Date: Sat, 25 May 2013 17:34:37 +0200
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- L'air de Paris
Le pessimisme orgueilleux et chatouilleux des Français
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Alain Juppé et Michel Rocard se sont quelque peu offusqués de la question que je leur ai posée toute à l'heure à L'Elysée: le grand emprunt n'est-il pas le signe d'un formidable échec, celui d'un pays qui s'endette jusqu'aux yeux sans pouvoir investir pour son avenir - sauf, justement, par un "effort exceptionnel" d'endettement supplémentaire?
"Vous connaissez des grands pays européens qui ne sont pas en déficit aujourd'hui?", m'a sèchement répondu Juppé, alors que Rocard a invoqué un phénomène mondial, le "sacrifice de l'avenir dans la gestion publique face au capitalisme en mutation". Et si les dépenses publiques françaises sont si élevées - 53% du PIB - c'est parce que les billets de train et d'avion sont comptés dedans, la SNCF et Air France étant des entreprises d'Etat.
Les deux ont ensuite reconnu qu'il n'était pas normal que l'Etat consacre 3/4 de ses dépenses à rembourser sa dette et à payer ses fonctionnaires, tout en laissant ses investissements chuter depuis des années.
La réaction des deux ex-premiers ministres est assez typique. Les Français se complaisent à la fois dans un pessimisme exagéré - se voyant broyés par la Chine ou l'Amérique, enfermés dans une Europe molle et condamnée à la décadence, menacés par le déferlement d'un tiers-monde surpeuplé - et réagissent au quart de tour lorsqu'un étranger se met à jouer les "déclinologues" et à gloser sur le déclin de la France.
On peut s'interroger sur l'origine de ce trait d'esprit particulier. Peut-être la nostalgie de la grandeur, cultivée par la plupart des présidents depuis De Gaulle, et conjuguée à un déclin relatif inexorable (et pas si grave, d'ailleurs), nourrit-elle une espèce de fierté blessée. N'allez pas parler de l'échec de la France à un Français, à moins d'être Français vous-même. Ou d'être prêt à encaisser des remarques acides sur les défauts de votre propre pays.
Via FeedShow.com