation". Et si les dépenses publiques françaises sont si élevées - 53% du PIB - c'est parce que les billets de train et d'avion sont comptés dedans, la SNCF et Air France étant des entreprises d'Etat.

Les deux ont ensuite reconnu qu'il n'était pas normal que l'Etat consacre 3/4 de ses dépenses à rembourser sa dette et à payer ses fonctionnaires, tout en laissant ses investissements chuter depuis des années.

La réaction des deux ex-premiers ministres est assez typique. Les Français se complaisent à la fois dans un pessimisme exagéré - se voyant broyés par la Chine ou l'Amérique, enfermés dans une Europe molle et condamnée à la décadence, menacés par le déferlement d'un tiers-monde surpeuplé - et réagissent au quart de tour lorsqu'un étranger se met à jouer les "déclinologues" et à gloser sur le déclin de la France.

On peut s'interroger sur l'origine de ce trait d'esprit particulier. Peut-être la nostalgie de la grandeur, cultivée par la plupart des présidents depuis De Gaulle, et conjuguée à un déclin relatif inexorable (et pas si grave, d'ailleurs), nourrit-elle une espèce de fierté blessée. N'allez pas parler de l'échec de la France à un Français, à moins d'être Français vous-même. Ou d'être prêt à encaisser des remarques acides sur les défauts de votre propre pays.

Author: "Sylvain Besson" Tags: "Potins politiques"
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